E, de Rougé, Cours au Collège de France
l'usage dans l'organisation sociale de l'ancienne Egypte S elle est prouvée, pour les pharaons, par le passage déjà cité de Manéthon \ et par les listes des nombreux enfants royaux, qui, pour Ramessès II en particulier, s'élevaient à 111 fils et 59 filles; elle est expliquée pour les simples particuliers par Diodore de Sicile, qui s'exprime en ces termes : « Chez les Égyptiens, les prêtres n'épousent qu'une seule )) femme, mais les autres citoyens peuvent en choisir autant » qu'ils veulent. Les parents sont obligés de nourrir tous )) leurs enfants, afin d'augmenter la population, qui est » regardée comme contribuant le plus à la prospérité de )) l'État. Aucun enfant n'est réputé illégitime, lors même » qu'il est né d'une mère esclave; car, selon la croyance )) commune, le père est l'auteur unique de la naissance de )) l'enfant, auquel la mère n'a fourni que la nourriture et )) la demeure \ » C'est encore ce qui a lieu de nos jours en Egypte et chez la plupart des peuples musulmans.
On a vu par ce qui précède, d'une part, que ces esclaves dont parle Diodore, de même que les paUacides royales, étaient désignées par le terme x'en-t, et, d'autre part, que le lieu qu'elles habitaient, c'est-à-dire le gynécée ou harem, s'appelait joer-aj'e/z-zî-îi « demeure des x'en-t-u ou paUacides », ainsi que l'indique dans notre manuscrit, et comme nous l'avons déjà fait observer, la mention fréquente de ses habitantes : « les femmes du harem » (iv, 2, 3, 5, 6 ; v, 7, 8, 9, 10; VI, 1),
Ces femmes y étaient probablement enfermées, mais
1. On en trouve un curieux exemple sous la XII" dynastie : un grand personnage nommé X'etï (ou X'eretï) était le « chef, décoré de l'abeille (?), )) favori unique, surveillant des hommes et des femmes (l'entremetteur?) » du lit nuptial (ou du harem?). » Ce dernier titre est exprimé par deux caractères figuratifs dont je ne connais pas d'autres exemples. Dans une autre légende, peut-être funéraire, mais relative au même individu, il est question de « millions de femmes » (Lepsius, Dcnkmalci\ II, 143).