Voyez plus haut, ch. v
2. Le mot ûer-u « grands magistrats » qui désigne les membres de ce tribunal dans le Papyrus Lee n' 2 n'indique pas l'ordre auquel appartenaient ces juges. On se rappelle en effet que cette expression n'est employée dans le papyrus de Turin que quand la commission est composée de personnages de différents grades (voyez plus haut, chap. vi). Elle peut donc s'appliquer également à des membres de différents degrés de la classe sacerdotale.
Ils contiennent tout ce qui concerne les lois (sacrées), les dieux et toutes les sciences des prêtres; car le prophète chez les Égyptiens surveille même la distribution des impôts \ ))
M. Chabas a très bien exposé, dans son travail sur le Papyrus magique Harris, que la magie était en grand honneur dans l'ancienne Egypte.
Les vivants et les morts avaient des talismans, les uns dans leur parure, les autres dans leur linceul. Le livre funéraire fait continuellement mention des 9 f |\\ V:> h'ekàû « enchantements » et des ^ QA i s'en-ti-u a incantations » qui devaient procurer de grands avantages au défunt.
Je démontrerai même prochainement que, d'après les croyances les plus sacrées, les enchantements auraient eu une part importante dans la résurrection d'Osiris.
La magie était donc considérée comme une science divine ou un art sacré, inséparable de la religion, bien qu'elle se confondît entièrement avec ce que nous appelons la magie noire ou sorcellerie .
C'est parce qu'il ignorait ce fait que M. Ménard, le savant traducteur d'Hermès Trismégiste, n'a pas pu comprendre le passage suivant:
« Parmi toutes les merveilles que nous avons observées dans l'homme, celle qui commande surtout l'admiration, c'est que l'homme ait su trouver la nature divine et la mettre en œuvre. Nos ancêtres qui s'égaraient dans Tincrédulité sur ce qui touche aux dieux, ne tournant pas leur esprit vers le culte de la religion divine, trouvèrent l'art défaire des dieux \ et, l'ayant trouvé, ils y mé-
1. Stromcdes, 1. VI; Ann. encyclopédique àe Millin, novembre 1818.
2. Par cette expression nous devons entendre des idoles ou des figures talismaniques, comme dans le Papyrus RoUin, 1. 1, et dans \q Papyrus Lee n" 1, 1. 4.
lèrent une vertu convenable tirée de la nature du monde. Comme ils ne pouvaient faire des âmes, ils évoquèrent celles des démons ou des anges et les fixèrent dans les saintes images et les divins mystères^ seul moyen de donner aux idoles la puissance de faire du bien ou du mal\ »
L'auteur de ce curieux passage parle ensuite de la médecine et de son inventeur, ce qui prouve qu'il connaissait bien les anciens traités comme le papyrus médical de Berlin', ceux de Leyde^ et ceux de Luqsor*. Dans ces manuscrits, en effet, la médecine et la magie semblent inséparables. Presque toutes les recettes pharmaceutiques y sont accompagnées d'incantations spéciales qui doivent en assurer le succès.
Il pouvait donc être défendu de s'adonner à la magie, comme sacrilège, de même qu'il était interdit au vulgaire de toucher aux choses saintes ; mais non pas seulement parce que cela aurait supposé, comme chez nous la sorcellerie, certaines relations illicites avec le malin esprit.
En résumé, quel que fût le point de vue réel sous lequel les Égyptiens envisageaient la magie, il est certain qu'en faire un mauvais usage constituait au moins une sorte de profanation. Les coupables étaient alors jugés d'après les lois sacrées des livres de Thôth et très probablement par des membres de la caste sacerdotale. Nous constaterons donc l'existence d'une justice religieuse à côté de la justice civile ou royale, sous le règne de Ramessès IIL
1. L. Ménard, Hermès Trismègiste, p. 167. Les emprunts à la philosophie des anciens Égyptiens sont beaucoup plus nombreux dans ces écrits que leur habile interprète ne semble le penser.