LE PARA01B
..*. Vint une autre ronde enfermer la première;
Son pas s'unit aux siens et ses chants à son chant, etc.
2. Ainsi aucun dissentiment entre les pei-sonnages composant les deux rondes concentriques, puisque leur mouvement est le même et que leurs paroles, chantées ou écrites, s'accordent complètement.
Surpasse autant celui des Muses, des Syrènes, etc.
3. Si ce chant, comme Dante entend bien Tinsinuer, car il n'a garde d'en indiquer même le sujet, est un cantique albigeois, il est tout simple qu'il le proclame supérieur à celui des Muses païennes et, à bien plus forte raison , à celui des Syrènes, autrement dit aux hymnes de l'Église, cette dolce sirena, (Furg. xix et xxxi.)
Ainsi quon voit deux arcs dans un léger nuage. Parallèles, briller de semblables couleurs, etc.
II. Ces deux rondes se meuvent, paralleUi e concolori, parce qu'elles sont soumises extérieurement à la même loi souveraine et tenues de revêtir les mêmes couleurs, attendu que l'Église romaine, épouse tyrannique et jalouse du Jupiter siégeant au Vatican, ne voit que des suivantes dans les deux religions dont il s'agit ici et entend être obéie d'elles aveuglément, lorsque a sua ancella jubé ; or, les membres ici présents des deux religions franciscaine et dominicaine sont comme des reflets du soleil de lumière, dont les rayons vont tomber au milieu des vapeurs orthodoxes. Mais le moment viendra où le soleil de la libre raison dissipera aux rayons de l'amour ces vapeurs grossières, comme la triste amante de Narcisse, ch* amor consume. Peut-être arrivera-t-on à comprendre ainsi l'à-propos de ces deux comparaisons mythologiques, en plein paradis chrétien, et la pensée secrète qui rapprochait de saint Thomas, de saint Bonaventure et des autres bienheureux Junon, Iris et cette nymphe dont la parole, vain son que la raison ne dirige pas, va se perdre au milieu de la solitude. Peut-être comprendra-t-on quelle est cette affamée, tittella vaga, qu'à l'exemple d'Écho, l'influence triomphante de la religion d'amour doit finir par consumer, corne sol vaporù
Double arc qui s'offre au ciel m signe pour le monde De V alliance faite avec Noépar Dieu, etc.
5. Après avoir rappelé que l'eau est la figure de la doctrine, nous
CHANT XU. 905
reoTerroos le lecteur aox manuels maçooniques, notamment au Tuileur expert de Bazot, p. 96, et à Touvrage déjà cilé, Light on masonry, p. 322. On y verra que le 21* degré de FÉcossisme est celui de NoACHiTE ou descendant de NoÉ ; que le premier mot prononcé par le rédpiendaire est Frédéric II» non le roi de Prusse, comme on l'a répété stupidement, lorsqu'il plut à ce prince de se faire de la maçonnerie un moyen d'influence ; mais le fils de Henri YI, de la maison de Souabe. Ce n'est pas tout, le mot qui donne entrée dans la loge est NoÊ : on échange ensuite les noms de ses trois fils; le mot sacré est Japhet. Or, les Noachites, qui se rassemblant chaque anoéedans la nuit de la pleine lune de mars, « ne reconnaissent d'autre Dieu que le suprême Architecte de l'univers, célèbrent un des miracles du Créateur dans la confusion des langues et la dispersion des coostnicteurs de la tour de Babel. . » Ces Noachites abjurent tout orgueil, parce qu'il fut le fondement de cette confusion, because pridewasùsfirst foundation; « ils doivent se rappeler les descendants de Noê pour éviter de tomber dans la même faute, to avoid their fouit, » On nous accordera bien que tout cela est symbolique ; or qu'on se reporte au VuLg, Eloq. et à l'analyse que nous en avons donnée pp. 386 et suiv. des RèveL, on verra combien Dante se désole de l'édification de la tour de Babel et de la confusion des langues, à laquelle il semble avoir assislé, en même temps qu'il signale vers ceue époque une grande ville appelée Pietra mala. ou Male-Pierre dont personne n'avait entendu parler avant lui. Or, pour nous et Kaof meilleur avis, cette grande cité est Rome ; la confusion des langues est l'organisation catholique sous la direction de la Papauté, dont les Noachites avaient mission de combattre l'orgueil et l'ambition par l'humilité, de détruire l'influence, en évitant les fautes des crédules descendants de Noê. Dante, qui avait passé par tous les grades dans les loges mystérieuses du Temple, avait dès lors échangé avec ses frères le mot de passe P.E.L.E.G., nom de l'architecte de la tour, en traduisant probablement les lettres pointées : Papa È Lucifer, Eretto Cerà. S'il rappelle donc ici le pacte de Dieu avec Noë, c'est pour donner à entendre, que les eaux envahissantes de la doctrine catholique ne sont plus à redouter pour la terre. On en sera convaincu à l'on veut Cure attention à la construction de la phrase qui ne devient correcte qu'en la rétablissant ainsi : E farmo qui (dans le Temple) la génie esser presaga che giamnuii piii non s'tUlaga del ^nondo; c'cst-à-dirc qu'elle ne sera plus jamais livrée en proie au prince du Monde ou à Satan, Ainsi s'explique tout ce bizarre amaU
gamc de la Fabie et de la BiUe, à propos des deox roodes de heoreox uraraant, parfaitement et (taccord, rooedans Tantre.
Comme les yetue qu'on voit ensemhU se mouvoir, elc,
6. Nous n'avons pas besoin de répéter , sans doute, que c'est le gai savoir qui rend si joyeuses, gaudiose ç blande, ce^ roses lumineuses, simpiteme rose, qui leur inspire une pensée commune, et les fait se mouvoir d'un accord si parfait que les deux yeux û'ont pas plus de simultanéité dans leur action.
Une voix t'e^chala, dont me fit la faroJe
Vers elle me tourner, comme l'aiguille au pâle,
7. Le poète nous indique ici assez nettement, par la comparaison de l'aiguille aimantée, que sa pensée concordait de tout point avec l'opinion que la voix du nouveau personnage allait exprimer,
L'Amour, m$ fui-il dit, q^i ma faii mpUndétf
Me porte à te parler de Vautre illustre maître, etc.
8. C'est la religion d'amour qui inspire saint Bonaveuture et lui fait prendre la parole, pour rendre justice à Fautre chef d'ordre, Vattro duca, à propos duquel le Dominicain Thomas a fait, en langage clus^ le panégyrique de saint François d'Assises. Saint Bonaventurc en manifestant toute sa gratitude , il faut en conclure, ou que ce bienheureux n'entendait pas le parlar coperto, ou s'il Iq comprenait, qu'il n'aurait lui-même tenu que par un fil à l'église orthodoxe. Ajoutez que son si B.£N. ci si favella ne laisse pas que de nous éire suspect.
Quand fut le gèU égal, la gloire aumi doit Vébre.
9. Traduisons littéralement : « Il cooTient qne là où il est question de l'un on induise quel fat l'autre, (battra s'ùubtca; el, comme ils militèrent en môme temps, ad una milàaro, que leur gloire ait aussi à briller parallèlement, insieme luea, » afin que Tune fasse opposition à l'autre, comme nous l'avons déjà vu, et que l'on induise, par le bien qoe prodoisit le premier, le mal caosé par le second.
Iji phalange du Christ, qui coûta tant d'efforts A réarmer, suivait craintive sa bannière, etc.
10. 11 ne faut pas s'y tromper : l'armée du Christ est la milice
albigeoise en opposhion à oeile de Sêlan; or cette mitioe, fidèle à b doctrine d'amour da Rédempteur, avait coûté de grands efforts à organiser, à discipliner, puis de plus grands efforts encore, après les défaillances de Raymond Béranger, pour la décider à reprendre les armes, a riarmarst, afin de résister à l'invasion des croisés; elle avait fini par succomber soua leur vaillance brutale, dirigée tout à la fois par l'babileté militaire de Simon de Montfort et par la politiqtie rafiEnéedes légats romains; vaincue, exilée de ses foyers, on conçoit que ses rangs devaient être bien éclaircis, rarij, et que les fidèles devaient montrer peu d'empressement à suivre leur drapeau, frappés de terreur qu'ils étaient, sospecciosi e tordu Ce fut alors que le céleste empereur vint en aide à l'église albigeoise, sua sposa, l'alliée fidèle de son représentant sur la terre, bien qu'elle eût commis de grandes fautes de conduite, non per esser degruu En conséquence, il su^ita deux champions bien différents de caractère et de doctrine.
Le ffupU, qui Us vit si bien d4r0 el Uenfairs, ek,
11. ii/ cuifare^ al cui dire lo popot disviato siraccorse. En voyant parler et agir d'une manière si différente saint François et saint Dominique, le peuple albigeois, égaré par une mauvaise direction, popol disviato, se ravisa, si raccorse, apprit à se reconnaître, d'ac^ corgercs et ne tarda pas à faire son choix entre les deux campionù En effet, les actes et les paroles de saint Dominique, nommé inquisiteur général pour la foi, faisaient assez connaître aux Albigeois qu'ils n'avaient nulle merci à attendre. En même temps les discours, aussi bien que les exemples de saint François et de ses frères, leur faisaient mettre leur espoir dans cette humilité et cette tendre charité qui avaient désarmé Rome ef qui peut-être leur vaudraient aussi la paix dans la liberté, pace.
Au f(iys (f où Zéphyr vient d'un latUmint d'aileSt etc.
12, Vers le sud-ouest, du côté de l'Aragon, ce foyer de l'albigéisme, et sur la route de la Galice, parcourue par les fidèles de l'église de Toulouse sous le nom de pèlerin, de Saint- Jacques de Gompostelle; du côté où soufflait cette douce brise qui faisait éclore des plantes nouvelles, novelle fronde, autrement dit des néophytes, qui, en se multipliant, auraient couvert l'Europe de ce vert feuillage
dont se couronnait le front de Béatrice, di che si vede.Europa nves tire (i).
Non loin du choc puissant de cette mer ^-rofondt, .*. Siège CaUtrogOt elc,
13. Non loin du rivage où viennent battre les flots dn golfe de Gascogne, dans une direction où Téglise albigeoise compte peu de prosélytes, ce qui fait qu*au delà des Ilçs-Britanniques, dans un long espace, longa foga, le soleil de la raison est caché pour tous les hommes, ad ogni uom si nascande, s'élève la ville de Calaroga. Ce nom a sans doute été préféré par Dante à celui de Galaborra, parce qu'il rappelle Tidée de bûchers, roga, et qu'en adjoignant à ce substantif le verbe latin calare, il en résulte Calaroga, dont la signification est, qui appelle les bûchers. Aussi a-t-il soin d'appliquer à cette ville l'épithète de fortunata, comme il l'a fait pour la terre d'Apulie, tout imbibée de sang humain et livrée à l'influence de la Fortune papale (En/*, xxviii). La ville natale de saint Dominique se trouve ainsi désignée comme toute dévouée à l'Église romaine et à la puissance théocratique dont, pour Dante, la Fortune est le symbole. Le souverain dont relevait Galahorra, la Calaguris des Romains, située sur la frontière de la vieille Castille, portait écartelées les armes parlantes de Gasdlle et de Léon , à savoir deux tours , castella, audessus de deux lions, leonij et deux lions au-dessus de deux tours.
....Prt( iiaissance en ces lieux L'ardent adorateur de la foi catholique, etc.
ilu V amoroso drudo delta fede cristiana, l'amoureux galant de la foi chrétienne ; c'est eu ces termes que le poète juge à propos de caractériser saint Dominique. Or, drudo, qui le plus souvent s'entend dans le sens de concubinaire, nous paraît une expression un peu bien leste, surtout dans la bouche d'un saint, et l'épithète d'amoroso, appliquée à l'inquisiteur général pour la foi, pourrait bien ne pas être exempte d'ironie, car Dante se complaisait assez dans l'antiphrase, témoin le nom de nuxdonna Pietà donné par Ipi à l'Église romaine.
(1) ■ En Espagne, la secte cathare n*a eu des disciples et n'a formé des élabUsscments que dans les coninl'es du nord, voisines de la France : en Arragon, en Caulogne, enLXoa, eo Navarre. • (foy. Scbmidt, Uist» des CUalL^ j, SOS.)
CHANT Xlf. 909
Contre sei ennemis fut nids en aon courroux.
15. Le saint athlète, bénin pour les siens et cruel h ses ennemis, ne Tient-il pas expliquer à merveille le sens d'amoroso, lorsqu'on songe que Dante, le pasteur évangélique, dont nous avons déjà eu tant d'occasions de signaler le zèle ardent |)our sa foi et la haine contre ses persécuteurs, s'abstient ici de toute allusion à la croisade, i la part qu'y prit saint Dominique, et réduit l'expression de sa pensée i ces seuls DQOls, a' nimici crudo? Beuin pour les siens ne signifiet-il pas débonnaire pour les persécuteurs et les bourreaux, pour Amaory, l'abbé de Cîteaux, ce généralissime des croisés, pour Simon de Montfort, leur chef farouche, pour l'évêque Foulque, le troubadour apostat? Quant aux ennemis qui ne sont pas nommés, peuventils être autres que les Albigeois? Et n'est-ce pas à eux que pensait rottimo, lorsqu'il résumait les mérites de saint Dominique par ce peu de mots éloquents : ed in fine di piccolo vertudioso, c'cstà-dire, enfin de petite vertu ?
QnUlftt propliétiser sa mère avant de nadre, ele,
16. Comment Dante n'aurait-il pas signalé comme prophétique le rêve attribué par la légende à la mère de saint Dominique lorsqu'elle le portait dans son sein ? Pour lui, le saint fondateur pouvait-il être mieux symbolisé que par un chien noir et blanc, comme l'habit derOrdre<Ies prédicateurs, portant à sa gueule une torche allumée?
Zkms un songe divin^ vit Vadmiràbîe fruit, etc,
17. Après la cérémonie du baptême, où furent célébrées les fiançailles du nouveau-né avec la foi catholique, qui lui promit le salut en retour du zèle qu'il devait apporter à la défendre, sa marraine aurait vu e!n songe une étoile sur le front de son filleul et une autre sur sa nuque. Mais si l'on avait demandé à Dante d'interpréter ce songe, il aurait probablement répondu, qu'il signifiait que jamais saint Dominique ne verrait la lumière, ses regards ne pouvant pas plus aucindre l'étoile de son front que celle qui brillait derrière lui, et qu'il en serait de même des moines de son Ordre, dont l'admirable fruit, il mirabile frutio, se réduirait à prétendre éclairer les autres, sans être éclairés eux-mêmes.
Le haptiêê d'un nom dérwé de Ceèui Qui déjà possédait son dme tout entière,
18. Dominicus, adjectif possessif formé de domtnus,sïg[ii&e : qui appartient au Seigneur, au maître; mais, dans la pensée de Dante, il signifiait servus domini papa.
Et je V en parle ici comme du laboureur.
Pour l'aider en son ehamp^ dont fit choix U Seignêw,
19. Pour l'aider, par la persécution et par la terreur, k rallier sou église dispersée, a riarmarla; c'est la même idée qœ nous avons Yue exprimée plus haut. Le soc de la charrue dominicaine devait sillonner profondément le verger albigeois pour le féconder.
Pour le premier conseil que donna Jétus-'CkriH*
20. Beati pauperes spiriiu, heureut ceux qui sont des pautfes volontaires.
Comme disant : Voià pourquoi je suie venu,
21. Le poète semble ainsi vouloir faire perfidement démentir par le fait cet amour de la pauvreté dont il vient de parler, amour uniquement manifesté dans les paroles, chez ceint qu'il nous monire enfant quittant son berceau pour se coucher sur le sol, comme pour en prendre possession, en disant : C'est pour cela que je suis veno, pour la terre, non pour le ciel.
Si ton douœ nom de Jeanne est bien interprété!
22. Père vraiment heureux , mère gracieuse en vérité, vousdirout tous les commentateurs, mais alors pourquoi la restriction mise par le panégyriste : Si ton nom doit èirc iiiierprété comme on prétend le faire, s'interpreiata val corne si dice? C'est qu'en effet Dante n'attachait pas à ces noms pai'eiUe valeur, et que pour lui le père desaiut Dominique s'appelait veranienie Félix de Gusman, et sa mère, Jeaooc d'Aza, non moins veramente. C'est que dans l'embarras où le met la nécessité de mentionner honorablement dans le Paradis celui doDt il a fait un démon dans l'Enfer^ il lui faut se battre les flancs pour mettre dans la bouche du panégyriste des éloges d'une complète banalité ; voilà pourquoi il s'amuse à jouer stir ces deux noms comme il a di'jà fait sur celui de Dominique.
Qu'en ton iein 4véiUaii la manne véritable, etc.
23. Si saiat Dominiqtte devint gran dottore dans les écoles de Palencia et de Toulouse, ce ne fut ni dans la pensée de devenir un sa* \aot décréuliste comme le cardinal d*Ostie, Henri de Suze, ou un profond canoniste , comme le jurisconsulte bolonais, Thaddée de Pcpoli, mais uniquement par amour du fagot Nous n*inventons pas pas : cherchez manna dans le dictionnaire, et vous trouverez fastello dise^memie similù L'épithète de verace n'est ajoutée là que pour (aire passer le double sens, si même le poêle n'a pas écrit féroce, c'est un de ces mois iubrichi, sur lesquels le poète recommande de glisser dans le Vulg. Eloq. (Yoy. nos Révélations,)
On U vit aussitôt 8*etnfruser à la vigne, etc.
2ft. Si mise a circuir la vigna, c'est-à-dire : il se mit à rôder amour de la vigne du Seigneur; l'on voudra bien remarquer le soin avec lequel tonte expression rappelant l'idée de façonner ou de tailler est laissée à l'écart pour adopter de préférence celle qui offre un sens agressif. Or, ce sens fait allusion au séjour que saint Dominique, à son retour d'Allemagne avec l'évêquc d'Osma, Gt à Montpellier et à Toulouse, pour tenter, par la prédication et en donnant l'exemple de rhomilité, de ramener dans le giron dé l'église ceux qu'avait aliénés l'orgueil et le faste des moines de Ctleaux. Aux yeux de Dante, cette sainte mission n'aurait été qu'une reconnaissance faite par celui qu'il entendait désigner comme le loup qui rôde affamé et quœi^ens qucm devorei. Cette intention se manifeste à ne pas s'y méprendre lorsque, au lieu de dire que le vignoble prospère par les soins d'un bon vigneron, réflexion qui vient tout naturellement à l'esprit, quand l'idée n'a rien d'hostile, le poëlc ne trouve rien de mieux que de signaler les funestes effets produits, non pas même par un mauvais ouvrier, mais par un vigneron pervers, se 'l vignajo è reo, si c'est un suivant de cette Rbéa que nous connaissons. {Enf. xiv.) Ajoutez à cela que le verbe imbiancare n'a jamais signifié jaunir, se flétrir, se dessécher, mais bien improuver, faire de l'opposition, voler en sens contraire, dore voio contrario ne' partitif comme vous l'apprendra tout dictîoimaire italien, et alors vous comprendrez que l'église albigeoise, autour de laquelle rôdait le vignajo reo, nommé frère Dominique, ne pouvait manquait à'imbiancare, autrement dit de voler conu*e lui à l'unanimité. Nous ne saurions trop insister sur le soin extrême avec lequel le poëte albigeois s'étudie à esquiver le mot propre
912 LR PARADIS.
toates les fois qu'il veut sons-entendre une pensée opposée à celle qu*ll semble exprimer. Qu*on nous cite, en effet, un seul écrivain, en dehors de ceux qui appartiennent à la même église, chez lequel il soit possible de signaler autant d'expressions donnant ainsi deux sens en complète contradiction , et alors nous consentirons à admettre pour des coïncidences fortuites toutes celles que nous avons déjà notées, et celles qui se produiront encore.
,,.,Alort au tiêge insigne Il t*envint d'où, jadis, tombaient plta de bienfaits, etc.
25. Les poverîgiusti envers lesquels le saint-siége fut plus dé< bonnalre dans l'origine, più benigna, sont les pauvres Cathares, affamés de justice, et appelés d'abord les Pauvres de Lyon. La restauration de la primitive Église, la simplicité et la charité apostoliques, tel était le but avoué de cette secte, qui surgit vers 1136, et dont l'autorité pontificale ne s'alarma pas d'abord. £n effet, le Pape, consulté par Yaldo, son fondateur, fil bon accueil à ses envoyés, sans pourtant leur conférer le droit de prédication. Mais ils le prirent, se répandirent rapidement dans toute la France méridionale et, se confondant bientôt avec les Albigeois, ils encoururent avec eux Telcommunication, puis furent exterminés avec eux. S'il ne s'agit pas ici des Albigeois, à quel propos, demanderons -nous, rappeler ici que le saint-siége fut jadis mieux disposé en faveur des poveri giusti? Or, le pontife auquel s'adressa saint Dominique était Innocent lil, beaucoup moins indulgent pour l'hérésie que ses prédécesseurs, puisqu'il fut le promoteur de la croisade. Or tel fut le crime d'Innocent III; il forlignait si bien aux yeux du poêle, qu'il en a fait, dans V Enfer, le centaure Ghiron. {Voy. chant xii.)
il damanàai non pat, de six à tort muni, etc.
26. Le chanoine espagnol ne sollicita pas du pontife des dispenses dérisoires, ni le premier évêché qui viendrait à vaquer, ni même le droit de lever sur une population en très-grande majorité dissidente, les dîmes attribuées au clergé catholique. Rien de plus significatif dés lors que ce vers : Non décimas, qua sunt PauperumDeù pour protester dans la langue rituelle des canonistes, contre ces dîmes exigées par les desservants d'un culte repoussé par ceux qu'on forçait à les payer, comme aujourd'hui les Irlandais, les rentes dn cierge anglican. Ces dîmes, Dante les revendiquait avec eux pour leurs
pastcors, pouf ceux qu'il appelait comme saint François, les ;>auvrej de Dieu. Nous lisons dans un MS. des RR. PP. Dominicains de Glermontf intitulé , Disputatto inter CathoUcum et Paterinum hareiiatm. publié par D. Martenne, t. V, p. 1754 : Pauperes Lombardi credunt quod DECIME aul aliqua bénéficia non suru Danda SACERDOTIBOS, SED PABPERIBUS. Aussi Ic rcfus des dîmes èuit-il le premier acte d'opposition de l'hérésie. On se rappelle, en effet, que Fulcrand, le prédécesseur de Foulque sur le siège de Toulouse, ne pouvant toucher les dîmes de son église, fut réduit à plaider contre le chapitre pour obtenir le revenu d*une simple prébende, puis que Foulque lui-même, lorsque Raymond Yil eut repris possession de TooloQse, lui écrivit une lettre menaçante pour le cas où il ne per^ cevrait pas tranquillement ses dîmes. Remarquez, d'ailleurs, que Foulque avait attribué à saint Dominique le sixième des dîmes du diocèse, ce à quoi pourrait bien faire allusion, non dtspensare o due 0 tre per set, dispense pour deux ou trois, à la condition de perce- Tœr six.
Contre ceux qu'égarait le monde et ses erreurs, etc.
27. Ainsi ce n'est pas, selon son panégyriste, par les voies de la mansuétude que saint Dominique aurait entendu procéder contre réglise albigeoise, mais bien par les moyens de rigueur; car c'est la lutte qu'il lui aurait fallu, le droit de combattre, Ucenzia di cornbaitere. Il combattra donc contre cette église déjà dispersée, et dont les naembres, poursuivis comme des bêtes fauves, s'en vont errants par la campagne, contra H monde enfante. Mais quel sera le résultat de cette guerre à outrance? De faire éclore, après tant de sang versé, et dans le sein même de son Ordre, la semence qui produira des Splendeurs toutes pareilles à celles dont l'apparente orthodoxie fait en ce moment un rempart au chantre de l'albigéi^ime, per lo semé, del (fttal ti fascian verni quatro piante,
Alorst comme un torrent d'en haut roulant son onde, etc.
28. Rien pouvait-il caractériser plus hostilement te zèle fongueux de l'athlète catholique que cette comparaison d'un torrent se précipitant du haut des monts, ch' altavena pi*eme ? C'est au milieu des broussailles orthodoxes, negli sterpi eretici, c'est-à-dire au milieu des campagnes du Languedoc envahies par les champions de l'Église romaîno, que s'élance ce torrent, auquel ces plantes parasites sont loin
de faire obstacle. Aussi est-ce seulement contre ce qui résiste, contre les troncs albigeois se dressant encore çà et Ib, qu'il se déchaîne, piû vtvamente per cosse. La force du redoutable convertisseur ne dérive pas seulement de la doctrine romaine, doimna, et de sa volonté de fer, volere, il la doit encore au titre d'inquisiteur général dont il est revêtu ; car, n'en déplaise au révérend P. Lacordaire, qui s'efforce de laver le saint fondateur de toute complicité dans les séTices de l'inquisition, L'uffizio aposiolko, offre de grands rapports de parenté avec le saint-office, et ne peut guère s'entendre que d'un titre dont la tradition, d'accord en cela avec le poète, s'est obstinée jusqu'ici à revêtir saint Dominique.
Fuir primas ïnquùitot\ dît i'annot. Caet. Non dans ce sens, qu'il fut le premier chargé de rechercher les hérétiques et de leur faire leur procès, puisque les évêques furent d'abord investis de ce soin, chacun dans son diocèse ; mais, dans le sens de primus inier inffuisi' tores ou d'inquisiteur général. L'OttImo parle dans le même sens de l'office privilégié dont il fut investi par le Pape, del privilegio clie ebbe dal Papa e delC Offizio sopra li Eretici; et sur le vers \Zh du même chant, il ajoute : Innumerabili processi fece contra ii Eretici. Dante nous dit que saint Dominique, tout débonnaire pour les siens, fut rigoureux, cruel même, crudo, envers ses adversaires. Or ({uels étaient ks siens? C'étaient les légats Tlieudise et Miion, et Tabhé de Cîtcaux, Arnaud, surnommé Âmaury, dont on a ciic tant de fois tes paroles non moins impics que barbares lors du massacre de Béziers; c*élait «Simon de Montfort, en faveur de qui il priait avec les évêques, pendant la terrible bataille de Muret, Montfort, dont 11 baptisa la fille, maria le fils avec Boatrix, fille du dauphin de Viennois, et dont il reçut en don le château et la terre de Cassanel dans le diocèse d'Agen. (Lacordaire, Vie de saitu Dominique, \i. 269.) L'amitié était donc grande entre le farouche général des croisés et frère Dominique, elle ne l'était pas moins entre ce dernier et Tévéque Foulque, pour lequel on a vu que Dante ne professait |)as non plus une haute estime; en effet, le P. Lacordaire constate, en s*appuyant du tt'nioignaged'Ëchard, que l'évêque de Toulouse, nonseulement l'aida de sa coopération et de son autorité dans l'établissement de l'Ordre dont il fut le fondateur, mais qu'il lui abandonna pour l'entretien des nouveaux frères, en l'année 1215, le sixième des dîmes paroissiales , décimas quœ sunt paupeiitm Dei; d'où résnlterait que le saint fondateur acceptait du moine de Citeaux, l'ex-troobadour devenu évêque, ce qu'il n'aurait pas demandé au Pape; eo
eflet, Foulque lui donna encore trois églises en une seule fois, dans les villes de son diocèse, à savoir : Toulouse , Sorèze et Pamiers, et arec cela, bien entendu, les dîmes afférentes. Or ce prélat, non moins généreux à son égard que le général des croisés, ne le cédait point à Montfort en zèle fanatique , en ambition sanguinaire , si nous nous en rapportons à tous les historiens de la croisade et notamment au sarant auteur de la vie d'Innocent III. Qu'on en juge d'après les termes dans lesquels Foulque était apostrophé en plein concile^ de* lant le pontife, à l'occasion de la réclamation du comte de Toulouse, par un ecclésiastique d'un haut mérite, chantre de la cathédrale de Lyon : « Yous , monsieur l'évêque de Toulouse , vous n'aimes ni votre prince ni votre peuple. Vous avez allumé dans Toulouse un incendie que personne ne peut éteindre. Déjà dix mille hommes ont été tués par votre faute (dans Toulouse seule ; et il en a été massacré au moins autant à Béziers). Doit-il en périr davantage? Vous déconsidérez le siège apostolique» Kst-il juste, Saint Père , que tant d'hommes soient sacrifiés à la haine d'un seul ? (Hnrter, t m, p. 372.) Si de pareils reproches, articulés avec l'autorité d'un noble caractère dans une circonstance solennelle , étaient fonfiés, 5ii Montfort fdt en effet tel que tous les historiens s'accordent à le représenter, c'est assurément un malheur pour saint Dominique qu'on ait cru devoir lui faire honneur de pareilles amitiés. Gomment n a-t-on fias vu qu'on l'associait ainsi & leurs actes, à leur fanatisme, à leur politique barbare ; qu'on faisait de lui leur inspirateur ou leur instrument : car enfin si le saint fondateur condamnait leurs procédés violents, comment restait-il près d'eux et priait-il pour leur triomphe ? Comment par l'autorité de sa parole et de son exemple ne les détournait- il pas de leur voie de sang; comment enfin, s'il leur adressait de ces reproches véhéments que la charité indignée des Pères de l'Église fit mainte fois entendre aux grands de la terre^ CM»servait-il leur amitié, et continuait-il à la cultiver, à en recueillir tes fruits, en les voyant persévérer dans des crremenis dont il aurait ou horreur? Gomment restait-il l'ami de celui qui faisait crever les y^ux à cinq cents prisonniers de guerre, qui lors de la prise de La- ^aor faisait passer au fil de l'épée Aymeri de Montréal avec quatrevingts chevaliers de la garnison, et Jeter toute vivante la dame de I «i\aur dans un puits, comblé aussitôt avec de grosses pierres? [CUron, de RobeiH.) Gomment restait-il l'ami de Foulque, de ce prélat sanguinaire qui, après la bataille de Muret, émettait dans le conseil, où assistait Louis de France, l'avis de mettre le feu aux quatre coins 58. '
de Toulouse, pour punir ses habitants de la protection qu'ils avaient accordée aux hérétiques ? (Chr. languedocienne. Pretwes de Vhùu de lAing.^ p. 87.) Gomment ne faisait-il pas enfin parvenir la vérité h Rome, où Innocent III était sans cesse trompé par ses légats, comme ce pontife lui-même le dédara à plusieurs reprises (Inn. III, lib. XIV. Epist. 36 et 38); comment pouvait -il ne pas fuir ce sol dévasté par des fanatiques et demeurer impassible an milieu du sang coulant à flots et des bûchers en permanence ?
Comment surtout n*exerça-t-il pas plus activement Tinfluencc qu*il devait à son caractère , à sa piété et à son intimité avec ceax qui avaient la haute direction de la croisade ? « Un jour, dit Constantin d*Orviète, qu'on menait au bûcher des hérétiques convaincus, Dominique remarqua au milieu d'eux un certain Raymond : « Mettez à l'écart cet homme , dit-il aux bourreaux , » puis s'adressant à lui avec douceur, il lui prédit une sainte mort, et en effet, vingt ans après, Raymond abjurait l'hérésie et prenait l'habit de l'Ordre soas lequel il finissait chrétiennement ses jours. » Les hagiograpbes qui rapportent ce fait, sans s'apercevoir qu'il prouve combien la mansuétude a des résultats plus féconds que la rigueur, n'ont pas réfléchi qu'il se présentait isolé et comme une exception à signaler dans la manière d'agir habituelle de saint Dominique ; qu'il tournait mêinc à sa charge, car, celui qui avait assez d'autorité i)our arracher aux bourreaux un seul condamné, pouvait en sauver par cent et par raille. Puis un simple abbé, quelque saint et respecté qu'il fût, n'aurait pas eu certes le pouvoir de faire grâce, s'il n'eût tenu du saintsiège une mission spéciale pour procéder contre l'hérésie.
Enfin un simple moine, un prieur même , quelque révéré qu'il fût, aurait-il pu s'interposer, dans ces temps de fanatisme, entre le condamné et le supplice 7 Le droit de grâce se rapporte essentiellement à celui de haute justice, et si l'on admet l'exactitude du fait rapporté par Constantin, ou est amené nécessairement à cette conclusion , que saint Dominique exerça en Languedoc, par délégation pontificale, une mission officielle, quelque dénomination qu'on veuille lui assigner.
De lui sont dérivas plus tard divers ruisseaux, ele,
29. De ce torrent dévastateur se formèrent par la suite de pisibles ruisseaux, bien différents de lui par la pure limpidité de leur onde ou de leur doctrine, rividiversi; ceux-là, au lieu do |M)rter