KC1 + KO CIO
Dans le second cas, ni le chlorure de chaux, ni le carbonate alcalin, ne se dissolvant à la basse température qui est nécessaire dans cette circonstance, qu’en proportions restreintes, le produit obtenu par leur double décomposition est plus pauvre encore en principes décolorants que celui fourni par le premier mode de préparation.
L’opération elle-même, quoique simple en principe, devient longue à cause des nombreux lavages que l’on doit faire subir au précipité. Le résultat est un produit titrant 25 degrés chloromélriques, renfermant dans sa dissolution une quantité semblable de chlorure de calcium, ce qui, dans l’opération du blanchiment, se retrouve sous forme de carbonate ou de sulfate de chaux, suivant le mode de traitement appliqué.
Dans ce cas encore, le produit est trop alcalin et très instable. Le prix de revient est aussi, relativement, élevé. 11 y a quelques années, on a proposé de remplacer les hypochlorites ordinaires par le chlorozone.
Ce produit s’obtient à froid en saturant une lessive alcaline caustique par un courant d’acide hypochloreux uni à un courant d’air.
On sait que la décomposition d’un hypochlorite alcalin ou alcalino-terreux par un acide, produit du chlore libre ou de l’acide hypochloreux, suivant les cas. On peut avoir :
CaO CIO + CaCl + 2A = 2CaOA + 2C1; ou :
CaO CIO + CaCl -f A = CaO A + CaCl + CIO;
ou :
MO CIO5 + 3 II Cl = MCI + 3 HO + 3C10.
En outre, l’oxygène de l’air peut s’unir au chlore naissant et former de l'acide hypochloreux très soluble dans l’eau.
Enfin, un courant d’acide hypochloreux traversant en excès une dissolution alcaline transforme ces sels en chlorates.
Si donc on produit de l’acide hypochloreux par la décomposition d’un hypochlorite ou d’un chlorate à l’aide d’un acide uni à un couretnt d’air, et si, d’autre
part, on sature de ce gaz une dissolution alcaline, de la soude par exemple, on obtiendra le produit nommé chlorozone, qui sera acide ou alcalin suivant la proportion des équivalents de la base en dissolution et de l’acide hypochloreux qui la sature.
Le chlorozone alcalin marquant 40 degrés Baumé et de 100 à 120 degrés chlorométriques, devient facilement cristallisable à basse température, mais les cristaux obtenus fondent facilement à la moindre chaleur.
Le contraire a lieu si l’on solidifie le chlorozone par l’absorption de son excès d’eau moyennant un sel alcalin hydrométrique.
Le carbonate de soude desséché, par exemple, ajouté au chlorozone en proportion variée, suivant la densité du liquide, à la température de 6 à 8 degrés centigrades, forme une masse compacte se laissant facilement mouler, et devenant d’autant plus dure que la température sous laquelle on a opéré était plus basse.
Cette masse ne se ramollit qu’à la température persistante de 20 degrés. Durcie à nouveau par rabaissement de la température, elle résiste mieux à la chaleur ambiante et ne perd rien de ses qualités décolorantes si l’on a soin de la garder à l’abri du contact de l’air, à l’abri de l’air et de l’humidité.
Le chlorozone alcalin liquide marquant 30 degrés Baumé et titrant 50 degrés chlorométriques est très stable et peut être conservé pendant plusieurs mois. On peut donc facilement le transporter.
A quantité égale de base et de chlore, le pouvoir décolorant du chlorozone est double de celui d’un hypochlorite alcalin du commerce.
Les appareils qui servent à sa fabrication sont fort simples; ils comprennent :
1° Un générateur de gaz hypochloreux de 150 litres environ ; 2° Deux saturateurs également clos de 200 litres environ;
3° Un aspirateur d’air.
spiration d’
tages :
avan-
1° De contribuera la formation de l’acide hypochloreux dans le générateur, grâce à une partie de l’oxygène de l’air abandonné au profit de cette réaction ; 2° De modérer l’action chimique dans le générateur;
3° D’éloigner toute fuite de gaz dans les appareils, et par suite d’empêcher leur explosion en réduisant la pression intérieure du gaz à son minimum;
4° Enfin de faciliter l’achèvement complet de la réaction.
L’acide hypochloreux, en traversant les liquides contenus dans les deux saturateurs, les sature en proportions inégales.
Le premier reçoit le maximum et le second le minimum d’acide.
La base tenue en dissolution dans le premier sera transformée en chlorate, celle du second en hypochlorite. L’opération dure une heure environ.
La saturation étant terminée, on arrête l’aspirateur et l’on vide simultanément le contenu des appareils dans une cuve chargée de la matière à blanchir, convenablement lessivée et lavée d’abord aux acides et à l’eau.
L’action chimique de ce bain sur les matières colorantes est très rapide, presque instantanée et nullement destructive, car elle est due principalement à l'action de l'oxygène naissant.
Le mélangeur de la cuve ou de la pile doit fonctionner dès le commencement, le conctact de l’air et le mouvement de la matière aident beaucoup à sa décoloration.
Il est évident qu’après l’action du clilorozone la pâte blanchie doit être soigneusement lavée.
Le prix de revient du clilorozone, par 100 kilogrammes de pâte à blanchir, ne dépasse pas celui du chlorure de’ chaux ordinairement employé, et son emploi présente les avantages suivants :
1° Suppression d’une préparation défectueuse et longue du bain décolorant de chlorure de chaux ;
2° Suppression de l'emploi des acides que l’on ajoute ordinairement pour activer la réaction décolorante ;
3° Suppression du contact direct de la pâte avec la chaux qui, sous forme de sels insolubles, s’incruste dans les fibres, résiste aux lavages et finit à la longue par détruire la fibre.
4° L’action décolorante du’chlorozone est très rapide et nullement destructive; elle est accompagnée d’une action saponifiante, due à la base alcaline soluble; il en résulte une économie de temps et de matières premières.
L’introduction de cette nouvelle méthode de blanchiment ne nécessite aucun changement dans le mitîriel ordinaire.
EMPLOI DES PERMANGANATES DAIYS LE BLANCHIMENT
Cette méthode de blanchiment, proposée il y a déjà plus de vingt ans par Tessié du Motay, est fondée sur la désoxydation des permanganates alcalins en présence des matières colorantes qui accompagnent les fibres végétales.
Il résulte de cette action chimique un dépôt d’oxyde de manganèse qui s’étale sur la fibre en un enduit léger. Par l’action d’une substance réductrice, avide d’oxygène, telle que l’acide sulfureux, l’oxyde de manganèse se transforme en sulfate de protoxyde soluble dans l’eau, que des lavages peuvent alors facilement enlever.
Les fibres de lin ou de chanvre sont, par cette méthode, un peu plus difficiles à blanchir que celles du coton.
On utilise ordinairement le permanganate de soude que l’on peut préparer de la façon suivante :
Les résidus provenant de la fabrication du chlore, c’est-à-dire les chlorures de manganèse, sont traités parla craie, qui précipite le fer.
Après avoir décanté pour séparer le dépôt, on précipite le sesquioxyde de manganèse par la chaux, puis on le chauffe dans un courant d'air avec de la soude. On obtient ainsi du manganate de soude vert. Ce sel à l’état brut renferme de 50 à 60 p. 100 de manganate pur.
Le produit ainsi obtenu est ensuite mélangé, par poids égaux, avec du sulfate de magnésie et 10 parties d’eau. On obtient alors une liqueur rouge ren-
fermant 60 p. 100 de permanganate de soude, que l’on abandonne au repos pour la rendre limpide.
Pendant le blanchiment, la soude est mise en liberté, et sa présence en cet état altérerait les fibres, mais en réagissant sur le sulfate de magnésie, elle donne naissance à du sulfate de soude et à de la magnésie, ce qui préserve les fibres de toute altération.
Un bain de blanchiment qui, suivant la nature des chiffons à blanchir, renferme de 2 à 5 kilogrammes de permanganate de soude, suffit pour blanchir 100 kilogrammes de chiffons. La pâte est lavée au moyen d’eau chaude, puis dégraissée dans un bain alcalin.
L’opération se continue par le traitement à l'acide sulfureux, qui doit enlever l’oxyde de manganèse.
Pour préparer l'acide sulfureux, on mélange 1 partie de sulfate de protoxyde de fer anhydre (couperose verte desséchée) avec 3 parties de soufre, puis on introduit ce mélange dans un vase cylindrique en fer que l’on chauffe au rouge sombre. 11 se forme de l’acide sulfureux et du bisulfure de fer.
L’acide sulfureux est recueilli dans l’eau, où il se dissout. Pour terminer l’opération, on étend d’eau cette dissolution, et on l'ajoute à la matière soumise au blanchiment.
Une fois que l’oxyde de manganèse est enlevé, on lave .dans une eau renfermant un peu de carbonate de soude pour enlever l’excès d’acide sulfureux, puis on termine par un lavage à l’eau pure.
1ÎLAXCIIIMEAT A L’HUILE LOURDE
Tout récemment, on a essayé en Allemagne et en Angleterre une nouvelle méthode de blanchiment de la pâte à papier, dans laquelle on fait usage d’huile lourde de schiste.
Certains produits de la distillation des schistes bitumineux agissent, en effet, d’une façon très puissante sur les matières végétales en rendant leur blanchiment beaucoup plus facile ensuite par les chlorures décolorants.
La quantité d’huile que l’on ajoute au bain de lessivage varie suivant la nature des chiffons à blanchir.
On peut employer environ 10 kilogrammes d’huile pour 1.000 kilogrammes de chiffons très grossiers, 7 kilogrammes pour les chiffons de couleur, et 4 kilogrammes seulement pour les chiffons blancs.
Cette addition d'huile est également avantageuse quand il s’agit de pâte de
bois ou de paille.
L’explication théorique de l’effet produit par cette huile est encore à trouver. On -peut croire que l’effet de l’huile est plutôt physique, qu’elle dissout ou émulsionne les graisses, gommes ou autres matières qui enveloppent les fibres et les agglutinent aux matières colorantes, de sorte que les lessives alcalines agissent ensuite avec plus d’énergie.
Le blanchiment spécial des papiers dits maculatures s’opère en plongeant la maculature dans un bain d’eau pure tiède à laquelle on ajoute 10 p. 100 de
90 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
soude caustique. On laisse reposer pendant vingt-quatre heures, puis on passe la pâte à la pile.
Après un égouttage prolongé, on reprend par de l’eau additionnée de 10 p. 100 d’acide chlorhydrique, et on laisse reposer pendant vingt-quatre heures, pour continuer ensuite les opérations ordinaires.
Quoi qu’il en soit des désavantages ou inconvénients dus à l’emploi des chlorures décolorants, et notamment des hypochlorites de chaux, il n’en est pas moins vrai que ces derniers sont encore employés dans la grande majorité des cas; on peut résumer ainsi les conditions dans lesquelles ce système de blanchiment peut fournir de bons résultats :
1° Pour les chiffons blancs ou peu colorés.
On devra se servir d’une pile dont la contenance pourra varier entre 300 et 500 litres. Le bain décolorant devra titrer au moins 60 degrés. La pâte devra être envoyée dans des caisses à égouttage immédiat.
2° Pour les chiffons moyens.
On devra employer le même mode de faire en faisant intervenir ensuite l’acide carbonique ou l’acide sulfurique dilué.
3° Pour les chiffons inférieurs.
On opérera un premier blanchiment avec un bain titrant au moins 80 degrés. Puis on fera intervenir l’acide sulfurique à plus forte dose. Enfin on enverra la pâte dans des caisses égoutteuses pendant huit à dix heures, puis on lavera dans un laveur rotatif.
La seconde opération de blanchiment se fera avec un bain titrant 60 degrés environ. L'acide sulfurique employé le sera en petite quantité dans cette dernière phase de l’opération.