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FABRICATION DES PAPIERS PEINTS

(1EXEKALÏTES. — HISTORIQUE

L’industrie du papier peint n’est pas d’origine fort ancienne; elle nous vient de la Chine où elle s’est en quelque sorte immobilisée dans les procédés primitifs.

Durant la première moitié du XVIIIe siècle, plusieurs fabriques de papier peint furent établies en Angleterre, mais n’eurent pas tout d’abord beaucoup de succès.

Le papier velouté remonte à une époque plus ancienne. Lefrançois, établi à Rouen en 1620, semble être le véritable inventeur de cette espèce de papier décoratif et, dès cette époque, il amena cette industrie spéciale à un point de perfection très avancée.

Quant aux autres tentures en papier, elles n’étaient guère employées jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, que par les paysans et les petits marchands.

Cette industrie fut importée en France vers la fin du règne de Louis XV par deux anglais. Un des premiers fabricants français qui se rendit célèbre par la perfection de sa fabrication fut Réveillon. Dans les décorations qu’il exécutait, la partie la plus difficile et la plus soignée était peinte et faite par des découpages comme les tentures chinoises. Le reste était imprimé à la planche plate, gravée en relief sur bois de poirier. Les compositions, qui étaient très ordinaires, se ressentaient du goût de l’époque.

Cette industrie entra ensuite dans une nouvelle phase au point de vue artistique par l’intervention des Duffour, qui conçurent l’idée de produire de grands tableaux. Les paysages de Psyché, de Télémaque, les Indiens, etc., furent des œuvres remarquables, pour lesquels les meilleurs artistes de l’époque furent mis à contribution.

Sous l’Empire, cette partie de l’art décoratif était mal comprise. Avait-on une grisaille à peindre, on commençait par mélanger du noir et du blanc, et on couchait à plat le dessein avec un ton local nommé vulgairement tofi géo-

métrai, qui, mélangé avec plus ou moins de noir formait les ombres, et avec plus ou moins de blanc formait les clairs. Cette marche était généralement adoptée pour tous les objets coloriés.

Avait-on à faire des fleurs vertes, rouges ou bleues, on faisait comme ton géométral une demi-teinte, la plus éclatante possible, et l’on cherchait à lutter d’éclat pour les ombres et pour les lumières. On ne connaissait pas les tons rompus, ni tous les tons fins produits par les modifications de la lumière.

Les fleurs, les fruits, les ornements et généralement tous les genres étaient peints et touchés de la même manière; les fleurs colorées ressemblaient à des grisailles en plâtre enluminées. Un bouquet se composait-il de diverses couleurs, on faisait quatre ou cinq tons plus ou moins foncés de la couleur de chaque fleur, et l’on peignait ainsi.

Il en résultait que tous ces tons n’étant pas rompus et n’étant pas modifiés par d’autres, produisaient un effet des plus désagréables par la crudité des tons employés.

Aujourd’hui cette pratique est abandonnée; avec moins de couleurs on produit plus d’effets; les tons sont rompus.

Si l’on exécute un groupe de fleurs, au lieu de faire les roses avec des tons roses seulement, les fleurs jaunes avec des jaunes, etc., on rompt la monotonie générale et la crudité en faisant jouer les tons les uns sur les autres; on donne de la légèreté aux roses avec du gris, aux rouges avec des roses, les reflets avec des verts et des jaunes, etc. 11 en résulte alors un ensemble général très harmonieux.

Quant à la touche, elle a été également modifiée et perfectionnée. Nous verrons que les modèles pour la fabrication du papier peint sont des espèces de mosaïque où toutes les couleurs sont juxtaposées les unes à côté des autres de façon à constituer l’ensemble général du tableau, qui, si on le voulait, pourrait se découper ton par ton.

Ce sont ces tons, relevés sur un papier verni (par un homme que l’on appelle metteur sur bois), puis décalqués sur des planches en bois et gravées qui forment les planches servant à imprimer les papiers et à reproduire l’œuvre des artistes.

La manière de toucher un modèle exige un grand savoir; elle donne plus ou moins de facilité au metteur sur bois et au graveur, et concourt puissamment à la perfection de l’œuvre.

Les anciens modèles étaient peints et exécutés par un travail de hachure. Pour modeler les objets, ce procédé était mauvais, il [nuisait à la perfection. La gravure en était très compliquée et demandait beaucoup trop de soins. On procède aujourd’hui d’une façon plus simple et par larges touches, n’employant les hachures que quand elles sont absolument nécessaires. On arrive ainsi à une grande économie de main-d’œuvre.

'Après avoir indiqué les principaux perfectionnements apportés à cette industrie au point de vue artistique, disons quelques mots des progrès industriels proprement dits.

Les Chinois peignaient le papier entièrement à la main. Les premiers fabricants français imprimèrent sur des leuilles de papier les contours du dessin à

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE

l'aide de la gravure; le dessin fut ensuite rempli et colorié à la main. Les papiers de tenture étaient alors des estampes enluminées.

Plus tard les feuilles furent entièrement imprimées à l’aide de la planche; les couleurs furent appliquées mécaniquement comme les contours. Plus tard encore, l’invention du papier sans fin permit de substituer à des feuilles carrées, difficiles à raccorder, des rouleaux d’une grande longueur, et l’on couvrit les murailles de lés de papier comme on les couvrait de lés d’étoffes.

Enfin les rouleaux de papier furent eux-mêmes imprimés au cylindre, comme les calicots, avec cette différence que le travail est beaucoup plus simple. La couleur est directement appliquée sans mordants et sans teintures successives réagissant les unes sur les autres. On peut, comme nous le verrons, imprimer jusqu'à vingt-quatre couleurs à la fois.

Dans cette application des couleurs par voie mécanique, c’est la France qui a pris les devants. C’est la manufacture Zuber, à Rixheim, qui la première employa les rouleaux sans fin, l’impression au cylindre de cuivre et l’appareil à faire les rayures.

Aujourd’hui encore, l’industrie du papier peint peut 'se diviser en deux branches distinctes le travail à la mécanique et le travail à la planche. Il est rare que la machine puisse arriver à la perfection de coloris que présentent les papiers imprimés à la planche, et cela se comprend [quand on songe que pour faire un panneau ou un sujet il faut souvent employer 500 ou 600 planches et quelquefois même davantage.

C’est par ces impressions successives, c’est par le nombre aussi grand de ces planches que l’on arrive à fondre les couleurs d’une façon aussi complète, et à obtenir industriellement des effets de coloris pouvant rivaliser souvent avec les meilleures aquarelles.

Dans l’impression à la machine, au contraire, on ne peut pas obtenir jusqu’ici plus de trente couleurs, et il faut qu’elles se superposent encore fraîches les unes sur les autres.

Le travail à la planche donne seul jusqu’à présent le moyen d’obtenir pour les papiers de luxe, ces dégradations de teintes, ce fini d’exécution, et cette harmonie de tous qui sont si remarquables dans les papiers de fabrication française.

Mais il faut dire par contre que, grâce à l’impression mécanique, on a pu produire des papiers à très bas prix, d’où résultent un écoulement plus considérable, une production beaucoup plus grande.

La fabrication du papier peint exige |un grand [nombre d’opérations [successives et le concours d’ouvriers dont voici l’énumération :

Dessinateurs.

Metteurs sur bois.

Graveurs sur bois.

Fonceurs.

Tireurs de fonds.

Imprimeurs.

Tireurs de châssis.

Yelouteurs.

Doreurs ou doreuses.

Peintres.

Satineurs.

Lisseurs.

Vernisseurs.

Dans le travail à la machine plusieurs des ouvriers précédents sont siip-* primés.

Quoiqu’il en soit, la fabrication des papiers peints comprend trois opérations principales : le fonçage, le satinage et l’impression proprement dite.

FONÇAGE. — SATINAGE

La première opération que subit le papier est le fonçage , qui consiste à établir sur sa surface une teinte plate dont la couleur varie et qui sert de base aux applications ultérieures. Les papiers à fonds blancs sont eux-mêmes foncés. La couleur qui sert à faire cette teinte plate de fonçage est généralement délayée dans de la colle de peau assez claire qui est fabriquée avec de vieux cuirs.

On peut exécuter le fonçage à la main ou mécaniquement.

Dans le premier cas on étale le papier et on le fixe sur une table horizontale longue d’environ 10 mètres. Des ouvriers fonceurs armés de brosses étalent la couleur sur le papier. Ces brosses sont de deux sortes: les brosses carrées maneuvrées par un aide servent à étaler la couleur répandue par le premier ouvrier, puis un troisième ouvrier [armé de grandes brosses circulaires à longues soies achève de répartir la teinte d’une manière égale.

Lorsque le fonçage est terminé, des enfants enlèvent rapidement le papier sur un bâton disposé à angle droit au bout d’une perche et le suspendent sur des perches horizontales disposées dans l’intérieur des ateliers. Il y reste jusqu’à ce que la couche de fond soit parfaitement sèche.

Aujourd’hui le fonçage se fait plus généralement à la machine.

La machine employée le plus ordinairement se compose d’une table à l’arrière de laquelle se trouve disposée horizontalement une forte bobine pouvant renfermer environ 900 mètres de papier, figure 136.

Le papier se déroule mécaniquement et reçoit la couleur de deux manières différentes. Tantôt, avant de s’étaler sur la table, il est présenté au contact d’un drap sans fin qui, tournant sur deux rouleaux animés d’un mouvement de rotation continu, passe dans une auge remplie de couleur. Tantôt en arrivant sur la table, la feuille glisse sous une boîte verticale N remplie de couleur, ayant à sa base une fente longitudinale laissant écouler la couleur sans intermittence.

Quand la feuille est imprégnée de couleur on l’engage sur la table où des

brosses horizontales animées d’un mouvement de va-et-vient dans le sens de la

largeur du papier répartissent et égalisent à sa surface la couche de couleur.

En quittant la table de fonçage la feuille de papier glisse sur un rouleau puis est prise par des baguettes plates m qui la soutiennent et qui par l’intermédiaire d’une courroie sans fin la conduisent sur un système de cordes horizontales

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sans fin que l’on voit en O disposées dans toute la longueur de l’atelier près du plafond.

Le mouvement des cordes fait progresser les baguettes et par suite, le papier s’avance lentement en se séchant par l’action des tubes chauffés.

Arrivées à l’extrémité de l’atelier les baguettes sont prises par un mécanisme, tournent, décrivent une demi-circonférence et conduisent le papier sur un second système de cordes marchant en sens inverse et qui ramènent la feuille en S. A la fin de cette course qui dure environ une heure la feuille est sèche; elle est alors roulée à l’aide d’une autre machine M.

Lorsqu’il s’agit de papiers d’un prix élevé le fonçage exige plusieurs couches. Les papiers dont le fond doit être satiné passent au satinage en sortant du fonçage.

Cette opération se pratiquait autrefois à la main, aujourd’hui elle se fait mécaniquement.

Le satinage à la main se pratiquait comme il suit :

Le papier est d’abord foncé avec une colle contenant des substances capables de prendre le poli par le frottement. L’ouvrier placé devant un marbre où il étale le papier, saupoudre la surface de ce dernier avec du talc, puis avec une brosse il frotte énergiquement la feuille en donnant à la brosse un mouvement oscillatoire d’arrière en avant et d’avant en arrière. La partie de la feuille qui se trouve sur le marbre se polit peu à peu et prend l’aspect satiné.

Lorsque l’on veut satiner mécaniquement on déroule la feuille et on la fait passer au-dessus d’un drap sans fin, humide, qui l’iiumecte un peu, puis au dessous d’un tamis percé de trous.

Cet appareil contenant du talc tourne autour d’un axe horizontal; le talc tombe sur la feuille et s’y fixe. La feuille vient ensuite se présenter devant un certain nombre de brosses cylindriques horizontales tournant très rapidement; la poussière de talc est alors également répartie et le satinage se produit.

Au sortir de la machine on enroule mécaniquement le papier et l’on reforme une bobine semblable à la première.

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