‹ Le ParabolainChapitre 5 sur 6 · SUITE DU PETIT CATECHISME · texte numérisé non relu

SUITE DU PETIT CATECHISME

QU'EST-CE que la force productrice ?

— La résultante des labeurs intellectuels ou manuels employée au bien général et au sien propre.

— Qu'est-ce que la force consommatrice ?

— La soustraction d'une part ou de la totalité de ces mêmes labeurs pour subsister.

La force productrice doit être égale à la force consommatrice, sinon il y a déséquilibre.

— Comment nommez-vous ce déséquilibre ?

— On le nomme misère.

— Comment le nommez-vous quand il est en faveur de la force productrice ?

— Richesse.

— Peut-on pour ces deux sortes de déséquilibre des forces productrice ou consommatrice conclure du général au particulier ?

— Non, parce qu'il n'y a pas équivalence entre les individus.

— Vaut-il mieux qu'il y ait déséquilibre en faveur de la richesse ?

— Non, rien ne serait moins équitable ; l'excès de force productrice s'exerce toujours au détriment de la force consommatrice.

— Qu'est-ce qu'un déséquilibré ?

— C'est l'individu chez lequel ces deux forces ne se balancent pas, ou lorsqu'il y a disjonction entre elles (intellectuelles ou manuelles).

— Qu'est-ce que le talent ?

— C'est le pouvoir d'extérioriser sa force productrice.

— Tout le monde a donc du talent ?

— Oui, tout le monde a du talent, et chacun en particulier a plus de talent que tout le monde,

— Qu'est-ce que le génie ?

— C'est le propre d'une âme inclassifiable, dont la volonté ne veut pas subir d'impulsion. Nul ne sait s'il n'aura pas du génie après sa mort — mais l'ignore de son vivant.

— Qu'est-ce que la foi ?

— La croyance en une religion.

— Qu'est-ce qu'une religion ?

— Le respect d'une mémoire.

— Combien y a-t-il de sortes de religions ?

— Autant que l'humanité compte de cerveaux.

— Ou'entendez-vous par croyance ?

— L'impulsion qu'une âme subit des âmes environnantes.

— Une croyance ne peut-elle donc demeurer indestructible et immuable ?

— Non, pas plus que la feuille livrée au vent.

— Certains hommes affirment, avec raison, n'avoir jamais changé de croyance ?

— Ils affirment seulement que leur âme a toujours été livrée au même vent.

— Qu'est-ce que le Destin ?

— L'ensemble des âmes de la nature.

— L'homme est-il le jouet du Destin, comme le disent les fatalistes ?

— Oui, mais de lui-même aussi, puisque son âme appartient à l'ensemble, et peut lutter pour elle.

— L'âme est donc une force ?

— Absolument.

— Quelle est l'arme de l'âme ?

— La volonté. . .

— Qu'est-ce qu'une nation ?

— C'est un ensemble de volontés concourant à la même sauvegarde.

— Faites-vous différence entre un peuple et une nation ?

— Oui : la nation comporte une direction , lepeuple se distingue surtout par des individualités.

— Une nation peut-elle être composée de plusieurs, peuples ?

— Oui.

— La guerre est-elle inévitable pour les nations ?

— Oui, tant que la patrie et les frontières existeront.

— Qu'appelez-vous frontières ?

— Les démarcations des nations entre elles.

— Qu'appelez-vous patrie ?

— Le terrain compris entre ces frontières.

— La patrie et les frontières sont-elles et serontelles toujours indispensables ?

— Nul ne songerait à les détruire si elles n'existaient pas.

— Toutes les âmes d'une même nation doiventelles aimer et défendre leur patrie et leurs frontières ?

— Oui, sans quoi le libre-arbitre de chacune, parcelle de la nation globale, s'effacerait sous une volonté à laquelle elle ne participe pas.

= La guerre n'est donc excusable que dans le cas. de défense. . .

— L'homme a-t-il droit de mort sur l'homme ?

— Non, jamais cette destruction n'est justifiable..

— La nation a-t-elle droit de mort sur l'homme ?

— C'est un crime au même titre que celui qu'elleentend punir. \

— Que doit donc faire la nation pour se débarrasser des âmes mauvaises ?

— Les transporter en quelque milieu où l'âme subira toute autre impulsion que celle du crime, de préférence un lieu où les forces de l'homme auront à lutter contre celles de la nature.. . .

— Si la suppression d'une âme est un crime, à qui l'homme doit-il compte de son existence ?

— A personne, pas même aux siens. L'homme est le seul arbitre de sa destinée.

— Le suicide est donc respectable ?

— Il n'y a aucune distinction à établir.

= Quelles que soient la destinée, les luttes, en tout temps, en tous lieux, quelles que soient les coalitions, Vârne doit'^rester toujours maîtresse d'elle-même . . .

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