NOMS PROPRES ET PERSONNAGES MENTIONNÉS DANS LE PROCÈS
Les quarante-trois personnages nommés dans les manuscrits que nous venons d'étudier portent des titres divers dont j'ai déjà cherché l'interprétation; leurs noms sont d'une composition très variée, et quelques-uns d'entre eux présentent des significations intéressantes à étudier. D'autres sont étrangers à l'Egypte, et comme tels, notés du signe |, qui représente le casse-tête des nations barbares. Parmi ces derniers, on distingue un Libyen, ainsi que l'indique le mot lebu^ placé devant son nom Inïnï; puis des Sémites; peutêtre un Araméen Bâr-màhàr; Pà-lekà est un Lycien. Dans Kàrpus, on peut reconnaître le mot hébreu Ltra, carbasus, pannus linteus isque tenuis. Je compare également Pài'risàlmâà aux noms nra et nabtr ou ^^hv, etc.
J'ai essayé, dans la liste alphabétique qui suit, de donner autant que possible l'interprétation des noms égyptiens, de rapprocher les autres des racines auxquelles ils peuvent appartenir, d'indiquer exactement les fonctions des personnages nommés, et finalement, de déterminer le rôle de chacun d'eux dans l'affaire judiciaire.
Il est bon de remarquer qu'à l'époque à laquelle appartiennent nos manuscrits, c'est-à-dire au temps de la XX^ dynastie, les rapports de l'Egypte avec l'Asie étaient devenus fréquents. Il était alors de mode d'employer dans le style littéraire des mots et des expressions purement sémitiques; cela peut expliquer pourquoi plusieurs personnages qui ne sont pas désignés comme étrangers peuvent porter des noms hébreux ou araméens.
A'dïrmâ (étranger), fl^ -l^^T1vit^• Ce nom,
lu Atirama par M. Chabas, est avec raison considéré par
M. E. de Rougé comme la transcription égyptienne du nom hébreu û-inx Adoram. Si ce dernier n'est pas une contraction d'Adoniram, il doit être composé d'un nom propre masculin, comme tik Addo, et dans tous les cas, du mot nn ou D«n altus, exaltatus fuit , dont le sens est déterminé par le signe de l'élévation T. — Ce personnage était « employé » du harem, où il servit d'agent à Pen-h'u'i-ban pour porter certaines paroles à l'intérieur et en rapporter d'autres au dehors [Papyrus Lee n^ 1).
A'ï-j'ï, Qllû A ^4^" La première partie de ce nom, a'ï, que quelques égyptologues transcrivent aiu ou iu, répond au verbe copte ei, i, ire, venire; le sens de la seconde partie rï n'est pas connu. Je suis très porté à voir dans l'ensemble une forme du nom sémitique niK, plutôt qu'un nom égyptien. Ce personnage était ^ /| /wwva(| D chargé des pw^i/ications de la déesse Pax't (ou Sex'^t?). Ce titre sacerdotal peut appartenir à un Thébain aussi bien qu'à un Memphite, puisque le sanctuaire de Pax't est encore debout à Karnak. Troisième complice de Pàï-as ^ ; il est condamné à mort, sauf exemption, par la deuxième section de la commission judiciaire (v, 5).
A'men-x'àû, (1 ^: mû, ou X'àu-arnon, « Appa-
rition d'Ammon ». Il est probable qu'on doit observer ici une inversion de majesté; car le nom d'Ammon pourrait être placé le premier dans l'écriture, par respect pour le dieu qu'il désignait. Ce personnage était fonctionnaire '^
1. [Le passage est ainsi conçu dans la rédaction première de Devéria, telle qu'on la trouve au Jouimal Asiatique : « Ce personnage était
» j^ f I AA/wvA () 0 chargé des purifications de la déesse Pax't
» (ou Sex't?), titre sacerdotal qui semble appartenir à un Memphite » plutôt qu'à un Thébain, cette déesse faisant partie de la triade de » Memphis. C'est le troisième complice de Pàï-as. » — G. M.j
D\\f::^ {demi ou aclnû^) du gynécée. Se trouvant clans l'appartement des femmes, il entendit leurs paroles coupables et ne les dénonça pas; il fut pour ce fait condamné à mort par la deuxième section de la commission judiciaire (v, 9).
As'-t-u? Voir Qed-t-u?
Âs'-h'ebs-t, on As' -h' -eb-sed, ^^'i^ \^^ ^^, « celui
qui multiplie la période panégyrique (?) » (Cf. Maspero, Essai sur la grande Inscription d'Abydos, p. 64).
Il était ^ I L=J x'erï-qùli'û « serviteur (?) » de Paï-
bàka-kàmen; douzième accusé; il entendit certaines paroles de son maître et ne les révéla pas; il fut jugé et condamné par la première section de la commission judiciaire (iv, 13).
A't'ïrmâ (transcription fautive). Vo\y A'dïrmà.
(I .^^^ Ç\ 1 M7>, littéralement : « Le mal dans la Thébaïde. » Ce nom est porté par un
^ \\ [fv^-^ « archer d'Ethiopie »; il est probable qu'il
lui fut donné dans un temps de guerre avec l'Egypte. Accusé d'avoir reçu un message de sa sœur, qui était en service dans legynécée, pour l'engager à pousser les hommes à commettre des méfaits, et à venir lui-même pour faire tort à son maître, il est jugé et condamné par la deuxième section de la commission judiciaire (v, 3).
Bâr-mâhàr, J .4^^ ra \^\ "l V§^ (étranger),
-i,iû-7y3, (( Baal-promptus »; le déterminatif du nom de Baal disparait dans les noms composés comme celui des autres
1. La valeur dcn ou adn est très curieuse à observer pour Voveille ^, car elle se rattache à la racine sémitique |T^{ (hébreu), J;il (arabe). Cf. Brugsch, Dictionnaire hiéroglyphique, p. 142, Birch, Dict., p. 359.
2. La lecture ûàs, pour le nom de Thèbes ou de la Thébaïde, a été fournie à M. Brugsch par un texte démotique, le roman de Setnau, qu'il a étudié au Musée de Boulaq (Reçue archéologique, septembre 1867), Dictionnaire, p. 348. J'avais lu jusqu'ici Ban-m-ûàbù sur l'autoiité de M. Chabas.
appellations divines. On peut observer pourtant que la syllabe J bâr, ainsi écrite, entre dans la conaposition de plusieurs autres noms propres étrangers, tels que ceux qu'on lit dans les Select Papyri, pi. LXXIX v°, 1. 1, 3 et 7, dont le dernier, s'emâbâr-u, répond exactement à l'hébreu "i?x^ur (n. pr. régis in urbe Zeboim). Le chaldéen '\2,Jilius, pouvait aussi avoir la môme transcription.
Le mot mâhàr, certainement sémitique, était employé dans la langue égyptienne au temps des Ramessides pour désigner un héros, un preux chevalier. C'est l'expression que M. Chabas transcrit inohar dans son Voyage d'un Égyptien. On remarquera que le scribe égyptien a eu l'attention de diviser les deux mots par une sorte de virgule qui est souvent employée dans les manuscrits funéraires pour séparer le nom du défunt de ceux de son père et de sa mère.
Ce personnage était (officier?); sixième membre de la commission judiciaire (ii, 2) et deuxième membre de la deuxième section de la même commission (v, 3-6).
Hàn-ût-n-a' mon , ra "^^ ^ v ^ t^' " Celui
qu'a touché Ammon », ou « qui approche d'Ammon ». (Officier?) Ce personnage, étant dans l'intérieur, entendit les paroles des femmes du gynécée et ne les divulgua pas; il est condamné à mort par la deuxième section de la commission judiciaire (v, 8).
H'a'r ou H'ora\ ^û^^ « Horus ». fe'^ûûf^oP
""^[jl]^ N. ^^^(](j<=^ ^ « Flabellifère N. du
(corps) des ûûâï-t-u (exécuteurs?) », douzième membre de la commission judiciaire (ii, 4); sixième membre de la première section de cette même commission (iv, 1); exécuté sans merci pour s'être uni aux coupables et s'être oj)posé par de mauvaises paroles à l'application des jugements (vi, 7).
Ce nom, ainsi écrit, n'est pas rare à partir de la XIX° dynastie. Une belle stèle du musée d'Aix en Provence prouve
qu'il n'est qu'une variante graphique de celui d'Horus ; on y lit, en effet, dans l'acte d'adoration que le défunt adresse à plusieurs divinités, la légende de ce dieu ainsi conçue : V^ 11^ ^i::^ \\ \\, H'a'r-si-a's « Horus, fils d'Isis », et au-dessus de l'image de cette même divinité ^^ <%:^ '^^ jj H'ar si a's-a'r « Horus, fils d'Osiris ^ ». Ces deux légendes se rapportant au même dieu^ il est évident que l'une est la variante de l'autre, et que Va' , écrit dans la première, est la voyelle du nom hiéroglyphique d'Horus. Il ne faut donc pas iDrononcer ce nom Hora, mais bien Har, en plaçant la voyelle au milieu de la syllabe, de même qu'on lit tCim le groupe écrit ^^J.temrî. ^
H'im-t-u per x'en{-t-u) [nà] 3\ n « [les] Femmes
du gynécée )), complices de Pài-bâka-kàmen (iv, 2), de Mesdi-sù-râ (iv, 3), de Pen-dûâù (iv, 5), dans le but de faire tort à leur seigneur (cf. iv, 6; v, 7-8; vi, 1).
HHm-t-u roV-u A\\ vA|^ i « Femmes des gens, etc. »
Voir j^oi'-u ^ ^ i « gens » (v, 1).
H'iq-ân ou H'yq-àn, [^r^llli, surnom de Ramessès III (i, 1). Voir chapitre m, Date du procès.
Itûnï ou lûnïnï (étranger). Voir Ribu-'ùunï.
lû-rï (?). Voir A'ï-rï.
Kàrpûs, -K u\\^^^ (étranger), employé du
harem, sixième accusé, entendit les paroles échangées entre les premiers accusés et les femmes du gynécée (iv, 2-5) ; il est jugé et condamné par la première section de la commission judiciaire (iv, 7).
Si l'on transcrit ce nom en caractères sémitiques, on a Dis-iKS, où l'on peut reconnaître le mot Dans a carbasiis, pannus linteus isque tennis », et il ne serait pas impossible
1. [Voir la description complète de cette stèle dans Devéria, Mémoires et fragments, t. I, p. 232-234. — G. M.]
que cette appellation fût une sorte de sobriquet tiré du nom du vêtement particulier que pouvait porter ce personnage étranger. Je dois observer cependant que la finale s ou sa écrite par le signe [^ | termine un grand nombre de noms propres du pays de Khetà, tels que Kàrbàtus, Pais, T'àuàt'às, Sàmârus, Tarkànànàs, Tarkàtat'às, etc. \
Ker (ou Karaf), ^ Wi, Ptérophore ou Athlopliore ', troisième membre de la commission judiciaire (ii, 2); troisième membre de la première section de cette même commission (iv, 1).
Lama (?), nom étranger. Voir Pàï-a' j-ï-sàlemâà.
Libû-ïnïnï (éirsinger). Voir Ribu-ïnïnï.
ilf«/mr (étranger). Voir Bûr-mâhàr.
Màï, ^^ <[\^ (signification inconnue, peut-être expression d'un souhait indéterminé, comme soit!). Nom assez fréquent: Bibliothèque impériale, stèle n° 357; Musée de Lyon, n° 89; Louvre, stèle A. M. 4167, et Figure funéraire A. M. 2994. Ce personnage était grammate de la bibliothèquej dixième membre de la commission judiciaire (ii, 3), cinquième membre de la première section de cette même commission, peut-être avec les fonctions de greffier (iv, 1); il est condamné par le roi pour n'avoir pas rempli fidèlement ses devoirs (vi, 2).
Meiitû-m-tà-ti , \\>\\ "^^^ ^ " Mentu dans les
deux mondes », trésorier, premier membre de la commission judiciaire (ii, 1), premier membre de la première section de cette commission (iv, 1). Le titre ordinaire du dieu Mentu, le Mars égyptien^ était =?P, neb tci-ti a seigneur des deux
mondes ».
v^v Q y^ yrx n W n ,"11111111, ^ Mer-tï-ûsï-A'mon, gA^ '^ fl ^ « Très chéri
1. Brugsch, Geographischc Inschriften, t. II, pi. XVIII, n" 47, 69, 71,73, 75 et 79.