‹ Le paradisChapitre 6 sur 18 · X VIE · texte numérisé non relu

X VIE

cette désunion ^ quoiqu'il en résultât les plus grands malheurs pour la chose pu* blique; aussi lès deux factions profilèrent-elles de cette occasion y pour distin*guer davantage leur parti, et elles adoptèrent le nom de Blancs et de Noirs qu'avoient apporté les exilés de Pistoie. Côrso Donati fut reconnu chef des Noirs ^ et Vieri de' Cerchi , chef des Blancs de Florence.

Il étoit probable qu'il naitroit bientôt de grands désordres. Un jour qu'une partie des citoyens de Florence étoit réunie sur la place de Prescobaldi (i), pour as^ sister aux funérailles d'une femme d'une naissance illustre , les Doùati et les Cerchi étoient assis les uns vis-à-vis des autres sur des bancs autour de la place ^ ou à terre sur des nattes de jonc (2). Un* jeune homme assis à terre ^ se leva pour

(1) Vers la fin de Vannée i3oo.

(3) Histoire de M. Sismondi ^ iom. rv^ pag. m.

-DU DANTE. xxij

arranger son maateau; ceux qui étaient p]acés en face de lui , crurent qu'il avoit l'intention delesatUquer^ettirèrentlear épée. Les plus voisins du jeune komme se levèrent en même temps pour le défendre , et il s'engagea un combai qni dura quelque temps. Les principaux personnages des deux partis parvinrent cependant à séparçr les combattant.

Florence étoit alors gouvernée par six prieurs , et on autre citoyen qui étoit appelé le goaf^Ionnier, ou porte-ét«idard de la J4slice. Les prieurs logeoient ensemble dans an palais appelé le palais de la Seigneurie, aujourd'hui nommé Palasao feccÂio.-oa les fàisoit manger à la même table aux frais de la République, et p^idant les deux mois que duroient leurs fonctions (i), on ne leur permettoit pas -de Boptir de ce palais, qui étoit à la fois une prison pour eux et une for-

( i) Histoire de M. ^^ondj « toi». IV, pa^' ^^<

xxxij VIE

teresse pour TEtat Nerli dit dans ses com« mentaires^que ce palais n'avoit été coni'mencé qu'en 1298, et qu'on l'avoit bâti dans les environs des maisons des Uberti et d'autres familles Gibelines , mais que pour ne pas employer le terrain sur lequel avoient été construites ces maisons

des ennemis de l'Etat^ on avoit donné à ce palais la forme irrégulière qu'il a encore de nos jours (1).

Le Dante étoit en ce moment au nombre des prieurs. Il étoit soupçonné de £sivoriser les Blancs , c'est-à-dire le parti des Cerchi^ quoique par sa femme ^ qui étoit une Donati , on eût pu croire qu'il étoit dévoué au parti des Noirs ; mais il étoit mécontent de son épouse ^ et vivoit en mauvaise intelligence avec elle. Affligé des troubles dont il étoit témoin , il osa proposer à ses collègues d'exiler le mémo

(1) lliustrazione Istorica del Palazzo della Signoria. Ragionamento di Modesto Kastrelli. F1<h rence, 1792 ; ii^*8* P^g* 2J*

DU DAT7TE. txtii}

jour, et par la même s^teoce, W cliëà des deux partis. En p£Eet ^ les Frîeunt oon^ damnèrent à la fois à l'exil messef* Corso Donati» messer Giii Spini, messer Giochinotto de' Fazzi , et messer Rosso délia Tosa y partisans des Noirs; et du côté des Blancs, messer Gentile et Torreggiano de' Cerchi , Guido Caralcanti , Baschiera délia Tosa , Baldinaccio Adimari y et Naldo Gherardini (i). Mais les Prieurs, dit M. Sismoadi , ne conseivèrent pas long -temps l'apparence d'impartialité qu'ils avoient affectée. Sur la demande dd Guido Cavalcanti >' poète très-rffliommé de ce temps, et qui étoit tombé malade à Sarzane, oik on l'avoit exilé, ils permirent aux Blancs seulement de rentrer dans Florence , d'oà n'étoit pas même sorti uzk seul instant Vieri de' Gerchi , chef de tout ce parti.

La Tolonté des Prieurs ne pouvoit pas'

(i) Vie du Daate, par Lconard Bmm d'AreaWf

jçxxîv , VIE

être long- temps respectée, parce qn'il$ ne posfiédoient cette charge que pendant deux .mois. Le Dante et ses collègues ne dévoient g^der le Priorat que du 1 5 juin au 1 5 août de la même année iSoo (i). lies Noirs réclamèrent auprès des Prieurs qui entrèrent en charge le i5 août, et pour appuyer leurs prétentions. Corso Donati quitta Ferugia où il avoit été exilé , et se rendit à Rome auprès de Bo« nifece VIII.

Dès ce moment, les Guelfes les plus ardens s'associèrent avec les Noirs; les Blancs grossirent leur parti de celui des Gibelins qui étoit répandu dans toute ritalie, et la guerre recommença avec plus d'acharnement Charles de Valois, appelé par les Noirs , entra en Toscane , à la tête d'une foible armée , que ce parti s'empressa de renforcer : mais alors il

(i) Vie du Dante, parTirabbschi, mise en tête de la belle édition de la Divine Comédie, donnée par M. Portirelli. MUan , i8o4*

DU DANTE. xxxr

n'entreprit rien contre Florence , parce que des intérêts politiques Tappeloient auparavant à Rome , et à Anagni , auprès de Charles ii, roi de Naples. Quelque temps après, Charles de Valois, assuré des dispositions de ses partisans qui étment très-nombreux , s'avança vers Florence , dans l'automne de |3oi. Les Prieurs qui gouvemoient alors cette ville étoient des hommes paisibles , et qui ne donnoient de soupçon à aacan parti. Ils permirent à Charles d'entrer dans Florence. Ia réception qu'on fit à ce prince fut trèsbrillante : la Seigneurie n'épargna riea. pour qu'il eût lieu d'être satisËût des Florentins, li avoit porté sa troupe k 800 chevaux; les habitaos de Peragia l'avoient accompagné avec aoo hommesd'armes (1^ )es Lucquois avoient envoyé des troupes A sa rencontre pour le féliciter.

Les Noirs sentirent leurs espérances et ~

(i) Histoire de M. Sismondi, toiii.ïT, pag. isS.

Mtvj VIE

leur animosité renaître; ils commencé^ rent à insulter les Blancs , et à solliciter publiquement la permission d'habiter à Florence , comme ces derniers. Vierî de' Cerchi n'avoit en même temps ni le talent^ ni l'activité^ ni l'esprit nécessaire pour conduire son parti. Corso Donati et tous les exilés de la faction noire obtinrent bientôt leur rappel , qu'on auroit dû leur accorder quand on avoit permis aux Blancs de revenir à Florence.

Vers la fin de la même année iSoi, le Dante avoit été envoyé à Rome avec le titre d'ambassadeur, pour régler quelques différends qui divisoient le Saint-Siège et la République. Ce qui paroissoit devoir le sauver des persécutions , fut malheureusement ce qui le perdit En remplissant des fonctions honorables qui ne lui permettoient d'agir au nom d'aucun pai*ti il montra imprudemment trop de parti; lité pour les Blancs , auxquels Boniface i Charles de Valois avoient déclaré ui

DU DANTE. «iTij

guerre mortelle ; et ainsi de Guelfe qu'il avoit été autrefois, comme toute sa &mille, il se trouva engagé dans le parti des Gibelins, qui protégeoit eu Toscane celui des Noirs.

Le commencement de l'année iSos fut signalé par de nouveaux troubles à Florence. Corso Donati , aidé de Charles, accusa les Blancs de trahison ; et le 37 janvier , à la suite d'une révolution sanglante et du pillage des maisons des Cerchi , Cante de' Gabrielli , Fotesdat de Florence , en remplacement des Prieurs , condamna à l'exil plus de six cents citoyens du parti de ces derniersL Le Dante,qui résidoit encore à Rome, fut particulièrement condamné à une amende de 8,000 livres , à deux années d'exil , et enfin à la confiscation de tous ses biens, s'il ne payoit pas cette somme. La sentence ( I ) est un mélange ridicule d'italien

(1) Voici le texte de cette scotence : Omdmnationesfacte {«k ) per nobilem et po*

xxxvîij VIE

et de latin, a O semble^ dit M. Sismondi^ qu'on ait choisi à dessein le langage le pins barbare^ pour Tarmer contre le poète qui fondoit la littérature italienne. »

ientem mi/item, dom. Cantem de GabrieUia Po^ Uàtatetn Florentie MCCCII. XXVII januariL il y a d'abord plusieurs noms ; on lit ensuite s Dom. Palmerium de AUopUia de Sexiu Bur^

DjiNTEM ALLjiGHBnil de Sextu SanctiPeiri Mnjoria ;

JLippuni Becchi de Sextu UHrami;

Orlandinum Ot landi de Sextu Porte Domus,

jiccua tti dalla fama publicà , e procède ex qfftcio ut aupra de primis , e non viene a partie colari se non che nel priorato contradisaono la venuta doniiniCaroli, e mette chejecerunt barat» ieriis , et acceperunt quod non licebat, vel ali^ ter qiiam licebat per legea y etcœt* In lieras octo millia per uno , et si non soherintfra certo iem-^ poy devaatentur et mittantur in commune^ et si soldèrent y nihilominus pro bono pacis stent in exilio extra fines Tusciœ duobus annis. (Hîstoîn des RëpubL italiennes, par M* Sismondi , tom. lY p<^g. 188 et 189.)

DU DANTE. xxxii

Le Dante ayant appris cette rérolatioa, partit de Rome sur-le-champ , et vint à Arezzo rejoindre l«s exilés de son parti ; maisleio mars de la même année , Cante de* Gabrielli rendit une autre sentence encore pli)s terrible qui condamnoit le Dante et quelques autres Blancs à étra brûlés vifs, si jamais ils tomboient au pon- Toir de la République de Florence. Ccttft seconde sentence a été long-temps inconnue : ce n'est qu'en 177a, que M. le comte Sayioli l'a découverte dans les archivâsde Florence ; elle a été publiée pour la première fois par Tiraboschi , et n'a jamais été imprimée dans aucun ouvrage français. Elle est rédigée en latin un peu plus pur que celui de la première sentence (1).

(1) Je Tais offrir ici ce monument de la aévit^ de Florence contre ce poète malheureux qui depuis a tant illustré sa patrie.

Nos Cante de Gabriellibut de Mugubio Poleataa cifitaiM Flareatie ùtfrtueriptain condeaui»'

Fendant qaelqae temps y le Dante n'a« bandonoa pas la Toscane : il est probaUe

^ ! Il» ' ■ I

ifûi^ aummam danuu et proferimus in fiunc

frpodum:

J^ominum Andream de Gherardinis.

Dominum Ixipum Salterelli judicem»

Dominum Pahfierium de AltovilU*

. Dominuin Donatum j^lbertum de Sextu Porte

JDomus*

Lapum Dominici de Sextu UUrarnu Lapum Blondum de Sextu Sancti Pétri Ma^

Joris.

Gherardinum Diodati popuïi S. Martini

ipiacopi.

Cur$um domini Alherti RiètorL

Junctam de Biffolis.

Lippum Becc/ii.

' Djntem Alligribrii.

' Orlanduccium Orlandi.

Ser Simonem Guidalotti de Sextu UUrami.

Ser Ghuccium, medicuiny de Sextu Porte JJomua.

Guidonem Brunum de Falconeriis de Sextu S. Pétri.

Conira quoa proceeaimus, etper inquisitionem

ex noetro offiçiQ et curie noêtrefactam euper eo eu

DU DANTE. Jj

ï^u^en i5o4, il fut du nombre de ces Blancs încoasidérés qui entrèrent à FIo-

«X eo quod ad aurea noatraa et ipaiua curie nottre pervenerit J'ama publica précédente, quod ctan ipti et eorum quilibet nomine et occaaioite baracteriarum iniquarum, exlortionum , et iUi~ titorum lucrorum fuerint condemnati , ut in ip- «M condemnationibua docelar apertiua , condemnatimiea eaadem ipai vel eorum aliquta termina aaaignato non aolverint. Qui omnea et singuîi per nuntium comunia Florentie citali et requi~ aiti fuerunt Ugiptime , ut certo termina .jam elapao mandatia noatria pariluri venire debe* rent , et ae à premiaait inquiailione protinua excusarent : qui non venienlea per cîarum cla~ riasimi pubîtcum bapnilorem poauiaae in bap^ num comunia Florentie auùacritarunt (tic) in quod incurrenlea eoadem abaentia { aie } coiitumacia innodavit , ut hec omnia noatre curie le^ tiua acta tenent, ipaoa et ipsorum. quemîibet ideo habitoa ex ipsorum conlumacia pro confeaais, êecundum jura alatutorum et ordinamentorum comunia et populi civitatia Florentie et ex vigor* noatri arbitra, et omni modo et jure, quibua ilteliua poaaumua, ut ai quia predictorum ulla tempore infortiam dicti comunia pervenerit ^ tcf

ilij VIE

rence ^ à Timproviste ^ mais qui ne pu-^ rent s^ maintenir. A la fin de cette année , il alla à Vérone auprès des comtes de la Scala qui l'accueillirent avec bienveillance et le comblèrent de bienfaits.

En i3o6^ il se trou voit à Fadoue; en 1 3o7 , dans la Lunigiane , auprès du marquis Morello Malaspina qui le traita avec amitié. Le Dante lui dédia en reconnois^

lU penfenUnê, IGNE combuhatur sic QVOD MORIJTUR in hiia êcriptis aenienHaUier con'^ demnamua,

Lata j pronuntiata , el promtdgata fuit dicta condemnaiioniâ aummaper dictum Cantem Po^ teatatem predicium pro tribunali aedeniem in conailio generali cii^itatia Florentie, et lectum per me bonorum notarium aupradicium , auh anno DonUni mileaimo iercenteaimo aecundo , indictione XV. iempore domini Bonifatii pape ottavi die decimo menaia martii, preaentibus teaiibua aer Maaio de Eugubio y aer Bernardo de Camerino notariia dicti domini Poteatatia , et pluribua aliia in eodem conailio exiatentibuf» (Edition du Dante par M. Portirelli^ tom. i^ pag. xxxTÎ) et xxxTÎij. )

DU DAKTE. xluj

sance la deuxième partie de sa Divine Comédie; mais il eut l'occasioa d'y faire dans la suite des additions considérâmes. Vers 1 5o8 , il revint à Vérone auprès de ses premiers bienfaiteurs; et il com mença. à &ire des démarcKes suivies pour obtenir la révocation de sa sentence d'exil. Il écrivit une Jettre touchante qui commençoit ainsi : Popide mee^ quidfeci iibi?{i) En vain alors les seigneurs de la Scala lui offrirent de lui donner publiquement la couronne de poète ; il la refusa en disant qu'il ne vouloit la recevoir que dans sa patrie. 11 fait allusion à cet espoir au commencement du cliantxxvdu Paradis.

On n'est pas bien d'accord sur l'époque précise à laquelle le Dante vint à Paris. Suivant Bocace, dont Rirarol adopte l'opinion , et suivant Jean Villani , le poète est venu dans cette ville après son exil, de i3o8 à ]3i2. Benvenuto

(i) Vie du Dante, par Léonard Bnmi d'Aresso.

tliv : VIE

dlmola y aateur qui a écrit vers i58g , est du même sentiment Tiraboschi ne manifeste pas d'abord à cet égard une opinion positive ; cependant il paroit droire plus bas^ que le Dante est venu à Paris en iSi i. Un passage de Jean de Serravalle, évéque de Fermo(i), tend

(i) Anagorice dilexit ( Dantes) theologiam êocram, in qua diu studuit iam in Oxoniis in regno Anglie, quant Pariaiia in regno Frantie* Ht fuit bachalarius in univeraitateParisiensiy in qua legit se ntentiaa pro forma magisterii; legii biblia : reapondit omnibua doctoribua, ut moris eat, et fecit omnea actua^ qui fieri debent per docloranduni in aacra theologia. NihU reatabat fieri niai incçptio ^ aeu conveniua ; et ad incipiendum aeu faciendum conyentum deerat aibi pecuniapro qua acquirenda rediit Florentiam ^ optimua artiata, perfeciua theologua. Erat nobilia proaapia y prudena in aenau naturali prop» ierque acilicetfactua fuit Prior in palatio populi Florentiniy et aie cepit aequi officia palatii , et neglexit atudium, nec rediit Pariaiia.

Plus bas Serravalle ajoute : Danlea ae in juveniute dedii omnibua artibua liberalibua, atudena

DU DANTE. th

à prouver que le Dante est venu à Paris dans sa jeunesse , conséquemment avant son exil; qu'il reçut le grade de bachelier dans l'université de cette ville , et qu'il alla même jusqu'à Oxford daos la Grande- Bretagne. Ce passage est extrait d'un commentaire sur la Divine Comédie , que Serravalle composa à l'époque à laquelle il assistoit au concile de Constance.

En général» ce point d'histoire n'est pas bien éclairci.

Il est certain que le Dante parle de Paris comme d'une ville qu'il a connue, et dont il a gardé le souvenir. On verra dans les notes, pag. a83 , qu'il n'avoit pas oublié méine leziom de la rueduFouarre,

eaa Padue, Bononie, demum OxoniU et Pari- »iia,ubificit muliw actua mirabiles , in tantum qubd ab aliquibus dicebatur magnus philoaophua , ab aliquibua magnus theologua , ab aliquibus mcignua poêla. (Vie du Ddnte, par Tiraboschi, jointe à t'ëditioa de M. Portirellî A.é)k citée.)

xltj VIE

où étoient les écoles de Funiversîté. Le poète paroît pénétré d'une haute estima pour ce corps respectable qui méritoit déjà la grande réputation dont il a joui depuis ; Thommage désintéressé du Dante a dû contribuer à augmenter la gloire de cette institution qui se perd dans les premiers temps de la monarcliie^ et que nous voyons aujourd'hui honorablement réta* blie^ et dirigée par un des plus célèbres littérateurs de TEmpire.

Les auteurs présentent aussi beaucoup de contradictions à ceux qui s'efforcent de bien connoitre le nom de la ville où le Dante a composé son poëme. Autrefois^ dit Tiraboschi, les villes de la Grèce se sont disputé rhonneur d'avoir donné le jour à Homère. L'Italie a offert long^temps le même spectacle relativement aux ouvrages du Dante. Toutes les plus célèbres villes de cette belle partie de l'Europe se sont envié la gloire d'avoir vu naître la Divine Comédie. Florence ^ l'ingrate Flo-*

DU DANTE. xW4

roioe veut qu'il ait composé les sept premiars chants de l'ËiUer, de lagS à i3oo, et cite l'autorité de Bocace et de Benve- Dato d'toola. Vérone, si l'on en croit Ma£fei , est la ville où le poète s'est le plus occupé de cet ouvrage. Une inscriptioo trouvée dans la tour des comtes Fal- -cuoci à Gubbio, sembleroit faire croire que le Dante a écrit dans cette ville une partie de son poème. Une autre inscription placée dans le monastère de Santa- Croce de Fonte Avellana , près de Gubbio ) revendique cet Honneur , et on montre dans ce couvent les chambres du Dante. Enfin , continue Tiraboscbi , les uns assurent que la patrie de ce poëme est la ville d'Udine, et le château de Tolnaino dans le flioul , d'autres nommant la ville de Rayenne. Le chevalier Jo«eph Valérien Vannetti prétend que (e San te a travaillé àsa Divine Comédie dans le territoire de Trente. Le sentiment de Tiraboschi est qu'il l'a commencée avant

ilviij VIË

son exil ^ et qu'il Ta finie ayant la mort de Henri vu en 1 3 1 £[• Je crois cependant ^ en admettant la première partie de Topi^^ nion de Tiraboschi y que le Dante a re* touché son poëme jusqu'au dernier mo»ment de sa vie^ en iSâi. On y lit des passages qui doivent avoir été composés à une époque évidemment postérieure à celle où mourut Henri vu.

Cet Empereur y appelé en Italie par le parti des Gibelins fortifié de celui des Blancs de Florence, mourut le 25 août 1 3 1 3 , à Buonconvento près de Sienne. lÀlors toutes les espérances des Gibelins furent détruites. En i3i5, suivant Pelli, la sentence d'exil du Dante fut de nouveau confirmée. Il est probable qu'alors toute sa Divine Comédie devoit être connue y et il s'étoit fait par cet ouvrage un ^rand nombre d'ennemis dans sa patrie.

iVérs ce temps , il se rendit à Ravenne , auprès de Guido Novello da Polenta, protecteur magnifique des arts , dit Bo*-»

DU DAWTE. iM

cacec Guitlo employa le Dante dans plusieurs aSRtires , et Tenvoya en ambassade k Venise vers i3ao. On. assure que le poète eut quelques dégoûts dans celte ville. Revenu à Ravenne en 1 3 3 1 > il y mourut le jour de Sainte-Croix Je septembre, âgé de plus de cinquante-six ans.

BocaceetManettirapportentque Guido Novello fit élever la même année un tombeau destiné à recevoir les dépouilles mortelles du Dante. En i ^83 , Bernard -Bembo,. gentilhomme vénitien (i), pèiro du célèbre cardinal Pierre Bembo, peti-^ ^dant qu'il étoit podestat de Ravenne , fit reconstruire ce tombeau sur un dessia plus noble et plus riche , et ordtmna qu'on gravât cette inscription mr ui)& pierre placée à dt'oite du inonu'ment :

Exiguï tamuli Danthra hic sorte jac«bas , Sqaalleati nalli cognîte pcme ailu.

(i) Vie do Dante, pacGioTan Mlwîo erescim* benî.

l VIE

Ac nunc marmoreo subnixus conderis accu;

Omnibus et cullu splendidiore mtesé Nimirum Bembuslnusis incensus Etruscis,

Hoc tibi quem in primis , hse coluere ^ dédit.

Ann. sa]. iccccLxxxiii vi kal. iVN.

Bernardus Bembosere suo posuiL

Au-dessus du mausolée dans une cou-»

tonne de laurier , on lit :

Virttiti et honori.

Au bas du tombeau on trouve Tépita- 'phe que le Dante avoit composée pour lui-même.

Jara monarchise^ superos^j)hlegetonta, lacusque Lùstrando cecini , voluerunt fata quo usque. Sed quta pai^ cessit melioribus hospita castris , Auctoremque suum peiiit felicior astris.

Hic claudor Danthes, palriis exlorris ab oris, Quentigenuit, parvi Florentia mater amoris.

Tout le travail de ce tombeau est de Pietro Lombardo, sculpteur distingué à cette époque.

En 1 780 , M. le cardinal Valenti Gon-

DU DANTE. Ij

saga>Jëgâtâe'HaTenna, aifàit élérer ail Dante un tombeau jRocare.-plas magnifi-»

que. La descriptioQ de ce .tombeau a étâ imprimée à Florence aTCcun grand luxe' de typographie.' ;

Bocace , dans le portrait qu'il &it dit Daate , le' représente comme un homme poli , prévenant , a&ble , d'un extérieur noble., mais quelquefois sévère. Jean Villanî soutient, au. contraire, qu'on eut souvent à reprocher à ce poète un ton présomptueux , orgueilleux et dominateur.' Dominique d'Arezeo assure qu'il étbit trop libre dans ses propos , qu'il avoit le ton satyriqne et mordant, et qu'on ne pouvoit pas vivre long-temps avec lui en bonne harmonie.

. Benvenuto d'Imola parle ainsi du caractère du Dante. Il dit qu'il tomboit dans des distractions fréquentes, qui l'iioloient souvent de la société où iJ se trou- Toit Le même écrivain raconte que le Dante ayant trouvé à Sienne dans la bou-:

llj VIE

tiqited^tm JphannâcdeKiTiii livretqnMl avoiê en vtdw cfaerohè :depui8 long-temps^, il ^aitajcha àl le lic& ainec attention y quoi-^ qu'asskjsor un: banc incommode > et ne s'aperçut pas, même pendant pltisieun* linuress qu^une^foule^onsidérable attroupée idansi la rue attendoit une noce dont lai magnifioenoe avoit attiré toute la ville. Le Dante étoit d'une stature moyenne; iliavoitleneasaquilin», le teint brun , llu barbet et les cKeyeux. noirs et épais. Toul^ amtonçoit en Ini^la^ mélancolie et lagra-idté (i^.Ii parloit rarement ; ses repartieff-

(i).rai.dan8 une. collection- d'anciens tableaux^ nn portrait du Dante, peint sur bois par André. Orcagna, mort en 15899 âge de soixante ans. Bernard Orcagna , frère d'André , a singulièrement* goûté le Dante ^ et^colntn^ Mîobel-Ange, a em- P^nintér beaucoup d'id^ h ce poète pour les transe pprleii dans sescotppositions* L'enfer de Bernard Orcagna y qui. est .au Campo-Scoito de Pise, et une grande partie des scènes peintes par Michel- Ange ai la chapelle Sîxtine, rappellent l'imagina* tion ttiviUe. da Dante;

DU "DMfTE. la;

etoient 'vives ietiiigénietiBes. fPnkaqohSat^ chetti Ta|iiporfce que >ee >pdète le prottte*sarit UBi^nr , «ntendit im.niaTédIiifl<qii ichRQfcqit ^nne >de «es vanittmes > et tpà la làéêgavait de tnanière 'qu'«n ne ipoudoit in riecaoBcàtae. ije iDawteis'anréta^ erftnt idans ia. iraatique , >et m mpt<ài)eter pra: 4eiTe tooK les outils du mlaréchall. Oeihûv ci f sétoAtiéde wt^r nn Jionnae-Téta d^tans *jHaoiétB' disliixigaée be poster à cette action, lui «n demanda la rtùton, non sans -quelque. colère. wTPn vcfBX -savoir oe que 9e 'fius, lui tdit le Jimaiey hé ^bien, ^ (t'inûte,- In gâtes mes Ters, etjebrîsetws -outijaf» UmcatAre JiaUf ie izvéme ^oète trenoontea-ini âiii«r qtn ^ofaassoit sa -bote -Aevant-lni,' an chmltant-defirtercetsdela iEKrineiOométKe. Se MMtpB en-teiB|ie 1^ -nii»' «0sMit;ido duratM* j èttà^ost'àHaMIie j[/m(è*«sl 9e kcti KViài Uqa^ ceux qui diteduisflnt IwB fîhffrauT et If s hAfffi de comme •eoIta&ieileff.eaHÙteotàjaaEcIier plus vite). lioDante soîvitquelqae teypsl'Aaierjmau

Bv VIE

^inuyé d'entendre toujours oe cri.^ que cet homme entreméloit dans les vers de la Divine Comédie^ il alla à lui^ et lui dit avec humeur : a Mais je n'ai pas mis cet^m-là dans mes vers. » Quel pays que celui où les maréchaux - ferrans et lés ailiers recitent les vers de leurs, poètes ! Aujourd'hui les gondoliers de Venise chantent encore les strophes du Tasse.

Le Dante savoit très-bien la mpsîque; il dessinoit agréablement , et avoit une écriture très-élégante (j). On cite Tanecdote suivante comme une preuve de sa -^présomption. Il s'agissoit d'envoyer un ' ambassadeur à Rome. Les Prieurs paroissoient embarrassés du choix qu'ils, avoient à faire : ils vouloieat que le J)knte acceptât cette ambassade; mais enmêtnQ temps ils témoignoient du regret de le perdre. On prétend que le Dante ]e^^ dit : S" io

■OTV

(i) Vie du Dante mise en tète de Tëdidoti de Venue, 1796. .i.

DU DA"RTE. U

vo, chi «ta, e a' io sio t cki va? Je suis ^^onn^ qn'on se soit obstiné à citer cette ï^pOnse comme une preuve d'orgueil ; it est aussi simple de croire que le Dante, invité à la fois à partir et à rester , a pu répondre : a Mais si je pars, qui restera? et si. je reste , qui ira ? n

Les di£férens ouvrages du Dante sont -dés cantenes , des so/meis ^ la vita~nuova ( c'est l'histoire de son amour avec Béatrix(i), et le recueil des vers qu'il lui

(i) Chabanon paruît cnùre que le Dante trouT* ■loujvura Bëatrîx indifii-reute à tan amour. Chabanon s'e^t Irompé. B^atrix , qui éloit d'une uaûsance itifërîeure A celle du Danle, fut honorée da ses hommages. Que Ton parcoure la VitaNuovài au milieu de mille regrets et de mille reproche», on TeiTR tonte l'irresae d'un amaat heureux.. U seroit d'ailleurs dïlBcile de croire que ce poète eût conservé toute sa vie le souvenir d'une femme qui l'auroit traite avec tant de rigueur. 11 faut seulement avouer que souvent elle lui parloit d'qa ton de hauteur difficile à suppwler, mais que l'amour da Dante n'étoit q^ue trop porté i excuser*

Iw] VIE

«adressa } ; Je Sanquet ( oet ouytâ^ de^ ^oit être un coioineotalre <d^ .qUAtOimi 'Canzanes ^ jmais il est resté impfurfuitt^ idlL jie^)omfH*e0d que Jes trois poemiènes , ,tt nûkxx comme^ntaire sur .chaciuie de f^wXvw canzones) ; des égiogues j .des leUm$ ^ da^ pera hérdiquea^ uo xHivrage intitulé^ L/^/tiegoria ^opra ViigiUo y un traité c^ Jl/o* ^archià écrit en latin , le traité de •J^JuSr^ gari EloquenUâ (on crut longr-tenips ^ue cet ouv^rage avoit -été faussement atr- 4ribué au Dante ; .mais on reconnut .cette lerreur, quand^on imprima à Paris ^ en i5779roriginaI latin); une iiuduction en vers italiens des psaumes de la péni- .tence, du. symbole apostolique, deTorai- ^son dominicale (cette traduction ^'a.paru •qu'en 1 7 5 2 ) ; enfin ^ la Divine Comédie.

On s'est demandé long-t^mps pourquoi le Dante avoit. appelé son poëme Cbmédie ? Racine fils est un des auteurs qui iont le plus blâmé le Dante à ce sujet. Le Tasse et Mslfiei ont ^pliqué^poarquoice

DU S&RTE. h%

poète lavoit choiii cetitre. Il lavoit établi ,en pTiiioipeidaus>sss;ouTrages/préoéâQst&»

-qu'iliTeconnoissoit tsaissl^les : lesbjrle aur nalimej.qu'iltappelaitavtseaieDt tragique; Je ëtyie meatano -cm moyen , qu'il .appeiûsit'Coinique,'ieti]p aty\e. -ù^mo .ou iaiét- -Èieur, -^u^.RppeIoit'éIêgiaqne. 11 donna ^onc a son poème ]e nom de comédie, -pavoe qu'il .avoit [pvétandu Yécàve dam ''iB4tyle meaaemo oumc^en, oîest-à-rdire comique. <Ain$i il 'n'appeloit.ce slyle.oontifue, que >par, opposition Rvecile ityie sublime et le style infimo. Je rapporteJci -textuellement ce que dit Tirabostdii cet égard. Ce bavant italien ajoute : « Mais '>les appréciatenrB du grand «t du bea^ ■T'en ont pasjugé ainsi, etils ontcegardé et regardent la Comédie AyyliyixAj^ eomine -un des plus admirables .ouvraiget -qu'ait produits l'esprit humain, b

■Ontrouyera peut-étr&'ici'orvo plaisir le jugement détaillé que le môme Tirabosohi porte^sur «et ouvxage. .

Iviij VIE

d Ne parlons pas^ dit-il^ de la vastp érudition qu^on rencontre -dans ce poëme,

-et qui a fait dire que le Dante étoit ëminemment savant en théologie et profond en philosophie^ puisqu'il ayoit appris de ces sciences tout ce qu'on poUvoit alors en apprendre. Ne considérons la Comàr die que sous le rapport de la . poésie. Je sais que cet ouvrage n'est ni une corné* die, ni un poëme épique , ni aucune autre

•composition régulière; et faut -il s'en étonner ? Le Dante n'a pas voulu qu'il en fût autrement. Je sais qu'on y trouve sou-

. vent des scènes étranges et invraisemblables; que les images ne sont pas toujours naturelles; qu'il fait parler Virgile

comme certainement le poète n'auroit jamais parlé; que les récits ont quelquefois de la longueur, et que dans quelques chants on peut à peine continuer la leo- .ture; que les vers ont souvent une dureté insupportable ; que quelques rimes sont forcées et ridicules ; qu'enfin le

DU DANTE. Ik

X)Ante offre beaucoup de défauts grades qu'un homme de bon sens ne peut jamais excuser : mais au milieu de ces défauts, iJ faut reconnoitre.dans ce poêle des beautés qu'on désireroit trouver dans -nos poètes modernes. Une imagination ardente, un esprit pénétrant, un style souvent sublime , pathétique, plein d'énergie; des images brillantes, des invectives passiotinëes, des scènes tendres et touchantes , et une foule d'autres beautée ^ui embellissent ce poënie , ou ce travail poétique, si Fou aime mieux l'appeler .ainsi , peuvent assurément compenser les défauts et les taches que présente cet ou- ■Trage. ,-;;.'.

-■■ B Voyons éa quel temps écrivoit le Dante?Qu'étoit alors la poésie italienne? qu''étoit-elle, sinon un arrangement mal -ordonné de mots riinés, avec .des sentiihens froids et languissans ,: d«s plaintes d'amour,' des préceptes de morale dépourvus de toute étincelle poétique? Le

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Dante ôsa^ le premier , prendre le ton élevé 9 dianter des sajeU qne perscmnr n'avoit osé entreprendre , animer la poé- «ie, et parler un langage ijusqu'alors ôni. connn dans 'la*moderne itaiîe. Admirons donc en lui ce qu'il est pfais iaciled^^mi^f- Ter qued'imiter^ et pardonnons des déviants qui appartiennent moins ^m poète ^u'à répoque où il a véQu; m

Tout oe '.morceau que je tradnîs iidi^ 4eme0t de Tirabosohi est pensé avec «fgesse ^ et doit plaire aux littératteurs de tous les temps «t de toutes. les nations.

On a chepché long-4emps en Italie à savoir si le Dante avoît ûivenfié toute la fable de la Divine Comédie^ ou s'il avoft puisé ta»i d'idées singulières dans qaelqu'auteur précédent de son pl^s ou â^ toute antre nation. Il ne i&ut pas douiier "d'abord que œ poète n'ait einprui^té à argile une fioaile d'images "qu'il est aisé de Teco»Botere dans pliftieurs parties de sool ouvrage; jntis il eatrqprenoit un Jong

DV DANTE. Jif

voyage dansiles^t^oîs royauine»dfe l'autre monde^ il' déepîvoit ce voyage comme c&rétien , et Fétude de Vitale ne pouvoiC pas lui<suffire(i).

Suivant ce que dît monsignôr Fonta*' nini th.nt son Sloquenxa UaUdrtaj Afolatasta , auteur du dialogue iiititalé , H Roasit prétendoit que le Dbnte avoit tiré son poëme d'uo' ancien roman- qui a pour* litre-. Il Guernno di Dù^sao , dit II Jk&ackino. MoD»gnor Bbttari combattit ' cette opinion dans une lettre imprimée & Rome en 1755. Le père Costanzi est du même: sentimenfc que Bottari , et ajoute

'(1) Je tire une grande partie des conjectures que j'avance ici, d'un ouvrage intîtaU :Di un antico iMo a perma délia Diviaa Camedia di Dante, Ijettera-di Euataxia Dicearckao aé Angtlio Si*' diciiio. Roma^ itiot. Cet onrrage inlëreesaot' est. du père Costanû, bénédictin. Quand )1 parut ^ j'étoia à Rome, et je me rappelle qu'il y fit une grande sensation parmi les hommes de lettrei et les Mvans.

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que si le Dante eût fait ce larcin littéraire , Ceccho d'Ascoli , son ennemi personnel et dépréciateur impitoyable de.

son poëme^ Tauroit accusé de plagiat^ ce qu'il n'a fait jamais. Bottari observe que le roman du Mescfuno a été écrit originairement en provençal ^ ensuite traduit en toscan après la mort du Dante ^ et orné d'images et d'épisodes imités de ce poète. Le même Bottari parle ensuite d'un ouvrage plus ancien que celui du Dante ^ dans lequel ce poète a pu prendre plutôt l'idée de son voyage. Cet ouvrage est la Vhion d'AIhéric, jeune religieux de Mont-Cassin. Albéric , comme le Dante , est ravi en extase , et est conduit dans l'enfer, dans le purgatoire et dans le paradis. Le père Costanzi a^lu attentivement le manuscrit qui contient cette vision d' Albéric; il en donne un extrait assez détaillé. Ce manuscrit qui est encore dans la bibliothèque du couvent de.Mont-Cassin, y est enregistré sous le

DU DANTE. . hii|

iafi sf>7. II a été écrit entre iiSg et 1181, sous le pontificat d'Alexandre m , au moins quatre-vingts ans avant la naissance du Dante.

Voici les points de conformité les plus remarquables que les deux ouvrages ont entre eux. Albéric est guidé par S. Pierre, et dit , cap. 2 , Beatus Petrua aposlolus ductor iUneris Jïïiei , mearttmçue fisionum ostenior. Le Dante est d'abord conduit par Virgile.

Albéric écrit , cap. 7 : ^idi lacurn magnum plénum sanguine ut miki videbatuTi et dixit miki aposiolas, quàd non, aanguiSf aed ignts eat ad cremandoa ho-* micidas. Le Dante voit également une riyiére de sang dans son enfer, chant jii. .

Chap. i5 de sa Vision, Albéric raconte , que S. Pierre l'ayant quitté pour aller ouvrir à une ame les portes du paradis , un démon d'une figure horrible voulut se saisir de lui , mais que l'apâti^e accourut à son secours, et l'arracha des

îxW . VtX

mains der ce dénion. Le Danto éprxfwf^ la; même cmitite , cliant xxiir^ 6t Virgito lui rondUemêmesepviceqtteS- Pierre avoit rendu à Albéric. Un passage de la^ Vision , chap. i^y rappelle Itss' chappes de plomb dti Dante. Duminnautm morceau, Albé« rio voit de» pécheurs in^ mowm^ carrmmt èduoœtif. Le Ekmte* i«lit€^ l'idée '^ et dit U hsel dolentt: Une infinité d'autres mor-* ceau9c db VBbfer et du< Fui^toire* vien-« nent confirmer Topinion do Bôttari et celle du père Cèstanisîi ' Je vais me borner maintenant à citôft àm passages bù^ le Dànte^ a sa^s dou«e trouvé quelques-unes^ des idées^de la tsroi^ sième partie de son poëme: Albéric répètb ce que S.' Pierre Ibi- a dit^ dans le paradisr «S. Pierre m'a beaucoup parlé, il m'a parlé même de' quelques hommes qtlî vivent encore , et m'a ordonné dte leur rapporter ce' que j'àurbis entendu dîrd d'eux. » Le Dante , chant xxix du Para* dis y fait également^ pwlër S. Pierre , e9

Dû DAWTÈ. Ut

^'ap^tnrdltau poêle plus de choses qu'il p'en dit à Âlbéric ; apparninment, ajoute ici le père Cpstailai , pai'oe qu'Albéiic étoit encore trop jeune ( il eut sa vision A neuf ans}elque le Uanteétoitdans un âgeunpeu pjua m ûr. EaRn, S. Pierre ordonne a>ussi au J)aiitederappor.terceqti'il aaraenleiuTu.

f pans;^ Paradis, Albéiic est.portépar Xine colonibâj ce qui a pu donner au JDante l'idée de se faire guider par Béa- Jtfix, femme d*iine beauté aduiirable qu'il ^yoit tendrement aimée j. et qu'il -Buppa*- 4qit placée da^s.le. ciel au: piemier rang. ^pEfrirai encore. d'uulres.rapprocliemfDS ^lus marqués.: Albéric et lé Dante s'arrêtent d,'abord.dang la Lune, delà ifs mon^ Jï^ï de f}ieï en ciel jusqii'ifiSaturne, en- ^l^iteà rE,mp7rée^,où:ils,v'oieilt lagloiFe j^ iQieM ,i -les. . 9ngés , fes patriavcbes , lés ^)>ophètes; EoiBit, tous, Jeux riïisonnerit ^ astronomie d'après le ciyslétne de Plol ^pmée; seulementje Dante rai^mie-aTee jglus de justesse .qub'Albé^ùi<i.;. -.d:

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Il est donc à présumer que le Dante a eu connoissance de cette Vision ; mais il a souvent embelli des couleurs de la plus belle poésie^ cette invention écrite en prose froide et sans intérêt Probablement , lé poêle en allant à Naples en ambassade , A visité le couvent de Mont-Bassin ^ et y a pris commamcation de cet «UTrage. La père Costanai remarque 9 que puisque le Dante a dû une partie de la fable de son ouvrage à un enfant de Si Benoît , il au«roit dû trailel: moins rigoureusement les Bénédictins : a mais ^ ajoute le père Costanai y ailes donc modérer la fougue de cette famille irritable des poètes; le poète toscan étoit bien de cette famille! » ^

Un savabt italien avec qui je m'entrete^ vois de cette découverte littéraire^ qui né date quedu dernier siècle >nle'dît un jon^ que peut^'étre Fauteur de la Vision d'Abt •bério avoit composé cet'DuvMge d'aprèè celui du Dan te. Cet te supposition n'est pas admissible. Le plagiat eût été trop publié,

DU DAKTE. ïivî]

LaDÎTine Comédie fat célèbre dés qVelle parut; et d'ailleurs que peut-on répondra à des personnes qui montrent ud mana-> •crit anthentique.du douzième siècle , que tout le monde peut encore voir aujonT'^. d'hui i MoDt-Cassin ? La gloire du Dante n'est pas ternie jiar oetta dèoôdvetie t peut-être Homère a-t-il puisé plusieurs de ses images les pjus pompeuse» daris des poètes obscurs qui l'avraent précédé'. Oà sait que Virgile ne dédaignoit pas le fU'i mieretEnniua. Albério n'aura jamaiS-Mk Italie. uAe réputation égale à totle dtl Dante, et si celuir-ci a pu quelquefois imiter le jeune visionnaire bénédiotîn>, îl n'a jamais cessé de surpasser son modèf^- La DiTÏne Comédie eut en Italie iMtf H grande réputation, ^ue peu de teai{lif après la mort du poète, on foAda k Fluw rence une chaire dont le professeur^éCdit chargé de commenter et d'expli^ner ècr poëme. Le décret qui ordonna la fondation de cette chaire «si d« 9 août x37S,

Ixviij VIE

Ginqiiante-deux ans après la mort du Dante.Bocace futle premier à remplir cette chaire avec un traitement annuel de cent florins (i)^ et il commença à donner ses leçons le 5 octobre de la même année. Eh i38i9 :l6 professeur étoit Antonio Fio*^ yano. En.i 401 ^ la chaire fut remplie par Philippe Villani.

. Bologne imita Texemple .de Florence; ÇenyejBiito de' Râmbaldi dlmola fut char* gé d'y. ftw.lç Dante. Nous devons à cette qifcfiifï^ta^ce le long commentaire qu'il a éc|)^it.;smr ce poète ^ en. iSSg^ et suivant d'^jff^^pteurs ^. en i375.

^^ .Çi^ej ifpjida' aussi ^ en .i385 ^ une chaire pj^'lPUir/^o^ Je Dante; elle fut remplie pMrFrafl^ois di BartAlo da Buti, autre ço|nmei}$al:.eur du poète. A la même époique^ 3qi}4F0 ^e Vérone lisait le Dante à yenise.;En;:i?99, Philippe de Hcgio le lîspii à, Plaisance; . '

(i).{4aqtiîStor« <lel Pecamer., ?• 1 > c» 29.

DU DANTE. liîx

Nous trouvons la trace des scènes du poëme du Dante dans les fêtes qu'on- donnaà Paris , à l'entrée de la reine Isabeau de Bavière, vers i385 , et dans cellesque Catherine de Médicis fît célébrer avant la Saint-Barthélemi , en 157a. Il n'étoitpàs étonnant qu'âne reine florentine , qui avoit une foule de Florentins à sa cour, affectionnât les idées du poète qui étoit l'honneur et l'illustration de la Toscane. D'un autre côté , nous ne trouvons aucune citation des vers du Dante dans les ouvrages de Montaigne , qui a cependant voyagé en Italie, où il a vu le Tassé. Grangier semble chercher à venger lé poète toscan, en parlant de lui, vers le même temps, avec la plus haute admira- -tion. Plus .tard , Boileau ne fait pas meii> tioD du Dante ; Voltaire ne le nomme pas dans son Essai sur la poésie épique; Racine fils , dans sa traduction de Milton, traite la Divine Comédie avec une extrême rigueur : il finit par dire que ce po^ne

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