‹ Le paradis de Dante Alighieri traduit en françaisChapitre 23 sur 25 · LL · texte numérisé non relu

LL

194 NOTES DU CHANT Vi.

- Le ministre Romée , cité par le Dante , et qui a joué un très-grand rôle dans le treizième siècle, était Romée de Villeneuve, baron de Vence, ministre, connétable et grand-sénéchal du comte de Provence, Raymond Bérenger. Îl descendait de l’illustre maison de Villeneuve, qui tire son origine des comtes de Barcelone , rois d'Arragon , et qui est établie en Provence depuis le onzième siècle.

« Romée de Villeneuve ayant rendu les plus grands services à Bérenger , ce prin=e en mourant 1? nomma, conjointement avec Albert de Tarascon, tuteur de sa quatrième fille Béatrix. Ce testament est rapporté par César Nostradamus , page 199, et par Antoine Rnffi, page 102. Le mème Ruffi, Histoire des comtes de Provence , page 151, faisant mention de la princesse Béatrix, héritière de Provence, rapporte qu’elle demeura sous la conduite et direction de Romieu de Villeneuve, personnage de haute naissance et de haute vertu. Le sieur Honoré Bouche, Histoire de Provence, tome 11, page 264, parle d’une ordonnance de Béatrix qui qualifie Romée des mèmes titres.

« Le président Hénault, tome premier , page 225, dit que Charles d'Anjou épousa Béatrix de Provence, laissée sous la tutelle de Romée de Villeneuve. Effectivement Romée étant régent du comté de Provence, profita de tout son pouvoir-pour faire réussir ce mariage. C’est aussi l'opinion dun père Maimbourg ; on lit dans son Histoire des Croisades, tome 1v, page 139, que Saint-Louis, roi de France,

sut si adroitement gagner Romée de Villeneuve et Albert de Tarascon, qu’il obtint Béatrix pour som frère.

« Dom Vaissette, dans son Histoire de Languedoc, tome 111, page 451, ajoute que ces deux ministres frent épouser la princesse Béatrix au comte d’An jou, contre le désir du eomte de Toulouse qui la demandait pour lui. Ainsi ils ont été la cause preraière que le comté de Provence a été ensuite uni à la couronne de France. Le père Daniel est du même avis dans son Histoire de France , page 242.

« Il paraît certain aussi que Romée de Villeneuve avait contribué au mariage des premières filles de Raymond Bérenger, et surtont de Marguerite; car M. de la Chaise, dans son Histoire de Saint-Louis, tome x, page 180, ait que par l'avis de Komée de Villeneuve, Marguerite de Provence fut mariée à Louis IX , roi de France.

« D'après les auteurs, les époques et les faits que nous venons de rapporter , il est prouvé jusqu’à l’évidence que Romée de Villeneuve est le mème dont ont parlé le Dante et plusieurs autres poètes qui ont jeté du merveilleux sur la vie d’un homme dont la vertu et les talents faisaient l’admiration de son siecle. Romée était extrêmement sévère sur les mœurs. César Nostradamus dit que pendant sa régence , le grand Romée de Villeneuve exila aux îles Stécades ou d'Hières le troubadour Kaymond d’Orange , pour le punir d’avoir composé un iivre intitulé Maitresse d'Amour.

196 NOTES .DU CHANT Vi.

« Romée de Villeneuve monrat en Provence l'an 1260. H était seigneur de vingt deux villes où bourgs. Sa famille et plusieurs autres branches de la maison de Villeneuve, connues 508 les noms de Trans, Bergemont, Tourrètes, Beauregard, Flayose, etc. etc. existent encore en Provence, et y ont toujours tenu un des premiers rangs. Parmi les hommes recoremandables qui l'ont illustrée, on peut citer Hélion de ViHeneuve, grand - maître de l’ordre de Rhodes, et Christophe de Villeneuve Vaucluse Bargemont, qui , sous Charles IX, empécha le massacre des Huguenots en Provence. L'amiral Villeneuve était aussi d’une branche de la maison de Villeneuve. Elle comptait naguères au nombre de ses membres, Je comte Christophe de Villeneuve, Bargemont, conseiller d'état, préfet de Marseille, mort en septembre 1829; auteur de plusieurs ôuvrages estimés, entr'autres de la statistique des Bou ches du Rhôve.Trois de ses frères sont . en ce moment , l’un, conseiller d'état , directeur général des postes, et ies autres, préfets du Nord et de la Somme. Un quatrième est capitaine de vaisseau , faisant par tie de l'expédition d'Alger, et enên un cinquième est connu par sou histoire du roi René , Les monements des grands maîtres de l’histoire de Jérusslem, etc. ete. — M. le marquis Hélion de Vence, pair de France, maréchal de eamp, est également de cette antique famille.

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Pac. 85 , Lie. 1. — Sois beni, à Sanveur , etc.

Les trois premiers vers du chant sont en latin, excepté les trois mots hébreux, osanna , quisignifie sois béni; sabaoth, qui signifie armée; malahotkh ,. qui signifie royaume.

Paa. 85, Lio. 4. — Cette substance.

Justinien.

Pac. 85, Luc. 13. — Pour B, et pour ICE.

Pour Bice, dimiautif de Beatrice. Nom d'amour qu'il donnait, sur la terre, à la Glle de Foulques.. Venturi et Alûéri désaprouvent cette manière de dire Bice. M. Biagioli en juge autrement, et je trouve ses raisons fort bonnes.

198 NOTES DU CHANT Vil.

Pac. 87, zic. to. — Cet homme qui ne recnt pas la naissance.

Adam qui fut créé de Dieu , immédiatement.

Pac. 87, Lro. ar. — Paroe qu'elle s’arracha de la voie de la vérité et de sa vie.

Elle se révolta contre Dieu, de qui il est écrit: Ego sum via, veritas et vita. Joan. 14.

Pac. 89, zic. 7. — Une seule mort plut et à Dieu et aux Juifs.

La mort de Jésus-Christ plut aux Juifs qui demandaient opiniâtrement son supplice, et à Digu devant qui cette mort rachetait les hommes de la première faute. Le Dante ajoute, suivant le commentaire de Lombardi : La terre a tremblé par tendresse pour le fils de son Créateur; le ciel s’est ouvert , puisque la satisfaction donnée par Jésus - Christ, rouvrait aux hommes le Paradis. Il y a un peu d’affectation dans tout ce passage. À cûté du grand intérêt de la . rédemption, les cris des Juifs deviennent un rap-

prochement peu noble. Le poète a cherché des oppositions : mais il y a certaines oppositions qu'il faut éviter. Le vers, comme vers, est d’ailleurs un prodige de concision. — Une cour juste a vengé une juste vengeance. Titus a veugé justement la mort de

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Jésus-Christ. Par corte M. de Romanis entend coorte, les cohortes romaines : cette supposition est tout-à. fait nouvelle. M. Biagioli entend par corte, Dieu, la cour de vérité et de justice à laquelle seule il apppartenait de juger et de punir. Je suis resté sans périphrase dans l’expression simple du poëte.

Pac. 89, Lie. 23. — La divine bonté , etc.

Oa lit dans Boëce :

Quem non externæ pepulerunt fingere cause Materiæ fluitantis opus, verum insita summi Forma boni, livore carens ; tu cuncta superno Docis ab esemplo , pulchrum pulcherrimus ipse Mundum mente gerens , similique in imagine formaus Perfectasque jubens perfectum absulvere partes.

De Conso. PRILOS. lib, 111.

Quelques-uncs des principales idées de ce passage de Boëece se retrouvent dans le Dante.

Pac. 93, re. 1.-— 11 fallait que Dieu, dans sa courtoisie, remît la faute, ou que l’homme donnût une satisfaction personnelle pour sa falie.

H fallait que Dicu eüt recours à sa miséricorde ou a sa justice.

Uaoiversæ via Domnini misericordia et veritas. Ps. 24,

200 NOTES DU CHANT Vii.

Pac. 93, ic. 15.— Employätses propres voies, ou une, ou les deux.

. Dieu devait remettre la faute, ou plutôt combiner ensemble j’action de sa miséricorde et celle de sa justice. « Ce qu'il a fait, dit Lombardi , en ordonnant le mystère de la rédemption, par lequel justitia et pax osculatæ sunt. » Ps. 84.

Je suis étonné que cette expression si douce et si tendre du psalmiste ait échappé au Dante.

Pac. 93, zic. 22. — Depuis le premier des jours jusqu’à la dernière des nuits.

Depuis le commencement jusqu'à la fin da monde.

Paa. 95, L1G. 9. — Pour mieux te convaincre d’ane autre vérité, etc.

ll'revient à ce qu’il a dit ,-page 91, ligne 2 : « Ce qui coule immédiatement de cette divine bonté, n’a plus de fin, et son impression une fois marquée, ne peut plus changer. »

Pac. 97, 116. 8.— Tu peux aussi en même temps comprendre le mystère de votre résurrection.

Si tu n'oublics pas que lorsque Dieu forma Adam

NOTES DU CHANT VIi. 201

et Êve, il les forma directement de sa main divine ‘ et noh par le moyen d'aucune autre vertu créée . tu comprendras facilement que notre chair deviendra un jour ce qu’elle a été auparavant, et rentrera dans l’état de pureté qu’elle a perdu.

Le bon Grangier a traduit ainsi ce morceau :

C’est bien ua argniment capable pour conclure

La résurreciion , si lu penses comment

L'’humaine chair de Dieu fut informée, à l’heure

Que les premiers parens se font communément.

Dans ses vers, Grangier a réussi à devenir plus ob-

scur que le Dante, mais dans ses notes, il donne des éclaircissements éxcellents. '

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202 NOTES DU CHANT Vili.

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Pac. 99, zic. 2. — La belle Cypris.

Vénus élevée dans l’île de Chypre.

Pac. 99, 110. 7. — Dioné.'

Dioné, nymphe, fille de l'Océan et de Thétis. Elle fut aimée de Jupiter. Il eut d'elle Vénus surnommée Dionée , du nom de sa mère.

Pac. 99, z1G. 9. — Ce dernier était venu s'asseoir sur les genoux de Didon.

On lit dans le premier livre de l’Énéide, que l’Amour se présenta à Didon sous les traits d’Ascagne, et lui inspira une passion pour Énée. Vers 718.

Pac 99,zic. 11. — Et que le soleil regarde sous des faces différentes.

Plusieurs commentateurs donnent à ce passage

NOTES DU CHANT VII. 203 l'explication que j'ai adoptée ; d’aatres croient qu’il faut l’entendre ainsi : « L'étoile qui regarde le soleil , tantôt à son levant, tantôt à son couchant , et qui, dans la première supposition , s'appelle Lucifer, et dans l’autre, prend le nom d’Hesper ; cette étoile est toujours l'étoile de Vénus. »

Pac. 1ot, 116. 1. — Dans cette nouvelle planète.

La planète de Vénus.

Pa. 101, 116. 15. — Qu’ elles reçoivent des hauts séraphins.

Qu’elles reçoivent d'une sphère plus élevée, comme, par exemple, est celle où le poète trouvera les séraphins.

Pas. 103, ra. 2. — Ta as dit : Vous qui, comprenant la gloire de Dieu, connaissez le mouvement du troisième ciel.

Voi ch’ intendend’ il terzv ciel movete.

C'est le premier vers de la première canzone du Convivio amoroso du Dante. Ce Convivio amoroso était un commentaire que le poète s'était proposé d'écrire sur quatorze des vingt canzones morales ou amoureuses qu’il avait composées. Villani

204 NOTES DU CHANT Vill.

dit, liv. 1x, chap. 135, que le Dante n’acheva pas cet ouvrage, et que, quand il fut surpris par lx mort, il n’avait composé que les commentaires des trois premières canzones. Ce vers signifie :

« O vous qui , regardant en Dieu, comprenez quel doit ètre le mouvement du troisième ciel (de Vénus), et après l'avoir compris, lui donnez l’impulsion qu’il attend. ...»

Pac. 103, ra. 4. — Le monde me vit peu de temps, etc.

‘ L'esprit qui parle est Charles-Mârtel, couronné roi de Hongrie du vivant de son père, Charles Il, le Boiteux , roi de Naples et comte de Provence. Ro. bert, second fils de Charles IL, lui succéda à l’exclusion du fils de Charles - Martel, qui avait droit à La sucession. Le Dante loue ivi Charles-Martel, parce que Robert ne suivant pas la politique de ce dernier, déclara la guerre à Henri VII, empereur, que le poète, en Gibelin enthousiaste, préfère à tous les souverains du temps.

\ Paa. 103, 116. 20. — Tu n'as beaucoup aime.

On ne sait pas trop où le Dante a pu connaitre Charles-Martel. Lombardi suppose que le poète l’# va à Naples. Il est vral que le Dante alla deux fois dans cette ville en qualité d’ambassadeur auprès de

NOTES DU CHANT VIIL 205 Charles Il, père de Charles - Martel. Villani dit aussi, Üv. 11, chap. 13, que Charles: Martel vint attendre pendant vingt jours, à Florence , le roi son père qui revenait de France. Alors le Dante a pu connsitre ce prince , et en recevoir des témoignages de bienveillance.

Pas. 105, zic. 1. — Le pays situé sur la rive gauche du Rhône, etc.

” La Provence où coule la Sorgue qui prend sa source dans la fontaine de Vaucluse.—Cette aile de l’Ausonie. — Le royaume de Naples, où sont situés Bari, ville de la Pouille , Gaëte, port de mer entre Rome et Naples, et Catona, île de 1a Calabre où l’on prenait des bateaux pour passeren Sicile. Avant l’édition de M. Viviani, on lisait Crotona. Il a très-ingénieusement corrigé cette erreur, et il prouve que le Dante a dit une chose juste, logique et raisonnable. I] appelle le royaume de Naples aile de l’Ausonie, parce qu'il est situé à une de ses extrémités ; le nom d’Ausonie vient d’Ausone, fils d'Ulysse qui donna autrefois ce nom à l’Italie. Le Tronto et le Verde sont deux rivières du mème royaume. M. Portirelli assure que Île Verde est le même fleuve que le Garigliano, et il a raison; le Tronto se jette dans l’Adriatique, et le Verde ou Garigliano, dans la Méditerranée.

Cette contrée que baigne le Danube. La Hongrie . —L'Kurus ; vent de l'Est,

206 NOTES DU CHANT Vi!l.

Paa. 105, Lra. 10. — Entre Pachino et Peloro.

Deux promontoires de la Sicile. La Trinacrie est la Sicile, ainsi appelée de ses trois promontoires, Pachino , Peloro et Lilibée, qui font face chacun à une partie du monde , et qui donnent a ja Sicile une forme triangulaire. — Tiphée , l’un des géants qui escaladèrent leciel, et sur lequel Jupiter jeta l’Etna, suivant Pindare et Ovide. Virgile dit que ce fut sur Enceladc que fat jetée cette montagne.

Pacs 105, 110. 15. — Nés par moi de Charles et de Rodolphe.

Charles Robert, fils de Charles Martel, et Rodolphe gendre de Charles-Martel, tous deux héritiers légitimes du royaume de Naples.

Pac. 105 , z1a. 18. — N'’eussent forcé Palerme, etc.

Charles - Martel veut parler ici de l’insurrection de la Sicile , à la suite de laquelle Pierre d’Arragon . s'empara de cette île. C'est le terrible évènement qui est appelé ie massacrc des Vèpres Siciliennes.

Pac. 105 , Lie. 19. — Mon frère.

Robert, qui avait usurpé les états de Charles-

NOTES DU CHANT VII. 207 Martel, que son fils. Charles et Rodolphe son gendre auraient dû se partager entr’eux.

Pac. 105, Lie. 21. — La cupidité sordide de ses Catalans.

Le mème prince Robert avait été envoyé en Catalogne , comme ôtage, par son père Charles II. Là, il s'était lié avec plusieurs seigneurs catalans, qu’il avait ensuite attirés auprès de lui, lorsqu'il était monté sur le trône de Naples.

Pac. 107, ta. 1. — Ce prince avare, né d’un père libéral.

Robert était, comme on l’a dit , fils de Charles II, que le poète représente ici comme un prince trèsgénéreux.—Ces grands corps; ces sphères.

Pac. 109, Lie. 19. — Si votre maître , etc.

Aristote. (Voyez la Politique de ce philosophe.) Pac. 109, 16. 22. — Solon, etc.

Le Dante entend ici par Solon tout bon politique et tout grand législateur ; par Xerxès, tout roi puis: sant ; par Melchisélech, tout prètre propre à exercer dignement lesaint ministère ; et par celui qui perdit son fils, ( Dédale ) tout homme ingénieux et capable d'acquérir de grandes connaissances dans les arts.

208 NOTES DU CHANT Viil.

Pas. tr , L16. 5. — Esau et Jacob.

On lit dans l'Ancien Testament : Gemini in utero Rebeccæ reperti sunt : qui primus egressus est, rufus erat, et totus in morem pellis hispidus ; protinüs alter egrediens, plantam fratris tenebat manu; et plus haut, xxv, Duæ gentes sunt in utero tuo, et duo populi ex ventre tuo dividentur, populusque populum superabit, et major serviet minori.

Pac. 111, LG. 7. — Quirinus, né d’un père obscur.

Quirinus (surnom de Romulus ) naquit d’an père obscur ; mais , étant devenu un grand guerrier , on ajouta foi à la révélation de Rhéa Sylvia, sa mère, qui déclara qu'il était fils du dieu Mars. ( Voyez Tite-Live, liv. 1, Chap. 4.)

Paa. ra1, za. 8. — Un fils ressemblerait à son père.

Un fils ressemblerait à son père, si Dieu , de qui nous tenons les qualités et le caractère que nous devons avoir dans l’état de société, ne soumettait pas ces qualités et ce caractère à l'influence des sphères célestes, qui distribuent aux créatures la puissance qu’elles ont reçue. Le Dante suit le système qu’il a avancé page 107, lig. 17, quand il a dit : « Le bien suprêèine. .. ne prive jamais ces grands

corps de sa divine providence. . . . -, Système qu'il continue de suivre duns tout son ouvrage.

Pac. 111, L1G. 17. — Si le monde s'attachait aux occupations, etc.

Grangier a fait sur ce passage une note très-judicieuse. Il faut admettre toujours qu’il parle d’après le système du Dante; il dit : « Si les hommes regardaient les monvements naturels de leur inclination , commencement , et quasi semence des influences célestes ordonnées de Dieu à un chacun dès sa naissance , et qu’ils voulussent suyvre ce but là tant seulement, comme, par exemple, si celuy qui se void né pour les armes, ne s'adonnoit à rien autre qu’à manier une espée ; si celuy qui est né avec un esprit capable d'apprendre les doctrines, s’arrestoit aux dictes doctrines ; si celuy qui ha le naturel à la peinture, vouloit manier le pinceau, et aiusi en toutes les autres inclinations, les hommes deviendroient bons ordinairement, pour ce qu’ils auroient plus d'industrie, plus de courage , plus de force à ce à quoi nature les convie ; mais le plus souvent se praticque le contraire. Ainsi l’un devient prélat, ou pasteur en l’église, qui auroit son inclination à la guerre, et l’autre est esleu roy ou monarque, qui seroit bon a prescher l’évangile , ou à interpréter les sciences de l’éloquence ; de-là vient que vous vous corrompez, et que vous ne pouvez rien faire qui vaille, - (Grangier,Paradis,tom.1,pag.172et173)

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Pac. 113, mc. 1. — O belle Clémence.

Clémence , fille de Charles-Martel, et épouse de Louis X , roi de France: elle vivait encore quand le Dante écrivait son poème. Voilà un hommage bien naturellement amené en l’honneur d’une reine de France. Cet éloge , touché en passant , est du meilleur goût. Grangier a ignoré qu’il s’agissait ici d’une reine de France, de l’épouse de Louis le Hutin. Voici ce qu'un auteur du tems dit de Clémence : « C'était unc princesse de belle courtoise manière, qui, quoique souveraine , humblement envers tous se déportoit, sage en paroles, cogmne en faits, digne enfin du beau nom de Clémence; car moult déboanaire toit. »

Pac. 113, u10. 7. — Cette sainte lumière.

Charles-Martek.

Pac. 115, Lie. 12. — Rialto.

Venise. Cunizza, sœur d'Exxelin da Romano, seigneur de Padoue et tyran de cette ville , où il commit toutes sortes de crimes. Cunizza naquit ainsi qu’Ezzelin sur la colline qui s’élève entre Venise et les sources de la Brenta et de la Piave. Elle dit ensuite qu’elle n’a pas obtenu un plus haut degré de béatitude , parce que, vaincue par l’influence de Vénus, elle a conçu, dans sa vie, de folles amours. Telle est l'explication de Venturi, conêrmée par celle de Lombardi. | |

Grangier n'oublie pas sa naïveté ordimaire,

« D’une rsème racine je suis née, moi Cunizza, et Azmolilm mon frère; et ici je reluis, parce que m'ha vaincu la iumiere de ceste estoile , ayant beaucoup peu sur moi Pestoile de Vénus, l'influence de laquelle nous rend amoureuses. »

(Grangier, Paradis, pag. 183.)

Paa. 115 ,L1G. 21. — Cet autre joyau, etc.

Foulques de Marseille, qui, plus tard, va parler au Dante.

Paa. 117,210. 2. — Vois donc si l’homme ne doit pas ètre vertueux.

Et dubitamus adhnc virtntem extenderc factis. Ænrio,, Lib, vs , vers 806.

Pac. 119, 116. 5. — Qui habitent entre Île Tagliamento et l’Adige.

Deux fleuves de l’ancien État vénitien.

Pac. 117,110. 8. — Les Padouans.

Ce que Cunizza prédit ici, arriva l'an 1314, le 17 septembre. Can Grande deÿa Scala , marquis de Vérone et seigneur de Vicence , remporta une mémorable victoire sur Jacques de Carrare , seigneur de Padoue.— Celui qui règne là où le Sile et le Caguan, etc. — Richard da Cammino commandait à Trévise où se réunissent le Sile et le Cagnan, fleuves de la Marche Trévisane. — Feltre pleurera , etc. — Feitre, ville de la Marche Trévisane, avait alors pour évêque Alexandre de Plaisance. Ce prélat avait ordonné d'arrêter une grande quantité de Ferrarais qui lui avaient demandé un asile ; il les avait remis à Piso de la Tosa , qui gouvernait Ferrare au nom de Robert, roi de la Pouille , et qui sur-le-champ avait fait trancher la tête à plusieurs d’entre eux.— Entré à Malta, etc.— Malta est le nom d’une tour où les papes faisaient enfermer les clercs qui s'étaient rendus coupables de quelque délit. Elle était située près du lac de Bolséna. Du temps du Dante, elle s'appelait Malta; aujgurd’hui le lieu où elle était

placée s'appelle Marta. Mais le poète, dans le chant xv du Paradis , appellera Monte Mario, Montemalo : il est donc probable que de son temps la prison s'appelait Malta, comme il la nomme, ou qu’il a défiguré le nom. — Une Bigorcia, dit Grangier, est la seizième partie d’un muid de vin.

Pac. 117 , 116. 17. — Ce poète courtois, etc.

« La bile du poète Gibelin s’échauffe de plus en plus, et pour que, comme le crime, l’infamie soit éternelle, il l'imprime en paroles assurées contre tout outrage du temps. - Notes de M. Biagivtli.

PAG. 119, LIG. 1. — Au-dessus de nous , les êtres, etc.

Regarde ce que je t’ai dit comme une prophétie, parce qu’au - dessus de nous, les anges, que sur la terre vous appelez trônes, sont autant de miroirs fidèles dans lesquels se réfléchissent les jugements de Dieu. De ces anges, les jugements de Dieu descendent jusqu’à nous dans la troisième sphère. Quand je t'ai parlé, j'étais donc inspirée de Dieu.

Paa. 119, 16. 8. — L'autre lumière.

Foulques de Marseille, que Cunizza a oppelé plus haut cet autre joyau. ‘

Pao. 519, 19. 15. — Dieu voit tout, et oi tu vois tout en Lai.

Div vede tetio , « no veder s’ iniuie.

Tnluia; voilà de ces créations hardies qui sont familières au Dante ; il dira plus bas :

S’ io m’intuassi , come tu ! immii.

Les Italiens n’ont pas généralement, dans les siècles qui ont suivi celui du Dante, conservé l'usage de ces expressions; mais ils commencent à les employer actuellement dans le style élevé. |

Pac. 119, ic. 19. — Des splendeurs pieuses ornées de six ailes.

Le prophète Isaïe dit, chap. 6, que les séraphins sont ornés de six ailes. Saint Jean , dans son Apocalypse, parle aussi de quatre animaux qui avaient chacun six ailes. (Apoc. chap. 2, vers. 8.)

Pac. 121,116. r. — Cetteimmense vallée, etc.

La mer Méditerranée , bordée de rivages habités par des peuples de l’Europe et de l'Afrique. Grangier donne Pexplication suivante :

« Le Dante parle de toute la mer Méditerranée,

sise en la plus grande vallée où l’Océan entre dans l'Occident par le détroit de Siville, non loin du mont de Gibraltar , en la grande vallée où se fait la mer Méditerranée ; et s’en va tant contre le soleit entre des rivages discordans qu’elle fait le mydy là où premièrement elle faisoit l’orison. Cecy veut dire que la mer Méditerranée court d'Occident vers Orient, au contraire du soteil , par divisés rivages. Car séparant l'Afrique qui lui est à droite main, de l’Europe qui lui est à main gauche.... Ainsi l'eau de cette grande vallée fait le mydyoù premièrement elle faisoit l’orison. Car quand de l'Océan elle entre par le susdit détroit de Siville en ceste plus grande vallée, son orison se faict jusques aux rivages de Syrie où sa course prend fin ; mais étant là arrivée , son orison cesse pareillement ; et se fait le cercle méridien , parce que là où l’homme se trouve, il a sur sa tête un cercle méridional particulier , et le cercle de l'orison, puis plus oultre, où il voit naistre et coucher le soleil. » (Grangier, Paradis, pag. 193, 94.) Tout ce passage n’en reste pas moins obscur, quoique parfaitement raisonné sous le rapport astronomique.

Pia. 127, 116. 8. — Entre l’ Ebre et la Magra.

L'Ebre, fleuve d’Espagne, se jette dans la mer Méditerranée au-dessous de Tortose, dans la Catalogne. La Magra se jette dans la même mer près de Lérici et de Sarzane.

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216 NOTES DU CHANT Ix.

Pas. 121, to. 10. — Bugie.

Ville placée sur le rivage d'Afrique presque vis-àvis de Marseille.—La terre où je pris naissance , et qui vit son port inondé de son sang.—Marseille, que Jutes-César ordonna à Brutus d’assiéger , et de prendre de vive force.

Voyez Comment. Cæsaris, de Bello civ. lib. 2.

Comme il y a des comtinentateurs qui pensent que cette terre où Foulques a pris naissance est Gènes, alors, pour continuer d’expliquer la pensée du Dante, ils disent qu’il s’agit ici d’an horrible massacre des Gènois fait par les Sarrasins en 936. Moi, je pense que le poète a eu en vue la ville de Marseille. Alors il s’agit, selon moi, des violences exercées par l’armée de Brutus. — Foulques. — Les uns disent que Foulques était de Gènes, et d’autres disent qu'il était de Marseille. Nostradamus, dans ses vies des poètes provençaux, num. x1, assure que Foulques était de Marseille. Moréri est du même sentiment, et le présente comme le fils d’Alphonse , marchand de Gênes établi à Marseille, et né à Marseille, de mène que Boccace naquit à Paris d’un père florentin.

Grangier parle de Foulques en ces termes :

* Bon poète en rime provençale et digne de converser avec les princes et grans seigneurs, lesquels il servait, non sans être beaucoup estimé ; mais sur-

tout Richard d'Angleterre, et Raymond, comte de Provence et de Toulouse, l’aimoyent et le prisoyent

merveilleusement. Toutefois Baral de Marseille fut son bon seigneur et maistre , la femme duquel se nommait Adalagia, belle et chaste en toute perfection , de laquelle il devint amoureux, et composa plusieurs belles chansons en son honneur, confessant qu’elle était trop dure à se ployer à ses amours. Ceste dame mourut , et Foulques en reçut une si grande mélancholie et douleur qu’il abandonna le monde, quoiqu'il fust marié , se faisant recevoir de l’ordre de Cisteaux , avec deux de ses enfans, et sa femme religieuse d’un mème ordre. Quelque temps après, il fut abbé de Cornello, les uns disent de Torinello, et depuis évesque de Marseille, où s’adonnant à toute piété, dévotion , et sainte doctrine, il mourut fort heureusement.» (Grangier, Paradis, pag. r92, 93.)

Voici des détails qu’il est utile de connaître , pour comprendre les paroles de Foulques; il dit : « Je suis né sur le rivage qui s’étend entre l'Ébre, fleuve d’Espagne , et la Magra, fleuve de l'état Génois. Bugie, ville d'Afrique , et ma patrie, Marseille, ont en quelque sorte un mème occident et un même orient, c’est-à-dire, sont presque sous le mème méridien; ont à peu près en même temps le jour , et en même temps la nuit. Il n'ya qu’un degré de longitude de différence , entre Bugie, ville de l’état d'Alger, et Marseille.

Pas. rar, Lio. 15. — J’ai toujours vécu, etc,

Foulques fait le mème aveu qu’a fait Cunizza. —

La fille de Bélus.—Didon qui, uubliant son premier époux Sichée, donna des soucis à l'ombre de Créuse

dont Énée était veuf.— Cette Phyllis que trahit Démophon. — Phyllis, fille de Lycurgue et reine de Thrace, est nommée par les poètes Rhodopée, du nom de la montagne Rhodope qui est en Thrace. Cette princesse ayant vu Démophon , fils de Thésée, roi d'Athènes , écouta favorablement ce prince , qui lui promit de l’épouser quand il reviendrait de Crète; mais Démophon tardant à reparaître, Phyllis se pendit, et fut métamorphosée en amandier.--Enfin Afcide lui-même, etc.—Hercule aima lole, fille d'Eurytus, roi d'Étolie : cette princess le forcait a prendre la quenouille et à filer.

Paa. 123, zic. 12. Raab,

Raab , femme de mauvaise vie de Jéricho, qui cacha dans sa maison des espions de Josué. En récompense de ce service, sa maison fut épargnée, quand Josué s'empara de la ville et la livra au pillage. Voyez Josué, chap. 2 et 6; saint Paul (Héb. chap. 11, vers 31), parle de Raab , et dit : « C’est par la foi que cette femme de mauvaise vie, ayant sauvé les espions de Josué , ne fut pas enveloppée dans la ruine des incrédules. »

Pac. 123, u0.13.— Le triomphe de Jésus Christ.

Quand il revint des Limbes avec les ames qu’il avait délivrées.

be ani D D ne AU LÉ CL à cé dt

PAG. 123, LrG. 14.— À ce ciel où finit l'ombre de votre monde.

Au ciel de Vénus. La fin de l’ombre de le terre arrive jusqu’au ciel de Vénus, suivant ce que dit Ptolémée, dans l’Almageste. Il ne faut jamais oublier que le Dante adopte is rc le système de Ptolémée.

las. 123, Lra. 20. — Sur cette terre, etc.

Le terre sainte. Pétrarque, dans le triomphe de la Renommée, chap. 2, dit :

lie superbi , 0 miseri cristani, Consumando }’ ua l” altro ; e non vi caglia Che ”l sepolcro di Cristo à in man di cant.

Pac. 1233, L1G. 21. — La ville où tu es ué, etc.

Florence est fille de Satan. A quels excès le dépit ue peut-il pas entrainer un poète furieux!

Pas. 125, zre. 2. — Une fleur mandite.

Le florin sur lequel était empreintun 1ys. Le poète suppose que c’est avee l’or qu’on a séduit Boni. face VIII, qu’il accuse de simonie. On commença à battre le florin d'or à Florence en 1252.

Pao. 125, Lie. 6. — Et qu'on ne pensée qu'aux décrétales.

Les Décrétales contiennent les lois ecclésiastiques en cinq livres ; Boniface VIII y en avait ajouté un sixième. On s’apperçoit de cette étude des décrétales, veut dire le poète, aux marges des parchemins sur lesquels elles sont écrites : ces marges sont usées par le frottement des mains qui les touchent.

Paa. 125, Lio. 11. — Mais le Vatican, etc.

Landino pense que le Dante veut ici prédire la mort de Boniface VIII, qui arriva en 1303. Vellutello prétend que le poète a l'intention d’indiquer les changements heureux qu’on attendait de l’arrivée de l’empereur Henri VII, qui voulait être médiateur entre les différents peuples d'Italie. Venturi se trompe dans sa uote sur ce passage ; il attribue à Vellutello l'opinion de Landino ; il parait aussi pencher à croire que le Dante a en vue de préparer Îles esprits aux révolutions qu’occasionnera la présence de Henri VIL Lombardi rejette toutes ces opinions. li assure que le poète a dù écrire ce chant vers 1314, quoique dans plusieurs endroits du poème, le Dante s'obstine à déclarer qu'il a composé toute la Divine Comédie en r300. Lombardi rappelle ensuite que

Boniface VIII n’est pas le seul pape qui ait déplu au Dante, et que l’empereur Henri VIl estmorten 1313. 11 peuse donc qu’il est question ici de la translation du saint - siége de Rome en France: elle eut lieu en 1305, sous le pontificat de Clément V qui s’établit définitivement à Avignon en 1309.

fois au ciel, même dans une vision , sans avoir la certitude d'y revenir après sa mort.

La femme brillante. — Béatrix.

Pac. 135 ,116. 9. — Je fus un des agneaux, etc.

C’est saint Thomas d'Aquin qui parle. Ce saint, né en 1227 d’uve famille illustre à Aquin , petite ville de la Campanie, s'était fait dominicain en 1243. Il est mort en 1274. :

Dans les Essais sur Paris, cinquième édition , 1976, tom. 7, pag. 153, 54, on lit :

+ Saint Thomas d'Aquin vivait du temps de LouisIX, qui l’admettait souvent à manger avec lui. Ce fut dans une de ces occasions que Thomas, naturellement distrait et toujours occupé, s’écria, sans songer où il était et en frappant sur la table: « Voilà qui est concluant contre l’hérésie de. Manès. » Ce même saint, entrant un jour dans la chambre d’Innocent IV, tandis qu’on y comptait de l'argent ,« Vous voyez, lui dit le pontife, que V'Église n'est plus dans le siècle où elle disait : Je n’ai ni or , ni argent. — Il est vrai, Saint-Père, répondit Thomas, mais aussi elle ne dit pas au paralytique : Lève-toi, et marche. »

Saint Thomas d'Aquin fut pour la théologie ce que Descartes a été pour la philosophie dans le dixseptieme siècle. On a appelé ce religieux, Ange de l’école, Docteur angélique, Aigle des théologiens.

NOTES DU CHANT x. 225

Le père Rapin ( Réflex. sur la Philos. , pag. 245 \ prétend que Martin Bucer, ministre luthérien à Strasbourg, disait : Toile Thomam , et eccliesiam romanam subvertam.

Pas. 135, ra. 13.—— Albert de Cologne.

Albert, le fameux maître de saint Thomas, était appelé Albert de Cologne, non parce qu'ii était ne dans cette ville, mais parce qu’il y avait vécu un grand nombre d'années, et y avait terminé sa vie, Il était né en 1205 , à Lawingen en Souabe. C'est ainsi que saint Antoine, né à Lisbonne, a été nomme saint Antoine de Padoue, où il a séjourné longtemps. Albert de Cologne dit Albert-le-Grand professait à Paris en 1248. Il avait été provincia! des Dominiceins.—Gratien. — « Gratien était un Bénédictin du monastère de Saint-Félix de Bologne, natif de Chiusi en Toscane. À l’imitation de Bouchard de Worms, d’Ives de Chartres, et de tant d'autres compilateurs , il avait fait un nouveau recueil de canons, intitulé la Concorde des canons discordans.- ( Abrégé de l’Hist. ecclésiast. tom. v , pag. 175. ) — Cet autre plus éloigné dont ce chœur est orné, fut Pierre, etc. — L’Abrégé de l’Hist. ecclésiast. offre ces détails sur Pierre Lombard , tom. v, pag. 172, 73, 74, 75: « Pierre était né près de Novare en Lombardie. Après avoir étudié à Bologne, il vint en France, étant recommancé à saint Bernard par l'évèque Luqgues , qui le priait de pourvoir à sa sub-

226 NOTES DU CHANT xX.

sistance pendant le peu de temps qu’il demeurerait en ce royaume pour ses études. Saint Bernard y poutwut pendant que Pierre fut à Reims, et quand il vint à Paris, il le recommands à Gilduin, abbé de Saint-Victor , supposant qu’il ne devait pas y faire un long séjour. Mais Pierre Gt un tel progrès dans les sciences, principalement dans la théologie, qu'il devint le plus fameux docteur de l’école de Paris. Il est principalement connu sous le nom de Maitre des sentences, à cause de l'ouvrage qu'il a composé sous ce titre, parce que c’est un recueil de passages des Pères, dont il concilie les contradictions apparentes. Cet ouvrage est un corps entier de théologie, divisé en quatre livres, et chaque livre en plusieurs distinctions.

«+ On a aussi de lui un Commentaire sur les psaunes, et un sur les épitres de saint Paul. Il fut éla évèque de Paris en 1159; mais il ne tint pas ce siége long-temps. Il est enterré à Saint-Marcel de Paris. -

Le Dante dit que Pierre, comme la veuve, offrit son trésor à l'Église , parce que cet auteur, daris ses livres de théologie , s'exprime ainsi : Cupientes aliquid de tenuitate nostrd', cum pauperculd in gatophylacium Domini mittere. Voyez saint Luc, chap. 21, pour ce qui concerne la citation de la veuve.

Pac. 135, 16. 22. — La cinquième splendeur.

Salomon.—Plus loin tu vois cette lumière , ctc.—

EE mn. ST

Saint Denis l’Aréopagite, philosophe d’Athènes, qui embrassa le christianisme après avoir entendu saint Paul. On lui attribae l’ouvrage intitulé de Cælesti Hierarchié. Venturi dit que saint Denis n’est pas l’auteur de cet ouvrage; Lombardi paraît croire qu’on a eu raison de l’attribuer à ce saint.

Pao. 137, 110. 8. — Dans nne lueur moins éclatante, sourit cet avocat des temples chretiens.

Le Dante, selon Vellutello, veut parler de saint Ambroise, archevèque de Milan; mais Grangier , Venturi, Lombardi et M. Portirelli pensent qu'il s’agit de Paul Orosius , auteur de sept livres contre les Gentils qui calomniaient la religion chrétienne. Ces livres furent dédiés à saint Augustin. Ce dernier fat mention de Paul Orosius dans son livre de Ratione animæ ; il écrit à saint Jérôme :

Ecce venit ad me rcligiosus juvenis, catholica pace frater, ætate filius ,honore compresbyter noster, Orosius , vigil ingenio, paratus eloquio, Ragrans studio, utile vus in domo Domini esse desiderans, ad refeltendas falsas perniciosasque doctrinas , etc.

las. 537,110. 13.-— La huitième

Hocce, auteur du livre intitulé de Consolationce plulosophiæ, dont le Dante a emprunté plusieurs

idées. Boëce était sénateur à Rome sous Théodoric, roi des Goths. Il a été enterré à Pavie dans l’église de Saint-Pierre dite Ciel aureo.

Pas. 137, L10. 21. — D'isidore, de Bède et de . Richard.

Saint Isidore , évêque de Séville en 6ox ; Bède, prêtre anglais surnommé le Vénérable, qui mourut en 735 ; il est auteur de l’Histoire ecclésiastique des Anglais , et d’un ouvrage intitulé, des Six dges du monde. Richard, chanoine régulier de Saint-Victor ; Noël Alexandre en parle ainsi dans sou Histoire eccléshastique , siècles onzième et douzième, chap. 6, art. 15 : Richardus à Sancto-Victore, vir pietate et eruditione conspicuus, theologiæ mysticæ peritissimus.

Pac. 130 , io, 3. — De Séguier.

Mot à mot : « Cette lumière est l’éternelle lumière de Séguier , qui lisant dans la rue du Fouarre présenta des propositions vraies qui excitèrent l'envie. « bd

Par Vico degli strami le Dante entend évidemment a rue du Fouarre, située à Paris, près la place Maubert.

Voici l'explication de Grangier, qui est une autorvité respectable dans cette circonstance, puisqu'il

NOTES DU CHANT x. 229

s'agit d’an professeur de Paris : « Icelle est la clarté ézernelle de Séguier, qui lisant à la rue aux Fouerres, (c’est auprès de la place Maubert à Paris, ) argumenta plusieurs syllogismes véritables et non sofistiques, non sans enuye des autres lecteurs et régens qui traitoient de la dialectique en son temps. -

Saint-Foix, Essais historiques sur Paris, pag. 170 et 171, s’exprime ainsi à l’article de la rue du Fouarre :

« L'université avait autrefois ses écoles des deux côtés de cette rue. Elle prit le nom de rue du Fouarre, vieux mot qui signifie de la paille, de la graude consommation qu'en faisaient les écoliers : 1$ n'étaient assis dans les classes que sur de la paille. Anciennement il n'y avait aussi ni bancs ni chaises dans les églises. On les jonchait de paille fraiche et d'herbes odoriférantes, surtout à la messe de minuit et autres grandes fêtes. »

Pas. 139, Lra. 6. — Où l'épouse de Dieu.

| L'Église prise pour tous les ministres de la religion.

Pac. 139, Lio. 12. — Les roues glorienses.

è La ronde des substances qui avaient déja tourné trois fois autour de Béatrix et du poète. Voyez pag. 133, lig. 15.

oceces ee

Pac. 141, 16. 1. — O soin insensé des mortels ,etc. 5

Venturi voit ici une imitation de ce passage de Lucrèce :

O miseras hominum mentes ! 6 pectora cæca !

Qualibus in tenebris , cic.

Paa. 141, 116. 13. — Les différents esprits.

Les esprits que le Dante a vus dans le chant précédeut , et parmi lesquels se trouvent saint Thomas d'Aquin, Albert de Cologne, Pierre Lombard, saint Denis l’Aréopagite , Orosius , Boece , Isidore, Bède, Richard de Saint-Victor et Séguier.

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