Josèphe, Contre Ajiloiij chap. xv
posé qui se présente dans le texte hiératique sous les formes suivantes :
V^ forme (iv, 2) J H^lf]
2Morme (IV, 3, 5, 6) ^[1^(11
3^ forme (v, 3) nïy^][]
La première partie de ce groupe se transcrit sans difficulté en hiéroglyphes, de la manière suivante : n l ^ n ou ni£)n. On y reconnaît : 1° l'idéogramme ci\ per, « demeure, » 2° le nez ^, qui a plus habituellement la forme £), souvent confondue avec la tête de veau <£?, et 3° une seconde fois le signe n « demeure, » qui est ici l'un des déterminatifs du groupe entier. La fin du mot se compose d'autres déterminatifs, que j'ai d'abord été tenté de transcrire par les caractères , ainsi que l'a fait M. Chabas, pour la seconde
forme, dans son interprétation an Papyrus Lee, n'^ 1\ Mais j'ai acquis la certitude, par la comparaison de plusieurs autres mots qui devraient être déterminés par les mêmes signes,
et, par exemple ^^k^^ V *^^' ^' ■^' ^' etc.), qu'il
fallait chercher un autre déchiffrement, car ces mots sont accompagnés de formes hiératiques toujours différentes. En examinant d'autres groupes, j'ai reconnu : 1° que la ligature de la deuxième forme de notre mot était employée plusieurs fois, et, par erreur sans doute, à la place des signes hiéroglyphiques '^ , dans le mot bien connu ^ ref-ii
(( hommes » (iv, 2 ; v, 3), où il ne diffère de la forme régulière que par l'adjonction d'un point qui sert ordinairement
1. Ligne 4. Le Papyrus macjique Harris, p. 170, note 5. — M. Chabas, qui n'avait pas à sa disposition les mêmes documents que nous, a traduit une variante du groupe entier par le mot « oflBcine »; mais on va voir que cette interprétation doit être abandonnée.
à distinguer la forme hiératique du signe de la femme de celui de l'iiomme ^; et ce point est constant dans toutes les formes de notre groupe; 2° que la troisième forme, plus irrégulièrement abrégée, est employée dans le groupe senû (iv, 2), où il faut reconnaître le même mot qu'à la colonne v, ligne 3, c'est-à-dire l^^-^^ ^'"^'^^ '^" ^i^u de |^ se/ù « sœur, » forme plus usitée, bien qu'elle ne soit pas régulière. Il résulte de là que la dernière forme de notre ligature doit être transcrite par les signes ^3, et que les autres paraissent répondre à ceux-ci- m , ce qui nous donne, pour l'expression complète, les groupes n I <^ n m et
ni/^n^J) ou, pour nous conformer aux règles de la
,.,U n£)^ .Cl a ^
carrure hiéroglyphique : m et ^Jv-
°*^^' iniii inn M. E. de Rougé, qui a connu avant moi le texte du
papyrus judiciaire de Turin, a bien voulu me communiquer
quelques-unes de ses observations sur ce précieux manuscrit;
il avait remarqué que ce lieu était habité par des femmes,
ainsi que le prouve la mention fréquente de ses habitantes :
ï L âi7nM 1 ^'''' ^' ^' ^' ^' ^' ^' ^' ^^ ^^^ ^^' ^^' ^* '^ supposait qne c'était l'habitation particulière d'un ordre ou
d'une classe de femmes dont la supérieure était désignée par le groupe ^^ ^""^ (Louvre, E. 3465), ou mieux ^^-^ Jj i (ChampoUion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, t. I, p. 523, etc.). Nous verrons tout à l'heure que cette conjecture s'est confirmée. Mais il est nécessaire d'établir une distinction importante, c'est que cette expression ^=^ ^~^, ordinairement suivie du nom d'Ammon ou de celui d'un autre dieu, dans les inscriptions, s'applique à un ordre religieux, tandis que rien d'analogue ne semble ressortir du texte de notre papyrus. On verra, tout au contraire, que ce lieu devait faire partie du palais pharaonique, et que les femmes qui l'habitaient devaient appartenir à la maison royale. Néan-
moins, le mot est le même, et M. de Rougé avait été amené à le supposer par la permutation fréquente du nez S) et du
signe ^ — ou [ , abusivement employé aux basses époques
pour la consonne m.
Le titre sacerdotal que je viens de citer a pour variante c. J] I I I (Musée de Lyon, Stèle 88^ 2" reg. 1. 4), qui nous donne la lecture du groupe entier ûev x'en-t-u\ Or, la valeur x'en ou x'eiia, bien connue pour le signe % — ou T, est également admise aujourd'hui pour le nez £), et elle s'accorde parfaitement avec une autre variante ^ = (1
£), citée par M. de Rougé dans son Cours au Collège de
France. Ces diverses formes, et particulièrement la dernière, peuvent être comparées aux mots x'eii « intérieur, » œ'enû (( sanctuaire, boite, coffre » (Chabas, Le Papyrus magique Harris, Glossaire, n°'^ 748 et 749) et x'ena' « prison ? » {Papyrus Abbott, v, 17; vi, 10). Le sens primitif de l'expression semble donc être celui de la réclusion; les recluses ou les cloîtrées. Et il est à noter que le signe du ne:^ s'applique souvent comme déterminatif à l'idée de l'emprisonnement.
On sait que l'hiéroglyphe du nez ((p et ^^ (archaïque), S (bonnes époques), <£}? (bas temps), détermine ordinairement le mot /wvws ^ wend (Chabas, Papyrus magique Harris,
Glossaire, n" 272), ou >^^^^^ r> icentï {Todtenbuch, ch. 42, 1. 8), qui signifie certainement « narines, nez » ; ce mot n'a pas laissé de trace en copte, mais on peut le rapprocher de l'hébreu n":^ faciès, vultus. Comme des variantes bien constatées prouvent que le signe 8 isolé pouvait être pris pour l'expression idéographique de ce mot wend ou wentï « nez », on en avait conclu que ce caractère, employé comme signe phonétique, devait avoir la même valeur,
1. Cf. Devéria, Mémoires et frafjmcnts, t. I, p. 82-90. — G. M.
c'est-à-dire celle de wend ou wentï, et sa fréquente permutation avec rffin ou CW\ faisait nécessairement attribuer cette même valeur à ce dernier caractère. Mais si le signe Q « iie^ )) a été employé pour l'expression idéographique du mot ivend ou wentï « nez », rien ne prouve qu'employé comme caractère purement phonétique, il ait eu la valeur de ce mot, et, conséqiiemment, que cette valeur puisse être attribuée au signe fW]- Au contraire, la constance de l'expression phonétique wend, loendt ou wentï dans le nom du troisième parèdre, auquel le ne^ £), sert de déterminatif {Todtenbuch, ch. 125, 1. 16), semble établir que sa valeur phonétique était différente, car, sans cela, on trouverait ce nom écrit quelquefois par le signe ne:s B, sans autre expression phonétique, et même par le signe rw^ son homophone évident. Or, cette dernière variante ne s'est rencontrée qu'une seule fois dans les exemples recueillis par M. E. de Rougé, et il est permis d'y supposer une faute ou une confusion du scribe égyptien. D'un autre côté, les transcriptions démotiques donnent constamment x'en, x'ent et x'entï, pour les signes B et HMn; de plus, les listes grecques des décans, publiées par MM. Lepsius et Brugsch, s'accordent à les transcrire x^vc, toutes les fois qu'ils se présentent dans les noms hiéroglyphiques. Ajoutons enfin que la valeur x'en, x'ent, ou x'entï, s'accorde parfaitement avec le copte u|d.d.itT nasus, naris, uj«.itTe nares, et l'on reconnaîtra qu'il faut adopter cette valeur, en principe x'en, plus tard x'cn-t ou x^en-tï, pour les deux signes £) et fW]- Ceci explique l'équation des trois signes T , ,5 et (W], et cette équation une fois bien établie, nous reconnaîtrons facilement des variantes du groupe que nous étudions dans les titres d'un personnage nommé Amenmès sur le damier du Louvre \ On y lit en effet
1. Voir ce damier dans Devéria, Mcinoircs et fraf/mentSj t. Il, p. 88-90. — G. M.
qu'il était -^ f ^^OLi ^ ^\'^'^M)Cjdcnu{n)per-
AAAAAA V> -M n AAAAAA V J] 1 I I ni I
x'en-t, « (musicien "<") du harcm^ ». Le même radical figure aussi dans ceux de quelques autres fonctionnaires, tels que ôR M ("0 ^"'^'<^^ '^ x'en-t (Sharpe, Erjyptian Inscrip-
tions, t. I, 108, 13; Louvre, vase Anastasi, n° 949),
Sc2?'<2 cT'e/î «î « grammate du harem, la prison? » (Sharpe,
Egyptlan Inscriptions, t. L 108, 13.) ^— ) n mur-x'en-t
« intendant du harem ou de la prison? » (Statuette accroupie
de Kertà, musée de Turin). Toutes les formes certaines de
l'expression étudiée : (hiérat.) ni<^n Jj i (pap. de Turin),
(hiérogl.) nan (Louvre, stèle S, 1466), nrffi^n et ^^
(Louvre, échiquier d'Amen-mès), doivent donc se Vwq per-
x'en-t-u, ou simplement y^e/'-c^'e/^, et si, dans ces exemples,
l'hiératique seul ajoute au déterminatif « des lieux » celui
de la femme et la marque collective, on trouve ces mêmes
signes dans un texte hiéroglyphique de l'époque ptolé-
maïque (Prisse, Monuments, pi. XXVI, 1. 12), où les deux
déterminatifs sont employés simultanément : [1 v>Hr v8i
® cr^ttt . . / . . . 1 JT " M*
/wvwv 8 liili cm ûn-n-a xenu-t nower nower nower,
« était à moi un excellent harem (quand j'accomplis l'âge » de quarante-trois ans, mais aucun enfant mâle ne )) [in'jétait né). » M. Bircli a traduit un peu différemment ce passage '. La lecture du mot étant bien constatée maintenant, on reconnaîtra facilement qu'il exprime la « demeure {per) des recluses [x'en-t-u), » et l'ensemble du texte indique suffisamment que le lieu d'habitation des pallacides ou concubines royales était ainsi appelé, quoique ces pallacides soient désignées par une autre expression sur la stèle historique du roi Piankhi, découverte, au mont Barkal, par M. Mariette, et analysée par
1. Cf. Papijras judiciaire do Turin, V, 9 [plus haut, p. 124].
2. On tico Egyptian Tablets of the Ptolcnïaic Pcriod, p. 6 et 17.
M. le vicomte E. de Rougé, dans la Revue archéologique K Les prêtresses de Tordre sacerdotal, dont nous avons parlé plus haut, s'intitulaient aussi pallacides de tel ou tel dieu, ordinairement d'Aminon. Ce titre exprimait leur entière dévotion, et l'on pourrait également le rendre par esclave de telle ou telle divinité : il n'avait rien que de très honorable, tandis que la rareté de la mention des pallacides royales ou de celles des simples particuliers semble indiquer qu'il n'en était pas de même pour ces dernières.
Un très ancien bas-relief ' nous montre cependant que le terme x'en-t^ s'appliquait aussi aux esclaves des simples particuliers, comme dans le passage que je viens de citer de la stèle traduite par M. Birch; on y voit quatre jeunes femmes vêtues d'une courte chenti et le corps ceint de bandelettes, dansant devant deux chanteuses [h'es-t) qui battent la mesure ; auprès de chacune d'elles est inscrite cette légende hiéroglyphique : T^ A ^ œ'en-t n a'in-t « pallacide de la tente, ou du cantonnement, » ou bien a du harem », si l'on doit rapprocher ce mot a'm-t de l'expression U^^^v. 0 <^'àm « favorite »*. Ces femmes appartenaient au personnage principal représenté dans le basrelief, au même titre probablement que les esclaves du harem musulman, et, comme ces dernières, elles pouvaient avoir la musique et la danse pour divertissements et pour talents particuliers.
Cette polygamie peut être illégale; mais, consacrée par
1. Livraison de juin 1863. Je reviendrai plus loin sur la forme hiéroglyphique de cette dernière expression.