‹ Le ParabolainChapitre 2 sur 6 · L'INDIVIDUALISME · texte numérisé non relu

L'INDIVIDUALISME

D'abord, paradoxons sur VAnarchisme :

« Une république sans rois ni maîtres, sans lois et sans désir d'en avoir, où les plus malins régneront, où chacun pourra manger des poulets qu'il faudra payer très cher ». C'est la domination de Vindividu, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Nous avons bon pied, bonne santé, bon œil, une pointe d'intelligence et un dédain de l'humanité assez grand pour tout espérer. Le pied est d'aplomb, le torse aussi, le poing solide, le visage point déplaisant : n'est-ce point tout ce qu'il faut ? — Et l'unité de moyens ? dites-vous. — Êtes-vous fous !

nous n'acceptons pas de règlements, et encore moins de lois : tous égaux devant la Nature !. . .

Un Interrupteur. — Mais la Nature est-elle égale, elle, devant vous tous ?. . .

La réussite des individus est en raison inverse de leur égoïsme. Le moi n'est nullement haïssable dans l'époque, et le sera moins encore, car nous retournons à la lutte de vive force pour Texistence. Les sentiments entiers et cruels indiquent l'âme forte^ mûre pour le succès. L'amour, l'amitié, le dévouement, sont les faiblesses les plus communes. Combien sont morts de faim pour n'avoir osé marcher sur les brisées d'un « ami » !

La CONVICTION intime de la NÉCESSITÉ d'accomplir tel ou tel acte doit être instantanée, quel qu'en soit le désagrément et le peu de rapport direct qui semble en découler : le pli de la volonté se forme ainsi de lui-même, et, à la moindre apparence de révolte, cette CONVICTION, immanente en vous, s'oppose aussitôt au retrait de la volonté.

Le talent est un mot qui ne signifie absolument rien : ce qui est talent pour l'un est nullité pour l'autre. Les « gens de métier », n'importe lequel, ont tous du talent. Ils sont plus ou moins servis par leurs dons de naissance, de fortune, les circonstances, ou quelques-uns de ces événements qui constituent, la « chance ». Tous les hommes se valant, on ne doit considérer pour ceux qui, partis du même point,.

arrivent au même résultat, que la dépense matérielle de leurs efforts.

L'argent n'est pas un résultat, c'est un moyen. « Faire fortune », et mépriser l'argent : tel est le premier degré. Tous les moyens pour cela sont bons. L'Humanité est une grande forêt de Bondy, chacun s'y défend comme il peut.« Il n'y a que les plus hrnteux qui perdent. . . »

Avant de réfléchir aux moyens, de penser à la route, d'amasser les provisions, de songer aux appuis, avant le « départ » en un mot, définir absolument le but sur lequel on va se diriger, désigner ceci :

Le point de direction.

Ce point de direction sera le tuteur de votre vie, la raison de vos actes, le m.otif de vos déterminations.

Sans lui, vous flotterez à l'aventure, vous vous épuiserez en efforts stériles, vous n'arriverez à rien, puisque vous ne savez pas vous-même où vous voulez arriver. D'aucuns ont cependant rencontré la Fortune ou le Succès sans point de direction, — mais si la Fortune n'est qu'un moyen, le Succès fortuit peut-il compter pour un résultat ?

On me raconte l'histoire d'un jeune homme dont le caractère avait été faussé par une prédisposition trop marquée à l'indépendance, qu'on réfrénait le plus possible en lui. Il en résulta un singulier mé-

lange de courage et de paresse. Ce rejeton semblait ne se complaire que dans la résistance et 1' « état passif. » On lui fit apprendre tous les métiers : il n'excella dans aucun. On avait pourtant bourré son esprit de tout ce qui peut former la « virilité d'une âme » et V « amour du travail »... (!) C'était un gâcheur. Il avait une tendance, presqu'une vocation : mais laquelle ? — Le peu d'argent qu'il arrachait, par-ci par-là, il le dévorait si vite qu'on ne savait s'il n'eût pas digéré des cailloux. Lorsqu'il fut en âge d'homme, à dix-huit ans, je crois, son père était parfaitement persuadé que son fils ne ferait jamais œuvre de ses dix doigts.

Eh bien ! c'est à ce moment que ce père comprit vraiment et qu'il lança brusquement son fils dans la vie, sans appui, sans un sou... Deux ans plus tard, ce jeune homme était célèbre, dix ans après il était millionnaire. On lui ouvrit les portes de l'Académie, — ce qui est pour beaucoup le sommet de la réussite !...

... Il en est de certains hommes comme de certains oiseaux. Ce n'est qu'en tombant du nid qu'ils songent à voler, il faut rompre leurs langes pour qu'ils remuent les bras. . .

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