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PAPIER DU JAPON

On ne sait pas à quelle époque remonte au Japon la première manifestation de l’industrie papetière. La plus ancienne mention qui en ait été faite date de l'année 550 de notre ère. Mais il est probable qu'il existait au Japon, avant cette époque, des livres en papier.

11 existe aujourd’hui dans cet empire plusieurs centaines de variétés différentes de papier qui se distinguent nominativement, non seulement par leur lieu d’origine, mais aussi par leur couleur, leur emploi, etc.

Au Japon, dit Munrœ, le papier est employé à une foule d’usages. La force et la souplesse toutes spéciales du papier japonais lui permettent de recevoir des applications très variées.

C’est ainsi, par exemple, que certaines qualités servent à faire des mouchoirs de poche dont le maniement est doux et agréable, et dont la souplesse est presque égale à celle de la toile. De petites bandes tordues de ce même papier constituent une corde très solide et dont la résistance à la rupture est considérable.

Dans les maisons japonaises, non seulement le papier sert à recouvrir les murs et les plafonds, mais on l’emploie encore sur les portes à coulisses légères qui séparent les chambres les unes des autres, ainsi que sur les paravents pliants.

Les fenêtres sont formées de légers châssis en bois sur lesquels sont tendues de simples feuilles de papier, disposition qui, tout en garantissant de l’éclat du soleil et des bourrasques du vent, laisse cependant pénétrer l’air et la lumière.

Ce genre de papier dénommé, en japonais, shoji, ne garantit cependant pas de la pluie, en sorte que, par le mauvais temps, il faut avoir recours à des volets supplémentaires en bois.

Outre les livres, les cahiers, etc., on en fait encore des caisses, des boites, des tentures. Étant verni, il devient l’égal du cuir; huilé et saturé par une décoction astringente du shibu , il devient si impénétrable à l’eau qu’on s’en sert pour confectionner des vêtements.

Une pâte à papier légère, semblable au papier mâché européen, sert à la confection d'une foule d’objets très légers, mais aussi très solides. La possibilité d’employer les papiers japonais à des usages si variés provient de ce que les procédés employés pour leur fabrication ne détruisent en rien la solidité naturelle de la fibre.

Pour faire les tentures, on enduit le papier d’un mélange de colle et d’écailles de moules pulvérisées, et on l’imprime ensuite de différents dessins, fleurs, paysages, oiseaux, etc. D’autres fois, on se contentera de le saupoudrer avec du mica pulvérisé. S’il s’agit d’imiter le cuir, on commence par froisser le papier pour l’étendre ensuite, au moyen de brosses très dures, sur des planches portant

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

en creux ou en relief les dessins à imiter. On sature ensuite le papier d’huile, de vernis et de décoction astringente de shibu , et l’on teint ensuite. Quelquefois, ce papier qui n’a pas seulement l’aspect du cuir, mais en a aussi la solidité, est argenté ou doré.

Les papiers du Japon sont beaux, soyeux, délicats, en même temps très tenaces et très solides.

Les matières premières employées dans la fabrication du papier japonais sont les suivantes :

1° L'écorce du Broussonetia papyrifera , en japonais kamino-ki ou mûrier à papier, qui croît dans toute l’étendue de l’empire.

La culture de cette plante est fort simple. De vieilles racines coupées par longueurs d’environ 10 centimètres sont piquées en terre de façon à dépasser le sol de 2 centimètres. Ces racines donnent des pousses de 30 centimètres la première année et de 60 à 90 centimètres la seconde année. La plante acquiert ainsi au bout de la troisième année une hauteur qui peut dépasser 4 mètres.

Le dixième mois de chaque année, on coupe les branches au ras de la racine. Chaque pousse donne ensuite cinq rameaux, de sorte qu’au bout de cinq ans il s’est formé un gros arbuste dont les branches servent alors à fabriquer le papier.

2° On emploie aussi l'écorce du Daphné papyrifera, ou Edgeworthi a papyrifera, en japonais Mitsumata , qui sert presque exclusivement à la fabrication du papier-monnaie.

3° Enfin les Japonais utilisent aussi l’écorce du Passerina gampi ou takaso , qui produit un papier très fin.

La fabrication du papier au Japon prouve bien qu’il est possible de faire de l’excellent papier sans employer de chiffons, car les papiers japonais n’en renferment pas trace.

Tel qu’il se vend ordinairement, ce papier n’est pas collé, l’épaisseur de l’encre de Chine dont on se sert pour écrire rendant ce collage inutile. Une seule qualité

cependant fait exception, c’est un papier extrêmement mince et transparent dont on fait des cahiers et qu’on appelle Ro-bi-ki. La colle que l’on emploie dans la fabrication de cette qualité est préparée avec l’écorce d’une sorte d’Hortensia.

Le papier japonais n’est jamais soumis au blanchiment, c’est de laque lui vient la teinte légèrement jaune ou grise qu’il affecte ordinairement. Sa texture très fibreuse est plutôt lâche que serrée. Généralement les fibres sont placées dans une direction parallèle au côté le plus court du rectangle de la feuille. Aussi dans ce sens le papier se laisse-t-il plus facilement déchirer que dans l’autre. Cependant, pour le papier d’emballage et pour celui que Ton emploie dans la confection des vêtements imperméables, il y a entre-croisement des fibres, de telle façon que le déchirement est difficile dans tous les sens.

Nous avons dit en peu de mots comment se pratiquait la culture du mûrier. Au moment voulu pour la récolte, alors que l’écorce est arrivée à maturité, et pendant qu’il reste encore quelque peu de sève dans le bois, les cannes qui représentent la culture de la saison sont coupées au ras du sol et vendues aux fabricants de papier.

Quant aux souches, elles restent en terre pour fournir à partir de l’année suivante de nouvelles pousses.

Les cannes qui représentent le produit de la récolte et qui ont une longueur d’environ 2 mètres, sont coupées en morceaux de 60 centimètres de long, puis empilées avec soin. Dans cette position, la sève ne tarde pas à fermenter, et l’écorce se détache facilement du bois.

L’écorce une fois détachée, on en fait de petits paquets qu’on laisse sécher à l’air, en les suspendant à des perches; à moins qu’il ne fasse grand vent, ce séchage dure ordinairement plusieurs jours.

Lorsque l’écorce doit être utilisée immédiatement pour la fabrication, on la racle, au préalable, avec des couteaux. On en détache ainsi l’épiderme mince qui la recouvre, puis on la lave et la fait sécher. Les raclures qui proviennent de cette opération servent à faire une sorte de papier commun, le cliiro-gami , de couleur brune, qu’on emploie pour l’emballage, et dont les pauvres se servent pour faire des mouchoirs de poche.

Au contraire, lorsque l’écorce n’est pas destinée à une fabrication immédiate, on la fait simplement sécher, après quoi on l’emmagasine. Ce n’est que plus tard, quand elle doit servir, qu’on la racle, mais alors il est nécessaire auparavant de la laisser tremper dans l’eau.

L'écorce raclée et séchée, est soumise à l’ébullition dans une lessive concentrée, où elle reste jusqu’au ramollissement, c’est-à-dire pendant deux heures environ. On opère généralement sur lo kilogrammes d’écorce à la fois.

La matière ainsi ramollie est placée dans des sacs ou des paniers, et soumise pendant vingt-quatre heures au moins à l’action d’un courant d’eau qui a pour but de bien la laver jusqu’à ce que toute trace d’alcali ait disparu. La lessive dont on se sert pour ce traitement est préparée avec des cendres de bois.

Pour convertir en pâte l’écorce ainsi ramollie, on en prend environ 1 kilogramme, que l’on dispose sur une table solide en chêne, où on la soumet au battage pendant un quart d’heure. Cette opération, faite par deux personnes armées de lourdes et courtes baguettes, consiste à frapper vigoureusement la matière, tout en la retournant fréquemment pour que les fibres soient broyées dans tous les sens.

Une fois la pâte obtenue, on la prépare pour la fabrication du papier en la mélangeant avec une certaine quantité, soit de tororo, soit de pâte de riz. Le iororo provient des racines d’une espèce de mauve, racines que l’on racle et que l'on réduit par l’ébullition en une pâte d’une consistance moyenne. En été c’est la pâte de riz que l’on emploie pour le mélange; mais en hiver, le produit que l’on prépare avec le tororo et que l’on désigne sous le nom de kidushi , est plus apprécié, parce qu’il est moins facilement attaquable par les vers.

Le mélange des deux pâtes finalement préparé, soit avec le tororo, soit avec la pâte de riz, est alors délayé dans un grand mélange d’eau, après quoi la fabrication du papier commence.

Les appareils employés sont, d’abord, une large cuve rectangulaire qui sert à contenir la pâte liquide et l’agitateur avec lequel on remue de temps en temps celle-ci et qui n’est autre qu’un simple bâton. Mais la pièce principale est la natte que les Japonais appellent so et sur laquelle on étend la pâte puisée au réservoir. Cette natte correspond à notre toile métallique. Elle est formée d’un certain nombre de longues et minces baguettes de bambou, ayant ordinairement un

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