EXAMEN CHRONOLOGIQUE DU PASSAGE DE MANETHON
J'ai dit que le récit de Manéthon que je viens de citer devait se rapporter au règne de Ramessès III et non à celui
de Séti P""; voici les motifs sur lesquels j'appuie cette assertion : Flavius Josèphe, dans son Éloge des antiquités contre Apion, cite un premier passage de Manëthon relatif à l'occupation de l'Egypte par les Pasteurs. Plus loin, il ajoute, comme relatif aux temps qui suivirent cette période, un autre passage du môme auteur, dans lequel tous les rois de la XVIIl" dynastie sont d'abord ënumérés avec la durée du règne de chacun d'eux. Cette liste s'accorde assez bien avec les monuments et avec l'extrait qu'en a conservé aussi l'Africain. On observe seulement quelques différences dans la durée des règnes, l'Africain comptant généralement pour un an les mois qui sont ajoutés aux années dans Josèphe. Peut-être aussi doit-on admettre deux erreurs.
L'avant-dernier roi de la XVIIP dynastie de INlanéthon est Ramessès P'", dont le règne, fort court d'après les monuments, est indiqué d'un an seulement par l'Africain et d'un an et quatre mois par Josèphe. Après ce roi, la liste de Josèphe omet les deux noms suivants, dont le second commence la XIX^ dynastie de l'Africain et du Syncelle; ce sont ceux d'Aménôphath ou Aménôphis et de Séthôs ' ; puis elle mentionne Armessès-Miammou dont le règne de 66 ans et 2 mois ne peut répondre qu'au Rampsès ou Rapsakès des autres listes et au Ramessès II, Méiamoun, des
1. Ces deux noms doivent èU-e réunis; ils répondent au Ménéptali- Séti ou Séti I" des monuments, et se placent conséquemment l"un et l'autre dans la XIX" dynastie, puisqu'ils appartiennent à un seul et même roi. Ce dédoublement fautif, qui a produit l'intercalation arbitraire d'un règne dans les listes, explique le désaccord qui existe dans la durée que les différentes versions lui attribuent; l'Africain ne donne que 19 ans à ce roi supplémentaire (Aménôphath), tandis qu'Eusèbe, qui l'appelle Aménôphis, lui accorde 40 ans. Cette durée de règne de 19 ou de 40 ans est donc à retrancher entièrement des calculs chronologiques. C'est peut-être ce fait que Flavius Josèphe se rappelait quand il disait {Contre Apion, chap. ix) que Manéthon parle d'un roi Aménôphis, qui est un roi imaginaire, dont pour cette raison, il n'a osé coter les années de règne.
monuments: le successeur de ce dernier est indiqué sous le nom d'Aménôphis, l'Améneplithèsde l'Africain, avec 19 ans et 6 mois de règne, dans lequel on reconnaît le Ménéptahhotep-her-maa des monuments. L'Africain donne ensuite le nom d'un Ramessês, avec 7 ans de règne, à la place du Ménéptah-Séti II des textes hiéroglyphiques, qui n'est mentionné dans aucune des autres listes. Toutes les listes^ à l'exception de celle de Josèphe^ s'accordent après cela à donner Amménémès 5 ans ou 26 ans, et Thouoris, 7 ans, pour les deux règnes de la XIX'' dynastie; on reconnaît dans le premier l'Amenmésou des inscriptions, et dans le second la reine Ta-ouser, épouse de Ménéptah-si-ptah. Les monuments semblent indiquer encore un ou deux règnes coUatéraux ou illégitimes qui ne devaient pas figurer dans les listes officielles; mais nous n'avons pas à nous en occuper.
En résumé, le passage de ]\Ianéthon rapporté par Flavius Josèphe ne mentionne ni Séti I-', ni Séti II, ni Amménémès, ni Thouoris; mais il donne pour successeur à Aménophis (Ménéptah-liotep-her-maa) le roi qu'il appelle Séthosis ou Ramessês surnommé JEgijptus. Or, ce dernier, nommé parmi les successeurs^ de Ramessês II, Méiamoun, ne peut pas répondre, comme on l'admet généralement, à Ménéptah- Séti P'", le prédécesseur immédiat de ce roi^, omis, il est vrai, dans ce passage, mais cité par Josèphe autre part sous le nom de Séthon et appelé Aménophath ou Aménôphis- Sétlion, jamais Ramessês, dans les autres documents. Josèphe fait elïectivement plus loin ^ deux personnages de
1. On lit dans les annotations marginales d'un manuscrit la variante [jleO' ov, après lui, au lieu de toù ol {son fils). Bunsen, Egypt's Place, t. I, p. 649.
2. Contre Apron, chap. ix, ou xxvi, suivant l'édition. L'auteur dit relativement à Manéthon : « Il parle ensuite du roi Aménophis, qui est un nom imaginaire et dont pour cette raison il n'a osé coter les années de règne, quoiqu'il les ait marquées particulièrement lorsqu'il a parlé
son Séthosis ou Ramessès, qu'il appelle alors Séthon et Rampsès, et il est évident, par la durée de leur règne, qu'il entend désigner ainsi les rois Séti I"'" et Ramessès II des monuments. Mais le récit que nous avons enregistré ne peut se rapporter qu'à un seul roi, et Ramessès II étant déjà désigné dans la liste que nous venons d'étudier, sous le nom d'Armessês INIiammou^ reconnaissable à ses 66 ans de royauté, il est certain que Josèplie n'a fait que des confusions de noms, ce qui n'apporte aucune nouvelle difficulté à l'assimilation que j'ai proposée et dont je cherche les preuves. Quant au Ménéptah-Séti II des monuments, qui ne figure dans aucune des listes manéthoniennes, si ce n'est dans celle de l'Africain, sous le nom de Ramessès, Josèphe le nomme bien Séthon ou Ramessès', mais les circonstances de son règne ne paraissent pas concorder avec celles que l'historien rapporte à Séthosis-Ramessès qui fit de grandes conquêtes en Asie. Les deux autres rois de la XIX*" dj'nastie sont, d'après les monuments, Ménéptah-si-phah et Set-nekht dont les noms n'ont plus de rapport avec ceux qui nous occupent. Or, le successeur de ces trois derniers fut Ramessès III, le
des autres rois. Il ajoute à ces fables d'autres fables sans se souvenir qu'il avait dit auparavant qu'il y avait 518 ans que les Pasteurs étaient sortis d'Egypte pour aller vers Jérusalem. Car ce fut pendant la 4' année de Thetmosis (Amosis) qu'ils en sortirent, et ses successeurs régnèrent 393 ans, jusqu'aux deux frères Séthon et Hermeus, dont il dit que le premier était surnom mé,£'/////3/';/s, et l'autre Danaûs, que Séthon chassa et régna 59 ans : que Rampsès, fils aîné de Séthon, lui succéda et régna 66 ans. Ainsi, après avoir reconnu qu'il y avait si longtemps que nos ancêtres étaient sortis d'Egypte, il met au nombre de ces autres rois ce fabuleux Aménôphis, etc. » (Traduction du Panthéon littéraire).
1. « Le roi Aménôphis, se souvenant de ce que le prêtre Aménôphis avait prédit, fut saisi d'une telle crainte, qu'après avoir tenu conseil avec les principaux de son État, il envoya devant les animaux qui passent pour sacrés en Egypte, commanda aux prêtres de cacher leurs simulacres, mit entre les mains d'un de ses amis Séthon, son fils, âgé seulement de cinq ans, autrement nommé Ramessès, du nom de son aïeul » (Traduction du Panthéon littéraire, p. 839).