‹ Le Paradis de Dante illuminé a giornoChapitre 10 sur 23 · L*un tout enflammé des ardeurs de Tamour · texte numérisé non relu

L*un tout enflammé des ardeurs de Tamour

Vautre pour la doctrine apparaissant sur terre L'égal des Chérubins à la vive splendeur.

11. Telle est la pensée apparente, mais elle a son revers comme tout ce que le poëte formule. De même que Zeraph signifie flamme en hébreu, Cherub signifie bœuf. Et, en efTet, les chérubins qac l'on voyait*figurés sur Tarche sainte n'étaient autres que des têtes de bœufs rouges armées de cornes. Il y a donc là comme une réminiscence du minotaure. Ce qui peut autoriser à traduire l'attro per sapienza in terra ftte di cherubica luce uno splendore, l'autre fut, sur la terre, pour ceux qui ont la science unie à la sagesse, le gai savoir, sapienza, un sinistre, un rouge éclair de lumière chérobique. On se rappelle que le rouge était la couleur des Guelfes et que Foulque, le persécuteur, l'ami de saint Dominique, a été comparé i un rubis balais.

A l'éloge de l'un, à Vautre on rend honneur, etc.

12. Comprenez tout ce qu'il y a de perfide habileté dans celte

phrase dool voici le sens intime : Priser l'on à sa valeur réelle» c'est apprécier les mérites de Tautre, quel que soit celui dont on pirk, (jual ch' uam prende. Ainsi, dire que l'un fut un ange, c'est dire que l'autre fut un démon incarné, et réciproquement Leurs œuvres, si diverses, n'eurent pourtant qu'un même but dans la pensée diviue, perché ad un fine fur l'opère sue; ce fut, par l'un, de raflerfflir l'église albigeoise dans l'amour, et, par l'autre, de la rattacher à l'époux dont le sang coula pour elle, en lui faisant verser à flots le sang de ses martyrs. Tout cela se comprend sans efforts, mais non sans ciouDcment.

Entre Veau du Tupin et celle qui descendj etc,

13. La ville d'Assises s'élève à l'est de Pérouse, sur un coteau qui se rattache k la chaîne des Apennins, derrière laquelle se trouvent et Gualdo et Nocera des païens, dans le royaume de Naples, où régnait alors Robert d'Anjou. Le poète trouve ainsi moyen de donner un souTCDlr à Frédéric If, qui installa dans Nocera une colonie de ses fidèles Arabes, et de décocher un trait contre le tyran guelfe, allié dévoué du saint-siége. Le froid et le chaud auxquels donnait également accès la porte du Soleil, porta Sole, fait allusion à l'influence contraire que subissaient alternativement ceuï de Pérouse, influence gibeline du côté de la Lombardie, guelfe du côté de Naples.

ComtM sort quelquefois du Oange celui-ci,

ik. Un sole, un soleil d'Orient, remarquez-le, et tel qu'il se lève aux bords du Gange, bien différent dès lors de celui qui éclaire les régious ténébreuses de l'Occident.

C'est celui d'Orient qu'il faut lui réserver.

15. Le frère Thomas Gelano, Franciscain, écrivant, par ordre de Grégoire IX, la vie du saint fondateur, avait dit : Quasi sol oriens in mundo, Beatus Francisais viia, doctrina et miraculis claruit, Dante ne fait donc qu'ajouter le calerabourg d'Ascesi aux paroles du frère mineur, qu'il met ici dans la bouche du docteur angélique, en insistant pour constater que les sentiments dont saint François fut animé, étaient ceux-là roêoie dont s'inspiraient les fidèles d'Amour, en adoration devant l'étoile d'Orient et la rose de Syrie.

Tout jeune, il affronta la guerre avec son jsère, etc.

16. Quoi qu'en pût penser Dante en prenant saint Thomas pour interprèle, cette proposition, que la terre se réjouit de voir un Qls braver le courroux paternel pour se faire le chevalier de la pauvreté et, à plus forte raison, pour s'enrôler parmi les pauvres de Lyoti, pourra rencontrer quelques incrédules; mais tout le monde comprendra que la porte du Gai savoir fut termt^ aux Papistes, alla Morte la porta del placer nessun disserra.

Et l'épousa devant Vépiscopale eour, Coram pâtre suo, etc.

17. Allusion à la renonciation que fit solennellement saint François, devant Tévêquc d'Assises, à Thérilage paternel ; mais le poêle nous a habitués à une telle dextérité de main que nous sommes eu grande suspicion de celle spiritual aorte suivie du Et coram paire suoy formulé dans la langue rituelle de l'Église romaine! Pourquoi et, s'il s'agit d'un seul et même pouvoir? Dante n'aurait-il pas voulu donner à entendre par là que le bienheureux François ne se serait rendu devant l'évéque pour le mariage religieux, qu'après l'acte civil accompli devant une autre autorité, désignée comme essenliellcnieui spirituelle. Remarquez, en effet, qu'il n'emploie d'ordinaire le moi corte que dans un sens d'opposition à ce qu'on appelait la cour de Rome ; par le motif qu'il ne reconnaissait qu'une seule cour, d uù dérivait, selon lui, toute puissance et toute justice.

Sous Vhumhle toit de chaume elle ne s'émut pas A la voix de celui qui fit trembler le monde.

18. Ne voilà-til pas une belle recommandation en faveur de la pauvreté et faite pour lui attirer en foule des. demandes en mariage? Mais il fallait que Thomas d'Aquin payât aussi en passant son tribut à César, le fondateur de la monarchie romaine ; il fallait qu'il rendît hommage à l'église vaudoise, celle des pauvres de Lyon» dans ccUe personnification de la pauvreté.

Suivre le Christ, moyiter avec lui sur la croix, Lorsque Marie au pied demeurait éplorécy etc.

19. 3Iarie, l'Église évangélique, reste giuso, en bas, abattue, par la puissance toujours croissante de son ambitieuse rivale, et, dans son état d'abaissement, elle demeure fidèle tout à la fois au Christ et à la

pauvreté. Combien la concision ne venait-elle pas en aide à celte pensée dont l'expression devait toujours comporter deux sens en opposition !

MaiSt pour que ma parole à l'excès figurée, etc,

20. Perde io non procéda iroppo chiuso; si nous ne nous en étions pas déjà aperçu, nous voilà prévenu que saint Thomas s'exprime dans le langage dus des fidèles d'Amour. On voit s'il a pour cela de bonnes raisons. •

Tu sauras que François est un de ces amants, L'autre la Pauvreléy etc.

21. Encore deux fidèles d'Amour. Bientôt le Paradis ne sera plus assez vaste pour les contenir tous. Mais qu'on se rassure, tous les Franciscains n'ont pas épousé l'église vaudoise, en se vouant à la pauvreté comme leur fondateur.

Leurs amoureux regards étaient Voccasion D'édifiants pensers et de tous la merveille.

22. Lieti sembiantù On voudra bien se rappeler le lieto fattore et remarquer que cette épithètc n'est jamais employée par le poète qu'allusivement au gai savoir et à l'église dont il constituait l'enseignement. Or, comment les fidèles d'Amour n'auraient-ils pas été édi- Gés de la pauvreté volonlai rc de saint François, de son inépuisable cha* rite, offrant un contraste si frappant avec le luxe et l'orgueil égoïste des prélats romains; les catholiques surtout qui, moins bien informés qoe saint Thomas, ignoraient que le saint mendiant d'Assises n'aurait été autre qu'un pauvre de Lyon ?

D'un tel exemple ému, le révérend Bernard^ etc.

23. Ainsi se serait appelé le premier compagnon de saint François, bientôt suivi de deux autres dont les noms auraient été Ëgidius et Sylvestre ; or, ces premiers Franciscains auraient été mus par le même esprit de charité que révélait Dante au monastère del Corvo, par ce simple mot : pace; c'est lui qui les faisait courir dietro a tanta pace. « Mes frères, s'écriaient les premiers prédicateurs fransciscains, que la paix règne parmi vous ! car la paix, c'est la justice ! la paix, c'est la liberté, la liberté tranquille I » Et c'était pour obtenir cette paix de liberté que Dante appelait un monarque universel. Nous hésitons à croire que le Bernard dont il est question ici soit

le maître des Yaudois, venu à Rome en 1212, pour oblciiir da saintsiège l'approbation de leur secte, et que Conrad, abbé d'Ur^perg, y vit à celte époque, comme il le raconte lui-incmr. {Conr. Ursper, Ad an. 1312.) Mais s*il fallait, avec M. Séb. Ilhéal, dans son monde Dantesque, admettre qu'Egydius et Sylvestre sont « les deux fiumbles Papes de ce nom, » il faudrait nécessairement appliquer à L'abbé de Glairvaux, converti dans sa vieillesse à la foi évangélique, comme le prétendaient les hérétiques, le venerabile Bej'nardo à qui paru' esser tarda en s'élançant sur les traces de saint François. {Voy, Reinier,267.)

* Tant les charme l'épouse, etc.

2/i. Tant l'église \audoisc les charme par ses enseignements et ses exemples, si la sposapiace; rappelez- vous , veni de Ubano sponsa. (Purg. xxx.)

... El fuis s'en va ce père.

Ce maiire accompagné de sa famide entière, elc,

25. Saiot François n'est pas seulement un père pour les membres de l'Ordre qu'il fonde, il est un maître, un initiateur, ce que Virgile ou de Yirgilio a été pour Dante,'qui l'appelle son maître et son père. Son umile capestro deviendra la houppe dentelée des maçons du Temple, la cordelette, l'abùo porté sur la chemise par les Cathares. {Lib. sent. inq. Tolos. 2^9. Ârch. d'û/.^ 1273.) Schmidt. u, 127.

Mais, d'une âme royale, au pontife Innocent, eîc»

26. Nous ne doiitons nullement que, dans la pensée du poêle albigeois, l'adverbe regalmente ne signifiât, inspiré par l'art royal, équivalant à la Gaie science, et que l'épi thète dura^ appliquée à l'Ordre nouveau, appelé à dessein religione, ne soit en parfaite correspondance avec celle de cruda affectée à Mauto, celte persomùficaiiou de l'église albigeoise. {Enf. xx.)

Et lui fait approuver tordre pieux qu*il fonde.

27. Innocent III ne voulut jamais accorder aux frères mineurs, envers lesquels il se montra toujours assez défiant (durus), par suite du souvenir qu'il gardait -des Pauvres de Lyon, bientôt fondus avec les Albigeois, au delà d'une autorisation verbale. Elle ne fut convertie en bulle que par son succe!>seur, Honorius lil.

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Sur les pas de celui dont, seul, IdcAoww des Anges Devrait dire la vie et chanter Us louanges, etc.

28. Les excellents anges du Temple s'acquitteraient plus dignement de louer le pastenr italien des pauvres de Lyon, gente poverella, que les Franciscains dégénérés qui, infidèles à Tesprit de charité de leur fondateur, exercent contre leurs anciens frères les fonctions d'inquisiteurs de la foi.

De Vkumhle archimandrite, institut, vœux et lois, etc.

29. Lavoglia santa, dans l'intention de Dame, signifie à n'en pas douter la constitution cathare, pure ou sainte, inspiration de l'esprit d'Amour, deW etemo spiro. Il su£St pour s'en convaincre de se reporter au ch. XXII du Purgatoire, où le Toulousain Stace parlant des pasteurs albigeois persécutés par Innocent IH, le Domitien pontifical, les désigne comme autant de saints.

U va, sous le regard du Soudan orgueilleiuc, etc.

30. Nous n'admettons certes pas que saint François d'Assises, ayant adopté les doctrines vaudoises, soit parvenu à les faire pénétrer subrepticement dans r£g1ise romaine, et soit ensuite parti, animé d'un zèle ardent , pour les porter chez les Sarrasins ; mais nous comprenons comment Dante s'est trouvé amené à le considérer comme un de ses coreligionnaires. Fils d'un marchand nommé Bernardon, et baptisé lui-même sous le nom de Jean, il avait voyagé en France avec son père et il en avait appris la langue, puisqu'il fut appelé Francesco ou le Français, à cause de son goût et de sa facilité à la parler ; puisque c'est sur le mètre des chansons d'amour de la Provence qu'il exhalait son pieux enthousiasme. Ainsi pour Dante, comme pour Pétrarque, De vUa soiùaria, il aurait puisé dans ce pays, dans ses relations avec les Vaudois, cette charité, cette humilité dont font foi tous ses actes. Nous lisons, de plus, qu'en 1228, saint François aurait converti son compatriote, le Parfait Pierre d'Assises, emprisonné à Rome. La légende du saint ajoute, qt^il délivra miraculeuse^ "tmr le nouveau catholique. (Lami, c. 191.) S'il était réellement converti, à quoi bon un miracle pour le tirer de prison? Saint François aurait dû, par suite, au patronage des Templiers, en rapports continuels avec les Albigeois, qui pcut-*étre même l'auraient appelé en Syrie, Vinfluencc exercée par lui dans le camp des croisés, qu'il exhortait à différer les combats, ainsi que les moyens d'arriver jus-

qu'au Soudan» au milieu de ht haine fanatique des deui populations ennemies. Grâce à eux enfin, il aurait été bien accueilli de Saladin, leurdliê politique secret, prince philosophe, qui laissa le saint prêcher librement devant ses imans, tâche qu'il accomplit en invoquant surtout contre la religion du prophète, chose assez remarquable chez un saint, l'autorité de la raison naturelle.

Surveiller la moisson que produit Vltalie.

31. VitaUca erba nous reporte aux plantes nouvelles, aux néophytes, si bien endoctrinés dans le Temple, naiural vasello. (Purg. XXV.) Or Dante veut donner à entendre que la propagande franciscaine se faisait au profit de la secte albigeoise, appelée seule à recueillir le fruit de la plante italique, semée par le saint fondateur. Saint Thomas continue ainsi à parler le langage clus, après avoir déclaré ne plus vouloir en faire usage.

Sur un 4fn rocher, que de son dernier sceau Le Christ daigna Vempreindre, etc,

32. Le crudo sasso est encore une indication albigeoise, en rapport avec la dura voglta, la cntda Manto et la cruda Erychtone ; ainsi les stigmates auraient été le signe miraculeux le sceau, sigillo^ de la faveur d*en haut, imprimé sur ce pauvre de Dieu, qui s'était fait petit et misérable, pusillo, en opposition à ceux qui, contrairement aux leçons du divin Maître, n'aspiraient qu'à se rendre puissants et riches en ce monde.

A ce la}>eur bénit dignement terminé^ etc.

33. Quando a colui che a tanto B. E iV. sortitlo pxacque. Lorsqu'il plut à celui qui le destina à être d'un si grand secours à la foi évangélique et à la cause impériale ; & faire triompher la cause de Béatrice etdeQenr.

A ses frères en Dieu, comme à ses héritiers^ Sa voix recommanda sa compagne chériet etc„

3A. La sua donna pià cara, porte le texte ; saint François aurait donc eu deux dames. Nous en connaissons une, la Pauvreté ; l'autre serait alors la foi vaudoise, h piii cara, et Dante a bien fait tout ce

CHANT XI. 89d

qo'il pontaîc raisonnablement tenter ponr nous le faire comprendre. Mais poQrsaivotts, cela va peut-être s*eipliquer.

Uaimer fidèlement fut leur soin dans la vie,

35. Caniandô che Camassero a fede ne signifie pas, il leur commanda de l'aimer fidèlement, mais bien de Taimcr comme leur foi. On le voit, l'explication ne s'est pas fait attendre.

Foulant gue Hule \\ l'fâi pour linceul ttfowr hihre.

36. Ce fut du sein de l'église vaudoise, dei grembo délia donna pà cara, que son cœur voulut retourner au ciel/ S'il fallait donc en croire le pasteur de l'église de Florence de préférence à l'Église romaine, saint François serait mort dans le sein de l'église vaudoise ; c'est à elle qu'il aurait légué son corps, lorsque son âme aurait regagné le ciel» et la Portioncule ne serait qu'une chapelle évangéliquc. On conçoit en effet qu'on Tenille être enseveli dans telle ou telle église, mais non pas qu'on se fasse une bière de la pauvreté , al suo tOTpo non voUe altra barra,

Dante après tout ne se ût-il pas illusion de bonne foi ? Il est certain que la canonisation du Parfait Armanno Pangilovo au moment d*être proclamée, de son temps, par TÉglise, put contribuer à lui donner la conviction que le saint pauvre d'Assises était comme le Cathare ferrarais, un de ses coreligionnaires. Afin qu'on on puisse joger on trouvera ci-dessous ce fait si remarquable (1).

9) L*hérés!e aPétalt maintenue I Kterrare, Aalgré l^StabItssen1ent de rinquisition. A la rooftté du xin* siècle, elle y atait, en secret, des partisans dévoués pannt les bourgeois et tes nobles ; entre autres Armanno PungiloTo, riche particulier, picut, chariuible et menant une fie sans reproche. Accusé d*abord comme Vaudols, en 12 5Q, par le Dominicain Aldobrandinf, inquisiteur général en Lombardie, il abjura, promettant de rester fidèle à i^figlfse, sous peine d^une amende dt 100 livres. Il fut relevé de celle promesse en 1287 par l'évéqnc de Ferrare qui, témoin de sa piété, lui rendit ainsi sa liberté. Mais alors Armanno, indigné de la cruauté des persécuteurs, sentit se nWeiller sa sympathie pour les victimes. Les Cathares, de leur côté, profitèrent de ces dispositions pour attirer % eux m homme qui, parmi les catholiques, Jouissait d'une haute réputation de sainteté. Un vieux ParMt, nommé Martin Campliello, qui était venu à Ferrare le visiter, comme I te meilleur chrétien du iiays, t fut découvert et condamné au feu. Armanno l*accom- . pagna ao bûcher en pleurant, et en disant à la foule, que ce vieillard était un saint et que la terre ne devrait plus porter ceux qui osent brûler de pareils hommes. En 12(n il se rendit à Vérone, ob il reçut le consolamenWM des mains d'Albert, évéque cathare, de la branche de Bagnolo. Dès lors il fut un des membres les plus télés de l'église dissidente. Souvent en voyage, pour visiter ses ft'ères dans les villes de la Lombardie et de la Romagne, il hitsait des collectes pour ceux qui étalent condamnés à la prison perpétuelle; il allait les voir et les Oùosoler, les accompagnait au supplice. Dans sa maison, h Ferrare, il recevait les Parfaits et les ministres, se dévouait à leur service, portait aux croyants dam les cmpagnea et dans let villes toithies le pain bénit, cherehalt k fkire des prose-

S'il était possible d'accepter la thèse mise dans la bouche de saint Thomas d*Aquin , il en résulterait que sainte Claire, Taniie dévouée de saint François, aurait aussi embrassé la foi vaudoise, qu'elle aurait fondé le second Ordre, sous le nom de Sœurs de Sainte -Claire, pour ouvrir aux femmes l'institut franciscain (1). Enfin, que le tiersordre aurait été institué dans le but de propager d'autant la foi évangélique, surtout dans les classes inférieures, et d'arriver à une organisation politique différente de celle qui existait alors. C'est en effet ce que semble donner, à entendre un écrivain, qui a publié une biographie intitulée : Saint François et les Franciscains, o A l'origine ,

lytes et donnait le eonsolamentttm aux malades et aux mourants. Cette activité sectjirc ne se rallentit pas Jusqu'à sa mcMrt, le 10 décembre 1269, et, chose remarquable, il avait su s'entourer de tant de mystère, quMl mourut sans que TËglise eût conçu le moindre soupçon sur son orthodoxie. Il fut donc enseveli dans la cathédrale de Ferrare, au roilieu d'un concours de peuple, pleurant en lui un bienfaiteur et louant hautement la sainteté de sa vie. Dante, inhumé dans une église, est encore exalté pour son orthodoxie. De tous les côtés les Cathares vinrent dès lors prier au tombeau d^Armanno, et en voyant un des leurs enseveli sous les dalles d'une cathédrale, révéré comme un saint par les catholiques, ils conçurent l'idée de simuler des guérisons miraculeuses opérées sur celte tombe. La vénération publique s'accrut au point qu'un autel y fut élevé. Des statues furent érigées dans les églises de Ferrare à l'hérétique défunt et ses miracles chantés par les rues. L'évéque de Ferrare en fit Pobjet d'une enquête, et de nombreux témoins dé> posèrent de cécités, de paralysies guéries par l'intercession d'Armanno, enfin un document pnUic dressé par le chapitre déclara qu'il avait été « Un chrétien fidèle, chaste, humble, patient, miséricordieux, dévoué à Dieu et à la Vierge, et portant sans murmurer la croix do Christ. • Dante avait à cette époque de huit à dix ans.

Informé de ces faits, l'inquisiteur Aldobrandini fut moins crédule : il ei\|oignit au chapitre de Ferrare de déterrer le corps du prétendu saint et de le Jeter hors de la cathédrale. Sur son refus, il fut excommunié par l'inquisiteur ; mais il en appela au Pape, qui ordonna une seconde enquête plus rigoureuse que la première* Les témoignages fareot tels et le clergé de Ferrare persisu si bien dans sa conviction, que Venquête fut renouvelée jusqu'à huit, fois dans l'intervalle de 1270 à 1300. Enfin Boniface YIII ayant ordonné une procédure définitive, les inquisiteurs rendirent, à Ferrare, leur sentence solennelle le 23 mars 1301. Elle déclara Apnanno Pungilovo hérétique , condamnant sa mémoire ta la damnation éternelle, • ses os à être déterrés et brûlés, l'autel démoli et les statues brisées. Elle prononça de plus la confiscation de ses biens et la nullité de tous contrats faits par lui. Le podestat dut Jurer d'exécuter cette sentence sous peine d'excommunication pour lui et d'interdit pour la ville. {Voy. les actes ap. Muraiori, Antiq. UaL v, 90 et soiv.) — On trouvera dans VHist. des Cathares, par Schmidt, dont nous avons extrait ce récit, divers exemples de sectaires répondant avec une admiraUe présmce d'esprit aux questions les plus subtiles des examinateurs, et passant durant de longues années pour des catholiques d'une parfaite orthodoxie.

(1) • Depuis le commencement du xiii* siècle, il est fait mention de maisons où vivaient ensemble des femmes Parfaites, sous la direction d'un Parfait ou d'un diacre. Ces femmes, qui portaient un habit particulier, sanblableàcelui des religieuses de l'église, s'occupaient de l'éducation des filles des nobles et à la prépaniUon de celles qui, par le cousolamentumj voulaient se faire initier dans la secte. Il y avait de ces maisons à Fai^Jaux,* à Gaian, à Montréal, à HIrepoix. {Arch, de Vinq. de Carcass,, Doat. xxiu, P* 162, 2Vu) L'hérésie avait même pénétré Jusque dans des couvents catholiques, iki en cite un dont toutes les nonnes appartettaient à la secte; quoiqu'elles eussent conservé l'habit de leur Ordre, {fbid,^ f°* 1 et suiv.) » Schmidt, Uist. des Calh.^ i, p. 200.— Qu'on veuille se reporter aux notes du chant m relatives à Piccarde, dont le nom pourrait bien avoir ea sa signification sectaire, comme ceux des Parfaites de Montréal (fM(t), 5erena, Bonafilta Romeua, Pagana, et se rapporter à une branche hérésiarque dans la Picardie. (Sch. i, ftl.)

tel qae saint François l'organisa, dit M. Frédéric Morin, tel que les empereurs d^Aileuiagnc le combattirent, le tiers-ordre n'était pas seulement une confrérie pieuse , c'était une association gigantesque, qui embrassa toute l'Italie, puis bientôt toute la chrétienté, et dans laquelle les membres, en s'astreignant à quelques rendes pratiques re- UgieuseSj s'imposaient avant tout l'obligation de travailler vigoureusement et en commun à Cceuvre politique. Et, en effet, on peut dire à bien des égards que c'est le tiers-ordre qui a vaincu la féodalité, que c'est du tiers-ordre qu'est sorti le tiers-étal. » P. 72.

A la page suivante, le même auteur ajoute : « Les frères mineurs aspiraient à la perfection de la charité, et les faits politiques sont légitimes dès qu'ils réalisent la justice. Sans doute, par leur seule existence, ils servaient déjà la cause de la civilisation, ils maintenaient à travers le chaos de la féodalité l'idéal chrétien de l'égalité et de la fraternité humaine. Ils entretenaient dans les âmes ce sentiment de h perfection, ce besoin du mieux, qui est la source de tout progrès; mais ils ne pouvaient coopérer activement et en quelque manière physiquement à ce projet. Il fallait, en dehors de leur organisation, fondée en vue de la vie de l'âme, une autre institution qui fût plus appropriée aux infirmités des âmes médiocres et au rôle de la vie ci» vile, qui est de réaliser le droit. Cette institution, qui, dès lors et par son origine même, est essentiellement politique ; ce fut celle du tiers-ordre. Par un mécanisme extrêmement simple , il était destiné à relier entre eux tous ceux qui avaient le désir d'amener le triomphe de la justice sur la force, »

Pour peu que l'on combinât ce que M. i\lorin expose si bien avec ce qui pourrait résulter de l'éloge de saint François , tel que Dante Fa mis dans la bouche de saint Thomas d'Aquiu, on arriverait facilement h comprendre comment des hommes politiques , tels que le vieil Ëzzelin de Romano et Guide Montefeltro, se retiraient dans des monastères; comment Dante se serait fait affilier au tiers-ordre, et comment il aurait eu la pensée de faire jeter à Géryon, par sou maître Vii^ile, la corde dont il aurait ceint ses reins dans un but politique, corde qui n'aurait été que celle d'un Franciscain du tiers-ordre, le fitum, ou la houppe dentelée d'un aCBlié du Temple. {Voy. Schmidt, u, 127.)

Quel fut son digne émule au but à diriger Droitt en la haute mer, la barque de saint Pierre*

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