PAPIER LUMINEUX
Par la combinaison d’une substance phosphorescente avec la pâte à papier pendant le cours de la fabrication, on peut obtenir un papier qui après avoir été exposé à la lumière, paraît distinctement lumineux dans les endroits obscurs et conserve son pouvoir lumineux pendant un laps de temps relativement considérable.
Ce papier est susceptible de nombreuses applications.
Pour le fabriquer, on emploie du sulfure de calcium qui a la propriété de rester lumineux pendant un temps assez long, après avoir été exposé à la lumière.
On opère le mélange, en répandant le sulfure de calcium sur la pâte à papier contenue dans un malaxeur au fur et à mesure de son incorporation et dans les proportions suivantes : 100 kilogrammes de sulfure pour 130 kilogrammes de pâte, en ayant soin que celle-ci contienne le moins d’eau possible.
Quand le mélange est complètement achevé on continue la fabrication du papier à la manière ordinaire.
Le mélange peut aussi se faire de la façon suivante :
On fait une pâte de sulfure de calcium en y ajoutant deux fois son poids d’eau bouillante et en laissant cette solution reposer pendant 36 heures tout en l’agitant à plusieurs reprises. On retire alors l’eau qui ne s’est pas incorporée. La pâte obtenue prend le nom de pâte lumineuse; on la mélange dans la machine avec la pâte à papier renfermant très peu d’eau, dans la proportion de 100 kilogrammes de pâte lumineuse pour 80 kilogrammes de pâte à papier. Si l’on veut obtenir du papier blanc, on peut ajouter un peu de bleu d’outremer, mais en se gardant d’employer les poudres ordinaires à blanchir.
On peut donner à la colle employée un caractère d’imperméabilité en y ajoutant soit du tannin, soit du bichromate d’ammoniaque. On doit éviter avec soin d’introduire dans le mélange aucune substance acide qui viendrait réagir sur le sulfure de calcium et en affaiblirait ou meme détruirait le pouvoir lumineux. La quantité d’alun doit être aussi faible que possible. On ne doit se servir pour la fabrication de ce papier, que d’outils en bois.
■ -vTV*
PAPIER LIAGE
Depuis un certain nombre d’années on fait en Angleterre et surtout en Amérique une grande consommation de papier pour simuler le linge et notamment les cols et manchettes de chemises. Ces objets sont de deux sortes, soit en toile et papier combinés, soit en papier seul.
Le papier dont on se sert est de première qualité. Il est moulé en feuilles blanches de 1 mètre de haut sur 40 centimètres de large; la rame pèse 57 kilogrammes.
Ce papier est envoyé à batelier de vernissage où il reçoit une légère couche brillante, puis il est placé sur des châssis chauffés à la vapeur. On ne le retire que lorsqu’il est tout à fait sec. Ce travail se fait entièrement à la main, et le vernis s’applique avec une brosse ordinaire.
Le papier reçoit ensuite un gaufrage qui lui donne l’aspect de la toile. A cet effet, on met entre les feuilles des morceaux de mousseline ayant exactement les mêmes dimensions de manière que le papier et la mousseline alternent régulièrement. Lorsque 15.000 feuilles environ sont ainsi superposées, on fait passer le tout entre des rouleaux d’acier dont l’action suffit pour imprimer sur le papier le dessin du linge; on obtient ainsi un fac-similé très exact.
On polit ensuite chaque feuille séparément en la passant sur des brosses qui ont un mouvement circulaire très lent, puis le papier est envoyé à batelier du finissage où les faux cols sont découpés d’un seul coup au moyen d’un emporte pièce en acier.
On met sous presse environ 80 feuilles de papier, l’emporte-pièce par-dessus, puis on fait tourner le volant; l’opération se fait d’un seul coup et les cols sont terminés sauf les boutonnières et le moulage.
A une extrémité de batelier se trouvent de grands rouleaux de mousseline empesée. Cette mousseline est coupée en petites pièces elliptiques. On colle une de ces pièces au milieu et aux deux bouts, aux endroits où doivent se trouver les boutonnières.
Le but de cette opération est de renforcer les boutonnières de façon qu’elles ne se déchirent pas, si le col devient humide.
Une machine très ingénieuse place ces petites pièces d’étoffe, découpe les boutonnières, fait l’imitation du piqué au bord des cols, et y imprime leur numéro de grandeur. Toutes ces opérations se font en une fois.
Dès que les cols sortent de cette machine, ils reçoivent le moulage nécessaire pour qu'ils s’appliquent bien aibcou. Les cols sont ensuite emballés. La fabrication des manchettes se fait d’une façon analogue.
PAPIER JIARRRÉ
Ce papier très employé dans l’industrie du relieur ne ressemble en rien au point de vue de sa fabrication au papier de teinture dit papier peint dont nous parlerons plus loin.
L’art de marbrer consiste à produire sur le papier certains effets ou dessins
ENCYCLOPEDIE CHIMIQUE
au moyen de plusieurs couleurs préparées de manière à surnager sur un bain mucilagineux.
Que ces couleurs soient versées ensemble ou l’une après l’autre sur le bain, elles conserveront chacune une position distincte et ne se mêleront ni entre elles, ni avec le véhicule sur lequel elles flotteront.
Pendant qu’elles surnagent, on peut alors les disposer suivant un dessin quelconque, après quoi on met en contact avec elles une feuille de papier, et en la retirant doucement avec une baguette, on débarrasse la surface du bain, ce qui permet de répéter immédiatement l’opération.
Supposons une cuve ayant environ 7 centimètres de profondeur et contenant un bain de mucilage léger. Il y a plusieurs sortes de mucilage que l’on prépare avec diverses substances, telles que la gomme adragante, la graine de lin, etc... La gomme adragante doit être préférée.
On dissout la gomme dans l’eau, ce qui demande deux ou trois jours, pendant lesquels il faut bien remuer le mélange après quoi, on le passe au travers d’un tamis de mousseline ou de crin très fin. .
L’eau ne doit pas entrer seule dans la préparation des couleurs; on doit lui ajouter un élément indispensable, qui est le fiel d’un animal. On emploie généralement le fiel de bœuf ou le fiel de cheval. Le rôle de cette substance se démontre facilement.
Supposons qu’on ait préparé le bain mucilagineux. On commence par en écumer la surface avec une spatule en bois pour enlever la pellicule mince qui s’y forme toujours quand on n’opère pas, et dont la présence ferait manquer l’opération.
Si l’on prend une couleur préparée avec de l’eau seule et qu’on en verse quelques gouttes sur le bain, elle ne flottera ni ne s’étalera, mais se précipitera au fond de la cuve.
Si au contraire on répète l’opération avec la même couleur additionnée d'un peu de fiel, on la voit flotter et s’étendre.
Si dans cet état, on met un instant en contact avec la couleur une feuille de papier blanc, on la retirera teinte mais sans marbrure. Enfin, si l’on prépare dans un verre un peu d’eau additionnée de quelques gouttes de fiel, et que l’on trempe une brosse dans cette eau puis qu’on en asperge le bain, on verra aussitôt la couleur se partager en veines plus ou moins inégales, véritables marbrures unicolores que le papier prendra facilement.
Supposons maintenant cinq couleurs différentes, du rouge, du noir, de l’orange, du bleu et du chamois.
Le rouge renfermera un peu de fiel, le noir un peu plus que le rouge, l’orange un peu plus que le noir et ainsi de suite pour les autres, c’est-à-dire que chacune des couleurs qui devront se succéder dans l’ordre adopté, sera plus chargée de fiel que celle qui la précédera, afin de lui permettre quand on la répandra sur le bain, de faire sa place au milieu des autres et de les resserrer suivant le dessin adopté pour l’opération.
Une fois ces couleurs versées sur le bain dans l’ordre que nous venons d’indiquer, l’opérateur peut à volonté produire des effets de marbrure nombreux et variés. Il lui suffit pour cela, au moyen d’une baguette pointue ou d’une longue
aiguille de dessiner sur le bain des zigzags, des tourbillons, ou tel dessin régulier ou non que la fantaisie lui suggérera, pour que les couleurs demeurent dans la position où cette opération les aura placées, et constituent des marbrures qu’il sera facile ensuite de faire prendre au papier par simple immersion.