Diodore de Sicile, I, lxxx; traduction de M. Ferd. Hœfer
elles recevaient la visite de leurs mères et de leurs sœurs, qui habitaient au dehors (iv, 1).
Les papyrus Lee et Rollin nous montrent que les abords de ce lieu n'étaient pas plus faciles que ceux du sérail d'un souverain musulman, puisque quelques accusés^ parmi lesquels on remarque un grand personnage, « un intendant des troupeaux \ » crurent avoir besoin d'opérations magiques pour tenter d'y pénétrer et pour y établir une correspondance.
Dans ce lieu, cependant, un certain nombre de fonctionnaires avaient des offices à remplir, et nous y voyons, en première ligne, un intendant du gynécée royal au harem (iv, 4), et deux scribes du gynécée royal au harem (iv, 5; V, 10), tous trois en fonctions. IMais je dois dire ici que la lecture du groupe hiératique qui est déterminé par les mêmes signes que le mot per-x'cii-t-u « harem » (iv, 4, 5) et que je traduis « gynécée, » me laisse quelques doutes. Je crois cependant reconnaître une variante du premier de ces titres (iv, 4) sur une stèle du Sérapéum (musée
du Louvre, 421, 11, S. 1466), où je lis : ~~\ 1 , , r^*^
é^ mur a'-p sût[en]-u n per-œen-t m Men-iioicre, « l'in- » tendant des pallacides royales (ou du gynécée royal) du )) harem à Memphis. » Ce même titre est souvent abrégé sous les formes \ 1 et ^ 1 ^ comme par exemple dans les inscriptions de la stèle E. 3337, au musée du Louvre'. Je n'hésite pas à reconnaître dans ces titres le
1. Voyez, sur l'importance hiérarchique de ce titre, Chabas, Mèlancjes égyptologiques, t. I, p. 3 sqq., Arrestation d'esclaves.
2. On trouve également trois fois, dans la grande inscription de la
VI" dynastie, conservée à Boulaq, le groupe 1 n qui peut avoir un
sens analogue. Mais le signe «'/), si toutefois il a cette valeur, est d une
forme plus analogue à celle du signe A et arrondie par le haut (voir
E. de Rougé, Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer au.v
stx premières dynasties de Manéthon, pi. VII et VIII).
groupe , roi Pian
m sû[ten] a'p-t-u, qui désigne les pallacides du
ù\\, dans l'ënumération des femmes de son palais :
F fi r îS 1^ â 1 1 I . M. E. de Rougé a très Toi I itqI I iT Jeri I I tî^l I I
exactement rendu ce passage par ces mots : « les reines,
« les Jcivorites, les filles et les sœurs du roi'. » Mais il est possible que les caractères j2 et Q aient eu deux valeurs différentes; s'il en était ainsi, le premier seulement répondrait au groupe hiératique de notre papyrus et la lecture a'p n'appartiendrait qu'au second. Quoi qu'il en soit, il est certain que les trois personnages nommés dans le manu.scrit de Turin étaient des fonctionnaires royaux attachés au harem. Ce harem était donc bien celui du roi, et le roi régnant était Ramessès III, ainsi que nous l'avons démontré plus haut. C'est là ce qu'il importe de constater.
Nous trouvons encore en fonctions dans ce lieu plusieurs officiers et employés dont les attributions sont difficiles à déterminer : c'est premièrement un ^\>^ denû ou
adnû (v, 9).
Le personnage nommé Amen-mès, qui est représenté sur le damier du Louvre jouant seul à un jeu analogue aux dames ou aux échecs, portait ce même titre. Son costume indique un personnage important : il est coiffé d'une longue perruque, vêtu d'une ample tunique plissée, et des colliers ornent son cou ; un homme, ayant la tête rasée, se tient debout devant lui et lui présente à boire. Sa légende .se lit :
T /\ « le deiiû du harem Amen-mès, de Memphis. »
1. Inscription histori'jiir' du roi Pian/,/ii, Extrait de la Reme archéologique, p. 6.
Trompé par une mauvaise copie, j'ai tiré une conclusion inexacte du passage qui nous occupe, dans mon travail sur Quelques personnafjcs d'une famille pharaonique de la XXII^ dynastie, extrait de la Revue archùolocjique, p. 9 [cf. Devéria, Mémoires et fragments, t. I, p. 378].
Dans une autre légende, il est qualifié : vUuyè/lI " grand chanteur du dieu bon, » c'est-à-dire « du roi. )) Etait-ce le « musicien, l'odiste du harem? » — Nous savons qu'il y avait des denû des soldats, qui pouvaient être les musiciens de l'armée, car les troupes égyptiennes marchaient au son de la musique.
Des employés inférieurs sont appelés ^'vN V^S;-/] vedûû ou rûdû. Le manuscrit en mentionne six, tous en service dans le harem (iv, 6-21; cf. Papyrus Lee, n^ 1). Ces personnages avaient un rang inférieur aux scribes, ainsi que semblent le démontrer certains textes où ils sont nommés après eux et après d'autres fonctionnaires plus importants \ C'étaient peut-être même de simples serviteurs.
Nous voyons encore dans l'habitation des femmes plusieurs =0=^r. r. ûbû^ (( officiers (?) », qui les approchent d'assez près pour entendre leurs paroles (v, 8) et même pour s'entretenir avec elles (iv, 3). Cela pourrait laisser supposer que ce sont des eunuques, ou plutôt ce que la Bible appelle les saris du pharaon, mais rien n'en donne la certitude : d'autres passages du manuscrit (iv, 3, 12, 14, 15) montrent seulement qu'ils étaient en rapport avec le grand de maison ou majordome. Quoi qu'il en soit, ils figurent dans notre procès parmi les juges et parmi les accusés ; dans d'autres textes, ils sont appelés les ûbû (?) royaux, ou les ûbû du pharaon; ils paraissent parfois chargés des missions importantes'.
1. Lepsius, Denlanàlev, III. 219 o, I. 16; Grand Papijrus historique Hcirris, Musée Britannique, pi. K.
2. Cette lecture est très douteuse, mais je Tadopte provisoirement, faute de mieux; elle n'est donnée que par une seule variante qui m'a
été signalée par M. J. de Horraek : =0= V\ ^.^ ^ (hiërat.) Pa-
pyrus Sallicr III, pi. VIII, 1. 9 = "^ ^^\>'^ (Brugsch, Recueil de
monuments égyptiens, t. I, pi. XXXI, col. 34). Cf. Tex^u ? Revue arc/tùo- Jogique, nov. 1866, p. 298.