chapitre pour obtenir le revenu d'une simple prébende. (Catel
864 LE PAIIADIS.
Méni., p. 889.) Quand Kouragan de la croisade éclata sur les pays diS langue d'oc, Foulques, l'âme ulcérée par les outrages dont les Toulousains l'avaient abreuvé durant plusieurs années, ne respira que vengeance et, se rattachant étroitement à l'abbé de Ctteanx, ainsi qu'à Simon de Montfort ; on le retrouve partout suggérant les mesures les plus violentes. « Les légats, dit l'historien provençal, étaient constamment excités par le maudit évêque de Toulouse, Folquet, qui ne cessait de chercher la perte de son seigneur, donnant toujours à entendre que son pays était plein d'hérétiques, principalement Toulouse (septembre 1210). • Aussi quand Raymond Béranger comparaissait à Saint-Gilles devant le légat Theudise, et ne pouvait retenir ses larmes aux dures conditions mises à sa réconciliation, le malheureux comte entendait-il le représentant du pontife lui dire ironiquement : « Quelque grand que soit le débordement des eaux, elles n'arriveront pas jusqu'au Seigneur, » et toutes les concessions qu'on lui arrachait n'avaient-elles pour but que de hâter sa ruine.
Le moment vint où le comte de Toulouse résolut de faire lête à l'orage et de défendre jusqu'à l'extcémité ses domaines contre les croisés de Montfort; où l'aveugle Tiresias recouvra les niasckiU penne (Enf. xx). A ce moment, l'évêquc Folquet abandonne son diocèse pour courir ameuter les populations de la France contre les hérétiques du Midi ; ' puis, revenu audacieusement dans Toulouse, où Raymond a la longanimité de le laisser rentrer, il reconnaît cet acte de tolérance en allumant la guerre civile dans sa cité. Une confrérie qu'il organise, dans le but de }X)ursuivre à force ouverte les hérétiques, usuriers, routiers et juifs, et qu'on appelle la confrérie blanche, en vient bientôt aux mains dans la ville avec une autre bande, qui prend le titre de confrérie noire. Requis par le légat et par Folquet de porter secours à Simon de Montfort, dont l'armée assiégeait Ijivaur, ces hommes fanatisés sortent de la ville au nombre de cinq mille et vont, malgré le comte Raymond, se joindre à ses ennemis.
La mesure était comfolf», et cette fois le comte chassa l'évêquc rebelle; mais Folquet n'en fut que plus acharné à la perte de son suzerain. A peine Lavaur avait-il succombé que, sous son inspiration, les légats, vouant Toulouse au sort de Béziers, se portaient sur son territoire avec toutes les forces des croisés, brûlant et massacrant tout sur leur passage (mai 1211). Arrivés sous les murs de la place, ils s'apprêtèrent à en faire le siège et, sur l'ordre de Foiqnot, h*. clergé sortit processionncUement de la viHe excommuniée. Mais li*s
membres de la confrérie Blanche, éclairés par la catastrophe de Lavaur et par leur contact avec les croisés, s'abstinrent de suivre les prêtres et se réconcilièrent, dans rinlérêt conauiun, avec la confrérie Noire.
Lors de la désastreuse bataille de Muret, nous retrouvons Timplacable ennemi du comte Raymond : « Là vint i'évêquc Folquet, la mitre en tête et le bois de la vraie croix en main • pour bénir farméc des croisés et promettre le paradis à ceux qui périraient dans Ta mêlée. I^ latte une fols engagée, les évêques et les clercs, parmi lesquels nous trouvons saint Dominique et le terrible abbé de Gîteaux qui, 8*étant fait élire archevêque de Narbonne, prenait arrogamment le titre de duc, se retirent dans l'église de Muret, où ils « criaient vers le Seigneur et poussaient au ciel de si grands mugissements qu'ils semblaient plutôt hurler que prier. » {Cansos de la crosada. P. de Yaucernay, G. de Puyiaurens.)
A peine les prélats du concile de Montpellier (1214) ont-ils disposé en faveur de Simon de Montfort de tous les pays conquis par l'armée de la foi, quel est celui que désigne le cardinal-légat pour prendre possession de Toulouse au nom de l'Église romaine ? (J'est encore l'évêque Folquet, et on le voit se charger avec empressement de cette mission peu honorable pour un homme d'église, chasser de son palais Raymond YI, le légitime souverain, à quixil avait prêté serment de fidélité, et le réduire à s'abriter avec son fils, sa femme et sa bru dans la maison de David de Roaix. Le poêle de la croisade affirme que dans le conseil qui fut tenu à Toulouse, conseil où assistait le prince Louis de France, on agita si l'on ne détruirait pasToubase par le fer et le feu, « l'évêqde folquet était de cet avis, pour punir les Toulousains de la protection qu'ils avaient accordée aux hérétiques. Mais Simon de Montfort réfléchit que détruire la ville ne serait pas à son avantage et fit décider qu'on se contenterait de nser les fortifications. » {Voy. Chronique languedocienne, Frewes de i'hist, de Langued., p. 87.)
 la fin d'octobre 1215 se réunissait le concile de Latran, convoqué par Innocent III, et l'évêque Folquet y amenait le chanoine d'Osma, Dominique, dont il avait pu apprécier le zélé et le caractère dans toute la période de la croisade; ce fut lui qui demanda au pontife h confirmation de l'ordre des Frères Prêcheurs, établi à Toulouse sons son pati^nagc et avec son concours actif depuis l'an 1!207. On croira difficilement que Folquet se serait montré protecteur aussi chaleureux du chanoine espagnol s'il avait rencontré chez lui un
censeur rigoureux de sa politique sabguinairc et une Ti^e opposition à ses actes de vengeance haineuse.
Dans cette assemblée, qui réunissait 1,200 prélats, des Toix indignées se firent entendre en faveur du malheureux comte de Toulouse et de ses sujets massacrés par milliers. D*autres flétrirent énergiquement la conduite de Folquet. « Cet évéque, s'écriait l'archidiacre de Lyon, fait vivre dans le deuil plus de 500,000 hommes, dont Pâme pleure et dont le cœur saigne... » {Poème de la Croisade, § 1&3-152.) On ne voit pas que ces voix accusatrices aient été appuyées par celle de saint Dominique qui, n'ayant pas quitté le théâtre de cette lutte acharnée, aurait pu, mieux que personne, éclairer par son témoignage la religion du pontife et des Pères. Quoi qu'il en soit, ses deux protecteurs sortirent triomphants de l'épreuve, et l'héritage de la maison de Toulouse, sauf le marquisat de Provence, réservé au fils de Raymond VI^ fut dévolu à Simon de MontforL (Labb., ConciL, t. xi.)
Mais, en 1216, Marseille, soumise jusque-là à la suzeraineté de la maison de Narbonne, ayant présenté ses clefs aux deux comtes de Toulouse; puis, Avignon et tout le Yenaissin avec le marquisat de Provence ayant suivi le mouvement, cette levée de boucliers vint meure en péril l'établissement de Moutfort. (Pierre de Yaucernay, 83, et G. de Puyiaurens, 28.) Réduite laisser Beaucaire à son rival, il revint en hâte vers Toulouse, dans la crainte que les habitants ne livrassent leur ville aux Raymond. A son approche, les Toulousains, effrayés, envoyèrent une députaiion implorer sa merci; Gui de Montfort conseillait à son frère de les accueillir favorablement, plusieurs autres chefs partageaient cet avis; mais il fut combattu par l'évêque Folquet, toujours partisan des mesures de rigueur. « Une fois en la cité, dit-il, il ne faut épargner biens ni gens, mais prendre ce qui se trouvera, et sachez, seigneur comte, que si vous ne faites ainsi, vous aure^ à vous en repentir. »
Son conseil prévalut ; les députés do Toulouse furent arrêtés ; puis, Folquet, entrant dans la ville sans défiance, persuada au peuple de sortir ^udevant de Simon, pour apaiser le courroux de son seigneur; p^ qui fut fait. On laissa la foule s'avancer près du camp ; mais « è mesure que les notables de Toulouse se rendaient auprès du comte, Simon les faisait prendre et lier. » Quelques-uns parvinrent à s'échapper et donnèrent l'alarme. Le peuple, furieux de cette ignoble trahison, courut vers la ville et y trouva l'avant-garde du comte, qui, introduite par Chèque Folquet, s'était déjà mise à piller les maisons
cnim IX. 867
et ï violer les feg^mes. On se rue sur les soldats, qui sont repoussés BTec vigueur; Folquet parvient à grand'peine à se réfugier dans le château Marboonais, où Siwoo, qui étajt accouru 4 la rescousse et faisait mettre le feu partout, comme le lui avait naguère couseillé Folquet, se voit lui-même refoulé avec ses soldats. (Hist. gén. du languedoc, t ui, p. 293. G. de Puyiaurens et P. de Yaucefnay.)
Force fut alors de négocier avec les Toulousains vainqueurs. Tous les moyens étant bons pour triompher des hérétiques, Folquet « imagioa une grande et perverse trahison. » L'abbé de Saint-Gernin alla de sa part proposer aui habitants de se remettre à sa merci eu leur garantissant, « au nom de Dieu, du Pape et de tout le clergé, » 1^ vie sauv^, aiqsi que leurs biens et la liberté. Il fallait accepter ces conditions ou livrer à la mort près de cent de leurs concitoyens ren-r fermés par Simon dans le château Narbonnais, ils se confièrent donc »ox serments que )eur faisait Folquet « de par Dieu, la Vierge Mfirie et le corps du Sauveur. » Voici comment ces sernaents furent tenus :
A peine Simon se fut-il fait rendre tous ses prisonniers, qu'il envoya les nouveaux députés qui étaient venus le trouver à Ville-* neuve, rejoindre cepx qui gémissaient captifs daqs le château Narbonnais, puis, faisant arrêter dans leurs maisons tous les « meilleurs de la ville a au nombre de deux mille, on les conduisit sur la place du Marché oà on les força de déclarer qu'ils renonçaient à le^ garantie deTévêque. Renondation qui fut suivie d'exils, d'emprisonnements, de spoliations, de torturi^ de toute sorte, de la destruplion des toursr des murailles et des moindres défenses dans l'intérieur de la cité.
Le résultat de cette violation sacrilège des engagements les plus sacrés fut d'exaspérer les Toulousains et de leur faire saisir avec empressement la première occasion de briser un joug de fer. L'année suivante (13 septembre 1217), à l'approche du vieux Raymond VI, du comte de Gomminges et du fils du comte de Foix, la cité toqt entière se soulevait contre ses oppresseurs et les chassait honteuse^ ment. Gui de Montfort tombait percé d'un coup mortel en s'efforçant de rentrer dans la place, et Simon lui-même, repoussé avec perte, renonçant à l'espoir de l'emporter de vive force, devait se rési* gner aux longueurs d'un siège.
Tandis qu'il restait devant Toulouse, dont les murs se relevaient sous ses yeux, et qu'il passait là l'hiver, non moins assiégé lui-même qu'assiégeant, l'évêque Folquet allait lui recrutant dans le Nord des auxiliaires et lui ramenait une petite armée commandée par deux seigneurs flamands, Michel de Harnes et Amand de Gbisoiq. Ma|s
868 Lfi PARADIS.
enfio, après neuf mois de sîége ei une latte hérùîqiie de part et diantre, celai qo*on appelait le Josaé, le Machabée de la croisade, atteint à la tête par ane pierre lancée d'an mangonneau, tomba laimême, poar ne plus se relever, le 25 juin 1218.
Exilé de son diocèse, où Raymond VU avait reconquis ses droîu de suzeraineté, Tévêque Folquet s'était naturellement réuni aux ennemis du comte, et nous le voyons en 1227, après la prise du château deBécède, par le sénéchal français Irobert de Beaujeu, faire livrer aux flammes, conjointement avec Tarchevêque de Narbonne, un certain nombre d'hérétiques qui s'y croyaient en sûreté. Mais ce n'était pas là contentement suflisant pour le prélat que les Languedociens appelaient « l'évêque des diables. » Ânssi saisit-il la première occasion de faire payer cher à Raymond VU la revanche qu'il était parvenu à prendre. Au mois de juin 1228, il voit arriver avec joie un renfort considérable à Imbert de Beaujeu, sous la conduite des archevêques de Bordeaux el d'Auch. Cette nouvelle armée vient de France, où le légat a ravivé le zèle de la croisade. Elle marche sur Toulouse et asseoit son camp à quelque distance de la place, afin de mettre à exécution un plan de dévastation systématique suggéré à Imbert de Beaujeu par l'évêque Folquet. Il consistait à rainer les Toulousains, afin de les asservir plus sûrement. Durant trois mois consécutifs, les croisés, sans tenter aucune attaque contre la ville, se bornèrent donc à lancer chaque matin, tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, des bandes de travailleurs qui, appuyés de bataillons armés, arrachaient les moissons et les vignobles, abattaient les arbres et démollissaient les riches bastides dont la campagne était parsemée à l'entour de Toulouse. Il n'y resta plus» après cette razia d'invention épiscopale, qu'un désert et des ruines. (G. de Paylaurens, ch. ftO.) Force fut alors à Raymond VII, pour ne pas Toir la ruine complète de ses sujets, d'accepter les dures conditions que lui valut la médiation de l'abbé de Grandselve et de Thibaut de Cham* pagne.
I/évêque Folquet put alors rentrer en triomphe dans la cité désolée, dont il avait réduit à la misère les malheureux habitants, par le plan de campagne sauvage dont lui seul avait pu concevoir l'idée, et qui devait vouer sa métnoire à une éternité de haine. Au mois de novembre 1229, il troussait aux mesures les plus rigoureuses le con* cile réuni à Toulouse, sous la présidence du cardinal de Saint-Ange, légat du Pape, pour organiser partout l'inquisitioa dont lui-même devait présider le tribunal dans son diocèse*
Raymond VU* remis en possession de ses domaines par les commissaires de Louis IX, en exécution du traité de Meaux, était revenu ï Toulouse résigné au sort que lui avait fait la nécessité. Mais il ne pouvait avoir Tespoir d*y vivre en paix tant qu'il aurait près de lui le foDgneux prélat, son irréconciliable ennemi. En effet, quelques troubles s*étant élevés dans la ville après le départ du cardinal de Saint-Ange, et plusieurs bourgeois ayant été tués par ceux qui les accusaient de jouer le rôle de délateurs près des membres du saintoflSce, en même temps que des bandes d'Albigeois proscrits étaient venus ravager les terres épiscopales, Folquet voulut rendre le comte responsable de ces attentats.
c Je sais, lui disait-il, que par la grâce de Dieu et la vôtre, j'ai recueilli mes dtmes assez tranquillement Tannée dernière, maintenant é:*est à vous que je m'en prends des troubles que je souffre, et ne croyez pas que je puisse les supporter patiemment Je suis disposé à être exilé de nouveau, n'ayant jamais été mieux que durant mon . exiL »
En conséquence, Raymond VU dut comparaître à Gastelnaudary devant Gauthier, évêque de Tournay, légat du Pontife, et s'engager à faire droit sur toutes les plaintes qui lui seraient adressées par les hommes d'^se de la comté de Toulouse. Ce fut la dernière humiliation que fit subir à son souverain cet implacable ennemi des comtes de Toulouse, car il mourut peu après, le 25 septembre 1231, et eut pour successeur Raymond de Fulgar, provincial de ces Frères Prêcheurs dont il n'avait cessé de patronner chaudement l'Ordre, après avoir contribué puissamment à sa fondation, à raison de son Intimité avec saint Dominique, et qui l'avaient si bien secondé dans son œuvre d'extermination.
Tel fut l'homme qu'un zèle fougueux pour le triomphe de l'autorité pontificale, tant au temporel qu'au spirituel, poussa aux excès les plus barbares. Voilà comment il aurait conquis la sympathie de l'adversaire le plus constant de cette double autorité et mérité d'être mis par lui au nombre des élus.
Foulque je fus nommé par ceux qui m'ont connut e4c.
31. N'y a-t-il que de la naïveté dans cette phrase, Folco mi disse queUa gente a eut fu nota il nome mio, et faut-il la traduire ainsi que nous avons fait, ou bien rentendrc dans cet autre sens :' Je me suis fait cot^naitre comme prélat fougueux et pei*sécuteur aux héré-
670 LR pARâbis.
tiqaes , qui , an lieo de dire monselgnetir de Tooloose « ai*appe' iaient Foulque le troubadour, Tévêque des diables?
Et s'imprègne de moi ce ciel qui m'a reçu, etc.
32. J*ai laissé mon enipreiote dans ce troisième ciel, en ma qualité de prince de Mer^i ou de Trioitaire écossais, et de même il m'a laissé un caractère ineffaçable, celui de maçon du Temple; c*est pourquoi tu me vois ici pour y être rétribué selon mes mérites.
Car certes plus que moi, tant que fen eus licence ^ N'a pas brûlé, etc.
33. Tant que je n*eus pas apostasie, changé de peau, tnfin chè si convenue al pelo, tant que je n'eus pas refêtu la soutane des prêtres romains et dépouillé le maschili penne du troubadour albigeois, je brûlai de tout le feu de Pamour seclaire. Et rollà le prélat toulousain, qui de mâles'est fait femme, se comparante deux femmes, on plutôt à deux églises apostates, savoir : Brescia-Didon, affligeant avec la Creuse toulousaine, l'ombre d'Arnaud de Brescla, a Sicheo noiando, et l'église de Florence, cette autre Eve, Rodopea„ pour montanima ou fiesolana, abusée par l'astuce guelfe. Ce n'est pas tout, par allusion au persécuteur, il le compare à celui qu'il appelle Àlcide et qui , reniant un moment sa foi , fit touler le sang de ses frères, à Frédéric II, qui eut, comme Alcide, à lutter enfant aveo des scr|)cnts, sous la tutelle d'Innocent III, puis, devenu homme, fut réduit à renfermer dans son cœur l'amour dont il brûlait, lole nel core ebbe richiuscu Qu'on s'étonne, après ces 'tours de force mî^ thologiques, que, jusqu'au xvi'' siècle, la poétique ait été toute païenne, puisque la mystique elle-même l'était.
Mais Vâme ici n'est pas de regrets oppressée^ eic,
Zk. Vous avez cru jusqu'ici que Foulque parlait de lui-même en disant non si pente, ma si ride. Détrompez-vous; il ne s'agit pour cela que de relire ce passage si astucieusement combiné ; vous verrez que c'est bien d'Alcide ou de Frédéric II qu'il y est question. C'est le fils de Henri VI qui ne se rappelle plus ses peccadilles de persécution, che a même non torna^ et qui s'applaudit, ^i ride, en contemplant du ciel la valeur de Henri VU, dirigeant la vaste organisa*' tion sectaire et se faisant sa providence , il valore che ordind t
promde. Voilà comment le poëte , se riant de la difficulté, a trouvé moyen de faire emparadiser par Foulque lui-même celui que , par mesure de précaution, il avait semblé damner dansTEnfer en compagnie du cardinal Ubaldini.
Uart de tout embellir que son anwur déploie, eto,
35. Foulque, bon connaisseur qu'il est en Gaie science, admire l'art à l'aide duquel Dante est parvenu à embellir les merveilleux effets produits par cette vaste organisation , Varte ch' adarna tanto effe{io;ti il distingue parfaitement quel bien résultera de la révolutioD attendue, quand l'empereur, aidé des Albigeois et des Templiers, prenant le dessus , la puissance de Rome s'écroulera avec tout ce qui se rattache à elle, discemesi il bene perche al mondo di su (juei di giii toma. On est si bien placé pour apercevoir tout cela dans le ciel de la rhétorique ; puis, lorsqu'on a maints gros péchés à se faire pardonner, il faut bien flatter un peu l'amour-propre d'tin poëte qui vous garde une dent
Tu désires eavoir qui dans cette clarté, etc.
36. Il aurait dû paraître étonnant que Dante ne songeât pas à s'enquérir du motif qui a déterminé la conversion de Foulque, en faisant de lai on des plus ardents persécuteurs de ces fidèles d'amoar qui l'avaient compté longtemps dans leurs rangs. Mais il avait ses raisonn pour garder sur cet article le plus profond silence. Il aime bien mieux faire dire par Foulque lui-même que Rahab est le miroir dans lequel son infamie se réfléchit comme le soleil dans l'eau, cùttie ragfio di sole m acqua mera.
Apprends q%ie c*esl ^ahah, etc.
37. Rahab fait ici pendant à Cunizza, car ce n'est certes pas sans dessein de la part du poëte que l'évêque Foulque se trouve placé entre ces deux femmes, comme un criminel au pilori entre deux prostituées. Rahab, la courtisane de Jéricho, qui trahit les siens en cachant dans son logis les espions de Josué {Josué, vf, 17), nous explique la pensée de Dante voulant livrer au inépt-is public celui qui trahit ses frères et devint leur ennemi le plus acharné, en s'alliant à la grande prostituée. Pourquoi Rahab inspire-t-elle une si vive curiosité ï Dante? C'est qu'elle est, à l'égard de Foulque, l'écriieau
d'iofamie pour ceux qui savent le déchiffrer. De même qu*elte dooua asile aux espions de Josué, Foulque accueillit dans Toulouse les moines de Cileaux, inquisiteurs de la foi, éciaireurs de iMonlfort, le Josué qui Yenait«arrêter le soleil dans sa course d'Orient eu Occident et conquérir la Provence, cette terre promise à l'avidité des croisés du Nord, terra santa pour les héréiiqucs; ne fut-il pas, de plus, l'hôte de saint Dominique, son protecteur et celui de son Ordre?
Que d'en haut la grâce
Désigna dans notre Ordre à cette haute place, etc,
38. A nostro ordine congiunta, di iei net sommo grado si sigilLu Littéralement : Rahab se rattache à notre Ordre et elle est signalée dans la plus haute subdivision de ce grade. Rien de plus net et rien de plus exact. Ouvrez, en effet, un rituel maçonnique, vous y verrez que dans le grade de prince de Merci ou de Trinitaire écossais, le candidat a nom Josùé {Light on Masonry, p. 250), ce qui motive mainte allusion à Rahab dans les discours du vénérable. A coup sûr, la rhétorique de Dante dissimule ici à force de franchise, car vous remarquerez que l'assemblée dans laquelle se fait la réception est appelée le troisième ciel : « the Chapier is styled the Third Heaven, * (IbùL) Et nous sommes en effet dans le troisième ciel, celui de Vénus ou de la rhétorique, dans lequel la vérité ne brille pas encore tout entière, attendu que Tombre du monde orthodoxe vient s'y mêler, tu kti Combra s'appunta che il vostro niondo face.
Or, savez-vous maintenant devant qui comparaît le candidat Josué lors de sa réception comme prince de Merci? Devant ces patriarches du triomphe du Christ dont il a été fait mention dans les limbes de r£nfer, à savoir : Moïse, Âaron, Ëliezer, assistés d'un gardien du Palladium, symbole de TEmpire. Aux adeptes de nous expliquer cette symbolique biblique, pour moi c'est bien assez d'avoir à interpréter celle de la Comédie. Nous retrouverons, du reste, les patriarches à la fin du poème, où peut-être ils se feront connaître à nous.
En signe et sovnenir de la haute wctoire
Que gagnèrent ses maine avec tant de labeur, etc.
39. Le motif de la béatification de Rahab ne serait-il pas au inoîiii singulier, dans le fond et dans la forme, et ne $emblerait>il pas que le Christ se fiU fait un cas de conscience de ne pas loger dans quelque ciel, in aUun çiclo, celte pauvre fille fulle de son corps? Le Sauveur
n y est poor rien ; mais il convenait à B.ÈN. de l'y caser » en signe de la haute victoire que gagnait Dante eu parvenant à souffleter Foulque des deux mains, can Cuna e Paîtra palma, c'est-à-dire en le plaçant entre denx prostituées et en le faisant se mirer dans l*nne d'elles. De grâce, qu'on Teuîlle bien se reporter au texte de cette tercine conçue avec une si merveilleuse habileté.
Q»e ténia Jotué «ur la Urrê fromite, ete,
/iO. La prima gloria, dit ironiquement lepoête^ en faisant allusion an massacre de Béziers, premier exploit des croisés contre les Albigeois, exploit dû en grande partie à la trahison.de la Rahab marseillaise.
Foulques était lié intimement avec le Josué Montfort, comme aussi avec saint Dominique, à qui il fit don du sixième de la dtme des fiibriqoes paroissiales et de trois églises, à Toulouse, Sorèze et Pamiers. Non moins dévoué que Foulque au général des croisés, qui loi avait donné le château et la terre de Gassanel, dans le diocèse d'Ageu, saint Dominique baptisa la fille de Montfort et bénit le mariage d'Amaury, son fils aîné, avec Béatrice. (Voy. Echard, i, 12; B. Hombert^ ckr. 3; Thierry d'Apolda, ili, AS; N. de Trevetb, ckr.^ et la Vie de saint Dominique, par le R. P. Lacordaire.)
Dont U Pape bien peu tHnquihte aujourd'hui, ete,
k\. Le Pape, devenu français et résidant désormais dans Avignon, a oublié que le Languedoc et la Provence, cette terre sainte des hérétiques, terra santa, désormais absorbés par la monarchie française, constituaient naguère un État riche et populeux sous un gouvernemcut indépendant. .
La coupaiI« citéfiXU en tout de celui, ete.
&2. Cherchez quel est le lien qui rattache cette sortie contre Florence à ce qui précède, et vous verrez que c'est celui qui se rapporte tout à la fois au Pape et à Satan. S'il éuit besoin d'une preuve de plus ï Tappui de celles que nous avons données pour établir que l'infernale Dite est Florence, la ville de Dis, de Plutus-Lucifer, Satanroi, qui de suprême pasteur s'est fait loup, maladetto Utpo^ nous n'aurions besoin que de rapprocher ce passage des chants VIII et IX de l'Enfer. En effet, Florence est bien la ville opulente qui sème les fleurs ou florins dans l'intérêt guelfe, et Dante la désigne ici comme
ffH LE PARADIS.
une plante malfaisante, pianta, ayant sa racine au plus profond de l'Enfer, dans la personne de celui-là même, dont il a été dit Pap*è Satan,
C'est pourquoi VÉvangile et les plus grands docteurs Sont délaissés, tandis qu'aux seules décrétales, etc.
A3. Nouveau trait lancé contre la cour pontîGcale, uniquement occupée à rechercher dans le recueil des décréules de nouveaux prétextes pour satisfaire son ambition et son avidité, sans aucua souci des intérêts du ciel.
Seront purgés bientôt de Vimpur adulthe, etc.
hUi Dante trouve ainsi moyen de faire prophétiser par le troubadour évêque la ruine de TÉglise catholique, en paraissant ne faire allusion qu'à la translation du saint-siége à Avignon et peut-être aussi à la mort de Boniface YIII; car on a vu qu'il confond constamment dans sa pensée Satan, l'auteur du grand adultère, gnm stupro, avec le chef de l'Église. Selon l'Otiimo, le grand adultère serait le pape Boniface, il quale per simonia e per ingarmo vernie ai p&mifieato. C'est aussi l'opinion de Landino; mais le P. Lombard! remarque avec raison que la mort de ce pontife ne purgeait pas le sol romain de la présence des cardinaux, en ajoutant : Bonifazio non fu certo CuUimo papa che a Dante spiacesse. Il est facile de mettre les commentateurs d'accord, en faisant apparaître le véritable sens de ces quatre vers. 11 saute aux veux, et le voici : non-seulement le Vatican sera délivré de la Papauté, libero dail* adultère, mais encore Avignon et la Provence, dont la cour de Rome a fait choix pour y résider, Caltre parti eletie dx Ronxa; pays qui, grâce à elle, ne sont plus qu'un vaste cimetière, où gisent les os de celte milice vaudoise seule à suivre les traces apostoliques, cimitero alla nUlizia che Pietro ^guette.
CUAKT X.
Le premier ineffabU et souverain pouvoir En regardant son fils, etc.
1. Dieu est encore désigné ici par cette expression mystique de
CHAAt X. 895
calore adoptée par les sectaires |Jour exprimer la suprême puissance d'émanation, che etemal mente spira, d*6ù dérivait la multitude des Bons, perfections, idées, types ou forces secondaires. Cette râleur on puissance suprême étant le type de la monarchie universelle sut la terre, il va sans dire qu'on ne peut contempler Tordre admirable régnant dans le monde des corps comme dans celui des intelligences, (jiiamo per mente o per occkio si gira ton tanto o)*dine fe\ sans prendre goût à un gouvernement ordonné à Timage de celui-là et, par suite, senza gvstar di L. VI.
Où %}<mt deux mouvements se croiser dans VespacCf etc.
2. Au point où le Zodiaque se croise avec PÉquateur, entre le Bélier ou T Agneau, symbole tout catholique, et la Balance, symbole de la justice, qui, de jure, n'appartient qo*à Tempereur; or, c*est à ce point précisément que se heurtent deux mouvements contraires, l'un en avant, l'autre en arrière, L'un moto aW attro si percuote, car c'est la lutte de la raison et du droit contre l'autorité théocratique et contre l'iniquité.
.... L'ouvrier qui d 'un regard joyeux Suit, tant il le chéritj son oBuvre merveilieux, etc.
3. Le grand Architecte de Tudivers, ce maître parfait, (fuel maestroj porte nécessairement le plus gt*and amour à la Gaie science des troubadours, à TArt royal des maçons, dentro a se Varna; à tel point que son regard ne cesse d'en suivre les progrès ayet on intérêt tout paternel, tanto che mai da lei l'occhio non parte. C'est pour cela que, dans le Temple, on fait grand cas de Varismetica, et, en particulier, de la géométrie^ si nous en eroyons le Tuileur expert de l'ÂxMsîsme. « Quel est le premier de tous les arts? — L'architecture, dont la géométrie est la cle£ — Êtes- vous grand maître architecte? — Je connais parfaitement tout ce que renferme un étui de mathémar tiqnesy équerre, compas, r^e, etc. » P. 73.
Le cercle ohlique où vont les planètes roulant, ete,
h, Aristote appelle Téqnateur un cercle oblique. (De corr, et gêner.) Mais pour Dante, les planètes étant autant de sciences, on conçoit comment , dans sa pensée , le monde les appelle, le chiama, poar satisfaire, per sodisfar, à son désir de lumière et de vérité.
8i iM. «'tndmMl fOM leur monte ^ U «orto, efe.
5. Si les orbites des planètes cessaieiit de s'entrecouper, il n*y aoraiit plus ni saisons, ni reprodoction ici-lMS, l'influence planétaire venant à s'exercer toujours sur un même point Système dériuDt tout à la fois de l'école d'Alexandrie» de la Gnose et de la Kabbale* Mais comprenez aussi que ces sciences-planètes sont obligées de soirre des voies sinueuses, strada tartù, sans quoi les effets accomplis par le ciel sectaire ne pourraient se produire, fiio(ra virtû nel ciel sarebbe in vano, et alors toute la puissance tomberait aux mains de la Papanlé ou de la mort, sarebbe quasi ogni potenzia quaggik maria. On Toil que l'obliquité a do bon, il en cuit à Galilée pour avoir été trop droit son chemin. Libre l vous, du reste, de croire avec Ozanam que Dante avait une certaine confiance dans l'astrologie. Je ne doute pas, quant i moi, qu'il n'eût confiance aux astrologues et aux alchimistes, attendu qu'il entendait parfaitement leur langage, comme eux le sien, et qu'il savait au mieux où tendait leur science.
....Z.'vntven y perdrait Non moin$ en haut qu'en htu de ton ordre admirable, etc.
6. Si les sciences-planètes s'écartaient plus ou moins de la ligne du droit, dal ériito, c'est-à-dire de la justice, do droit légitime appartenant an monarque universel, il y aurait concession au pouvoir usurpateur ou transaction avec lui, et dès lors l'ordre serait interverti, en haut et en bas, sur la terre, assai sarebbe manco e giii e sk delT ardme mondano.
^. Je t'ai mis Le fain à ta portée, aoiee à Ven repaître, ete,
7. Noos voici ramenés an pain des anges du Conoito, et II est dans l'ordre que Dante invite son lecteur à s'en repaître, tout en rêvant à ces graves problèmes monarchico-astronomiques, au moment où il arrive à la sphère do soleil, celle de la raison et de la vérité. En agissant ainsi, il acquerra la Gaie science et, à ce prix, se souciera peu de la fatigue, s*esser vuoi lieto assai prima che stanco. Voulezvous savoir pourquoi la sphère du soleil est comparable à l'arithmétique, que Dante appelle arismetica, en contractant artis? C'est, 1° « parce que toutes les autres étoiles (sciences) s'éclairent de sa lumière, s*informano (en puisant des informations dans sa virtit informativa)\ 2"* parce .que Toeil ne peut le regarder ou voir en lui.
nol jmb nùrare. • Or, il en est de même de Yarismetica ou art {amour, foyer de lamière et de vérité, « toutes les sciences s*éclainnt de sa lamière et tons les sajels dont elles traitent ayant à être considérées sons un nombre quelconque » (comme Béatrice au point de Yoe de 3 et de 9). « £t, en effet, au dire d*Aristote, Pytbagore professait que chaque chose est un nombre, tutte le case esser nmero, • Pute « l'arithmétique a de commun avec le soleil qu'elle est inaccessible à Tceil de l'intelligence (oui à l'œil nu, c'est pourquoi notre intelligence a recours aux lunettes), attendu que, considéré en soi, le nombre est infini. » {Canv. il, id.) Et le monde a été assez dope pour ne pas voir que Dante s'était moqué de lui avec toutes ces sornettes scientifiques.
Le fluê iublime agent des lois de la nature
Qui tur le monde empreint le sceau du Créateur, elc
8. Littéralement : qui du ciel sur le monde imprime la valeur. En efiet, le soleil- raison, premier ministre de la providence impériale, niiitstro maggiare délia Naiura, devait avoir la prétention de faire de la terre un ciel et de lui mesurer le temps par les connaissances que chaque jour devait lui apporter sur la voie du progrès, col Utme SKO il tempo miswrare. Qu'on veuille bien nous suivre sur le texte.
Sant quitter le chemin que j'indiquai plut haut, JSn spirale tournait, ete,
9. Le soleil arismetica ne peut pas plus éviter les détours pour atteindre sûrement son but, que les planètes-sciences réduites aux sinoosltés et ï l'obliquité; donc ^ i girava per le spire in che più tosto ognora/appresenta, attendu que, pour la raison, au xiv* siècle, la courbe élait b plus courte.
Chaque heure tour à tour à son poste s'avance,
10. Le soleil allant alors du Capricorne au Cancer, allusions auxquelles nous ne nous arrêtons pas, il naissait chaque jour plus tôt et les heures avançaient avec lui. L'extrême habileté du poëte consiste à avoir su fairç concorder cette astronomie fantastique avec le système de Ptolémée qui, faisant la terre immobile, obligeait d'admettre la ^ottrche en spirale du soleil
878 LE PABADIS.
Avec lu» je montais, mats sans m'Of^cevoir
De mon ascension, plus qu'on n'a conscience, etc.
il. Forcé était bien à Dante de suivre les sciences-planètes dans leurs tours et détours et surtout le soleil, ce foyer de toute vérité. Et puis d'ailleurs il suivait son héros, io era con L.yf. Quant à la comparaison, elle est des mieux trouvées pour un voyage imaginaire accompli tout entier dans la pensée.
Èc}uv^p9 à Umt eakMX ftur \e (em|w sufpulé-
12. L'opération de la foi étant iintfBtinte, l*aiio mo pei- tempo non si sporge.
Non qu'elle revêtît une couleur nouvelle, etc,
13. Non per çolor; par Texcellente raison que, dans la loge des princes de Merci, d*oû nous sortons, le très-excellent chef-prince porte une tunique tricolore verte, blanche et roqge, a large tricolored tunic ofgreen, white and ved {Light on M,'.^ p. 350), costume de Béatrice dans le Purgatoire, et que, dans la loge de Grand architecte, où nous entrons, les coaleors restent les mêmes. On verra, du reste, la dame du salut revêtir successivemeiit, et avec la plus grande exactitude, les couleurs de chaque grade, dont tes sîgntô et les bijoux seront signalés avec non moins de fidélité. Si Ton ne voit pas là une preuve des liens étroits qui rattachent la maçonnerie et Dante aux Templiers, il faut renoncer h prouver historiquement quoi que ce soit.
On peiU me croire au moins et désirer le voir, etc.
\lu Comment les adeptes n'auraient-ils pas aspiré à contempler, au foyer de la lumière d'Orient, cette doctrine du progfès, cette doctrine vérité, de plus en plus resplendissante à mesure qu'elle s'élevait vers le ciel d'où elle dérivait?
Car du soleil nul œil n*a sondé la spUfideurj etc.
15. Pas plus que l'œil de Tintelligence, s'il n'est armé de bous verres» les profondeurs de Yarismetica. AJais il était très-heureux pour Dante que nul œil inquisiteur ne se portât sor son solejl-rationaliste, che sovi-a 'l sol non fosse occhio che andasse.
,.,. pomment en vérité Proc^ dans le iein de ta gloire infinie Son émanation et sa faiemité, etc.
<6. Corne spira e corne figlia. On peut, à coup sûr, rattacher ces expressions au dogme catholique, mais nul ne contestera qu'elles s'adaptent non moins aisément aux doctrines gnostiques et manichéennes. (Cf. Saint Thomas, Sunima theolog. yi^^tl, i, quœst. 27, 28 et 36, ait 2; saint Épiphane, saint Théodoret, Néander, etc.) Ou va voir qu'elles se rattachent aussi parfaitcioeot à Tocg^Disation sectaire. b eiliet, par suite de raUiaace du teinplarisme albigeois avec le parti gibeUe, l'emperepr» désigné comme le sauveur, le rédepipteur attei|du de riulie et de la Provence, étant appelé du nom de Christ, celiU de père revenait naturellement au très- vénérable grand maître de l'Ordre. On comprend, par anite, qiie le père et le fils respirant et se renvoyant de Tua à l-autre un mutuel amour, manifestaient chaque jour aux Gdéles comment ils propageaient cet amour, et engendraient ainsi i l'église albigeoise de nouveaux fils, naissant à la yie nouvelle dans le sein de Uarie. Or, tout cela n*est-il pas très-catholique?
Offife tes actions de grâce et de lo\MingeSy etc»
17. Adresse tes remerctments à Dieu, dont la grâce illuminante, d'accord avec Béatrice, t*a fait t'élever, dans ce ciel des mathématiques, jusqu'à la source de toute doctrine, à celle qui tombe sous les
sens, d*où dérive l'expérience, nous a-t-il été dit déjà, fin a questo sensibit.
Et pour lui met élans d'amour étaient si forts Quouhliant Béatrice^ elle en fut éclipsée.
18. Il n'y a pas à s'en scandaliser le moin^ di| mopde, Béatrice ne iaisaot qu'un avec Dieu, puisque elle-même est Trinité par simili- Inde (Vil nov.), et que ce fut d'ailleurs par amour pour Béatrice que Dante se voua corps et âme à Henri ; lisez plutôt : Tutto 7 mio amoj-e in LYI si mise, si bi|p que la poli^que l'emporta par moments sur la foi. La clarté, ce semble, va se faisant de plus en plus.
Loin d'en paraître en rtefi hlessée, elle sourit, etc.
19. Nous ne saurions être plus susceptibles qu'elle, puisque nous savons maintenant que la seule monarchie universelle eut le pouvoir d'éclipser un moment la foi Béatrice dans l'esprit de son fidèle. Nous
apprenons, par la même occasion, que la clarté de ses ensognements persaasîb, lo splendor degli occki suai ridenii, dissémina dans plasieurs esprits ce qu'elle avait concentré dans le sien , mia même umta in pià case divise, mais vous pouvez entendre aussi qu'elle eal ses raisons pour appeler Tattention qu'elle absorbait sur les travani de plusieurs doctes personnages» travaux reflétant sa pensée.
Ji0 vis nombre darâêurt levantes et tan$ pair, etc.
20. Ces ardeurs vivantes et qui l'emportent sur bien d'autres, fnlgori viventie vincetui, sont précisément les Esprits entre lesquels se trouva divisé l'esprit dont était animé le théologien Dante, ou sur les œuvres desquels Béatrice appela son attention. Ces bienheureux forment cercle autour de lui et de sa dame-foi, de telle sorte que les rayons de son esprit et de sa foi vont du centre à la circonférence. Remarquez surtout que ces nouveaux venus, ayant leurs motifs pour dissimuler quelque peu, brillent moins ostensiblement que leur voix n'est douce pour ceux qui ont l'oreille assez fine pour en saisir les modulations, Pià dolci in voce che *n vista lucenti.
.,„Ainti quand Voir Btt t^horgé de vapeurt, la JIII0 de la terre, etc.
21. C'est l'effet du halo autour de la lune, vous disent les commentateurs ; d'accord, mais que signifie cette comparaison lunaire précisément dans la sphère du soleil? Peut-être parviendrons -uousi l'expliquer. Traduisons d'abord : Quand l'air est chargé de vapeurs orthodoxes, on voit parfois la lune pontificale se faire une ceinture telle, qu'elle retient le fil qui forme cette ceinture, si che ritenga il fil che fa la zona. D'où suivrait que, selon Dante, ces ardeurs, dont l'éclat n'égale pas tout à fait celui du soleil-raison, mais dont les accents étaient pour lui pleins de douceur, auraient formé une plie couronne autour de la Papauté, qui les aurait retenus par un fil, attendu que l'atmosphère étant chargée de vapeurs catholiques, elles n'aqraient pu se dégager de son allégeance. Mtîs nous nous trompons peut-étrci nous allons bien voir.
Sont à la cour du ciel, qu'en corps je visitai, etc.
22. Dans le Temple, cette cour de princes, au ciel constellé, que Dante vûita plus d'une fois, se trouvent maints personnages décon*s de bijoux brillants, comme les Maçons appellent encore leurs insi-
gnes, gioie care e belle, en leur coiiservaut même le nom italien à'Abito. Ces personnages et ces bijoux sont la propriété du Temple cl on uc peut les lui enlever, non si posson trar del regno. Bijoux, costume, langage, rien de tout cela n'est de mise au dehbrs.
Ainsi dt ces Splendeurs le chant plein de beauté ^ etc,
23. // canto di que* lumi era di quelle {gioie); leur cbant, leurs accents si doux appartenaient donc au Temple, ou du moins à la religion évangélique, les écrits mêmes qu'elles avaient pu léguer à la terre auraient reflété, jusqu'à un certain point, les doctrines du Temple et les croyances vaudoises.
En peut bien d'un muet atletidre des nouvelles, etc.
2/i. Vous vous attendiez peut-être que Dante allait vous exposer comment le Temple était en droit de revendiquer le chant de ces précieux bijoux; vain espoir : il restera muet pour les profanes; celui qui n'aura pas vu la lumière, chi non s'impenna si clie lassii voli^ le trouvera muet comme un homme qui a fait serment de se taire ; faites-vous donc recevoir franc-maçons, peut-être en aj)prendrez-vous davantage.
y ...^Pareils A des étoiles près des immobiles pâles^ etc»
. 25. Ces ardents soleils tournent trois fois, comme Trinitaires écossais peut-être, autour de Dante et de Béatrice, immobiles au centre ; or, dans le grade de Chevaliei' du soleil, qui doit être proche voisin de celui de grand Architecte, le Vénérable, nommé Adam, comme Dante, a en face de lui frère Vérité, les autres membres sont rangés à Tentour. Ainsi, pour nous, Dante-Adam, l'invariable époux de la mobile Eve florentine, et Béatrice-vérité symboliseraient ici le soleil mâle et femelle des Mithriaques, ils seraient le pôle lumineux autour duquel vieudraientévoluer, comme pour faire acte d'hommage, des Splendeurs dont le chant, en harmonie avec celui du Temple, exige on mutisme complet de la part de ceux qui l'ont entendu. {Voy, les deux Tuileurs maçonniques de Bazot et de Villiaume et p. 233 des Révél.)
Tant que n'otU pas repris la noie et les paroles, etc.
26. £n comparant ces bienheureux à des dames, donne, mot dont
883 LE PAHADlSi*
OD sait la valeur dans la symbolique tempUère, le poëte enteod les signaler de plus eu plus comme des illustrations sectaires, au moins dans leur for intérieur. Us seraient restés, toujours selon lui, unis d*intention à l'église dissidente, comme dans une ronde qui s'arrête, des dames continuant à se tenir par la main, non da ballo scioUe; seulement, le langage symbolique ayant changé, ils auraient eu besoin de se mettre au courant de la symbolique nouvelle, tacite ascoltando, fin che le ndove note hanno incoUe, les notes de ce langage nouveau vanté par Bonagiunta, dans le Purgatoire xxiv, et dont TAmour est lo dictateur. Sommes-nous dupe d'une hallucination ou ne faisonsnous que lire couramment ce qui s'offre à nous dans ce livre si longtemps fermé de sept sceaux, comme celui de V Apocalypse?
De sa gourde à ta soif qui dénierait le vin f
27. L*amour sectaire, s'accroissant par le partage de la doctrine à un plus grand nombre d'adeptes {Purg,)^ ceux qui suivent ses lois sont toujours prêts à distribuer soit le pain, soit le vin des anges à ceux qui, guidés par le rayon de la grâce, lo raggio délia grazia^ se montrent disposés à gravir l'échelle des grades, qtœlla scala, à moins d'obstacles venant arrêter l'eau vive de leur doctrine, coin aqua ch* al mar non si cala.
D'hommages entourant la belle et noble dame, etc.
28. Il n'y a pas à le contester, tous ces Bienheureux, qui ne tiennent que par un fil à la lune papale, h la reine de l'Knfcr, donna chc qui regge, rendent amoureusement hommage, courtisent, caressent, si vous voulez, vagheggiano, la belle dame, la foi-Béatrice qui rend sou fidèle digne du ciel, la bella donna ch' al ciel Cavvalora. Tous sont donc, au moins pour Dante et les siens, des coreligionnaires, bien que revendiqués dans des rangs tout opposés.
Où contribue au bùm^ et n^encourt pas ver^ne Qui ne s'égare pas, etc.
29. Que de divagations au sujet de ce vers : V ben sHmpingua se non si vaneggial Rien de plus simple pourtant II ne s'agit, pour en rendre le sens palpable, que de rétablir les lettres iionctuées et de lire : t/* B.EN. s'impingua. Voyez un peu : saint Thomas d'Âquin, car c'est lui qui vient de prendre la parole, déclare à Dante qu'il appartint au uroupeau de Dominique, et il ajoute que dans
l'ordre des Prédicateurs so recrute largement, s'^impingua, Talbi* géisme impérialiste, dont la formule est B.£C^. ou Béatric-e-HeDri; qu'il en est ainsi parmi ceux des frères qui répudient les vanités de i'K^lisc romaine, se non si vamggia. On se rappelle, en efiet, que dans le Purg.^ ch. xxxi, Béatrice a reproché à Dante ses distractions catholiques, qualifiées à'altra vanUà, après lui avoir répété par deux fois dans le chant précédent : B.EN. son B.EN. son Béatrice, Quant à Tordre des Dominicains en lui-même, son histoire est là pour attester qu*ii a fourni bon nombre de libres penseurs et peutêtre d'adeptes, avant Campanella et jusqu'à Yanini.
.... A ma droite est Albert de Cologne, MoinCt mon mailre, et moi, je suis Thomcis d'Aquirif etc,
30. Le premier personnage signalé par l'ange de l'École, qui, à en croire Dante, aurait été l'un des excellents anges du Teipple, retenu seulement par un fil à l'Église de Rome, est le fameux mattre Albert, surDommé le Grand, dont le nom est resté à la place Maûbert, où il donnait ses leçons. Hardi novateur, sa doctrine, empruntée à Aristote, qu'il restitua au monde latin, fut tempérée par celle de Platon/ et Tuu des premiers il ouvrit la voie à la libre pensée philosophique. Ses recherches sur les sciences occultes, ou plutôt ses connaissances eu physique et en mathématiques, lui valurent la réputation de magicien. {Vay. Hauréan, PliiL scoL, et la France littér., xix, 363.)
Saint Thomas d'Aquin, né en 1227, mort en 127/i, ne fut canonisé qu'en 1323, et, par suite, postérieurement à l'apparition de la Comédie. Après avoir terminé à treize ans ses études chez les moines du Mont-Cassin, le jeune gentilhomme prit l'habit dominicain à Naples et se rendit aux écoles de Paris, d'où il partit ensuite pour aller à Cologne étudier sous le fameux dominicain souabe Albert de Bolstadt, alors le maître par excellence, « le grand Albert. » Il l'accompagna à Paris, où il prit pins tard ses grades et fit des cours publics. Redoutable adversaire du péripatétisme arabe, il le combattit dans presque tous ses écrits. On* le vit se rendre en Italie pour défendre, devant Alexandre IV, les ordres iMendiants attaqués par l'Église française et par l'université de Paris, Ordres ^ui, à en croire Dante, auraient dès lors renfermé maints éléments anti-catholiques, et dont le docteur angélique gagna la cause devant le Pape.
Noos laisserons à d'autres, plus habiles théologiens que nous, le soin de rechercher dans les écrits de l'illustre auteur de la Surmna
884 LE PARAUIS.
theologica sur quelle base le théologien florentin a pu s*appuycr pour revendiquer, confine un frère n'ayant pas liberté d'allure complète, cette lumière de TÉglise romaine. Grand admirateur de Boêce, qu il se proclame, peut-être a t-il entendu honorer ainsi en lui lo commentateur du livre de Consotatione, livre dont il s'était inspiré pour composer son Convito, consacré à la Philosophie-Béatrice, et dont le titre lui rappelait la Consolation des Parfaits. . Peut*être admirait- il en lui le disciple, quant à la forme dialectique, du grand Àverroës. Mais à coup sûr il voyait, dans son livre du Gowennement des princes, où les Romains et le droit romain sont l'objet du plus profond respect, des princi|)es politiques en harmonie avec les siens; peut-être lui tenait-il compte de la condamnation dont le synode de Paris, présidé par Etienne Tempier, frappa, en 1277, la doctrine qui lui faisait placer dans la matière le principe de l'individualité. Puis Thomas ne combattit pas l'albigéisme. (Schmidt, m, 238.)
A un autre point de vue, le frère Thomas avait droit à toutes les sympathies du Gibelin, comme ayant sucé avec le lait l'amour de la maison de Souabc et la haine de celle d'Anjou. £n effet, les comtes de Caserte, de la maison d'Âquino, ûrcnt jusqu'à la dernière heure preuve de dévouement h la maison de Hohenstauffen. Saint Thomas lui-même n'aurait dû, à l'en croire, sa fin prématurée qu'aux senti-
nts hostiles dont Charles d'Anjou le supposait animé contre lui.
oj/. Purg. XX, note 17.) Quoi qu'il en soit, nous signalerons un rapprochement assez étrange entre la manière de voir de Dante à son sujet et celle de Martin Luther : si, pour le théologien florentin, l'ange de l'École est presque un frère, malgré le lien fragile qui l'attache 5 Rome, le théologien de AVitlcmbcrg, moins habile à lire au fond de sa pensée, hésite à son égard, et « ne sait, dit-il, si Thomas est damné ou sauvé. » {Prcvf, adv, Latom. )
,,,»Ce radieux souris Te signale Gratien, etc.
31. Auteur d'un recueil des lois de l'Église qui, sous le titre de Decretum, fut soumis au pape Eugène III, le jour de Saint-Benoît* 1151. Cet ouvrage, qui ût longtemps autorité devant les deux juridictions civile et cléricale, l'uno e l'altro foro, fut un bienfait pour son temps, en ce qu'il mit un terme à maints abus résultant de l'interprétation arbitraire des édils pontificaux, et remit en lumière le droit romain, celte arme constamment dirigée contre la Pa{)auté et
la féodalilr. Gratien, né à Chiusi, apparliiit à lordro de Saint-Benoit et professa le droit canon dans Técole de saint Félix. Il représente ici rintenreution de la raison dans Tétude de la jurisprudence. {Voy. Ziegelbauer, HtsU fer., O.S.B.I. 62, édit. fr.)
.... Ce Pierre par qui son trésor humblement Fut offert à VEglise, etc,
32. Pierre, surnommé le Lombard, parce que, dit-on, il était né près de Novare; mais, à notre avis, ce serait plutôt parce qu*il aurait éic d'origine cathare, ayant vu le jour dans cette vallée d*Agogna signalée, dans la chronique de saint Tron, comme un nid de Yaudois. Il fut, du reste, Tun des plus célèbres docteurs de Técole de Paris, et disciple d'Abélard, avec Gilbert de la Porrée, Âmaury de Chartres, Pierre Comestor, Jean de Salisbury, Othon de Fresingen, Alex, de Haies, et tant d'autres, ses continuateurs, a Nul, dit M. de Rémnsat, n'eut de plus grandes obligations à Abélard. C'est Abélard panenu, Abélard évêque, un peu énervé par une ambition satisfaite (et tel est le ûl dont a parlé le poète), mais instituant l'esprit de son école dans la chaire épiscopale et donnant à la théologie, ponr charte ociroyée, le Livre des sentences. » {Hîst. d* Abélard,' t, il, p. 170.) « On a cru étouffer Abélard, dit Michelet, mais il vit et parle dans son disciple Pierre le Lombard, qui, de Paris, régente toute la philosophie européenne ; on compte près de 500 commentateurs de ce scolastiqne. » {Hist. de France, lï, 380.) Chose remarquable, Dante, qui exalte les disciples, n'a pas dit un mot du maître dans tout le cours du poème, et saint Bernard, qu'il met en scène à la fin du Paradis, ne lui a pas fait rompre, au sujet d'Abélard, mi silence évidemment calculé. Pierre Lombard fut dénoncé comme réaliste par Gauthier, chanoine de Saint- Victor, et l'archevêque de Paris vit rÉgiise en concile condamner quatorze propositions d'un ouvrage inspiré par Arnaud de Brescia et par l'Arabe Mansur (Jean de Damas, auteur du livre intitulé Source de la science^ accusé de pélagianisme), et surtout par le sic et non d'Abélard qui, disait-il, à en croire la tradition, était son bréviaire: {Voy, Mag. J. Cornubius, Eulogium, Tbes. nov. anec<l., t. v, p. 1666. — Ab. op, in not,,p, 1156.) Pierre Lombard figure donC ici comme représentant des deux excommuniés, Aniaud de Brescia et Abélard, qui y resplendissent par leur absence. Le IJvre des sentences, dans lequel M. Hauréan signale une teinte de prodisme erde spinosisme, pose hardiment le pour et le contre, sauf
886 LE PABADIS.
à conclure (logmatiquemcnt, exemple suivi cent ans plus tard par saint Thomas d'Aquin lui-même, dans son admirable livre « aussi dogmatique par ses conclusions, dit M. de Rémusat, que sceptique par l'exposition. » L'école de saint Victor rangeait Pierre Lombard, dont la voix conciliatrice s'était en vain élevée au milieu des lutles rivales, parmi « les quatre labyrinthes où, disait-elle, s'était perdue la foi. 9
La cinqHihne clarlct la plus vive à tes yeua, etc.
33. C'était bien le moins que, parmi toutes les lumières de la science et toutes les ardeurs de l'amour, figurât le premier constructeur de ce Temple détruit par les païens, qu'il s'agissait de faii*e sortir de ses ruines. On sait en quel honneur est tenu Salomon dans la franc*maçonnerie, où sa balance, son grand i)entaclc et sa clavicule, ou petite clef, produisent des merveilles, car Salomon est toujours animé du désir de venger la mort d'Hiram (Jacques Molay, voy, tous les ouvrages maçonniques) sur le traître Âbiram et ses complices. Or, le rituel manuscrit des chevaliers Kadosh ou de Taigle, que j'ai sous les yeux, remarque qu'il faut lire Abi Ramah et traduire dejxdens patrem. Je vois, de plus, dans ce même rituel, que Kadosch ou Kodesch signifie saint, pur, équivalent de Ccahare, et que ces chevaliers de Vaigle dérivent des Hach-rhétt et des Hapk' lethi, ces braves (virtuosi) institués par Salomon, que l'Écriture désigne sous le nom comnmn de Hhassidéens; les uns adonnés à la pratique et les autres à la contemplation. {Voy, Grégoire, Hùt. des sect, relig., iil, 231; Bègue Clavel, Hist. put. de la F. maç,, p. 338 et suiv. et se reporter à la note 20 du ch. xin.)
En doctrine jamais ne surgit son semblable.
34. NuUus ante te similis fuerit, nec post te swrectwrus sit. (Rois, liv. m, ch. m, v. 12.)
A sa suile l'éclat que tu vois rayonner, etc,
35. Dante n'en était pas h savoir que Denys l'Àréopagite n'était pas l'auteur du livre de Cœlesti hieiwrhia, car, dès le YT siècle, Hypathius en avait contesté Fauthenticité ; mais il ne pouvait man* quer d'emparadiser l'auteur apocryphe d'un ouvrage composé, dit M. Hauréan (t i, p. 8/i}, sous l'inspiration de la gnose Alexandrine,
d'où déiÎTait l'albigéisme. Et c*était un coup de maître que de faire proclamer, précisément par Tange de l'École, les mérites d'un livre qui reproduisait et accréditait dans l'École la plupart des fantaisies enthousiastes de Proclus. {Voy. L. Montet, Des livres dit psetido- Denys, pp. 1, 2, 16. Gorres, la Mystique divine, etc., i, 66, 77.)
Cei ixw>eàt eclé dont la voix défendit, etc.
36. Paul Orose, qui dédia à saint Augustin les sept livres que, d'après son invitation, il avait composés pour démontrer, contrairement aux accusations des païens , qu'il ne fallait pas attribuer les désasU'osde l'empire romain à l'introduction du christianisme. Peutêtre aussi Dante a-t-il entendu désigner Lactancc, dont le chrislianisrae passe pour peu orthodoxe et que saint Jérôme appelait le Cicéron chrétien.
Uâme sainte qui montre à qui la comprend hicti, etc.
37. Séverin Boêce, que Dante appelle dans le Convito son consolalear et son maître. «• Boëce et Gicéron, dit-il, m'achemineront par la douceur de leur parole à l'amour de cette dame, c'cst-k-dire à l'étude de la très-noble philosophie, à l'aide des rayons de son étoile, (fiie&i Y écriture de cette dame. » (Tr. Ti, 16.) Boéce, pliilosophe stoïcien, bien plus encore que chrétien, car dans ses cinq livres il ne dit pas un mot de la religion du Ghrist, fut donc, de son aveu, son modèle dans sa Vie nouvelle, opuscule dans lequel il entremêla comme lui les vers et la prose, pour donner naissance à un personnage symbolique, qui, philosophie consolatrice pour BoCcc, devint pour lui philosophie Béatrice, autrement dit procurant le bonheur. G'estavec son âme ou sa pensée que converse Boece, à qui elle apparaît les yeax ardents, les pieds sur la terre et la tête dans le ciel, enveloppée de voiles déliés, tissés de ses mains, marqués en haut et en bas des lettres initiales de Théorie et de Pratique, enfin portant l'échelle des grades de l'initiation. (Voir les Révél., p. 309.) Elle n'est pas moins ennemie des syrènes que Béatrice. « Sortez d'ici, s'écrie-t-elle, pernicieuses syrènes dont les chants sont mortels; « aussi Boëce l'appelle-t-il également la dame de toutes les vertus. De môme Dante, évoquant et personnifiant sa pensée-doctrinale, nous la montre toute resplendissante à mesure qu'elle s'élève de la vie active ou pratique ' Ma vie mystique ou contemplative, vêtue de voiles aux trois couleurs
symboliques, et se servant dos astres scicniifiquos comme (Kaalant d'écbciniis poar atteindre au foyer de la vérité suprême. Danlc devait être plein de gratitude pour celui qui lui avait suggéré l'idée de la FortunoipontiGcale, * qui ne s'attache pas aux seuls gens de bien et ne rend pas gens de bien ceux à qui elle s'attache. » (Liv. ]i.) Pour celui qui avait célébré les miracles de l'amour, le penchant que les hommes tiennent de la Nature pour le bien, son fameux B.EN. (Liv. III.) Pour le philosophe auquel il avait emprunté ses idées sur la noblesse due à Tiniiiation sectaire {Ibid,), et sur la prescience en opposition avec le libre arbitre (1. y), son procédé pour faire des dieux par communication (I. m); et cette idée, si souvent reproduite, « que celui qui abandonne la vertu cesse d'être homme pour passer h la condition des brutes. » (L. iv.) Dante ne pouvait donc faire moins pour lut que de le mettre en Paradis à côté de l'ange de l'École qui, l'ayant commenté, devait être un de ceux dont il était bien compris, chi di lei B.EN. ode; car, dans l'intention du poêle, ces * mots impliquent l'assentiment du commentateur à la pensée intime de l'auteur.
Aepo^e tur \a terre en la nef au ciel d'or^ etc.
38. On croit que les cendres de Boêce, que Théodoric fit mourir en prison, sont conservées à Pavie dans l'église de Saint-Pierre, dite au ciel d'or, de sa décoration.
D'Isidore^ à la/ots, du vénérable liède
Et cTun contemplateur iurhumain. de Richard.
39. Isidore, évêque de Scvillc, en 601, auteur d'un livre des Origines,d'un commentaire de TAncien Te.stament, d'un Traité des écrivains ecclésiastiques et d'une chronique. — Bèdc, prêtre anglo-saxon, né en 672, com|X)sa sur la philosophie, les sciences, l'histoire ecclésiastique et rÉcriture sainte, des ouvrages très-remarquables ponr son temps. « C'était, dit M. Hock, un de ces théologiens penseurs, qui prétendaient conduire à la foi par la raison; un érudit sachant, pour eu avoir beaucoup lu, la théologie et la philosophie. S'il ne les mêla pas, il les rapprocha assez p^ur que ses lecteurs pussent les unir. « (Hist. de Sylvestre n,-p, ûO.)— Richard de Saint-Victor, né en Ecosse, mort en 1173, fit de la contemplation le commencement et la fin de toute philosophie. Croire et aimer, telle était la maxime qu'il pratiquait; la conscience illuminée par la grâce étant»
le meilleur goide que l'homme puisse suivre et la contemplation, disaitil, étant comme une montagne élevée dominant de bien haut foules sciences mondaines. {Voy, Ilauréan, 1. 1, p. 324.) « Richard, (lit U. Henri Martin {Hist. de Finance, iv, p. 3), est véritablement, au moyen âge, le prototype de tout le mysticisme et de tout Tilluminisme moderne. » (Cf. Gôrres, la Mystique, i, 128.) Ainsi, d'un côté, la raison, éclairée par l'étude et par la science, de l'autre, les inspirations de la conscience, dirigée par l'amour et dégagée de « la poussière des pensées terrestres, » sans appel à Tautorité et par suite à la violence, tels sont les titres de ces trois personnages à la béatification.
C'est Sigier, dont Vécîat y hriîU^'a sans fin, etc.
60. Sigier ou Siger de Brabant, doyen de Notre-Dame de Courtrai, né probablement dans celle ville, contribua à l'établissement de la Sorbonne a?ec son fondateur. Comme Guillaume de Saint-Amour, il se distingua par son opposition contre les ordres de Saint-François et de Saint- Dominique, accusés d*envahir la prédication et l'enscigDC'roent; il fut l'antagoniste de saint Thomas d^Aquin qui, sans s'effrayer do soulèvement de l'opinion populaire avivée par les chants satiriques de Rutebeuf, en même temps qu'elle était soutenue par luutc rÉglisc de France, se constitua leur défenseur. Cité en 1277, conjointemeut avec Bernard de Nivelle, devant l'inquisiteur, Simon Dotal, siégeant à Saint-Quentin, pour des propositions analogues à relies que M. Renan, dai^s sa remûvquMe Histoire de l'AveiToïsme, n'Itésite pas à faire remonter jusqu*à lui (pp. 217 à 220), il encourut une condamnation, à laquelle s'associa, cette même année, l'évéque de Paris, Etienne Tempier, après une discussion très-vive,. qui eut lieu <i l'évêché. Nous avons cité (p. 6 des RcvcL) quelques-unes de ces propositions dont on trouvera la longue liste dans Du Boulay (t. m, p. 398). On y distingue hardiment, entre ce qui est du domaine de la philosophie et de celui de la foi ; on y proclame que le monde est éternel, que les discours des théologiens sont fondés sur des fables, que la loi chrétienne eai un obstacle au savoir, et qu'elle contient, comme les AUTRES, des fables et des mensonges, fabula et falsa, que les seuls sages sont les philosophes, etc. Telles sont les importunes vérités, imidiosi ven, auxquelles fait ici allusion le saint docteur, comme pour se condamner lui-môme ou pour donner à entendre que s'il les combattit, tout en les admettant dans son Tor intérieur, ce fut
comme obligé à le faire par Thabit qu*il portait, et retenu par ce fil qu'il n*osait ou ne pouvait rompre. {Voir la savante notice de M. y^ Leclerc, t. xxi, de VHist, Utt.)
L^horloge dont au loinvareleniir l'airain, etc.
41. Nous avons dit précédemment que<:etle ronde, où figure saint Thomas, au milieu de compagnons si disparates, rappelle la danse circulaire des iMythriaqucs cd Thonncur du soleil mâle et femelle et celles d*Eleusis, dans lesquelles était symbolisée ia révolution des planètes. La comparaison de Thorlogc se réfère tout à la fois à !a marche des heures réglées par le soleil et à la direction unifunnc imprimée aux Chevaliers du soleil sous Tinfluence de la raison et di' la vérité, lumière spirituelle; à l'harmonie complète dans ia manière de voir et de penser des personnages composant celte ronde symix)liquc; à ia communauté de foi et de doctrines qui amenait à « philosopher d'accord, dans TÂthènes céleste,* les représentants d*écoies si diverses en apparence. {Conv. ni, 16. ) Admettez mainlenanl que Béatrice personnifie la théologie, elle ne serait encore qu'une science humaine, et Dante ne saurait 5 coup sûr figurer là, à côté d'elle, qu'en qualité d'illustre pécheur. Comment, dès lors, ne pas voir une véritable profanation dans cet hommage solennel rendu à tous deux à la fois par des saints que l'Église compte parmi les plus grands, saints associés à des hérétiques avérés? Comment le sentiment catholique, parfois si susceptible, n'en a-t-il pas été révolt^^? C'oiJt que le préjugé était là, sauvegardant la prétendue orthddoxic de Dante, arche sainte à laquelle nul ne |)ouvait toucher sans soulever une immense clameur de haro.
CUANT îl.
Ambition slupide. aveugle des humaifis, etc,
1. Souvenir et traduction libre d'un aphorisme de saint Jérôme, dont nous ne nous arrêterons pas à détailler les applications, nous bornant à cette seule réflexion, que le sacerdoce qui abaisse rhommo n'est pas celui dont le poGte se glorifiait d'être revêtu, puisqu'il ne parle que des préoccupations des catholiques romains, insensata atra rfe'MORTALi. En effet, les Guelfes n'avaient, selon lui, que de mau-
CHANT XT. 891
Tais syllogismes, diffettivi sillogismi, à opposer aux Gibelins. Ceux-ci csallaieut Arrigo Lucemb. Imperatore, £eux-Ià in basso battevan l'Â-LL; ils eutendaicnt régner par la violence et le sophisme, s\ipproprier le bien des pauvres, se livrer aux appétits sensuels et à Toisimo, tandis que leur ennemi irréconciliable, da tuite queste cose scxoltOy ne songeait qu'au triomphe de sa foi.
Comme du candélabre un cierge qui s'élance, etc.
2. Par le motif que chacun de ces personnages est un flambeau de doctrine s^alimeutant au mémo fover, celui de la raison.
J'ouïs alors au sein de la même clarté
Qui venait déparier, et souriait plus vive, e'tc,
3. Cette lumiera, comme l'appelle le poète, est l'esprit de saint Tbinasd'Aquin, qui reprend la parole. Pour que Dante le fasse sourire, on pont être sûr qu'il va lui prêter un langage fort peu orihodoie.
J'observe ta pensée au foyer éternel , etc,
h. Ainsi, -Dante fait établir d'abord, le plus innocemment du monde en apparence, par saint Thomas, que pour tous deux la lumière et l'amour dérivent d'un même foyer, del suo raggio m'acceiidoy puis il lui fait dire, qu'il va s'exprimer de manière à reproduire ce que Dante sent et pense lui-même, il iuo sentir , cl à lui faire distinguer au mieux qu'il partage sa foi religieuse et politique, ftfî è uopoche B.£N. si distingua. On va en juger.
c Où contribue au bien itetde mime ceux-^i : « En doctrine jamais ne surgit son semblable. »
5. Voir dans le chant précédent ces mots qui s'appliquent, les premiers à Tordre des Dominicains et les derniers à Salomon. Ils devaient avoir une extrême importance aux yeux du poète, pour que sa pensée t^ût à s'y arrêter ainsi plus particulièrement.
Qu'wn ceil créé ne peut sans vertige y plonger, *elc.
6. Le regard des anges pas plus que celui des hommes; les uns ni les autres ne pouvant comprendre que la volonté de Dieu atteigne un but unique par des moyens opposés.
Pour qWf plus confiante et plus inébranlable. L'épouse vers l'époux ait à se diriger, etc.
7. Quelle pouvait être, dans la pensée du pasteur albigeois, la véritable é|)ousc du Christ? Non pasi PÉglise de Rome sans ckiute, mais bien celle qui avait répandu des flots de sang en proclamant, con alte grida, la religion de Tamour.
Pour guides lui donna éieux princes' glorieux, etc*
8. Che quinci e quindi le fosser per guida, de ci et de là, dans un sens tout opposé, Tun opérant par l'amour et la douceur, Tautrc par la violence et la haine.
Que sa grâce marqua d'un sacré caractère, etc*
9. On remarquera que ces deux princes, qui ne sont autres qae saint Français d'Assises et saint Dominique, sont ordonnés par Dieu et que Dante emploie pour eux ce même verbe ordinà dont il sVsi servi en définissant la Fortune. {Voir Enrer, ch. vu.)
Le premier tout brûlant de séraphiqtie ardeur, ^etc,