RÉGLAGE DU FORMAT ET DE L’ÉPAISSEUR DU PAPIER
Pour régulariser le foi. mat et l’épaisseur du papier que l’on doit fabriquer, on peut employer le dispositif représenté par les figures 68 et 69.
Deux chariots parallèles m'm règlent la largeur du papier livré à la table de fabrication. Deux arbres transversaux M, portant à leurs extrémités deux filetages en sens inverse l'un de l’autre, réunissent les deux chariots mm' qui glissent en s’approchant ou en s’éloignant l’un de l’autre sur les guides cylindriques P. Des courroies en caoutchouc limitant de chaque côté la largeur du papier, sont supportées par les chariots.
L’arbre transversal Q agissant sur deux manchons de débrayage RR permet d’isoler le chariot m' qui est opposé au conducteur de la machine placé en O. Dans cette position, le volant O ne fait mouvoir que le chariot m. On peut ainsi déplacer transversalement la feuille de papier sur la toile, si cette opération est rendue nécessaire, lorsque par exemple la toile est endommagée sur l’un de ses bords. On peut donc régler très facilement la largeur du format.
Quant à l’épaisseur du papier, on peut la fixer à l’aide des règles parallèles SS'. Ces règles sont formées chacune de deux parties à coulisses; deux boulons carrés assurent leur jonction.
De petites presses à vis retiennent ces deux règles à leurs extrémités; elles sont ainsi fixées aux chariots mm'. Leur milieu est soutenu par les deux vis XX' qui permettent de régler le passage de la pâte sous les règles SS' de manière à obtenir une égale répartition de cette pâte et à la maintenir en quantité suffisante pour la largeur du format.
La pâte, en sortant de cet appareil, se répand sur la toile métallique; celleci est supportée par une grande quantité de petits rouleaux en cuivre. L’ensemble de la toile et des rouleaux est ce que l’on appelle la forme ou table de fabrication.
La toile métallique a une marche constante comme une corde sans fin. Elle éprouve pendant son parcours un mouvement latéral très rapide de va-et-vient qui est imprimé au cadre par un bras de levier.
Ces oscillations ont pour résultat de feutrer le papier, elles remplacent le mouvement de l’ouvrier papetier dans la fabrication du papier à la cuve ou à la main. Les deux règles dont nous venons de parler sont fixées suivant la largeur que l’on veut donner à la nappe de pâte. Les courroies parcourent successivement les roulettes, marchent avec la même vitesse que la toile et maintiennent la pâte dans toute la longueur de la trame. Elles enlèvent les irrégularités des bords de la nappe. Avant de passer sur la poulie de retour, elles sont lavées par un jet d’eau.
La toile métallique portant la pâte, l’entraîne en égalisant son épaisseur et laissant, pendant sa marche, passer au travers de ses mailles et s’égoutter dans une cuve plate l’eau dans laquelle la pâte à papier n’est que suspendue. Puis, passant successivement sur les rouleaux de la forme et sur ceux qui la dirigent vers les presses, elle rencontre, après avoir quitté les courroies à gouttières, une caisse sur laquelle elle glisse. Un vide de plusieurs centimètres de mercure s’établit dans cette caisse au moyen d’un aspirateur.
Cet aspirateur peut être composé de trois cloches de gazomètre qui sont alternativement élevées et abaissées (fig. 70).
On peut également employer pour cet usage nos aspirateurs insuflïateurs à vapeur surchauffée, dont nous avons déjà parlé.
ENCVCLOr. CH1M.
Ii6 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
L’aspiration a pour effet de faire égoutter les pâtes revêches. En effet, le papier à l’état presque liquide reçoit la pression de l’atmosphère qui force l’eau à traverser la toile métallique et à descendre dans la caisse, d’où son poids la fait écouler.
Cette opération évite les écrasés qui peuvent se produire sous la presse humide où le papier parvient après son passage sous le cylindre égoutteur. Ce cylindre affermit et prépare le papier à cette première pression ; il fait en même temps écouler l’eau que la feuille peut encore renfermer.
L’égouttage s’opère donc au fur et à mesure que la toile s’avance.
La pâte prend consistance; après son passage sur la caisse d’aspiration, sa texture est déjà suffisamment solide pour lui permettre de passer sous la première presse humide. Alors la feuille quitte la toile, puis elle est entraînée par des feutres sans tin sous cette presse, dont les cylindres sont horizontaux
Fiîr. 70
et placés l’un au-dessous de l’autre; ils peuvent être creux et en fonte. Le cylindre inférieur est généralement recouvert d’une chemise en bronze. Le cylindre supérieur est surmonté d’une brosse qui, grâce à un mouvement de vaet-vient, le nettoie d’une façon constante et régulière.
A la suite de la presse humide se trouvent deux ou trois presses sèches. La feuille de papier les quitte ensuite pour se rendre à la sécherie.
Un appareil nommé guide-toile, dû à MM. Dautrebande et Thiry, est souvent employé pour maintenir la toile et les feutres dans une bonne direction.
Cet appareil, représenté figures 71 et 72, est composé d’un rouleau conducteur M que supporte d’une part un coussinet fixe, et d’autre part un coussinet mobile N.
La courroie O passe sur le rouleau et le fait tourner. Une règle en bois P, (pie supporte à ses extrémités un levier Q et un autre levier placé de l’autre
PAUL CHARPENTIER
côté de la machine, est munie de deux palettes en cuivre R entre lesquelles la toile peut passer.
Un levier T, qui porte un autre levier à fourche U, est nus en mouvement par une petite manivelle S. Avec ces dispositions la toile ne peut se déplacer qu’en entraînant la règle P, laquelle, au moyen des deux, bascules Q, force le levier à accrocher la roue Y.
Fig. 72.
Un mouvement de rotation est alors imprimé à l’arbre fileté W, et le cylindre conducteur M est placé à droite ou à gauche, selon que la toile se déplace dans un sens ou dans l’autre. La toile ne peut ensuite se déplacer davantage; elle en est empêchée par le changement de position du cylindre.
Ajoutons que le mouvement du cylindre conducteur est automatique.
8ECI1ËRIË
La presse humide, avons-nous dit, comprime suffisamment le papier pour lui 'donner uoe consistance ^telle que la feuille peut alors, abandonnée à ellemême, parcourir seule l’espace très court qui existe entre le premier cylindre et celui sur lequel s’enroule le feutre qui la reçoit.
Le feutre coucheur qui suit la presse humide amène le papier sous les cylindres de la seconde presse, qui le comprime à nu d’un côté, tandis que son autre face repose sur le feutre. Le papier, après un court trajet, arrive entre les
cylindres de la troisième presse où l’opération précédente est renouvelée, mais en sens inverse, pour faire disparaître Yenvers que lui a donné la seconde presse.
Enfin la feuille de papier arrive au premier cylindre sécheur.
Les sécheries, bien que toujours basées sur le même principe, varient suivant les types de machine.
La figure 73 donne l’ensemble d’une sécherie souvent adoptée dans les machines du système Dautrebande.
La marche de la vapeur ainsi que celle de l’eau de condensation s’y opèrent en sens inverse de la marche du papier.
Les sécheurs les plus chauds sont donc en contact avec le papier le plus sec, et les moins chauds avec le papier le plus humide. Cette disposition constitue un séchage méthodique.
L’entrée, la sortie de la vapeur et de l’eau de condensation ont lieu dans chaque cylindre sécheur par un seul tourillon. On voit que les tuyaux d’arrivée et de retour sont recourbés; il s’ensuit que la dilatation du métal se fait plus aisément et plus régulièrement.
La légende suivante fera bien comprendre le fonctionnement de cette sécherie :
M Tuyau d’arrivée de la vapeur.
N Robinet d’arrêt et de mise en marche de la sécherie.
O Boîte renfermant une soupape de sûreté.
P Caisse d’échappement de la soupape O.
Q Tuyau conduisant la vapeur au sécheur A.
R Tuyau conduisant la vapeur aux sécheurs B et C.
S Tuyau de retour des sécheurs B et C qui alimente le sécheur D.
T Tuyau de retour du sécheur D qui alimente le sécheur E.
U Tuyau de retour du sécheur E qui alimente le sécheur F.
V Tuyau de retour du sécheur F qui alimente le sécheur G.
W Robinet qui sert à régler la sortie de l’eau de condensation de manière à n’évacuer que de l’eau.
X Sortie de l’eau de condensation.
Y Tuyau de retour du sécheur A.
Z Robinet à trois voies qui sert à établir la communication entre le tuyau Y et le sécheur H, ou le sécheur F. Cette disposition permet d’employer, suivant les cas, 7 ou 8 sécheurs.
Z' Tuyau de retour du sécheur ï, qui ne fonctionne que si le sécheur II communique avec le tuyau Y.
Nous allons voir que ce qui différencie, entre eux généralement, les divers types de machines à papier construits aujourd’hui, c’est justement et surtout la disposition des sécheries. Avant de pénétrer plus avant dans la description des divers appareils spéciaux qui figurent dans • l’ensemble d’une machine à papier, nous allons donner l’indication résumée des principaux types usités aujourd’hui.