Ibid
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de leurs usages, ou ils s’obstinent à s’y refuser, de peur d’être mis à l’amende par les camarades d’autres fabriques, ou, s’ils y acquiescent, ils n’y sont plus reçus sans être forcés de payer une amende déjà imposée, ou que l’on établit dans la fabrique où ils se rendent, ce qui force souvent les plus raisonnables à se montrer aussi récalcitrants que les autres. Si le maître s’obstine à vouloir faire travailler un amendé, contre le gré de ses ouvriers, ils quittent la fabrique.
« Un des abus les plus remarquables est l’exclusion absolue qu’ils donnent à tout individu qui n’est pas papetier de race, voulant concentrer absolument l’état de papetier et papetière parmi leurs enfants, de telle sorte que, s’il convient à un maître de faire apprendre l’état à un jeune homme ou à une jeune fille, il le tenterait en vain ou s’exposerait à voir sa fabrique désertée et abandonnée.
« Il en est même qu’ils refusent de laisser travailler avec eux, comme ceux qu'ils nomment Lorrains, Normands, Suisses et tous étrangers. Ils se font des règles que souvent le maître ignore et qui ne sont connues que quand l’occasion s’en présente.
« Il y a dix ans, un maître avait encore le droit de faire des apprentis moyennant une rétribution par eux aux ouvriers qui sont censés leur montrer, mais, depuis, l’usage contraire a prévalu. Depuis ce moment, ils ont établi la règle qu’un papetier ne pouvait se marier qu’avec une papetière, autrement sa femme ne pourrait être admise à travailler de l’état.
« Les fils d’ouvrier devant satisfaire à la conscription et ne pouvant faire d’apprentis, il en résulte que les maîtres ne peuvent presque plus employer que des gens âgés, hors d’état de faire les papiers finis et de poids.
« Si, au contraire, les maîtres n’étaient pas ainsi entravés, le vide que produit nécessairement la conscription se trouverait insensiblement rempli par des hommes dé tout âge.
« Un maître a voulu, il y a quelque temps, étant pressé d’ouvrage et n’ayant pas le nombre nécessaire de femmes pour apprêter son papier, réunir un certain nombre de filles étrangères aux ouvriers de sa papeterie, et croyait avoir réussi, mais les ouvriers de notre fabrique ont mis à l’amende leurs camarades pour l’avoir souffert et ont défendu à tous leurs confrères de se rendre dans cette fabrique pour y travailler. Le maître a fait ses plaintes, trois ou quatre des nôtres ont été arrêtés, sont restés en prison pendant trois ou quatre mois et ont été relâchés, n’y ayant pas de preuve écrite contre eux, et sur la promesse qu’ils ne défendraient nullement à leurs camarades de travailler dans cette fabrique.
« Ils ont effectivement dissimulé pendant quelque temps, mais successivement
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LR PAPIER DE TROYES
les ouvriers qui travaillaient dans cette fabrique ont été obligés de payer leur amende à mesure qu'ils la quittaient pour aller travailler ailleurs et les amendes étaient employées moitié en ribotes, moitié appliquées aux ouvriers qui avaient été arrêtés, comme ayant souffert pour la cause commune. Le. maître a été obligé de ne plus employer ces filles, pour rétablir la tranquillité chez lui.
« Il est impossible de déterminer les ouvriers à être payés par jour de travail; ils ont été payés depuis longtemps au mois et assujettis à une quantité déterminée d’ouvrage.
« Nous avons beau leur proposer l'indemnité convenable, en travaillant les fêtes qui ne sont plus reconnues ; ils s’y refusent obstinément.
« Les règlements qui sont les plus utiles et que nous réussissons à faire maintenir, cest la loi des livrets et 1 obligation de travailler six semaines du moment où ils préviennent de leur intention de quitter la fabrique; sans ce frein, à la première fantaisie ou cabale entre eux, ils partiraient sur-le-champ et laisseraient leur maître dans l’embarras.
« Il est des labriques qui sont exemptes des abus et où les maîtres peuvent
faire des apprentis comme bon leur semble. Ils distinguent aussi les fabriques entre
moulins de mode et moulins qui n'en sont pas ; ce sont ordinairement de petits moulins.
« Pour réussir à laire cesser ces abus dans une fabrique plus conséquente, comme la notre, il faudrait renvoyer tous ces ouvriers, la repeupler d’apprentis hommes et lemmes qu’on choisirait à son gré ; mais, pour cela il faudrait renoncer au produit de la fabrique pendant longtemps, abandonner les commandes suivies ou pressées, sacrifices que peu de fabricants sont en état de faire.
« Ce qui rend ces ouvriers si peu stables dans une fabrique, c’est la facilité qu’ils ont de voyager sans frais.
« Ils n ont d’autre domicile que celui des papeteries, qui, la plupart, sont éloignées des communes, d où est venue l’obligation de les loger. En en quittant une, ils vont dans une autre; s’ils n’y sont pas reçus, le maître doit leur donner
12 sous et chaque ouvrier à son tour leur donne trois repas. Si l’un d’eux était
convaincu d’avoir demandé de l’ouvrage au maître, il serait à l’amende. Il faut que le maître le prévienne.
« Ils sa\ent que les maîtres supposent a ces amendes, mais elles sont employées en ribotes au dehors et on ne peut les convaincre de cette contravention.
« Ces usages entre eux ont quelques avantages, car si quelques-uns étaient convaincus d infidélités plus ou moins graves, ils subiraient l’amende ou seraient bannis de 1 état, suivant les cas ; mais, s il a un côté plus favorable, l’avantage n’est rien en comparaison des abus multipliés que produisent ces amendes arbitraires et impitoyables.
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« Un ouvrier paraît-il être vu de meilleur œil par le maître à cause de son assiduité au travail et son caractère moins turbulent, on saisit l’occasion où on pourra le convaincre de marques d'attachement plus particulières pour le maître, on lui cherche une mauvaise querelle et on l’impose à l’amende. Cette amende une fois imposée, dans cette circonstance ou toute autre, pour qu’il puisse continuer à travailler, il faut qu’elle soit payée sur-le-champ ou vendre jusqu’à ses habits et en aller boire le prix.
« Plusieurs, ainsi imposés, sont passés dans notre fabrique dans le temps de la cherté du pain, malgré le besoin que nous avons de leurs services, faute par eux de moyens de s’acquitter, n’ayant pas le sou et ne voulant et ne devant pas leur faire sciemment des avances pour cet objet, nous avons été forcés de ne pas les employer. La force de leurs usages l’emporte sur toute considération de pitié.
« Nous voudrions établir quelques règlements, même à l’avantage des ouvriers; il suffit que cela n’ait pas été suivi auparavant, ils s’y refuseraient.
« La tranquillité règne dans notre atelier, mais à la moindre circonstance où nous voudrions changer les usages reçus nous serions bouleversés.
« Cette classe d’hommes est essentiellement indépendante par la force de leur coalition et ils se soumettent difficilement aux lois. L’éloignement où ils sont de comparaître devant l’autorité, comme le tribunal des Prud’hommes, qu’ils regardent bon uniquement pour des classes d’ouvriers qu’ils dédaignent, nous a servi pour arrêter des instants de coalition.
« Nous leur mettons souvent la loi sous les yeux et surtout l’arrêté du i6 fructidor an IV, et la fermeté que nous mettons dans bien des circonstances nous préserve de demandes et usages nouveaux qu’ils cherchent toujours à faire prévaloir, comme la suppression des six-semaines et des livrets, qui les gênent beaucoup.
« Nous ne pouvons que réclamer de l’autorité la répression de ces nombreux abus, par les lois les plus sévères et des règlements bien spécifiés auxquels soient astreints les maîtres et les ouvriers, et qu’ils ne puissent pas plus enfreindre les uns que les autres. »
Jusqu’en 1822 les choses allèrent de même; mais, à cette époque, les fabricants de papier, à cinquante lieues autour de Paris, fatigués des exigences de leurs ouvriers, résolurent de s’affranchir à jamais des entraves qui paralysaient leur action. S’étant réunis et fortifiés mutuellement par un dédit de 3000 francs par cuve, ils formulèrent un règlement général, qu’ils soumirent aux ouvriers. Ces derniers refusèrent de l’accepter et se déclarèrent à l’unanimité en six-semaines, ce qui voulait
dire, d’après les anciens règlements, qu’à l’expiration de ce terme ils se retireraient en masse.
L'autorité locale prolongea ce délai pour cause de coalition illicite, la loi ne pouvant reconnaître que la mise en six-semaines personnelle, mais non collective. Les fabricants tinrent bon ; toutes leurs fabriques lurent abandonnées ; mais, à l’aide de quelques ouvriers gagnés, ils formèrent des apprentis qui, au bout de peu de temps, s’acquittèrent de leur besogne.
Vers la même époque, la machine ayant remplacé les ouvriers, et la fabrication du papier à la main ayant lait son temps, les coalitions ouvrières disparurent et les papetiers purent se livrer en paix à leurs travaux.
On voit, par ce qui précède, que les grèves malheureusement trop fréquentes qui, de nos jours, viennent jeter le trouble dans notre industrie en lui causant un préjudice parfois considérable et, ce qui est plus regrettable, au profit de l’étranger, ne datent pas d’hier.
DiStrtuds Mr, Us Les directeurs des papeteries n’avaient pas seulement à soutenir des luttes
'sujdi"uiTmvri“. coiitre leurs our-riers: ils devaient encore s’efforcer de réagir contre les agissements de leurs concurrents industriels. Ceux-ci, afin d’entraver la production de leurs rivaux, ne craignaient pas, malgré les arrêts et les règlements, d’employer tous les moyens imaginables pour débaucher et attirer chez eux les ouvriers des autres papeteries.
C’est ainsi qu’un de nos compatriotes troyens, le sieur Cogniasse (ou Congniasse) Desjardins, qui possédait une papeterie à La Motte, près de Verberie (Oise), lut condamné par arrêt du Conseil d’État, en date du 26 février 1777, à une amende de 300 livres, payable par corps, pour avoir souffert que le sieur Pierre Rosse, employé dans son usine et précédemment attaché comme contre-maître à celle de Courtalin, près de Faremoutiers-en-Brie, attirât dans sa papeterie des ouvriers venant de cette usine. Ce jugement ar-ait été rendu conformément à l’article 49 du règlement de 1739'.
En 1783, les directeurs de la papeterie de Davrey près de Châtillon-sur-Seine, Antoine Barthélemy et Antoine Chanteloube, son gendre, adressèrent une plainte à l’intendant de Champagne contre un papetier troyen, Pierre Debure. Ils l’accusaient de vouloir ruiner leur industrie. Un des principaux agents de M. Debure était, disaient-ils, son parent Peutiot le jeune, notaire à Châtillon, lequel aurait envoyé plusieurs fois son fils en la papeterie des plaignants, pour débaucher leurs ouvriers au profit du sieur Debure’. Nous ignorons quelle fut la fin de cette affaire.
I. Encyclopcdic méthodique. Ans et Métiers, i. V, 2. Arch. dép., C 1942, liasse. Corporations d’Arts et
p. 533. — Arch. dép., A 22, liasse. Métiers.
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