‹ Le ParabolainChapitre 4 sur 6 · DE LA RAISON PURE · texte numérisé non relu

DE LA RAISON PURE

u'entendez-VOUS par raison pure ?

J'entends le raisonnement dégagé de toute idée impulsive ou de parti-pris, le raisonnement impersonnel, planant au-dessus des~rciécs admises que nul n'ose entamer ou détourner, la raison qui, loin d'être comme l'air que nous respirons, plus ou moins viciée par les milieux, reste native et ne tient rien que de sa nature ellemême.

— Distinguez-vous donc plusieurs sortes de raison ?

— Certes : à côté de la Raison Pure se placent

tout naturellement la Raison fictive (ou échafaudée), la Raison personnelle (ou intéressée), la Raison éducative (ou d'impulsion).

— Croyez-vous à Dieu ?

— Non : je crois aux forces chimiques de la nature.

— Comment expliquez-vous la création du monde?

— Par la mise en action de ces mêmes forces, en de telles combinaisons que le cerveau humain ne peut en mesurer l'amplitude et la mesure.

— Ou'entendez-vous donc quand vous employez le mot Dieu ?

— J'exprime ainsi la force chimique de la matière, c'est-à-dire la base de toute évolution physique.

— Croyez-vous à l'âme ?

— Oui, ce mot signifie existence.

— Qu'est-ce que l'âme ?

— Une parcelle, emmagasinée en nous, de cette force chimique qui dirige l'univers et régit la matière : moteur de la volonté, alambic de l'intelligence, procréateur du mouvement.

— Où placez-vous le siège de l'âme humaine ?

— Dans le cerveau,

— Croyez-vous à l'immortalité de l'âme ?

— Non, mais je crois à la rnémoire : l'œuvre de tout cerveau survit en d'autres cerveaux.

— Les animaux ont-ils une âme ?

— Evidemment, puisque la force chimique les anime.

Les végétaux ont-ils donc aussi une âme ? Oui, les végétaux ont une âme.

— Qu'est-ce que l'homme ?

— L'homme est un être chez qui l'influence de la force chimique (l'âme) ne s'est pas entièrement développée dans le sens de la construction organique ; mal vêtu, mal défendu par la nature, n'atteignant en force aucune des créations physiques qu'il côtoie, il est parvenu à traiter avec la nature mieux qu'aucun animal sut le faire, — et sa faiblesse même, qui le place dans l'échelle intermédiaire, lui a enseigné, par la ruse, l'audace, la cruauté, à régner sur tous les autres, ainsi qu'à se servir des faits naturels. . . L'ensemble de ces calculs a reçu de lui le nom de science. . .

— Qu'est-ce que !a femme ?

— La femelle de l'homme.

— La femme est-elle l'égale de l'homme ?

— Elle lui est semblable par tous les côtés de l'âme, et elle le complète corporellement : donc elle est son égale,

— Comment l'homme et la femme doivent-ils se considérer ?

— Comme le complément physique l'un de l'autre, tous deux susceptibles de transmettre cette âme emmagasinée dans leur organisme.

— Qu'est-ce que la famille ?

— L'association d'un homme, d'une femme et de ceux qu'ils procréent.

— Qui doit être le chef de la famille ?

— C'est uniquement l'affaire d'une convention librement consentie.

— L'homme a-t-il plus de droits que la femme pour être le chef de la famille ?

— En aucune façon.

— Est-il nécessaire qu'il y ait un chef de famille r^

— Certes non, mais il y en aura toujours un^ quand même.

— A qui doit appartenir la terre ?

— A celui qui la soigne et la cultive.

— Et après sa mort ?

— A celui qui la cultivera après.

— Celui qui meurt a-t-il le droit de désigner celui qui lui succédera ?

— Non, la terre n'appartient à personne, et à tous.

— A-t-on le droit de s'en emparer par la force ?

— On l'aurait si la nation^ qui est la direction du plus grand nombre d'âmes, n'en avait jugé autrement.

— Qu'est-ce donc que la propriété ?

— La détention légale d'une partie de la richesse publique.

— Qu'est-ce que la loi ?

— C'est la raison du plus grand nombre.

— La loi du plus grand nombre est-elle donc la plus équitable ?

— Au contraire , elle est très souvent absurde, car le nombre n'est pas l'intelligence — mais le nombre est le plus fort. . .

Page 1