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LAVAGE APRÈS LESSIVAGE

Nous avons dit que ce lavage était fort utile, même indispensable, et qu’il était préférable de le pratiquer en dehors du lessiveur.

On obtient en appliquant ce mode d’opérer une plus grande pureté, une plus complète blancheur de la pâte. En outre, le travail des défileuses est facilité, parce qu'on enlève ainsi tout d’abord une grande partie des savons solubles formés par le lessivage.

Ce lavage peut s’effectuer facilement dans une grande pile laveuse en bois, munie d’un cylindre en bois, d’un tambour laveur à écopes recouvert d’une toile, d’une gouttière ou d’une grille en fer pouvant s’abaisser à volonté et permettant l’enlèvement des corps légers. Un double fond règne dans toute la partie plane.

Ce double fond est formé par des traverses espacées d’environ 10 millimètres placées dans le sens de la largeur de la pile et s’appuyant sur deux longriues, de façon à laisser libre l’espace compris entre le fond et le double fond. Cet espace est ouvert à ses deux extrémités, de façon à pouvoir y établir un courant d’eau pour se débarrasser du sable et des autres matières qui s’y déposent, sans être obligé de démonter à chaque instant les traverses qui for-

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ment le double fond. Le tuyau amenant l’eau propre est muni de deux robinets, l’un aboutissant au niveau supérieur des traverses pour laver les chiffons de bas en haut, l’autre amenant l’eau pour laver de haut en bas.

Voici comment M. Bourdiliat conseille de régler l'opération :

On lave d’abord de bas en haut, on abaisse la grille quand l’eau sort à peu près claire, puis on ferme le robinet inférieur et l’on enlève une des bandes qui ferment le double fonda ses extrémités. L’eau en s’échappant nettoie ce double fond et enlève tous les corps pesants.

On peut répéter cette opération, puis on enlève, à l’aide d’un crochet, les chiffons suffisamment égouttés et lavés. On peut aussi régler la bande de façon qu’il s’échappe autant d’eau qu’il en peut arriver par le robinet supérieur et continuer ainsi le lavage.

Avec de l’eau en abondance on peut laver 1.000 kilogrammes de chiffons en douze heures.

La pile, dont la construction est assez coûteuse et occupe beaucoup de place, peut être remplacée par un tambour garni d’une toile en fer que i’on fait tourner dans une caisse en maçonnerie qui reçoit un courant d’eau.

Cette caisse forme déversoir sur le côté opposé à l’arrivée de l’eau; elle est en outre percée à sa partie inférieure d’un trou bouché par une bonde,

Le tambour, auquel on peut donner 2 mètres de long et lm,20 de diamètre pour une contenance de 50 kilogrammes de chiffons, est construit de façon à se passer de presse-étoupes, c’est-à-dire que le déversoir est plus bas que son axe pour que l’eau n’arrive jamais à cette hauteur.

Une vanne est disposée du côté de l’entrée de l’eau si l’on veut Javer de bas

en haut.

L’eau traverse le tambour dans sa largeur pour aller se déverser à la partie supérieure, où elle entraîne les corps légers.

Quand elle commence à sortir claire, on enlève une bande et l’on ouvre le robinet du tuyau de distribution supérieur; l’eau traverse alors le chiffon déliant en bas; on répète cette manoeuvre plusieurs fois.

Les chiffons égouttés se retirent à la main par un large trou d’homme.

Le tambour doit faire à peine trois tours par minute, et l’eau du déversoir doit passer en s’échappant sur un plan incliné garni d’une toile métallique en fer sur laquelle s’arrêtent les filaments entraînés.

On peut encore employer la machine dite américaine, qui est une sorte de blutoir conique dont une partie plonge dans l’eau. L’appareil tourne lentement et les chiffons, qui entrent par une extrémité, ressortent par l’autre, aidés par le mouvement de rotation et la pente du blutoir.

BEFÎLAltiE — EFFILOCHAGE

Les chiffons lessivés et lavés sont transportés ensuite aux appareils défileurs.

Cette opération du défilage commence la fabrication proprement dite. Elle a pour but de transformer la matière première, de désagréger les tissus, de séparer les fibres, puis de les nettoyer complètement et de les triturer de façon à en former une pâte.

PAUL CHARPENTIER

Dans l’opération du défilage on' produit nue première demi-pâte, qui porte le nom de défile , un peu plus tard l’opération du raffinage terminant complètement la trituration, et presque toujours avec les mêmes appareils que ceux employés dans le défilage, produira la pâte nommée raffiné.

Pour ne pas scinder l’ordre des opérations, nous sommes conduit à parler brièvement des appareils produisant le défilé , mais nous reviendrons sur leur description à propos du raffiné.

Dans le principe, la division, le défilage ou l’effilochage des chiffons s’obte nait au moyen de pilons ou maillets; on a conservé, pour les nouvelles machines, les épithètes de défileuses et d’effilocheuses.

Nous n’avons pas à insister sur les machines primitives, que nous rappellerons en peu de mots.

Citons tout d’abord la délisseuse Daubrée, qui était une sorte de hache-paille à tambour, muni de courtes lames, les unes obliques ou en hélice, les autres droites et verticales, agissant à la manière de faux, tournant à raison de trois à quatre cents tours par minute, pour découper en petits carreaux les chiffons de linge.

Ces chiffons leur étaient présentés par des rouleaux de pression convenablement superposés accompagnés d’une toile et d’un cuir sans fin alimentaires.

Cette machine pouvait opérer le travail d’une partie des ouvrières délisseuses, mais ne dispensait nullement de l’opération préalable si importante du triage à la main, du battage et de l’époussetage.

Jusqu’en 1815 on continuait à se servir en France, pour la fabrication des pûtes à papier, de maillets à longues pannes verticales en bois, garnies de lames, de clous aciérés, dont les manches horizontaux étaient soulevés à la tête par autant de cames.

Ces maillets, en retombant sur le fond d’auges oblongnes en bois, garnies de plaques de fonte ou de bronze, servaient à triturer les chiffons sous l’affluence d’un jet liquide permanent, tandis que l’eau salie s’échappait un peu au-dessus du fond par des ouvertures grillagées.

A partir de 1815, on substitua à ces appareils primitifs les cylindres àla hollandaise, affilocheurs, dégrossisseurs et affineurs à volonté, qui datent, à ce qu’il paraît, de la dernière moitié du XVIIe siècle.

Ces anciens cylindres, véritables types des moulins à tan et à tabac, étaient généralement construits en bois dur armés de lames d’acier droites à doubles biseaux ou tranchants munies de cannelures parallèles à l’axe et retenues solidement, comme aujourd’hui, entre des platines métalliques aux deux bouts.

Ces cylindres et ces lames, montées sur un puissant arbre horizontal en fer, tournaient avec une vitesse de 60 à 80 tours par minute transversalement dans une cuve horizontale oblongue, revêtue de plomb, arrondie aux deux bouts, que partageait en son milieu, dans le sens longitudinal, une courte cloison verticale, interrompue à une certaine distance des deux bouts.

Cette cloison séparait la partie active où le cylindre opérait, de l’autre moitié de la cuve, remplie d’une eau limpide, qui, emportée par le courant que provoquait la rotation rapide du cylindre effilocheur, entraînait les flocons de matière en partie désagrégée.

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ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

Ces flocons de matière étaient incessamment ramenés entre les couteaux du cylindre et ceux légèrement obliques fixés sur la platine du fond.

Telle était la disposition de l’appareil triturateur employé au commencement du siècle, nous verrons que les modifications et les perfectionnements apportés depuis ne sont que d’une importance secondaire.

Les cylindres, en outre, étaient, comme aujourd’hui, recouverts d’un chapiteau en bois pour empêcher la projection du liquide au dehors. L’eau, arrivée pure dans la cuve, s’en échappait continuellement salie, au travers d’ouvertures placées à l’un des bouts du chapiteau et précédées, pour retenir les effiloches de la pâte, de châssis grillagés en toile métallique.

La masse d’eau, chargée de la pâte suffisamment effilochée et lavée, passait, comme aujourd’hui encore, dans une cuve de décharge et de dépôt inférieure.

Gensanne, à la fin du XVIIIe siècle, tenta inutilement de substituer au système primitif des cylindres, si simples et si ingénieux, des moulins à noix coniques verticales armées de lames tranchantes opérant contre d’autres lames obliques.

Les noix tournaient avec une certaines rapidité, entraînant par l’action de la force centrifuge l’eau et les effiloches, de la base vers le sommet.

Ces tentatives eurent un certain succès pour la réduction en pâte des rognures de vieux papiers destinées à fabriquer le carton.

Quoi qu’il en soit, les appareils de trituration peuvent appartenir à l’une des quatre catégories suivantes :

Appareils fonctionnant par percussion.

Appareils fonctionnant par friction.

Appareils fonctionnant par déchirement .

Appareils fonctionnant par déchirement et friction.

Les anciennes piles à maillets appartiennent au groupe des appareils fonctionnant par percussion, mais le grand emplacement qu’elles nécessitent et leur lenteur les font rejeter de la pratique, surtout lorsqu’il s’agit de traiter les succédanés.

Les appareils à friction consistent en meules verticales tournant sur meule horizontale; ces engins ne donnent que des résultats peu satisfaisants.

Les appareils à déchirement, ou piles à cylindres, sont ceux dont nous allons nous occuper; quant aux derniers, à déchirement et à friction, nous aurons à nous en occuper lorsque nous traiterons de l’emploi des succédanés, principalement des pâtes de bois.

1MLES PÉFILEUSES OU EFFILOCIIEUSES

Ces appareils peuvent être en bois, en fonte, en fer ou en maçonnerie.

Les cylindres qui en font partie peuvent être également en fonte ou en bois. Enfin, les lames de ces cylindres et des platines sont faites soit en acier, soit en bronze.

Le type de la pile moderne est représenté figure il et 12.

Cet appareil comprend essentiellement une caisse MM, dont la longueur

moyenne est de 3 mètres. Celte caisse est terminée à chacune de ses extrémités par un demi-cylindre qu’il est mieux de faire à base elliptique.

Le diaphragme vertical NN partage la caisse dans le sens de sa longueur, et la divise en deux canaux RR'. Le chiffon peut ainsi circuler constamment, passant d’un canal dans l’autre, suivant le mouvement du liquide.

Sur l’un des côtés, dans un plan perpendiculaire au diaphragme se trouve fixé l’axe du cylindre O.

Ce cylindre, comme le montre la figure 11, est muni de lames serrées par des coins. xVu-dessous du cylindre se trouve la platine, en fonte généralement aa, armée également de lames serrées par des coins en bois.

Ces lames, disposées parallèlement entre elles, tonnent un très petit angle avec celles du cylindre.

Le cylindre, en tournant à raison de 250 tours environ par minute, met l’eau en mouvement; le chiffon est entraîné. La matière passe et repasse ainsi

Ci ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

constamment entre le cylindre et la platine et sa division est bientôt devenue complète.

L’eau de la pile est constamment renouvelée par un robinet X, qui amène de l'eau fraîche; quant à celle qui a servi à laver les chiffons, elle s’écoule par deux châssis en toile métallique bb dans une rigole qui aboutit à, un tuyau de décharge.

Quand la majeure partie de l’eau trouble est extraite du défilé, les deux valets pleins bb ' sont placés devant le^ châssis à toiles métalliques.

Notre figure montre un second cylindre S garni également d’une toile métallique qui tourne très lentement sous l’action de l’eau mise en mouvement par le cylindre O.

Le liquide s’y introduit, mais non la matière effilochée, puis ce liquide est repris par des tuyaux en spirale qui le ramènent dans l’axe et le font sortir audessus de la pile par la rigole /'/”. Finalement la rigole m, couverte d’une grille, retient le sable et les autres impuretés.

La pile Miller et Herbert, que nous donnons figures 13, 14, ^ 15, 10, est un perfectionnement de l’appareil précédent.

Dans les premières piles en fonte on se bornait le plus souvent à construire en métal seulement les parois extérieures, en les faisant de plusieurs pièces assemblées par des boulons. Le fond et la séparation restaient en bois. On conçoit que ce mode de construction ne présentait pas toutes les garanties de solidité nécessaires.

La pile dont nous allons nous occuper est tout entière en fonte. Elle est de plus, d’une capacité beaucoup plus grande. Sa longueur est de 3m,95, sa largeur de 2 mètres. Elle peut contenir 130 kilogrammes de pâte; le diamètre du cylindre est égal à lm,20.

La partie la plus intéressante de cet appareil repose dans le mécanisme de rapprochement du cylindre et de la platine.

Le mécanisme ordinairement employé pour remonter ou descendre le cylindre pendant le fonctionnement consiste dans une disposition de vis et de

PAUL C H A R P E N T I E Pi — LE PAPIER

levier, qui souvent a l’inconvénient de relever ou de descendre le cylindre d’un côté seulement et d’amener ainsi des différences d’écartement entre le cylindre et la platine de la pile.

Fig. 13, Fig. 16.

Ici, cet inconvénient est évité; le rapprochement s’opère non plus en agissant sur le cylindre, mais en agissant sur la platine elle-même.

ENCYCLOP. C H I U

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

Le cylindre est fixe dans ses supports, tandis que la platine descend ou remonte suivant la nécessité.

Comme on peut le voir facilement sur la figure 16, ce mouvement est obtenu par un coin qui, au moyen d’une vis, permet de hausser ou de baisser à volonté la platine portant les couteaux.

En outre, cette simplicité de construction diminue dans une forte proportion Je prix de revient de l’appareil.

Fig. 18.

La pile de MM. Orioly et Henry est aussi [conçue dans un esprit pratique et mérite d’être signalée.

Cet appareil comprend une cuve ou trémie conique dont l’extrémité inférieure s’adapte au centre d’une plaque épaisse en fonte ou en acier placée horizontalement. Au-dessous se trouve une seconde plaque en acier ou en fonte à

laquelle un mouvement rapide de rotation peut être communiqué au moyen d’un mécanisme semblable à celui d’un moulin à farine.

Ces deux plaques font l’office de meules, et leurs surfaces en contact sont striées comme celles des meules à blé.

Elles sont enfermées dans une cavité cylindrique dej laquelle part un tuyau qui se termine au-dessus d’un plan incliné placé à la partie supérieure de la trémie ou cuve.

Il résulte de cette disposition que si cette cuve conique est remplie de pâte à papier incomplètement broyée et que l’on mette l’appareil en mouvement, la pâte descendant par l’ouverture de la meule supérieure fixe est saisie par la meule inférieure et broyée pendant sa rotation.

Elle est ainsi rejetée à la circonférence, et la force centrifuge, dont l’action accumule une quantité de plus en plus grande de pâte dans l’enveloppe cylindrique des meules la force à remonter le tuyau d’ascension et à se déverser dans les meules sous l’action de la pesanteur, de sorte que la circulation est continue et que toute la pâte subit nécessairement le. frottement des plaques métalliques.

Signalons encore un perfectionnement récent apporté aux platines pourpiles à cylindres dû à M. Vedèche et représenté figures 17 et 18.

Nous avons vu que dans les platines ordinaires les lames et les entre-lames étaient reliées au moyen de boulons ou de rivets.

Lorsque les lames sont usées, il faut buriner ou raboter les entre-lames et relever le paquet en le calant par-dessus.

Pour éviter ce rabotage des entre-lames, on emploie la disposition suivante :

Les lames de platine sont en M, et les entre-lames N sont supportées et maintenues par les traverses O fixées à la boite à platine. Une crémaillère P est fixe, une autre Q est mobile ; on peut la régler au moyen de la tige filetée m. Les lames M reposent sur une cale R.

On voit que si les lames de platine sont usées, il suffit, pour les remonter, de faire avancer la crémaillère Q vers la gauche en tournant l’écrou de la tige m; les entre-lames restent maintenues en place.

Le serrage des lames sur le côté s’opère au moyen de deux crémaillères S et T, agissant comme les crémaillères P et Q, dont nous venons de parler.

Cette disposition permet de serrer les lames à l’endroit où elles travaillent.

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