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LES OUVRIERS PAPETIERS

Le métier de papetier comportait toute une série de « fonctions » dont les unes étaient absolument techniques, tandis que les autres pouvaient être exercées par des manoeuvres, des femmes de journée, des enfants. Nous avons rencontré les qualifications suivantes :

Contre-maître, piqueur, gouverneur du moulin, aide-gouverneur, ouvreur, coucheur, leveur ou vireur de feutres (apprenti), jeteur et jeteuse de feutres, étendeur de porses, colleur, sallerants et sallerantes, chiffonnières, enfin « soubresotz », qui nous paraît être un autre nom de l’apprenti vireur ' : ce terme exprimerait assez bien l’action du gamin relevant le feutre en lui faisant faire un virage, un soubresaut.

Certains de ces ouvriers étaient divisés par équipes afïectées à une cuve : on en comptait généralement huit par cuve, dont quatre aides. Ajoutons-y le formaire, au travail spécialisé.

La profession d’ouvrier papetier est préjudiciable à la santé et susceptible de causer diverses infirmités.

Les papetiers vivent au milieu d'une atmosphère humide et marécageuse; les ateliers où ils travaillent sont pleins d’eau ; la cuve où se fait le papier, et près de laquelle ils sont obligés de rester douze ou quatorze heures de suite, exhale constamment des vapeurs abondantes.

Les maladies qui les affectent généralement sont les varices, l’œdématie des membres inférieurs, les rhumatismes chroniques, le scorbut, etc. ; leurs dents tombent de bonne heure; ils sont sujets aux fièvres tierces et à toutes les affections catarrhales. Ils ne vivent pas vieux, surtout s’ils ont suivi cette profession depuis leur jeunesse ; leur carrière ne s’étend guère au delà de soixante à soixantecinq ans. On remarque que le vin est pour eux de première nécessité. Dans les années où il manque, leurs maladies sont plus nombreuses’.

Nous ignorons quelle était la durée de la journée normale en papeterie. Il fallait qu’il y eût sur ce point un singulier abus, car l’article 52 de l’arrêt du 27 janvier 1739 défend « à tous compagnons et ouvriers de commencer leur travail, tant en hiver qu’en été, avant trois heures du matin, et aux maîtres fabricans de les y admettre avant la dite heure, ni d’exiger des dits compagnons et ouvriers des tâches extraordinaires appelées avantages... ». La même défense avait déjà été faite

I. Comparer avec souhresaillant , ancien nom du ga- tancknne latigue française et de tous ses dialectes'). hier dans la marine (Frédéric Godefroy, Dictionnaire de 2. A. Hugo, La France pittoresque, p. 248.

aux papetiers d'Auvergne par l’arrêt du 30 décembre I/27 et à ceux du Limousin et de l’Angoumois par celui du I2 décembre 1730'.

Par contre, il parait que les papetiers étaient libres de très bonne heure’; mais cette compensation ne paraissait pas suffisante aux législateuis, et 1 article 5 1 be l’arrêt de 1739 veut « que les compagnons et ouvriers papetiers soient tenus de faire le travail de chaque journée, moitié aeunt midi et moitié apies, sans quils piuissent forcer leur travail, sous quelque prétexte que ce soit, ni le quitter pendant le courant de la journée sans le congé de leur maître... ». Il serait intéressant de savoir quels motifs guidaient le pouvoir royal quand il édicta ces sages mesures : souci de la santé des ouvriers, de la honne fabrication, ou entraves mises à la concurrence entre les maîtres ?

SALAIRES DES OVVRIURS

Que gagnaient les ouvriers papetiers ? Nous n’avons sur ce point que des chiffres épars. D’ailleurs, on l’a vu plus haut, ils se partageaient en de nombreuses catégories, aux rendements très différents ; d’autre part, plusieurs systèmes étaient en usage pour rémunérer leurs services : travail à la journée, au mois, à la tâche (ou aux pièces), à salaire et nourriture, à salaire avec nourriture et logement. Cela rend difficile une exacte appréciation des conditions générales de la corporation.

Par un marché conclu le 10 septembre 1584, entre noble homme Nicolas Péricard, bourgeois de Troyes, et Jacques Gillet, colleur de papiers à Troyes, ce dernier s’engage à coller, pendant une durée de trois ans, tous les papiers tant fin, gros bon et omussier que le dit Péricard voudra faire coller. Il devra les coller, lisser et accoutrer selon la sorte, presser et mettre en rames suivant la coutume de Troyes, et cela à raison de 55 sous pour chaque cent de papier à lisser, L’omussier sera payé 35 sous le cent. Le dit papier sera livré à Péricard en sa maison ou autre lieu de Troyes qu’il lui plaira h

Remarquons que Jacques Gillet n’était pas à proprement parler un ouvrier,

1. Encyclopédie iik'thodhjne, t. V, p. 534, 539, 544. — Li Misère des apprentis imprimeurs, composée vers la même date, montre les compagnons de ce métier se rendant à leur travail à deux heures du matin en toutes saisons !

2. Encyclopédie méthodique, t. V, p. 580. — iM. Elie de Montgolfier dit dans ses Xotes que la journée paperière, au xv= et au xvi* siècle, était de sept à huit heures, qui se faisaient à partir de minuit ou une-

heure du matin. On déjeunait à quatre heures; à neuf heures, un repas réunissait encore maîtres et compagnons, après quoi ces derniers se dispersaient dans les champs pour faire paître les vaches et les chèvres dont le produit servait à leur alimentation. A cinq heures, les hommes de travail étaient couchés, pour se relever à minuit. (Léon Rostaing, La Famille de Montgolfier, p. 5-6.)

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