DE LA NATURE DU PAPIER
Vers le même temps, il y eut des papeteries à Tauris, au Caire, à Tripoli, à Fez. Un auteur arabe écrit que le papier du Khorassan était fait de lin (probablement à l’état de tissu usé).
Dès le milieu du xii' siècle, la ville de Ceuta était considérée comme fabriquant d’excellent papier.
Au XII' siècle, en Espagne, à Tolède, à Valence, à Xativa, le papier (dit M. Briquet, auquel nous empruntons tous les renseignements qui précèdent) fut l’objet d’une industrie importante. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, écrivant vers 1130, en parle comme étant le produit du rebut de vieux chiffons {ex rasuris veterum pannontm compacti).
Juscju â ces derniers temps, la. classification adoptée par les inventaires des dépôts d’archives admettait l’existence de deux sortes de papier : le papier de coton et le papier de chiffe ; M. Briquet prétend quelle doit être modifiée. S’autorisant de ses laborieuses analyses, qui ont porté sur 960 des manuscrits arabes du British Muséum et sur de nombreux papiers de toutes provenances, dont les premiers datent de la fin du x' siècle, le savant genevois affirme : 1° qu’il n’y a jamais eu de papier de coton; 2” qu’on doit à l’avenir se borner aux trois dénominations : papyrus, parchemin a papier ; 3“ que le papier de chiffe est beaucoup plus ancien qu’on ne l’a cru jusqu’à ce jour, son emploi constaté remontant au x' siècle; 4° que le papier de chiffe a d’abord été usité en Orient et que le secret de sa fabrication n’a pénétré en Occident qu’après une période de deux ou trois siècles.
Au commencement du xiv' siècle, des papeteries furent établies à Essonnes ' et à Corbeil ; on les a toujours considérées comme étant les plus anciennes connues dans notre région. La date de 1340, donnée par Les Grandes Usines de Turgan, comme étant celle de la fondation des papeteries d’Essonnes, n’a cependant encore été confirmée jusqu’à présent par aucun document probant.
On verra plus loin (voir Moulin de Breviandes et Moulin Le Roi), et avec pièces à l’appui, qu’il convient de faire remonter l’établissement de la papeterie à Troyes à une époque non moins reculée que pour Essonnes.
Avec le temps, l’industrie du papier s’étendit en Auvergne, en Lorraine, dans l’Ile-de-France, en Languedoc, en Béarn, en Angoumois et en Franche-Comté '.
r. Essonnes (Seine-et-Oise), à 1500 mètres de Corbeil, sur la rivière l’Essonne. MM. Darblay y possèdent un des plus vastes établissements des environs de Paris. Leur papeterie, avec ses annexes du Moulin-Galant et d’Echarcon, occupe 100 hectares dans la vallée, sur une longueur de 10 kilomètres, et emploie 2000 ouvriers ainsi que 18 machines à papier. On y fabrique le
dixième de la production du papier de toute la France.
2. Nous nous sommes abstenu de reproduire — on le comprendra — diverses opinions sur l’introduction du papier, soit en Europe, soit dans certaines provinces de France, que la critique historique moderne a depuis démontrées comme étant erronées. Il est inutile de perpétuer des légendes.
Le plus ancien échanüllon connu de papier est un recueil d actes écrits a partir de 1154 par Jean Scribe, notaire à Gènes puis le Liber ph’gionim, à \ enise, dont les premières mentions remontent à 1225 ; en France, on cite en première ligne les comptes d'Alphonse de Poitiers, allant de 1243 1248, et de nombreux registres des notaires marseillais, datant de 1248 également'.
La ville de Troyes s’inscrit honorablement avec le registre coté 6 JF 45 aux Archives départementales de 1 rVtibe, contenant les minutes des comptes de 1 abba) e de Montiéramey, du 2 septembre 1310 au 16 mars 1317’.
I . Aug. Blanchet, Essai sur T Histoire du Papier, Paris, E. Leroux, 1900. — Voy. César Paoli, Propprawmi scoiasfico di paleografni lalina c di diplomatica, T. II {Haterie scrittori e Uhrarie), Pirenze, Sansoni. 1894.