IS
sentiraient de crainte , chancelante et en petit nombre. Le roi dont Tempire est éternel, pourvut aux besoins de cette milice, moins parce qu'elle s*en ëtoit rendue digne , que par l'effet de sa grâce , et^ comme on te l'a dit, 4bnna pour protecteurs à son épouse, deux héros <lpnt les paroles et les actions rallièrent son peuple égaré.
» Dans cette partie du monde où règne le zéphir qui ramène les feuilles nouvelles dont se revêt l'Europe, non loin de ces ondes , derrière lesquelles le soleil se cache quelquefois à tous les hommes, est placée la fortunée Callaroga, sous la protection du grand écu,^orné de deux lions opposés l'un à l'autre. C'est-là que naquit l'amant de la foi chrétienne, le saint athlète si bon pour les siens , si formidable pour ses ennemis. Quand il fut conçu , Dieu remplit son esprit d'une telle vertu, que sa mère devint prophète.
» Après qu'il eut contracté sur les fonts sacrés une sainte alliance avec la foi, alliance dans laquelle ils se dotèrent réciproquement d'avantages égaux , la femme qui répondit pour lui , vit en songe le fruit qui devoit sortir de ce héros et de ses héritiers.
9 Un ange descendit du ciel , et pour ma* nifester ce qu*étoit cet enfant, le nomma Dominique, du nom du Seigneur, auquel il appartenoit ; et j'en parle en ce moinent , comme du jardinier diligent que Jës^Christ ëlut pour l'aider. On ne douta pas qu'il ne fut 1 envoyé chéri de Dieu, quand on vit le don du premier amour qui^brSloit en lui, et la résignation avec laquelle il suivit le premier conseil que donna I^otre Seigneur. Souvent sa nourrice le trouva éveillé et prosterné à terre ; il sembloit dire : Je ne suis venu que pour m^ humilier. O toi , Félix , son père, que tu fus dignement nommé ! O toi , Jeanne , sa mère , que tu méritois bien de porter ce nom , s'il s'interprète comme on le dit !
3» Dominique ne se passionna pas pour le monde , comme ceux qui étudient Ostiense et Thadée ; mais il chercha la manne véritable. En peu de temps il acquit une science étendue , et sut cultiver la vigne , qui languit , quand le vigneron ne travaille pas.
B 11 ne demanda pas au Saint-Siège » qui étoit autrefois plus favorable aux indigens (je ne parle pas ainsi pour le Saint-Siège ,
mais pour celui qui y est assis ) , il ne de-» manda pas qu'on le reconnût possesseur légitime d'un bien injustement acquis, à la chargé d'en céder le tiers ou la moitié ; il ne demanda pas l'assurance d'obtenir les premiers bénéfices vacans , ni les dîmes qui appartiennent aux pauvres de Dieu ; illie sollicita que Iç droit de combattre pour
la milice ^ dont tu vois vingt-quatre héros autour de toi.
» Ensuite ce savant religieux se mit en mouvement avec la protection apostolique , comme un torrent que des pluies considérables ont formé. Son impétuosité frappa les germes d'hérésie avec d'autant plus de force*; qu'on opposa plus de résistance. De cefte source naquirent plusieurs ruisseaux qûi'baignèùt le jardin de l'église , et rafraidussent ses arbustes. Si telle fut l'une des roues du char sui*' lequel l'église , en défendant sa gloire , ^ut obligée de vaincre des eniMimfs qui avoient été ses enfans , tu dois , en jBaéix^ teralps ^ reconnoitre l'excellence aeijjt seconde tpue , dont Thomas t'a parié *^ee ëifoge , avflflat que je fusse près de toi. Bf/ài la tracée âes deux Toues de ce char est
maintenant abandonnée > et le scandale est où étoit la vertu •
» La famille qui suivoit François avec zèle^ paroit aujourd'hui retourner en arrière : à la récolte , on s'apercevra bientôt de la mauvaise moisson , quand on verra que l'ivraie ne sera pas mise au grenier. Si l'on cherchoit avec une scrupuleuse attention dans nos couvens , on trouveroit peut-être un frère qui pourroit dire : Je n'ai pas dégénéré ; mais il ne seroit ni de Casai , ni d'Aqua** Sparta , où sont nés des hommes qui ont été ou trop relâchés ou trop sévères.
» Quant à moi, je suis Bonaventure, de Bagnoregio; j'ai sacrifié les biens temporels aux biens véritables. Tu vois près de moi Illuminato et Augustin , qui furent du nombre des premiers pauvreîi de l'ordre » et qui , en portant le saint cordon, se firent aimer de Dieu. Voilà Hugues de §aînt- Victor , Pierre Comestor , Pierre l'Espagnol » dont Tesprit brille sur terre dans ses douze livres ; le prophète Nathan , le métropolitain Chrysostôme, Anselme^ Donato/îjjui a daigné s'occuper des premiers principes d'éducation. Tu vois aussi Raban; ei le frèce
Joachim de Calabre, qui avoit le don de prophétie.
i> La courtoisie de Thomas et son éloquence, ni*ont engagé à te faire cet éloge de Dominique , et ont amené ici les esprits que tu vois en ma compagnie. »
8o LE PARADIS.
ARGUMENT
Le Dante engage S. Thomas à loi expliquer le second doute présenté dans le dixième chant.
vJ TOI qui veux bien comprendre ce que j'ai vu , retiens fermement en ta mémoire ce que je dis. Figure • toi ces quinze étoiles , qui, en diverses régions, enflamment le ciel d'un éclat tel , qu'il dissipe toute espèce d'obscurité ; rej)résente-toi ce char , que le court espace qui est plus près du pôle, contient nuit et jour, et qui ne quitte jamais notre horizon dans sa course ; peins- toi ces autres constellations qu'on voit à l'extrémité de l'axe autour duquel tourne le premier mobile ; imagine-toi que ces étoiles réunies ont formé dans le ciel deux signes semblables à celui que forma la fille de Minos , quand elle sentit les glaces de la mort ; que
CHANT XIIL 8i
ces signes t'offrent deux rondes en mouvement, confondant leurs rayons, et tour^ nant sur deux plans dîfférens ; tu auras ainsi une légère idée de la vraie constellation, et de la double ronde qui tournoit autour du point que j'occupois, parce que notre imagination n'est pas plus propre à comprendre les prodiges célestes , que le cours de la Chiana n'approcke du mouvement du ciel le plus rapide. Autour Je moi, on ne chanta pas Bacchus , ni des hymnes à Thonneur d'Apollon , mais trois personnes en une nature divine, et dans une personne, la nature divine et la nature humaine réunies. Le chant cessa , les rondes achevèrent la mesure, et ces lumières bienheureuses, en se félicitant de passer d'un sentiment de chanté à un autre sentiment d'amour , se rapprochèrent de nous. La lumière qui m'av(Ht raconté la vie admirable du pauvre de Dieu , rompit le silence , d*accord avec les Ombres bienheureuses, et me dit : or Quand la première moisson est faite , et que le grain est déjà serré , une douce tejiidresse m'invite à faire l'autre moisson. Tu crois que chez celui à qui l'on ôta une côte, pour
former cette belle bouche dont la gourmaadise fut si fatale au monde, chez celui qui, percé d'un coup de lance, offrit une satis* faction avant et après sa mort i et nous racheta de nos fautes, la haute valeur qui les avoit créés tous les deux , avoit uni tout ce que la nature humaine peut posséder d'inffelligence, et tu t'étonnes de ce que je t'ai dit déjà , qu'un de ceux qui sont dans la cînquiè« me splSere, n'eut pas d'égal dans le monde. » Ecoute avec attention ma réponse , et , comme tu sais qu'un centre est à une égale distance de toutes les parties d'un objet ar-» rondi , tu verras le rapport exact qui existe entre ce que je t'ai dit et ce que tu penses»
» Les êtres qui ne meurent pas , et ceux
qui peuvetat mourir , ne sont qu'une création
de l'idée supérieure , source dfb tout amfeur.
Cette vive lumière, qui procède de son
propre éclat , et qui ne peut se séparer ni
d'elle-même ni de sa charité, avec laquelle
elle ne forme qu'un seul "êti^e , répand ses
rayons, par l'effet seul de sa bonté, dans neuf
sphères qui la réfléchissent, et elle ne cesse
pas d'être une éternellement. Elle descend
ensuite de sphère en sphère, jusqu'aux der-«
nières paissances » et ne produit plus que des créatures de peu de durée. Par ces êtres, j'entends ceux qui proviennent de Tin-^ fluence dû ciel , soit qu'ils ayent été engendrés , soient qu'ils ayent 'reçu autrement l'existence. Or^ la matière et les causes immédiates qui la produisent, ne sont pas par* tout les mêmes, et participent plus ou moins à la splendeur de l'idée suprême. De-là il arrive que la même espèce d'arbres porte des fruits bons et des fruits mauvais, et que vous naissez avec des inclinations différentes. Si la matière étoit bien disposée à recevoir les influences ; si le ciel étoit tou* jours dans sa force la plus efficace , ces in« i^uences seroient toujours heureuses ; mais la nature donne constamment une puissance affoiblie , semblable à un artiste qui sait bien sa profession , mais dont la main treftibte. Si, au contraire, Tardentè charité dirige la sagesse de la premier» vertu vers l'être qui doit etçe créé, cet être acquiert alors toute sa perfection. C'est ainsi que déjà une fois la terre parut digni? de toute l'intelligence que petit (ÎAipérer l'être animal ; c'est ainsi que la/'Vierge cohf ut sans tache.
J'approuve donc ton opinion, La natnre humaine n'a été et ne sera jamais ce qu'elle a été dans Adam et dans Jésus-Christ. Si je n'en disois pas davantage y tu t'écrierois : Comment donc cet autre fut -il sans égal ? Mais , pour bien comprendre , pense à ce qu'il étoit, pense au motif qui le détermina, lorsqu'on lui dit : Demande ce que tu dé* sires. Tu vois clairement qu'il fut roi , qu'il demanda la sagesse afin de bien gouverner. Il ne chercha pas à savoir quel étoit le nombre des substances qui faisoient mouvoir le ciel ; si le nécessaire et le contingent sont une conclusion nécessaire ; si le premier moupement est, ou n est pas ; si d^un demi" cercle on peut faire un triangle qui n^aii pas d^ angle droit. Tu vois donc bien qu'il eut une prudence de roi, qui ne fut pas égalée ; remarque en même temps, que dans ce que j'ai dit plus haut , mon sentiment ne regarde que les rois: il y en a un grand nombre, mais les^Mns sont rares.
Reçois mon explication avec cette distinction , et tu pourras conserver ton opiniqn sur notre premier plère, et sur l'objet de notre tendre amour.
CHANT XIH. 85
» Que cette repense te sevvç de guide. Ne prononce que lentement sur les idées que lu n'entends pas tout à coup. C'est une folie d'affirmer ou de nier sans réserve. Souvent l'opinion commune a une fausse direction , et l'amour-propre obscurcit notre entendement. Souvent celui qui vogue à la recherche de la vérité , sans connoitre l'art de la trouver , s'éloigne en vain du rivage , et n'y revient pas tel qu'il en est parti. En veux-tu des preuves convaincantes ? vois Parménide , Mélissus , Brissus et tant d'autres , qui ne savoient où ils portoient leurs pas ; ainsi que Sabellius, Arius, et d'autres insensé^, dont les écrits furent des épées qu'ils employèrent à mutiler des ouvrages parfaits.
» Les hommes ne doivent pas juger avec trop.de confiance , comme ceux qui éva* luent les moissons avant qu'elles soient mûres. J'ai vu le rosier, à demi-mort pendant l'hiver , porter des roses au printemps. J'ai vu un vaisseau léger parcourir rapidement la mer, et périr à l'entrée du port. Que des gens simples ne croyeiit pas pénétrer dans la connoissance des secrets de Dieu , parce qu'ils auront vu l'un dérober
le bîéu d*autrui, Tautre faire de grandes offrandes : celni^à peut se relever , celui-ci peut tomber. »
ARGUMENT
Le poète monte au cinquième ciel , qui est celui de Mars, n 7 trouTe les ames^ui ont' combattu pdur la Traie foi.
Xj'e a u qu'on a mise dans un vase arrondi se porte du centre à la circonférence , ou de la circonférence au centre , suivant qu'on l'agite du dedans ou du dehors. Cette expé** rience de physique me vint à la pensée , lorsque St. Thomas ayant cessé de parler ^ Béatrix prononça ces Aiots : « Celui que j'ai conduit ici désire aller à la source d'une autre Térité , et il ne tous fait aucune ques* tion , même mentalement ; dites-lui donc si cette lueur, dont votre ame est ornée, de« meurera éternellement avec vous , telle qu'elle est aujourd'hui , et si elle doit demeurer telle ; dites-lui comment elle n'of-*
fensera pas vos yeux au jour de la re'surrection. n Quelquefois au milieu d'une danse accompagnée de chants , un redoublement d'allégresse fait.^ever la voix , de même , à cette sainte demande , les cercles sacrés montrèrent une joie nouvelle ; leur ronde s'anima j et leurs^accens devinrent plus mélodieux.
Celui qui se'pIaiiaC de ce qu'on meurt sur la terre, pour vivre dans le ciel , n'a pas connu l'abondance des dons célestes qui y sont répandus. L'auguste Trinité, qui n'est soumise à aucune puissance , et qui commande à tout, étoit trois fois chantée par ces esprits, avec une hak*monie qui pourroit récompenser le plus grand mérite. J'entendis en même temps, dans le cercle le plus près de moi , une voix modeste comme celle de l'ange qui apparut à Marie , répondre en ces termes : k Aussi long-temps que durera la fête du paradis , notre amour sera revêtu de cet habit lumineux. Notre éclat est proportionné à notre charité , notre charité au bonheur de voir le premier bien , et ce bonheur est aussi grand que daigne le permettre la grâce divine. Lorsque nous aurons repris
notre corps sanctifié, notre personne sera derenuè plus parfaite , notre lumière s'accroîtra de la félicité que Dieu distribue si généreusement , et qui nous rend capables de le contempler : nous verrons alors s'augmenter à la fois le bonheur de le voir , notre charité , et les rayons de notre gloire. Le charbon se fait encore distinguer dans le feu , quoiqu'il soit tout environné par la flamme ; de même l'éclat qui nous entoure ne devra être obscurci qu'en apparence par la chair du corps que nous reprendrons. Tant de splendeur ne pourra nous fatiguer : les orgafi^s du corps seront devenus tels , qu'ils supporteront tout ce qui d'ailleurs augmentera leur plaisir. » A ces mots, les deux chœurs me parurent si disposés à s'écrier , ^insi soit'il , que je compris bien qu'ils désiroient retrouver le corps qu'ils avoient laissé sur la terre , non pas pour eux-mêmes, mais dans l'espérance de revoir ainsi leurs mères , leurs pères , et ceux qu'ils chérissoient avant d'être embrasés des flammes de Téternel amour. Mais je vis naître une autre splendeur d'un éclat pareil , au-delà de celles qui brilloient comme
le soleil à Thorizou; et de même qu'au commencement de la nuit , on aperçoit confusément des étoiles, il me sembla que je découvrois de nouvelles substances qui formoient une autre couronne , près des deux premiers cercles de bienheureux. O véritable splendeur de r«sprit saint ! Il éblouit tout à coup mes yeux, qui ne purent souffrir son éclat, Béatrix continuoit de se montrer plus belle et plus riante; mais je ne puis exprimer l'impression qu elle fit sur moi , et ma mémoire ne se rappelle plus aucun objet , au milieu de tant de prodiges. Mes yeux reprirent cependant quelque force ,*et je me vis alors transporté, avec Béatrix , dans un ciel plus élevé. Je m'en aperçus aisément à 1 éclat de cet autre ciel, qui me parut plus vif. De toutes les facultés de mon ame, et avec ce sentiment intime qui appartient aux hommes de toutes les nations, j'offris à Dieu un sacrifice de remercimens , tel que pouvoit l'exiger cette faveur nouvelle. Mes actions de grâces n'étoient pas achevées, que je sentis qu'elles avoient été agréées. Des lumières d'une couleur de pourpre éblouissante m'apparurent entre deux rayons , et
je in*écriai : « Que tu es grand et généreux , Très-Haa^9 toi qui les embellis ainsi !i>Sem* blables à la voie lactée, qui , ornée de grandes et de petites constellations /répand une ligne de blancheur euj^e les pôles du monde , et estlobjet de tant de systèmes parmi les sages; ces rayons , coiXverts d'étoiles, formoient sur la profondeur de la plginète de Mars , le signe vénérable de la crqix , et paroissoient la diviser en quatre parties presque égales. Ici l'expression manque & ma mémoire. Dans cette croix brilloit J. C, d'un éclat que je ne puis comparer k aucun autre éclat. Mais celui qui arbore ce signe , pour marcher contre ses ennemis , excusera mon silence , lorsqu'il aura joui lui-même de ce bonheur ineffable. Aux deux côtés et aux deux extré* mités de la croix , brilloient des splendeurs qui étinceloient , en se confondant les unes avec les autres , ainsi qu'on voit des atomes , lents ou légers , et d'un mouvement irrégulier, s'agiter sur un rayon de lumière qui traverse encore l'ombre que l'art cherche à nous procurer, pour nous mettre à l'abri de la chaleur.
Comme une lyre et une harpe parfaite-
€p LE PARADIS.
ment d'accord , produisent un son délîcieiix, mfine pour celui qui est étranger à rêtnde de la musique , de ménae les Vendeurs qui m'apparoissoienfy faisoient en tendre une mé> lodie qui me ravissoit en extase, quoique je ne pnsse pas distinguer les paroles de leurs chants. Cet hymne renfermait de sublimes louanges. Ces mots frappèrent mes oreilles : Ressuscite, et sois painçfieur. J'étois si ravi, que jusqu'alors rien ne m'avoit attaché avec de si doux liens. Peut-être cette expression paroitra-t-elle trop hardie : je semble oublier les yeux étincelans de Béatrix , que j'avois contemplas ^vec tant d'admiration ; mais je mérite d'être excusé par celui qui apprécie ma franchise, et qui sait que les esprits où se réfléchit le miracle de beauté , brillent plus, a mesure qu'on s'élève , et qui sait d ailleurs que je n'avois pas alors regardé les yeux de Béatrix. Je n'entends donc pas nier l'éclat sacré dont ils m'avoient ébloui , éclat qui devient aussi plus pur et plus noble , à mesure qu'on monte dans le ciel.
ARGUMENT
Cacciagnida 9 trisaïeul dn poète , lai parle de la génétt^ l<^e de sa maison» des mœurs anciennes de Florence ; il finit par Ini dire qn*U mourut en combattant pour la foi de Jésus-Christ.
Uns Tolonté bienfaisante , qui se manifeste par tille verliieuse charité, comme une passion effrénée se montre par une action ini- • que , AîiC fin à ce concert, et les saintes cordes que. fait inouvoir la main du ciel , cessèrent de faire entendre letir douce harmonie : et comhient ces substances auroiént-elles été sourdes à iqes prières , puisqu'elles s'acçordoient à se taire à la fois pour écouter mes demandes ? Il ne doit donc pas voir de terme à ses souffrances , celui qui par amour pour les choses périssable^ , renonce à cette bien-
g4 LE PARADIS.
faisante volonté. De même qu'une lueur subite, et de peu de durée , dans les soirées pures et sereines, parcourt les airs, attire nos regards, ctparoîtune étoile qui change de place, quoique nous voyions ensuite qu'il ne s'en est perdu aucune vers le point où nous avons remarqué ce météore; tel courut tout à coup , de Textrémité droite jusqu'au pied de là croix , un esprit céleste qui franchit toute cette ligné de lumière, sans s'en éc2|rter , et qui sembloit un corps de feu dans un vase d'albâtre. Ainsi l'ombre du pieux Anchise se fit voir à son fils dans l'Elysée , si nous ajoutons foi au plus grand de nos poètes. L'esprit m'adressa ces gardes : « O mon sang ! 6 grâce surabondante de « Dieu ! à qui aura- t-OQ jamais, comme à toi , ouvert dei^x fois la porte du ciel? » J'écoutai cet esprit iaivec attention ; ensuite , plein d'étonnement,'^e regardai Beatrix; ses yeux brilloient d'un sourire si doux, que je crus en ce moment posséder toute la faveur de Dieu, et n'avoir rien à deiXiander déplus dans le paradis. L'esprit que je voyois et que j'entendois avec tant de plaisir, ajouta des paroles que je ne compris pas, tant
CHANT XV. gSr
elles ëtoient sublimes. Ce n'ëtoit pas pour jouir de mon embarras qu'il se cachoit ainsi à moi 9 c'étoit par nécessité. L'entendement d'un mortel nepouvqit s élever sur-le-champ jusqu'à saisir de si hautes conceptions. Ce» pendant, quand sa divine ardeur fut exha'lée , mon intelligence commença à le comprendre ; Ées premières paroles furent celles-' ci : (t Sois béni^ ô toi , qui en trois personnes n'en formes qu'une seule , et qui combles de tant de faveurs mon heureuse famille ! » Il continua ainsi : (c Mon fils, tu es donc dans cette sphère où je puis te parler, et tu as satisfait le désir que j'avois de te voir: j'avois conçu ce désir en lisant sur le livre immuable, que tu obtiendrois la permission de monter au ciel , grâce à celle qui t*a guidé dans ce grand vô}rage. Tu as raison de croire que je dois à DieuMe don de deviner ta pensée , comme il est certain que cinq et six proviennent de l'unité ; mais tu ne me de«mandes pas à qui tu parles , et pourquoi , dans cette foule de bienheureux , je surs celui qui te fais l'accueil le plus gracieux. Oui sans doute^ tous les esprits de ces sphères , à quelque degré de gloire qu'ils ayent
été destina, lisent Tavenir dans ce miroir ^ où ta pensée s'ofire avant que tu la con- Doisses toi-même. Cependant , pour mieux accomplir le mystère ,de l'amour sacré qui m'enflamme , manifeste en liberté ta volonté et ton désir ; ma réponse est prête. » A ces mots, je regardai Béatriz : elle me devina avant que je parlasse, et elle. m'enhardit par un sourire. Je commençai ainsi : « Aussitôt que Dieu , qui est la première égalité, vous apparut , l'intelligence et Tamour vous furent donnés en si égale mesure , que 4|Sux autres objets ne sont pas plus ^aux entre eux; ces dons sont tels en Dieu qui vous allume de sa flamme; mais chez les mortels, comme vous le savez, ces facultés ne sont pas les mêmes. Moi qui suis mortel , je sens cette inégalité, et mon cœur seul peut vous remercier de votre réception paternelle. Je t en supplie cependant, ô topaze vivante qui fais partie de tant de trésors , fais-moi connoitre ton nom ! »
L'esprit me répondit : « O rameau de Tarbre dont je fus la racine, toi que je meplaisois à attendre, celui dont tu descend^, et qui habita plus de cent années la première
côte de la montagne que tu as déjà visitée > fut mon fil8*ét ton bisaïeul : par tes bonnes œuvres, tti dois diminuer le temps de ses souffiràùces.
» Florence , dans 1 enceinte de ses antiques murailles^ où est encore placée l'horloge qui règle les heures de ses travaux et de ses prières, vivoit au sein de la pudeur et de la sobtiétë : ses femmes ne connoissoient pas les bijoux , les colliers, les brodequins , les ceintures, et ces parures qu'on regarde avec plus d'attention que celles qui les portent. A la naisêance de sa fille , le père ne craignoit pas d'être obligé de la marier trop tôt , ou de lui donner une dot trop considérable. Les maisons n'étoient pas désertes. Des hommes débauchés n'avoient pas donné l'ezem' pie ae toutes les impudicités. Du mont Ucceltatojo, on ne voyoiipas autant de palais magnifiques qu'on en voypit de Monte Mario : mais du premier point on découvrira plus de ruines que de l'autre.
» J'ai vu Bellincion Berti ne pas dédaigner une simple casaque de cuir , bordée de boutons d'un vil prix. J'ai vu sa femme quitter sa toilette, sans être fardée; j'ai vu unNerli,
un del Yecchio vêtus de peaux sans àme^ ment ; j'ai vu leurs épouses occupées de leur rouet et de leur fuseau. O femmes fortunées! vous étiez toutes assurées d'obtenir la sépul-« ture dans votre patrie 1 on ne vous aUandonnoit pas pour aller commercer en France : lune se livroit au soin de ses fils au ber« ceau, et pour les apaiser, répétoit ces mots à démi-^rticulés , qui font le premier bonheur des mères et des pères ; l'autre , e» filant sa quenouille , discouroit avec sa famille sur les Troyens , Rome et Fiésole. On eût été aussi étonné de voir alors une Cianghella, un Lapo Saltarello, qu'on le seroil aujourd'hui si on revoyoit Cincinnatus et Cornélie.
» Au milieu de ce repos ,"de cette vie si honorable des citoyens, dans une ville si heureuse, Marie, invoqué^ à grands cris par ma mère , facilita les travaux de son enfantement, et dans voire baptistère, je devins chrétien , et je reçus le nom de Cacciaguida. J'eus pour frères Moronto et Elisei. Tu dois le surnom que tu portes à la famille de mon épouse qui vint de Ferrare ; je çuivis ensuite Tempereur Conrad, qui m'arma
chevalier. Mes services obtinrent d'autres faveurs. Sou8 ses ordres , je marchai contre les peuples qui , par la faute de votre pasteur , usurpeqt les pays qui vous appartiennent. Cette nation impie trancha mes jours, me sépara du monde trompeur qui souille tant d*ames innocentes, et du martyre, j'arrivai à cette douce paix. »
loo LE PARADIS.
ARGUMENT
Caccîagiiida rappelle Tépoque de sa naissance : il parle de la popalation que Florence présentoit de son temps , et des plas illustres fiimilles de cette ville.
O NOBLESSE da sang, avantage de peu de valeur, je ne serai jamais étonne que sur cette terre , où notre esprit est infirme et languissant, tu rendes les hommes vains etsu-« perbes, puisque dans le ciel, où nous n'obéissons qu*à la raison , je me suis glorifié de tes prérogatives ! Le temps n'eu diminue pas moins tous les jours de ton éclat^ si à la première illustration , on n'en ajoute pas uoe nouvelle. Je recommençai à parler k l'esprit qui m'avoit interrc^é, et j'employai ce ton moins familier , que Bome adopta dans les. premiers temps de l'empire , et qu'elle n'a pas conservé. Béatrix, qui étoit un peu éloi-
CHANT XVI. loi
gnée , me fit un sigfie d'appiroba|ion , semblable à celui de la. suivant qui favorisa la première faute "de Ginèyre >.ei je parlai ainsi : « Vous êtes mon père, voysme permettez de vous entretenir aiDec assurance ; vous m'élevez tellemeut , que je suis plus que moi-même. Mon ame se remplit d*allé~ gresse de toutes parts , et après s'en être rassasiée , elle en est encore une source abondante. Dites-moi donc, 6 première tige de ma race , quels sont vos ancêtres , et en quelle année vous êtes ne- Parlez-moi du bercail de St. Jean ; dites-moi dans quel état de puissance il étoit alors , et quels étoient les citoyens les plus dignes des hautes magistratures. » Le vent augmente la chaleur du charbon au milieu des flammes; de même je vis la lueur devenir plus belle , en entendant mes paroles caressantes; et, sans se servir de notre manière commune de nous exprimer , elle répondit d'un ton de voix doux et suave : « Depuis le jour où l'ange salua Marie , jusqu'au moment où ma mère , qui est aujourd'hui bienheureuse , me mit au monde , cette planète revint cinq cent quatre-vingt fois au signe du Lion', qu'elle
chérit de prëférrnce. Mes ancêtres et mot ^ nous niquimes dans le quartier où finit la counÇf le jour de votre fête annudle.Que ces détails te suffisent : il est plus modeste de ne pas le 4ire ce que furent mes pères , et d*où ils vinrent.
9 Florence , qu^nd elle appeloit aux armes ses citoyens , ne comptoit , dans Tëtendue de terrain qui se prolonge depuis le pont orné d'une statue de Mars , jusqu'au bap* tistère consacré à St. Jean , qu'un cinquième des citoyens qu'elle compte aujourd'hui.
Ces hahitans , jusqu'au dernier artisan , étoient tous de Florence même; mais ceux d'aujourd'hui sont mêlés à une population nombreuse venue de Campi , de Certaido et de Figghine : qu'il auroit été préférable d'avoir ces peuples pour voisins, et de marquer sa frontière à Galluzzo et à Trespiano , plutôt que de les admettre dans la ville , où ils soutiennent les infamies d'un Baldi d'Aguglion j et de celui de Signa , qui a l'oeil si exercé à trafiquer des grâces ! Si ceux qui ont le plus dégénéré dans le monde, eussent été connue une mère tendre pour son fils, sans trahir les intérêts de César, tel a* été
CHANT XVI. ïo3
fait citoyen de Florence , et commerce dans cette ville , qui aujourd'hui seroit relégué à Simifonte , où son père demandoit Taumône : les comtes Guidi se verroient encore à Montemiirlo; les Cerchi , dans la juridiction ecclésiastique d'Acone , et les Buondelmonti à Valdigrieve^. La confusion des personnes a souvent ëté cause des maux de la ville, comme trop de notirriture détruit la santé. Le taureau aveugle tombe plutôt qu'un agneau également privé de la lumière ; une seule épée tranche mieux que cinq épées en faisceaux. Regarde Luni , UrbisagKa. Souviens-toi de ce que ces villes ont été ; vois ce qu'elles sont aujourd'hui. Considère Chiusî, Sinigaglia. Puisque lès villes périssent , tu comprendras facilement ce que sont les revers de la fortune dans les familles. Comme vous-mêmes , tout ce qui vous entoure , a sa fin : l'existence de quelques êtres vous paroit se prolonger ^avan^^ tage , parce que votre vie est de courte durée. L'influence de la lune couvre et découvre les bords de la mer. La fortune en agit ainsi à Florence. Tu ne dois pas être surpris de ce que je dirai des anciens Flo^
io4 LE PARADIS,
reotins , dont le nom est caché dans la nuit des temps. J'ai vu , sur leur déclin , les familles des Ughi , des Catellini , des Filippi , des Greci , des Alberici et des Ormanni ; j'ai va , aussi nobles que puissans , les Soldanieri ,'les Ardînghi , les Bostichi , del Sannella , et dell' Arca. Près de la porte où habitent maintenant des citoyens traîtres et félonis , qui «etont cause du naufrage de TOtre barque , étoient les Ravignani , dont sont descendus le comte Guido, et ceux qui depuis ont pris le surnom du grand Bellin» cion. Délia Pressa savoit déjà comment on doit gouverner. Galigaio avoit doré , dans sa maison , la poignée et le pommeau de sou épée. La colonne du Vair étoit déjà célèbre. On distinguoit les Sacchetti , les Giuochi , les Sifanti, les Barucci , les Galli , et ceux que le boisseau diminué a fait rougir. Le cep d'où naquirent lesCalfucci commençoit à s'étendre. On appeloit déjà aux grandes dignités les Sizii et les Arrigucci. Oh ! dans quel éclat je vis ceux que leur orgueil a fait depuis tomber si bas ! Les boules d'or avoient élevé Florence à ce haut point de pouvoir. On admiroit les pères de ceux qui.
CffANT XVI. io5
lorsque votre évêchë est vacant , en administrent les revenus , et s'enrichissent à ses dépens. Déjà cette famille présomptueuse , qu'on voit s'acharner, comme un tigre, contre celui qui fuit , et s'apaiser , cçrome un agneau , devant ceux qui lui montrent les dents ou une bourse , conimençoit à obtenir quelque illustration, quoique les traces récentes d'une origine plébéienne eussent porté Ubertin Donato , à blâmer son beaupère, qui avoit admis un des meibbres de cette famille dans la sienne. De Fiesole , déjà Caponsacco étoit descendu dans le marché. Giuda et Infangato étoient devenus de bons citoyens, "^e vais ajouter un fait vrai , mais incroyable. A cette époque , Florence , quoique d'une petite étendue, avoit une porte à laquelle la maison de la Pera avoit donné son nom. Ceux qui portent les armes du grandbaron , dont la fête se célèbre le jour de celle de St. Thomas , obtenoient de ce prince des privilèges et l'ordre de la chevalerie , et aujourd'hui l'un d'eux, en se joignant à la cause du peuple, a environné ces mêmes armes d un ornement d'or. On connoissoit les Gualterotti et les Imporluni, et le Borgo seroit
I fo6 LE PARADIS.
pins tranquille , s'ils n'y avoient pas trouvé des voisins aussi inquiets. On honoroit la maison dont est sortie la cause de vos maux et de ce dépit qui a mis fin à la vie heureuse qu'on meuoit alors. O Buondelmonte, que tu as été coupable de fuir Talliance de cette famille ! si Dieu t'avoit précipité dans l'Ema y la première fois que tu es venu dans la ville^ beaucoup de ceux qui pleurent seroient aujourd'hui pleins de joie : mais Florence devoit perdre sa paix , et donner une victime à cette pierre isolée qui est restée sur le pont * vieux. Sous ces familles , et sous d'autres y
j'ai vu Florence fortunée , et sans aucun motif pour gémir. Sous ces familles , j'ai vu son peuple si juste et si honoré , que jamais le lys ne fut alors renversé par les ennemis , et que les divisions ne firent pas changer sa couleur» »
CHÀKT XVII. 107
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CHANT XVIL
ARGUMENT
} Cacciagnida prédit au Dante son exil , et les calamités
qu'il doit «buffrir. Il l'exhorte à composer la Divine
Comédie.
J £ ressemblois à celui qui pria Climène de lui confirmer ce qu'il avoit entendu dire de sa haute origine^ et dont l'exemple a rendu les pères moins complaisans pour leurs fils. Je parus tel aux yeux de la sainte lumière, qui avoit change de place pour me parler , et à ceux de Béatrix. Cette dernière me dit ; « Manifeste clairement le dësir qui est dans ton cœur, non pour nous apprendre ce que nous savons , mais pour t'accoutumer à montrer hardiment la soif que tu veux satisfaire. » Je parlai donc ainsi : « O chère tige de ma famille , toi , qui de si haut, en envisageant le point devant lequel tous le5
temps sont présens, vois l'avenir ( quoiqu'il soit renfermé en lui-même), aussi facilement que Tesprit humain compreud qu'un triangle ne peut avoir deux angles obtus; pendant quej'étoisdansla compagnie de Virgile, sur cette montagne où les âmes sont purgées de toutes leurs taches, et dans le royaume des morts, on m'a prédit les malheurs de ma vie future ; et, quoique je me sente prêt à supporter toutes les disgrâces , je désirerois savoir celles que la fortune me prépare : le trait qu'on voit venir fait une moins grave *■ blessure. » Je confessai ainsi mon désir ,
comme l'avoit voulu Béatrix. Sans employer les paroles ambiguës dont se servoient les nations insensées , avant qu~e l'Agneau de Dieu , qui efface nos péchés, se fût offert en sacrifice , l'esprit de mon père , contenu dans sa vive lumière, me répondit sur-lechamp en termes précis et pleins de tendresse : ce Les événemens futurs , qui sont étrangers à votre matière, sont connus de la première puissance. Il n'est cependant pas nécessaire qu'ils arrivent, plus qu'il n'est nécessaire qu'un vaisseau que vous voyez dans un courant , continue de voguer. C'est
CHANT XVII. îog
de cette puissance que me vient la connoîssance du sort qui t'est réservé , ainsi qu'un instrument porte aux oreilles une douce harmonie. Tu quitteras Florence , comme Hippolyte persécute par la perfidie de son impitoyable belle-mère , sortit d'Athènes. On trame déjà l'intrigue , là où tous les jours on vend Jésus-Christ. On attribuera tous les torts au parti le plus foible , suivant Tusage ; mais la vengeance du ciel rendra un témoignage éclatant à la vérité. Tu seras obligé d'abandonner ce qui te sera le plus cher: c'est la première douleur des exilés. Tu apprendras combien le pain étranger est amer, et combien il est pénible de monter et de descendre Tescalier d'autrui. Ce qui te fera le plus gémir , ce sera la société perfide et désunie de tes compagnons de malheur : leur ingratitude et leur folie n*açcuseroAt que toi ; mais ce sont eux , plutôt que toi , qui auront à en rougir. Le peu de succès de leurs tentatives prouvera combien tu auras eu raison de te séparer d'eux. Tu te réfugieras d'abord auprès de ce grand e^ noble Lombard , qui porte pour armes une aigle sur une échelle d'or. Ses prévenances pour toi
no LE PARADIS.
seront telles , qu'il te comblera de bienfaits avant que tu les sollicites ; ce qui arrive si peu souvent ! Dans son palais , tu connoîtras celui qui , né sous Tinfluence de notre étoile 9 fera de si grands prodiges. Le monde ne les préVôit pas y parce que ce héros est encore jeune, et que le soleil n'a fait sa révolution que tieuf fois autour de lui ; mais on verra des traces éclatantes de sa générosité et de ses beaux faits d'armes , avant que le Gascoii trompe le grand Henri. Sa magnificence sera telle, que ses ennemis mêmes seront obligés de lui rendre hommage. Compte sur lui et sur ses services. Ûe com<bien d'homniès il changera le sott I if élèvera les pauvres ; il abaissera les riches. Ta conserveras dans ta mémoire Teippreinte de ses vertus ; mais tu seras discret........
L'esprit ajouta des détails difficiles à croire pour ceux même qui seront témoins de ts^nt de gloire , et continua ainsi : ft O mon fils, voilà l'explication de ce qu^on t'a dit ; voilà les embûches qui te feront tendues. Tuj^ne dois pas cependant vouer de la haibe à tes concitoyens, parce que tu vivrâ^ assez de temps pour voir la punition de leur perfi-
CHANT XVII. lit
tlîe. }} Lpi^sque rame sainte m'eut ainsi donné ces explications que j'avois désirées , je lui répondis comme l'homme qui sollicite un conseil d'un autre homme qu'il respecte et qu'il aime : «c Je vois bien , ô mon père ^ que bientôt je recevrai un de ces coups qui sont d'autant plus douloureux , qu'on leur op« pose moins de courage. Aussi dois-je me préparer , en perdant ma patrie, à ne pas perdre en même temps, par lu liberté de mes vers, les asiles que l'on pourroit m'of* frir.
» Dans le monde , où tout est amertume ; sur la montagne du sommet de laquelle Béatrix^mV ^nl^vé,, ensuite dans le ciel, de lumière en lumière , j'ai appris des choses qui seront amères pour un grand nombre , si j'ose les redire; mais au contraire, si je suis un ami timide de la vérité^ je crains de ne plus vivre parmi ceux pour qui le temps actuel sera l'ancien temps. » La lueur où étinceloit mon trésor, brilla d'un plus vif éclat, semblable à un miroir d'or exposé au soleil j elle répondit :
« Les consciences qui auront des fautes à se reprocher , ou qui rougiront de celles de
ria LE PARADIS.
leurs amU , trouverout tes paroles âpres et désagréables; néanmoins , sans rien al^rer , manifeste ta vision toute entière, et laisse se plaindre celui qui en a sujet. Si tes révélations ne flattent pas le goût dans le premier moment, elles laisseront une substance fortifiante , chez celui qui n'aura pas craint de s'en alimenter. Tes cris seront ces ouragans qui frappent les plus hautes montagnes,, et tu ne retireras pas une foible gloire de ton courage. Dans ces sphères , sur la montagne , et dans la vallée de douleur , tu n'as vu que des âmes qui dans le monde furent célèbres, parce que Tesprit de celui qu'on veut corriger , néglige , comipe peu instructifs, les exemples qui tombent sur des hommes d'une condition vulgaire , et \ n'ajoute point foi à des argumens qu'on ne
tire pas de quelques malheureux illustres.
CHANT XVIII. ti5
H/^^^^W liiiM»HM
ARGUMEÎSrT.
Le poète^ilouJouTs sous la conduile de fiéatrix , monte au srxièine ciel 9 qtii est celui de Jupiter , et y troure ceux qm ont bien administré la justice sur la terre.
JL*:toMiiT de mon aïeul s ëtoit livré en silence à ses rêflèaLiôns. Je m'abandonnôis^àlement aux (htennes , en pensaat à ce que ces prédiçfioÀs avoîent de doux et d'amer. Mais Béatrix, c)ui me condtiîsoîc dans lé ciel , me dit alors : « Change de pensée, souviens-toi que je m'âpprochè de celui qui met fin à l€H]tes les peioes. s> Je me t^etournai vers ce guide bienfaisant, et je ne puis exprimer tout ce que' je Vis d'amour dans ses yeux sacrés; non que les paroles me manquent, mais par^eqtie ma mémoire, sans un puissant secours , ne peut revenir sur elle-même. Je puis dire seulement que fiéatrix, en de*
^^^^^ 3 lûfl I 2S^
ti4 LE PAUADIS.
vinant ainsi ma pensée, m'afifranchit de tout autre désir, parce que le plaisir éternd qui étinceloit dans ses regards me renvoyoit la belle lumière de Dieu. Bieotôt, en m'adressant un gracieux sourire, elle me dit : ce Tourne-toi encore vers ton père , apprends que le paradis n'est pas seulement dans mes yeux. )• De même qu'ici bas , on découvre dans l!dxprewon de nos traits , l'anvour que nous inspire la personne qui nous est agréable, de même je vis dans les étincelles de la sainte lueur, un désir de parler encore. Elle m'adressa ces paroles : « Dans cette cinquième division de rarbl*e, qui tire' sa vie de sa cime , qui po^te toujours des fruits et ne perd jamais de feuilles, sont c](es esprits bienheureux qui , avant qu'ils vinssent au ciel, avoient sur la terre .un^' immense renommée, et dont l'éloge pourroit êtref le sujet de graqds poèmes» Refagi^rque, à une des extrémités de la croix, celui que je yais te nommer; il te paroitra ce feu léger qui sillonne la nue. »
En effet, je vis briller cette lumière ayant qu'on m'eût dit que c'étoit Josué. Au nom du grand Machabée^ j'en vis une autre se
.-San
CHANT XVllI. it5
livrer ati inouyenifeq| que lui imprimoit la joie dont elle étoît rétnplie. On me montra Charleitiagne et Roland ; ma vue les suivoit avec attention, comme Tœil du chasseur se fixe sur le faucon qu'il a lancé. Inaperçus en<suite autour de la croix, Guillaume , Renaud» le duc Godefroy, Robert Guiscard : enfin Tame de mon père , qui m'^avoit entretenu » se raéla parmi les autres , et recommença à faire entendre sa voix harmonieuse.
Je me tournai à droite pour lire mon de« voir dans les paroles ou dans les gestes de Béatrix : ses yeux étoient si beaux et si brillans qu'ils n*avoient pas encore jeté un tel éclat. L'homme , poussé par le désir de bien faire , et faisant mieux de jour en joui^^ s'aperçoit que sa Vertu a pris de l'accroissement ; de même je compris , parce que- Béatri;c étoit encore pRis l^tinceiante , qu^àla suite d'un mouvement circulaire qui m'a* voit^emporté aVec le ciel, j^étois monté dans une autre planète. Le visàgé d'une femme qui a un teint éblouissant, après avoir été un moment animé pair la pudeur, revient à sa blancheur naturelle ; mes yeux virent tout à coup le méide effet, en considérant
■te^MOav
ii6 LE PARADIS.
Bëalrix , quand de la i^anete de Mars , je passai avec elfe à la sixièhie planète qui nous reçut dans son seio. Je* remarquai que dans cette sphère dédiée à Jupiter, les étincelles d'amour qui Tbâbitoient, représentoient les lettres -de notre alphabet, par la manière dont elles se groupoient ensemble. Comme les oiseaux partis *du bord' des rivières pour aller à la pâture, semblent se réjouir, et décrivent la lettre O , ou toute autre ; de même ces saintes créatures , formoient en Yolant, tantôt un D, tantôt un I, tantôt une L. D'abord elles bhantoient ensemble et se mettoi^nt en mouvement ; quand ensuite elles avoîent formé un de ces signes, elles s'arrétoîeut en silence.
O Callîope qiii 'glorifies les esprits, qui leur donnes l'iminortalité,*ainsrqH'au#villes et aux royaumei^ viSns m'inspirer, e| fdismoi célébrer dignementcea saintes hiirfières! que ta puissance se manifeste d^n^ ines ver^! Elles tracèrent trente^nq lettfès en voyelles et en consonYies. Je distinguai d abord ces mots : blLlGlTE JOSITTIAM; ensuite je vis, Ç^l JUDICÂTIS TERRAM; puis elles restèrent di^osées eii M^, ^ni étoit
CHAKT XVIII. fT7
la ^(ernière lettre du c^ngu^me .mot; et alors la planète paroissoit éblpûijts^ttf^^cnr et ^argent. Je TÎa^^pjius tard,, dei^^^e d'autres esprits à reudroit' où etoît l'extrë'* mité supérieure de cette lettre ; ils chaa— toicDt , je orois , le bien qui les attire de toutes parts. Bientôt, comme autant d'étincelles qui jaillissent de tisons enflammés , et que les insensés ont coutume de regarder comme un augure favorable , plus de mille lueurs s'élevèrent à la fois; et lorsqu'elles se furent posées , je vis disti|ictement que leur réunion formoit la tête et le col d'une aigle.
L'être qui produit de tels. tableaux, n'a pas de maître; mais il dispose tout lui-même^ et de lui seul provient cette^ vertu qui crée les êtres inférieurs. L'autre lign^ de bi)?nheureux, qui avoit paru d'abord satisfaite de figurer une couronne au-dessus de TM, acheva de former le corps de l'aigle.
O belle étoile, combien de ces trésors qui t'embellissent, m'ont démontré que notre justice sur la terre , y est descendue du ciel ! Je supplie l'esprit qui est l'origine et le premier principe de ton mouvement et de ton in-
ii8 LE PARADIS.
fluence , de i^n^dérer d'où naît le défaut qui\lbacurcil tes cayons. Je le conjure de s^epfla^gimer une seconde fois d'une colère sainte, en voyant ainsi vendre et acheter dlans le temple qui a^ ëte cimenté du sang des martyrs, et témoin de tant de miracles. Et toi milice du ciel , que je contemple , adore Dieu pour ceux qui, sur la terre, se laissent détourner de ce devoir par un fatal exemple! Déjà on avoit coutume de faire la guerre avec le glaive; aujourd'hui on la déclare , en ôtant le pain que le père bienfaisant ne refuse à personne. Mais toi qui n'écris que pour effacer , pense que Pierre et Paul qui mourqrent pour la vigne que tu détruis, sont encore vi vans. Tu ne peux que répondre : Je n'ai plus de dévotion qu'à celui qui voulut vivre solitaire, et qui, sur la demande d'une danseuse, fut conduit au martyre. Je ne connois ni Paul , ni Pierre le pécheur.
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ARGUMENT
Le poète s'entretient avec Faigle qu'il a trouvée dans la sphère de Jupiter. l) demande à Toiseau sacré , si l'on peut être sauvé , sans avoir connu la foi chrétienne.
J E Yoyois devant moi cette belle image, les ailes étendues, glorifier les âmes dont elle se composoit : chacune d'elles paroissoitun rubis frappé des rayons du soleil, et qui m'en renvoyoit Téclat. Jamais on n'a dit , on n'a écrit, on n'a même imaginé ce que je vais rapporter : je vis et j'entendis pâtler cette aigle, en son nom particulier • quoiqu'elle se formât d'une grande quantité d'ames; elle commença ainsi : « Parce que j'ai été juste et pieuse, on m'a élevée à cette gloire qui surpasse tous les désirs : j'ai laisse sur la terre uu souvenir si célèbre, que les méchans eux-
lao LE PARADIS.
mêmes me comblent de louanges ; mais ils n'imitent pas mes vertus. » C'est ainsi que comme plusieurs charbons allumés ne produisent qu'une seule chaleur , cette image composée de mille amours sacrés, ne fît eu* tendre qu'une seule voix.
Je répondis : « O pei^'tuelles fleurs de la joie éternelle, qui par ipxe seule d'çntre vous exhalez vos odeurs céle3tes , éclaircissez un doute que j'«ii constaminent conservé sur la terre. Je sais bien que si la justice divine sert de miroir aux autres degrés du cjel , votre sphère éprouve encore plus ses faveurs. Vous savez avec quelle attention je profile des avis que je reçois » vous savez quel est le doute si ancien qui ine* tourmente. »
Tel qu'un faucon délivré de son chaperon, remue la tête, s'applaudit avec ses ailes, montre le désir de voler, et se complaît en lui-même; telle en faisant retentir des chants qui ne sont connus qu'an ciel , se montra Taigle qui renfermoit tant de saints esprits.
Elle m'adressa ces paroles : « Celui qui créa le monde, et y distribua tant de pro-^ diges inconnus à Tintelligence humaine , et tant de choses qu'elle peut comprendre, ne
manifesta pas tellemélit sa vertu , que toute sa puissance ne fût encore quelquefois incompréhensible : aussi le premier être qui connut roi|;ueil, et qui ëtoit pourtant la plus parfaite des créatures , pour n'avoir pas attendu la lumière de Dieu , tomba avant la confirmation de la grâce. Comment les na-^ tures inférieures auroientelles donc pu contenir ce bien infini, qui ne se mesure qu'avec lui-même ? Nos facultés ne sont ou'un rayott de l'esprit divin qui remplit toutes choses, et ne doivent , de leur nature , connoitre Dieu qu'iiflparfaitement. La vue des mortels ne pénètre dans la justice éternelle , que comme l'opil peut pénétrer dans les eaux de la nUtt : du bord , il voit le fond , il ne le voit pas en ple^e mer ; cependant le fond existe également , mais son éloignement le cache aux yeux. II n'y a de vraie lumière que celle qui vient de ce rayon serein qu'on ne voit jamais se troubler ; toute autre n'est que té* nèbres j obscurité , ignorance.
» Je t'ai expliqué ce que tu n'entendois pas sur la justice divine. Ce mystère t'occupolt tant , que tu disois : Un homme est né au rivage de l'Indus , et là personne ne parle
de J. C, , ne lit les livrés sacrés , et n'écrit sur la religion. Toutes les volontés de cet homme 8ont bonnes, quant k la morale , et il ne pèche ni en actions, ni en paroles ; il meurt cependant sans connoitre la foi et sans baptême : où est cette justice qui le condamne ? où est «a faute, s'il ne croit pas? — Mais toi , qui estu , pour t'ériger en tribunal , et juger à une si grande distance , avec une vue si bornée ? On pourroit me présenter des raisonnemens aussi subtils , si la sainte écriture n'étoit pas au-dessus de telles propositions. O animaux faits jpour vivre sur la terre ! ô esprits insensés ! la première volonté qui est bonne par elle-même, ne s'éloigne jamais du souverain bien qui est en elle; elle ne dépend pas des êtres créés , qui , au coutraire , dépendent d'elle seule. »
La cigogne tourne autour du nid lorsqu'elle a donné la pâture k ses petits; ceux-ci regardent leur mère, quand ils sont rassasiés; ainsi l'aigle commença à tourner sur ellemême , et je la considérai attentivement. £*image bénie battoit des ailes, chantoit en tournant avec ses esprits sacrés, et disoit : « Le jugeaient éternel est pour vous autres
GHANT XIX. ia5
mortels ce qoç les lettres que ta vois près de moi , sont pour ton intelligence. » Et les lueurscontinuoient à jeter des éclairs de l'Esprit saint , dans ce sig;ne qui rendit les Ro^ mains si redoutables. L'aigle recommença en ces termes : « Ce royaume n'a jamais été ouvert à celui qui n'a pas cru en J. C. avant qv'il vinlL.au monde y ou après son supplice. Bea.ncoâp aj^pelféHf ï. C, qui seront plus éloigifés de lui que tel qui ne Ta pas connu. L'Ethiopie iAfidelle condamnera de tels chrétiens à^^rtager son*^sort , lorque sera venu le jour où l'on divisera en deux parties , les élus qui iront au ciel , et les damnés qui des* cendront dans l'enfer. Que ne pourront pas dire l^s rois persans à vos rois , lorsqu'ils verront s'ouvrir ce livre où les fautes de ceuxci sont écrites ! on y lira surtout dans la vie d'Albert^ cette action coupable qui fera ravager le royaume de Prague: Là, on ver^g la douleur que fit éprouver sur les bords de la Seine, en falsifiant la monnoie, celui dont un sanglier causera la mort. Là, on connoitra cet orgueil avide qui déshonore TAnglais et l'Ecossais , et ne leur permet pas de se contenter de leur puissance respective. Là , on
«4 Lî^ PARADIS,
connoitra la luxure de cet Espagnol , et la vie effémiDéedece Bohême^ qui n'eut jamais de courage, et ne voulut jamais en avoir. La bonté du boiteux de Jérusalem sera marquée d'une unité, et ses défauts sei^nt marqués d'une M. On signalera Tavarice et la honte de celui qui garde Tisle du Feu , où Anchise a terminé ses jours ; et pour te le faire bien jtiger, ses fautes seront A^tes*" en abréviations , afin qu'un grand itoixibre ne tienne qu'un petit espace. On publiera les mauvaises actions de l'oncle et du frère qtfi ont affligé une si généreuse nation. On n^oubliera pas le Portugais, le Norvégien, et celfti de Rascia qui altère les coins de Venise. O heureuse Hongrie, si tu ne te laissois plus maltraiter! O heureuse Navarre ! si tu t'armois de la mon« tagne qui t'environne ! déjà Nicosie et Famagouste commencent à se plaindre de l'autorité^ qui les asservit en suivant un exemple funeste. »
CHANT XX. ia5
ABGUMENT.
L'aigle fait l'éloge de quelles anciens rois, qoi ont été justes ef Yertneux. Elle explique ensuite au Dante comment plusieurs personnages qui n*ont pas eu la foi chrétienne y ont obtenu une place dans le ciel.
XjoRSQin l'astre qui éclaire le monde ^ desp* cend de notre hémisphère , et nous prive du jour, le ciel qui lui devoit toii^t son éclat , en reçoit jun nouveau du grand nombre d étoiles qui ont à leur .tour emprunté la lumière du soleiL Cet instant, dp jour me revint dans la mémoire, qnand.le signe du monde et de ses souverains, entce^sédepar* 1er. Alors ces lueurs innombrables recommencèrent des chants que ma mémoire n*a pu retenir. O doux amour^ qui te caches sous cette splendeur , comme tu me parois-* sois brillant dans ces éclairs qui n'étoient
remplis que de saintes pensées! Lorsque ces joyaniE si précieux , qui ornent la sixîènie sphère, curait fini ces chants angéliques, il me sembla entendre le murmure d une eau claire qui , de pierre en pierre , tombe de la monta^gnCt ou le son harmonieux d^une guilaire, ou celui d*une douce flûte; et alors, il se forma dans le col de Taigle une Toix qui prononça ces paroles; que mon cœur attendoil , et que je me hâte de rapporter : « Tu dois r^arder fixement en moi celte partie qui « dans les aûgles mortdies , Toit le soleil et supporte son éclat, parce quedesfeax dont je me compose, ceaxqû fan 11 ni aBMMi onl « ont une portîonf de la* mière plus etinodanle que les autres. Cdai qui occupe lai place de la pupille « chaBla' 1 Esprit sawt « en tnnqportant Fardie de TîUe en TiUe : miîntMMit il jooft du pnr de ses tnTaox ei d^uae rroonpeoK proportiomiéeà sa piele. Des cinq ei|nts qui fmft un cercle auUmr de ommi cil, cdm qlli èi|K. plac^ le plus à giiuche^ qui a\»it perdu son fik :
vie humaine a^^N: sa TÎe spiritnellet il appn^ttd ce quïi en coûte pour n amr pas
CHANT XX. IQ7
suivi Jésus-Christ^ JL autre, que tu vois dans la partie supérieure du cil , retarda le coup de la mort par une vvaîi^ péniteuce : il sait à présent que le jugement éternel ne change jamais, quoiqu'une digne prière paroisse intervertir l'ordre de nos destinées sur la terre. Cet autre esprit , avec les lois ro« maines, et à la tête de ses légions , passa en Grèce, pour complaire au pontife. Sa bonne intention eut un effet malheureux. 11 connoit maintenant que le mal qui en est résulté, ne lui a pas nui auprès de Dieu , quoique ce mal puisse devenir la cause de la destruction du monde. .C'est Guillaume que tu vois audessous de la somnciité de Toeil; on le regrette sur cette terre , où Tou gémit de Tautorité de Frédéric et des guerres suscitées par Charles : la vivacité^de sa lumière prouve combien le ciel aime le» rois justes. Qui croiroit , dans votre monde plein d'erreurs, que le Troyen Rifée est la cinquième lueur qui entoure mon œil ? Il a partici|>e à ce que les hommes ne peuvent voir dans la divine grâce; cependant, pour sa vue, tout n'est pas encore entièrement compréhensible. M
Telle une alouette qui chante en Tolant dans les airs, et se tait, satisfaite de son chant, telle me parut l'iiMgJfc de cet étemel plaisir, qui donne i chaque chose le mouvement qui lui plaît Quoique pour un doute qui me tourm^itoit , je fusse eomme le crystal à travers lequel on aperçoit aisément la cou* leur, je ne pus attendBte plus long- temps, et je m'écriai , en contemplant tout cet éclat : m Que vois-je et qu*entends-je ?» Le signe béni , pour ne pas prolonger ma surprise , me répondit sur-le-champ, en jetant sur moi un regard plus animé : « Tu croii ce que je vieBS de te dire, parce que je te fai dit, mais tu ne le comprends pas; lu (aïs comme celui qui appcend le nom d'une chose , mâu qui n^en dt^ingue pas lavaleor, si on ne lafaii explique. U y a une violence opérée par un saint amouV, une vive espérance qui ouvre le rovaume des cieux, après avoir vaincu la volonté divine. Cette violence «n*agit pas cx>mme celle qui opprime les hommes ; elle n'est victorieuse que parce que Dieu consent a être vaincu; et quand il est vaincu, son affectueuse bonté lui donne a son tour la victoire. Tu es surpris de voir parmi les
CHANT XX. ïàg
angeè le premier et le dernier des esprits qui bordent jpon œil. Ils quittèrent leurs corps, non pas comme gentils , mais comme cji^rétien^; l'un croyant en Jésus-Christ qui devoit fl£Kjffrir, l'autre en Jésus-Christ qui avoit souffert. Trajau reprit son corps éa enfer, où. l'on est endurci dans le mal : et eç fut le fruit de sa vive espérance, de cette viviQ, espérance qui ne cessa de prier Die^^ çt parvînt à l'apaiser. L*ame glorieuse dont je te parle , réunio^à son corps pour quelque temps ^ crut fermement en celui qui pouvoit la sauver, et, en croyant, s'enflamma d'un^l ampVT, qu'après sa seconde mort,^ elle^ obtîiit de venir dans cette éphère^
L'araet4e Rifée, pjir une grâce ineffable qu'aucune créature oe pourra jamais comprendre^ fit CQpsister toi|t spn %mour à vivre suivant les règles d'une oonnç conscience. Dieu., après lui avoir accordé ung preuiière grâce , ly.i en accorda poe seconde^- et lui fit coiy^tre d'avance le mystère .dç i^otre rédemption future.. Il y crut^ aussi fqt-il délivré de la contagion du paganisme, et il vouloit en guérir les nations perverses. Il eut , au lieu du baptême, plus de mille ans
l3o LE PARADIS.
avant qu'il fàt institaë , Tassistan ce âetseê trois femmes qae lo as voes sui^a droite de ia montagne. O pr^tostination , combien ton principe est éloigne des insensés qui ne coii|^ prennent pas la première cause ! Vous, mortels , soyez sages dans tos opinions ; nous qui voyons Dirà, nous ne conaoissons pas encore tous les élus. Nous nous réjouissons cçy^ndant de Timperfection de nos facultés^ pavbe que notre bien n*est dirigé que verê Dieu : nous ne voulons que ce qu'il veut. »
Tel fut le breuvage agréable qui me fut présenté par cet^C^e image diviniç^ pour satisfaire mes doutes^ et comme uoifadbile jimeur de guitare accompagne avec sdbcès . un habile chanteur , et rend les ^ceens de sst voix plus mélodieux , j^ me souviens que pendant que J^aigle parloit , Igs deux lueurs bénio s'accordoient à je^er de douces étin* celles, coqime.les pqpillès des yeux savent se. mouvoir ensemUe* ^
GHAKT XXI. i7t
GTON"Ï XXI.
ARGUMENT
Le Dante monte du ciel de Jupiter à celai de Sttome ; il y trouve ceux qui se sont adonnés à la vie contemplative , et il y voit une échelle très-haute couverte d*une foule de substances. S. Pierre *Damien rép6nd à toutes les demandes que le poèt^ui adresse.
JMes yeux et mon ééprit ëtoient fixes sur Bëatrix, et je ne pensoïs qu'à la consideVer; elle ne sourioit pas , et "elle dit : « Si je venois à sourire » tu devîendrois tel que Së«inëlé , lorsqu'elle fut l*éduit^en cendres , et si je ne ternpérois pas nfiia beauté \ qui s'ac-croit à mesiire que j^ lùa'élève' vers 1^ saint royaume, elle brilLeroit tellement, quêta paf ai trois un arbre frappe et entr'ou vert par la foudre. Nous sommes arrives à la septième ^hère , qui maintenant l^nce ses rayons ^us le signe brùUnl di;Aîou« Considère bien
i$3 LE PARADIS.
ce que tu vas voir ; fais de tes yeux un miroir qui te retrace fidèlement J|a* figure qui Va t'apparoitre. » Si l'on se souvient du plaisir que j eprouvois à contempla Bëatrix , on compi^endra la joî?que j'eus de suivre ses ordres , et de m'occupèr sans regret d'un autre soin , en substituant aîi bonheur de la voir celui de lui obéir.
Dans ce cristal pur qui tourlSe autour dix m^pde , et porte le nom d'un roi bienfaisant, sous le règne duquel le mal n'étoit^as connu , je vis sur une échelle droite dés lignes de couleur d'or, traversées des rayons du soleil , et si éblouissantes , que mes yeux fte pouvoient s'y arrêter. Une grande quaiitité de saintes lueurs descéndoient de ses échelons, et je crus que toutes cielles qui habitent le ciel y étoient rétfnies. Ainsi que les corneilles, au commencement du jour, se mettent en mouvement potir réchauQer leur corps engourdi par le froid de la nuit; les unes prennent leur vol pour ne pkis qi* paroitre; les autres reviennent au point Sfià elles sont parties; d'autres enfin semj^ûv^it à la place même qu^eiles occupent :.Bméè me parurent ces metirs' sacrées ;*)[jiiiseMi-
Ca^NT XXI. j53
^rf*
qui étoit la^plus r^ppâoq^^^'flf» nous, me j)ai^t si.^i^lsiiehrte^ 9H^ j^ aiaois^en li^iznéme ^e comprlfldj<% à pitèsènt la cha- «rite qui. l'eâflaiBiné; mais Bealrix, à qui il appàf tient*de me permettre de parier ou de m ordoipuer de me taire , garde le silence , et , Aalgrë le dësii; qpi mcûà^urmente , j'agis sageïnenten ne lui aarçsaanW)a$ de demandas. Beatrix voyoit eu Ûjeu , qui voit tour, ç|fae1le ëtoit ma péinsee^^ et me dit ^ « Satisfais le désir que tu as d^interroger. » Je commençai ainsi : « Âme bienfaisante , qui es recouverte de l'ardente lumière de ta charite , mon- peu de mérité ne me rend pas digne d'une réponse ; liiàis , au nom de celle qui me permet de te parler, dis-moi pourquoi tu t'approches si près de nous ; dis-moi aussi pourquoi on n*entend ^pas dans cette sphère la doijpce symphonie qui se fait entendre plus bas , dans les autres parties du Paradis. » L'ame réjyondit : <c Tu vois et tu entends comme un mortel ; ici on ne chante p^s, parce que Béatrix n'a pas souri. Je ne suis descendue par les degrés de l'échelle
t54 U9 PAR
iiaifilé9.^fll^,||É|gj|^'^te. foire honneur, ente pariant et jNi; ta montrant 1 eclal dont je brille. Ce n^X^^ (firnnc chaijtë plus vive Mit en moi t car «ci quelques nmes brûlent. iFun amour i^m) aiitiiien » et d'autres brûlent d*un f\w liram) amour encore : tu peux t en eonvaiiH^re % ai tu eherehes à distinguer leur iH'l^t fi\\% «4u moins vif; mais la haute <>)Mmlc ^ui 1^^^^ aoumisea à cette provi- ^IrnsH^à l^r ^ut le monde est f^uverné, nous vki/«^^M^ K"^ À 4UiKfttii^ ministères « comme tu |^«^\ r<>J^iiiife^«f4r^ ^ )#i #» alor* à cette sub- SiA&uKV ^ .V w** clMnr<»e<^t . o ame res-
(il inHit'^ ti^ttHiuiitr $atti^ we^rtuvAe k$ onircs vie a ;H»^iiitî«it«'tî .. itittis tr ittf piri» pas»^ bûm tHHeiiui't^ (ivurK(ttui tu tii ttttt iriiuiHie partùniï- •ici^iiuMH- |n>ur >»c*uir .uiMiiivîuti: tfe onjî. » A
^uiMia Mai* vjiàtf^mtfftur v.vttimu urne nuemie n^iiit; , cl rcfp%/inBt: t La Jl^tutf luitubète Uirt^x* yiiv :u\n :«* m;»vm^ • «;t ptfWtftoi par
Éicu.ti^î>. Il .*Hf*n; iitrC. v^u«f ■«* voi*l( d^ LVu . ù:ittsi\'A: «-*t ïiiw. tVia liwait falle- ^u^ m uuiiw. fit shol cimaMMaore est
CHANT XXI. i35
ëgale & la clarté de la' flamme qui m'embrase. L'amie qui est la plus éleyée dans le cîel , le séraphin qui a Toeil le plus attentif sur Dieu, ne pourroit pas satisfaire ta demande. Elle s'étend à une telle profondeur dans les stâ^ tuts divins , qu'aucune intelligence créée tïj peut répondre ; et quand tu retourneras in monde , souviens-toi de dê^que je t^liis, sffih qu'on ne croye pas qu'il soit pos|Slbie"de'tb satisfaire. Ici l'esprit brille ; sur la terre , il n'est qu'ignorance : comprends donc combien une telle pénétration doit vous être im« possible , puisque celui même que le ciel favorise , ne peut obtenir d'approfondir up tel mystère. » Ces paroles xfte déterminèrent à renoncer à ma question, Ct 'je me bornai à demander à l'ame qui elle étoit. jËllë me parla ainsi pour là' troisième fois : «' Entre les deux mers cJuilArrfentTitalie , f>rès de tu patrie, sont des rochefs qui voyei^t audessous dVux le tonnerre ; ils forment une grande éfévation qui s'appelle Catria. Au pied de cette élévation , est un herraitage destiné au culte ; là , je me dévouai au service de Dieu , et content d'une vie contemplative , je ne me noùrrissois , pendant
i56 LE PARADIS.
tontes les saisons , que d'alimens assaisonne» avec de Thuile. Ce cloître fournissoit abondamment au ciel des âmes saintes, et maintenant il est si peu fertile , qu'il faut que tôl
ou tard on connois^e quHl a ëtë profané. Dans ce lieu , je «.ai^^elai Pierre Damien ; auparavant on ifiiejfithnmoit Pierre. Ne me eônfoii pfiB aveciiii autre Pierre , surnom* mê I^^Dcator , qui dermi^uroit dans la maison de Marie , sitjfêe sur le bord de F Adriatique. J'avois peu de temps à vivre, quand on. me donna ce chapeau , qu'on donne souvent à des sdjets indignes. Céphas et le vase d'étec- Uon de TEsprit saint marchoienl sans cbaus* sures , ëtoient dtns Findigeilce , et demandoienl leur ti/Jbrritpre dans la première hôtellerie. Les prélats modernes veulent dés valets qui écarteni la Icliile 'devant eux ;. d*autrei^ qui guident leArs mules ( tant ils sontJourds); d*aiitres qui soient placéi debout derrière leur voiture. Souvent encore le chevai d'tin prélat est couvert dé son immense manteau ; c*esr ainsi qu'un même abri sert à tous deux. O patience, qui pei^ mets tant d*iniquités!.... » A ces mots, je vis une foule de*nouvèlles lueurs fe mouvoir,,
et descendre de degré en degré. Chaque mouvement led rendoit plus belles. Elles s'approchèrent de celle qui m'avoit parlé , s'arrêtèrent et firent entendre un si grand cri , que je ne sais à quoi le comparer. Je ne distinguai pas cequ'elles&'étoient dit, tant ce bruit m'avoit frappé.
i38 LE PARADIS.
ARGUMENT
Xe poète trouve S. Benoit dans la planète de Satame, et lui adresse une demande ; ensuite il monte , en entrant dans le signe des gémeaux, à la huitième sphère, qui est le ciel des étoiles fixes.
JT R A pp É de stupeur , je me tournai vers mon guide , ainsi qu'un enfant qui se réfugie dans le sein de celui en qui il a mis toute sa confiance; et Béatrix, comme une mère qui vient au secours de son^ls pâle et tremblant , en lui adressant des paroles rassurantes , me dit : « Ne sais-tu pas que tu es dans le ciel? Ne sais-tu pas que le ciel n'est que sainteté, et qu'un zèle pur inspire tout ce qu'on y pense? Puisque ce cri t'a laissé une impression. si vive, juge donc de celle que lu aurois éprouvée, si les esprits bienlieureux avoient fait entendre leurs chants ^
et si jxvois- souri moi-même. Si tu ayois compris les prières que renferme ce cri , ta connoitrois d^ la yengeance dont tu seras témoin avant de. mourir. L'ëpée divine ne frappe ni plus tôt ni plus tard , selon qu*il convient à celui qui sollicite la vengeance ^ ou à celui qui la craint. Mais , maintenant ^ tourne^tpi vers uq aui^ spectacle , et si tu m*obéis , tu vas voir d^autres esprits non moins illustres. ^ Je regardai, comme Beatrix me l'ordonnoit , et j'aperçus plus de cent lumières qui s'embellissoient récipro-» quement parieurs rayons. Jerëprimois mou désir; je ne cherchois pas à parler, craignant d*étre indiscret. La plus brillante de ces perles s'approcfia de moi , pour conten* ter ma curiosité. J'entendis qu'elle disoit t « Si tu connoissois la charité qui brille en nous, tu aurois déjà exprimé ton désir. Pour ne pas retarder ]f, fin de ton glorieux voyage^ je répondrai à 1a pensée que tu renfermes en toi. Le mont sur lequel s'élève Cassin , étoit autrefois fréquenté par une population égarée et perverse. J'y ai, le premier , porté le^ nom de celui qui amena sur la terre la vérité & qui nous devons le ciel. La grâce me fa*
i4o LE PARADIS.
Torisa tellement , que j^arrachai les villes voisines au culte impie qui sëduisoit TUaivers. Ces autres feux s'adonnèrent aussi à la vie contemplative , et furent embrases de cette chaleur qui fait produire de saintes fleurs et des fruits divins. Voici Macaire et Romuald; voici d||aùtre^ frère^ qui s'enfer* mèrent dans dés cldi|[fe3,, çf i^rs^vçrèrent xioblemeiit dans leurs voeux. » Je répondis à Famé bienheureuse : «^J'ai trbuvë, chez tous les esprits qui te ressemblent , ce bon accueil et cette charité quetu me montres en me parlant; ils ont excité ma confij^oce , comme le soleil agit sur la rose, et piar une douce influence Tinvite à s'épanouir. «Cependant , je t'en prie, ô mon père , si je puis obtenir une telle faveur, manifeste-toi à mes yeux, dégagé de la lumière qui t'environne. «L'ame reprit sur le champ : « Mon frère , ton désir s'accomplira dans la plus liante sphère , là où tous les voeux sont accomplis. Chaque désir y parvient parfait , mûr et entier. L'échelle où tu nous vois maintenant , et dont tu ne peux apercevoir la fin , nous conduit vers celte sphère immobile qui ne repose p<is sur les pôles, qui n'est contenue dans
CHANT XXÎI. i4t
aucuns lieux , et qui les contient tous. Le
patriarche Jacob vit cette échelle dans toute
sa longueur , lorsqu'elle lui apparut chargée
d*anges : personne à présent ne vient de la
terre , pour y monter , et tous mes statuts
sont tombés dans le inépris* Les abbayes sont
des cavernes presqu 'inhabitées; les frocs sont
des besaces remplies de mauvaise farine;
Tusure ne chargé pas devant Dieà celui qui
s'en nmd coupable, autant que les grandes
richesses accusent les moines. Ce qui reste
à Féglise , quand elle a payé ses ministres ,
appartient aux pauvres , et non aux parens
des religieux , et surtout ne doit pas être em«
ployé i des dépenses encore plus indécentes.
O hommes)Vous êtes si foibles, qu'une bonne
institution ne dure pas autant d^ temps
qu'il Vous en faut pour voir 'des glancîs au
chéhé que vôiis a vez1[)1an të?Pierre commença
sans'ortft saiS^àirgënt ; je (otifménçài , moi.
par dfes* OTaisôbs' et 'des jeûnes!! François
déb^â pat imê humilité touchante.'' Vois le
prîncitfêjde tfos {onâitions ; 'vdis 'ce qu'elles
sont âujoBrd'hùif , et dSf-moî^sî le blanc
n'est pas devenu tkbWi Vraiment, '"^pieu , en
ordtmrîBt aùtr^llSs''id Joârdam de retour-
i43 LE PARADIS.
ner en arriérent de fuir la raer , fit un plus grand niirdcle% que celui qu'il fera en accordant du secours à son église. » L'esprit se tut et se rapprocha de ses compagnons: ils se réunirent , et, en tournant comme un tour* billon^ils recommencèi^t à s'élever. Bëatrix me fit signe de les suivre sur cette échelle»^ La force de son commandement me contrai-gnit de faire ce que nauroit pu entreprendre Qia foible" nature , et rien ne peut égaler ici« bas la rapidité avec laquelle je fus enlevé. Ohl que ne peut-il m'étre donné une autre fois de voir le saint triomphe que je cherche à obtenir en pleurant mes péchés , et en frap* pant souvent ma poitrine ! Lecteur , tu ne saurois mettjre ton doigt au feu , et le retirer en aussi peu de temps qu'il m'en fallut pour arriver dans le signe qui suit celui du tau^ reau. O glorieuses étoiles ! O lumière abon-« dante en vertu* !- c'est à vbus'(|àl^ je dois tout ihon esprit^ quel qu'il soit. «Le pelré de la vie des mortels n'aissoit et disparois^f ttveo vous, lorsque* je natl^àis en^osdàne; et quand il m^a été permis * d'entrer dans la huitième spbèrej j'ai dblenu de voir la ré-r gion que vous habitua: 9fim amc sottpire
appè9 vous, et ^otis de;mande du courage pour reiitifepr«|^1l)iffiGile qu» je dois ackeTer* Béatrix me dit alors : « Tu es si près de contempler Dieu 9 que ta vue doit être devenue claire ejt perçante ; mais, avant que tu en approches davantage^ regarde en bas^ et mesure Tespace sous tes pieds, afin que ton esprit se prësentet, aussi purifié qu'il peut Tétre, à la fouh^ triomphante qui habite le ciel. Je parcourus de l'œil les sept sphères où j'avois déjà été transporté , et je vis la terre si petite, que je souris de son peu d'étendue. J'approuve celui qui méprise ce globe ; et 1 homme qui pense à d'autres biens est, selon moi, doué d'une grande prudence. J&vis la fille de Latone : elle n*o& froit pas cette ombre qui m'avoit fait croire qu elle étoit traversée par des corps denses et clairs. Je supportai la vue de ton fils , ô Hypérion ; j'observai comment se mouvoient autour de lui Maia et Dioné : ensuite je considérai Jupiter , qui tempère la froidure de son père et la chaleur de son fils , et je m'expliquai facilement les variations qu'éprouvent ces pl^pètes. Les sept sphères Bi'apparurent dans toute leur grandeur y
i44 LE PARADIS.
dans toute Irar Tdocitë , et à U distance respeethre qui les sépare; enfin dn haut des étemels gémeaux , je vis ce petit point qui nous rend si orgueilleux , je distinguai ses montagnes et ses mers, et je tournai ensuite les yeux vers Béatrix.
CHANT XXIII. i45
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ÀRGUÎTENT.
Le poète ei^iose dans ce chant qu'il Tit le triomphe de Jëaua-Christ , que svûvoient un nombre infini de bien • heureux.
ïj'oiSEAn placé sur Parbre où il a cdDstruit aon iiid^.|iiÂtrit de ce que la nuit obscurcit la^jQatMj^Sk'bientot.il s'avauce daos la partie la plds découverte du ^uillage , et fixant ses yeux^uf Vaube naissante, il attend le soleil avec inquiétude , plein du . désir de revoir ses petits y. ^t de reinplîr le soin pénible, mais «i doux pour lui ^^d'aller leur chercher de la «ourrituDe : aialsi Béàt^ix p^roissoit attentive , et s'étoit tQitfnée vers cette partie du ciel oà le-soleH semble ayoju; un cours moins rapide* Je-la voyois; dans cet état de suspensÎQn et d^atteuté, et jet me bornai à désirer coiinpitre ce * qu'elle attwdoit, £n
lO
i46 LE PARADIS.
peu de temps le ciel me parut plus resplen* dissant) et Béalrix me dit : « Voilà le triomphe de Je'sus-Christ , et le fruit qujg tu retireras de ton heureui: ¥oy|ige. » Il me sembloit que le visage de mon guide étoit tout entlammé; •. ses yeux se rempliM^ieat d'une joie ineffable. Tel que 9 dans les jours où elle répand le plus d*ëelat, Diane se fait Toir |>arlni le4 nymphes étemelles qui ornent le ciel, tel un soleil, semblable à celui qui éclaire la terre , et qui prête sa vertu aux étoiles , erobrasoit une infinité de bienheureux. A travers cette lumièM y j'apercevais une siibstai|ce élince- Uale si belle , qœ j^ n'en poavois soutenir la vue; je m*ëomi;^0 Béatna^!^ gi^|p«her el fidèlelCile me réfqpdhz «Ceqvi f éUôuil est une verti» qui surfMMft, tontes iB «vertusb Tu VOIS U sspience el *Ia pvtssanoe sans bornes qui oavtîrenl^entre \% ciel#t la terre , la voie qn'oo dMsiioil]! ard»nm«sU ^it cette vue« mon espiNi^ comme le feo^dfe la no^ qui tend à se r^réfieir» et ixmtre m nature> se précipite sur 1» terre / se fit etficore plus grand qu'il n était; et je ne^mis .me souvenir de ce qu'il devint. Béatrix me dit euoore : « Ouvre les yeux^ considère œ que je suis
CHANT XXtII. i47
maintenant ; tu as vu des choses <(ui te rendent capable da supporter mon sourire, a Lorsqu'elle me*^t celte«*offre si agréable^ que je me rappellerai éternellement , j'étois comme un homme qui se souvient d^un songe , et en recherche les détails. £n vain Polymnieet ses sœurs si éloquentes se réuniroient pour m'inspirer , je ne pourrois ex* primer l'effet que produisit sur moi le sou* rire de Béatrix ; et sije ne dois chanter le Para* dis qu'avec de tels accens , il vaudroit autant renoncer âe continuer ce poëme sacré , comme le voyageur qui trouve le chemin interceptée s'arrête devant cet obstacle. Que l'on pense au poids dont je me suis chargé , à la fbir blesse de mes forces , et qu'on ne me blâme pas de trembler devant unAel travail. Mop entreprise hardie n'est pas celle d'un nau^ tonnier qui, craignant la fatigue, voyage sur une petite barque. Béatrix continua : « Pourquoi ma figure a-t-elle pour' toi tant de charmes ? Pourquoi ne te tournes - tu pas vers ce beau jardin que la présence du Christ couvre de fleurs? C'est là qu'est la rose dans laquelle le Verbe divin se fit homme^ Là sont les lys qui par leur odeur suave indiquent 1(
ff48 LE PARADIS.
bon chemin. » Mon guide cessa de parler; pour lui obéir , je me hasardai k porter une autre fois ma vue*^ur le ^omphe céleste» Semblables à une prairie couverte de fleurs ^ éclairée i moitiépar un rayon du soleil qui traverse la nuée , brilloient une foule de lueuts qui empruntoient -leur éclat d'une lumière plus vive que je ne pouvois apercevoir. O vertu bienfaisante , qui entoures aiftsi ces esprits de ta lumière , tu t'étois éle-» vée plus haut , afin que mes yeux pussent aisément jouir de ce spectacle ! Peur retrouver la fleur que j'invoqàe matin et soir , je m'attachai à distibgoer 1 éclat le plus resplendissant. Quand'mes yeux se furent fixés sur la beauté de cette étoile, qui là-haut est la plus éblouissante , de même qu'ici-bas elle a surpassé tous les saints en mérite, il descendit du ciel uiie lueur formée en cercle, qui environna cette étoile comme une couronne » et tourna autour d'elle. La mélodie la plus douce qu'on entende sur la terre, compan|sij^u son de la lyre dont se couronnoit ce brillant saphir, qui orne le ciel le plus pur, ressembleroit aii bruit de la foudre. Cette lueur finit par prononcer ces paroles : « Je suis l'amour
CHANT XXm. î49
angélique , je toqrne autour de la joiç. âlTine qui a porté, dans son sein I^d^et^^e ;noè çM-* sirs, et je continuerai ée tourùeV ainsi', 6 reine du Ciel t^tant que tu suivras ton fils , et que tu embeIKràsHa sphère suprême que tu habites. » Ainsi parla cette sainte substance ; alors toutes les autres lueurs firent entendre le nom de Marie.
Le manteau céleste qui s'échauffe et se vivifie davantage, parce qu'il' est plus voisin de Dieu , étoit encore si éloigné de moi , que je ne pouvois le distinguer : mesyeux n'eurent donc pas la faculté de suivre la flamme couronnée qui s'éleva vers son fils.
Comme l'enfant qui tend ses bras reconnoissans à sa mère dont il vient de recevoir le sein , ces lueurs suivirent Marie , et m'ex* pliquêrent ainsi le tendre amour qu'elles lui portoient. Elles restèrent à la portée de ma vue, en chantant
O reine du ciel ! »
avec des accens si doux, que j'en garderai un souvenir éternel.
Combien est grande la richesse de ceux qui, sur terre, semèrent ces exemples si
fSo L'P PARADIS.
pArofilablesI Ici,. avec les héros de rancien et éHf nouveau' tcâitament , celui qui tient les elefs de la |[Ioire ôéléste, jouit du trésor qu'il sut ac^érir par àes larmes dans son exil sup là terre, où il dédaigna liiforffane, et il re^ foit lè prix de sa victoire ^ en présence du haut Fib d^ Dieu et de Marie.
nfmmmmm^^m
CHAWT XXIV. ï5t
ARGUMENT
S. Pîerte examine le Dtnte sur la foi : Tap^tre approuve les répontet du poète.
Diuftin prononça alors ces paroles : « O so» cÉëté divine , ëlue pour la félicité céleste que TOUS a acquise Tagneau véritable qui vous nourrit de sa grâce et accctaiplit toujours votre volonté , puisque, par la permission de Dieu, celui que j'sâ conduit ici ramasse avant sa mort ce qui tombe de votre table'^ pense2 au désir qui l'occupe , satisfaites - le quel* ques instans : vous buvez à la fontaine d*où coule ce qu'il cherche si avidement, n Alors les âmes bienheureuses commencèrent à tourner en resplendissant comme des co^ mètes. Les ressorts d'une horloge se meu« vent en plus ou moins de temps ; ainsi ces rondes eu dansant différemment, me mon-^
i5a LE. PARADIS.
troient par leur plus ou moins de yëlocité on de lenteur, la part qu'elles recevoient de ht faveur du ciel. Je yis sortir une lumière si brillante d'une dé ces rondes^ que son tfclat surpassait celui de toutes les autres : elle tourna trois fois autour de Béatrix, en faisant entendre un chant si divin, que je ne puis me le' rappeler. D'ailleurs l'expression me manque; l'imagination et les paroles ne peuvent donc m'aider à l'expliquer. c( Osaifite sœur, qui montres un si ardent esprit de charité , ta présence me détache de la ronde où je tournois. » Ainsi parla le feu sacré ^ s'adressant à Béatrix. Celle-K)i répondit : «c O lumière éternelle du grand homme , à qui notre Seigneur a laissé les clefs du royaume céleste qu'il a apporté sur la terre , interroge celui q6i est à mes côtés sur les points aisés ou difficiles de la foi , par laquelle (u es parvenu à marcher sur la mer : tu sais , toi qui vois tout en Dieu , si celui que je conduis ici , aime bien, espère bien, et croit bien. Mais il faut qu'il sache de toi , pourquoi ce royaume a été donné pour la plus grande gloire de la foi , à ceux qui l'ont professée dans toute sa pureté, n
CHANT XXIV. i55
Comme le bachelier s'arme d'argumens nouveaux, sam parler encore^ jusqu'à ce que le maître lui ait présenté dans toute son in-^ tégrité la question sur laquelle la dispute est établie , je m'armois aussi de raisons pour être prêt à répondre à de telles demandes.
(c Dis-moi , ô chrétien , explique-toi hardiment: Qu'est-ce que la foi? » Je levai les yeux sur la lumière qui m'avoit parlé ainsi , ensuite je me tournai vers Béatrix , qui me fit signe que je pouvois manifester mes senti-> mens intimes. Je commençai en ces termes : « Que la grâce qui me permet de me confesser au prince des apôtres, donne de la sa-^ gesse à mes expressions. O mon père , suivant les paroles véridiques de ton frère , qui avec toi laissa Rome dans le meilleur cbe-» min, la foi est une substance de choses à espérer, et un argument de celles qu'on xvb peut comprendre. Il iHeparoit que c'est ainsi qu'on doit la définir, jd J'entendis le feu sa« cré me dire : « Tu as raison de la placer d'abord parmi les substances, ensuite parmi les argumens. » Je continuai : « Les mystères que je vois ici, sont cachés là-bas à notre in-telligence ; on voit seulement qu'ils existent ,
i54 l'E PARADIS.
et Ton y fonde une vive espérance. De^là la foi prend le nom de substance , et en continuant de raisonner d'après ce principe ^ Isk foi devient encore un argument. » L'esprit enflammé reprit: « Si tout ce que la science enseigne , étoit ainsi compris^ on ne ren— oontreroit pas de sophistes; ce que tu viens de répondre est précis et raisonnable, mais^ dis- moi , est-ce là ton opinion ? — Oui , si positivement , que je n'ai aucun doute. » La lueur céleste continua ainsi : i< D'où te vient ce trésor sur lequel toute vertu se fonde ? — La valeur de l'Esprit saint qui est répandue dans l'ancien et le nouveau testament, est un argument qui m'a pleinement persuadé. — Mais l'ancien et le nou« veau testament qui t'ont convaincu , les regardes-tu comme la parole tlivine ? — Qui» et j'en ai pour preuve ces miracles qui sont hors du pouvoir de la nature. — Dis encore ; qui t'assure que ces miracles ont eu lieu , eomme on veut te le prouver? Y a-t-il quelqu'un qui te jure que ces miracles sont vrais? — Quoi ! le monde auroit adopté le ehristianisme sans voir de miracles ! un seul prouve plus que tous les autres : ne t'a«t-oa
CHANT XXIV. i55
pas TU toi -^ mène paroitre sur la terre, pauvre et à jeun^ lorsque tu as commencé à semer là ou depuis il y a eu une vigne fertile, qui est devenue un buisson désert?» J'eus à peine fini , que la sainte cour chanta avec une mélodie céleste :
• Nous louons un Dieu.
. Mais le héros qui m'avoit interrogé d*une manière si pressante, me fit cette dernière question : (( La grâce suprême qui se complaît à former ton esprit, a parlé jusqu'ici par ta bouche comme elle devoit parler. J'approuve tout ce que tu as dit; mais il faut maintenant m'expliquer ce que tu crois et pourquoi tu crois. — - Opère sacré, répon^ dis-je , toi qui as vu en Dieu ce que tu a^ cru , et qui es entré au sépulchre avant un autre plus jeune que toi^ tu veux que je te manifeste la formule et la cause de ma croyance. Voici ma réponse : « Je croîs eu un seul Dieu éternel , qui met le ciel en mouvement, et qui demeure immobile luimême , plein d'amour et de charité. Je n'ai pas seulement des preuves physiques et métaphysiques de son existence ; j'en trouve
lJI'.*^4
i56 LE PARADIS.
d*autres dans Moïse, dans les prophètes^ dan^ les psaumes , dans l'évangile , et dans vos ouvrages, ô vous qui écrivîtes, après que l'Esprit saint fut descendu sur vos têtes. Je crois en trois personnes éternelles; je les regarde comme une essence parfaitement une, et une véritable Trinité. Plus d nn texte de Tévangile me prouve encore cette existence sublime de Dieu. Voilà le principe de ma foi, voilà l'étincelle qui devient une flamme plus vive, et qui brille en moi comme une étoile dans le ciel, d
Souvent le maître satisfait d'une heureuse nouvelle que vient de lui apporter son serviteur, l'embrasse, en le félicitant; ainsi la lumière apostoli()ue, quand j'eus cessé de par* 1er , tourna trois fois autour de moi , pour me montrer que ma réponse lui avoit été agréable.
CHANT XXV. ï57
iMW^'vw»%Vw>f^^^O'^%'»%*fc^v^^'%'>^^^>^^^^^^^i^^^^^^i
ARGUMENT
S. Jacques examine le poète sur Tespérance , et lui pro^ pose trois doutes : Béatrix répond an second ; !• Dante répond au premier et au troisième. S. Jean FËTaogéliste entretient ensuite le poète.
i^'iL arrive jamais que ce poème sacré, dont le ciel et la terre m'ont fourni le sujet , et qui m'a causé tant de fatiguas , apaise la colère des habitans de la bergerie , où , ennemi des loups qui la désoloient , je dormois ainsi qu'un agneau , ce sera àTCc unie Toix plus txarmonieuse et à un âge plus yénérable, ^é je reviendrai, comme poète, prendre la couronne de laurier dans le tem* pie où l'on m'a donné le baptême. C'est dans ce tetnple q\j^ j'ai reçu la foi qui rend les âmes agréables à Dieu , et c'est pour la foi ([ue Pierre m'a fait de si douces caresses. Puis , de cett^ ronde que le premier vicaire
.158 tE PARADIS.
de Jésus-Christ avoit quittée, pour me parler ^ il sortit une lumière qui s'approcha de nous« Mon guide, plein de joie, me dit : a Regarde, regarde , voilà le saint en Thonneur duquel on visite la Galice. » De même que lorsque le pigeon se place à côté de sa compagne , tous deux se montrent par un doux murmure leur amour réciproque, de même les deux princes glorieux s'accueillirlent mutuellement , en louant la grandeur de Dieu , qui est la nourriture du ciel. Après avoir terminé leurs félicitations, ils se placèrent devant moi, et me parurent si pleins de feu 9 qu'ils éblouissoient ma vue. Béatrix dit alors en riant : « Ame glorieuse, qui as célébré la libéralité de notre divin séjour, parle de l'espérance 'dans ce lieu sublime* Tu sais que tu figuras l'espérance , autant de fois qqe Jésus-Christ se montra, dans tout son éclat à trois de ses apôtrj^ » La lumière m'adressa la parole^ a Lève la tète , me dit-elle, prends de l'assurance ; ce qui vient ici du monde mortçl, doit se mûrir k nos rayons. » Je reçus avec reconnoissance I cet encouragement de l'esprit céleste , et
j'osai lever Inès yeujc sur oes montagnes ,
CHANT XXV. iSg
dont Tëclat faisoit baisser mes regards. La lueur reprit : « Puisque notre maître , par une faveur particulière^ permet que tu te hasardes ainsi au milieu de sa cour, afin que, connoissantlaYéritë de notre bonheur, tu puisses réconforter en toi et chez d'autres, l'espérance qui lè*bas imprime une vive charité, dis-moi : Qu'est-ce que lespërance? Comment entre- t-elle dans ton ame ? D'où te vient-elle ?
La femme pieuse qui me guidoit, répondit avant que j'eusse eu le temps de reprendre la parole : a L'église militante n'a pas de fils qui soit plus embrasé que lui d'une vive espérance , comme tu peux le lire en Dieu qui éclaire tout notre royaume ; aussi lui a-t-il été permis de venir d'Egypte à Jérusalem , avant le moment marqué pour la fin de sa vie. Je le laisse maître de répondre aux deux autres points , que tu lui as demandés non pour les savoir, mais afin qu'il pût rapporter combien l'espérance doit te plaire. Cette entreprise ne sera pas difficile. 11 n'aura pas d'élçge à faire de lui-même : qu'il réponde donc , et que Dieu l'aide i parler avec succès^ s
;i6o LE PARADIS.
Comme un écolier qui n'hésite pas à répondre à son maître, sur le sujet qui lui est déjà connu , pour mobtrer promptement son savoir, je m'exprimai en ces termes: c L'espérance est une attente certaine de la gloire future, provenant de la grâce de Dieu et des mérites précédens. Plusieurs étoiles m'ont faitconnoitre cette luiiiière; mais c'est le chantre immortel de Dieu , qui le premier l'a répandue dans mon cœur. Il dit, dans ses hymnes sacrés ,
Qu'ils espèrent en toi , ceux qui ont connu ton nom.
Et qui ne sait le nom de Dieu , s'il a la foi chrétienne comme moi ? Tu m'as toi-même appris cette vérité dans une de tes épitres^ et je te rapporte ici tes propres pensées. » Pendant que je parlois ainsi , dans le sein de cet esprit brilloit une flamme étincelante. Il dit en même temps : (c L'amour qui m'embrase de cette vertu que je n'ai pas abandonnée depuis que je suis sorti de la vie , pour recevoir la palme immortelle, veut que je m'entretienne avec toi de cette lyéme vertu qui fait tes délices; et c'est avec plaisir que je t'en tendrai me dire ce que l'espérance te pro-
CHANT XXV. i6i
met. B Je re'pohdîs : " Les airciennes et les nouvelles Écritures inoDlrent le point où doiveot tendre les âmes quë'Diéu a chéries, et ce po'nt se iait voir à moi eu ce moment même. Isaïe assure que chacune d'elles jouira d'une double félicité dans le monde qui leuTesfràerré, et ce raoade est la sphère où elles vivent maintenant. Ton frère nous maatlJMte enCore mieux cette révélation , quand il tJ^ite des vétemens blancs qu'on Toit au ciel, v Alors on entendit chanter,
Qt^ Mpcrent en loi ;
et toutes les rondes répondirent par les mêmes paroles. Ensuite il in'apparùt une lueur si claire , que si le signe du cancer avoit' une lumière aussi eclataiite, l'hÏT'Çr auroit un mois d'un seul jour.
Tel qu'une vierge innocente se ïèye,."et se présente pour dnnser, plus pôur'faire' honneur à l'épousée , que pour satisfaire uh mouTem'é1R''|i!erftabael de "vaDi,ttt^* telle je vis cetft '^ïuenr ïVj^proeher de» deiiz' pl-emière9;'^nh'$e'i^tivttient en i>Qa<fii pomme il conveiMit i léar - aT^éqté' C^ri'té. Elle accorda sa voix aysc la leiir^ et.Séatrix les
16a LE PARADIS.
regardant attentivemeat ^ avec la pudeur d une e'pouse a§ge et respectueuse, me dit : cf Voilà celui qui eut l'honneur, de reposer sur le sein de notre Sauveur ; ce fut à lui que Jésus-Christ , du haut de sa croix , recommanda d*ayoir soin de Marie. ». Bëatrix se tut f et ne cessa de regarder avec la même attention les esprits célestes. De même que celui qui regardant' fixement le soleil , espère qu'il s'éclipsera un moment, mais finit par en être ébloui , de ipéme je considérois cette dernière lueur , lorsqu'içUe me dit : « Pourquoi . t'obstinas- tu à vouloû: ainsi pénétrer, ce qui n'existé pas i^? Là^g, mon corps n'e^ que t^rre -^iydèiàeijjrera tel jusqu'au fnoment où le |i6mbre'des aienheuri^i( sera complet , selçinja volonté divijie. Il n'ç#t que deux lumières. q^t'soimt moniées^au ciel' ayeç fiBÙr corps. Tii rediras ces explic^t^oqè d;âi^ le àioude où tû retournerai. » / ^
A ces mots , la ronde OfiS trois esprit^ cessa son mouvement et ses cl^aD^Si ^^^^^ qu'au signal du sifflet , IcjS rames qui féndoiént Tonde ceaéent d'être agitées , s^it qi^e le pilote craigne un écueil , soit qu'il veuille don«
CHANT XXV. i65
ner du repos à Vëquipage. Hélas ! que je fus attristé, lorsque m'étant tourné vers Béatrix , je ne pus la voir , quoique je fusse près d'elle , et dans rheurëiK' royaume !
i64 LE PARADIS.
JLKGVMEmr.
s. Jcn VErmnfBkU eïïmmmt le Dante nu U Oiariléi Adam a «n entretien avec le poète*
I:^cn>àjiT que j'étoîs ainsi priTé de Toîr Béatriz j à cause" de Véc\È^ que jetoil le dernier esprit sacré qui m'aToil parlé , il sortit de cette TÎTC loBiièie une Toiz que j'écoutai attentiTcment , et ,qai prononça ces mots : c En attendant que tu retrouves t^rVue que j'ai obscurcie , il convient que je te dédoni'mage , et que je m'entrelienne avec toi. Commence donc ; dis-moi vers ^qnel point se dirige ton ame ? Rassure-toi d'abord ;^u n'as pas perdu la vue , et d'ailleurs la sainte femme qui te conduit dans ces bienheureuses régions , a dans le r^ard la même
cHAirr xxTi . i§s
Vertu qu'avoit la fhain d'AnaniâJL i^I»^rëp<m« dis ainsi : « Qu'à son £Té >que t6l d«r teri^e apporte un repè4e à ces jeux, qui^ea pre- Biiera re^reql diçUe le fea dool je brûle ; Dieu , t[a^a béatifié toBte cette cour , est le principe et la fin de ce que Taviour me dicte de facile ou de difficile à exécuter. » L'esprit , qui m'avoit déjà une fois rassuré , m'adressa une autre fois la parole et me dit : a II Bsiut que tu t'expliques plus clairement. Qui a tourné ton amour vers un but si sublime ?» Je répondis : « C'est par des jargumens philosophiques, et par l'autorité de l'Écriture qui descend du ciel , que cet amour s'imprime en moi. Ce bien , aussitôt qu'on le conçoit , excite d'autant plus là charité , qu'il participe plus à la bonté divine; aussi le cœur de celui qui connolt clairement la yérité de cette excellence , doit nécessairement aimer l'essence qui sur* passe toutes les autres en perfection, puisque , hors de cette même essence , il n*j a qu'un rayon de sa lumière. Cette yérité m'est encore enseignée par celui qui me dé* montre le premier amour des substances éternelles ; je l'apprends encore par les pa-
i66 LE PARADIS.
rôles dç celui qui est la vëritë même , et qui dit à JVIçîse : Je te f^rai voir le premier bien. Tu xpe la prouires aussi, toi, qui as publie dt*s myisteres sacrés av^ec une voix si élo-^ quenle. » L'esprit répliqua: cff^u suivant pour guide riiUelligence des hoiqmes , içt Tautorité qui appuis ces raisonnemens , aime donc Pieu avec une tendre* préférence. Mais disinpi encore si t|i sens que d'autres motifs te portent vers Dieu , et avoue-moi quels sont les aiguillons qui tVxcitent * à cette tendresse. j> Je devinai sur-le-champ la sainte intention de Taigle de J.C, et je prévis bjen jusqu'où elle vouloit me conduire. Je
continuai en ces termes : « Tous les motifs
qui peuvent porter à Dieu , ont aidé ma charité. Ce monde créé pour nous , celle existence qui m'a été donnée, celte mort que Jésus-Christ a soufferte pour nous racheter, le ciel que tout ûdèle comme moi , espère obtenir , enfin les lumières de la raison et de la foi, m'ont éloigné du mauvais chemin, et m'ont amené au port. J'aime aussi les plantes que cultive le jardinier éternel, suivant le mérite qu'il leur a communiqué. » Je me tus à ces mots. Alors un doux chant
se fit entendre dans le ciel. Beatrix répéta trois fois aVec les autres esprits :
O Dieu saint.
L'homme éTeiUé par une viye lumière , qui frappe tout à coup ses yeux , cherche d abord à la ftiir , tant que son im^ination ne lui apprend pas d'où vient ce subit odat ; de même Béatrix , par les rayons quirsortoient de sa vue , dissipa les ténèbres ou m'avoit jeté tant de splendeur. Bientôt revenu à moi , tout étonné , je demandai le nom d'une quatrième lumière que j'apercevois avec nous. Béatrix me dit : ic Dans ces rayons, Dieu contemple avecjoie la première ame qu'il a formée. »
Comme la feuille que la force du Vent fait incliner, et qui reprend ensuite la place qu'elle avoit auparavant, je m^nclin^i , plein d'admiratiâl^ , à ces^ ïnots de Béatrix ; mais un désir d'interroger me rendit mon courage. Je commençai ainsi : « O fruit qui naquis dans l'état de maturité , o antique père des humains , je te conjure de me parler ! Tu vois le désir que j'ai de t'entendre. Je ne dis plus rien y pour que tu me répondes
ï68 LE: PARADIS.
plutôt. » Tel qu'un animal commence à faire quelques caresses, et bientôt, par des mouvemens plus auimés de tendresse , cherche à être remarqué de son maître , telle la première ame , à travers la'lumière qui Fentodroit, me^faisoit comprehdre qu'elle aimqi^à^e satisfaire. Elle s'exprima ainsi : te'SsjQS que tu m'aies manifesté ta volonté , }lpxla àiécetbe mieux que tu^ ne discernes •tOHnjême ce qui le paroit le plus ce;*taih , parce que je la iHiîs^dans ce miroir que rien n^ëdaire, et qui réfléchit toutes choses. Tu veux savoir quand Dieu me plaça au milieu de ce jardin où tu as trouvé Béatrix , qui t'a guidé danà ton voyagé } combien dé femps ce jardin me fut cher; quelle*tut la cause de la colère de Dieu ; enflii quelle langue je parlai à cette époque. Mon fils, il ne faut pas attribuer ma chute à' là complaisance qui m'a fait manger 1^ pomdib, mais à ma désobéissance. De l'endfoit d'oir ton guide a tiré Virgite , on ne m'a permis de venir dans le ciel /qu'après quatre mille trois cent deux révolutions du soleil. Cet astre parcourut neuf cent trente fois les signes qui sont sur sa route , pendant que
CtfANT XXVI. 169
j'habitai la terre. La langue que je parlois s'éteignit , avant que la racedeNembrod eût entrepris cet ouvrage interminable, auquel elle dût renoncer , parce que les effets ratio* nels ne sont pas durables, et qu'ils suivent l'influence du ciel qui les produit. Il est né-« cessaire que rhomme parle ; mais , que ce soit d'une manière ou d'une autre, la nature le laisse à votre choix. Avant que je descendisse dans la vallée des douleurs , le sou* verain bien, cause de la joie qui m'entoure , s'appeloit El , sur la terre. Il s'appela ensuite Eli ; et ce changement a dû exister , parce que les habitudes des hommes sont comme les feuilles des arbres : les unes s'en vont et d'autres reviennent. Quant à la montagne qui s'élève au-dessus de la mer ^ je n'y de^ meurai que sept heures , entre ma naisc sance et mon crime.
ARGUMENT
S. Pierre se répand en reproches contre les mauTais pasteurs. Ensuite le Dante monte à laneuTième sphère avec Béatrjx , qui lui en explique la nature et la vertu*
X ouT le paradis chanta alors ,
Gloire au Père , au Fils , au Saint-Esprit ,
avec une telle mélodie, que ce chant m'eni^ vroit ; il me sembloit voir l'univers entier se réjouir, et mon ivresse entroit dans mes sens par l'ouïe et par la vue. O bonheur , ô allégresse ineffable ! O vie entière d'amour et de paix ! O richesse assurée sans désir ! Devant moi, les quatre esprits qui m'avoient parlé paroissoient enflammés ; et celui qui étoit venu le premier commença à étinceler davantage, et devint tel que seroit Jupiter y
s'il ëchangeoit sa blancheur contre l'éclat de Mars. La providence, qui règle les différens devoirs, avoit de toutes parts imposé silence au chœur bienheureux , lorsque j'entendis oeé mots : « Si je change ainsi de couleur , ne t'étbnne pas ; car ^ à mesure que je parlerai, tu verras se changer aussi la couleur de tousles esprits qui èont près de moi. Celui qui sur la terre usurpe ma place , vacante néanmoins devant le Fils de Dieu, a fait du lieu où j'ai souffert le martyre , un cloaque de sang , qui console Tange rebelle que Dieu a privé de ses bontés. » Je vis alors le ciel couvert de cette même teinte que produit , le soir, au levant et au couchant , le soleil caché par des nuages. Béatrix , elle-même , changea de figure, comme une femme vertueuse qui ne se reproche rien , mais qui a honte de la faute des autres. Une telle révolution a dû arriver dans le ciel , quand la suprême puissance a reçu la mort. Alors.la lueur sacrée s'écria , d'une voix aussi terrible que sa nouvelle couleur avoit été effrayante : <f Ce n'est pas pour être achetée à prix d'argent , que répouse du Christ a été nourrie de mon sang, de celui de Lin et de
17a LE PARADIS.
Clet. Poar acquérir la TÎe bienhenrense , Sixte, Pie, Calixte et Urbain répandirent aaasi tout leur sang. Notre intention n a p6s été qu'une partie du peuple chrétien s'assit à droite de nos successeurs y et qu'une autre partie s'assit à la gauche , ni que les clefs qui m'ont été confiées**^ ieryissent d'étendard contre ceux qui cofirAlèittroii^nt tes nations baptisées , ni que mon^ image fut' apposée en
h cachet sur des bulles nfbnteuses et vénales j
dont souvent je* rougis ici moi-même. Là« bas, dans toutes les pâtures, on voit des
f loups ravisseurs habillés en bergers. O di«
i vine justice , pourquoi parois-tu endorotie ?
Des habitans de la Gascogne et de Cahors s'apprêtent à exciter parmi nous des guerres sanglantes. O commencement heureux de
1 l'autorité spirituelle , faut-il que tu voies une
telle fin ! Mais la providence , qui par le bras de Scipion protégea dans Rome la gloire da monde , vous secourra , je crois , bientôt ; et toi , mon fils , qui retourneras
ij encore sur la terre , publie ce que tu as en«
I tendu. »
Comme l'air est rempli de vapeurs con-
L deiisées par le froid , lorsque les cornes de
la chèvre du ciel sont en contact avec le soleil, de même je vis la sphère se couvrir dnne sorte de vapeurs, quand ces esprits bienheureux retournèrent en en haut. Mes regards les suiyiirent autant qu'ils purent s'étendre. •;
JBéatrij , qui vit que je ne pouvois plus ,rien aperQevoir , me dit alors : « Baisse ta vue, et remarque comme tu as tourne toi* même. i> Depuis le moment où j'avois re* garde la terre, pour la première fois, j'avois fait autant de tours que le dernier signe qui m'avoit porte ; je voyois , au-delà de Gade, ce passage que le téméraire Ulysse tenta de franchir ; ^.en deçà, k rivage sur lequel Europe eut l'imprudence de se fier au taureau. J'aurois encore découvert une phis grande piartie de ce point imperceptible^ mais le soleil étoit éloigné de moi de phis de Tespâce d'un,. signe.
Mon asprit embrasé de charité, qui chérissoit tendrement Béatrix, brûloit plus que jamais du désir de'^ considérer. La nature et l'art savent créer des beautés qui sédui-* sent d'abord les yeux et ensuite. le cœur; «nais , que .sont tou9 tces chefr-d'œuvre réu-
nîs, en comparaison du plaisir divin qne j'éprouvai à regarder Beatrix ! La vertu que me communiqua son regard, me détacha du signe cher à Léda , et m'éleva rapidement i un autre ciel. Les points de cette sphère les plus lucides et les plus prompts à se mouvoir , sont si uniformes , que je ne sais pas dans quelle partie m'éleva B^trix. Elle voyoit mon inquiétude , et alors , avec un visage si joyeux , que Dieu y paroissoit empreint , elle commença ainsi : « La nature du mouvement circulaire , qui après avoir rendu l'axe de l'univers tout-à-£ait immobile , impfime une rotation régulière aux autres corfis , prend ici sa source , et n'a pas d'autre point où elle s'arrête , que l'entendement divin qui l'embrase de cet amour dont elle reçoit le mouvement , et de cette vertu d'où émanent différentes influences.
» Uiî cercle de lumière et.d'amoiA* entoure ce ciel comme les autres ; mais d'ailleurs il n'est compris que de Dieu , qui le contient dans son immensité. Le premier mobile ne reçoit aucune a\itre impulsion. Les autres sphères reçoivent .la sienne , comme le nombre dix renferme cinq et
deux. Tu dois avoir reconnu qxie le temps a sa source dans rÈmpyrée , et ses eaux dans les autres cieux. '
» O cupidité pour les biens terrestres « qui asservis tellement les mortels, qu'aucun n'a la force de te résister ! La volonté des hommes présente quelquefois des fleurs; mais la pluie continuelle abâtardit les bons fruits. On ne • trouve l'innocence et la sincérité que chez les enfans ; et ces vertus disparoissent à la fin de l'adolescenôe. Tel, dans ses premiers ans, veut déjà jeûner, qui, plus tard, se nourrit de toute espèce d'alimens , dans tous les temps et dans toutes les occasions. Tel enfant aime sa mère , qui , plus tard, voudroit la voir ensevelie : ainsi se change Tame des hommes, au premier aspect de la fille du soleil qui apporte le jour , et nous laisse dans la nuit.
DËt toi , si tu veux voir diminuer ton étonnement , pense que sur terre il n'est plus de guide pour la famille humaine : mais, avant que janvier' tombe dans le printemps, ce qui peut arriver, à cause de votre manière défectueuse de compter , ces cercles bienheureux feront entendre de^tels cris , que la jp
4 fortune qu^on a tapt invoquée , changera de
« ^ direction. La flotte doit être ralliée, et aux
fleurs succéderont des fruits qui atteindront ^ leur maturité. » '^'
CHANT XXVIir. t-jf
CHANT XiVHI.
AROtmENT.
Ta D jpe aahoAoé qa'il lui fui accorda de voir resience diflDe, et qu'elle le manifesta ^lai en trMshiérarcbies de neuf clicnin d'espcits. célestes qui l'enTiroonent.
J-jopsQL'G ce) le qui iiieguidoitilans le paradis m'eut' ainsi aécouverl la vtirKé que ne coqnoi&sent [)as (es malheureux /nprtets, je me sduvieiis que je royiirdiii ces yjsjiK à (juî l'aiiioiir divin Rvoil duiim- tant d attraits pour moi. îîemblable à l'homme, ^dlxoyahtdaos un miroir la flamuio d'une' totclie , avànl: d'avoir vu la torche elle-même, du4j^^oH' pensé, cherche à s'assurer si I^-àiiroir oe lui en a pas impose , et comprend qu'il hç s'e$t pas trompé, et que la flauinLe et le miroir s'accordfnt ensemble , comraçle'chant's'ac ■, corde avec les paroles , je me rétourgai , et je fus frappé de la vertu des ye<h de Béatrix,
tyS LE PARADIS.
qui réBéchissoient si bien chaque objet, quand on les considëroît attenliTemenf.
J'aperçus un point qui jetoit une si rive lumière 9 que la Tue en étoit éblouie. A coté de ce point , rétoile qui nous paroît la plus petite, paroltioît relaÛTenient grande comme la lune. Autour , à la même di^nce où est cetjle courcmne de Tapeurs qui environne quelquefois le mAeû , un cercle de fieu tournoi t si rapidement, qull auroit surpassé en Titesse le ci^l le plus prompt à se mouToir* Ce pi]rad|fr cercle étoit environné d*un second , cddïti d'un troiyème , celui- \k d'un^atrième, cetjf^ite d nq qmmième, et le dernier 4*ti>^ sîxiàlie cercle. Si^vaiC un septième cerpe , plos.gra^d qne.ci^ui que forme 1^ messagère de Juapn.^ Il ei| étoic ainri du huitième et du neuTÎènp , jgui se mouToient moins vite.» en^ràison .dûJ^ dÎ9tance ou ils éfoient daTpoint de Tu^^. Tons ces cereles brillaient aiUsi d'na écI^f-vpJus ou moins vif, suivant qu'ils éi^jlBO^t plus voisins et plus éloignés du J^int ^pn^çn^r^ moit le centre. Béatrix , qui me vojoie tourmenté d'une vive curiosité, me di( : «r De oè point dépeiSdent le ciel et toute la Mrtnre.
CHANT XXVIII. ijc^
Vois ce cercle, qui eç est le plus près, et apprends que sfifk lâouveinent a cette rapidité , à cause dé Façoi^r iqefifable qui ranime. » Je répondis : « Si noire mbpde présen« toit Vgfdre daùsleqtiel *îç vois ces différens moixiêtiens' P j'aurbis été'pieine||^ent persuadé ; mais , dàb's notre ntondé , les sphères qui s^éloigneUt le plus du cei/tre tout celles qili ont un mouireroent plt)s rapide. Daigne satisfaire ma -curiosité , 4|to||Ce ternie admirable d^; aifges , aiiiç^ià dûqiiel on ne voit que lumière et aiiu>ur. lè voucfrpis savoir çoiwttient'^eéjftà^^^ existe entre
la^copiè.et3^4nbaéIëVj[*çtych6rcbe en vtfin la raison. ». « Il li'estpas étonnlimt, dit Q^atrij , que ta '.ne {misses'' vaincK bette" dif&cuUé , jr V^i:.. . .: — u^^^e , .^igue personne
iV-^' tu perHates Itfconnoitr/sf la ràilMn q6<ce-^<^tir ignoné^, éconte altlnittvmùi^^ i^: ^cercles M les ciéi)x du moViAe ^p^fi^^i^t gran^» : du f|^<;its , en irais#iï.:^&^ l^^^^j^h^ ou moins de vertu. La chqsp;^a ^icSlIecnre -cu^roiBÙnique un plus grand bien , et le pit)Çfg}ratid coi^s, fn tant qu^ilieat parfait, exeÇœ Tinfluence la plus complète. Le neuviènie ciel , qui entraîne
i8o LE PARADIS.
avec lui tous les autres cieux , correspond' au cercle qui a le plus d'amour et d'intelligence. Si tu examioes^bien Tefficaci të de ces substances, /pii .te Semblent disposées en rond , et non leur a^ipajoe^oe , tu verras que chacune correspond plusjou moins ââiacun des cieux avec lesquels elle a des rapports. »
De même que Fair devient plus pur et plus serein, quand^ Borée , par son souffle* le plus djR"^' dissm^les vapeurs , et fait paroitré le soleil.9bi^nout son éclat . de même, à cette , réponse claire.de fiéalrix, je vis la vérité y comme oa ibÉli^^iié les étoiles dans le ciel. Â peine 61} t-^e iÇnv de parier, que ces cercles jetèrent des étincelles , ainsi qu'on en voit sor^ du fer qui est battu i un graiid feu. Mais,, en jetant c^e jbmière, ils n'abandonnoi^Sl |àas leur ratfg ; leur nojnbre surpassoit cçlui que ^^nneroient les cases d'un échiquier, si,on kà Cpmptoit , en doublant toujours à c)baaue%âSe. «^
3'entébdis les''chœurs'ch9jaLteri^«€r0fiâ sutour de ce point im mobile tju^^ les S confirmés , et les confirme dans cette grâce éternelle. Béatrix voyoit en moi de nouveaux doutes ; elle m'adressa la parole et me dit i
CHANT XXVIII. i8i
<c Les premiers cercles t'ont présenté les séraphins et les chérubins. Ils .si|\yeAt avec vélocité leur attraction ,- {(ôur ^t^^mblér au point suprémJi «^autant gu'ilé'' piEfû^rent , et leur pfaissahce es\ proj^rtîonnée à leur entfhdénienr. Les^àutfes amourst[ni suivent, sont apjTelés trônes dif regard divin ; ils ter* minent^a première des trois hiérarchies.
Tu dois savoir quelle joie ils trouvent dans la vue de celui qui est legpripcipe déboute intelligence ; aussi tu comprends que la béatitùdé prjDvient plus 4è l'amour de Dieu ^ que dji bonheur de l'aim^, qui n'est qu'fni^et secondait^ de cet amour. Ce sont les méritas qui procurent cette vue^i douce , et c'est la grâce divine et sa volonté bienfaisante qui donnent ces mérites: c'est ainsi que tout est distribué de degré en degré. L'autre hiéjcarchie qui brille dans ce printemps sans fin, où elle ne refloute pas les nuits sombres pendant lesquelles se fève le bélier, chante perpétuellement hosanna , en formant trois mélodies qui partent des trofs chœurs dont elle est composée. Làsontlesdominations^les vertus , et les puissances. Dans les deux premiers chœurs de la troisième hiérarchie ,
Ida I>E PARADIS.
sont les pripehpauies et les archanges : \ê cll,éèur lie ]gtA§ âoigne (|u centre , n'est cbmpà^||^4^ogesiBetfis. Ces ordr^ tirent leuf luniièfé |)bï^Pi^^9 e^ rendetit suçcessiyeinent aux inleUi|[ences itifërieùres l'icfflù^ce Qu'ils ont re^e. Ôenis a contemplé aTidement^cf^ chœurs sacrés, il les a distfngués et nommés comme moi. Grégoire ensuiA a été d*un autre intiment ; maisjquand il*est arrivé a|i<iièl,- il a ri lui-même 4e sa méprise. Itç'^^ÎK^apas cèpeudant qu'un moriM^iit, suP; IV'ibrre ^/manifesté cet.te vérité incoÀnue aux tHf$^mesi celui qui avoit vu le ciel , la ly i avoitidémoilirée ^«aveiB d^autres vérités éter* Belles relati/cji^ à <^ëls suprêmes intelligences.
CHANT XXIX. ï85
Chant xxix-
ARCrUMENIi;.
Bétlrix ëchiircît plusieurs doutes que Je poète avoi^ coDÇ^HS'; èHe reprend .ensuite rign'çrance de ^quél^es tlié^bgljphs du temps , et s^^Te ê'ontre les p^i^tp^*" tenifif i](hû abandonnent révangite , p^ur précner des ^ks.
l5i^TRfx, en considérant avec joie le point qui m'avo^ tant- frappé , «jgarda le silence autant de temps que les déUx fils de Latone " restept en présence, Tu n sous le èfgne du Leiier, l'autre spus le signe de la balance, avant de /passer sur un autre ^.Iiéraîsphère. Ensuite elle paria ainsi : « Sans te demander ce qui te tourmente , je vais* te dîjre ce que tu veux savoir : je Tai lu dans celui qui est je centre de tous^ les lieux et de tous les
temps. Jj'amour éternel créa de nouveaux amours sacrés, non pour augmenter sa per« . tection, (elle ne pou voit s'accroître davan-
i84 LJE PARADIS.
*? tage ) mais afin que les créatures reçussent rexistence. Il étoit auparavant renfermé dansison éternité , au-delà des temps , incom- *
préhensible ; cependant jusqu'alors, il D'étoit pas demeuré dans l'inertie , et sa bonté pour les créatures étoit déjà arrêtée dans l'éternité. La former et la matfère jointes ensemble et ààt^s JjEsfilf ^éX^l:de pureté, après I^» création des rv
ann^ure sacrés, .obtinrent une disposition ^^ pârrftite. Comme trois fléchet j>ài£tè^ à la fois d'un arp à trois cordes , cornue un rayon du soleil brille à la fois dans un verre, dans un crist^^I^ et dans un morceau d'ambre, ^ 9i|l^i q^ trois créations de Dieu brillèrqiBt eh ■fÉ- un moment du. même éclat. Avec les créa- \. tures fut créé l'^^rdre qu'elles dévoient garder : celles qui avoient les formes pures , furent destinées à habiter |e ciel. La simple matière futpla.cée plus Jjqs ; au q[^lieu , une partielles formes, pures A lamaliére s!unîrent si intimement^ que leur alliance est indissoluble. Jéfome a écrit que les anges ont été créés long-temps'avant la formation de l'autre monde , mais la vérité que je te fais connoîlre, a été publiée plusieurs foi% par les écrivains de l'Esprit saint, et tu t'en'
CHANT XXIX. i85
convaincras , si tu apportes à cette recherché une attention soutenue. La raison seule t apprend que les moteurs universels n^ont pu exister si long- temps dans un état dSmp^fection : tu sais donc où , quand , et comment ces amours sacrés ont été créés. Voilà trois doutes qui sont éclaircis. A peine créés, une partie des anges se révolta. et mit le trouble dans vos élémens. L'autre partie , fidèle, commença à se livrer à ce mouvement continuel que tu vois avec tant de plaisir. La cause de la chute dés premiers fut Torgueil de celui que tu as vu gémir sous le poids de l'univers. Ceux qui sont ici , plus modestes, reconnurent l'effet de la bonté qui les avoit élevés ; la lumière de la gloire divine les exalta encore davantage , et %s jouissent d'une volonté ferme et entière. Je veux aussi que tu croies que c'est leur mé* ^
rite et leur véritable affection qui les ont rendus dignes de cette grâce. Maintenant, si tu as bien Compris mes explicatfons , lu peux contempler librement ces hiérarchies divines.
» Comme dans vos écoles, on lit que la .'nature angélique est telle, quelle a , ainsi
j86 XE PARADIS.
que nous, Tentendement , la înëinotre et la volonté , j*ajouterai quelques mots , pour que tu saches qu'avec cette définition p^u exacte , on présente une fausse interprétation. Ces substances , dès qu'elles comm^-* cèrent à jouir de la vue de Dieu , ne cessèrent de fixer* leurs regards sur celui dans lequel k on voit tout. Cette contemplation n'est ja-
T mais interrompue , et leur mémoire, pour
i tout se' rappeler , n'a besoin d'aucun eflbrt.
I LS^bas , on dort en veillant. Quant à la mé-
k moire des anges, quelques hommes croye'nt
à Sa perfection; d'autres n^y croyent pas,
quoiqu'ils enseignent cette doctrine : ces
derniers sont plus**, blâmafiles. En ralson-
"^^ nant de cette manière, vous n'êtes pas dans
é lelNrrai chemin : mais vous êtes égarés par
, le désir de paroitre savans, et par Tambi-
,) tion d'avancer une opinion particulière :
ï A encore tolère- t-on ici cette faute avec plus
de facilité-, que celle dés hommes qui rejet- }f¥ tent la sainte Ecriture , ou qui^sent la mal
-< expliquer. On ne pense pas à, ce qu'il en a
ij coûté de sang, pour la répandre dans le
monde, et combien plaît celui qui marche humblement avec elle. Chacun s'applique à se
CHANT XXIX. i8f
montrer au grand jour , cite ses inventions, y reyient avec affecta tîon^, et fait taire l'évan^ gile. L'un dit que la lune , au moment de la Passion du Christ, retourna en arrièr^net obscurcit la lumière du soleil; un autre, que la Ifimière se caeha d elle-même, et que ce|4e éclipse fut commune aux Espagnols , aux Indiens et aux Juifs. On débite en chairer,,tous les ans , p]|ps de. j^es sortes de fables , qu'il n'y a à Florence de citoyens qui porteht le même nom. Les brebis ignorantes reviennent à jeun de la pâture , et leur ignorance ne les*excuse pas. Jésus-Christ n'a pas dit à ses ap6tres : Allez , et prêchez au mbpde des fables ; il leur a dûjjiné un texte plus noble , et ils eîk ont été si, pénétras, que l'évangile leur a offert toutes les armes nécessaires, pour combattre leurs ennemis , et pour étendre la foi.
» On emploie aujourd'hui des mots burlesques et des bouffonneries ; et ^ qujind en prêchant, on a fait rire , pn enfle orgueilleusement son capuchon , et on se consente d'un si déplorable succès. Mais ces Hommes pervers sont le jouet d'^n malin esprit que k vulgaire n'aperçoit pas^ S'il le voyoit , il
i88 LE PARADIS.
connoitroit la valeur de ces indulgences sollicitées si inconsidérément, qu'on ne demande pas au nom de qui, et par quelle aptprité elles sont ^qiccordées. C'est ainsi que saint Antoine engraisse son porc; c'est ainsi qu'agissent bien d'autres qiie j'estime moins que cet animal , et qui payent en fausse monnoie. ' .
» Nous nous som mc^ trop é|pigoés de notre sii^t*, réprenons la vraie route, et regagnons le temps que nous avons perdu.
» La nature angélique se multiplie tellement de degré en degré , qu'il n'est pas de termes pbur exprimer le nombre des anges; et , si tu te souviens des oaroles de Daniel , tu verras que daris le nombre qu'il ^ite, il ja'entend pas les compter tous. La première lumière qui éclaire toute cette nature , se répand en autant de portions qu'il y a de lueurs différentes auxquelles elle doit s'unir. L'effet de son amour ^e mesure en raison du plus ou moins de connpissance de Dieu , dont les anges ont l'avantage d'être doués; et la douceur de cet amour ineffable brille diversement en eux. Considère donc ia hauteur et la grandeur de la valeur éternelle q^ui
^JT.
s'est réfléchie dans cette immense quantité d'êtres divers , sans avoir cessé de rester , comme auparavant , dans son admirable unité.
igo LE PARADIS.
ARGUMENT
Le Dante monte a^ec Béatrix dans le ciel £mp3rrée , où il Toit le trioi»plie cUa angtft et det amet bienheureuses.
J^ OTRE monde voit les ombres de la nuit se dissiper, tandis qu*à une immense distance de notre hémisphère, le char éternel se montre peut-être au milieu de sa course ; le ciel alors conimence à perdre Téclat de ses étoiles, qui disparoissent tout-à-fait , quand Taunye , avant-courrière du soleil , annonce qu'il va s'élever surl'horizonicefut ainsi que le triomphe des anges, qui se réjouissej^t autour de celui qui m'avoit ébloui, disparoissant comme les ombres de la nuit , se renferma daqs le point qui contient l'univers, et s'évanouit peu à peu à mes yeux. L'état où je me trou- \ois y et mon amour , me déterminèrent à
CHANT XXX. igi
tourner mes regards vers Béatrix. Je rëiinirois ici tous les éloges que j'ai donnés à cette femme divine , qu'ils ne suffiroieut pas pour célébrer sa beauté céleste. Elle surpassoit celle 4e toute créature , et Dieu seul peut ]a contempler toute entière. Je me^confesse vaincu par mon sujet, comme aucun auteur et aucun poète n'ont pu 1 être jamais. De même que l'œil qui ne peut regarder le soleil, cherche , en se fermant à moitié, à eit diminuer l'éclat , mon esprit , incapable de se rappeler le sourire enivrant de Béatrix, essaie d'affoiblir en moi ce même souvenir. Depuis le premier jour où je Tavois vue dans cette vie mortelle , jusqirà ce moment , il ne m'avoit pas été impossible de bien chanter ses charmes ; mais désormais il faut queie n^spère plus la célébrer dignenaent dans mes vers, et que j'imite l'artiste qui renonce k SOB travail , lorsqu'il l'a porté au degré de perfection auquel il lui est permis d'atteindre. Celle do|it j'abandonne l'éloge À une voix plus harmonieuse* que la mienne, p^rcê que je dois^d'ailleurs mettre fin à mon en* treprise périlleuse , commença à parlert^ainsi avec les^gestes et la voix d'un guide expéri*^
tgù XE PARADIS.
mente : a Nous sommes montes du plus grand des corps célestes à celui qui n'est que pure lunlière, lumière intellectuelle , pleine 3'a^ mour , amour du vrai bien , rempli de joie, joie qui surpasse toutes les félicités. Tbi , tu trouverfRs les deux milices du paradis. La dernière est déjà revêtue de la splendeur que tu verras au jour du dernier jugement. »
Un éclair subit nous empêche de distinguer les objets les plus grands ; de même une lueur éblouissante m'environna d'un tel éclat , que je ne pouvois plus rien distin* guer. Béatrix me dit : « L'amour qui règne dans ce ciel, accueille ainsi ceux qui s'y présentent, pour les disposer à concevoir la grandeur de sa gloire. » A peine eut-elle achevé , que je me sentis élevé au-dessus de mes premières facultés , et j'acquis dans la vue une telle force, qu'aucun éclat ne pouvoit plus m'éblouir. Je vis une lumière , en forme de fleuve , qui brilloit entre deux rives ornées des fleurs d'un a4mirable printemps. De ce fleuve sortaient des étincelles qui se mêloient à ces fleurs, et leur donnoient Téclat de rubis entourés d'or: mais biefhtôt ces étincelles , comme enivrées d'une odeur
GHANT XXX. 195
,«86 rejetoient successivement dans le fleuve merveilleux , tandis que d'autres en sortoient à leur tour, . Le soleil de mes yeux me dit alors : « Tu Inrùlies de comprendre ce que tu vois : ton désir me channe ; mais , avant que je te satisfasse, 4* faut que tu boives de cette eau. » Beatrix ajouta : « Ce fleuve , ces topazes qui en sortent et qui y rentrent , ces rivages émaiUés de fleurs, sont Femolême qui te cache la vraie béatitade de ces esprits. Ce n e^ pas que. ces choses soient difficiles à comprendre ; offàs ta vue n'a pu encore rien côn^dëre^ d'apssi élevë. »
II a'est'pas d'enlant qui ^ en se réveillant, après avoir dormi plus que de coutume , ne se précipite sur le sein de sa mère, plus rapf4^méht que je ne me baissai pour fortifier ma vue, en'^buvant de cette onde qui nous l'end plus parfait^. A peine en eus-je goûté ^ que ce fleuve, ^ui étoit long d'abord , me parut arrondi; et, de même que ceux qui sont sous le masque , en se dépouillant de leurs déguisemens , n'offrent j^Ius'les mêmes traits ,. ainsi les fleurs et les étincelles changèrent de forme, et je vis les deux cours du
ciel présentes à mes yeux. O spleadasr de Dieu, ^ui m'as laissé voir le triomphe du royaume véritable , donne-moi la force de dire ce que j*ai vul Là-*haut est une lumière, par l'effet de lamelle le créateur est rendu visible pour la créature qui met son bon^ heur il le voir. Elle s'étend en fbicme circulaire , tellement , que sa circonférence ex* cède celle du soleiU Ce qui.apparoit de cette lumière est un rayon de Dieu , réfléchi siir la partie supérieure dti^premier mobile , qqi en reçoit sa force et sa puissance ; et^ comme un coteau dont le pied est^-baigné par une rivière ,s*y répète avec Wherbes et les flfprs qiii le recouvrent , de même je .vis toutes les âmes qui ont obtenu la vie bîenheiyreuse , répandues sur plus de mille degrés, sç répéter dans cette lumière : et , si^ la partie inférieure présente tant d*écrat, ^e ne doit pas être celui de cette rosç, à Textr^mîté âe ses feuilles! Ma vue ne s'égj^roit pa|^; elle en embrassoit la longueur et la hauteur , qqè Ton distingue facilement , à. quelque distance qu'on se, trouv^. Les lois ^e la nature sont vaines , là où Dieu gouverne immédiatement.
CHANT XXX, tgS
Bëatrix ^ s'apercevant que , malgré mon silence, je dësiroîs cependant interroger, me dit de fixer ma vue sur le calice de la rose éternelle , qui s'étend , se divise en degrés, et exhale une odeur de louanges pour ce printemps qu'on ne voit jamais finir. Elle ajouta : ce Remarque combien est grande la réunion de ceux qui sont vêtus de blanc ; vois tous nos degrés si remplis , qu'il reste peu de places à occuper. Dans celle que tu considères maintenant, et qui est surmontée d'une couronne , s'assiéra avant que tu reviennes ici , l'ame du grand Henri , qui obtiendra le titre d'Auguste sur la terre , et qui rétablira la paix en Italie, quoique cette contrée soit peu disposée à la recevoir. La passion aveugle qui vous domine, vous fait ressemBler au nourrisson que la faim tour^ mente, et qui ne veut plus voir sa nourrice. Alors sera élevé sur le saint siège un homme qui contrariera les vues de ce monarque , secrètement ou à découvert. Mais cet honune ne sera pas long- temps toléré de Dieu ; il sera jeté là où a été précipité Simon le Magicien , et par<des8us celui d'Anagni , qu'il poussera plus profondément dans Tabime. »
0^^^t09m^%m^M^%^^^^^MM^^^^^^^^M^m^^%^^%iw^^9t^^^0^<ifg^i)^^
ARGUMENT
Le poète continue de décrire les deux cours célestes : îl raconte ensuite que Béatriz , ayant été reprendre sa place parmi les bienheureux , envoya près de lui S. Bernard pour lui montrer la gloire de la vierge Marie.
Ju A sainte milice , rachetée du sang de J. C. , se montroit à moi sous la forme d'une rose blanche. L'autre milice , qui en volant autour de Dieu chante , voit la gloire de celui qui l'enflamme , et célèbre la bonté qui l'a tant élevée, semblable à un essaim d'abeiiles qui s'attachent aux fleurs, et vont porter à la ruche les produits de ce premier travail destiné à acquérir une si douce saveur , tantôt descendoit sur la fleur divine ornée de tant d'ames bienheureuses, et tantôt remontoit vers le point où séjourne leur amour.
Leur figure e'toit rouge coranje une vive flamme ; leurs ailes étoient d'or, le reste de leurs formes , plus blanc que la neige. En descendant sur la rose , de degré' en degré , ces esprits lui communiquoient la paix et l'amour qui les enivroient au milieu de leur vol , et le grand nombre de ces substances qui ëtinceloient «ntre Dieu et la fleur , n'empéchoit pas qu'on ne vît toute la splendeur dp maître du monde. Sa lumière pénètre sans obstacles dans tous les corps , suivant qu'ils en sont plus ou moins dignes. Tout ce royaume joyeux et en paix , peuplé de saints du nouveau et de l'ancien Testament , avoit la vue fixée sur un seul point. O lumière des trois personnes divines , qui , en brillant aux yeux des bienheureux , comme une seule étoile , leurdonnes tant de félicité , daigne abaisser tes regards sur ce monde de ruines et de tempêtes f Si les Barbares arrivés de cette plage où l'on voit Ca-^ listo se mouvoir avec son fils qui lui est encore si cher , étoient frappés d'étonnement devant Rome et ses magnifiques monumens, lorsque cette ville étoit la plus belle de l'univers , de quelle admiration ne devois-je pas
j» ■^ — T-i^-.Tew ^.^.^-M
igS LE PARADIS.
être rempli , moi qui veDois de passer de la nature humaine à la nature divine , du temps à réternitë, de Florence au milieu d'un peuple juste et pur ! Dans cette surprise mêlée de joie , j'aimais à ne m'occuper d'au* cun autre objet , et à garder le silence.
Tel qu'un pèlerin parvenu au temple ^ Tobjet de son vœu, le considère avec délices , espérant déjà redire ce qu'il a vu , tel je portois mes yeux sur tous les points de cette vive lumière. Je contemplois des figures étincelantes qui m'invitoient à la charité , décorées de la splendeur de l'Esprit saint, de celle qui leur étoit propre, et ornées de toutes les vertus. Mes regards avoient déjà embrassé la forme entière du Paradis, et je ne m'étoift arrêté sur aucune partie. Je me retournois pour demander à mon guide des explications que je désirois alors. Je m'attendois à retrouver près de moi Béatrix ; ce fut un au^% qui me répondit pour elle. J'aperçus à sa place un vieillard vêtu comme les âmes bienheureuses ; ses yeux et ses traits annon* çoient la douce joie qu'éprouve un père tendre. Je m'écriai : « Béatrix ! où est-elle? » ^ répondit : a £lle m'a envoyé ici pour satist
CflANT XXXI. 199
laire à ton désir , et si tu regardes au troisième cercle du degré le plus haut, tu la verras sur le troue que lui ont mérilé ses vertus. » Je levai* les yeux sans répondre , et je la vis couronnée des rayons éternels qui étoient réfléchis sur elle. Quoiqu'elle fût à une distaqce plus grande que celle qu'on peut compter de. la r^on où se forme le tonnerre, à*la partie la plus profonde de la mer , sa figure descendoit jusqu'à moi sang obstacle. Je lui adressai cette prière : a O femme, en qui j'ai mis toute mon espérance, et qui , pour mon bonheur, as daigné laisser la trace de tes pas dans l'enfer , c'est à ta puissance et à ta bonté que je dois d'avoir vu tant de prodiges. De l'esclavage où me tenoiéht les vices , tu m'as appelé à la li* berté , par toutes ces voies , par tous ces moyens qui étoient en ton pouvoir. Conserve-moi ta munificence , et que mon ame , que tu as secourue si efficacement , te soit encore agréable, quand elle se séparera de son corps ! » Béatrix sourit , me regarda , et continua de contempler Dieu , cette source intarissable de douceur et de félicité. Le vé-» nérable vieillard reprit ensuite , et me dit x
aoo liE PARADIS.
« Tu. dois achever ton aaint Toyage; c'ait pour le protéger , qu'une prière touchante et uQ,amoc[r divin m*ont envoyé vers toi. Porte donô tes yeux sur cejardin. Sa vue te donnera la force de considérer le3 rayons célestes. La reine du ciel, qui m'enflamme d'amour , nous ac^cordera ssk grâce , parce que je suis son fidèle Bernard. »
Comme cet homme accouru de la Croatie, pour voir notre Véronique , ne se lasse pas de l'admirer , à cause de sa grande réputation , et dit en lui-même , tant qu'on la laisse sous ses yeux : O mou Seigneur Jésus-Christ^ Dieu véritable^ c'est donc ainsi qu'on a pu conserver votre sainte face ! tel j etois en admirant la vive charité de celui qui sur la terre a joui , par avance , dans ses contemplations , d'une partie de la paix divine. U continua : a Fils de la grâce, tu ne connoiiras jamais cette félicité , si tu tiens ainsi les yeux baissés. Regarde ces cercles jusqu'aux derniers ; vois-tu la reine à qui ce ciel est fioumis ?» Je levai les yeux ; et comme l'orient est plus éclatant le matin , que la partie où s'est couché le soleil , ainsi m'éievant d'une vallée sur une montagne, je vis une lumière
CHANT XXXI. • aoi
plas étincelante que toutes les autres; et de même qu'insensiblement la partie du ciel où l'on attend le char que Phaétoosut si mal guider, s'enflamme davantage, tandis que les autres parties sont plus obscures, de même cette pacifique oriflamme brilloit au milieu de$ âmes bienheureuses, et de toutes parts surpassoit leur éclat. Autour d'elle , je distinguai plus de mille anges qui sembloient la fêter à l'envi. Cette beauté y qui combloit aussi de joie les autres saints, sourioit à leurs jeux et k leurs chants; et si je savois m'exprimer aussi bien qu'on sait imaginer, je n'oserois pas encore essayer dépeindre la magnificence de ce spectacle éblouiissant. Quand il vit mes regards fixés attentivement sur l'objet de son amour ^ Bernard y âMacha aussi ses yeux, avec tant de tendresse^ qu'il redoubla en moi l'attention avec laquelle j'y avois déjà porté les miena.
aoa LE PARADIS.
ARGUMENT
S. Bernard montre au poète les bienheureaz de Tancieti et du noayeau Testament.
JLb saint adonné à la vie contemplative , et qui étoit si affectionné à Marie , consentit à xn'offrir d'autres explications, et parla ainsi : « La femme si belle que tu vois assise aux secondes feuilles de la rose, est celle qui ouvrit la plaie que Marie a guérie; plO& loin est assise Rachel au-dessous d'Eve. Remarque que Béatrix l'accompagne. Tu peux considérer successivement à mesure que je te les nomme, Sara , Rebecca , Judith, et la bisaïeule de celui qui dans son repentir , composa et chanta le Miserere, Elles se suivent de degré en degré sur la rose, et depuis le septième degré jusqu'en bas, sont
CHANT XXXII. ao5
d'autres femmes juives qui occupent avec les précédentes^ toutes les parties de la fleur. Ces femmes forment la séparation qui distingue les esprits que la foi en J. C, a conduits dans le ciel. De ce côté où la fleur a toutes ses feuilles, sont assis ceux qui cru-* rent que J. C. devoit venir; de l'autre côté où les places en demi-cercles ne sont pas toutes remplies , on voit ceux qui crurent en J. C, venu sur la terre. Dans cette partie, la séparation est encore mieux marquée par le degré oii est la reine du ciel , et par les de^ grés inférieurs. Dans l'autre partie, en face de Marie, est le degré du grand S. Jean, qui toujours saint, vécut dans un désert, souffrit le martyre^ et demeura deux ans en enfer. Au-dessous de lui sont François , Benoit , Augustin , et tant d'autres qui se prolongent de feuille en feuille. Maintenant admire la providence divine : ce jardin sera rempli également de saints du nouveau et de l'ancien Testament. Ceux-ci qui sont encore placés sur la ligne où sont formées les sépa* rations, n'ont pas obtenu ce bonheur par leur propre mérite , mais par celui de quel-> ques autres, et sous des conditions que je
ao4 LE PARADIS.
vais l'expliquer. C'est*là que sont les esprits délivrés des liens corporels avant Tâge de raison. Tu peux t'en apercevoir à leur figure et à leur voix enfantine , si tu y fais attention. Tu as un doute en ce moment , et tu n'oses le proposer ; mais je vais l'éclaircir : dans l'immensité de ce royaume rien n'est soumis à l'empire du hasard , de même qu'on n'y connoit ni la tristesse, ni la faim y ni la soif. Ce que tu vois a été établi par une lot éternelle , et tout est dans de justes proportions : ce n'est pas sans raison que ces enfans qui moururent sitôt, ont obtenu la vé* ritable vie. On entre ici plus ou moins agréable à Dieu. Le roi qui gouverne ce royaume de joie et de félicité , où l'on n'a d'autres désirs que les siens, doue d'une grâce diverse ces différens esprits qu'il a créés suivant son plaisir. Qu'il ie suffise de savoir que telle est sa loi : ce fait nous est démontré dans la sainte Ecriture par les deux jumeaux qui se querellèrent même dans' le sein de leur mère. Mais il convient que Dieu distribue ses bienfaits, en raison de la grâce qu'il veut bien accorder; aussi ces bienheureux , quelles qu'aient été leurs actions^ ont
CHANT XXXII. 2o5,
reçu des places différente^) et leur félicuCé |ir> vient*' des ppemîèïéil^ftvîéurs Àe Dfftu. Après la création , il suffîsoit pour être sauve, qu'on eut l'innocence , et qu'on fût protégé par la foi de ses parens. Après le premier âge de la loi naturelle , il fallut que les eufans mâles acquissent le ciel par la circoncision , et s'élevassent ainsi au Paradis, de leur aile innocente ; mais lorsque le temps de la grâce fut venu, même l'innocence étoit retenue dans les limbes , si elle n'avoit pas reçu le baptême.
» Regarde maintenant cette figure si semblable à celle de J. C. Sa beauté te disposera à le contempler lui-même. » £n effet , je remarquai que cette beauté imprimoit une vive allégresse sur les saints esprits créés pour jouir du droit de s'élever jusqu'au bien éternel. Tout ce que j'avois vu auparavant, n'avoit pas autant excité mon admiration, et ne ra'avoit pas démontré la gloire de Dieu , avec autant de magnificence. Alors l'amour qui descendit sur la terre, étendit ses ailes devant le trône de cette beauté divine , en chantant :
Je Toas salue , Marie , pleine ûâ grâce.
^o6 LE PARADIS.
Dk cour bienheureuse répondit de toutes pa^ts à ce chan{; , en s^aniniant d'une j5ie nouvelle. Je dis à celui qui s'embellissoit des charmes de Marie , comme l'étoile du matin brille des feux du soleil : «c O père saint , qui daignes descendre près de moi ^ et abandonner la place que la faveur éter* nelle t'a marquée, quel est cet ange qui avec tant d'allégresse regarde les yeux de notre reine, et est si embrasé, qu'il paroit tout de flamme ? d L'esprit me répondit : (i II a toute l'innocence et toute la grâce que peut avoir une ame ou un ange , et nous le voulons tous ainsi , parce que c'est lui qui a porté la palme à Marie , quand le Fils de Dieu a daigné consentir à se couvrir de nos dépouilles mortelles.
]» Mais maintenant fais attention à mes pa« rôles, et remarque les chefs de ce pieux et juste empire. Les deux vieillards qui sont les plus voisins de l'auguste souveraine i sont en quelque sorte lés racines de cette rose. A gauche tu vois le père dont la téméraire gourmandise a rendu notre vie si amère; à droite est cet ancien père de la sainte église à qui J» C. a donné les clefs de
CHAHT ÏXXIL ao7
son royaume* Près de ce dernier est celni qui connut avant de mourir , tous les mal* heurs de la belle épouse que N. S. s'est mo quise par son.supplice. Près de l'autre est ce chef sous lequel se nourrit de manne une nation ingrate , indécise et dédaigneuse. Auprès de Pierre 9 tu vois Anne joyeuse d'admirer sa fille , qu'elle ne perd pas de vue, quoique comme toutes les autres, elle ne cesse de chanter Hosanna. En face du pre-^ mier homme est Lucie qui t'envoya Béatrix , quand tu fermois les yeux sur tes bords du pKécj^ice.
«Parce que le temps de ton« sommeil ne cesse de fuir , nous nous arrêterons , semblables à l'ouvrier qui règle et dispose son ouvrage , suivant la quantité d'étoffe qu'il a Rêvant lui.
» Nous élèverons notre vue vers le premier amour, afin que tu contemples sa splendemr, autant que tu le pourras. Ajoute foi à mes conseils 3 tu n'obtiens rien, en croyant faire , par ta propre vertu , un pas cid plus vers cette divine lumière : il faut, en priant, obtenir cette grâce de celle qui peut te seconder ^ans ta^ainte entreprise;
ao8 LE PARADIS.
tu te joindras à mof d*inteiition ; dirige ton cœur vers ce que je vais dire ; » et il commença ainsi sa prière*
ARGUMENT
S. Beraarâ coojure Blàrk de permettre an poète de con^ tempto tonte Tessenice ^vine. Le Dtnte continne de décrite le spectacle qni s'offre à sa me.
* V^iBR££ mère, fille de ton fils, femme modeste , mais élevée plus qu'aucune autre créature,^ terme sacré de la volonté étemelle, tu as tellement ennobli la nature humaine ^ que Dieu n'a pas dédaigné de devenir son propre ouvrage. Dans ton sein a été rallumé cet amour dont les rayons ont donné la vie à cette fleur étincelante. Soleil dans son midi , tu nous embrases d'une ardente charité , tu es la source d'une vive espérance ; ô reine I tu es si grande , tu as tant de puissance, que c'est en vain qu'on recourt à la grâce , si on ne t'adresse pas ses prières; ta bonté n'exauce pas seulement celui qui l'invoque ,
âio LE PARADIS.
souvent elle prévient les désirs. Tu es un prodige de miséricorde, de tendresse, de magnificence ; en toi se réunissent les vertus de toutes les cïéatures.
» Celui que tu vois près de moi , a parcouru le monde y du centre de la vallée infernale, jusqu'à ce haut empire ; il a vu une i une les âmes des esprits qui habitent It ciel. Il t*en supplie y accorde-lui assez de force pour qu^il puisse embrasser la connoissance parfaite de Dieu. Je n'ai jamais désiré ma vision bienheureuse , autant que je souhaite que tu &vorises la sienne. Exauce nés vœux , dissipe par ton assistance puissante^ l'obscurité de ses facultés mortelles, et que Dieu se manifeste à lui de toutes parts* Je t en conjure aussi, 6 reine qui peux tout ce que tu veux , après un tel bonheur , conserve son coeur dans un état de pureté ! que ta prolectioa le soutienne contre les passions humaines ! Regarde Béatrix et tous ces esprits divins , ils t'adressent avec moi la même prière. »
Les yeux que Dieu chérit et vénère , se fixèrent sur les saints intercesseurs , et mon* trèrent que latlemande étoit agréée. Ensuite
CftANt XXXIIt. an
W8 divins i^gards se portèrent vers rintelligence suprême qu'aucune créature ne peut envisager aussi facilement. En approchant ainsi de l'objet de mes vœux , je sentis mon dësir s'éteindre en moi. Bernard, en sou*riant, m'invitoità regarder plus haut; mais déjà je lui avois obéi , et mes yeux pleins d'une nouvelle puissanee penëtroient de plus en plus dans le rayon de lumière où tout est vérité. Qui pourroit décrire ce que j'ai vu ! Cespectacleestau-dessusde toute éloquence ^ et la mémoire se fatigneroit en vain à le re* tracer»
Semblable à celui qui voit en soàge une chose admirable , et qui , à son réveil , en conserve encore l'impression récente , sans pouvoir, se rappeler ce qu'il a vu , je . dois avouer qu'en ce moment ma vision échappe i mon souvenir ; mais un charme vague reste dans mpn cœu^. C'est ainsi que U neige se fond au soleil; c'est ainsi que le vent emportoit les feuilles légères qui contenoient les oracles de la Sibylle. O splendeur éteirnefle , qui te refuses aux expressions des mortels, redeviens une foible partie de ce que tu me semblois être. JLcoorde
a» LE PARADIS.
à ma langue one tdle Tigiieur , qo'dk traHmettre à la postérité aa motus une timrtUt de ta gloire. Ta rictoife sera encore plos éclatante , si tn daignes renrojer quelques ^Knités à ma mémoire , et donner qodqœ noblcsieâcesTers.
Je crois que simes jeox aroient cessé d^étre attachés fortement snr œ qiectacle resplen-> dissant , et s*cn étoient nn moment détour* nés, j^anrois perdu le don ineffiible qui m^étoit accordé , et je me souviens que de^ Tenant plus hardi à soutenir nn tel éclat, je confondis bientôt mes yeux dans Texcellence infinie âe cette lumière.
O grâce abondante , tu me permettois de contempler la splendeur étemelle , où mes regards s^absorboient , et je Tis dans toute aa profondeur , qu'un amour réciproque SToit réuni ce qui est répandu dans le monde : les substances, les accidens et leurs effets j étoient confondus d*une telle manière » que mes chants suffisent à peine , pour en foire conceroir une foible idée. Je crois que j^ai bien consenré 4^uis mon eqprit la forme universelle de ce nœud qui lie tant de substances diverses» et je pense ne m être
CHANT XXXIII. ai3
pas trompé ; car en y réfléchissant , je me sens rempli d'uBéMlouoe joie : cependant le moindre point de temps écoulé depuis ma vision en efface la trace, plus aisément que Vingt-cinq siècles n'e£&ceroient celle de Texpédition des Argonautes^
Immobile et attentif, j'admirois en silence, et je m'enflammois d'une ardeur nouvelle. L'effet de ce spectacle miraculeux est tel , qu'il force de devenir étranger à toute autre pensée. Le bien qu'on désire est tout en cette lumière : hors d^elle , tout est rempli de défauts ; dans elle, tout est doué de la perfection.
Pour décrire ce dont je peux me souvenir, ma langue sera donc plus impuissante qye celle d'un enfant à la mamelle. Cette vive lumière qui est toujours la même , ne me sembipit présenter en elle d'autre différence qu'un éclat toujours croissant pour ma vue qui se fokifioit de plus en plus. Dans le fond de cette vive splendeur, il me sembla que je distinguois trois cercles de trois couleurs qui n'en formoient qu'un seul : le premier étoit réfléchi par le second , comme l'arc-en-ciel se réfléchit lui-même; le troisième paroissoit
s» LE PIKADIS.
vm ira qm fcnloit delà hioûêre des desx «■tres. Qœ OMS piraks aost Tai nés I qn elles sottt loiiilcs ponr cxpriiser ce que je conçois ! et ce qw je coaçois n'est pins rien« si je le covpaie j ce que j*ai tq. O Inmiêre èleraeUe^ €jui ne reposes qnVn loi, qui seole peux l'entendre , et qui , aprf:$ l'éCie comprise « davsBcs fe nKmtier joyensemenl a moi , le second cercle qui brîlloil en loi , et qne In rrflechîssots « lorsqoe je Teos bien coR&dere« WÈe psmt d'one coolenr qnî ap* prociiotldecellede notre corps, et en mênw te^ips n avnrt pas perdu la iicnnc propre* refoîs alors sensblable à ce géomètre cpii sVflbice de nMsnrer le cercle , et cfaerdie en Tain le piiuiipe qnî Inî manqne. Je Totdoîs savoir otMnnwnt la Trinité sainle et iwy potiT<nent s'accorder , et Il s*<ipere Fnnîon des deux nalnres :
ponr comprendre nn tel Bjstere , ma kmctm n'etotent pa» snflkanics ; alors je fni d'une splendnir de la dirîne grâce, et noble désir fat salîsCiïl.
A un te! spectacle mes forces deCûUnenl ; un lel prodi^ ne put se çraTer dans ma mémoire ; et ainsi que deux rooes obms^nt
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à une même action , ma pensée et mon désir dirigés avec nnînéme accord , furent portés ailleurs par Pamour sacré qui met en mouvement le soleil et les étoiles.
FIN DU l^OEME DU PARADIS.
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