DATE DU PROCES
Avant de récapituler les faits pour examiner en quoi pouvait consister, au fond, le délit des accusés, il importe de fixer autant que possible la date et le lieu où ces faits se passèrent.
Le manuscrit de Turin portait certainement, en tète de la première colonne, la date du règne et le protocole royal du pharaon qui prend lui-même la parole dans le texte \ pour nommer la commission judiciaire, exhorter les magistrats à la sévérité, et enfin prononcer, de sa propre bouche, certains arrêts. Mais il ne nous reste de cette formule initiale que les
signes hiératiques que je transcris en hiéroglyphes : ? /]rsn[l h'yq-âa, « souverain d'On », ou « d'Héliopolis (?). » Ils se trouvent, comme on le sait, dans les cartouches de plusieurs rois. Ce titre se rencontre pour la première fois, d'une manière constante et officielle, dans le nom de Ramessès III, (SlPl^î^il ^«-«ïes-s?l-A'?/r/-f?/i, « Ramessès, souverain
d'On. »
Le Papyrus Lee, n" 1 , à l'occasion du coupable Pen-hou'iban, qui est aussi mentionné dans le manuscrit de Turin (v, 2), nous apprend que ce personnage se procura « un des » écrits de formules (magiques) de Râ-ûser-j7iàâ-mej^-A''mon, » vie ! santé ! force ! le dieu grand, son seigneur, vie! santé! » force! « Or, c'est précisément le prénom de Ramessès III, (®i:^^ ''O '-— -" j, et quand bien même l'exclamation
« vie! santé! force! » deux fois répétée n'indiquerait pas suffisamment que c'est du souverain régnant qu'il est ques-
1. Ainsi que l'indique^ eu plusieurs endroits, l'emploi du pronom de majesté de la première personne.
tioD, les mots 1^ "^ 1 J ^^ ^ ^ (](j ^ ^ pà niUer âàpàï-w neb, « le dieu grand, son seigneur, » ne pourraient laisser subsister aucun doute à cet égard. De plus, les noms propres S6ti-m-per-Amon et Séti-m-per-Thot-ti, qui rappellent ceux des rois Sëti de la XIX® dynastie, n'ont pu être donnés qu'à des hommes nés sous le règne d'un de ces pharaons, et conséquemment notre papyrus date de cette génération. Enfin, le style paléographique de ces manuscrits, et la plupart des autres noms propres que contient en particulier celui de Turin, s'accordent parfaitement avec l'époque du commencement de la XX*" dynastie. Il est donc bien évident que c'est sous le règne de Ramessès III que notre papyrus a été écrit.
Nous n'avons malheureusement aucune indication de l'année du règne, à moins qu'on admette la possibilité de reconnaître le Ramessès III des monuments dans le Séthos ou Ramessès de Flavius Josèphe, et de rattacher notre procès aux faits que cet historien, d'après Manéthon% attribue à son règne; il deviendrait évident, alors, qu'il aurait eu lieu immédiatement après son retour des campagnes d'Asie. C'est une question qui sera examinée plus loin. Le seul point acquis avec certitude, relativement à la date de notre document, est qu'elle se place dans le règne de Ramessès III, premier pharaon de la XX" dynastie.