‹ Le Paradis de Dante illuminé a giornoChapitre 13 sur 23 · GUA?1T XII · texte numérisé non relu

GUA?1T XII

(ttrtoal la désolation, vontarrosanl de telle sorte le verger catholique, l'orto catolico, et s'infiltrent tellement dans le sol, qu'ils y font germer la semence albigeoise et croître ces plantes précieuses formant une double couronne autour du poêle, qui uous a montré le Minos. dominicain siégeant dans TEnfcr, où il prêche, nnghia, et condamne au supplice. Grâce à cette onde bienfaisante, les néophytes dominicains, t sitôt arbuscelli, échappent à la mort pontificale et acquièrent de plus en plus la vie, stan piiivivi. Le poëte nous donne ainsi, avec son habileté ordinaire, le commentaire des paroles de saint Thomas d'Âquin : Pensa oramai quai fa colui, che degno collega fu a mantemr la barca di Pieiro in alto mar per dritto segno. Bien entendu que la barque de saint Pierre n*est pas celle dont le Pape tient le gouvernail.

Lorsque fut une rouê aussi foriez aussi sainte, etc.

30. Cet assaut de courtoisie simulé entre saint Bonaventure et saint Thomas n*a eu d'autre but pour le poète, que de constater et de proclamer la supériorité de saint François d'Assises, du pauvre de Dieu, ce rejeton vaudois excru en terre italique, sur le général des Cordeliers. Grâce aux deux roues de ce char, cotilre lequel se défendit l'église des saints, des Cathares, in che la santa Ghiesa si difese, roues dont l'action et la direction offraient un contraste si frappant, l'église albigeoise a pu soutenir la lutte dans la déplorable campagne dirigée contre elle, et ses désastres mêmes l'ont fait triompher de ses divisions intestines, vinse in campo la sua civil briga, mots bien impropres, à coup sûr, s'il fallait les appliquer à la terrible guerre albigeoise ; elle a pu ainsi se reconstituer , riannarsi, en ne faisant qu'un corps des Vaudois, des Albigeois et des Cathares, en recrutant non moins dans les rangs des Dominicains que dans ceux des Franciscains. Mais si des prédications appuyées par la violence et par toutes les atrocités d'une guerre religieuse ont produit en définitive d'heureux résultats pour l'Ëglise apostolique, combien la mission toute pacifique de saint François, mû constamment par la plus pure charité, ne devait-elle pas l'emportera tous égards? Aussi saimfionaventure ne manque-t-il pas de proclamer la supériorité de François sur Dominique, en renchérissant sur l'éloge qu'a fait de lui Thomas, Ben ti dâvrebbe assai esser paCese l'eccellenza deW altra.

Que l'on veuille bien maintenant comparer les deux panégyriques^ dont nous avons essayé de faire ressortir le véritable sens, et qu'on

juge, eu s'en tenant même à la lettre seule, si le premier n'est pas de beaucoup supérienr à l'autre. Celui de saint Thomas coule de verve, le style dus n'entrave en rien l'expression de la pensée, qui se produit sans effort, imagée et claire dans l'un et l'autre sens ; combien il en est autrement pour saint Bonaveniure, qui semble suer sang et eau pour n*être pas en reste de courtoisie avec l'ange de l'École; dont tous les efforts n'aboutissent qu'à de misérables jeux de mots, %t dont l'cxprcsaon n'est pas moins tiraillée que la pensée ! On coin< prend en le lisant l'embarras du poète pour donner aux malédictions dont sa rancune poursuivait l'ami de Foulque et de Montfort, Tapparence de la louange, pour ne pas laisser échapper une seule fois dans ses vers ces deux noms exécrés, ni celui même des Albigeois, tout en ne cessant d'avoir en vue les principaux acteurs de la ctoisade. Il est convenu depuis fongtcinps d'admirer tout daus la 0)médie, mais en lisant ce qu'on appelle le « magnlGque éloge de saint Dominique, » quiconque a conservé la liberté de son jugement n'y saurait trouver qu'un verbiage sonore, qu'une amplification sans couleur dans sa signification apparente, qu'un ressassemeot fastidieux du même procédé antithétique, consistant à prétendre vanter les mérites de saint Dominique, en exaltant ceux de saint François, qui lui ressembla si peu, et réciproquement. Citons : D'amendue si dite l'un pj^egiando. — Pensa oramai quai fu suo degno coUega. — Degno è che dov è l'un, Caltro s'itiduca, — A sua sposa soccorse cou duo campioni, — Se tal fn una niota délia biga, etc. Le poêle, si ingéqieqx d ordinaire et si habile à jouer avec la difliculté, se répète ici laborieusement et reste au-dessous de lui-même. On dirait qu'au moment oiJi il traça ces vers, il sentait le sol brûler sous ses pieds et que son génie se troublait à la pensée du péril qu'il osait affrunter. Mais à tout prix il fallait que saint Dominique fût préconisé dans le poetna sacro, oià son absence eût laissé un \ jde suspect, cl dés lors ce que le poète albigeois avait de mieux à faire était de se servir de lui comme repoussoir, afm de mettre mieux ei) relief les mérites du pauvre de Dieu, l'eccellenza del' altra mota.

Mais, hélas ! désormais Vomih'e est délaisséôf etc,

31. De même que Thomas, le saint Dominicain, a flagellé, dans l'ordre des Prédicateurs, eeux qui restaient fidèles à l'orthodoxie romaine, fiunaventure, le saint Franciscain, va faire la satire de ceui de ses frères en religion qu^ se sont ^cartes des errements vaudois

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de leur fondateur et qui, coin[)arés à des tonneaux vides d'un vin généreux, n'offrent plus que moisissure, muffa, en place du tartre, grommas dont y brillaient les cristaux.

Sa famille, autrefois, qui sur ses pas marchait, etc.

32. Au lieu de suivre les exemples d'humililé et de tendre charité dormes par saint François, co' piediaUe sue orme, ses religieux sont de\emis orgueilleux, avides de richesses cl persécuteurs, au point (iVxiTccr avec non moins de rigueur que les Dominicains les fonctions d'iiiquisi leurs. Ils cheminent ainsi en sens inverse du fondateur de leur Ordre, la sua famiglia è tanio volta.

.... AloTi que se plaindra U ivraie amèrement du grenier d'être exclue.

33. Au jour du jugement, lors du triomphe de Tcippcreur Messie, ce restaurateur de l'église albigeoise, de la i.ouvelie Jérusalem pt de son Temple, les rrauciscains orthodoxes, ceiu* ivraie catholique, auront à pleurer amèremeiil leur coupable erreur, exclus qu'ils seront de la comnmuion des fidèles d'Amour, il Ivglio si lagnerà clic l'area gli sia tolta.

Q,ui, de notre volume en faisant la revue^ etc.

Va. V.n prenant les Franciscains un à un, on en trouveiait encore, mais en petit nombre, qui, restés fidèles aux préceptes de leur pieux fondateur, pratiquent la charité et Thumilité, dont la bienveillance se refuse à toute persécution. Ceux-là étaient les frères spirituels, comme on les appelait. {Epist. s. Bonav., an. 1266. "Wadding, AnnalcsMin<yi\, 1278, 1282.) Ces religieux, fidèles à la pensée de leur saint fondateur, dans laquelle Dante croyait reconnaître celle qui avait inspiré les Pauvres de Lyon, gardaient mieux l'esprit de la règle que leurs antagonistes du môme Ordre, désignés par le nom de Frères conventuels. Ces derniers étaient en posse^ion des dignités de rordre, et leur influence leur valait de nombreux adhérents» tandis que les autres n'avaient pour eux que l'austérité de leur vie, l'arr deur de leqr charité, les exemples d'abnégation et de pénitence dont ils édifiaient les fidèles. Les conventuels, préférant une vie tranquille dans leurs couvents aux fatigues de l'apostolat, s'étaient relâchés pnu à |>eu de la pauvreté primitive, et commençaient à réclamer radoucissement de la règle, tandis que les autfes, continuant à la suivre

Strictement, demandaient que tous fussent tenus de s*y soumetU'e. De ià deux partis dans la famille des Frères mineurs, et une guerre civile dans laquelle Bonlface VIII intervint en faveur des convenlucls. (Ann, Ecoles., 1303, etTosti, storiadi Bonifaci'o VIII, L m) Les Frères spirituels avaient de plus adopté des doctrines» qui, depuis quelques années, ne laissaient pas de causer des inquiétudes à rÉglisc. Leur mysticisme prenant un essor d'une extrême audace, allait prêchant le règne de l'Esprit, dont i'avénement devait substituer l'Évangile éternel aux préceptes temporaires consignés dans TAucien Testament, charte du Père, cl dans l'Évangile, charte du Fils. (Raynaldus, ann. 12%, 97, 1311, 12. Muratori IX. Hist. Dutcini h(tres, , ^Yadding, Ann. 1297. ) On comprend, dès lors, de quel côté étaient les sympathies de Dante et sur quels rapports de doctrine elles se fondaient. On voit avec quelle sûreté de coup d'œil procédait l'Église, en étouffant chez les Frères spirituels des tendances communes aux Vaudois, aux Fratricelles et aux Bcggards, ces rejetons de l'albigéismc. {Voy. Bayle, art. Fratricelles.)

Casale, Aquasparta, ne sauraient la fournir, etc,

35. Qu'attendre, en effet, de frère Ubertiu de Casai, écrivant le livre intitulé Proloquittm de Poteniia Papœ, dans lequel, plus catholique que le Pape, il tendait à accroître encore, au gré de l'autorité pontificale, l'austérité d'une règle déjà si rigide, et, disait-ou, écrite plutôt pour des anges que pour des hommes? Qu'attendre, d'autre part, et à plus forte raison, d un prince de l'Église , de frère Rlatteo, cardinal d'Acquasparta et général des Franciscains, parmi lesquels il laissa s'introduire le plus grand relâchement, de ce lucdiateur partial qui, envoyé en 1302, pour pacifier Florence, y attisa la discorde en favorisant la faction des Noirs ?

De ce Bonaventure auq\iel donna le jour L'ohscur Bagnoreggiot elc»

36. lo son la vita, je suis la vie, la pensée spirituelle de saiot Bonaventure qui, investi des plus hauts offices de l'Ordre, son général pendant dix-huit ans, et promu au cardinalat, repoussa constamment pour lui et les siens l'office sinistre d'inquisiteur , posposi la sinisira cura. Laissez dire les commentateurs, qui traduisent ces mots expressifs dans leur concision, par, je fis passer les choses temporelles après les choses spifiiuelles, et lisez, si vous vous en sentez

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le courage, V Itinéraire de l'âme vers Dieu; V Échelle dorée des vertus; les sept Chemins de C Éternité et le traité sur les Ailes des Sèrajihins, que Thomas Moore dit avoir cherché vainement à la Bibliothèque de Paris, quand nous l*avons trouvé, sans la moindre peine, à celle de Rouen.

Quand Jean de Parme, général de l'ordre des Franciscains, fut destitué comme auteur de V Introduction à CÉvangile étemel, dans laquelle les doctrines vaudoiscs et albigeoises faisaient explosion, après avoir longtemps couvé chez les Frères mineurs ; le Pape désirant élooffer à tout prix des nouveautés redoutables, garda, à leur égard, des ménagements extraordinaires ; il invita Jean de Parme à se démeure volontairement du généralat, en lui permettant de désigner luimême celui qui devait le remplacer. Jean désigna saint Bonaventore. C'est probablement de ce choix que Dante est parti pour considérer le docteur séraphique comme favorable à la religion de l'Esprit ou de l'Amour. S'il avait été l'objet de la préférence d'un homme dont la foi se rattachait à l'albigéisme, il ne pouvait que s'en rapprocher beaucoup lui-même et, dès lors, comment ne pas voir en lui un frère? Esprit éclairé, et, par cela même tolérant, porté au mysticisme par sa nature tendre et rêveuse, saint Bonaventure était une conquête trop précieuse pour que Dante se refusât la satisfaction de l'enrôler parmi ses Parfaits. Aussi n'a-t-il pas manqué, avec son habileté ordinaire, de mettre dans sa bouche cet éloge d'une si laborieuse aridité où la censure amère se fait jour sous l'artiGcè des paroles; véritable comédie ajoutée <i tant d'autres, dans laquelle le panégyrique semble donuer un démenti au panégyriste. Nous retrouvons encore ici une remarquable parité d'opinion entre Dante et Luther, car si nous avons VD ce dernier en doute pour Thomas , il n'hésite pas pour Boualeniure, et il le compte parmi les bienheureux avec saint Bernard et saint François d'Assise. {Thés, 1522, t. i, 377. Adv. Paris. Théologast.,u II, 193. De abrog, miss, priv. l*» Tract, ibid., 258, 259, De vot. Mon. ïb. 271,278.)

..„Ici sont aussi récompensés Illuminât, ainsi qu^Augustin, etc.

37. Illuminât et Augustin , entraînés par la parole et par l'exemple de saint François, furent des premiers <i ceindre leurs reins d'une corde grossière, et se mirent à marcher sur ses traces, eu vivant d'aumônes ; bien plus agréables h Dieu sous la bure, nel ca^j/ro , en leur qualité de pauvre vauu- pieds, poverelli scaUi ,

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que les cardinaux, velus de pourpre, portes sqr des mules ou sur des palefrois richement caparaçonnés.

Ici sont avec e\ix Hugues de Saint-Victor, elc.

38. Hugues, né en Lorraine , sur le terriloiro dTpres, vers la fin du xr siècle, était, en 1133, prieur de Tabbaye de Saint, Victor, à Paris, où il interprétait rÉcriture. Il mourut de 1141 à UZ; laissant, en outre de ses Commentaires sur l'Écriiure Sainte, une Somme des sentences, un Traité des sacrements. De Modo studendij De Sapientia Chrisii. Dans le dernier chapitre de son explication du Décalogue, intitulé De la Substance de l'Amour, il dit que « la source de l'Amour est dans le cœur et qu'il en découle deux ruiëseaus, principes de tout mal et de tout bien, la cupidité et la charité. » Ce ({uc Dante appelle le bon et le mauvais amour. Sa doctrine, dit AI. (laurécin (Philos, scolasi,), est une tentative de conciliation entre la méthode dialectique d'Abélard et le dogmatisme de saint Bernard. Écrivain mystique, il demande au néoplatonisme gnostique, c'est-àdire au faux Dcnys Àréopa^iie, pour lequel nous connaissons ie faible de Dante, qui lui donne hautement le pas sur saint Grégoire , la science des choses divines; pour lui, savoir, c'est croire à cesrêyesdu ciel, et croire, c'cstaimer : « L'Amour eslla chaîne divine qui qnitla créature au Créateur; vivre et penser, agiretconuaiire, ce ne ne sont là que des phénomènes divers d'une action unique, l'action d'aiiuer. S'il va parler de Dieu , il commence par fermer ses oreilles aux bruits du dehors, et, les yeux levés vers le ciel, il attend l'inspiration que lui envoie l'intellect du cœur. » Nous sommes loin là des idées qui inspirèrent la croisade Albigeoise et allumèrent les bûchers de l'inquisition. Comment dès lors Hugues de Saint-Victor n'auraitil pas eu toutes les sympathies du poète et n'aurait-il pas eu pjacc dans son Paradis à côté des apôtres de l'Amour? {Voy. Hist liilde la France, t. xii, et Gôrres, la Mystique, l, 127.)

Et Pierre VEspagnol^ qxk^iWustre un savant iome^ etc.

39. Il professait la philosophie à TUniversité de Bologne, où il avait acquis une grande réputation, et les douze livres qu'il avait écrits sur la logique étaient aloi*s fort estimés. L'esprit qui dominait dans celte école célèbre était loin d'être favorable à Romo, et Dante, qui faisait grand cas de la raison, aurait eu scrupule de ne }>as réser-

ver aux iogicieus une place dans sou Paradis, lors surtout qu'il croyait leur logique employée au profit de sa foi.

Le docte évéïue Ansehne, etc.

&0. C'est aussi à titre de fervent ap6tre de la raison , qn*il ne cesva d'apfjeler en aide à la foi dans ses écrits, et notamment dans son Monologvumy que saint Anselme est mentionné honorablement par le poëte. C'est pour avoir été « le piiilosuplie du christianisme,» si'ioQ l'expression de Matthieu Paris (p. 63); « pour avoir cherché à i^'élever, par le raisonnement, des ténèbres visibles de la foi , à la pure lumière de la philosophie, » comme le dit N. Cousin. {Introd. aux ouvrages d'Abélard) et pour avoir recueilli la théorie des idées de Platon, dans saint Augustin où elle est tout entière. {De Doct. Christi.Wh. I, c. 6.—/)^ Trinitate VIII, 3^ — De lib. arb. II, 5-15. — DeGen, ad,, litt. viii, 1^.) « Saint Anselme contribua indirectement à séparer la philosppiuc de la théologie, séparation qui produibii la scolastiquc qui, distincte de la religion et de la théologie, en reconnut la suprématie. Anselme amena cette séparation s^ans le iiiivoir ni le vouloir; Dante |ui en tint pourtant compte. » {DeRéniusat, p. ^38 ; voy. aussi Hauréan, Hist, de la pli. scoL)

Le doux et pieux Anselme , successeur du juriste Lanfranc, à Tabbayc du Bec en Normandie, puis au siège primatial de Canteri)ury, n'acceptant au'à regret, et sous la contrainte de ses supérieurs, la mitre episcopale, se résignant à la pauvreté et à vivre des aumônes de Tabbé de saint Ai ban, plutôt que de grever ses tenanciers ou de se rebeller contre son farouche suzerain, Guillaume-le-Roux ; poussant même la mansuétude jusqu'à lui donner sa bénédiction au moment de s'exiler' pour se soustraire à ses emportements (Brompton, p. 988; Eadm., p. 27; Lingard, II, trad. fr. 21/i) ; ce prélat si ferme dans Taccomplissement de ses devoirs spirituels, en même temps qu'il se montrait plein de soumission envers le pouvoir tcm- )X)rcl , n'est-il pas nommé ici comme offrant un vivant contraste avec le fougueux évéque de Toulouse, ce Foulque de Marseille dont nous avons esquisse plus haut la biographie ; et comme protestation contre la béatification de Thomas Becket, dont la catastrophe n'était pas encore bien éloignée?

..,. Pierre Comeslor, etc.

ki. Pierre-le-Mangcur, Mangiador, en italien, ou Conies^o)', en

laliu, ainsi surnommé à raison de son amour de l*éiudc, qui lui faisait dévorer une foule de livres, était né à Troyes, dans le cours du XJI*^ siècle. Il y fut doyen de l'église épiscopalc, puis, appelé à Paris, il y dirigea cinq ans l'Ecole de théologie, et mourut vers /i80, retiré dans l'abbaye de Saint-Victor. Il a laissé une histoire ecclésiastique, espèce de résumé des Saintes Écritures, accompagné de gloses empruntées aux auteurs ecclésiastiques et profanes, ouvrage qui contribua au progrès des connaissances historiques en ouvrant la voie 5 l'examen et à la discussion. Il est sigualé par M. de Rémusat comme ayant subi particulièrement Tinfluencc de la philosophie d'Abélard (Hisi. d'Abéiard^lI, p. 170), de cet intrépide rationaliste dont le nom n'apparaît jamais dans le poème, même à côté de ceux en qui revivait son esprit

Le prophète Nathan, etc.

1x2, I/apparition du prophète Nathan en telle compagnie fait se récrier Venturi ; mais s'il s'était rappelé que Dante ne néglige aucune occasion de signaler l'Église romaine comme une prostituée et les Papes comme des adultères, le parti ellette diRotna tosto libère fien deW adultero (Par. ix), et s'il s'était reporté au livre I des Rois, ch. 12 , il aurait compris que le nom de Nathan a été inscrit ici comme une allusion menaçante au châtiment encouru par ces pontifes rois qui ont envié au pauvre Urie Albigeois celle qui faisait son bonheur et sa joie, qui se la sont appropriée par ruse et par violence et l'ont fait périr lui-même par le glaive. «Vous lui avez ôlé sa femme et l'avez prise pour vous ; et vous l'avez tué par Tépée des enfants d'Ammon (vers. 10), » autrement dit, par le fer des croisés de Montfort. Nathan personnifie ici le clergé albigeois ou le chef de l'Église évangélique de Toulouse, dont on pourrait retrouver le nom. (F. Sch.)

.„* L'éloquent Chrysostâme, etc,

kZ. Rien de plus rationnel que d'associer aa prophète tonnant contre l'impureté, l'éloquent évéque de Gonstantinople , saint Jean Chrysostôme, exposant par quelles vertus le sacerdoce a droit au respect des peuples, proclamant les mérites de la virginité ^ puis mourant exilé pour avoir osé blâmer, dans l'impératrice Ëudoxie, une vie de rapines et de désordres. Dante glorifie en ces deux organes du courroux céleste, la mission que lui-même s'attribue dans sa Comédie contre les puissants de la terre.

Et Donat, qui daigna tracer de simples /ois, etc,

kk. Le grammairien latin, iElîus Oonalus, parattrail avoir peu de droits à la béa lifica lion, à moins que cène fui comme précepteur de saint Jérôme. Mais Dante, qui avait entrepris son traité de Vulgare eioquio, avec la pensée d'expliquer aux siens le mécanisme du langage sectaire {voir Tanalyse de cet ouvrage bizarre dans nos RcvcL, p. 383), se complaît à faire un saint d*un confrère, du philologue qoi a laissé les deux traités de Barbarismo et De ocio pariibus <n^ationis^ en contribuant ainsi pour sa part à faciliter la voie du progrès» ce dernier ouvrage ayant été longtemps adopté dans les écoles et la grammaire étant la première des sciences du Trivium.

Voici Rahan, etc.

ko. Raban-Maur figure ici au même titre que Dunat, c'est-à-dire coonne philologue, et surtout comme ayant traité, dans son livre de ilrwention des langues depuis l'hébreu jusqu^ au tudesque, un sujet snr lequel Dante s'est appesanti à plaisir dans le Corwùo^ dans la Comédie, et surtout dans son de Vulgari eloquio, avec une pensée bien différente de celle qu'on lui a prêtée si gratuitement. {Voy. p. 383 des RêveL) Raban-Maur, qui avait étudié à Tours sous Alcuîn, est regardé avec raison comme le fondateur des écoles allemandes. Ëcolâtre dans l'abbaye de Fulde, que son enseignement rendit célèbre , il fut présenté par l'abbé comme professant des nouveautés profanes; mais, protégé par Louis-le- Débonnaire, il fut rétabli dans la chaire qu'il lui avait fallu quitter, et devint bientôt lui-même abbé de Fulde. Il s'éleva d'abord contre le Saxon Gotteschalk, l'un de ses moines, qui avait professé la doctrine de la prédestination. Mais il refusa de s'associer à l'archevêque de Rheims Hincmar qui, violent et tyranniquc défenseur du libre arbitre, avait fait condamner par un concile, fustiger et enfermer le moine théologien : « Auteur de deux gloses sur ïlsagogede Porphyre et sur VHermeneia, il fut au ix* siècle, dit M. Hauréan, sous les auspices d'Aristote et de Boèce (pour qui Dante déclare sa sympathie dans le Convùo, après l'avoir imité dans sa Vie nouvelle) ^ le restaurateur du conceptualisme. » {De la pkiL scolastique, ) Il aurait été ainsi le précurseur d' Abélard, de même que Pierre lombard, que nous avons vu canonisé par le poète ûorenlio, fut le continuateur du philosophe breton, a plein de zèle en tout et contre tous, ne reculant devant aucune conséquence dans la science, comme dans la pratique de la vie » (Hock, Hùu de Sylv. 11)^

096 LR PARADIS.

Raban-iMaur jouit de son vivant d*unc grande répulaiion et mourut, âgé de 80 ans, évoque de Mayonce en 856. {Voy, Sigebert in Chron. Vincent Bellov. Spec. hùt. xxiv, c. 28. Hùt. lût. V, 151. Acta Sanct. !•' février.)

.... Cet autre est Vahhé calahrùis, Le pieux Joachim à Yesprit prophétique.

2i6. Cetic liste de saints, dont plusieurs ne figurent pas sur le catalogue de l'Église, se trouve close parle nom de Joachim, mentionne là assez singulièrement, si Ton songe que celui qui porte la parole e.4 le général des Franciscains, saint Bonaventure. Ne dans la Galabre en 1130, dans le bourg de Cciico, prèsdeCosenza, Joachim fit le voyage de la terre sainte. De retour dans ses foyers, il prit Thabit de Cîteaux et fut élevé malgré lui à la dignité de prieur et d'abbé dans le monastère de Sambuccino. Faisant de la Bible son occupation favorite, il (écrivit sur les concordances de FAncien et du Nouveau Testament fet entreprit Teiplication de Y Apocalypse. Ce fut pour terminer cet ouvrage qu'il laissa son abbaye et se relira à Flores (Flore) dans une hutte, en 1183, et il en vint à proclamer que la fin des temps était venue, que le règne du Saint-Esprit était proche.

Les prédictions sur les empereurs et sur la Sicile dont il entremêlait ses gloses, lui avaient valu la réputation de prophète, aussi se vitil bientôt entoura d'une foule de disciples. Il fonda donc dans le lieu de sa retraite une nouvelle congrégation, avec des règles plus sévères que celle de Saint-Benoît, auxquelles le pape Célestin III donna son approbation. Il mourut en 1202, à l'âge de 72 ans, et laissa un grand nombre d'ouvrages. Ce fut ce moine visionnaire que les Franciscains spirituels, comme on les appelait, et b leur tète Jean de Parme, leur général, en lui attribuant à tort des commentaires sur les prophéties de Merlin, œuvre de l'esprit sectaire outre-Manche, prirent, un demisiècle après, pour leur Messie. Dans le livre intitulé. Introduction à l'Evangile éternel j et où \emoine blanc, Joachim, est désigné sous le nom de l'homme vêtu de lin, virindutus linis^ ce qui rappelle le bianche stole si chères à Dante, se reproduisait cette religion de TEspril (f traînée depuis tant d'années, dit Henri Martin {Hist. de France, t. V, 257), sur les mêmes bûchers que le manichéisme, et elle venait planter son étendard au milieu des milices papales. >»

Les nouveaux apôtres soutenaient notamment que le Pape et le clergé romain ne comprenaient pas le sens spirituel de l'Evangile, mais seulement la lettre, et que l'Église grecque marche plus scion

Tcsprit que TÉglisc latine, attendu que les membres du clergé n*y sont pas seigneurs temporels et ne font pas la guerijp. (Bulœus, Hùt. um, Paris, m, 392 et 599.) Amaury de Chartres avait déjà soutenu des doctrines analogues. (6. de saint àmoiir, c« 8.)

Faire ainsi canoiiber i'abbé Joachim, convaincu d*hérésie, par saiat Bonafénture, successeur de Jean de Parme, dTestitué du gi^néralat comme propagateur des doctrines de Y Evangile étemel, après avoir désigné saint Bonaventure comme le plus digne de le remplacer à la tête d*un Ordre infecté de l'hérésie spiritualiste ; n'est-ce pas, de la part de Dante, signaler autant qu'il pouvait l'oser, le docteur ^éraphique comme ayant embrassé, au moins dans son for intérieur, les doctrines condamnées par l'Église 7

A Xcuzr les hauts faits d'un si haut paZadtn, etc,

kl. Ad inveggiar cotanio palatino. N'en déplaise aux comnientaieurs et aux philologues, inveggiar, dans le sens d'envier, n'a jamais pu signifier louer, exalter, et d'ailleurs, si telle eût été la pensée du poëie, rien ne l'empêchait d'écrire esaltar ou tout autre équivalent. S'il a préféré un verbe qui nous paraît bien plus se rapprocher d'jnreire que d*{nv{diare, c'est qu'il avait conscience que les paroles mises dans la bouche de saint Bonaventure n'étaient rien moins qu'un panégyrique; on a pu en juger, et le tiire de paladin qu'il lui donne ici et auquel s'attache une idée de combat et de violence, vient encore à l'appui de notre opinion. Vonlût-on dériver celle cpithète de Palatinus, homme du palais, l'insinuation ne serait pas moins agressive, en désignant saint Dominique comme l'agent familier et l'un des principaux instruments de ce pouvoir, dont le palais s'était élevé en antagonisme avec le palais impérial.

A touché comme moi cette troupe hénie.

48. Vinfiammata cortesia, l'ardent gibelinisme albigeois, et lé laiin discret, dùdreto latino, du frère Thomas, expriment à la fois le fond de la pensée toute gibeline, coriese, que le poëte a entendu prêter au docteur angélique, et la forme sectaire, le langage voilé, cim, dont il a fait usage en traçant le panégyrique de saint François, de manière à le signaler comme animé du pur esprit vaudois, tout en paraissant louer en lui des mérites catholiques. Pourquoi ce langage est il appelé laiin, quand saint Thomas a parlé italien? Pourquoi ce latin a-t-il été discret , s'il n'a eu rien à cacher , à dissimuler

pmdeminent? C'est qoe, de mêine que le blin éuil la langue de rÉgiise, Doos l'avons déjà dit, le langage dus ou car, obscur, voilé, était ridioDie ritael de roppoe»itioD, son latin, et que de sa nature il était essentieUemenl discret, c^est-à-dire savamment réservé. Nous opposera-t-on {faediscreto signifie aussi convenable? Eh ! mon Dieu qni le nie ? MaH c'est préciscment dans l'usage des mois ï double entente, employés tantôt au sens propre, tantôt dans un senscon- Tentionud, que réside tout l'artifice de la poétique dantesque, et c*est cet artifice que nous avons pris à lâche de d^ontrer.

Qiimre étoiles au cieU dans les couches de l'air ^ etc.

i. Quinze étoiles de première grandeur.

Ce char auquel suffit si bien notre horizon, etc.

% Jjes sept étoiles de la Grande-Ourse, autrement dit du Chariot, constellation qui, tournant autour du pôle, ne quitte jamais notre horizon.

Qu'il se figure enfin ce cor dont Vembouéhure, etc.

3. Les deux étoiles qui terminent la Petite-Ourse, du côté opposé au pôle.

Dept!ts que de Minos la mort glaça la fille, etc.

U. Deux signes semblables à la constellation appelée la couronne d'Ariane, c'est-à-dire deux rondes.

La constellation vraie et la douUe danse, etc.

5. Ainsi cette longue comparaison astronomique signifie tooi bonnement, que les 2û personnages que nous venons de passer en revue, à savoir : saint Thomas d'Aqnin, d'une part, avec Aibert-tc- Grand, Gralien, Pierre-1c- Lombard, le roi Salomon, Denys, lefaux

Aréopagite, Paul Orose ou Lactance, Boèce, Isidore de Séviile, Bèdele- Vénérable, Richard de ^aiut- Victor et Siger de Brabant, douze en tout; de l'autre, en compagnie de saint Bonaveniure, les deux Franciscains Illuminât et Augustin, Hugues de Saint -Victor, Pierre Comestor, Pierre l'Espagnol, le prophète Nathan, saint Jean Ghrysostome, saint Anselme, Donat, Raban-iMaur et Tabbc Joacbift de Flores, se sont mis à former deux rondes concentriques tournant en sens opposé autour d'un même centre. C'est-à-dire que tous ces (Krsonnages, en suivant des voies opposées, tendaient tous à un même bot, la découverte de la vérité, vers laquelle ils convergeaient égalenieot, les uns par l'étude et par le raisonnement , les autres par le sentiment, la contemplation et le mysticisme. Or on voudra bien se soQveoir que cette double ronde accomplit sa révolution autour de Dante et de Béatrice, placés là comme représentation symbolique de la Raison et de la Vérité, et que le poète résume ce jeu de scène, dont le lecteur doit garder le souvenir, corne ferma rupe, en disant : Ladoppia dama che circulava il punto dov' lo era, dont le mouvement circulaire s'accomplissait dans mou rayon, autour du point où m'avait amené ma foi.

Maintenant que signifient ces trois groupes d'étoiles , soigneusement désignés ? Les quinze étoiles de première grandeur, che in diverse plage lo cielo avivati^ désignent lés personnages qui, dans l'une et l'autre ronde, ont brillé plus particulièrement par la science, indépendamment de leur foi. A savoir : Albert de Cologne, Pierrele-Lombard, Salomon, le faux Aréopagite, saint Jean Chrysostôme, Boèce, Isidore de Séville, Bède, Siger de Brabant ; ceux-ci appartenant à la première ronde ; puis Pierre Comestor, Pierre l'Espagnol, saint Anselme, Nathan , Raban-Maur et l'abbé Joachim , dans la deuxième ronde.

Les sept étoiles du Chariot, carrOj équivalent ici à la bastenia du Ptirgaioire^ autrement ditansaint-siége, figuré également (ch. xxv du Pitrg.) par Calisto, ou l'Église romaine changée en brute, pour s'cu-c livrée aux appétits de la terre. Ces sept étoiles de la Grande- Ourse, ou du saint-siége, désignent donc ceux qui se sont plus rapprochés de l'Église catholique romaine, savoir : Gratien, Orose ou Lactance, Richard de Saint-Victor, Illuminât, Augustin, Hugues de Saint- Victor et Donat.

Le troisième groupe se compose de deux étoiles seulement : saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure ; ils sont signales comme formant l'enibouchure du cor qui vient s'appuyer à l'axe du monde ,

autrement dit, comme brillant à Texlrémité de la Petite-Ourse, dont le nom est ainsi déguisé comme la été celui de la Grande. Klle est devenue un cor, instrument retentissant, dont Thomas et Bonaventure sont la voix ou Torgane, la bocca. Mais si la Grande-Ourse est la grande Église catholique, la Petite-Ourse, qui lui tourne le dos dans le ciel, ne saurait être que la petite église albigeoise, en opposition avec elle sur la terre, et Ton reste stupéfié en reconnaissant avec quelle audacieuse habileté le poète est parvenu à rattacher à cette église opposante deux des plus éclatants flambeaux de la foi catholique.

La signification toute sectaire de cette fantasmagorie astronomique n*avait pas échappé à TOtrimo; mais n'ayant garde de Texpliquer, per più brève parlare,(\\l-\\, il a soin de rappeler que, d'après la déclaration de Tauleur lui-même , la signification du poëmc est tout à la fois littérale, allégorique, morale et anagogique, en ajoutant toutefois, avec un air de bonhomie qui suffit pour mettre sur la voie, que saint François et saint Dominique sont les deux pôles du monde, donnant ainsi à entendre que Tun est aux antipodes de Tautre, san Domenico è i'uno polo e san Francesco l'altro.

On peut sans doute rejeter nos interprétations, mais il est un moyen certain de les réfuter, c'est d'expliquer rationnellement sous quelle inspiration Dante s'est trouvé amené à diviser en trois grou|)es distincts, par quinze, par sept et par deux, les vingt-quatre personnages qui figurent dans cette partie du poème, et comment, ayapt à choisir parmi la foule des constellations, il s'est arrêté précisément, pour rendre sa pensée aux sept étoiles de la Grande-Ourse et àdeui de celles de la Petite, pour les comparer aux neuf Bienheureux sur lesquels il voulait attirer, à des titres divers, l'attention du lecteur.

.... due du cours paressettx De la Chiai\a, {'essor du plus vile des deux, etc.

6. Dante n'écrit qu'en vue de sa chère Toscane, aussi lui entprnnte-t-il souvent ses comparaisons, comme ici où il oppose le mouvement du ciel premier mobile, qui était censé donner l'impulsion à tous les autres, au cours très-lent de la Chiana, pour faire comprendre que ce qui se passe dans son ciel sectaire est bien différent de ce qu'un voit dans le monde orthodoxe, nostra usanza.

On n'y chanta Bacchus ni le fils de LaUme, eic,

7. A cette mise en scène, calquée sur les cérémonies du cuite du wleil, on aurait donc pu croire que les Bienheureux chantaient dans ic Paradis, Apollon et Bacchus, Pœan et io Evohe, pour que D^qte ait jugé à propos d'affirmer qu*il n*en est rien.

.... Dans une personne L'une et Vautre nature ensemble s'unissant.

8. Nous ne nous arrêterons pas à discuter s*il faut lire avec Yenlori et les académiciens (le la Grusca, Tre persane in divina natwra, ou tre sustanze, comme le portent plusieurs anciens manuscrits, notamment celui du Vatican. N. E. Il suffit qu'il y ait doute pour que nous ne voulions pas arguer contre Torthodoxie du poète d'une expression contestée. Mais Lombardi a raison lorsqu'il soutient que les Ariens seuls ont pu donner au mot substanceX^^ signification d*Aypiitixse. On verra d'ailleurs plus tard que ces trois personnes n'en font en réalité qu'une, réunissant les deux natures ou les deqx ca-* ractéres, divin et humain.

... De Vadmirahle vie Du saint pauvre de Dieu m'avait fait le rédt, etc. .

9. Saint Thomas d'Aquin. Les premiers Vaudois furent désignés sous le nom de Pauvres de Dieu, et nous avons exposé les motifs qui, selon nous, ont amené Dante à appliquer ce nom de Poverel di Dio à saint François d'Assises.

M'invite maintenant qu'une paille est battue Et la semence à part, à battre Vautre grain, etc.

10. Saint Thomas a battu la paille en flagellant d'une parole auièrc les Franciscains conventuels et les Dominicains fidèles à Rome, les ans et les autres comparés à un chaume aride, et il a expliqué ainsi la pensée dissimulée dans ce vers rendu obscur à dessein, V ben s^impingva se non si vqneggia, il va maintenant commenter celte proposition qu'il a entendu appliquer à Salomon : A veder tanto non surse 'l seconda.

....£n eux qu'il fût infus] Par Celui qui les fit de tous ses dons pourvus»*

il. Dante veut faire dire à saint Thomas : Dans ta pensée, le

932 LB PÀRàDiS.

premier homme et le Rédempteur ont seuls, sur terre, été cloués par Dieu de tout le savoir accessible à la nature humaine ; autrement dit le Monogènes Chrxstos, le premier né du monde d'émanation, et Adam, le premier né du monde de création, dans le système de la gnose ; or, c'est sans doute pour que le lecteur avisé puisse se tenir en garde au sujet de la démonstration annoncée, que le grave docteur débute par ce pitoyable jeu de mots : « Tu crois que Dieu mit dans la poitrine d'où fut tirée la côte destinée à former la belle jove dont le palais a coûté si cher au monde, et dans celle qui fut percée de la lance, tout le savoir qu'il est permis à la nature humaine de posséder; aussi tu restes surpris de m'avoir ouï te dire que Salomou fut à cet égard sans égal. En effet, vous allez voir comme quoi celui dont le flanc fut percé par la lance du Judas pontifical, forato daUa lancia, qui satisfit après comme avant ses fidèles Gibelins, poscia e prima tanto satisfece, si supérieur au Vieux de la Montagne d*où dérivent tous les crimes, che (Vogni colpa vinse la bilancia, autrement dit le messie Henri, ne fait qu'un avec Salomon, le plus sage des rois, attendu que Dieu, quel valor che l'uno e l'aUro fece, lui accorda de voir la lumière, c'est-à-dire, tout ce qu'il est donné d'eu voir aux hommes faisant librement usage de leur raison, quaniumque alla natura ymana lece aoer di lume.

....En te signalant la cinquième lumière, etc.

12. B.EN. che nella quinta luce è chiuso. Ainsi l'idée religieuse et ridée politique sont toutes deux cachées dans cette figure de Salomon, etc'est la faute des lecteurs s*ils ne lesont pas aperçues, quand le poète a pris soin de les leur signaler en toutes lettres.

Tu verras que mon dire et ta propre croyance Sont dans le vrai, comme est le centre dans le rond.

13. C'est-à-dire, tu verras que les deux opinions, qui paraissent opposées, sont également vraies et convergent au même point, de même que les rayons partant de la circonférence convergent au point central ; car tous deux nous pensons de même au sujet du Salomou germain et du Messie impérial, qui ne font qu'un; il ne s'agit que de s'entendre.

Ce qui doit prendre fin et ce dont Vexistence Ne "peut finir, etc.

U. Ce qai ne meurt pas, c'est-à-dire, le monde supernaturel avec les intelligences célestes; ce qui prend fin, c'est-à-dire le monde terrestre avec les animaux, les plantes et les minéraux; tout cela n'est qu'on resplendissement de la pensée de Dieu, pensée toute d'amour, Verbe divin inséparable de son foyer, qui est Dieu lui-même, et de l'Amour et de l'Ësprit-Saint, tous trois unis ne faisant qu'un. Cette pensée créatrice se réfléchit dans les neuf cieux, nave sussîstenze, et à mesure qu'elle descend jusqu'aux derniers rangs angéliques, ultime poterne, son action, qui toujours va décroissant, en vient à ne produire plus que des choses imparfaites et de courte durée, brevi comingenze, que le mouvement du ciel fait naître, avec ou sans semence, dans les trois règnes, animal, végétal et minéral. Il esta remarquer d'abord que cette théorie métaphysique est un véritable hors-d'œuvre ne se rattachant en rien à la proposition qu'il s'agit d'établir, à savoir que Saiomon n'eut point d'égal en sagesse éclairée. Elle constitue de plus une hérésie évidente, mise en avant dans toute sa nudité, avec une audace qui confond, mais que le succès a justifiée.

Est-il possible en effet de dire, dans l'ordre d'idées du dog^ie catholique, que la pensée de Dieu va s'affaiblissant à mesure qu'elle s'éloigne de son foyer divin, au point de ne plus enfanter que do chétives contingences? L'Église, qui, proclamant l'omniprésence de Dieu, enseigne que sa pensée embrasse et remplit l'Univers créé par lui, peut-elle admettre que cette pensée perd de son énergie et de sa puissance créatrice à mesure qu'elle descend dans Tespace 7 II n'est pas un séminariste qui hésitât à s'élever contre la doctrine professée ici par saint Thomas ; il n'est pas en revanche un disciple de Saturnin, de Basiiides, de Mafckni ou de Valentin, qui n'y reconnût tous les éléments du philosophisme gnostiquc alexandrin.

Ouvrez V Histoire critique du gnosticismCy par J. Maltcr, ouvrage couronné par TAcadémie des Inscriptions, vous y verrez, que dans tontes les écoles, et notamment dans celle d'Alexandrie, inspirée par le platonisme philonien, domine évidemment l'idée de Témanation de toutes choses d'un seul principe, mû par un amour primitif en union intime avec lui. Ce principe unique, éternel, infini, le roi de lumière, le Père inconnu, VEmoph des kabbalistes, le Bythos des Yalentinlens, vit au sein du plérome, foyer de la divine lumit^re, véhicolc ou symbole de l'Esprit, qui est la vie de toute chose et m

fait qu*un avec TÊtre sut)réme, viva tuce che non si disuna dai suo lucente (t i, p. 268). Gomment l'Être éternel se manifestc-t-il, Soos l'inspiration de l'amour? Il donne l'essor h sa pensée, quelia îdea che panorisce amando, (l'idée type de Platon, ennoia. Logos), 11 opère ainsi par une suite d'émanations successives reprodoi- Hftot ses qualités, d'après diverses* modifications, à des degrés divers. ( Voy* la note 3 du chant xxix. ) Ces émanations, dérivées d'une source commune, sont désignées par les noms à^éons, de déploiements d'énergies, de puissances^ axones, sephifois, potenze, dunameis. Ainsi l'univers magnifique manifestation du Père tnconnu^ n'est que la sainte splendeur qui rayonne de sa pensée, non è se non fplendor di quelia idea. Ce sont les paroles mêmes du talmudiste Idra Rabba. (S. 3, § 2/i. ft65, s. 5, § 58.) Ajoutez que, tout étant émané de l'Être suprême, plus un être est rapproché de lui, plus il est parfait, que' plus il s'en éloigne sur l'échelle des émanations, plus il perd en pureté et va de déchéance en déchéance, dùcende aW ultime poterne, {Yoy. Hist du gnosticisme, i, p. 98^ ii» \\h et passinu)

Pour peu qu'on veuille bien peser les pensées et les expressions^ on ne saurait manquer de retrouver en substance dans ces quelques vers tout le système de gradations du Zendavesta, système que les kabbaiistes empruntèrent aux Perses, et qu'à leur tour ils communiquèrent aux gnostisques. Ce qui le démontre de plus en plus, ce sont les neuf substances ou existences, nove sussistenze, dans lesquelles Dante fait se réfléchir, par irradiation, la lumière divine, et qui composent évidemment son plérome, pour lequel il parait avoir préféré la décade à Togdoade. A ces attributs hypostasiés de la divinité, concentrés dans le picrome, où ils étaient de toute éternité, incréés par conséquent, s'applique dès lors on ne peut plus logiquement le mot sussîsieme, puisque, subsistant par eux-mêmes, ils n'ont pas été f>r0' duits, mais seulement manifestés en dehors du plérome,

Mais sur le sens religieux vient se greffer le sens politique em* prunté à l'organisation du Temple. L'amour, la lumière et l'esprit sont le foyer lumineux qui constitue le grand Orient ou l'étoile flamboyante, image de Dieu sur la terre, pouvoir suprême dont les œuvres sont les effets de l'amour, che partorisce amando. Sa vertu bienfaisante se transmet par irradiation dans neuf grades principaux où elle est comme reflétée, en demeurant constamment une, sua boutade il sua raggiare adtma, quasi specchiato ïn nove sussistenze, eternamente rimanendosi una. Son action descend ainsi jusqu'aux derniers rangs de l'Ordre, jusqu'aux simples affiliés, ultime po(enze,q^l

ne cootribuenl que faiblement à la propagande et comme accidentellement, pcr brevi contingenze. En eflet, saint Thomas nous explique fort bien, qu*il appelle contingences, les recrues à la vie nouvelle, ic cose générale, produites par l'action du ciel sectaire, il ciel inovendo, au moyen de renseignement ou par un effet spontané, con semé e senza semé. Voyez, du reste, dans le Purg. xxvii, l'explication donnée par Mathilde au sujet d*alcuna pianta se produisant senza senie palese.

Ni la malicre, ni la loi qui la conduit

A subir et $a forme et sa fin^ n'est la même, etc.

15. ■ Le caractère distinctif du gnosticismc, dans toutes ses branches, est d'enlever la création h l'Être suprême, pour l'attribuer h un agent secondaire, au Démiurge ou à des esprits inférieurs. » {Hùt, dugnosL, I, 2ti5.) Le monde intellectuel est le déploiement des facnltés de l'Être suprême, du Père inconnu, il s'est fait par une suite d'émanations. Le monde inférieur, au contraire, loin d'être l'ouvrage di^ Dieu, est celui d'une puissance inférieure. Mais quant à la nature de cet te puissance et au mode de ses créations, les Écoles de Syrie et d'Kgypie se partagèrent, suivant l'influence du parsisme sur l'une, et celle du platonisme philonien sur l'autre. (Ibid., 250.) Dans ce système philosophique domine l'idée de l'émanation de toute chose d'un seul principe et d'un amour primitif qui en est le mobile, en intime union avec la lumière et l'esprit. On ne saurait y méconnaître non plus celle de l'influence des esprits sidéraux, ni celle de la dégradation successive des générations intellectuelles qui émanent les unes des autres. « {Ibid., 269.) On va voir toutes les paroles de saint ihonias se rattacher à ce système*

U matière est différente aussi bien que la puissance qui la met en œuvre, la cera e chx la duce non sta d'un modo, c'est-à-dire que la matière est plus ou moins Imparfaite, ce qui exclut l'idée qu'elle soit l'ouvrage de Dieu, et elle subit l'action d'Esprits émanés de l'intelligence suprême à des degrés différents, puissances inférieures désignées dans la Genèse, 2, /r et suiv. , selon la remarque de Philon, par le mot Elohim, De là résulte que l'idée typique, segno idéale, y ap})araît plus on moins éclatante.

Voici maintenant l'interprétation du Temple. Les néophytes différant de caractère, d'opinions, de rang, d'aptitude, comme aussi leurs initiateurs, la cera di costoro e chila duce non sta d^un modO:,

d*où suit que tous n'arrivent pas à une égale perfection, al segno idéale; tel Guelfe y parviendra quelquefois plus vite que tel Gibelin, et tel homme que tel autre, un medesimo segno, seconde specie, meglio e peggio fi-utta, car rintelligeuce y fait beaucoup, roi nasceie con diverso ingegno.

Si, la matière étant dans sa perfection. Le Ciel y déployait sa suprême action, etc.

16. Au point de vue gnostiquc, entendez : Si la matière était préparée h point, si elle était Tceuvrc de Dieu, et conséquemment parfaite, que rinflucnce sidérale agit alors sur elle dans sa plus haute puissance, le sceau lumineux, la luce del stiggel, s*y reproduirait dans tout son éclat. Mais la Nature, mot commode pour désigner Tinteliigence qui fait naître, sans lui affecter son nom réel, la Nature ne donne qu*à moitié l'empreinte à cette matière imparfaite, créée par un agent secondaire du Père inconnu, car la main lui tremble comme celle de l'ouvrier qui, bien qu'habile dans son art, échoue à rendre sa propre pensée, c'ha l'abito delC arte e man che tréma.

Au point de vue templier, traduisez : Si le haut ciel sectaire {loii* vait opérer ostensiblement, m sua viriii suprema, et partout pnr lui-même, partout apparaîtrait l'empreinte de son sceau lumineux, la luce del suggel; mais la Providence impériale est timide et ne permet pas de la faire briller entièrement, ma la Natura la </(' sempre sceina, attendu que, jusqu'à présent, elle n'a pas osé rompn* complètement en visière à la Papauté. Si bien qu'elle a opéré comme l'ouvrier, dont la main tremble, bien qu'initié aux secrets de l'art royal.

QMand donc V ardent Amour imprime à lam^tihre Le radieux aspect de la vertu première, ctc,

17. Selon la gnose : Quand c'est l'amour divin lui-même qai, préparant cette matière, non créée par lui, daigne y apposer l'empreinte de la radieuse pensée qui se manifeste en Dieu, la chiara rista délia prima virtù, tout est perfection dans ce qui se produit, tutta la perfezion quivi s'acquista. Rien de plus clair.

Selon le Temple : Quand les Séraphins du neuvième ciel, avec lesquels nous ferons plus tard connaissance, excellents Anges brûlant du plus ardent amour, caldo amore, admettent le récipiendaire au grade suprême, appelé nec plus ultra; lorsqu'après l'avoir préparé convenablement et lui avoir donné le signe, dispone e segna, ils lui

font contempler face à face le monarque suprême; il est favorisé, délia cliiara vis{a delta p'ima virtii, et il atteint le plus haut degré de perfection, tulta ta Përfezion quivi sacquista, ce qui n'est pas moins facile à saisir. Le Parfait Dante savait faire des Parfaits.

Ccit ainsi que. pélri jadis ^ un peu de terres etc.

18. Dans le sens gnoslique : C*est ainsi que le premier homme, dont la terre avait fourni la matière au créateur secondaire dont il fut Tonvrage, reçut du l'rùs-Haut toute la perfection animale, lorsqnc Taniour divin lui accorda le pneuma ou Tesprit, rintelligence destinée à animer Tinforme créature des Kiohim et à en faire l'image de Dieu, cosi fu fatta già ta ten^a degna di lutta l'animal pcrfezion.

Déduisons maintenant nos preuves, à cet égard, car nous n'avons pas la prétention d'en être cru sur parole :

• Saturnin, l'unyies principaux diefs de l'École gnoslique de Syrie, place sur le dernier degré du monde pur ou de la chaîne des énianations sept anges on esprits sidéraux, les moindres en {)erfection dans les régions intellectuelles. Il en fait les créateurs et les gouvernants du^monde visible, dont ils ont enlevé les éléments à l'empire des ténèbres, afin de le combattre avec plus de succès. Ne recevant plus de Dieu que de faibles reflets de lumière, ils réunirent leurs efforts |)onr fixer ces reflets dans un ouvrage de leurs mains et dont ils fussent les maîtres. Ils ne produisirent qu'un ver rampant avec peine sur la terre : c'était t homme. Heureusement, la puissance supérieure, M'image de laquelle l'homme était fait, eut pitié de lui, et lui envoya un rayon de vie divine qui ïanima. Ce fut ainsi que l'homme eut une âme, et gi'âce à la communication de cette puissance, que le christianisme nomme le pneuma, ce misérable ver rampant sur la matière, peut s'élever jusqu'à Dieu. » ÇHist, du gnost.. i, pp. 278 et suiv.)

Peu importe que Dante ait emprunté à Saturnin ou au Néoplatonicien Philon cette idée de la réhabilitation de l'homme par le pneuma, le fait est que son point de départ est la misère de l'homme créé d'une matière grossière et imparfaite, matière qui ne peut se relever et devenir degna que par la communication de l'Esprit, dont la nature divine fait cesser son indignité primitive. Le vers suivant en témoignerait an besoin.

Dans le sens templier,: Ainsi l'humble argile fut rendue naguère digne, dans l'Adam Florentin que nous connaissons, de toute la perfection dévolue à l'humanité^ alors qu'il fut admisen présence de son

938 LR PARADIS.

messie (Lettre de Dante à Henri Vil). Cosi fu fatia già la terra degna di tutta l'animal perfezione, de la perfection des Cathares.

Ainsi conçut Marie et, vierge ^ devint mère,

19. Gomment la Vierge conçut-elle? Le catécliisme romain répond : Par Popéralion du Saint-Esprit, parce que le Pneuma descendit en elle et la féconda, en lui communiquant, comme aussi au fruit de ses entrailles, toutes les perfections. Grâce à cette intervention directe de la divinité, Thumblc argile de la femme, déjà créée, s*éleTa jusqu'à la divinité. Mais le catéchisme templier nous dit d'autre part, ce qui sera de toute évidence aux derniers chauts :

Ainsi Noirc-Damede Mantoue, celte héroïque Manto, la Vergine cruda, transformée en Marie, enfanta le Rédempteur dans Henri de Luxembourg, devenu le grand-maitre du Temple, cosk fu fatîa la Vergine pregna, (Voy. Schmidt, Hist, des Catl9f, II, 43.)

Nous ne savons ce qu'en penseront les doctes, mais pour nons, les deux interprétations parallèles s'adaptent si bien au texte, qu'il nous parait impossible de ne pas admettre, qui* l'organisation politique telle qu'elle avait été rêvée dans le Temple, et telle qu'elle se produit dans le traité De monarchia, fut calquée en entier sur la théogonie gnoslique.

Telle qu'elle apparaît dans ces deux personnages.

'20. Dans Adam et dans Jésus -(.hrisl; mais celte fois sans leor donner pour doublure Dante et Henri VII, qui ne tardera pas à se reproduire sous une toute autre physionomie. L'amour-propre de l'auteur ne pouvait pas aller jusqu'à se faire dire en face par saint Thomas : J'approuve ton opinion, commando tua opinione, jamais la nature humaine n'a été ni ne sera telle qu'elle s'offre en toi et dans ion héros. Tout ce que Dante se proposait, c'était de faire illusion et Dieu sait s'il y réussissait. Cette tcrcine même devait faire rejeter bien loin l'idée qu'il eût voulu se désigner dans l'une de ces due persone.

Peut-être s'explique-t-on maintenant la forme obscure affectée par saint Thomas, dans les deux propositions qu'il pouvait si bien se dispenser d'émettre. Le nonsurse il secondo, comme l'U' B.EX. iVwpingna, n'est qu'un artifice à l'aide duquel le poêle se ménageait le moyen de faire abonder le docte interprète dont il avait fait choix dans

CHANT Xïl!. 939

son idée favorite, à savoir : que pour le bonheur du genre humain, le gouTcrnement du monde terrestre devait reproduire fidèlement celui da monde des intelligences.

Ceint dont il ê'agitt dè$ Zort, comtMnt jamaiê N^a-t-il eu son égal en sa/voirt en sagesse, etc,

21. Comment admettre, sans >utre éclaircissement, que le premier boinme et le rédempteur du genre humain n*aient pas égalé et même surpassé Salomon 7

Mais pour qu'à ai égafrd toute obscurité cesse, etc.

32. Ma, perché paia B.EN qtiel che non pca*e^ mais pour qu'apparaisse enfin ce bienheureux Henri, qui n'apparaît pas encore.

Songe à ce qu'il était, et pour quelle raison, Quand lin /ut dit : DemandCf il requit pareil don,

33. Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur ! Il se réduit à ceci en deux mots : comme roi, Salomon fut sans égal. Et ce serait pour en venir là que le docteur angélique, remontant jusqu'à ta création, aurait débité tant de paroles oiseuses. Le croira-t-on et cela pcul-ii tomber sous le sens? Cet autre sens n'est-il pas préférable?

Songe que Henri était empereur et que de puissants intérêts politiques lui firent accepter l'alliance du Temple ; le désir de triompher delà Papauté fut la cagion che lo mosse; aussi quand les Parfaits de TOrdrc lui dirent : Demande à voir la lumière, chiedt, il n'hésita pas à réclamer l'initiation, a dimandare.

Tu peux, au peu de mots que je viens de te dire,' Comprendre qu'étant roi, la sagesse il requit, etc.

2/i. Je me suis exprimé de telle sorte que tu puisses voir Henri VU, che non pare, caché sous le nom de Salomon, non ho par lato si, chetunonposseB.ES veder ; cm lui aussi, Enrico Lucemb. demanda la sagesse pour suffire à sa tâche de roi^ cA' £. L. fu re che chiese senno^ acciocchè re sufficiente fosse. Et à qui pouvait-il mieux s'adresser pour l'obtenir qu'aux Parfaits, dépositaires de la vérité inspirée par l'amour ? On ne saurait donné une version plus littérale ce nous semble.

Des suprêmes moteurs, par sutte, il ne s'enquit, etc.

25. Henri-Saloinou ne se préoccupa d'aucune de ces questions où se perd l'esprit humain et que les doctes se tourmentent à résoudre, il demanda seulement la sagesse politique, régal prudema, et c'est là qu'était dirigé le trait de mon intention, lo stral dimia iruemion. Il faut convenir que ce trait-là n'a pas atteint le bat sans de longs détours. Alais on voit au moins clairement à cette heure la pensée du théologien politique, telle qu'elle domine dans tout le poêmc. Ainsi c'est pour exalter la monarchie universelle s'appuyant sur l'hérésie que saint Thomas, érigé en Parfait, se fait successivement le panégyriste de l'humble saint François d'Assises, et celui du sage et grand roi Salomon. Est-il donc nécessaire de vous dire^pourquoi? C'est que saint François, l'homme du peuple, l'homme de charité, le pauvre de Dieu, reproduit dans la pensée du poêle Tidée vaudoise sous forme catholique, comme l'humble Béatrice, l'idée doctrinale sous le déguisement romain ; de même que Salomon, le grand et sage monarque, fondateur du Temple, reproduit sous forme cabalistique le sage et puissant empereur Henri YII, destiné à relever le Temple, renversé de complicité par Thilippe-Ie-Bel et par Clément V. Ouvrez les livres maçonniques, vous verrez en quel honneur les successeurs des Templiers, ceux qui se constituent leurs vengeurs, tiennent le fils de David, pour qui ils n'ont pas moins de vénération que les talmudistes. Son nom revient à chaque instant dans leurs cérémonies rituelles et, lors des réceptions aux grades de maître secret, de secrétaire intime, (^intendant des bâtiments, de maître élu des neuf, de sublime chevalier élu, de royal arche, de grand écossais, le président de la loge réprésente constamment Salomon, avec le titre de trois fois puissant. C'est même dans son palais que l'assemblée est censée se tenir. {Voy. le Manuel 3f . '. ou Tuilenr des divers rites de la M, *., par Yilliaume, 1830, chez Séticr libraire, rue de Grenelie- Saint-Honoré 29, le Tuileur expert^ par Bazot, 1828, chez Boiate, rue de Sorbonne 12, et Light on Masonry.) Il n'y a donc pas à s'étonner que Dante se soit complu à associer le docteur angéliqoe à l'admiration que ses co-sectairesprofessai^t pour le roi, qui personnifiait pour eux l'autorité monarchique éclairée par la sagesse, et dont le nom rappelait la construction du Temple, le meurtre d'Hiraoi et la vengeance à tirer des assassins.

Tu verras, en 'pesant mieux mes expressions, eic. ^

26. En signalant à Dante Tintention politique du surse, inlcnlion peu favorable à la plupart des rois, saint Thomas ne manque pas de lai recommander de persister dans sa foi albigeoise au sujet du premier homme, et dans son adoration pour son bicn-aimé Henri. Con questa disiinzion puote star quel che credi del priino padre e del nostro dïletto.

Que ceci te profite, ett modérant ton pas, etc.

27. Que ce soit pour toi un motif de chercher à y voir clair avant d'asseoir ton jugement, de ne pas aflBrmer ou de nier sur la parole oaraolorité d'autrui, comme il arrive d'ordinaire en matière de foi ; garde-toi de te prononcer, pour ou contre, les yeux fermés, al si e al no che tu non vedi^ et consulte ta raison avant de croire sur Taliégatioo de qui que ce soit.

Car celui-là parmi les sots rampe bien bas, etc.

28. Ceux-là qui ne font pas usage de leur jugement, de la raison qa*ils dennent de Dieu, et croient sans examen, sans distinguer entre le vrai et le faux, sema distinzion^ tombent au rang des brebis romaines, ces brutes haïssables, comme il est dit dans le ConvitOj et subiront le sort de ces misérables qui sont privés du bien de l'intelligence, del ben dell* intelletto comme il est dit dans VEnfer,

Voilà pourquoi souvent une aveugle manie Fait que va dans le faux donner Vopinion, eic.

29. Qu'on se reporte à l'an treize cent et qu'on réfléchisse quelles opinions pouvaient alors préoccuper un bienheureux, au sein des Splendeurs du Paradis. Des opinions religieuses évidemment ; comment donc ne pas être frappé de cette pensée que le docteur angeliqae fait ici allusion au catholicisme romain, à la religion qui dominait en souveraine et dont les chefs venaient d'écraser l'hérésie albigeoise? Nous ne croyons pas nous abuser en pensant que Dante entend faire dire à saint Thomas, que le prosélytisme catholique, Yopinion corrente, contraint par la violence les dissidents à embrasser de fausses doctrines, piega nel falso, et que beaucoup, parmi ceux qui suivent ces fausses doctrines^ enseignées par Rome, obéissent

à l'habitude, à la crainte d'affliger ceux qu'ils aiment, d'être réduits à quitter famille et patrie, à sacrifier les affections les plus chères; qu'ils ferment alors les yeux i la lumière, attendu que l'exercice du jugement est entravé par le sentiment, l'affetto lo intelletto legcu Ce dernier vers est on ne peut plus clair dans ce sens, et pour lui en donner un autre très*ob$cur, il faut détourner affçtto de sa sigoiû' cation naturelle en le traduisant par passion.

Celui qui dans ses reis croit qu'^^tranger à Vart» Saisir la vérité sera faciU ouvrage.

31. C'est en vajn que les successeurs de Pierre le pêcheur se prétendent infaillibles, attendu qu'ils n'ont pas la vraie science, Varte^ l'art royal des maçons, cet art d'amour qui seul met sur la voie de la vérité, et ceux qui s'embarquent avec eux sont sûrs de faire fausse route*

En ont donné la preuve au monde Melissus, elc,

32. Il en est, philosophiquement parlant, de ceux qui n'ont pas l'art royal, comme de Farménide, de Melissus et de Brixus; quant à Hiocrat^, piatQU et Aristote, ^aipt Thomas n'a garde de les citer cd preuve, pas ipême Averroês, ceux-là savaient où ils allaient, <mlaiDan e sapean dove. Il en est, au point de vi^e religieux, comme de Sabellus, d'Ariui , écrit Jirrios non sans intention peut-être, et de ces autres insensés parmi lesquels il ne faut compter ni Saturuin, ni Basilidcs, i)| Valentin et les autres gnostiques néoplatoniciens, qui connaissaient l'art, et qui ne s'avisaient pas, comme les pontifes romains, de faire violence aux Saintes Écritures, d'en tordre Illettré, pour leur attribuer un sens en opposition avec leur esprit, per rendei* torti li direttivoltù

N'aye* pas de juger tant de démangeaisonj etc,

33. Que les catholiques, les gentils, genti, aujourd'hui triomphants, ne se hâtent pas de chanter victoire, en se croyant trop certains de l'emporter toujours, troppo sicure a giuiicar, et d'augurer de l'avenir par le passé. Ils pourraient bien s'abuser non rooios que ceux-là qui évaluent la moisson avant sa maturité, car de même que j'ai vu, sur les branches arides du buisson épineux, la rose se dressant fièrement, de même, la rose mystique des chevaliers Rose- Croix pourra bien s'élever un jour daus tout son éclat, du milieu des ronces et des épines, la rosa in su la citfia. Plus d'un bilimeot^près

GQANT XIU. 943

avoir ea longtemps le vent ea poupe» a fait naufrage au luomeut d'entrer au port, et il u'y aurait pas à s'étonner qu*il eu fût ailisi de la barque de saint Pierre, hgnovidi perirealC entrare délia foce.

Qne ne s'avisent pas Martin et dame BerthCt etc.

34. Que le roi Robert de Naples, surnomma; par dérision la reine Bcrthe, à raison de ses goûts peu guerriers, que cet allié de TÉglisc et Messire Martin, le pontife romain, le petit Mars, Martino^ cette vieille idole, cette pierre fruste, qui pèse sur le vieux pont et lui porte malheur, ce petit Mars qui déchaîna la guerre et ses dé^stalions sur les champs albigeois, prennent garde tous deux de se trom-

Ïr. Qu'ils n'aient pas la prélcniion d'anticiper sur les décrets du ès-|]aut^ parce qu'ils voient les comtes de Toulouse spoliés de leurs États, leurs sujets pillés, les Templiers torturés et volés, tandis que le clergé romain oiïre le Saint- SacriQce en actions de grâces, per veder furare UN, attro offerere, car qui sait si Albigeois et Templiers, ces Tictimes d'an vol effronté, ne se relèveront pas et si les spoliateurs n'auront pas à tomber à leur tour, quel puà surger et quel pud cadere. Entendus dans ce sens, ces quatre derniers vers se rattachent logiquement aux prédictions métaphoriques que nous venons d'expliquer, tandis qu'interprétés comme le veulent les commentateurs, ils forment un bors-d'œuvre isolé, sans liaison avec ce qui précède et n'expriment qu'une pensée vulgaire en termes qui ne le sont pas moins.

Quant à l'esprit d'hostilité qui, selon nous, a dicté cette péroraison de saiqt Thomas, il ne faut pas oublier que le poète est parti de cette idée, ^e le saint docteur était du sang de ces d'Âquino, comtes d'Averse, dont le dévouement , restant fidèle à la maison de Souabe, vil toujours des ennemis dans la maison d'Anjou ; ce que lui-même expia par le poison qui l'expédia au ciel, lo ripinse al ciel (Purg. xx), et que, sous des apparences toutes contraires, le grand Dominicain n'anrait été que bien faiblement attaché à l'Église romaine, comme aussi saint François d'Assises et saint Bonaventure.

N'est-il pas étonnant, comme le remarque le savant auteur de VEist, des CathareSyKpiQm saint Thomas d'Aquiu, ni saint Bonaventure, ni aucun des grands docteurs scolastiques, qui fleurissaient en France au x\if siècle, n'aient entrepris de réfuter avec toute l'autorité du talent et de la science, une. hérésie qui avait envahi la moitié du pays, en inspirant au pouvoir ecclésiastique, d*assez vives

914 LE l*AltADlS.

iiiq^uicludes [ïoixt susciter contre ollo une croisade ? Commeiil outils laissé pareille lâche à d'obscurs champions, à quelques moines désireux de faire preuve de zèle? N'ont-ils pas fourni ainsi à Dante, au moins un prétexte pour les représenter comme favorables à des doctrines qu'ils s'abstenaient de combattre, au moment où elles éclataient avec le plus d'énergie? « Rien n'indique que Simon de Tournay, accusé lui-môme d'hérésie, ait eu en vue les Cathares, dans sa Somme théologique, en mentionnant le dualisme des anciens iManichéens. Il en est de même de saint Thomas , que ses séjours en France et en Italie et sa qualité de Dominicain, auraient pu mettre en état de connaître et de réfuter les Cathares. Il a consacré, il est vrai, un chapitre de la Somme h défendre le monothéisme contre le princi(H! dualiste; mais sa discussion se tient tellement dans les régions de h généralité, qu'on ne saurait dire s'il ne s'adresse pas plutôt aux Manichéens anciens qu'aux Cathares de son temps. » (C. Schmidt, t. ii,2;$8.)

CHANT XIY.

L'eau, dans un vaisseau rond, se meut du centre aux ftorcb, Ou vers le centre tend de la circonférence^ etc,

1. Voilà assurément une comparaison bien étrange et dont les commentateurs auraient du être frappés ; mais ce sont gens de bonne composition que rien n'étonne ; ils acceptent tout de cet e^lKlieiii théologien, qui sait si bien faire émettre aux Bienheureux les plus grandes énormités sous les formes les plus irréprochables; maisnoas nous permettons d'y regarder un peu plus près, dans la pensée que, pour dater de cinq siècles, les bévues n*en sont pas plus respectables, et qu'il est permis de rire au nez de ceux qui invoquent gravement la prescription en leur faveur. Or, nous savons que Béatrice se trouve placée avec Dante au centre de la double ronde et que saint Thomas fait partie de celle qui se rapproche le plus d'eux; nous savons que, dans le langage des initiés, l'eau symbolise leur doctrine, l'enseignement ou la parole qui la propage; or, l'essence de la parole de saint Thomas, nous venons de le voir, ne diffère en rien de la doctrine de Béatrice ; ainsi donc, que la parole de l'une s'adresse au saint, du centre à la circonférence, ou celle du saint à la sainte, de la circoofé-

CHANT \\\i ^ 945

reiicc an centre, c'est tout un; seulement les ondes de leif parole lontet viennent aliernativeinent sans se combattre, vu qu'elles sont de nature semblable et que la glorieuse vie de salut Thomas, son esprit, sa pensée intime, est en tout conforme à la doctrine, à la foi personnifiée dans Béatrice; ce qui deviendra de plus en plus manifeste au ch. XXIX. Il est on ne peut plus simple que Dante ait eu à cœur (le signaler aux siens cette conformité mystérieuse, en appelant leur stleolion sur ia ressemblance qui se produisait entre Ichi paroles du docteur angélique, ne tenant à Rome que par un fil, et celles de la dame du salut, la similitudine che nacque del suo par lare e di quel diBeairice. C'est à quoi il parvient à Taide d'une comparaison «lont Fétrangeté s'explique dès lors très-facilement, mais mérite qu'on y réfléchisse.

Cet homme aurait hesoin encor, mais en silence

Sa bouche nous le taitt c'est au plus s'il y jp«nse, eic,

2. L'intervention de Béatrice ferait supposer une extrême importance à la question qu'elle prend la peine de formuler ici, et pourtant elle se réduit à ceci, quant au sens littéral : Si les élus doivent avoir pour vêlement durant l'éternité celte lumière rayonnante dont l'éclat les enveloppe à cette heure, comment pourra-t-on les y distinguer? Sa splendeur ne fera-t-elte pas obstacle à leur vue après la résurrection de la chair? Comment l'oi^aiie humain pourra-t-il, sans en être offensé, l'endurer au dedans et exercer son action au dehors? Tel aurait été, semblc-t-il, le grave sujet des préoccupations du poète, en présence de ces gloires du ciel. Mais non, Béatrice a soin de nous déclam' qu'elle se permet ici un petit artifice oratoire et que son disciple bien-aimé prend fort peu d'intérêt à la question ; car nonseulement il s'en lait, nol vi dice, mais il n'y songe même pas, ne pensando ancora. C'est elle qui pense et qui parle pour lui, maïs il est permis de s'étonner de pareilles questions formulées par elle.

Ou doit se rappeler, en effet, que dans le chant vu, Béatrice a déjà exprimé des idées en complet désaccord avec la doctrine de l'Église, an sujet de cette même résurrection de la chair, et comment supposer, dès lors, qu'elle veuille maintenant se donner un démenti à elle-même?

Âpprenei-lui donc si ^ dufant Véierniléf

Votre substance doit darder tant de lumière, etc.

3. Il est deux manières de procéder à l'égard d'une proposition

co

946 ^ LR PARADIS.

mise envvant par des adversaires : la réfuter par des argumcnU on fornie ou la réduire à i'ai)surdc et la tourner en dérision. Béatrice a employé le premier moyen dans le chant vu, nu sujet du dogme de la résurrection de la chair, elle va employer ici le second. *A cei effei, elle intervient pour poser une question d'une eitrême naîielé, à savoir comment on pourra apercevoir les élus, après la résurrection de la chair, sous la lumière qui les enveloppe, et comment leurs yeux, matériels e«x-mêmes, pourront distinguer à travers ce réseau lumineux. N'est-ce pas là un sujet bien important à éclaircir, et surtout quand celui qu'il s'agit d'instruire ne songe pas lui-même à s'enquérir?

C'est elle qui prend la peine de poser la question, c'est elle qui dit, mais qui, en réalité, ne prend pas plus que lui la chose au sérieux, ne pensando ancora, et, contre toutes ses habitudes, olio s'exprime dans des termes assez clairs, parlant comme si elle croyait h cette résurrection de la chair que, dans le chaut vji, elle a foudroyée de ses syllogismes gnostiques : Quand vous serez redevenus visibles, visibili rifatti, comment pourra-t-on vous voir sous votre enveloppe de lumière, et comment vous-mêmes verrez -vous au dehors? La solution de cette difficulté setnblc se présenter d'elle-même, raison de plus pour la faire donner pompeusement par le plus haut savoir de la docte compagnie.

Ainsi que, par instants ^ fiousaés déplus de joie, Ceux qui dans(nt en rond pressent lemouvementt etc.

U. 11 semble, en vérité, que les deux rondes de Bienheureux se réjouissent k outrance de Tespièglcrie de Béatcico, qui va permettre à l'un d'eux d'atténuer, par sa réponse, ce qu'il y a eu d'un peu trop compromettant dans l'argumentation de la dame, au sujet des créations directes dij Très-Haut et de celles des vertus potentielles, U satui cerchî niostrar nuava gioja.

Qui s'afflige d'avoir à mourir ici-bas, elc,

6. Ceux qui s'affligent de voir Dante mourir ici-bas, perche (fui si muoia, c'est-à-diix; se faire catholique romain, pour vivre en esprit dans le ciel des intelligences, fermé à la matière, ignorent toutes les ressources qu'il peut tirer de cette pluie de la doctrine sectaire, lo refrigerio deW eterna ploia, pluie éternelle rafraîchissant doucement tes âmes promises à la béatitude.

Cet être un, infini^ qui vii en deux, en trois,

El règne en trois, en deux, un et triple à la fois f ete,

6. Les Esprits qae nous savons se mettent à chanter celai qui, étant un, deux et trois, ?it et règne en trois, en deux, en un. La définition, réduite à ces termes, devait satisfaire les catholiques eu feutrant on ne peut mieux dans les formules gnosliques, notamment dans celle de Tatien et de Marcion, puisqu'elle comprend Dieu le Père, le pneuma ou TEsprit et le logos ou le Verbe, elle aurait pu même obtenir l'assentiment des Valentiniens, dont le Bythos vit et règne en un, en deux avec Ennoia, en trois avec le Nous, bien qu'il vive et règne de même avec les trois cent soixante-cinq Éons émanés de loi. Elle ne satisfaisait pas moins les coreligionnaires du poète, attendu que pour eux l'Empereur, monarque universel et tout-puissant, régnait à la fois comme père de ses sujets, comme fils de l'église albigeoise et comme iiersonnifiant r<fsprit d'amour; que de pJDS nul ne pouvait limiter sa puissance, le Pape notamment, et que cette puissance embrassait tout, non circonscritio e tntto circonscrive, {Voy, pour les métaphores cathai*es les auteurs déjà cités.)

£l j'ouïs la Lumière au feu le plus célesle, etc.

7. Ce n'est pas saint Thomas d'Aquin , comme on pourrait le croire, qui va répondre à Béatrice ; la Splendeur la p'.us dia est celle dont il a été dit, au chant x, la quxnta luce cli'è trà noi più bclla, c'est l'auteur du livre de la Sagesse, c'est le sage par excellence du Talmud, c'est le fondateur du Temple, c'est Salomon, pour qui la résuiTCCtion de la chair fut un dogme inconnu, et dont on ne saurait même citer un mot dont on pût inférer la croyance à rimmortaiiié de l'âme, les Hébreux paraissant n'avoir acquis leurs premières notions à ce sujet que pendant les épreuves de l'exil, (/est donc Saiomon qui va se charger de pousser jusqu'à l'absurde les conséquences du d<^me de la résurrection de la chair.

Aûwt VAnge à Afart e a dfl parler jadis, etc.

8. Le ton modesle de Salomon à l'égard de Béatrice, comparé h celui du messager céleste venant annoncer à 51aric qu'elle est appelée ï enfantei* le Sauveur, n'a donné à réfléchir à personne ; comment se douter, en effet, que le ûls de David s'incline ici devant celle qui persoBnîfie la foi destinée à régénérer le monde catholique et semble

948 LE PAhADlS.

s*excuser d'avuir h parler coiUiairemcnt à ses enseignements du chant Yii, da moins en apparence?

Son évîat suit l'ardeur, l'ardeur la vision, etc.

9. La splendeur dont les utncs élues brillent revêtues étant ic résultat de leur amour pour Dieu, et cet amour ne pouvant finir, il s'ensuit que cette splendeur rayonnera cteruellemeut autour dVIles en proportion de Taniour qui, selon qu*il est plus ou moins ardent, procure une vision plus ou moins nette et puissante en rapport avec la grâce, récompense de Tamour; Béatrice n'a rien à redire jusqu'ici aux paroles de Salomon. Mais il n'en sera pas de môme pour ce qui suit.

Quand, glorieuse et sainte, afin qu'elle Vhabite, La chair à Vdme aura rendu son vêtement , etc.

10. Ici commence la contradiction flagrante avec les enseignements de la dame du salut, contradiction qui apparaîtra aux moins clairvoyants, si l'on veut bien se reporter au chant vu. Comment, en effet, la chair, matière gi*ossière et périssable, œuvre d'un agent secondaire, d'un démiurge, pourrait-elle jamais devenir glorieuse et sainte, glorîosa e santa; comment la matière, principe du mal, pourrait-elle avoir accès dans le monde des intelligences, source de tout bien ? Comment Tamour peut-il s'accroître dans le ciel, ainsi que la gratitude au sein du bonheur même, et cela par l'adjonction de la matière ù l'esprit? Comment cette adjonction de la matière au pur esprit augmentera-t-elle l'intensité de la vision qu'elle serablecait au contraire devoir obscurcir, comme aussi celle du rayonnement lumineux ? Resurrectionem corporum negant, nous dit Reinerius contra Waldenses. (BiBl. vet. P. P., p. 267, t. xxvO(*).

(*) Parmi les sectaires, quelques-uns admcitaient bien une résurrecUon des corps, mais il s'agissait pour eux des corps célestes et non pas de ceux de chair et d'os. Voici comment : Selon eux, celtei des âmes célestes qui céderont aux séductions de Satan, se séparèrent, lorsde leur chute, des corps dont elles étaient revétuesau ciel, ce qui fut lear prima morte, et ces corpsi immatériels y restèrent sous la garde de leurs esprits gardiens ; ceux-ci toujours prêts à se réunir aux âmes déchues, lors de leur conversion i Is foi évangélique, ei à les reconduire, api^s lu mort des corps, dans la Jérusalem céleste. {Act. tic IHnquis* deCarcass., 1S05 ; Doat, xxxiv, [• 101.) LA elles devaient rvvèUrde nouveau les corps resplendissants, les blanclms twnqiies de Dante, qu'il leur avait fallu quitter, et après leur sefonrf« ma/'f, être rétablis dans leur rang primiUf et dans leur pureté originelle. Quisque restituitur in çradum piislinum. ncinerius, 1763w Bedibunt ad catiiedras et tunicas quas demiserunt in paradiso. (Ad. de l*inq, de (kwc.,iàid., i"* 07, 101.) Cette reprise des corps célestes était, dit Schmidt, L ii, p. 50, ce que les Catliarcs absolus appelaient, jca leur sens, la résurrection des corps. (Uoneta, ft, 353.)

Mais, comme un charbon vif d*où la flamme s'élance, etc.

il. Ainsi la chair, Télément matériel , périssable, œuvre de seconde main, remporterait en éclat lumineux dans le monde intellectuel, sur l'élément spirituel qui, changeant de rôle avec lui, ne serait plus que son enveloppe et fia vinto in apparenza dalla came.

.... ^1 suffire à touty dans la héatiludef

Les organes du corps cicquerront Vaplitude,

12. II est évident que, la résurrection du corps admise, il tombe sons le sens que ses organes devront se trouver modifiés en conformité avec le milieu céleste où ils auront à fonctionner. Il n'était pas nécessaire de faire intervenir le grand Saiomon pour répondre à cette partie de la question posée dérisoirement par dame Béatrice, qui savait bien ce qu'elle faisait Car à quoi bon rendre des corps à dos Ksprits qui déjà voient, parlent, entendent, dans le ciel, à Tétat de pures intelligences ; à quoi bon leur rendre des organes tombés en IM)nrritore, si ces organes doivent être entièrement modifiés ?

Ils semblaient évoquer les corps restés sous terre.

13. • Ils montrèrent bien , en criant tout d'une voix amerit leur désir des corps morts, ben mostrar disio de'corpi morti, n Quoi! dans le sein de Dieu, dans le séjour de la' béatitude, où tous les vœux sont comblés, les âmes bienheureuses nourriraient des désirs, et cela pour leur dépouille charnelle? Mais alors leur bonheur ne serait pas complet , et depuis des milliers d'années la suprême bonté les livrerait au tourment d'une attente incessante. Dicunt Waldenses : Si sanctiorant pro nobù, ipsi carerenl yaudio... Sinostri misereretur Virgo Maria ^ essct ipsa misera, non beata, [RefuL Wald, inccrt. auct. Bib. vct. P.P. t. xxv, p. 306.)

....Ceux-là qui leur furent plus chers Avaht de hriller flamme aux éLemels éclairs.

ih. Que le dé.sir des élus se porte sur leur propre dépouille ou sur celle des objets de leur affection , ce désir n'en est p?s moins lin trouble à la béatitude, et il est difficile de comprendre ce que le bonheur des élus aurait k gagner à voir c^ux de leurs proches déjà admis dans le paradis, revêtir les corps laissés sur la terre, puisqu'ils ne les voient pas nM)ins près d'eux, purs esprits, dans le srjour

d'éterodle félkité. Mais ce n*élait pas aaaex pour le poëtc albigeois (VaToir poussé sea déductions joaqu'k Tabaorde , il loi iaUah rendre ridicnle le dogme contre lequel il se révoltait , et il noua représente Salomon on ne peut plus désireux de Toir resplendir au ciel, Gooime un charbon dans Ja flamme, le corps de sa maman Bethsabée; per le tnamme. Il aurait ajouté per ii babbi s*il avait pu se ménager pour les papas l'excuse qu'il tenait en réserve pour les mamans, celle de la rime.

Mais ce n*est pas tout : de même que les paroles de Salomon, sur la résurrection de la chair, sont en opposition manifeste avec celles de Béatrice, dans le chant vu, elles sont un démenti formel à ce qui a été proclamé par Piccardc, ch. m : Fraie, la iwstra volontà quieta virtiidîcarità, che fa voleime SOL QUEL Ch' avëMO, e (taltronon ci nsseta, £h bien, Béatrice garde le silence et «'abstient de rien ré- |)ondre n cette voix modeste qui vient de lui donner un démenti eii face, et Dante, que nous avons vu si souvent agité de doutes i propos de questions assez indiiïérentes, n*a garde de relever des contradictions si choquantes , et ne prie pas humblement à son tour le fils de David de lui expliquer comment on peut désirer quelque chose dans le ciel, contrairement au dire de Piccarde, et surtout comment des Ëspriu peuvent y aspirer ii revêtir de nouveau la matière.

(]ette scène a donc été disposée avec art par le poète pour se ménager un refuge et uuc défense, au cas où la théogonie exposée par Béatrice dans le chant vil et commentée dans le xur par saint Thomas, aurait paru sentir un peu trop Thérésie ; c*est poqr cela qae la réponse de Salomon, conçue, contre les habitudes dantesques, co termes clairs , précis et prêtant peu à l'ambiguïté, a été calculée de manière à pouvoir faire la contre-partie des théories gnostiqaes précédemment exposées , et à paraître proclamer comme une vérité, dans son expression littérale, ce dogme de la résurrection de la cteir, qu'elle avait intentionnellement pour but de saper à sa racine, d'un allro vero andare alla radiée.

D'anlrea Esprits, formant un grand cercle en drhcr.i Des deux rondes, dont l'une en Vaulre est contenue,

15. Aux personnages qui se sont signalés par la vigueur de leur esprit dans les labeurs de l'étude et dans les méditations de la vie contemplative, succèdent ceux qui se sont illustrés par leur courage dans la vie active; ce sont, la comparaison noua l'indique, &cion

GHAKT XIV. 08t

rbabilode constante du poëte, des héros qui, pour lui, ont une toute antre Yaieur que pour le vulgaire, et une signification bien dilTérenlc de celle qu'on leur attribue, siche la vistapare e non par vera, oa eu sera bientôt convaincu, quand nous connaîtrons chacun de ces soldats du Christ ou prétendus tels, dont la ronde vient embrasser et comme absorber les deux précédentes.

0 vrai rayonnement de VEs^it souverain, etc,

16. Ces nouveaux personnages étincellent comme un rayonnement véritable de la source éternelle des émanations , vero sfavillar delsanto spiro, rayonnement d'une telle incandescence, candente, qae.Dante ne peut en soutenir Téclat. Car la gloire des héros qui vont apparaître provient ou des services qu'ils ont rendus au Temple on du mal qu'ils ont fait à FÉglise.

Mais Béatrice alors, l'œil brillartt de bonheur^ etc.

17. Quant à Béatrice, plus riante que jamais, vu le bon tour qui se prépare, il est impossible au poète d'exprimer ce qu'elle déploie dç beauté : ce sont de ces choses sur lesquelles il faut tenir sa mémoire en bride, che si vuol lasciar.

Au Murire enflammé dont semblait la planète M''arcueillir, plus ardente et rouge quejamaii*

18. C'est dans la planète de Mars que t)ante est transporté avec sa Dame, et l'étoile où il arrive, la Stella ^ ne s'oiTre pas à lui moins riante que Béatrice, puisqu'il nous signale son affbcato rùo. Mais il nous signale en même temps deux couleurs bien différentes et il importe d'avoir l'œil aux couleurs du iwëtc. L'éclat projeté par les Bienheureux qui paraissent en scène âi celle heure, est d'une WanrA^^tcr éblouissante, Ittcore, et nous savons que Dante appartenait au parti des Blancs, ùe l'autre que le costume des chevaliers du Temple ciait blanc, enfin que la blancheur est le symbole de la pureté et de Tinnocencc. Mars au contraire, séjour de ces Bienheureux, est empourpré, et sa couleur est « semblable k celle du feu »* (Convito), aussi le rire de celle planète est-il rouge, h tel point qu'on dirait du feu, riso a/focato.- Savez-vous pourquoi ? C'est que ce rire embrasé, et celle épiihètc de roggio, forgée pour la circonstance de noire mol rouge, font allusion, d'une part, an bûcher, au rogo qui a dévoré les Templiers, dont le souvenir plane, comme on va le voir, sur la fm de ce

usa LE PARADIS.

chant et sur les suivants ; de Tautrc, parce que la (ciilurc rllucllc de la loge , pour la r^'ception à ce grade maçonnique, est rouge, comme TOUS pouvez TOUS en assurer (p. 198 du Manuel maçonnique, (k WJIliaume) ; et vous verrez des changements de couleur analogues à chaque planète, en parfait rapport avec la décoration des luges, couleur qui se reflétera sur le teint de Béatrice.

Mars, riant rouge et offrant dans tonte son étendue la couleur adoptée par les Guelfes, indique assez que, dans Talmosphère où le poëte est obligé de les faire figurer, ses biancke stole vont, en se montrant tout autres qu'elles ne sont réellement, faire douter de leur essence véritable sous une apparence douteuse, si che la vista pare e non par vera. C'est ainsi qu'il en viendra h leur faire revêtir l'aspect de rubis, robbi, autrement dit, la couleur des Guelfes.

Je rendit grâce à Dieu, de etiite voix secrète Qui chez lo^a est la même, etc.

19. Les actions de grâces du poète sont muettes, vu le danger de les exprimer; elles ne sont pas pensées en latin, langage de l'Ëglise, que n'entend pas la foule ignorante, mais en langue vulgaire comprise de tous, dans laquelle saint François prêchait et composait ses cantiques, con quella favella ch* è una in tutti^ ignorants et doctes.

Ta splendeur , HélioSt seule ainsi les décore l

20. Si ses actions de grâces s'élancent de son cœur avec une ardeur croissante, c'est qu'il s'élève de plus en pluSt avec l'aide de Béatrice, en gravissant l'échelle des grades. Les deux rayons dont l'éclat le frappe sont blancs, constellés de rubis, ianto lucore e tanw robbis et se détachent sur le fond rouge de la planète, où ils dessiiicut, comme il va nous être expliqué, la croix rouge que les Chevaliers du Temple portaient sur leur habit blanc. C'était donc bien le cas, à l'aspect de ce foyer lumineux, sur lequel rayonnait l'insigne glorieux qui n'avait pas sauvé les martyrs de la foi veuue de l'Orient, de faire une invocation à la source de la lumière d'Orient, au soleil mystique des sectaires, en lui donnant le nom grec d'/ie/ib5, avec d'autant plus de sécurité que le mot hébreu liéiios signifie, haut, élevé, et qu'en italien l'orthographe est la même pour tous deux. C'est le même procédé à l'aide duquel Rhéa est devenue rea, procédé qui n'est pas compris à Genève, où l'on assure que j'ai « inventé l'ortbograpbe italienne de Rea, en confondant sans m'en douter un mol

dViji;iiie grecque '.ivec un vocable laiiii. » Vive Dieu ! il parait qn*on est très-fort de ce côté-là en philologie.

D'un pâJe à Vautre awsi que Galaxie aux Ciciix, etc.

21. Galaxie, ou la voie lactée, est aussi appelée la roule de Saiut- Jarques, et celte comparaison devait suffire ù éveiller raltenlion do ceux qui, sous feinte de pèlerinage en Galice, parlaient d'Italie pour aller visiter leurs frères du Languedoc et de la Provence, ou qui, missionnaires toulousains, se menaient en route pour TAragon et allaient faire de la propagande en Espagne {voy, Schniidt et la Vùa nuava) ; or donc, de môme que la voie lactée est fonnéc d'étoiles de diverses grandeurs, les deux rayons dont il a été parlé précédemment, étaient blancs, comme la voie lactée et comme le vêtement des Templiers, et de plus constellés, costellatU de joyaux maçonniques 00 rubis, robbi; ils formaient ainsi Finsigne vénérable de l'ordre du Temple, non pas la croix grecque ou latine, offrant quatre angles

droits i::[^, mais celle que dessinent quatre quarts de cercle, en se joignant au centre de la circonférence |X(, venerabile segno che

fan giunture di quadranti in îondo. Il y a plus, nous avons dit que la tenture affectée à ce grade est rouge : si nous ajoutons que les colonnes sont blanches, comme on peut s'en assurer dans le Tuileur cité, on aura l'explication, aussi complète que possible, de cette décoration bizarre, où figure en champ de gueules la voie lactée, constellée de la croix ronge particulière à l'ordre du Temple.

Il n'y a pas à se plaindre celle fois de l'obscurité du poète, c'est justice h lui rendre, il est rarement aussi clair.

Sous la mémoire ici plie affaissé Vesftrit.

21 Le souvenir de cette croix arborée pai- les Templiers, victimes delà tyrannie politique et sacerdotale, était trop vif et trop amer au cœur du poète, .pour que son esprit ne récusât pas la tâche difficile et trop périlleuse d'eu dire davantage. Le vers précédent témoignait déjà d'une audace qui trouverait peu d'imitateurs aujourd'hui même, où l'on admire tant de courage civil, car il glorifiait des vaincus. Il est vrai qu'il était assez adroitement hypocrite pour dissimu< l^r sa pensée à ceux qui pouvaient l'affubler d'un san benito.

Sur cette croix brillaii n radieux le Christ, ele»

23. Ôhristosy le premier né da monde d'émanation, selon les gnosliqoes (Maitcr), resplendissait sur celte croix si différente [de la croix laline; or, il suffisait d'en avoir indiqué le dessin pour en faire comprendre, sans avoir à chercher mieux, et la forme et la signification; aussi Dante est-il entièrement dans le vrai, lorsqu'il dit ne savoir trouver aucun autre exemple plus en rapport avec sa pensée, non so trovare esemplo degno, les quatre quarts de cercle étaienl en effet l'exemple le plus digne et le plus éloquent.

Mais quit prenant sa croix, se fait suivant du Chrisi^ elc»

2/i. Le Templier qui prend la croix du Christos gnostique et suit sa loi d'amour, en fidèle adepte de la Gaie science, ne peut que savoir gré^u poêle de ne pas s'expliquer davantage; il l'excasera nécessaire^ ment de laisser de côté tout ce qui pourrait trahir les secrets de l'Ordre, mi scusei'à di quel M io lasso.

Ne m*imputera pas à crime le silence.

25. L'affilié du Temple reconnaîtra que c'est le Chi^ùtos oriental qui resplendit sur cette croix mystérieuse, dont la forme est plutôt grecque que latine, dès lors, il appréciera les raisons puissantes qoi m'ont induit à garder un silence prudent. Traduisez maintenant littéralement : « Sur cette croix resplendissait le Christ, ce qui fait que je ne sais trouver un exemple digne; mais qui prend la croix de Christ et le suit, m'excusera pour ce que j'osais, en voyant sur cet arbre étinceler le Christ'; » vous aurez, au lieu d'un sens clair et logique, une phraséologie aussi plate qu'insignifiante et sans liaison aucune avec le sujet.

De la hase au sommet ^ des deux Iras opposés, Je voyais se mouvoir mille feux emhrasht etc,

26. De la droite à la gauche de la croix maçotinique, de la base au sommet, et réciproquement, on voyait se mouvoir des lumières d'où s'échappaient de vives étincelles, scintillando forte, au moment où elles 88 réunissaient, nel congiungersi, et aussi lorsqu'elles se séparaient, nel trapasso. Ce qui veut dire que, dans tous les degrés de la hiérarchie, les membres de cet ordre du Temple, symbolisé par la croix orientale, qu'ils arboraient comme insigne, faisaient jaillir de vives clartés au milieu des ténèbres du catholicisme, étala

CHANT XIY* 935

au moment où ils se réonissaient dans leurs loges mystérieuses, comme aussi lorsqu*après y avoir reçu le mot d'ordre, ils se séparaient pour aller faire de la propagande chacun de leur côté. Veuillez faire attention maintenant à la comparaison explicative. Les missionnaires de rOrdre, ses prédicateurs secrets y deviennent ces mille corpuscules qu'on voit s'agiter dans un rayon de soleil projeté an sein de l'obscurité ; pas un détail qui ne porte coup: ces fractions imperceptibles du grand corps du Temple se meuvent an sein de la lomière, muovonsi per lo raggiOj en réglant leur mode d'action selon les circonstances, c*est-!t-dire, procédant tantôt en droite ligne et rapidement, tantôt lentement et par des voies sinueuses, diritte e torie, velocie tarde; changeant môme d'aspect au besoin, rinnovaiido vista^ c'est-à-dire prenant le langage et les dehors du catholicisme pour arriver à leurs fins, et cela du plus grand au plus petit, lunghe c corte. C'est ainsi qu'ifs s'y prennent pour faire pénétrer la lumière de rOrient dans cette ombre profonde que la gent romaine, les gentils, génie serra délia gentil donna do Convito, épaissit autour d'elle, à force d'art et d'industrie, pour se défendre contre Tinvasion delà lumière d'Orient , chaque expression est à peser, l'ombra^ che PEK SUA DiFESà la GENTE con INGEGKO ed ARTE acquista.

Repoussez cette interprétation et voyez à rattacher logiquement, si TOUS le pouvez, la comparaison à l'apparition de cette croix lumineuse, qui ne s'offre certainement pas au poète au milieu des ténèbres. Ce n'est pas tout.

Et eomme, quand h luih à la harpe s'allie , eie»

27. Dante nous a expliqué déjà maintes fois comment, dans la >asic et mystérieuse association dont il était un des membres les plus zélés, toutes les volontés, tendant au même but, n'en formaient qu'une, comment toutes les paroles exprimaient la pensée commune, li reproduit ici Ig même idée par une similitude musicale, en nous disant que tous ces Esprits, dont la multitude se montrait à lui sous la forme de la cioix du Temple, formulaient les mêmes vœux dans la plus parfaite harmonie, et faisaient entendre de tels accords, que ceux qui ne pouvaient raisir distinctement la note, da cui la nota non è intesa, à savoir les profanes qui d'abord n'entendirent rien à la note amoureuse, et, plus tard, à la note catholique, étaient ravis de l'ensemble, dolce tmtinno.

S'épanchait de la croijc un torrent d'harmonie^ Dont je restais raui, sans distinguer le e}utnt,elc.

28. L*aflilié du Temple aflecto naturellement d'être au nombre de ceux à qui Ja noie icliappait, aussi bien que les paroles, afin de se disprn>:er de reproduire cet hymne qui le ravissait, melode chc mi rapiva senza intcndcr i'inno. Il n'y a pas à s'étonner de ce concert qui accueille l'arrivée du poelc et de sa dame dans le ciel de Mars, car de même que le soleil correspond à Varisinetica^ Dante a pris soin de nous apprendre que « ce ciel peut se comparer à la musique ^ous deui rapports : d'abord à Maison de sa position centrale, qui le met dans la plus belle relation avec les autres cieux mobiles; en second lieu, parce qu'il dessèche et brûle; sa couleur, plus ou mniiis \ivc, selon la densité ou la rareté des vapeurs qui le suivent, ciaiit semblable à celle du feu. Albumassar dit que l'embrasement do ces vapeurs signifie mort des rois et changement de gouvernement. Sénèquedit qu'à la mort d'Auguste on vit dans l'espace un globe de feu, et à Florence, peu de temps avant sa mine (lorsqu'y vinl Charles de Valois en paciûcateur, Dtno Compagni, il), on aperçut dans les airs la figure d'une croix enflammée. Or, ces deux propriétés se retrouvent dans la musique, qui est toute relative (comme la langue des correspondances de Swedenborg), ainsi qu'un le ^nii dans les paroles harmonisées (dans les vers de la Comédie et des Canzoni, par exemple), et dans les chants, dont l'harmonie est d'autant plus douce que la relation est plus belle. Puis la musique attire à elle les espiits hwnains, qui sont principalement, pour ainsi dire, les vapeurs du cœur, » (Conv. ii, 1/j.) Ceux qui, après avoir in ce passage et tant d'autres analogues, trouveront nos rapprochemeub forcés, donneront la preuve qu'ils n'ont pas la moindre idée de U manière de procéder du poète et de ses coreligionnaires.

Hymne de gloùe autant que je j)ouvais comprendre ^ Par les mots Kisiirgi, Wncï^ qui m'arriraient, etct

29. lien a toutefois entendu assez pour mettre au courant de ce cjiie chantaient ces Bienheureux, les gens d'intellctio sano. Lui-in('=»f il a pu distinguer des paroles qui lui révèlent un hymne de glui;»' en l'honneur de Christos, d*Hclios, du roi de hmiière, de la pninière émanation gnostiqne, et ces pamios sont risurgiy relèvc-!ri, ordre glorieux du femple, relève celte croix, ton insigne mystérieux, et celte église albigeoise dont les désastres ont été comme U-'^ avant- coureurs des tiens ! Vinci, triomphe à ton tour de ceux qui

fout abaltu, de ceux qui régnent à Rome,' eu France, à Naples et à Florence. (lommeot admettre un autre sens à une époque où' l'Église latine, épouse du Christ, régnait partout victorieuse et où le catholicisme romain, dominant sur tout TOccident, n'avait pas à coup sûr à se relever. Qu'on se reporte d'ailleurs au passage du Convito cité dans la note précédente, et Ton reconnaîtra quels rapports étroits se rcTclent entre les mots iHsitrgi, vimi, et ces morts de rois, ces changements de gouvernement, ces désastres prêts à éclater stu* Florence, (loDt la croix de feu resplendissant dans la plauèté de Mars est le présage menaçant.

,...Januiis plus douce chaîne Ne t'était imposée à via pensée humaine.

30. Rien ne devait être plus agréable à Dante que d'entendre des menaces de malheur contre ses ennemis et des promesses de triomphe pour sa cause, pour la religion de l'amour. Aussi déclare-t-il qu'il y persistait de plus en plus, lom'innamorava, et que rien n'est comparable en douceur aux liens qui l'y attachaient, non fu alcuna cosa che mi legasse con si dolci vinci. Comment croire sérieusement que Dante, tel que nous lu connaissons, fût homme à $*énaniourer si ardemment pour le jour du jugement suprême, 5 moins qu'il ne rciitcudît à la manière des Yaudois : Judicium extremum dicunt fuiuivm esse tune scilicet quando Papa et Iinperator ad scctam eontm converterentur. (Rein. Co7it. Waldenses, cap. vi. )

Quand je ne mets quap.ès le plaisir que me cause L'omet de ces beaux yeux où mon désir repose, etc,

31. Ne voilà-t-il pas un singulier scrupule, et qui témoigne d'une conscience des plus chatouilleuses? L'attention de Dante a été un moment détournée des beaux yeux de Béatrice, par des chants qui lui promettaieot triomphe et vengeance pour les siens, et il craint d'être taxé d'impertinence» pour avoir osé mettre le plaisir que lui ont causé ces chants, au-dessus de celui dont ces yeux divins sont pour lui la source délicieuse. Mais si l'on réfléchit que Béat(*ice et cette foi, appelée à se relever triomphante, sont une seule et même personne, que le poète n'avait pas besoin de se tourner vers sa dame pour songer à elle on h sa foi, qui régnait en souveraine dans son âme ; que plus sa foi-Béatrice s'élève dans les régions supernaturelies, eu^ suivant l'échelle des grades, plus elle gagne eu beauté et en pureté, de même

que (SOQ fidèle éprouve une Jouttsaoce de plus en plus vive et sincère, placer che si fa m&Htando più sincère, on concevra facîleiBent que ses paroles, si audacieuses en apparence, tropp' ose, n'excloiicui en rien ce plaisir ineffable, che H placer santo non è qui dischiuso; qu'il s'y trouvait compris au co!)traire fort adroitement Alors ce verbiage ridicule du poète demandant humblement à être excusé par ceux qui verront qu'il s'est accusé pour s'excuser et qu'il a dit \rai en réalité, escusar puommi di quel ch' io m'accuso per ùcusarmi e vedermi dtr vero, ce langage, si peu digne de la majesté du lieu et du sujet, deviendra du moins intelligible.

GHAST lY.

Un bienveillant vouloir, où pur se manifeste Cet amour qui s^épand de sa source céleste^ etc,

1. Nous sommes toujours, comme on a pu le remarquer, sor le terrain de l'iniiiation albigeoise, maçonnique ou templière, comme ou voudra l'appeler. Après avoir passé par les divers grades de grand Architecte, de Noachite, de Prince de Merci, de Chevalier du Soleil, nous sommes arrivés à celui de grand Ecossais de Saint-André ou Patriarche des croisades, grand-maitre de la lumière. Nous avons vu le Tuileur maçonnique nous donner le commentaire de Galaxie déployant la croix rouge en champ d'argent sur fond de gueules, en nous apprenant que la tenture de la loge est rouge et que les colonnes en sont blanches; on peut y voir, de plus, que le vénérable est appelé patriarche, que te mot sacré du grade est nekamah, vengeance, ce qui explique vinci. Or, les habiumts de Mars, dont le poète nous dit que les voix s'unissent dans une parfaite harmonie pour chauler des hymnes de triomphe et que, obéissant à une même voloaté, ib cessent leurs concerts tous à la fois, ces Bienheureux qui portenl pour bijou la croix rouge du Temple, sont précisément des personnages illustrés dans les guerres saintes, des héros, ou, sî vous voulez, des patriarches des croisades. Il va sans dire que chez eux la bienveillance ou la cliarité est le résuiut de cette religion de l'amour, émanation directe, che dnttamente spira, du père inconnu, du roi de lumière, de naême que la cupidité et toutes les mauvaises piasions

dérivent rie la reiigioA de haîoe, emne cupidùà fa nella iniquai d'oà ifô instincts capidcs de la louve romaine. Nous avons déjà expliqué comment tous les membres de TOrdre, mus par une môme pensée religieuse et politique, pouvaient être comparés à une lyre touchée par la droite du Très-Haut.

Ces hMKewrtux Expriis, que je vis à se taire 9'$mpressert tous d^accord, pour me donner loisir, etc.

2. li y avait, en effet, de la part de ces Bienheureux, très-grande ceortoisîe à interrompre leurs hymnes au Seigneur, pour donner Ioi)ir à un mortel de se faire entendre, et leur silence devait être pour le poète un encouragement à parler.

Ceuù:*là qui, par altache à des biens périssables t etc.

3^ Ilieu de plus juste que la damnation éternelle de ce» pontifes romaias et de tout ce clergé catholique qui répudie la charité, et cherche à exterminer par le fer et par le feu la religion de Tamour, dans un bot de convoitise insatiable, poussé qu'il est par la soif du pouvoir et le désir d'entasser des richesses périssables, per anun- di casa cke non durù

De même, du bras droit de cette croix splendide Vers sa hase, je vis se dériger, rapide, etc,

h. Pour se rapprocher du puëte, son trisaïeul Cacciaguida, un des bienheureux patriarches des croisades, parmi lesquels ii joue le lôle de Vénérable, quitte sa place au bras droit de la croix et se dirige rapidement vers le bas ; Téclat qu'il jette dans sa course rappelle tes météores désignés sous le nom d'étoiles filantes, 5tiMo/ttoror/te</t^*a jwo, attendu que sa carrière fut courte sur la terre.

La perle ne quitta pourtant pas le cordon.

5. Arrivé à la partie inférieure de la croix , Cacciaguida ne se sépare pas de ses compagnons de béatitude, ces perles de la croix consicUcc; le lien qui le rattache h eux ne saurait se briser, Jiè si parti la gemma da suo nastro; il s'arrête Ici, répandant une douce clarté, comparable à celle d'une lumière dans un vase d'albâtre, fuoco dieiro ad alabastro, ce qui nous rappelle Galaxie, et nous donne à

9G0 LR PARADIS.

entendre que la parole du Patriarche des croisades sera tant soit peu voilée.

Ne s*aUe^\drU pas plus l'ombre du vieil Anchyset tic,

6. Comme Enée, Daute était descendu aux cnfei^ dans un bot politique et religieux ; comme le héros troyen retrouvant son père dans les Champs-Elysées, il rencontrait son trisaïeul dans le Paradis. La comparaison se présentait donc d'elle-même au disciple de Virgile, qui d'ailleurs indiquait ainsi que sa fiction poétique, ayant également un but politique et religieux, se rattachait de même aux mystères de l'initiation.

0 lu, sanguis ^eus, o superinfusa, elc,

7* Dante n'écrit jamais en latin ce qu'il peut exprimer en italien, et il a toujours un motif secret pour en agir ainsi. Or, c'est bien gratuitement que certains commentateurs lui ont attribué ici Tintenlion d'indiquer la langue parlée au temps de son trisaïeul. Le fait en lui-même est faux d'ailleurs historiquemenL D'autre part, Cacciaguida ne peut pas dire que la porte du ciel se soit refermée deux fois sur Dante, bis reclusa. Nous n'avons pas même vu qu'elle se soit ouverte, comme il eu a été pour celle du Purgatoire, qui s'est ensuite refermée avec fracas. Cela ne signifierait-il pas que le ciel catholique a été fermé à Dante comme albigeois, et qu'à leur tour les Albigeois, déçus par l'apparence, l'auraient repousséde leur communion, de leur ciel, comme catholique romain, double épreuve dont le |K)ete devait sortir triomphant, la Comédie*est là pour en faire foi, ce qui motiverait l'exclamation de Cacciaguida : O grâce surabondante du Très-Haut! {Voy. d'ailleurs la canzone : Poscia ck* Amor del uaio m* ha lasciato, p. 362 des RévéL)

Puis je le reportai, tout surpris^ i?er« ma dame, elc.

8. Pourquoi cette stupéfaction de Dante après avoir regardé toar à tour son aïeul et sa dame ? Rien ne l'explique ; il se borne à dire : Quinci e quindi stupefatto fui. Mais on conviendra qu'il ne pouvait déclarer h haute et intelligible voix, qu'après avoir bien regardé en face, in viso, sa dame et son trisaïeul, il avait reconnu à des signes certains (*) qu'entre tous deux régnaient des rapports mystérieux

(*) Les Cathares avaient cuire eux des signes particuUers de reconnaissance ; un ccr-

et une complète intelligence, autrement dit, que l'auteur de sa race l'avait précédé dans la voie religieuse où il était entré en haine de Rome. Delà, l*étonnement du poète, de là, le sourire triomphant de Béatrice et le bonheur qu'il en éprouve, dentro agit occhi suci ardeva un riw tal ch* xo pensai cco' miei toccar lo fondo del mxo paradiso. Qu'on essaye de lui trouver une autre cause et l'on arrivera toujours à l'absurde.

Ajouta dci discow*^ d'un si sublime essor Qu'en vain je Vécoutais, eic.

9. Voilà le vletix croisé qui se dénonce lui-même pour un fidèle d'amour, en parlant le langage clus^ dans sa plus grande obscurité, si parlé profondo. Pourquoi parler pour ne pas être entendu, lorsqu'on sait surtout qu'on ne doit pas l'être ? Les idiots seuls agissent ainsi.

En venait le mystère .

De la néceuitét non d'un choix volontaire, etc,

10. Ce ne fut point )p^r choix qu'il se rendit inintelligible, mais par la nécessité des temps, ne per elezion mi si nascose, ma per nécessita; c'est-à-dire pour ne pas être compris de l'ennemi; il- fit donc en sorte d'employer, pour rendre sa pensée, les signes familiers aux fils de la lumière, à ceux qui ont la vie de l'esprit, langage bien supérieur aux signes en usage parmi les suivants de la Mort pontificale, suo concetto al segno del mortal si soprappose. Il est bien entendu, qu*cn feignant de ne pas comprendre les premières paroles du Patriarche des croisades, le poète se fait à plaisir beaucoup plus ignorant qu'il ne l'était, afin de se dispenser de les répéter.

Quand se fut épanché l'amour qui Vemhrasait, etc,

li. Comment trouvez-vous cette manière de procéder à desépan^ cheroentsde tendresse? N'est-elle pas bien trouvée? C'est quand il n'a plus rien à dire d'aiïcctueux à sou petit-fils, que le Patriarche se décide à devenir accessible à la commune intelligence, discese inver

laln mot, un certain signe suffisait pour découvrir un frère h un r^^rc. Ils se rec •nnnis« Mient per soUtm loquelam et per solos gestus. (Albericus, S20.) Ln maisons ui<>iiic o(t demeoraieiu des Parfaits puitaicnl des qiarqucs secrètes, que IVil d*un Catlmrc ixiiixait NQl reounnaltre. (Uurat, Ant, /f ., v, 131.) Voy» Sclimidr, ibid , n, 95.

9(IS ' LB PARiDIS.

lo segno del nosiro intelletto, aax signet anieb, enfin au langage ordinaire.

Qui daigneipour mon Èong montrer tant de honte, etc.

12. On a déjà pa voir combien il fallait peu se fier aux apparences d*orihodoxie de ces formules, qui s'adaptaient si commodément aux triades gnostiques et en même tcmpsàTEmpereur, triple en son unité. L'épithètc cortcse, assez étrangement appliquée à Dieu, vient ici apposer à cette formule suspecte le cachet gibelin. Personne jusqu'à Dante ni depuis lui ne s'est jamais avisé de dire de Dieu, qu'il était courtois^ c'est-à-dire qu'il avait la politesse, les manières d'agir d'un homme de cour. Si Cacciaguida rend grâce au suprême Empereur, ce n'est ni de sa |)olitcsse, ou si l'on veut, de sa bonté envers son arrière-petit* fils. C'est de lui avoir inspiré un si ardent gibelinisme, d'avoir incarné en lui la pensée toute céleste de la monarchie universelle ; |)our qui veut y réfléchir, net mio semé se' tanto cortesc ne saurait s'entendre autrement

M'apporter un bonheur que, dan» celte clarté D'où te parle ma voix, j'ai longtemps souhaité, etc.

. 13. Cacciaguida se met ici, à son tour, en contradiction avec Piccarde, en parlant d'un désir, d'un espoir impliquant privation, digiuno, et par suite trouble à la béatitude ; mais passons. Il est plus important pour nous de lui voir constater que c'est Béatrice, la foi sectaire de son descendant, qui a suggéré à celui-ci l'excellente idée d'aiïectcr les dehors orthodoxes, de revêtir un plumage d'emprunt, vestir le piume» pour i^rler aussi haut son vol, et ti*avener la région du feu, sans crainte d'y périr consumé. Quant au magnovoiunie, dans lequel le vieux croisé a vu de si belles choses, c'était probablement le livre rouge de l'Ordre, où se trouvaient inscrits, ne varretur, les noms des bons et des méchants, des vivants et des morts, des Uancs et des noirs, biancoe lynino, et dans lequel il voyait à Tavance le nom de Dante Alighieri tracé en lettres d'or.

Tu crois que ton penser m'apparaU reflété, etc.

ik» Ta foi étant conforme à la mienne, tu crois que pour moi ta pensée est une émanation du père inconnu et qu'elle m'arrive par rayonnement, de même que, pour celui qui sait^ che conosce, qui professe nos doctrines* de la monade dérivent successivement la

GBAKT XV. 968

téirade, rbepiada, rogdoade, etc. (Natter \u) Ainsi s'explique, sans te moindre eflwtt ce bizarre langage de l'afenl k son petit-fiis.

Tu ne me dis donc pas de te faire connaître Qui je suiSt etc,

15. Le Patriarche des croisades manifeste trop bien sa foi, pour que celai qui est au courant des doctrines et do Tidiome sectaires, che cmtosce, ait à lui adresser la moindre question \ cet égard,' et il D'y a pas davantage à le questionner sur ce gai savoir qu*il possède aa plus baut d^ré, au milieu des autres docteurs en Gaie science, troupe essentiellement gaie, cela va sans dire, tarba gaia.

Tu crois vrai, car ici, dmis la céUsle vie,

Tous, petits comme grands, ont l\eil sur ce mûoir, etc,

16. Ta foi est la véritable, tu eredi H vero, et tu le sais, c'est un des privilèges de cette foi, que parmi ceux qui la professent et vivent de la vie nouvelle, di questa vita {mtava), petits et grands, iminori € i grandi j sont en participation avec la pensée de Dieu, qui est tout amour.

Ce que je dois répondre est d^à décrété,

17. En effet, le poète savait fort bien à l'avance quel langage il mettrait dans la bouche de son bisaïeul au nom de cet amour sacré, sacro amore, qu'il avait constamment en vue, con perpétua vista^ et qa'il aspirait ardemment à voir triompher des doctrines de haine. C'était Ihson désir le plus cher, dolce desiar, et il était altéré, assetato, de le voir accomplir entièrement ; en attendant, il y avait une vive jouissance à le manifester à la barbe de l'ennemi, aussi Gacciagaida lui dit-il : Proclame en toute sûreté, colla voce tua sicura, et avec hardiesse, balda, dans le langage de la Gaie science, lieta, ce que ta veux, suoni la volontà, proclame ce que tu désires, suoniH desio. C'est du mot à mot, mais que voulez-vous 7 quand les doctes font les enfants et s'entêtent aux contre-sens, il faut bien procéder avec eux comme avec les écoliei^

Bt son sourire ffit le signe grasieux Qui me fit de parler encor plus désireux,

18. Bintrice, h foi «lecddre du poetOi Ta compris a?ant qu'il ait

|)arlé, pria di *io partassL Elle ne peul que sourire à la pensée de prufiier d'une occasion si bien amenée et de donner libre essor aux belles cliosos que son bien-aiiné a bâlc d'exprimer par l'organe doul il a fuii habilement choix.

Lorsque s'est une fois révélée à vos yetuc L'égalité première, etc.

19. L'égalité première, la prima egualità. liC terme n'est-il pas des plus heureux pour rappeler le triangle lumineux, le niveau maçonnique, au milieu duquel rayonne le nom de rÉtenicl dans 1 étoile flamboyante? Ceux qui ont vu la lumière, que rappelle ce symbole, sont tous pénétrés également de l'amour divin et possèdent également la science, Caffeito e 'l senno. Il doit en être ainsi, puisque tous sont frères, que le soleil d'Orient les réchauiïe tous de son ardeur et les éclaire de ses rayons, sol clie v^aUutnd ed arse.

Mais, parmi lesmorteU, vont d'un essor éUvers,.*. Pouvoir et volonté, etc.

20. Vous savez on ne peut mieux que le despotisme théocratique est l'obstacle qui s'élève formidable entre la volonté de ceux qui subissent le joug de la Mort pontificale, mortali, et le but vers lequel ils aspirent, la cagion a voi è manifesta, aussi peuvent-ils faire peu malgré toute leur bonne volonté.

.... Moi chétifet mortel.

Cette inégalité, je la sens et» moi-même, eto,

21. Ce joug de la Mort pontificale, je suis réduit à le subir, (Ui moins en ap|)arence, lo, che son mortal, aussi y a-t-il une extrême disproportion entre ce que je voudrais exprimer et ce que je peux à peine donner à entendre, avec beaucoup d'efforts, dans un langage symbolique, misento in questa disuguagliama. Vous me pardonnerez donc de ne pas être aussi explicite que je voudrais l'être, si je pouvais parler librement, colcuore.

...•0 topase éclatante, Précieux ornement de ce joyau du ciel, etc.

22. On sait que, dans la franc-maçonnerie, Tornement distinctif de chacun des grades, comme le compas d'or couronné, i'équerre, le serpent d'airain, etc. , reçoit le nom de bijous il est donc tout sim-

pic que Dante appelle gioia preziosuj précieux bijou, cette croix qu*il a pris soiu de nous décrire dans la forme de celle des chevaliers da Temple, et que, par suite, son bisaïeul devienne une des topazes dont se compose ce joyau céleste, vivo tapazzio cke questa gioia preziosa ingemmû

C^étaii ton bisaïeul; il fut l'un de mesflU»

23.- Je suis ton trisaïeul; mooffils, ton bisaïeul, est parmi les orgueilleux du Purgatoire. {Voy. ch. x.) C'est bien le moins que tes bonnes œuvres, comme anti-catholique romain, lui soient comptées ï décharge pour son papisme, che la longa fatica gli raccord con ^ opère tue, par tes Canzoni, et surtout par ta Comédie,

Ce peu de mots suffit pour nous indiquer une profonde divergence d*opiaion entre le père et le fils. Si le dernier est, depuis plus de cent aos, condamné à ramper au premier pourtour du Purgatoire, c'est qo'il fut un de ces aveugles, délia visia délia mente infermi, qui se courbèrent sous Tautorité de Rome, sous la loi pesante de dame Pietra; c'est qu'il s'interdit ainsi tout progrès et dut au contraire cheminer en arrière, par riirosi passi ; c'est qu'il se réduisit volontairement à ne plus se montrer un homme, non sembran persone, mais à descendre au rang de misérable ver, se traînant à la suite du gran vei'me che il mondo fora, à jouer le rôle de ces cariatides qu'on voit soutenir immobiles d'écrasants fardeaux. {Voy. Pg. 9, chaut x.) Le fils étant châtié dès lors, pour s'être montré fervent catholique, nous devons^en conclure, que le père n'était rien moins que papiste, puisqu'il resplendit béatifié dans le Paradis; nous croyons môme pouvoir ajouter que, selon toute apparence, ce fils de Cacciaguidn, désertant les traces de ce fidèle serviteur de l'empereur Conrad aurait été le premier à adopter les opinions guelfes et à engager la famille dans celte voie; de là, la rancune manifestée contre lui, sous une apparence de compassion, par Dante qui n'a pas daigné le rcconnnitrc sur la première rampe du mont d'expiation. L'auteur des Memorie per la vita di Dante, convient qu'il est difficile d'expliquer le motif pour lequel le poêle a mis son bisaïeul en Purgatoire pour y expier le péché d'orgueil. Il n'a pas songé kV humilité de Béatrice.

Florence, alors pudique et sobre, en paix vécut,

2U. Florence fut l'asile de la paix et de toutes les vertus, tant qu'elle fut resserrée dans l'étroite enceinte de ses anciens remparts;

c*est-à-4ire, tant que rinfluence de la politiqnc romaine ne dierclia pas à y dominer, et n*y eût pas donné naissance aox luttes acharnées des Guelfes et des Gibelins. Elle était sobre et pudique comme on Test chez les Parfaits. L*horloge r^ulatrice de la Cité éuit alors dans le clocher de l'Abbaye de Saint-Benoit, dite la Badta, attenante aax anciennes murailles.

.... L'hêuré nuptiaU N'awiit pat à tonner bien avant la Mwofit ete,

25. Le luxe n'avait pas encore amené la corruption, les femmes ignoraient l'usage des ornements coûteux, et les pères n'étaient pas réduits à grossir démesurément la dot de leurs Gllcs, pour que les maris pussent satisfaire aux exigences de leur coquetterie.

Ne reslait pas déserte alors mainte maison,

26. Les exils, les émigrations volontaires n'étaient pas à l'ordre du jour; car il n*y avait pas alors deux partis acharnés en présence, s'empressant, une fpis vainqueur l'un ou Pautre^ de proscrire, de rançonner, de molester les vaincus, et une focde de maisons ne restaient pas inhabitées, di famigtia vote.

N'anaiipas an grand jour montré SardanapàU Ce qu'on osz en la Chambre^ etc,

27. Quel est ce Sardanapalc qui apparaît ici assez étrangement, on en conviendra, car Florence ne renfermait alors que des citoyens; or, Sardanapale est le nom d'un roi fastueux et corrompu ; ^ faut donc le chercher ailleurs ; et où le trouver, sinon dans la nouvelle Babylone, sur le th«^âtre de ces fameuses orgies romaines, qui sont encore le scandale de Thistoire^ après avoir excité l'indignation des plus saints personnages. Il n'est pas besoin d'ajouter que les appartementsparticuliersdu Pontifes'appelaient la Chambre, Caméra, d'où le titre de Camerlingue donné d'abord à l'officier qui en avait l'administration, et depuis au Cardinal président de la Chambre apostolique. Au surplus Dante va nous éclairer sur sou intention secrète par le rapprochement qui suit immédiatement.

„.,Avee Montemario Ne rivalisait pas voire Uecellaloio, ttc,

28. On le voit, la pensée du poète se dirigeait si bien vers Rome

en traçant ce nom de Sardanapale, roi do Babylone, qu'il nous transh porte aussitôt au Monte Mario, pour nous dire que, de même que les somptueuses villas des Florentins en sont arrivées à l'emporter sur celles des cardinaux, de ces ministres du Sardanapale pontifical; de mêffle, quand le jour du triomphe luira pour la cause de VEmpire et delà religion d'Amour, Florence sera plus cl^chue encore que Rome, celle-ci devant du moins conserver encore, après la ruine de la Pa* panié, le prestige qui se rattache à la capitale des Césars. Ainsi Cacciaguida, en ne prophétisant que désastres aux deux grandes cités qui avaient encouru l'inimitié du poète, n'est en réalité que Tinterprête fidèle de ses vœux de haine et de vengeance contre toutes deux. Mais le sujet étant scabreux, nous dit VOitimo, le poëte parie eu style dus et figuré, figuratamente e chùiso parla.

En ceinturon de cuir avec sa boucle d'os J*ai vu Beîîincion Berti, etc,

29. La plus grande simplicité dans les vêlements chez les hommes, et nulle coquetterie chez les femmes. J. Yillani. liv. v, désigne Bellioclooc Bcrli des Ravignaui, comme le citoyen de Florence le plus honorable et le plus honoré. Sa fille, la belle Gualdrade, mentionnée au ch. XVI de VEnfei\ épousa le comte Guido, sous les' auspices de l'empereur Othon lY, qui dota son époux de la seigneurie du Casentino. Les Florentins étaient alors au mieux avec le chef de l'Enipirc et ne songeaient pas à prendre parti contre lui, dans l'intérêt de la prépondérance du saint-siége. Les Nerli, ainsi que les Yccchielti, étaient au nombre des premières familles de Florence, pour la richesse et l'ancienneté.

Dans son pays natal sûre de son lomheau, Sans être pour la France en son lit délaissée.

30. Vers la moitié du \W siècle, avant que Florence se fût inféodée à la politique papale, les femmes, assidues aux soins du ménage et de la maternité, menaient une vie heureuse et paisible; elles étaient sûres de mourir dans leurs foyers et non pas en exil sur la terre étrangère ; si toutefois ciascuna éra certa délia sepoltura^ ne fait pas allusion aux refus d'inhumation, ce dont nous ne voudrions pas jurer. (Voy. la note 30, au chant v du Purgatoire.)

Elles n'avaient pas à redouter incessamment d'être abandonnées par leurs maris, forcés d'aller guerroyer à droite et à gauche, dans

rintérét de la France, à la réquisition du pontife. Ceux qui traduisent :« pour s'en aller faire en France le commerce ou la banque» oublient que, de tout temps, les Florentins ont voyagé à l'éu*anger pour traûquer; que leurs richesses n'eurent pas d'autre origine^ et que leurs négociants ne bornaient pas à la France leurs excursions au dehors. Ces bonnes méi^gères florentines n'avaient garde d'entretenir leurs enfants et leurs gens des l^endesdes Saints ou des intérêts de l'Église ; c'étaient d'excellentes républicaines, sachant au mieux leur histoire ancienne et gardant un pieux souvenu* de l'empire romain; persuadées que son patronage temporel valait beaucoup mieux pour leur municipe, que celui du chef de l'Église ; aussi parlaient-elles des Troyens, ancêtres des Romains, et des Romains aacêtres des Florentins, dans une pensée et dans des termes équivalents sans doute à ceux que chacun peut lire comme nous dans le traité De Monarchia. Mais vous pourriez aussi comprendre qu'en excellentes Yaudoises elles causaient de ces bons Troyens qui possédaient le pa//a^ttim-vérité des Maçons^ ennemis de ces Grecs dont le chef sacrifiait sans pitié l'fphigénie albigeoise. {Voy, ch. v, et Cf. la Canz. de Raimbaud de Yaqueiras intitulée Lo Coitos, où Vtei7/e commune assiège Béatrice dans sa forteresse.) Elles devisaient des Templiers, excellents Troyens, attendu que leur règle émanait du Concile de Troyes ; elles s'entretenaient de la Romeimpér ialc, si glorictisc, et de la Rome pontificale, cause de ruine pour les Florentins bien pensants, ce bon sang romain si différent de celui des brutes descendues de Fiesole. Allez, c'étaient de maîtresses femmes, qui en auraient remontré en politique à Catherine de Médicis. Un docte théologien vous attestera même (note 12 du ch. suivant) combien elles montraient de zèle pour la propagation de la foi cathare et pour le triomphe des Parfaits.

Une CxangheXle^ dior»^ un LafK) Saîterel

N* auraient pas étonné moins qu'une Comélie^ etc.

31. Il est très-rationnel qu'après avoir fait figurer, dans le chant XXI de V Enfer, sous la figure d'un diable et sous le nom de Scarmiglione, Rosso de la Tosa, l'un des syndics des Noirs, le plus opposé à toute transaction avec les Blancs, Dante saisisse la première occasion de flageller encore, dans quelqu'un des siens, cet ennemi acharné de son parti. (J. Villani, Dino Compagni.) Il est vrai que cette, Cianghella ddla Tosa, mariée à Lito Alidosi d'Imoia, restée veuve de bouue heure, ne be uioulra pas inconsolable et mena uue

\ic assez peu exemplaire; mais il faot reconnaître aussi que Cacciaguida n'aurait guère 9»ongé à la comparer à Cornélie si elle n\ût été proche parente de Rosso et de Pino des Tosinghi. Quant à Lapo Saltareilo, c'était un jurisconsulte d*un esprit remuant et ergoteur, ()ui avait exercé les fonctions du priorat, peu de temps avant Dante, cl s'était attiré la colère de Boniface VIII, ei^ faisant intenter un procès criminel à des individus compromis dans certaines intrigues où la politique romaine était intéressée. (Fauriei, Dante et origines de la langue ùaL, 1. 1, p. 161.) Appartenant aussi au parti des Blancs, il fut comme Dante, et par la même sentence, condamné au bûcher et partagea son exil. Des projets on des actes en opposition avec la maoièrc de voir du poète, lui attirèrent sans doute son animadversion, encore plus que son goût pour les jouissances raffinées. Il fut du nombre de ceux qui prirent part à l'expédition de Figline et se réfugia ensuite à Gênes.

Parmi ce$ ciloyem loyaux, probes^ unis

Me fit naître la Vierge, invoquée à grande cris, etc.

3^. C'est sous l'inTocation de Marie que Cacciaguida \ient au monde, ou du moins qu'il est initié à la vie nouvelle, car on voudra bien se rappeler que, dans le vocabulaire du |)oëie, Marie est le nom de l'église sectaire, ce dont on aura plus tard la preuve incontestable, et Q est fait chrétien sur les fonts de baptême. Mais la question est de savoir si, indépendamment du baptême catholique, il n'en aurait pas reçu un antre, d'après les anciens rites de la secte, comme semblerait l'indiquer cette mention de vostro antico batisteo^ car à quoi bon indiquer que, né vers les premières années du xii* siècle, il n'a pas reçu l'eau sainte dans un édifice construit vers 1293? Toutes |)oétiqueii que peuvent être ces énonciations du Patriarche des croisades, elles nous font douter beaucoup de son orthodoxie. Nous y sommes d'autant mieux fondé, qu'il paraît avoir eu, non-seulement pour frères germains, mais encore pour frères en religion, frati et nou fratcUi, Moronle et Elisée, ce qui n'est pas pour nous étonner, lorsqu'il ajoute que sa dame, mia donna, lui vint de la vallée du Pô, dival di Pado, On conviendra que l'indication est lai^e, car la vallée du lô commence au Mont-Viso, sur la frontière du Piémont, vers la Trance, et finit à l'Adriatique ; aussi a-t-on désigné successivement Vérono, Parme et Ferrare, pour lieu de naissance à la trisuLule du iK)(i(e. Cette dernière ville, où vivait encore une famille Aldij-'hiori, Ta emporté, grâce au témoignage de Boccace. Mais ces Aldighieri do Fon arc

970 LE PAKADIS.

d'où venaient- ils cl, avec eux, celle dont il est fait mention ici îCest ce que Boccace n'était pas obligé de nous dire, car il avait pour cela de trop bonnes raisons. Kh ! mon Dieu ! rappelez-vous le pèlerinage de Manlo, la fille de l'aveugle Raymond-Tiresias. {Enfer xx.) C'est en suivant la vallée du Pô et en remontant quelque peu les rives du Rlincio, qu'elle trouva «n asile au milieu des marais où s'élève Mantoue (*). Or, Manlo, les gens de bonne foi n'en sauraient guère douter maintenant, s'ils veulent rapprocher ce que l'histoire rapporte des origines de l'albigéisme avec ce que Dante et l'Arioste ont écrit au sujet de celle qui futunepropliéiessepourle premier, une fée pour le second, Manlo estla pereonnification de laseclc albigeoise. Aflnde convaincre ceux qui conserveraient des doutes, notamment en ce qui concerne l'cxisiencc contemporaine de Cacciaguida et d'hérétiques imbus de doctrines se rattachant à l'albigéisme, réfugiés dans la vallée des Alpes convergeant avec celle du Pô, nous ajouterons au témoignage non suspect de C. Canlù, dans son sacro viacello, celui de M. Henri Martin, t. iv, p. 6 de Y Histoire de France.

Le docte écrivain s'exprime ainsi : « Pierre de Vaucernai paraît s'être trompé en faisant dériver le nom de Vaudois du nom de Pierre, dit Valdo, fondateur des Pauvres de Lyon. Le nom de Vaudois {Valides) paraît signifler les gens des Vaux, des Vallées, et l'on ne peut guère douter qu'il n'y ait eu dans les Hautes-Alpes, sttr tes confins du Piémont et du Dauphiné (c'est-h-dire vers le Mont-Viso et les sources du Pô) , des groupes de populations qui conservaient de temps immémorial des traditions et des mœurs bien différentes de celles qui avaient prévalu dans l'Église romaine. Ce qui est certain, c'est que Valdo n'a prêché à Lyon que dans la dernière période du xii« siècle et que les habitants des Hautes Vallées Alpestres, dès les premières années de ce siècle (celui de Cacciaguida) passaient pour « souillés d'une hérésie invétérée. » Ce sont les termes de la chronique de saint

(*) Oh trouvera les preuves historiques de cette émigration des sectaires protcnçaux m Loinbardie dans le t. i de Vllisf. des Cathares, iwir Schmidi, notamment aux pages 529, 552, 537, 540. On y verra, p. 175, qu'en 1257 le magistral de Uantouc fil un J^ia"»' pour empêcher les vexations dos inquisiteurs, statut contre lequel protesta le im|k Alexandre IV, ce qui n'empôrhn pas que, Tannée suivante, Jean de Casalotte, évûqu* * la Branche de Bagnolo, à laquelle, selon nous, aurait appartenu Danle, r«>sidail pudiquement à Manioue. (Muratori, Anl. /^, V, 121.) On y verra qu'en 126U, Bergame, l'un des principaux centres de la môme branche, prenait également des mesures légales contre l'inquisition. ( Larai , p. 122, 159.) Enfin, p. 175, que la ville de Vérone est souvent mc»tionnée, dans la tecoiide moitié du xiii« siècle, comme résidence d'évéques calliaits,suftoot comme asile des réfugiés provQoçaux (Muratori, V, l'il, 130) el qu'en 1289, GuiU. Petit, ùvùqnc de Véglise française, dans cette ville, y fut arrêté avec beaucoup d'iulreî Cathares français. {Arclu deVliiq. de Carc^ Do&T. XUii, M55.)

Trou, écrite de 1108 à 1136 ; et en 1096, le pape Urbain II avait, dans OBC bulle, signalé la Valiis Gerontana comme un foyer d*hérésie. Nous avons de la même époque, des poésies religieuses vaudoi8(?s ccriics non dans le dialecte lyonnais, mais dans le dialecte des Alpes. On peut îraiseniblablemenl faire remonter les Yaudois tout au moins àClaude de Turin, cet évêquequi, aulx^sièclo, avait si énergiquement proiesié contre Tadoration des images et contre d'autres pratiques ro- Diaiocs. 0 Ëufm PInquetnous dit, dans son Dictionnaire des hérésies^ qu'après les désastres des Albigeois, les Yaudois « se retirèrent dans la Gaule Cisalpine et entre les Alpes, où ils trouvèrent un asile parmi des peuples qui étaient infectés des hérésies du ix" et du x" siècle. »

Dame aurait dès lors signalé avec un art admirable le double courant par lequel les doctrines vaudoises et albigeoises se seraient in- Gltrécs dans la haute Italie, les unes, descendant des hautes vallées du Piémont, les autres, après leur prescription dans les pays de langue iïoCy suivant la chaîne des Alpes et pénétrant à leur tour, par la frontière helvétique, dans la Lombardie, non sans laisser sur leur passage des geimes que la réforme fit éclore plus tard, et notamment dans la Yalteline.

Nous sommes donc fixés désormais sur la valeur de ces mots « la vallée du Pô. a Ils signifient que la jeune fille épousée par Gacciaguida .appartenait à une famille vaudoise descendue des Alpes dans la Lombardie ou leFerrarais, où elle s'était établie. Si le poète u*avait pas entendu attacher une valeur secrète à ces expressions va/ dx Pado^ il aurait dit tout bonnement que sa femme était soit de Ferrare, soit de Vérone, soit de Parme, et il n'aurait pas plus employé une locution qui ne précisait aucun lieu distinct, que nous ne dirions la vallée duRliône on celle de la Seine, pour désigner Lyon ou Rouen à quelqu'un qui s'informerait du lieu de notre naissance. Dans les termes où elle est faite, la réponse du trisaïeul à son arrière-petit-fils ne lui apprend rien de positif, il lui faut tout un commentaire; tandis qu'elle a un sens très-caractéristique dans sa concision, en admettant le sens caché que nous venons de signaler. Cette femme vaudoise une fois introduite au sein d'une famille florentine, y apporte des doctrines sucées avec le lait ; elle convertit à sa foi son mari et ses beauxfrères ; les nouveaux convertis adoptent pour désignation patronymique, le nom de celle dont ils ont subi l'influence, comme pour glori- Ger les résultats de son apostolat ; un de ses fils a répudié la foi maternelle, il est revenu au giron de l'Église romaine, et il est signalé comme ayant à expier, durant des siècles, son aveuglement et l'in-

firmîté de son esprit. Si donc, sa fîiiation maternelle doilôtrc un sujet d'orgueil |)our le |)oeic albigeois, il n'a pas moins lieu d'être (ler du côté paternel ; Cacciaguida va se hâter deTédifier ci cet éganL

•Te tuivit l'empereur Conrad, en haute etiime Par qui je fus tenu, comme vaillant guerriert etc.

33. Ainsi Dante serait issu d'une mère vaudoîse et d'un preux chevalier du Saint-Empire romain, dont il lui a plu de faire un grand Ecossais de Saint-André ; voilà ses titres de noblesse bien établis sous le rapport religieux et politique à l'égard des Albigeois et des Gibelins. Cette noblesse remonte du côté paternel à la seconde croisade, qui, entreprise en 1147, sous le pontiûcat d'Eugène III, eut pour chefs le roi de France Louis VU et l'empereur d'Allemagne Conrad IIL Ce monarque avait résisté d'abord aux instances de saint Beniard, mais la réflexion le fit changer d'avis; en effet, le pontife qui venait d'être promu au saint-siége, Bernardo de Pise, avait été le disciple de l'abbé de Clairvaux qui, conservant sur lui la plus grande influence, s'était rendu en Allemagne, investi en son nom de l'autcritc apostolique. Com*ad jugea donc que ce qu'il avait de mieux à faire était de prendre la croix ; mais il lui fallait une armée, et Tenlliousiasmeseul, plus facile à exciter chez les masses que chez les individus, pouvait la lui fournir. Il lui fallait eu outre le concours des hauts vassaux de l'Empire, qu'il n'eût pas été prudent de laisser derrière lui; ce^i à quoi pourvut l'éloquence de saint Bernard. Une nombreuse asseniMc-o fut convoquée à Spire, et au milieu du sermon prononcé par l'abbé de Clairvaux, l'Empereur, se levant brusquement, prononça son vœu à haute voix devant l'autel ; son exemple électrisa les seigneurs présents et la plupart s'unirent à lui pour demander la croix ; entre autres Frédéric de Souabe, son neveu, qui depuis, empereur sous le nom fameux de Barberousse, se distingua surtout par son hostilité contre le saint-siége. ( Voy. la vie de saint Bernard, ses épîtres et celles de Pierre-le-Vénérable, Othon de Fressinguc.) Mariée une fille desVaudois, Cacciaguida eut probablement pour se croiser des motifs a* al(^ues à ceux qui influèrent sur la détermination de Connid ei de Frédéric de Souabe ; pour faire acte de chrétien zélé et di5si|)er k*^ soupçons qui avaient pu s'élever contre sou urdiodoxie^ il prit '^ croix, et suivit l'Empereur eu Syrie, où, après avoir reçu l'accolade en récompense de sa vaillance et de ses 1k>us services, il tomba martyr sous les coups des Sarrasins. Sun âiue fut alors affranchie des

CBANT XV. 973

liens dont Tavoit garrottée le prince du monde, prmceps mundi, celui qui va prêcliaot Tamour mauvais et trompeur, source de tous les méfaits châtiés dans l'Enfer et dans le Purgatoire, amoj' che moite anime deturpa, et sa fin glorieuse lui valut la paix éternelle. Mais (lu sein de celte |)aix il attaque la Papauté, afin de constater que, s'il prit la croix, ce fut comme chrétien, titre réclamé par toutes les M!c(es op|)osées à TÉglise romaine, et non comme catholique zélé.

Si nous ne craignions de nous faire lapider, nous dirions que Cacciaguida ne dit pas du tout (qu'il ait pris la croix, ni qu'il soit ailé en terre sainte, ni surtout qu'il y soit mort, et nous traduirions ainsi celte Gn du chaut : Je suivis la foi et la politique de l'empereur Conrad, qui m'enrôla dans sa milice dissidente, mi cime délia sua milizia, tant lui plurent mes œuvres religieuses et politiques, tanio per bene oprar gli venni a grado. Je l'aidai dans sa lutte contre cette loi catholique et cette race guelfe, il eut popolo, qui, par le crime des Papes, per colpa de'pastar (les Cod. Vat. Ang, et Gaet. portent de' et non pas c/eQ, usurpe les droits de la haute justice impériale, puissance temporelle que vous revendiquez pour César, usurpa vostra giusiizia. Dans cette lutte, en Italie ou ailleurs, car quivi, adverbe (le lieu, n'indique pas où, à moins qu'il ne signifie, ici, dans le Paradis, autrement dit dans le Temple : Je fus dégagé, disviluppato, des lieus de ce monde asservi au joug du Papu, de Satan f principis mundi, monde essentiellement trompeur, monde fallace, dont les {lartisans subissent l'influence corruptrice, lY cui amoi- moW anime deturpa. Je fus immolé, comme Vaudois ou Pauvre de Lyon, car on ne connaissait pas alors le nom d'Albigeois, par celte race infâme de Gentils, da quelia genteturpa (l'Évangile appelle les païens génies), et, martyr de ma foi, je quittai la terre pour la paix élornelle.

Mais on n'admettra pas cette version, qui a le tort d'être trop fidèle, et puis tous les commentateurs, dont la critique est si sûre, n'ont-ils pas répété, l'un après l'autre, l'histoire de la croisade de (iacciagoida? Va donc pour une croisade quelconque contre des païens tels quels.

U74 LE PABADM.

CHANT ni.

Qmb mince ett ta valeur, â nohUaêe du Mng, etc.

1. Les idée» de Dante sur la noblesse se trouvent longaemeni développées dans le livre iv du Comnio, dont nous avons donne l'analyse pp. 331 et suiv. des Révélations, Pour lui, la noblesse est Tapanage exclusif dé Tinitté sectaire, de celui qui, à l'opposé des blutes asservies à l'autorilé pontificale, sait faire usage de sa raison, tour élevée du haut de laquelle Tadepte jette un regard de mépris sur les erreurs où Thumanité est journellement entraînée, diritta torre delta ragione ovvero nobiltà. Quelle que soit rol)scurité du langage dont le po€te a pris soin de voiler sa pensée dans ce commentaire de la Canz. , Le dolci rwie d'anwr, on parvient à l'en dégager sans trop d*eflbrt. Elle était fort bi.en comprise de VOuimo, car on peut voir^ dans son Pramio du ch. xvi, qu'il y ropioduil (extueilemcnl les expressions du poète, dans le iv*" livre du Corwùo, en disant notamment que, loin d*êUre noble, celui-là qui ne fait pas usage de sa raison est descendu au rang de la brute, ami è bestia.

Tu me fis un instant nattre Vorgueil au cœur,

2. Si Dante est fier de sa noblesse, c'est qu'elle ne lui vient oxritisivement ni des richesses, ni d'une longue suite d'aicux, puisqu'il ne peut pas faire remonter les siens au delà de deux siècles, mais qu'elle dérive |X)iir lui de celte vertu {ragione Béatrice) ^ qui rend rhommc heureux dans son opération, virtude iniendo che fa l' nom felice tu sua operazionc. C'est que ceux de ses ancêtres qu'il cite avec complaisance, faisant preuve de cette vertu qui sait, avec courage cl liberté, choisir entre la vérité et Terreur, ont préféré le christianisme (les vallées alpestres à celui de la vallée du Tibre, et le service de l'Kmpereur à celui du Pape.

Mais tu n'es qu*un manteau dont Vétoffe s*altère, etc.

3. Cette nobiesse-là, non moins que l'autre, a besoin de se retremper de génération en génération, non pas seulement par l'initiation , mais encore par des actes accomplis sous l'inspiration de la raison, dans l'intérêt de la cause de la liberté et du progrès; seul

lANT XVI. * 975

moyen d'assurer le triomphe de cette religion de Tamour qui languit sur la terre, dai>€ Paffetto nosiro langue; sur la terre dont elle doit QQ joar faire un del où il n'y aura que de pures et sublimes aspiration, dove appetiîo non si tofxe.

Par U mot vous, que Rome accepta la première, eic,

II, Les Papes ayant adopté les formules impériales, ils employèrent au p[uriel nous et notre^ au lieu de je et mon^ d'où résulta qu'en adressant à eux on leur dit vous et votre au lieu de tu et ton. Mais parsuKe de l'opposition constante contre laquelle les pontifes eurent à lutter dans Rome, et qui finit par obliger Clément V de transporter le saiiu-siége dans Avignon, les Romains s'étaient hâtés de répudier cette formule servile et, quoi qu'en dise Belti, c'est ce qu'eiprime assez clairement celle famigliachemenpersevi'a à se servir du vous, longtemps employé à contre cœur. Le doute, à cet égard, n'est pas permis lorsqu'on lit dans Landino, qui écrivait en 1500 : Quasi tutte iemzxoni dicono voiauno^ fuor che % Romani^ che dicono tu a ogni uomo. C'est ce que fait encore aujourd'hui Je bas peuple napolitain, comme le remarque Lombardi et comme m'en a fourni la preuve une brave femme d'fschia, que j'avais prise à mon service; dans l'espace de près de deux ans, elle ne cessa de m'appeler Eccellenza ou signon'a^ tout en me tutoyant.

Lors du premier faux pas où s* engagea Genèvi^e,

5. Les idées républicaines, dominantes alors en Italie, et surtout les usages rituels de l'affiliation dont le poêle fai^^ait partie, repoussaient une locution devenue banale aujourd'hui, mais qui paraissait alors à beaucoup ridicule et servile à la fois. Il n'y a donc pas à s'étonner que Béatrice l'accueille par un sourire d'ironie; mais il peut paraiirc étrange que ce sourire improbatcur d'une sainte rappelle précisément à Dante, et cela en plein paradis, le souvenir d'une scène d'amour adultère et celui de la complaisante dame d'honneur qui favorisait les rendez-vous de la reine Genèvre avec le beau chevalier Lancelot. Néanmoins Dante, qui avait probablement puisé dans les romans tout sectaires du cycle du Saint-Graal, l'idée de déguiser sous des apparences catholiques son hostilité contre l'Église romaine; Dante, dont le Pca^adis admcttai t des vierges comme Cunizza et Rahab, pouvait bien se complaire, au milieu des élus du ciel, à se rappeler ce roman où

976 ^LR PAEADfft ^

l'o» voit un cmtlomb (pigeon) introduire près de Lancelot la fille da roi de Perles, qui porte en main le Saint-Graal, afin qu'elle ait à concevoir du preux chevalier le vierge Galaor. « Ainsi fat recoa?ré fleur pour fleur; car se, en sa naissance (de Galaor), fut fleur de puccihu'ge perdue et mal mise, depuis fut de par luy fleur de chevaleric restaurée par leur commun assemblement, et se verginité fut cinpiréc, bien en fut le méfait amendé par sa verginité, etc. » (Édition de Philippe le Noir.) Tout cela n*est-il pas bien édifiant et de nature à préoccuper le grave adorateur de Béatrice au milieu des splendeurs du ciel ? Au surplus, on a pu voir que la foi Béatrice n'était qije bien peu à l'écart, un poco scevi^a, pendant queCacciaguida parlait de l'antique Florence, de l'apostasie de son fils et de son propre martyre comme Yaudois, martyre qui aurait bien pu ne pas être sans influence sur la conversion de son fils à la foi romaine.

Vous éteSf dis-je donc, mon phre reèpectâ^ eic,

6. Voi siete mio padre ; c'est-à-dire, vous n'êtes pas seulement mon trisaïeul, dans l'ordre naturel, mais vous êtes encore mon père dans l'ordre spirituel, c'est de vous que j'ai hérité ma foi religieuse et politique. Si vous n'admettez pas cette interprétation, les premiers mots adressés par Dante au patriarche sectaire ne sont plus qu'une niaiserie.

Sans ctaind/re que la joie en eon excès la brise.

7. Ou s'explique de pareils transports au moment où le poète vient d'entendre Cacciaguida se révéler à lui comme un adversaire de la Papauté, un fidèle serviteur de l'Empire, surtout comme l'époux d'une femme vaudoise, et un martyr de sa fol. Autrement quel motif raisonnable attribuer à tant d'exultation ? Serait-ce uniquement parce que Cacciaguida aurait fait partie de la seconde croisade, parce qu'il aurait pris une femme de Ferrare, parce que son fils serait au 2' étage du Purgatoire, ou parce qu'il réprouve la corruption des moeurs dans Florence ? Est-ce là ce qui élève Dante au-dessus de lui-même, voi mi levate si ch* io son pià ch' io ? Il est impossible de le croire. Qu'on ne s'y trompe pas d'ailleurs, ce n'est pas son âme qui est inondée de joie, c'est son esprit, sà mente, son intelligence^ où r^e la Gaie science, l'arted*amore,^u pointde s'identifier avec elle, la mente mia che di se fa letizia, ou si vous l'aimez mieux, qui s'épanche ellc^ même en compositions destinées à propager le gai savoir et la loi

ctiAiA xvt. 977

d'amour, ce qui Tempêche de se briser, pm^chc pud soitener che non sispezza, tout en s^aliinentant aux mille ruisseaux d'eau vive, tanti rivi, que lui verse cette science bien aimée.

Difes-moif cher ancéire, elc,

8. Cara primizia, chère prémicc ; Fcxpression est à noter pour ceux qui l'entendront, comme nous^ dans ce sens que Cacciaguida a éié le précurseur de Dante dans la voie où il s*est engagé, et que ses actes politiques et religieux furent, |x>ur Florence, les prémices de ce qu'eiludevait attendre de lui-même.

Des nôtres ^arlez-moi^ du hercail de saini Jean^ elc,

9. Quels furent vos ancêtres, en quelle année étes-vous né, quels étaient aloi-s les principaux citoyens de Florence, et à quel chiiïre s'élevait sa population ; tel est le sens apparent de ces questions. Nous allons voir Cacciaguida s'arranger pour y répondre eu Vaudols et en Gibelin.

Comme la brise avive en un foyer laflamme^ etc.

10. I/âme du patriarche monarchique et vaudois ne pouvait qu'être extrêmement flattée du bonheur manifesté à sa vue par un arrive petit-fils qui, partageant sa foi politique et religieuse, le comprenait si bien à demi-mot, et lui adressait des questions en harmonie avec sa croyance. De là, ce rayonnement qui le fait comparer à un charbon enflammé.

Mais en répudiant ce moderne langage.

11. Cacciaguida a commencé par parler latin, et cette ibis il n'employé pas l'idiome moderne, d'où l'on a conclu qu'il avait dû continuer «I s'exprimer en latin ; mais si l'on ne peut douter désormais, que les sectaires avaient leur langage symbolique, langage mystérieux dérobé avec soin aux profanes, langage de convention que des imprudences ou des indiscrétions les contraignaient de modifier de temps à autre, on comprendra que Dante veut dire, que la réponse de son trisaïeul fut faite dans le langage secret usité à son é|3oque parmi ceux qui s'étaient séparés de l'Église romaine. Pour mériter une mention, ce détail devait avoir son importance, car il va sans dire, que cent ans d'intervalle ap|K)rient de grands changements dans

978 LE PÀniDis.

toutes les langues pQisibles, ainsi que Dante a eu soin de le conâgoer dans son traité (^e Vulg. EL (Joy. p. 301 denos Aô^e/.)

0inq cent cinquanie fois, plus trois, à la demeure Du céleste Lion^ etc,

12. Ce qui équivaut à dire, je suis né vers la fin du xi"" sièdc, 90 ou 91. La planète de Mars accomplissant sa révolution en 686 jours 22 heures 29 minutes, un peu moins de deux ans, nous adoptons ici trente, au lieu de trois, dans le texte, conformément à l'opinion et aux calculs du P. Lombardi. Mais existait-il, dem^derat-on, des Cathares ou Yaudois dans Florence à celte époque? Voici 'ce que répond à cette question le docte professeur C. Schmidl : « Dès 1150, on trouve des Cathares à Florence; un de leui-s principaux ministres s*appelle Diolisalvi {Vita Parentii, Act. SS. nwi v, 86) ; Pierre, le premier évoque de la branche de Concorezzo en Italie, est de Florence (Vignier, 268) ; les femmes mêmes de cette ville sont animées de zèle pour la propagation de la secte {Acta SS. mai, I. c). En 1173, ils sont si puissants à Florence, qu'ils occasionnent une révolution dans le gouvernement de la ville. {Chr. ms. ItaL chez Lami, ii, 691.) C'est auprès d'eux que se réfugièrent à plusieurs reprises des Cathares proscrits ou fugitifs. (Lami, l\96.) Leur hérésie fut prêchée à Orvieto en 1150 par deux femmes, Milita de Monte- Meato, et Julitta de Florence, qui par leur vie pieuse et charlible se concilièrent l'estime du clergé et la sympathie du peuple. » (Acta. SS. mai, 1. c. Ist, 4% Chiust\ suppl. de Muratori, Rer. ItaL Scr, 903.) (Bistoiredes Cathares ou Albig. i, p. 62.) Ainsi non-seulement les hérétiques étaient nombreux dans Florence, au temps où Cacciaguida était dans la force de l'âge; mais encore les femmes, ces excellentes ménagères aux mœurs puritaines, qui portaient tant d'intérêt à Rome et à Fiesole, se recommandaient surtout par un grand zèle pour la foi évangélique. £t ce sont les Actes des saints qui en fournissent Ja preuve.

Mes ancêtres sont nés, je naquis où s^arréte Au dernier des sestiers, dans l'annuelle fétOt etc.

13. Je suis né dans l'ancieniic enceinte de Florence, divisée alors en six sections, dites sestiers^ près de la porte Saint-Pierre, entre la place du Grand-Duc et la cathédrale actuelle. Les courses dn Pallio se faisaient chaque année le jour de Saint-Jean-Baptislc, et

ghàkt XVI. 979

les vainqneim s'arrêtaient au pied des rem||rts de ce côté, leur peut de départ étant à l'ouest, en sens contraire du cours de i'Âmo«

En parler convient moinSt crois-moi, qtie de s'en ktire,

itu Pareille réticence est au moins singulière de la part de celui qui n'a pas dédaigné de nous dire que sa femme était originaire de la vallée du PÔ; d'autant plus que Brunelto Latini nous a informés que son disciple descendait des vieux Romains venus en Toscane après la destruction de Fiesoie, quei Roman che vi rimaser quando fu fatto 'l nido di malizta tanta. Mais ces Romains-là ayant fait sans doute on détour par la vallée du Pô, où ils auraient embrassé la religioa d'Amour, Cacciaguida ne juge pas prudent de dire qu'ils furent Yan* dois, chi ei si furo, ni de quel endroit suspect ils vinrent ee fixer à Florence, ed onde venner quivi ; à son avis, il vaut mieux s'en taire que d'en parler, pUi è il tacer, che H ragionare,onesto.

Du vieux débris de Mars auœ murs du baptistère, etc,

15. L'enceinte de Florence s'étendait alors seulement du vieux pont, où l'on voyait un débris de l'idole de Mars, au b^^tistôre de saint Jean, et elle ne contenait qu'un cinquième de la population qui rhabitait en 1300 ; mais nous avons aussi cet autre sens : Ceux qui pofraîent prendre part à la lutte entre la vieille idole romaine, pietra $cema, et le patron du Temple, ne dépassaient pas le cinquième des vivants, des Albigeois actuels, il quimo di qtteiche son vivi {*).

n II dot que le nombre des Cathares ou Vandois se fût bien accra en moins d'an tièiele dans Florence, poisqu'en 1230 nooa f voyons an éTÊqoe éTaogéliqoe da nom de Philippe Patemon, célèbre parmi ses coreligionnaires^ et dont la Juridiction s'étendait de KM à Aretxo. Les Cathares de Prato, de Val d*Amo et de Val d'Eisa releTalent de lui. ■ Il avait nne école florissante à Poggibonsi. Les principaux ndnistres et prédicants sous ses ordres étaient : ilarehisiano, Famèse, Torsello, Brunelto, Jacques de Ifontefiascone. Des aeignears poissants, dit C Scbmidt» le protégeaient et soi valent avec leurs ramilles ses services religieux, qu'il célébrait Untôt dans Florence même, tantôt dans le chàteaa des Sarone, à San Gaggio, ou dans^sne villa sur le Mugnone; parmi les croyants il y avait d'anciens prêtres, des savants, des artisans, des laboureurs, des femmes do peuple et de la noblesse. Enfin l'évéque catholique de Florence, Jean de VelletrI, se décida it le faire arrêter avec te concours du magistrat Patemon abjura, mais ne tarda pas à reprendre ses fonctions hérétiques et k présider les réunions secrètes de ses partisans. En 1227, Grégoire IX chargea pinsiears ecclésiastiques de le poursuivre ainsi que ses auditeurs, et de les condamner. Hais il se déroba à la persécution par la fhite, laissant l'autorité épiscopaleà Torsello, qui l'exerça pendant plusieurs années, malgré tes efforts de t'Eftise povr (Hsstper ta communauté eat/usre de Florence. Torsello eut pour successeur Brunetto, \ celui-ci succéda Jicques de Hontefiascone. i C^ami, ii, iWS et suiv.) Hiat. de» Cathares ou Albigeois^ i, p. 157.

En 12M, nouvelle persécution dans Florence contre les Cathares, oh le frère Roggiert Otieagni déploie, patr les ordres d'Innocent IV, la plus grande rigueur. Un grand nombre de croyants et de Pavbiis, arrêtés par ses soins, sont Jugés par Févdqœ et par lui. Des

Mais si l'église vaudoisc était alors peu nombreuse, elle se composait de la plus pure bourgeoisie, la cutadinanza pura vedeasi neW nitimo artista.

La h<nirgeoisie alors n'allait pas se croisant^ etc,

16. Florence, aujourd'hui déchue de ses antiques vertus, en est redevable à la facilité avec laquelle on Ta vue admettre dans son sein, en leur accordant droit de boucgeoisie, les habitants des campagnes environnantes, manants grossiers aux instincts mercantiles, prêts à tout faire. et à tout croire pour satisfaire leur cupidité; elle le doit au mélange du pur sang florentin avec celui des parvenus des bourgades vokines. {Voy. la douzième des lettres de Guitton , d'Arezzo, que Fauriel appelle «de vrais sermons, inspirés par le christianisme et Tamour de la paùc. » DaîUe et les ortg.yi, i, p. 350.) Il ne croyait pas dire si vrai, ne se doutant pas que ce fût Tœuvre d*un Parfait.

Oh! qu*%l vous vaudrait mieux avoir donc pour voisine Pareille engeance, eic,

17. Mieux vaudrait pour les Florentins ne rien posséder au delà

hommes d'armes, envoyés par les seigneurs de Barone, déUvreat les prisonniers, qui trouvent un asile daus le château-fort de Guido de GacciacontJ, seigneur du Val d'Arno, ob ils continuent leurs exercices religieux. Sommé de les livrer, Guido s*y refuse et Ruggicri faiblit. Le Pape envoie alors à Florence Pierre de Vérone avec le titre d'inquisiteur. Ijts procédures reprennent leur cours, plusieurs Cathares sont pris par la nouvelle milice dite des capitaines de la Vierge, et livrés au bAcher, entre autres le docteur Gherardo. Enfui une lutte s'engage entre les Cathares, ayant pour chefs les seigneurs de Barone, et les capitaines de la Vierge, que précède Pierre de Vérone portant l'étendard de b croix. I>cs h<^rétiques en minorité sont vaincus et forcés de quitter Florence, où ils ne parurent plus ouvertement; ucependiitu ils s*y maintinrent en secret Jusqu* au commencement du XI y ^ siècle^ malgré les condamnations prononcées de temps à autre contre la métnoiii: des Cathares morts ou crmtre leurs descendants. » (Lami, ii, 552 et suîv.) Schmidt, iOstdes Cath.j i, 181.

Nous avons dit, note 6 de VEnfer, qu'il y avait parmi les Guelfes maints partisans de l'hérésie, comme Guidoguerra, Aldobrandi et Resticucci; c'est ce que vient confinncr ce passage du même auteur: lUn fait qui parait étrange, c'est que des villes guelfe^ comme Milan, par exemple, furent au nombre des principaux centres des Cathares. Cela prouve que ce n'est pas par sympathie pour le catholicisme que ces villes s'opposaient aux prétentions des Empereurs et faisaient des alliances avec les Papes. Elles résistaient aux uns poitr défendre leur indépendance républicaine, et s'alliaient avec les auut» pour avoir leur appui politique. ■ {lbid,y i, p. 59, 60.)

Ceux qui voudront connaître à quel degré de puissance étaient parvenu s les Cathares on Patérins vers la moitié du xiii« siècle,^n France, en Allemagne, en Italie, i Floreiice, Vérone, Ferrare, Bimini, dans le royaume de Naples et Jusque dans Rome même, n'ont qu'à se reporter aux pages 54, 100, 144, lû6 et 157 du même auteur. Ils verront aussi, p. 163, qu'on 1240, les hérétiques avaient pour croyants près du tiers des hubilanls de Florence, et les familles les plus illustres dont ils y liront les noms.

de leur banlieae, que d'avoir accru leur territoire au prix de |>areilles adoptions.

„: La jpuanteur du manant d'Agngîiont De celui de Signa dont la main est agile, etc.

18. Messire Baldo, jurisconsulte retors, originaire d*Agugllon, dans le val de Pise, ennemi personnel du poète ; comme transfuge du parti des Blancs, il était devenu Tun des plus exaltés paimi les Guelfes noirs. Aussi, un ancien commentateur le qualifie-t-il de gran cane. Promu au Priorat en 1311, il eut soin d'omellre le nom de Dante sur la liste des exilés autorisés à rentrer dans leurs foyers. Boniface ou Fazlo de Signa, aussi légiste, appartenant de même au parti des Noirs, et à ce titre, signalé ici comme passé maftre en fait de concussions.

N'eut-on vu celle plus au monde qui forligne Marâtre poar César ^ etc.

1 9. Si les chefs de Féglise dégénérée, la génie che pm al mondo traligna, n'avaient usurpé le pouvoir temporel appartenant, de droit divin aux Empereurs, un gouvernement juste et fort aurait pourvu à la bonne administration des cités, réprimé les prévaricateurs et empêché les guerres civiles, que Rome s'est complue à fomenter. {Voy. l'Ottimo ei de Monarchia.) Florence n'aurait pas été réduite alors à appeler do dehors de nouveaux citoyens pour accroître sa population et ses richesses, afin d'être en mesure de lutter contre ses rivales.

"Tel fait banque et négoce, aujourd'hui Florentin, Qui serait retourné croupir à SemifmUeSt etc,

20. Le château de Sémifonte s'élevait dans le val d'Eisa, il fut détruit par les Florentins. C*est de là qu'étaient venus les Piiti, dont le palais est aujourd'hui la résidence du grand-duc de Toscane.

A Montemurle encor résideraient ses comtes, etc.

21. Si l'Empereur et les Gibelins avaient dominé en Toscane et non rinfluencc romaine, les coiutes Guidi n'auraient pas été obligés de vendre aux Florentins leur château de Montemurlo, pour n'avoir pas à le détendre contre ceux de Pistoie.

La paroistê d'Àcon eût gardé U9 Cerchi, do»

22. Messire Yieri des Cerchi et les siens n'auraient pas quitté le territoire de la paroisse d*Âcon, et les Blancs n'auraient pas en la funeste idée de choisir pour chef de leur parti, ce bourgeois enrichi, aux idées étroites, que Dante appelait l'âne de la Porte, (Casino delta portas par allusion à la porte Saint-Pierre, près de laquelle il demeurait. (Yoy. Yita di 2>. par Balbo.)

Les BuondeXtwmt seraient au Val de Grève aussi,

23. Les Buondelmonti, dont la querelle avec les Amidei engendra dans Florence l'antagonisme des Guelfes et des Gibelins, seraient restés dans le val de Grève.

Des races, en tout temps, lé mélange funeste, etc.

2/i. Le mélange de races d'instincts et de caractères opposés n'est pas moins funeste aux cités, qu'à l'estomac le mélange d'aliments qui ne peuvent s'amalgamer ensemble.

L'aveugle taureau hronche et tombe plu» soudain Que Vaveugle mouton, etc.

25. D'où il faut conclure que les Florentins n'aoront guère à s'applaudir d'avoir gagné en force et en nombre, aveugles qu'ils sont et tiraillés en sens contraire par les factions qui les divisent

Cherche où brilla Luni, regarde Urbisaglia, etc.]

26. Quand Luni, Chiusi, Sinigaglia, cités jadis florissantes, sont déchues de leur antique splendeur, comment Florence, qui suit les mêmes errements, échapperait-elle à leur sort ? Leurs principales familles, 5cAia(rej ont péri ou se sont dispersées dans l'exil; que celles qui dominent maintenant dans ses murs s'attendent à unir de même, si elles persistent dans leur politique guelfe et dans la fd romaine.

Comme vous, chaque chose a sa mort sur la terre, etc,

27. Chaque chose ici-bas a sa mort, comme vous avex la vôcre dans la Papauté, le vostre cose tutte hanno lar mortes si conte voi; elle est à l'état latent pour Florence, dans cette Papauté qui dare

beancoDp trop comme institution, celasi in alcuna che dura molto, d'aotaot pins, que les vies sont courtes, le vite son cœne.

.... Ainsi fait la Fortune Pour FlorencCf dont vont alternant les destina,

28. L'influence de la Papauté sur Florence y produit les mêmes^ eiïets que celle de la lune sur les marées ; aussi dans tout le poëme la Papauté est-elle désignée, tantôt sous le nom de Fortune, tantôt sous celui de lune, d*Hécate, de reine de l'Enfer, etc. (Voy. Enfer et passim.) Sa domination y a diverses phases de croissance et de décroissance ; elle ne cesse d'y agiter les esprits aussi mobiles que les flols, et elle élève ou abat tour à tour les uns et les autres selon son caprice ou son intérêt ; fait exiler ou rappeler à son gré dans leurs foyers des milliers de citoyens, de même que la pression lunaire fait couvrir et découvrir alternativement par les flots les rivages de la mer. On peut juger maintenant si nous étions fondé à dire et répéter que pour Dante la Fortune signifiait la Papauté.

Ne saurait étonner dès lors, fn^0 des rustrest Ce que je te dirai de ces grands Florentins, etc>

29. En preuve de ce qu'il vient d'avancer au sujet de la funeste influencede la Papauté, cette Fortune toute-puissante bien qu'aveugle, Cacciaguida va passer en revue les principales familles gibelines dont die a causé la ruine.

J'ai sm, sur la chaussée, en ce temps même illustres, etc,

30. Il faut certainement lire avec Yiviani, nel Callare, au lien de ncl calare^ la plupart des familles mentionnées ici étant désignées par la position de leur demeure ; or, le Callare ou la Callaxa signifie la chaussée qui donnait entrée dans la ville. En effet, Cacciaguida entend opposer la splendeur de ces anciennes familles gibelines, splendeur dont il a été témoin, à l'état d'abaissement où les a réduits la prépotence guelfe. Il ne saurait donc dire qu'il les a vues sur leur déclin, nel calai^em

Ughif Catellini, Philippe, Alherichi, etc.

31. Les Ughi avaient donné leur nom à l'église de Sainte-MarietJghietàune colline voisine de Florence; aus.si leurs descendants

s'appelèrent- ils Montugbi* — Les Ormanni, nommés depuis Foraboschi, faisaient remonter leur noblesse à Charlemagne. Malespina les appelle gentilissimi noniinivenuti da Roma, — LesGrcci, dont le noui fut donné au faubourg qu'ils habitaient, se réfugièrent à Bologne. — LesCatellini, originaires de Fiesole, et les Filippi, qui habitaient près la Porte-Saintc-Maric, étaient éteints, au temps de 1 Anonyme, ainsi que les Alberichi, dont le nom était resté attaché à l'église Sainte- Marie Alberichî.

Les de l'ArchCf Aldinghi, Soldanieri, Bostique, eic,

32. Les familles de la Sannella et de l'Arca étaient fort anciennes au dire de Malespina ; cette dernièi^e descendait de Tano de l'Ârca et prétendait remonter au règne de Charlemagne; elles habitaient près le Marché-neuf et la Porte-rougc, mais se trouvaient bien déchues au xiir siècle. — Les Bostichi et les Ârdinghi avaient habité d'abord le quartier de la Porte-Sainte-Marie, puis celui de la Porte-Saiui- Pierre, prés Saint-Michel au Verger. — Les maisons des SoUlanieri s'élevaient dans le quarier Saint -Pancrace, non loin de l'église de la Trinité. Ces diverses familles ou n'existaient plus alors, ou avaient perdu leur importance au milieu des troubles civils. Un Soldanieri est flétri comme traître au ch. xxxi.[ de V Enfer.

l'Ogeaient les Ravignan, dont le comte Gria'do, eic,

33. Allusion à messire Yieri des Cierchi, l'ancien chef du parti des Blancs, exilé comme Dante, dont l'inimitié contre lai s'était encore accrue dans leur commune disgrâce, par suite de divergences d'opinion de plus en plus prononcées. Il avait acheté des comtes Guidi la maison autrefois habitée, près la Porte-Saint-Pierrc, par les Ravignani, très-ancienne famille à laquelle appartenait Belliuciou Berti, père de la belle Gualdrade, mariée, par Othon IV, au comte Guido dit le Vieux. Une branche des comtes .Guidi avait ajouté à son nom celui de Berti.

Savait un la Pressa comme il faut gouverner, etc.

3^. La famille de la Pressa, établie d'abord dans le quartier de ia cathédrale, alla ensuite habiter le sestier de Saint-Pierre Scberaggio. Ses membres s'étaient distingués comme administrateurs dans les diverses charges municipales. — Les Galigaî, dont il est fait mention au temps de Charles- le-Gros et de Conrad U, avaient leurs inaisons

dans le quartier de la Porte-Saiot-Pierrc, près le verger Saint-Michei, et l'on y voyait briller Tépée à la garde dorée» insigne de la noblesse. Comme les familles précédentes, ils appartenaient au parti gibelin, ce qui causa leur ruine. Éléonore Galigaï, maréchale d'Ancre, condamnée à mort comme sorcière, en 1617, par le parlement de Paris, ôiait une de leurs descendantes.

La colonne de vair, déjà grande , honorée, etc,

35. Les Pigli ou les BilLi, selon d'autres, portaient sur leur écusson une bande de vair, nom héraldique du petit gris, en champ de gueules.

Les Gain, Us Giuochi, Barucdy Sifanlit Et ceux que fait rougir la mesure altérée.

36. Les Sacchetti, les Galli, les Sifanti, dans le quartier de la Porte-Sainte- Marie; lesGalfucci, près la Porte-Saint-Pierre ; ceux-ci étaient parents des Donati, quoique appartenant au parti contraire. Les Sizi et les Arrigucci, dans le voisinage du Vieux-Marché, s'étaient distingués parmi les Gibelins qui prirent part au combat de Montaperti, où Farinata triompha des Guelfes. — Quant à l'altération de la mesure étalon par la suppression d'une douve, contrairement à l'opinion de Landino, qui désigne les Ghiarmontesi, je croirais plutôt avec le P. Daniel que le trait est décoché contre les Tosinghi, ennemis personnels du poète, comme nous l'avons vu précédemment.

Les Sizi s'asseyaient sur la chaise curule.

37. Les membres de ces trois familles, repoussés aujourd'hui des emplois publics comme Gibelins et hérétiques, figuraient alors dans les conseils de la république.

Florence aux houles d'or devait gloire et succès,

38. Les Abati et les Lamberti, qui portaient dans leurs armes des boules d'or; blason symbolique du change ou de la banque qui les avait enrichis; adopté plus tard par les Médicis et les Foraboschi. Les deux familles mentionnées ici avaient probablement fini par se laisser BTeoglcr par la caligine del mondo, puisqu'elles sont signalées pour le même péché qui a fait reléguer le fils de Cacciaguida au premier giron du Purgatoire, comme disfatti pei' lor superbia*

Lorsque de wire "Eglise est le siège vacant*

39. Les Visdoinini, les Tosingbl, les Aliotti, familles dont la souche était commune et dont les membres, en qualité de patrons et fondateurs de Tévêché de Florence, en prenaient radmiuislratioo quand le siège venait à vaquei*, couchant et mangeant dans le palais épiscopal jusqu'à l'élection nouvelle.

La famille, en toutiemj)s ^pleine d'ouirecuidancey etc.

60. Les Cavicciuli et les Adimari, deux branches de la même famille et appartenant également au parti des Noirs. Boccacio Adimari avait pris possession des biens de Dante et, pour n'avoir pas à les lui restituer, il s'opposa constamment à son retour dans ses foyers. Aussi Cacciaguida garde-t-il rancune à toute sa race issue de petites gens, pïcciola gente, et la signale-t-il à la fois pour sa lâcheté et sa vénalité. Les orgueilleux sont les ennemis des Attmtfe5j des Pauvres de Lyon.

D'Vhertin Doyiato^ lorsqu'il vit son heau-j^bre A lui les allier, d* où provint la colère.

Ixi. Ubertin Donato ayant épousé une fille de Messire Bellincione, se montra très-irrité de voir son beau-père marier son autre fille à un Adimari et le faire ainsi le beau-frère d'un parvenu de basse extraction. «

Au marché Von voyait déjà Caponsacco, etc,

A 2. La place du Vieux-Marché étant au centre de la ville, c'était un indice d'antique bourgeoisie que d'y avoir son habitation. Folco Portinari, le père de cette Béatrice dont on s'obstine à faire l'objet des amours platoniques de Dante, avait épousé une Caponsacco. — Les Giuda-Guidi et les Infangati, familles gibelines, habitant, la première, le quartier de la Porte-Sainte-Marie, l'autre celui de Saint- Pierre-Scheraggio, près l'église Sainte-Cécile.

Une porte tenant son nom des Perussi, etc.

/i3. Les Délia Pera ou Peruzzi habitaient le quartier Saint-Pierre- Scheraggio, et dans le voisinage d'une porte qui, de leur nom, fat appelée Péruzza. Ce qui prouve l'ancienneté de cette famille et quelle était autrefois son importance, à laquelle on aurait peine à croire aujourd'hui, tant elle est déchue, par suite des luttes intestines qui

€HANT XVI. 987

Tont ruinée comme gibeline et fait se confondre, avec tant d'autres, dans les rangs de la plèbe. Telle est Tinterprétation de l'Ottimo, la seale acceptable, si l'on veut bien se rappeler que d'autres familles gibelines avaient laissé leur nom à l'église Sainte-Marie Ughi, au borgo des Greci, etc. •

Au grand haron de qui l'on fête la mémoire, eto,

kk. Les nobles familles des Pulci, des Nerii, des Gangalandi, des Giandonati, des Pukinelli et des Alepri se distinguaient par leur attachement et leur fidélité à r£mpire ; aussi le grand baron Hugues, marquis de Toscane et vicaire de l'empereur Othon III, leur conférait la chevalerie avec les honneurs et privilèges qui en dérivent, en les aatorisant à écarteler ses armes dans les leurs. Florence alors était heureuse et le devait à l'administration juste et ferme du lieutenant de l'Empereur; 5 telles enseignes que, malgré le triomphe du parti guelfe, et quoique Giano de la Bella, dont l'écusson porte la bordure dorée, se soit rangé du côté du peuple, contre la noblesse (1292-93), chaque année, au jour deSaint<Thomas, les Florentins reconnaissants rendent hommage à la mémoire du grand baron.

Déjà les Gualierot et let Imporluni

Brillaient au premier rang, et U bourg des ApâtreSj etc.

&5. Les Gualterotti et les Importuni habitaient le Bargo S. Aposloloj et leur influence y était telle, comme Gibelins, qu'au dire de Landino, la seigneurie poussa les Bardi à s'y établir, afin de leur opposer ua contre-poids; d'autres Guelfes suivirent leur exemple et le voisinage amena promptement des collisions entre gens en rivalité d'opinions et d'intérêts.

La maison qui causa, par sa juste colère, etc.

^6. Celle des Donati qui, en provoquant un manque de parole injorieux envers les Âmidei, causa tous les malheurs de Florence, en faisant de ses citoyens des morts, morii, des partisans du Pape, les Amidei, alliés des Lambert!, des llberti,des Fifanti et des comtes de Gangalandi, habitaient près de l'église Saint-Étienne. Irrités de voir Buondelmonte, fiancé d'une Amidei, épouser une Donati, ils se vengèrent de cet outrage par le meurtre du coupable, meurtre qui, ponr le Patriarche vandois, est l'effet d'un juste courroux, giusto dis- (legno. De là» deux factions hrréconciliables dans Florence» où les uns

prirent parti pour les meurtriers, les autres pour la victime, ce qui ouvrit une ère de discordes et de lulles sans fin dans cette cilé jadis si paisible. La haute noblesse se rangea du côté des Âmidei el des Uberli, ce fut la faciion gibeline ou impérialiste; la petite noblesse et la grosse bourgeoisie, popolani grossi^ se groupèrent de l'autre côié cl formèrent le parti guelfe, ou papiste. Cacciaguida est donc bien fondé à regretter que Taîeul de Buondelmonte ne se soit pas noyé dans rÉma, lorsqu'il partit du château de Montebuono, manoir patrimonial de sa famille, pour venir s'établir à Florence, en 1135. Sa pensée s'explique au mieux lorsifu'il ajoute, dans son langage symbolique, moUi sarebber lieti^ che son tristi, beaucoup auraient le gai savoir et suivraient heureux la loi d'Amour, qui sont réduits à suivre tristement la loi de haine, le catholicisme, cause incessante de plears feints ou réels.

Peut-être fallait-il qu'à cette pieire antîquet etc.

til. Cette pieira scenià fait tout à la fois allusion à la vieille idole de Mars, qu'on voyait sur le vieux pont, et à la Papauté, Mcuknm Pieira^ cette pierre stupide, scema^ consumée de vétusté, et qui, tout en menaçant ruine, n'en pesait pas moins lourdement sur Florence?. Notez que luna scema siguitie la lune en décours; or, c'était bien ie moins que de sanglantes prémices inaugurassent rassujettisscmeot de Florence à cette vieille idole de la Papauté, qui devait faire succéder pour des siècles toutes les calamités de la guerre aux douceurs delà paix, dont avait joui jusque-là la glorieuse cité; de la paix, pace, qni était le mot d'ordre de là secte, la devise du poète, et que n'a\ait cessé de prêcher saint François d'Assises.

J'ai vu Florence heureuse, eacempie de regrets, etc.

US. Tant que l'aristocratie florentine domina dans la cité sous le patronage de l'Empereur, l'influence de Rome s'y fit peu sentir; aussi n'y pleurait-on pas; autrenâent dit, elle n'était pas réduite à se faire l'humble servante du Pape, tionaveacagione onde piangesse. Aussi le peuple, aujourd'hui perverti et, à l'exemple de la louve romaine, obéissant à ses instincts cupides, avait-il aloi*s sujet de segiorifier de ses vertus et de la prospérité de la république. Aujourd*bui au conli'aire, il a trop souvent à déplorer des défaites sanglantes, et il voit la bannière de la ville, où les Guelfes ont substitué le lis rouge

au lis blanc, cloué à rebours sur la iiampc et trainé ignominieusement dans la poussière, comme à Montaperti et à Altopascio.

Tel est le coup. d'oeil rélrospectif jeté sur le passé de Florence, arec rintention de l'opposer à son présent, par le Patriarche des croisades. Nous ne sommes encore qu'à la moitié du Paradis et déjà Ton peut voir que cette dernière Gantique|ne le cédera pas aux deux précédentes en révélations curieuses sur le genre d'orthodoxie dont se glorifiait le théologien florentin.

CHANT nil.

Tel celui qui, venu vers Climène jadis, etc.

1. En quoi Daute resserable-t-ll à Phaéton, et Gacciaguida à Chimène? Quel rapport les questions qu'il songe à formuler ont-elles a\cc celle du jeune homme désireux d'apprendre de sa mère s'il était* vraiment le Gis d'Apollon ou du soleil égyptien (comme l'appelle Roccace, YI, Généalogie des dieux), ce que lui contestait Epaphus? Vous ne l'apercevez pas assurément, et cette comparaison mythologique ne vous en paraît que plus étrange au sein du Paradis. Mais admettez que de graves soupçons se soient élevés contre le poêle dans les rangs sectaires, à raison de son changement de langage et de son affectation d'orthodoxie romaine, comme il appert de la Ganzone, Posciach' amor del tutio m'ha lasciato, (Uévél., pp. 362 et suiv.) Admettez que les dignitaires de la secte participent des deux sexes et soient désignés par le titre de dames, donne, conmie vous l'avez vu dans le Purgatoire, ch. xxv, où G. Guinicelli est comparé à Eryphile, femme de Lycurgoe, et Dante lui-même à un fils retrouvant sa mère; comme en témoignent encore les vers donna mi prega et tant d'au- 1res inutiles à citer ici. Vous comprendrez que Dante, fUs de la lumière, en opposition aux enfants de ténèbres, ait voulu lever tous les doutes en faisant connaître, avec les précautions requises, sa filiation qui, d'an côté, le rattachait aux Vaudois, et, de l'autre, aux Gibelins; mais qu'en s'acquittant de celte tâche, il s'exposait au sort de Timprudent Phaéton, dirigeant le char de la lumière hors de sa roule ordinaire, c'est-à-dire à se faire foudroyer par le Jupiter du Vatican. Vous ne vous étonnerez pas, dès lors, que Béatrice partage

990 LB PARÀDI8.

rémodon da poëte, à la pensée do daoger auquel s'expose le fib de la lumière égyptkane, e taie era semito da Béatrice, pleine de sollid* tnde qu'elle devait être pour celui qui n'avait en vue que le progrès de la lumière d'Orient et son triomf^ définitîL De son côté, le saint flambeau, santa lampa, dont il tirait son origine» ne pouvait y rester indifférent. Dante-Pbaéton avait été déjà foudroyé lorsqu'il traçait ces vers, il avait été condamné au bûcher à Florence, comme concussionnaire, barattiere; mais les effets du foudre ne dépassaient pas le territoire de la république, taudis que ceux du Jupiter, fils de la Rea romaine et non. pas la Rbéa grecque, atteignaient partout, et même les têtes couronnées; aussi lui inspiraient-ils une juste terreur, soit dit pour l'instruction du philologue de Genève.

En toute liberté laisse éclater la flamme, etc.

2. De telle soite qu'on y reconnaisse l'empreinte du sceau interne, si ch'ella esca segnata bene deW iniema stampa, c'est-à-dire, qu*il n'y ait pas à se tromper sur le fond de ta pensée réelle, et qu'où puisse reconnaître que, loin d*être un faux frère, tu es toujours un vrai fils de la lumière, t'exposant courageusement au sort de Pbaéton.

Non que nou^ jpnisse rien apprendre ton langage, eic

3. Non que nous doutions de toi, mais pour fournir à ton trisakol, qui est un- homme, uom, un Yaudois et non une brute catholique, l'occasion de te verser l'eau vive de sa Gaie science, si ehe Puxm n mesca.

0 toi» tige chérie, à mes regards confus

Qui i'éUves si haut en cette gloire immense, etc,

U. 0 toi, ancêtre chéri, qui dois à ta foi anti-Romaine devoir Tavenir à la source de toute vérité, aussi clairement que Fesprit humain peut voir l'impossibilité de trouver deux angles obtus dans un triangle équilatéral. Le poète revient volontiers sur cette figure géométrique, si chère aux héritiers du Temple, habiles entre tous à employer l'équerre et le compas.

Sur mon destin futur, maints diteour» àUwmanU.

5. Durant mon pèlerinage en compagnie de Virgile sur la montagne d'épreuves et d'initiation, cke l'anime cura, et dans l'enfer

catholique, ce monde des morts, nel monde defumo, dont on sait le prince, j*ai enteqda successivement Farinata (E. x), Braneto Latini (Ë. ît), Conrad Malaspina (P. vili), et Oderisi d'Âgobbio {ibid.), m présager des choses faites pour m'alarmer, malgré tout ce que ma foi politique et religieuse m'inspire de courage pour résister aux coups de la Papauté, avvegna ch' xo mi senta B.EN. tetragono ai colpi di Ventura (ou Fortuna). En effet, comment supposer que la' Fortuoe pontiûcale n'ait pas à se briser bientôt contre B.£N. tetragono ai suoi colpi? (Enf. Yii et Par. xvi.)

Car s'amoindrit Vathinte à voir venir le irail.

6. Heureuse imitation de ce vers d'Ovide : Nam prcevisa mùms Mère tela soient^ dont l'idée, reproduite par saint Grégoire, disant : Jaculum prœvisum minus lendit, se retrouve aussi dans ce vers de Pétrarque : Chèpiaga antiveduta men dote; le tout pour en revenir à signaler nommément dame Fortune comme son ennemie la plus redoutable, quai {saetta) Fortuna mi s'appressa.

Béatrice à le faire aussi m* encourageait.

7. Dante a parlé à son trisaïeul comme le voulait sa foi, en bon cl fidèle chrétien évangélique, corne voUe Béatrice.

Il daigna me repondre, ainsi qu'un tendre père. Dont se trahit l'amour hrtllant dans son souris.

8. Cacciagaida lui répond, non dans le style des oracles païens, inspirés par le démon, dont triompha celui qui dit : Nunc pringeps HUJUS MUNDI ejicietur foras (saint Jean, xii); ruais en termes précis et clairs pour ceux qui entendaient le latin albigeois; ce langage à i'aide duquel la véritable religion du Christ devait triompher du prince du inonde, ceint de la triple couronne. On a pu remarquer, en effet, que Dante emploie constamment dans ce sens le mot latino, qui pour lui ne signifie ni la langue italienne ni celle de Virgile ; aussi ajoutetil que l'amour paternel qui lui répond est tout à la fois caché et apparent dans son propre rire, qiieW amor paxemo chiuso e parvente éel suo proprio riso; c'est-à-dire, dus pour les profanes et apparent pour les initiés dans ce rire qui, selon la définition du Convito, est la corruscatiên de la Gaie science, le rayon révélateur du foyer mystérieux.

Mais n*en résulte pttëplus la nécessité^ ete,

9. Les choses du ciel, régies par des lois immuables, ne changent pas et n'oDt ni passé ni futur ; il en est autrement de celles de la terre, dont le regard du Très-Haut embrasse tout à la fois le passé, le présent et Favenir. Or, ceux qui ont eu la vraie foi religieuse et politique, contemplant Dieu face à face, voient en lui les éTéncmenls futurs reproduits domme ils pourraient l'être par le pinceau, dipinii. Mais cette prévision n'entraîne pas plus la nécessité fatale de ces événements, que les yeux où se reflette une barque se laissant aller au cours d'un fleuve, ne font obstacle à ce qu'elle suive une autre direction. C'est bien le cas de dire que comparaison n'est pas raison, car les yeux humains ne voient pas cette barque arrivée au but de son voyage, puis les accidents divers de son retour au port et c'est ce que voit le regard divin. Aussi l'Ottimo convient-ii que cet exemple est fautif : Vero è die questo esempîo non è perfetto, percfte non si puo (issimigliare a Dio. Il aurait pu ajouter que Dante ava it emprunté ce qu'il dit ici sur la prescience divine au livre v de Boèce, de ConsoUuione, 1. V. Mais la chose importante pour Gacciaguida, c'était de prophétiser sans encourir l'accusation de fatalisme augustinien.

Le temps, qui t*est caché, vient s*offrir à mes yeux,

1 0. On peut donc croire aux événements annoncés par le Patriarche des croisades, puisqu'on dérive pour lui de la source de toute vérité la connaissance anticipée.

Souvfiens-ioi d'Hippolyte ; une marâtre impie Le fit bannir d'Athène, en sachant le noircir.

11. L'impudique Phèdre, marâtre perfide et non moins impitopble que dame Piété, fit jadis exiler d'Athènes l'innocent Hyppolyte. Tel est le sort qui t'attend ; comme Hyppolile, tu seras calomnieuse^ ment accusé de concussion et réduit à t'exiler de Florence. Oui, honnêtes commentateurs, c'est bien le Podestat Gante Gabrieli qui prononça la condamnation de Dante, à l'instigation des Prieurs élos par les Noirs, sous l'influence de Charles de Valois ; mais reconnaissezvous en eux la spietata e perfida noverca ? Quelle est donc celle que Dante désigne par ces mots caractéristiques? Lui-même vous le dit, c'est Rome où chaque jour on trafique du sang <la Christ, prelazioni, prébende , dispensationi ed altre simili cose^ st corne è scriito IX. Infejyu. C'est en ces termes que roilimo joint

CHANT XVIÎ. • * 993

.son témoignage à celui da poète. Là, Boniface VIIF, le chef dé^ cette Église qui s'est montrée marâtre autant impitoyable que perfide en- Ters les Albigeois, veut cet exil inique; il y pousse de tout son pouvoir par ses agents, par leurs dénonciations mensongères. On le voit, la grande prostituée n'a fait que changer de nom; tour à tour. Louve, Sémiramis. Thaïs, etc. , elle s'appelle Phèdre pour Cacciaguida, dans son latin aussi clair qu'il est précis; et i'Olllmo ne s'y trompe pas, lorsqu'il dit : In corte diRoma si vuole per lo papa e,egià sicerca per viesser Corso e li altri avversari tuoi. Ou lit de même dans le commentaire du P. Lombardi : Accetma il trattare che in Roma facevasi con Bonifazio VIII di far pa^sare a Firenze Carlo Senzalerra, col preiesto di n'formarla. Ainsi la marâtre romaine poussée, comme Phèdre, par le mauvais amour, cattivo amore, accusait faussement de concussion y baratteria, le Pur, le Cathare, le Parfait Dante, non moins innocent qu'Hippolyte, puis les Thésée florentins le^condamliaient à l'exil et au bûcher. Mais, pur de toute malversation, l'était-ii de toute croyance hétérodoxe? C'est une question à laquelle deux Ticox commentateurs vont se charger de répondre.

Chacun ira, $eloti Vordinaire tentence, Proclamant que le tort est au parti vaincu, etc.

il Comme toujours, on criera toile contre les vaincus. Les Purs, les Parfaits, persécutés, exilés, la parte offensa, passeront pour de malhonnêtes gens, persane colpevoli e di malacondizione, dit l'Ottimo, ce qui sera faux ; mais on dira aussi que Dante et ses co-sec- (aires, suoi consettaioli, sont des ennemis de l'Église, nemici della CBIESA DI R03IA, ce qui ne manquera pas de vérité. Telle est également l'interprétation de l'ahnotateur du manuscrit Glembervie, vox sonabit Dantem et alios pulsos illo tempore esse malos et adversa- Bios SANCTiB ROMAND ECCLESiJ:. Pour ccux qui saveut que les sentences de condamnation portées contre Dante ne Tatteigneut pas comme hérétique, mais seulement à titre de concussionnaire, peuton admettre que deux commentateurs contemporains aient signalé ce grido, vox ou boce, s'il ne s'était pas élevé de leur temps contre le poêle et si leur oreille n'en avait été frappée ? Si le chef d'hérésie ne fot pas articulé, c'est qu'il entrait sans doute dans les vues de la politique romaine de laisser ignorer au dehors que l'albigeisme avait ses postes avancés jusqu'aux portes du Vatican, jusqu'au sein de la fidtie Florence, et de ne pas fournir de nouveaux aliments à Tincendie, par des persécutions exclusivement religieuses. Le saint-sîége

994 * LE pabàdis.

n'étaiè^pas toujours en mesure de faire des croisades, et il s'en abstint jusqu'à Jean XXIII, à qui la sienoe ne réussit pas.

La vengeance, qui tôt ou lard lui rend hommage,

13. Les commentateurs ont laborieusement cherché à démontrer que ce vers signifiait : la vengeance de Dieu, source de vérité, témoignera de quel côté sont les coupables; mais la pensée ne serait -elle pas bien autrement facile à saisir et plus conforme à Fintention da poëte en traduisant : la vengeance rendra témoignage à cette vérité que va répandant le parti opprimé, al ver che la (pour ella, dans tous les vieux auteurs) ella,parte offensa, dispensa? L'Ottimo,qui d'ordinaire comprend très-bien la pensée secrète, mais se borne le plus souvent à expliquer le sens littéral, en termes parfois très-diffus, n'hésite pas ici à déclarer nettement que le jugement divin tombera snr les hauts dignitaires de l'Église et sur les exécuteurs de leurs œuvres d'iniquité : // giudizio divino cadra aopra tali prelati e sopra ti suoi ESECUTORI. Aiiisi le Patriarche des croisades donnei*ait luimême, en finissant, le commentaire des mots vinct et resurgi, par lesquels les bienheureux ont salué l'arrivée du poète dans la planète de Mars, blasounée de la croix de saint André d'Ecosse, autrement dit des Chevaliers du Temple.

H te faudra laiaer tout ce que lu tiens cher, etc.

lA. Famille, biens, amis, position sociale.

Lorsque tu voulus faire, à toi seul, ton parti, elc*

15. La défaite et l'exil ont été de tout temps une rude épreuve pour les partis. Le malheur aigrit les caractères que ne refrènent plus les liens de l'autorité et de la discipline, de déplorables rivalités éclatent, et la cause commune est sacrifiée h des jalousies égoïstes. Alors le pain de l'étranger n'en devient que plus amer, parce qu'il n'est donné qu'avec dédain. Voilà les rudes épreuves par lesquelles Tâme énergique et fière de Dante eut à passer. Voyant ses conseils repoussés, ses intentions méconnues par ses compagnons d'infortune, il prit le parti de s'isoler. Gacciaguida fait ici allusion à l'attaque tentée par les exilés contre Florence en juillet 1304. Cette expédition, dont le comte Alexandre de Komena, l'un des Guidi menlionués Enf. XXX, eut le commandement, assisté de douze conseillers «

parmi lesquels figurait Dante, échoua comptétemeat. I^ poëtQ donne ici à entendre qu'elle se fit contre son avis et que, laissant ceux qui s'obstinaient à la tenter, sans aucune chance de succès , marcher d'Ârezzo sur Florence, il se sépara d'eux pour retourner à Vérone et rester étranger désormais à leurs folles tentatives. (Foy.Viilani, yiii, 73, et Léonard d'Arezzo, Vita di Dante.)

Du grand Lombard qu'on voit f or ter V oiseau sacré, Sur Véchehile d'or, lanolle courtoisie, etc,

16. La famille de la Scala, que l'Ottimo appelle des Scalinghi et qui est plus génératement connue sous celui des Scaliger, avait pour armes parlantes une écheleite d'or surmontée de l'aigle impériale, Cci écusson signalait tout à la fois ceux qui le portaient comme Gibelins et sectaires, l'aigle étant pour les uns le symbole de la haute souveraineté de l'Empereur sur l'Italie, et l'échelette rappelant aux aoU'es l'échelle des grades de l'initiation h un Ordre dans lequel ils figoraient aux premiers rangs. Celui dont il est fait mention ici est Barthélémy de la Scala, selon le témoignage conforme de VOttimo, du PosiilL Cas, de Pietro di Dante et de Landino.

Près de lui lu verras celui qu'à sa naissance, etc.

17. Can Grande de la Scala, fils d'Albert et frère puîné de Barthélémy, auquel Dante a déjà fait allusion sous le nom métaphorique de Limier ou Veltro(Enf. ch. i), comme prédestiné à refouler dans l'abime la louve romaine. Dante écrivait Kan,

Car sache sur son front que ces sphères encore N'ont tourné que neuf ans.»,

18. Can Grande, le chef ou le grand Khan des Tartarins de Lombardie, éunt né en 1291 (Muratori, Chron. de Vcrone, t. viii), il n'avait que neuf ans en 1300, époque à laquelle le poëmc est censé écrit. Mais il avait aussi neuf ans, l'âge parfait du maçon, lorsque Daote écrivait son Paradis, qu'il lui dédiait (Voy, son £p. dédie.)

.... Mats avant quen félon Trompant le grand Hen' i, triomphe le Gascon^ etc.

19. Avant que le pape Clément V, Bertrand de Got, ancien archevêque de Bordeaux, ait ù tromper par des promesses perfides la loyauté de l'empereur Henri VIL Guasco Papa Clemens qui ostciute-

996 Lk PABADIS.

bat Heftricù de Luxitnborgo favere et secreto favebat athersariis, dit l'annotatear Caet»

En lui doit resplendir une âme noble et forte, elc

20. Nous avons ici le comuieotaire de ce que Virgile a dil da Veltro daas le l" cli. de V Enfer.

Maintes gens^ grâce à lui, de sort feront échange. L'indigent sera riche et le riche indigent»

21. Dante appelant de ses vœux une révolution tout à la fois religieuse, politique et sociale ; il est clair que ces vœux n'étaient réalisables, d'une part, qu'à la condition de faire passer aux Empereurs la souveraineté temporelle usurpée par les Papes, en substituant la religion d'Amour à la religion de haine ; de l'autre, d'arracher à l'Église ses immenses propriétés et à ses partisans leurs richesses, produit du vol et de l'iniquité, {Voy. le Cofwit. iv et p. 338 des RéveL) On comprend très-bien que le limier Lombard, une fois vainqueur de la Louve, puisse, comme chef d'un parti nombreux oi^nisé dans l'ombre et s'éteiidant, non-seulement en Italie, mais encore en Provence, en Aragon, en Allemagne, en Angleterre, opérer un vaste bouleversement social ; autrement, qu'on veuille m'expliqucr comment 11 serait tombé dans la tête d'un homme de génie comme Dante, d'espérer voir pareille tâche accomplie par le petit seigneur de Vérone, réduit à lutter {Péniblement, pour se maintenir au pouvoir dans son municipe usurpé, contre ses voisins guelfes et contre la rc« doutable influence ponliûcale.

Il me prédit alors des faits qui paraîtront

Incroyables à ceux dont les yeuar Us verront, ^

22. Est-ce que le silence recommandé par son trisaïeul au poêle, qui n'a garde de redire les événements annoncés, n'indique pas assez leur nature cl à l'aide de quels moyens mystérieux ils devaient être amenés? Peut-on croire sérieusement que Dante ne fit allusion dans sa pensée qu'à la réforme de quelques abus dans le sein de l'Église romaine ?

Il ajouta: — Voilà, mon fils, le commentaire, elc,

23, Voilà le commentaire de ce que tu as entendu de la bouche

de Farioata, de Bruoetlo LaUui, de Conrad Malaspina, d'Oderisi d'Agobbio, etc.

....Ihit ton destin Durer assestpfmr voir punir leur perfidie,

2li, Dante eût-il vécu bien davantage, il ne lui aurait pas été donné . de voir se réaliser les prophéties de Cacciaguida.

Je repris : — Je vois bien, 6 père vénéré, etc,

25. L'espoir de voir sa cause triomphante, espoir toujours vivant au cœur des proscrits, donnera au poète le courage de lutter contre les obstacles, les pièges, les périls et les dégoûts de toute nature qui loi sont prédits.. Si ses coreligionnaires le laissent dans Tisolement, lui du moins il ne s'abandonnera pas ; c'est sur quoi peut compter le Patriarche vaudois, chez qui sont réunies, bien entendu, la raison intelligente, la droiture et la foi d'amour, persona che vede^ e vuol dirittamente ed ama ?

Pour qu'en perdant les lieux qui me sont les plus chers, Je ne sois pas exclu des autres pour mes vers.

26. Là, se manifeste, avec évidence, le motif puissantqui détermina Dante à feindre une foi qui n'était pas la sienne et à greffer le langage orthodoxe sur la langue des fidèles d'Amour. Il n'a eu recours à la dissimulation que pour n'être pas réduit à ne plus trouver un abri où reposer sa tête ; il ne l'a fait que pour se précautionner contre un immense péril, qui partout l'aurait poursuivi^ di prove^ dema è buon che m'armi. Il a pu se rire des sentences d'exil et de mort lancées contre lui à Florence; le Gonfalonnier ne pouvant venir l'appréhender sur le territoire de Lucques, d'Arezzo ou de Pise pour le livrer aux exécuteurs; mais il en serait tout autrement si ses vers lui valaient une condamnation des inquisiteurs et une excommuni* cation du pontife. Non-seulement il ne trouverait plus un asile dans tonte l'Italie ; mais, dans tous les pays catholiques, il se verrait traqué comme une bête fauve. Qu'on se rappelle Jean Huss, et deux siècles après Luther, s'emprisonnant lui-même durant une année entière. C'est parce qu'il n'était pas sans crainte à ce sujet, qu'il a posé cette question, dubitando, à celui qu'il nous a signalé, autant qu'il lui était possible, comme ayant vu la lumière, voulu le triomphe de r£mpire sur la Papauté, et professé la religion de l'Amour.

Me fut donné de voir et d'ouxr maintes choses, etc,

27. J*ai appris, darant mon pèlerinage dans les trôîs royaumesde TEnfer, du Purgatoire et du Paradis, des choses faites pour révolter les bons catholiques et pour m'attirer rinimitié irréconciliable des chefs de l'Église. Si je répète fidèlement ce que j'ai recueilli tant de la bouche de Virgile, sur Sémiramis, Thaïs, la Fortune, le mont Ida, Manto, Tiresias, etc , que de celle de Slace sur la génération de rhomme, de Béatrice elle-même et de saint Thomas d^Âquin, sur la théorie des émanations, je dois m*attendre à toute la colère de Rome et je suis en péril de mort, car toutes ces belles choses lui paraîtront di forte agrume.

Ou, 8% n'est inon langcige et franc et véridiquet Mais plein de réticence et timide, j'ai peur, etc,

2S. Si je n'ose au contraire proclamer la vérité et Gonfesser ma foi, je crains de déchoir dans ropinion de mes frères et, par suite, de n'avoir à mettre au jour qu'une œuvre destinée à périr oubliée, du moment que leur suffrage ne sera plus là pour la soutenir et la faire passer à la postérité, à grand renfort de beaux commentaires écrits; commentaires non moins nébuleux, il est vrai, que le texte littéral, mais élucidés oralement, quant à son esprit d'opposition, dans de secrets conventicules, pour gens curieux et d'une discrétion à l'épreuve, dignes en un mot d'être admis à voir la lumière dégagée des ténèbres catholiques, lux ex tenebris.

*... Ton langage sMre Paraîtra sans doute âpre à quiconque aujourd'hui, etc

29. Les Papes, les souverains, alliés avec eux, les G uelfes, les Gibe- Uns apostats, les déserteurs de la secte, tix)uverontsans doute tes paroles rudes, la tua parola brusca, bien qu'ils n'en comprennent pas toute la portée, en ce qu'elles atteindront leurs mauvaises actions, celles de leurs proches ou des membres de leur parti.

Dis dans ta vision tout ce qui s'est produit^ etc.

30. N*en publie pas moins ta Comédie telle que tu Tas conçue, en tout conforme à la vérité. On ne nous opposera pas sans doute ces trois mots : riifiossa ognxmensogna, qui s'appliquent évidemment au fond et non à la forme, comme excluant tout artifice de langage, toute dissimulation de la pensée sous un voile {dus ou moins transparent;

car le pdëme n'étant qu'une fiction, du commencement h la fin, il serait ainsi condamné à l'avance dans son entier. Telle n'est pas à coup sâr l'intention du \ieux Vaudois. Loin de toi le mensonge et la calomnie, dit-il au poète, mais, à cette seule condition, publie ce poème dans lequel tu as revêtu la doctrine de vérité, des voiles de l'erreur; ceux qui comprendront ton langage sauront bien les déchirer, comme Béatrice ceux de la prostituée difforme qui s*élait présentée à toi sous les traita d'une douce syrène, et laisse se dépiter ceux qui se sentiront atteints par les traits que tu lances à découvert contre tout ce qui ne tient qu*à la politique ou à des abus cent fois dénoncés par les plus saints personnages, Tulla tua vision fa manifesta e lascia pur graitar dov^ è la rogna.

St ton langage semble au premier goût amer, etc.

31. Si d'abord beaucoup parmi tes frères s'indignent de te voir employer le langage de l'ennemi, voce molesta, et sembler arborer sa baunière ; une fois qu*ils auront compris la pensée réelle et rcconna k pain des anges (Conviio), cette source de vie, vital nutrimento^ dans le mets si merveilleusement combiné que tu leur offriras ; ils ne tarderont pas h te rendre justice, et tu devras à leur admiration, à leur reconnaissance, à leurs commentaires cnthousiastcs^de la vision, dont ils n'expliqueront ouvertement que la lettre, cette immortalité à laquelle tu aspires.

Ta voiXf en s*élevant libre, mâle et sincère, elc»

32. Questo tiio gridoy ce poème, ton ban de guerre, s'atlaqucra comme le vent des tempêtes à tout ce qu'il y a de plus élevé en puissance, en richesse, en renommée, aux pontifes romains, aux rois de France, de Naples, aux empereurs, aux chefs de partis, aux familles les plus influentes, à TÉgiise catholique elle-même, et ton courage, allié qu*ii est à la prudence et au savoir, n'eu sera que plus glorieux, cid non fia d*onor poco argomemo.

Car Vesprit n^a point Joi ni ne f 'arrête g\»èr$ Aux exempUs obscurs, etc.

33. A quoi bon faire tomber ses coups sur une foule obscure et tonner contre des méfaits vulgaires, per esempio ch aia la sua radiée incognito ? (l'est aux grands criminels, anime rlic son di fama note, aux forfaits retentissants qu'il convient de faire la guerre; car

chacun les connaissant, chacun peut juger de la justice de Faitaque, et la leçon qui eu résuite laisse dans Tesprit une empreinte plus durable. C*est pour cela que tu as passé en revue dans VEnfer les plus hautes renommées de TÉglise, le grand Hildebrand, Innocent III, saiut Dominique et tant d'autres.

Je tentais par le miel Vahsinthe halancétty etc.

1. Le Patriarche des croisades, qui vient de prédire au fils de la lumière la triple révolution nécessairement amenée par le triomphe du parti anti-catholique, ne peut que se complaire dans sa pensée; mais le poète, non moins désireux de voir la prophétie s'accomplir, ne laisse pas de songer qu'il lui faudra payer chèrement la vengeance attendre et compenser la saveur du miel par l'amertume de l'absinthe, tempra^do col dolce l'acerbo.

>-, Laisse ces pensers^ et songe que ma place Est auprès de celui dont sans cesse la grâce, etc.

2. Ne t'alarme pas, lui dit la foi Béatrice, qui, venant de Dieu, conduit l'homme vers lui ; songe à mon origine divine, pensa ck* io sono, songe que je suis la vraie foi inspirée par l'amour, songe à celui qui est la source de toute justice et qui vient en aide aux o{^rimés, pensa à Colui ch'ogni torto disgrava. Celte version du Cod. Cassin. nous parait être la seule véritable, car Béatrice ne semble pas s'y vanter d'influencer les arrêts de la justice divine.

,.,,Ce q^teje vis luire D'amour en ses yeuœ saints ne peut se retracer t etc.

3. Le sectaire ne saurait trouver dans sa foi que des encouragements, et les yeux de Béatrice n'étant autre chose que ses enseignements, son fidèle devait forcément renoncer à dire de quelle nature était l'amour qu'il y voyait briller, quafe amor. Ce n'est pas seulement qu'il soit en défiance de sa dextérité de langage, non perch' io pur delmioparlar diffidi; il a pourtant fait ses preuves à cet égard;

CHANT XVIJI. tO.01

mais c'est que, faute d*Alm pour lui venir en aide, son esprll pourrait faire fausse route en si grave sujet, s^aitri non la quxdi. Que signifie donc a/rn? Les eommentateurs,qoi ne sont jamais embarrassés, vous diront que c*est la grâce ; pourquoi pas, s*ils ont eu raison de nous afCnoer déjà que Dante désignait Dieu en rappelant Yatare? Nous croyons être beaucoup plus dans le vrai eu continuant \ lire ici A.L. T. m., c'est-à-dire Amj^o, Lucemburghese, Templaro, Romano Imperator^ et en [comprenant, que le poêle exprime ainsi le regret de ne plus avoir pour guide et pour appui le prince dont le triomphe SOT la Pa|)auté aurait affranchi l'expression de sa pensée.

De lout autre dé$irfut affranchi mon cosur.

h. Tout ce qu'il lui est possible de dire, c'est que sa foi, se retrempant en elle-même, rimirando lei, absorbait tous ses pensers et tous SCS désirs.

Tandis que^ reflétée au front de Béatrice, etc.

5. La foi albigeoise, source de joie éternelle, d'où le nom de Gaie science et celui de Béatrice, émanant directement de Dieu, dont elle reflète la bcmté et l'amour, on comprend comment Dante a pu être amené à dire, selon la lettre, qu'il était heureux de contempler, dans le beau visage de Béatrice, le reflet, seconda aspetto, de la divinité; mais il entendait, qu'avec le vieux Yaudois sa dame venait de se montrer sous son aspect religieux, et qu'elle lui apparaissait maintenant sons son aspect politique; c'est ce dont on sera bientôt convaincu.

Prompte à me iubjuguer au charme d'un souris, etc.

6. Les yeux de Béatrice, étant ses enseignements, qui répandent la lamière an milieu des ténèbres de l'erreur, son sourire est le rayonnement produit par ces enseignements lumineux, corruscazme, pour employer l'expression du Convito.

Dans mes yeux seulement n'est peu Je Paradis*

7. Cette philosophie contemplative que tu as puisée dans mes enseignements, ne sufiBt pas à la béatitude éternelle, non pur ne' viic' occhi € Paradiso; il y faut encore les labeurs de la vie active; écoute donc le Patriarche des croisades. « Non solum in contempla-

twne theologîa {albigemù) est beatitudo, sed etiam in exemplis vatentium rtVorum. » Ainsi, sauf notre parenthèse, nous abondons complètement dans l'interprétation du Post. caeu qui, sans doute, n'ignorait pas que le Theologus Dantes signifiait toute autre chose que docteur pn théologie de l'Église catholique romaine (*).

Dans les traitSt le regardt on le voit révélé, ete*

8» De même que l'amour se trahit parfois dans l'expression do regard, et que certain mouvement des yeui suffit aux fidèles d'amour pour se reconnaître entre eux, si vide l'affeito neilavista, un rayonnement plus vif de celui que le poète appelle fulgor satuo, indique chez lui l'intention de reprendre la parole.

....Là, s'offre à tes regards Le cinquième rameau de cet arbre sublime, etc.

9. On ne saurait méconnaître -que cette métaphore s'applique aa moins aussi bien à une doctrine quelconque qu'au Pârmlis catholique, et que cette expression si étrange de soglia, seuil ou pas, assez peu applicable à un arbre , s'entend beaucoup mieux dans le sens de degré ou grade ; nous ne nous y arrêterons donc pas davantage, ayant déjà expliqué à quel grade maçonnique correspond la planète do Mars, comparable pour tant de raisons, selon Dante, à l'art musical

(*) On s*est,8ouvent étonné .de TérudUion tiiéologiqiie de Dante, mais Scbmidl nos apprend, avec preuves àrappui(ii, p. 158), que les docteur» cathares «étaieoltii»' versés dans TÉcrifure sainte et trtis-habiles à rinterprétcr dans leur sens. ■ La nécessité o{i ils étaient de soutenir leurs opinions contre le clergé callioliqae leor imposait U né* ces»ité de la science, et ils allaient la puiser à sa source. « SMl se trooTalt dans les buniUes des Croyants des Jeunes gens capables, on les envoyait à ruoiverailé de Paris poor s'exercer aux disputes logiques et pour se familiariser en môme temps avec la théologw de rÉglise.t {Leit, d'Yves de Narb,^ cbezMatth. Paris, ftlS.) Or, H est de iradiikNiqae Dante, à une époque quelconque, a suivi les cours de TuniversUé de PartSb 11 avalisant doute commencé son éducation dans ces hospiecscoUàges oh les sectaires «ne tenaient pas seulement leurs assemblées, mafs où les Jeunes Caibans se préiparalcnt, par rétaik d l'abstinence, aux fonctions de diacre et d'évôque, et oli les Parfaits, parcouraot le ptfS trouvaient le logement et la nourriture. C'est aussi dans ces malsons qa*était déposée b caisse commune, qui servait au soutien des voyageurs, des pauvres et dies exilés.! [Ar(K de Vinq, de Carcass,<, Doat., xxiii, f» 206, etc. Voy, Schmidt, ihUL^ i, 19S.)

Dante n'était pas seulement théologien ; ses écriis font foi de son atvoir en pfaysiga^ en chimie, etc., et l'on sait qu'il était inscrit en qualité de médecin sur le registre des corporations d'arts et métiers de Florenoe. Or nous lisons dans cette même lûsto^ des Cathares, si riche en renseignements consciencieusement puisés aax sources: • 1^ Parfaits pratiquaient fréquemment la médecine; c'est à cela qu'ils devaient en grande partie leur influence et soavent leur salut. ( Àrch, de Vinq. de Carcau^ OoaL xsn, f« 110 et suiv.) Théologien, médecin, poSte, astronome, que de moyens d'influence 1

Il n'est Muse, en tout temps , qui n*en fttt illustrée»

10. Gacciagaida irieiit, en effet, de nous déclarer que pour agir sur Tesprit et lui inspirer confiance, ferma fede, il fallait le frapper par des exemples éclatants ; or, rien ne pouvait être plus efficace sur cfloi de son petit-fils, que de lui faire passer en revue les personnages qai s'étaient immortalisés dans la vie active, spiriti di gran voce, en combattant pour le triomphe de leur foi (*).

Sur les hrcu de la croix dirige donc les yeius, etc.

11. A chaque nom prononcé, tu verras sur la croix un sillon lumineux aussi rapide que le feu de Téclair dans un nuage.

Et je vis sur la croix jaillir une splendeur Au nom de Josué, etc.

12. Nourrissant une haine vigoureuse contre le culte des images, contre ces Amalécites et ces Philistins qui s'étaient fait des idoles d'argent et d'or {Enf. xix); contre ces Achan dont la cupidité s'était approprié des richesses frappées d'anathème par la voix du Seigneur, et surtout les dîmes, dont les Albigeois se faisaient une loi de refuser le payement, décimas quœ sunt pauperum Dei (voy. cb. xii, note 28); contre ces rois qui les soutenaient dans leurs usurpations, Dante ne pouvait manquer de mettre au premier rang le vainqueur, le juge inflexible du fils deZaré; et le poète qui, traitant de brutes, bestie, les rois, cke son moUi e son rari gli buoni, les plongeait en enfer sous le nom de géants, ne pouvait que sympathiser avec ie héros, qui avait ^t égoi^r trente et un rois, et dont le glaive avait exterminé les géants de la race d'Ënac (Josué, xi, 21.) Sachez, à ce propos, que tous les géants des romans de chevalerie ne sont autres que des rois.

Pais, à celui du grand et vaillant Maehahée, etc» *

13. Ouvrez le livre 1" des Machabées et vous y lirez ces paroles de Mathathias : t Malheur à moi ! suis-je donc né pour voir l'affliction de mon peuple et la ruine de la cité sainte, et pour demeurer en

(*} • Tous les croyants, dit (ii, p. 09) le professeur Schmidt, qui n*avait certes pas Hotention de Tenir en aide au commentateur de Dante, n'étaient pas initiés aux détails l^plos secrets do système Cathare. Ce n*estqu*à ceux dont la persévérance n'inspirait pas de doute, que l'on donnait une instruction plus complète. Non omnibus credentibus o'ùrficiinr, nec l'eiHiUmt, necprœdicant omnfo..... nisi solian bene suis fanUliaribus ftnxz riuus. (Act. de Vinq, de Carcass.^ 1305, Ooat ilxxiv, f 102. — Reinerius,

paix Jorsqu*cUe est livrée entre les mains de ses ennemis ? Son sanctuaire est entre les mains des étrangers, son Temi'LE est traité comme un homme infâme; les vases consacrés à sa gloire ont été enlevés comme des captifs dans une terre étrangère, ses vieillards ont été assassinés dans les rues et ses jeunes gens sont tombés morts soqs répée de leurs ennemis. » (Ch. ii, v. 7, 8, 9.) Puis vous admirerez sa noble réponse aux envoyés d'Antiochus, qui le sommaient d*aposusier : « Quand toutes les nations obéiraient au roi Ântiochus, ooos obéirons toujours, mes enfants, mes frères et moi, à la loi de nos pères. » (V. 19 et 20.) Paroles qui devinrent la règle de conduite de Judas Machabée, le plus illustre de ses fils, l'alto Macabeo, Le vaillant chef des Assidéeus, prit en effet pour lâche de « poursuivre les enfants d^ orgueil, de délivrer la loi de l'asservissement des nations et de la puissance des rois, afin d'empêcher le pêcheur d'abuser impanément de son pouvoir. » (V. kl et ^8. ) N'était-ce pas Ib aussi le but qoc poursuivaient ceux qui avaient survécu à la ruine des Albigeois et à la destruction du Temple ? Ce n'est pas tout ; Judas Machabée « devint semblable à un lion dans ses grandes actions, il poursuiîit les méchants; la terreur de son nom fitfuir ses ennemis devant loi; lotis les ouvriers d'iniquité furent dans le trouble et son bras procura le salut du peuple. » (Ch. m, 6, 5, 6.) N'était-ce pas là un glorieux exemple à mettre sous les yeux de Can le Grand de la Scala, ce limier ennemi de la Louve romaine et des artisans d'iniquité? N'était-ce pas l'appeler à imiter le héros qui, vainqueur des lieatenants d'Antiochus, mit le comble à sa gloire en renouvelant le Temple dévasté, en purifiant ses parvis profanés, en relevant son sanctuaire et en « le dédiant de nouveau au bruit des cantiques, des harpes, des lyres et des cymbales, le même jour qu'il avait été souillé par les nations ». (lY, 38, 68, 56.) Fouillez quelque peu la pensée de Dante, toujours vous retrouverez au fond le Temple, l'Empire et la religion des fidèles d'Amour. Ainsi réfléchissez sur cette bizarre comparaison du grand Machabée avec un sabot ; vous comprendrez que la Gaie science, letizia, est pour lui -le fouet, ferza^ qui deraii stimuler le zèle des fidèles et susciter de nouveaux l\lachabéesapi)cii> à renverser les autels idolâtres et à rendre au Temple toute sa gloire et sa pureté. Les Assidéens sont en honneur dans la Maçonnerie.

Aux noms de Charlemagne encore , etc.

16. Comment Charlemcigne, cette grande i)ersonnifica(ion de TËm-

CHANT XVIll. 1005

pire au moyen âge, aurait-il été oublié dans cette revue, où figurent des illostrations si disparates au premier abord ? Le libérateur de Tltalie, qu'il affranchit de la tyrannie des Lombards, le vainqueur de la barbarie au nord et au midi, i*ami des lettres et des sciences, le protecteur victorieux de ces Papes qui auraient voulu, en retour de ses bienfaits, rabaisser les Empereurs à la condition de vassaux du saint-siège , le grand Charles avait trop de titres à la vénération du poète pour n'être pas à ses yeux un des plus grands saints de la vie active, quoique canonisé par un anti-pape.

.... Et de RoUmdf etc.

15. Roland, figure légendaire des romans du cycle de Gharlemagne, symbolisant la force populaire, à l'élan irrésistible, à la foi naïve et dt'sintéressée, aux entraînements fougueux et sanguinaires. Le poète ne pouvait mieux imprimer à son œuvre le caractère allégorique qu'en béatifiant dans son Paradis des héros sans réalité historique, de même qu'il avait damné dans son Enfer tant de personnages mythologiques ou paraissant tels.

De Vanl comme un chasseur suit son oiseau de proie.

16. L'attention avide avec laquelle le poète suit de l'œil le double éclair de Charlemagne et de Roland, corn' occliio segue suo falcan, témoigne assez de son désir de voir surgir une puissance comme celle (la grand Empereur et un glaive comme celui de son redoutable neveu, pour faire bonne justice des usurpations des pontifes, en leur courant sus comme le faucon sur sa proie, comme le fils de Berthe m ces Sarrasins qui ne sont pas des Turcs.

Puis aussi, sur la croix, Guillaume, etc.

17. Ce Guillaume* sans autre désignation que le nom qui accompagne le sien, est Guillaume d'Orange, car voilà encore un héros de roman béatifié, dont l'existence historique est tant soit peu entourée de nuages y- mais vous allez voir que le poète avait plus d'une raison pour le mettre en Paradis, croyez bien du reste, que la principale Deiait pas sa canonisation sous le nom de saint Guillaume de Gellone.

La première est son tiirc de duc de Toulouse ou d'Aquitaine,

1006 LR PARADIS.

dur Tolosana Wilkelmus ab urbe. (ErmokL Nigel. Voy, Reinaiid, 112-15 et D. YaiBsette, i, ft61-2.)

1^ seconde, c'est que la cbaoson de geste consacrée à sa gloire lai donne pour auteura Ayineri de Narbonne et Hermenjart de Pavie, à savoir «n Provençal et une Lombarde de cette vallée du Pô où prit femme Cacciaguida, c'esi-à-dire un Albigeois et une Cathare, quand la charte de donation du monastère do Gellone, d'accord avec la légende latine, désigne ses parents sous les noms de comte Théodoric et de comtesse Aldane. Fauriel reconnaît avec nous « qu'un motif privé et local a dû faire donner le nom d'Aymeri de Narbonne au père prétendu de Guillaume-le-Pieuz , ce chef imaginaire de toute la lignée des héros chrétiens, vainqueurs des Maures. » (ii, 610.) Le fait est qu'Aymeric, vicomte de Narbonne en 1071, et non pas vers 760, époque à laquelle serait né le duc de Toulouse canonisé par Dante, avait épousé Mahaud, fille de Robert Guiscard, autre saint de la façon du poète, dont nous aurons bientôt à examiner les droiu à pareille faveur. ( Voy. D. Vaissette, u, 226, 255 et sutv.) Mais disons dès à présent que le Guillaume d'Orange des chroniqueurs et des Trouvères n'est autre que le grand comte de Provence, Guillaume premier, fils de Boson II, vainqueur des Sarrasins en 97j, dont une descendante, £mme de Provence, avait fait passer, avec une partie de son domaine, Vager Argenteus^ près d'Arles, célèbre sous le nom (i'Archant ou d'A/ûrAons, dans la maison de Tooloasc, par son mariage avec Guillaume Taillefer (twy. Notice sur Orange, par J. Gourtet, Revue ÂrchéoL ix* année, 52, pp. 336 et 37) ; et nous n'ignorons pas combien cette maison de Toulouse tient au cœur du poète, qui se rappelle jusque dans l'Enfer les tombeaux d'Ali:^ chans. (£. ix.)

Le personnage fictif de Guillaume est une véritable marqueterie, dont les Guillaume de toutes les époques et de tous les pays ool fourni un fragment. « ^ouvent, dit M. Paulin Paris, les aventures attribuées à Guillaume d'Orange par les auteurs des romane de gestes appartiennent à d'autres héros du même nom, tantôt Gnjllaume-Bras-de-fer, fils de Tancrède de Hauterive, tantôt Guiliauind- Longue*Épée (deux héros normands comme Guiscard) avec lequel oo semble le confondre. » (fdanuscrits de la BibL ui, p. 120.) Les romane de gestes dans lesquels il figure ont été évidemment composés par des hommes hostiles à l'influence des pays de langue d'oU sur ceioi de langue d'oc^ comme le reconnaît M. Paulin Paris, en disant qu'ib « offrent le symbole de la réaction de la Provence contre rilenie-

France,* {IbùL p. 116.) Pensera-t-il qac le caractère de ces coinpo^ siiioDs ait échappé à Dante, çt que ce n'est pas précisément pour cela qoe Guillaume d'Orange soit devenu pour lui un safnt?

Noos n'avons certainement pas l'intention d'analyser ici les enfances Guillaume^ la bataille ctAleschans, le charrois de Nismes, le couronnement de Looysy la prise d'Orange, la mort d'Aymeri de Narbenne, li convenans Vivien, Girard de Viane, la bataille de Loqui- [ers, tic f nous en signalerons seulement quelques passages qui, de même que pour Lancelot du Lac, indiqueront l'esprit dans lequel ces compositions furent écrites, et dans quelle iuteiiiiou Dante a pu leur emprunter des saints comme Guillaume et Rainoard.

Ceux qui auront la patience de feuilleter ces romans de gestes y verront, que le marquis au Cort nez substitua ce surnom à celui de Fierebrace, illustré par lui auparavant, à la suite d'un combat qu'il soutint sous les murs de Rome contre le géant Corsuble, champion de Galafre, Soudan d'Egypte, dont le cimeterre lui abattit une partie da nez; qu'il devint amoureux de la belle Orable {Orabiie, d'Orare)^ fille de Glariaus (de Clarus)^ seigneur sarrasin d'Orange; que le roi arabe Tbiébaot {Theobaldus, hardi contre Dieu), l'ayant demandée en mariage, elle lui fut accordée, quoique déjà éprise de Guillaume; mais qu'en habile magicienne, elle s'amusa à baffouer son époux pendaotsoii repas de noces; bêtes féroces, géants, moines, sangliers se détachent des tapisseries pour tomber sur les convives, qu'une inondation met en déroute, et qu'elle laisse Thiébaut se coucher seul.

Ils y verront que le mariage d'Orable n'empêche pas Guillaume au Cort nez de la prendre à per e à moilliei^, du vivant de son mari, après l'avoir fait baptiser sous le nom de Guibourc, et, comme nous passons sur les merveilleux exploits du héros, nous appellerons seulement leur attention sur le nom assez étrange de Noupatris, roi d'Oraste, qui nous parait dériver de Nous Patris, Tesprit du Pape» rêvant sur ceux à qui l'on dit orate,fratres.

Mais nous avons hâte d'arriver à la conversion de Guillaume, qui n'est pas toujours très-bien embouché, témoin la manière dont il traite, après la bataille d'Aleschans, sa nièce Blanchefleur, femme du roi Looys : « Tais-toi, dit-il, pute lisse provée, Thiébauz l'Arrabe vosa ensoinantée et mcintcfoiz comme putain foliée. » (Vers 3,018.) < Quant la chière vos est si enflamée et Loovs vos a bien retoriiée, iij fois ou iiij dessous lui défolée, quand de luxure estes bien saolée, etc. • (Vers 3,030.)

Après la mort de sa femme Guibourc, née Orable, qui « fuimmlt

de franche orine, • est-il dit, vers &,697 de la bataille d*Aleschans, Guillaume au Cort nez a la fantaisie de se faire moine et va prendre le froc a dans le moustier de Genves, en Genevois sur mer. » Bleniôt les moines se plaignent que ce robuste soudard, dont fa robe lui est trop courir d'un demi-pied, boit et mange quatre fois comme eux et surtout de ce qu'il les roue de coups lorsqu'il est ivre. L'abbé reconnaît qu'ils ont pris là une lourde charge et, pour s'en débarrasser, il envoie frère Guillaume à la mer chercher du poisson pour le couvent. « Si vous êtes attaqué par les voleurs du bois de Beaucler, lui dit-il, donnez sans résistance, cheval, robe, hardes, bottes, et ne bataillez pas: s'ils vont pourtant jusqu'à exiger vos brayes (caleçons), défendez-vous, mais que vos armes soient seulement (fos et de chair. » Guillaume part avec ces instructions et, attaqué par quinze brigands, comme l'espérait bien l'abbé, il donne successivement « gonne de son dos, l'estamine et le froc, » son cheval, ses bottes et ses gants; mais les bandits le somment de leur donner encore ses braies et sa ceinture. Alors, perdant patience, il en tue deux ou trois à coups de poing, en écrase deux l'un contre l'autre, en brise un septième contre un chêne, puis il arrache la cuisse et la jambe d'un cheval de somme, et, ainsi armé de chair et d*os, il dépêche le reste des bandits. Cette besogne terminée, il remet en place la cuisse du sommier, en priant Dieu de le guérir, ce qui s'accomplit par miracle, et le cheval le suit avec son fardeau.

A son retour au moustier, les moines sont tout déconvenus. Ils Ini ferment la porte au nez; mais frère Guillaume prend une grosse poutre et fait voler en éclats ais, gonds et vcrroux. Le frère portier et deux moines sont tués du coup. Guillaume tombe sur les autres à poings fermés, les foule aux pieds, déchire leurs chapes, renverse l'abbé d'un coup de pied, et rentre ainsi en vainqueur dans le monastère. L'abbé prend le parti de lui pardonner, et, certain d'aToir toujours assez de moines, <c jà de moines recoverrons planté, • il fait enterrer les morts, et Guillaume a du bon vin « tant corn il pot boire. » Bientôt, sur l'avis d'un ange, il quitte l'abbaye pour se faire hermite au désert de Montpellier. Là, le roi Louis, attaqué dans Paris par le païen Ysoré, venant « d'outre la mer de Sassoigne, » envoie quérir Guillaume. Il quitte donc son hermitage, vole au secours da roi et tue Ysoré en combat singulier, puis revient au désert acheter « be'ement son moustier. » Il veut ensuite construire un pont sar le torrent voisin; mais le diable défaisant la nuit son travail du jour, Guillaume le guette un soir et le précipite dans le gouffre. EoGn il

prend le parti â*alier s'établir à Gellone. II y trouve an désert infesté de reptiies, « serpenteaux crestés, granz lézards et granz crapoz enflés; » mais il se met en prières et tous se prëcipitcQt dans l*eau avec d'affreux mugissements. Guillaume entreprend de se bâtir une cellule; mais survient un géant « grant et orrible » qui, armé d'une masse énorme, désolait la Provence. Le vaillant hermite arrache un jeune arbre pour combattre son adversaire, lutte avec lui corps à corps, le terrasse et le lance dans le torrent.

Ceux qui voudront en savoir davantage se reporteront au Montage Guillaume, où la légende de Guillaume de Gellone se confond avec celle de Guillaume rhermite, et peut-être arriveront-ils à comprendre ce que signifient dans ce récit, évidemment allégorique, les serpents crcstés, les crapoz enflés, le géant à la massue qui dévaste les pays albigeois, et les jeunes arbres (plantes nouvelles, néophytes),, à l'aide desquels on parvient à le terrasser.

On n'aura pas à nous opposer que le Guillaume du poète est celui de la légende et non celui des romans provençaux; car c'est précisément pour qu'il n'y ait pas de confusion à faire, qu'il a pris la précaution de l'accoupler à Rainoard, comme il a associé Roland à Charlemagne, afin de reporter la pensée sur le grand Enàpereur des ron^ans de gestes. Or, nous allons pouvoir apprécier tout à l'heure les mérites de cet autre saint de la façon du poète. — On peut consulter, du reste, la vie de saint Guillaume dans la collection des BoUandistes, au 28 mai. Mabillon l'a insérée dans ses Acta SS., orcL S. BenC' dictù

,.,. Rainoard, etc.

18. Les commentateurs sont très-sobres d'explications sur Rainoard ou Rainoarz, qu'ils se contentent de nous donner comme un parent de Guillaume d'Orango ; ce serait donc un saint par alliance. Son nom dérive des mots provençaux raina, querelle, et rainos, renom, querelleur, hargneux {voy. les lexiques romans de Raynouardet de Roquefort), et son caractère ne dément nullement sou nom. Quant à son origine, « fiz fu d'un escler » (arabe), dit le roi Louys, dans la Bataille d'Alescham, et il fut acheté par lui o dessoz Palcrme. > Il est alors âgé de quinze ans et sert comme marmiton dans la cuisine royale. Guillaume d'Orange, charmé de sa bonne mine, le demande au roi, qui le lui donne volontiers, et, à la requête du jenne garçon, il l'emmène à Aleschans. Son premier exploit, sur

la roule, est d*entfer de force dans un couvent de moines, de tuer leur cuisinier, de manger leur dîner, de boire leur \m à leur barbe dans le réfectoire et de faire Tauraône à leurs dépens. Il tue ensuite, avec Ténorme gourdin ou plutôt madrier, que le romancier appelle tinel, le cuisinier de Guillaume. Puis voilà que la petite nièce du duc, Alice, fille de Blanchefleur et du roi Looys, s'amourache de Rainoard pour sa bonne grâce à porter son gros tinel. Après s*étre enivré à la table d*£ymery de Narbonne, il jette au feu un troisième cuisinier, du nom de Marquet, pour s*étre opposé à sa gloutonnerie. Lorsqu'il a « Alarquet ars, » dame Guibourc, la femme de Guillaume d*Oratigo, remmène « en sa chambre perrine » pour s'informer de lui qui il est, sans grand résultat; elle ne l'arme pas moins de pied en cap comme elle aurait fait d'un chevalier. Rainoard, ainsi équipé, s'en va à la cuisine voir tourner les broches, s'y gorge de viandes et de vin, puis remonte à la salle, où il se remet à manger et à boire de pins belle avec les seigneurs.

Ce qu'il aime le plus au monde, après la bombance, c'est son tinel, ce madrier qu'il manie sans plus d'effort qu'un chevalier sa lance, quoiqu'il faille une charrette et quatre chevaux pour le traîner. Rainoard, dont il est les amours, le baise, le caresse, le lave et en fait son oreiller, quand « il dort au feu la pance enflée » vers 5,027.

Telle est sa seule arme dans la sanglante bataille d'Aleschans, où D accomplit des exploits merveilleux. Après avoir abattu des milliers de Sarrasins, il délivre les neveux de Guillaume, faits prisonniers par l'ennemi; mais sous la force du dernier CQup qu'il vient de porter, son tinel s'enfonce en terre et se brise, cela ne Tempêche pas de tuer plus de 200 païens à coups de poings, et enfm il se rappelle qu'il porte une épée au côté.

Les païens sont en fuite quand Rainoard reconnaît le roi Desramé, son père, qui lui reproche d'avoir donné la victoire aux Francs, en l'appelant fils de putain, et en lui portant un coup sur son casque. Rainoard va le tuer, quand son frère Jambu se jette entre eax et tombe sous le coup, la tête tranchée, Rainoard alors de s'écrier : ff Si feré-je Desramé le chenu se il ne croit le digne roi Jhésu. •

Mais ne voilà-t-il pas que ce chrétien zélé jusqu'au parricide se mut en fureur contre Guillaume d'Orange qui ne l'a pas attendu pour diuer. Rainoard menace de renier le Christ et jure par Mabqm/que pour se venger il prendra Orange et fera venir contre celui qui V^ offensé toute sa parenté royale. Il se laisse enfin attendrir par Guibourc, eu qui il reconnaît sa sœur Orable, et lui raconte comme qooi

ce fut en fuyant, après avoir tué uh de ses petits frères, avec qui il jouait, qu'il fut pris et vendu par des marchands. Comme il n'a pas encore été baptisé, Févôque Aymer verse l'eau sainte sur son front, cl Guillaume, qui vient d'ôtre son parrain, l'arme chevalier, et veut lui faire épouser sa petite-nièce Alice, fille du roi Looys, « li veut doner Aaiiz a moillier. » Un messager part donc pour Paris, et le roi, qui n'a rien à refuser à son oncle, envoyé sans relard la princesse à Orange, où elle devient la femme du héros au tinel. En considération d'une aussi belle union, Guillaume donne à Raînoard beaucoup d'argent et en outre les villes de Torlolose (Toulouse) et de Poripaillart ''Port-Vendre).

Comme Guillaume, Rainoard finit par prendre le froc. Mais nous croyons en avoir dit assez |)our édifier chacun sur ce personnage dont sonlissus en ligne directe, et le géant Morgant, hMonjaîitemaygiorc, ei frère Jean des Ëntomcures. D'où l'on peut conclure que Dante fut au moins aussi bon catholique que le chanoine Pulci et le curé Rabelais, comme Rainoard un saint siiigencris.

Godefroijf te grand chef, elc,

19. On voudra bien remarquer que Godefroi de Bouillon est le seul véritable croisé dont le nom figure sur la liste assez singulièrement mélangée, que le poète fait passer sous nos yeux. C'était bien le moins que le Patriarche des croisades imprimât a ces héros évoqués par lui, nous savons maintenant dans quel but, le caractère de défenseurs de la loi du Christ, en leur adjoignant le Capiiano che 7 gran sepolcro liberô di Cristo. Bien des gens ne connaissent Godefroi de Bouillon que pour avoir lu la Jérusalem DclivrcCy et pour eux il est le prototype du chrétien soumis de cœur à la voix du chef de l'Église, un pins Mmas catholique. Ils seront donc bien surpris d'apprendre que le dévot capitaine fut l'ennemi acharné de Grégoire VII, qui l'excommunia, et de sa propre tante, la grande comtesse Maihilde, l'amie et la protectrice dévouée de ce glorieux Hildebrand, si maltraités lous deux dans l'Enfer et dans le Purgatoire. Or, voici, pour leur édification, ce que nous apprend l'histoire, en projetant un peu d'ombre sur l'auréole poétique du héros.

Godefroi-le-Bossu, chef de la maison de Basse-Lorraine, mort à

Anvers en 1076, laissa à noire Godefroi, fils puîné de sa sœur et

d'Eustacbe, comte de Boulogne, la seigneurie de Bouillon, les comiés

d'Ardenne, de Verdun et de Metz. L'empereur Henri IV, désireux

de se faire des partisans dans la lutte qu'il engagea, au sujet des investitures, avec Grégoire YII, qu*il avait fait déposer par la diète de Wonns, le créa marquis d*Anvers ou de Brabant. En reconnaissance de ce bienfait, lorsque le parti saxon et haut allemand eut décerné la couronne impériale à Rodolphe, duc de Souabe, en mars 1077, Godefroi se déclara avec une extrême éùergie contre ce compétitenr et servit de tous ses efforts la cause de l'Eùipereur excommunié par rindomptable Hildebrand, en même temps que celle de l'anti-pape Guibert, élu le 31 mai 1080 dans une. espèce de Concile tenu à Brixen, dans le Tyrol. Ce fut à lui que l'empereur Henri IV confia l'étendard de l'Empire, contre lequel la comtesse Mathilde, sa tante, comme veuve de Godefroi-le-Bossu, soutenait de tous ses efforts la bannière de l'Église. Un chroniqueur lui attribue même la mort de Rodolphe, tué dans une grande bataille aux bords de l'Ebter. Victorieux de ses ennemis en Allemagne, Henri IV ayant repassé en Italie, s'avança contre Rome, et Godefroi monta le premier sur les murailles de la ville éternelle, qui fut prise par les Impériaux, bientôt forcés de battre en retraite à l'approche des Normands de Robert Guiscard. Ce fut en récompense de ces exploits contre l'illustre chef de l'Église, que Godefroi fut créé, en 1093, duc des deux Lorraines, lorsque cet Empereur en eut dépouillé son fils Conrad, en châtiment de sa rébellion parricide, à laquelle la comtesse Mathilde fut accusée de l'avoir poussé {Imp. Henr. vita, Veterum script, , qui, etc. , p. 188.) Ainsi Godefroi de Bouillon aurait commencé sa carrière par le dévouement à l'Empire et la révolte contre l'Église; il aurait préludé par la prise de Rome à celle de Jérusalem. {Voy, Albéric ap. Leiboitz, access, i, 180. Michelet. Hùu de France, ii, 229. H. Martin, lil, 137, 165.)

Dante, parfaitement au courant par son trisaïeul des motifs qui avaient déterminé l'empereur Conrad à se croiser sons la pression de saint Bernard, n'ignorait certes pas davantage le mobile politique auquel obéit Godefroi de Bouillon en allant porter la guerre en terre sainte; mais nous ne saurions guère douter, puisqu'il est le seul panni tant d'illustres croisés dont il ait jugé à propos de faire men* tion ici, que ce mobile ne fût en parfait rapport avec les antécédents anti-guelfes du conquérant de la terre sainte.

..,.Le fier Robert Guiscard, cic.

20. Si l'on se rappelle comment saint Bonaventure a procédé à

CHANT XVlll. 1013

Tclogc de saint Dominique, eu rappelant les mérites de saint François, afin d'avoir moins à dire sur ceux de son émule, on nous pardonnera d'entrer ici dans quelques détails biographiques sur ce Robert Guiscard ou l'Avisé (de Wise), que Dante place précisément ' à o6ié de Godefroi de Bouillon, quoiqu'il n'ait jamais pris la croix, ni mis le pied en terre sainte. Il faut bien expliquer comment l'un des plus rudes adversaires de Grégoire VII se trouve ainsi associé dans sa pensée à celui qui se proclama son défenseur. Disons-le de suite : c'est que tous deux furent excommuniés par lui et que tous deux, entrés dans Rome le fer en main, y firent couler à flots le sang des défeoseors de l'Église.

On sait comment la Fouille fut conquise par les aventuriers normands, dont les chroniqueurs contemporains dépeignent ainsi le caractère : Solo deo inmwrtali audientes esse, cunctos mortaies pro hostibusducere, (Baron. , iinna/. an. 1058-59. — Vbi vires mm succès-' tissent, non minus dolo et pecunia corrumpere. Guill. Malmesb. ap» Scr. fr. XI, 183.) M. Michelet fait d'eux ce portrait peu flatté : « Mélange d'audace et de ruse, conquérants et chicaneurs comme les anciens Romains, scribes et chevaliers, rasés comme les prêtres, et bons amis des prêtres, au moins pour commencer, ils firent leur fortone par l'élise et malgré l'Église. » {Hist. de France, il, 175.) £n effet, les deux empires d'Orient et d'Occident s'étant confédérés^ contre eux, l'empereur Henri III chargea le pape Léon IX, Allemand et allié de sa famille, d'exterminer ces envahisseurs. Mais le belliqueux pontife, abandonné de ses soldats, tomba entre les mains des Normands, qui n'eurent garde de le maltraiter. Loin de là; agenouillé dévotement aux pieds de leur prisonnier, ils le contraignirent de leur donner, comme fief de l'Église, tout ce qu'ils avaient pris et pourraient prendre dans la Fouille, la Calabre et en Sicile. (Gaufr. Malaterra, i, lA; Guill. Apul. il, p. 261; Hermann. Gontract. ap. Scr. ir, XI, 21.) Le principal personnage de cette comédie, qui se renouvellera plus d'une fois, est Robert Guiscard, en compagnie de son frère Humphred. Bientôt maître de la plus grande partie de Tltalie méridionale, Robert se fait duc de Fouille et de Calabre au détriment de ses neveux, fils d'un frère aîné. Alors il ne respecte pas même le territoire de l'Église. Une première excommunication est lancée conu^e lui; maië il n'en tient compte; et le pape Nicolas II, tombant à son tour entre ses mains, est obligé de la lever, de reconnaître son titre de duc, de le nommer lui et ses hoirs, à perpétuité, légats du saint'Siége en Sicile, ce qui coupe court à toute discussion sur la

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question des inTCstîturcs, et de devenir, malgré lai, le suzerain de ce terrible vassal, qui lui prête serment comme tel et reçoit de sa main une bannière. (Baron., Awl, 67, 68.) Mais plus Robert s'agrandit, moins il respecte le lien féodal qui l'attache au saint-siége. Une s'arrête enfin dans ses usurpations, qu'au moment où Grégoire VII, qui d'abord a reconnu la nécessité de le ménager, se décidant à rompre entièrement (1076), fulmine l'excommunication contre lui et les siens : Narnianni qui nobù t'ebelles itmt, {Epist. 25; I. I ; Collect, Mansi, t. xx, p. 616.)

Sur ces entrefaites, l'anti-pape Guibert est proclamé sous le nom de Clément III, et, sous son influence, une conspiration est oi^anisée dans Rome par Gencius, qui s'entend avec Robert Guiscard pour mettre à mort Grégoire VII ou le livrer à l'empereur Henri IV, avec qui le prince normand avait noué des relations amicales (Platina). Dans la nuit de Noël 1075, des sicaires dirigés par Cencius envahissent Sainte-Marie -Majeure. Grégoire ei>t saisi par des mains sacrilèges, ses vêtements pontificaux sont déchirés, et il est entraîné dans une des tours de Cencius, d'où le peuple soulevé parvient à i'arra * cher. (Paul Bernried, Pandolphe de Pise, cardinal Aragon, Lamb. Platina, Sigonius, etc.)

Dans sa cupidité insatiable, qui le faisait viser à conquérir l'empire d'Orient et à devenir empereur d'Occident, Robert met, en 1078, le 'siège devant Bénévent, ville de l'État pontifical, qui ne lui échappe que par l'intervention armée de Jourdan, son neveu.

Sentant enfin qu'une réconciliation avec le Pape favoriserait puissamment ses projets ambitieux sur l'empire d'Occident, il se rend deux ans après à Bénévent, et se jette aux pieds de Gr^ire VIL Le pontife le reçoit en grâce et lui donne de nouveau en fief la Pooille et la Calabre, tolerani avec résignation qu'il conserve ce qu'il relient en outre injustement, à la seule condition de défendre l'Église contre ses ennemis. (Baron., Ann, Muratori, vi, 421.) A en croire Guillaume de Poqiile et Richard de Cluny, d'après un bruit alors répandu, le Pape aurait promis de plus au prince normand, de le cooroaner roi d'Italie. Ce qu'il y a de certain, c'est que Grégoire VII écrivit aux évêques de Pouilie et de Calabre pour leur recommander de soatenir de toutes leurs forces Robert Guiscard, qui s'apprêtait à venger l'empereur grec Michel contre l'usurpateur du trône de CoiDstaiiti* nople {Epist,, viii, 6), ce qu'il ne fit sans doute qu'en exécntion d'une clause secrète.

Mais Robert était bien plus pressé de s'emparer du trône de By*

zance qae de remplir ses eogagements contre Henri IV et ses i>artisans. En même temps qu*il se rend maître de Corfou, de Butrento, et qu'il assiège Durazzo (Anne Comnene, Alex, i, et Gauf. Mala* terra, m, 13), il négocie a?ec Tempercur Hcuri IV un traité d'aïliaoce contre Grégoire VII qui, menacé de se voir assiégé dans Rome, chargeait Didier, abbê du Mont-Cassin, de découvrir à quel point en était ce traité plein de périls pour lui. {Epùt., xi, 1. 9.)

Les Allemands s'avancent en effet contre Rome, dont ils s'emparent sons la conduite de Godefroi de Bouillon, et ce n'est qu'en iOZU qoe ce dévot catholique, ce saint selon le cœur de Dante, se décide à marcher au secours du pontife assiégé dans le château Saint- Ange par les troupes de Henri IV, depuis la Pentecôte lOSi. La porte Flaminie lui est ouverte, et aussitôt Rome devient la proie d'une soldatesque effrénée, avide de sang et de butin, composée en grande partie d'éléments sarrasins. Maisons, palais, églises, monastères, sont livrés au pillage, puis aux flammes, les hommes sont passés au fil de r^, les filles, les femmes, les religieuses ont à subir le viol et le martyre. C'est avec des peines infinies que Grégoire et ses gardes parviennent à sauver du pillage et de l'incendie un petit nombre d'églises, Rome entière nage dans le sang, et la flamme a tout ravagé depuis Saint-Jean-de-Latran jusqu'au château Saint-Ange. « Hosti- Hier incedens et vasians a palatio Lateram usque ad castellum Sancii Angeli, • (Romuald. Salernit Ghronicon.) nDux {Robertus) ignem exclamanSs urbe accensa, ferro et flamma insistit. » (Hist sicul. rer., t. v.)

Voilà de quelle manière Robert Guiscard traita la capitale du monde catholique, qu'il venait défendre en vertu des traités, durant trois jours qu'il y exerça un pouvoir discrétionnaire ; c'est ainsi qu*il récompensa le peuple qui avait arraché le pontife aux mains de Cenciusetde ses sicaires. (Berthold, Léo 09tiensis, m, 52; Gaufred. Malaterra, m, 37; Pandulph. Pis.) Ces exploits accomplis, le prince normand s'éloigna de Rome-et de ses ruines fumantes; il partit, mais en n'oubliant pas d'emmener avec lui le Pape dont il espérait se faire on instrument utile à sa grandeur et qui mourut peu après à Salerne, en 1085.

C'en est assez sans doute pour apprécier le saint personnage que le poète se fait signaler par le Patriarche des croisades, comme un modèle à suivre, le doux et pieux héros dont il fait le compagnon de Godefroi de Bouillon, comme pour nous donner à entendre, ^uc le défenseur patenté de l'Église sut trouver moyen d'être plus funeste

encore à Rome que le guerrier qui, marchant contre elle en ennemi, avait eu la gloire de la prendre d'assaut.

C'est donc bien le cas de répéter ici avec saint Bonaventure: Degno è che dov' è l'un, l'altro s'induca, si che, corn* elli ad una tniliiaro, cosi lagloHa loro insteme luca (Par. , xii), et d'ajouter avec lui: Se toi fu Cuna ruota délia biga, ben ti dovrebbe assai essa' paiese l'eccellenza dell'aUra,

Bien des noms glorieux auraient pu Ôtre ajoutés à cette liste, si la pensée du poëte eût été réellement catholique ; ceux de saint Louis, par exemple, et de Raymond de Saint-Gilles. La haine que portait Dante à la Maison royale de France excluait nécessairement le premier, mais son affection pour la Maison de Toulouse devait plaider pour le second. Veut-on savoir quel motif puissant arrêta sa plume? C'est qu'il ne pouvait faire mention du glorieux comte de Toulouse, aïeul de Raymond Bérenger VI, sans rappeler soudain à l'esprit le chef de la craisade dirigée contre ce dernier, et sans dénoncer, pour ainsi dire, le silence profond gardé par Cacciaguida au sujet de Simon de Montfort. Ce silence, pei^sonne n'a songé à le remarquer, grâce à l'habile précaution qu'il a prise ; il est pourtant assez éloquent Le désastre des Albigeois ne remontait pas encore à un siècle; c'était donc un événement récent et presque d'un intérêt actuel par ses graves conséquences. Eh bien, Cacciaguida s'abstient de signaler le glorieux champion de l'Église, le héros de la croisade, l'ami de saint Dominique et de Foulque ; ii laisse à l'écart des héros historiques pour citer qui? des héros de romans! Qu'on veuille bien y réfléchir et l'on sera forcément amené à conclure avec nous, que les Albigeois, loin d'être des hérétiques aux yeux du poète, étaient de glorieuses victimes et des martyrs de la religion d'Amour, que les seuls saints les seuls véritables chevaliers de la Croix étaient ceux qui avaient combattu leurs ennemis.

.... Vini se mêler sans relard Au chœur où dans le chant se montra tout son art.

21. Cacciaguida s'est acquitté de son rôle avec toute l'halùleté possible dans le cours de ces trois chants, et il est temps de le congédier ; mais le poète tient à constater combien ce personnage a déployé d'art dans la tâche difBcile de manifester pour les élus sa pensée secrète, en la faisant accepter pour orthodoxe par les profanes. Aussi le proclame-t-il grand artiste parmi ceux à qui il a donné la parole dans ses chants du Paradis, fra i cantor del Ciel artisia.

Et Dante a raison de le proclamer tel, car il a su nous insinuer tout doucement que, dévoué de cœur à la cause impériale, il a?ait embrassé la religion d'Amour à la suite de son mariage avec une Yaudoise ; il a mis sous nos yeux un magnifique tableau de la prospérité de Florence, au temps où elle s'abritait sous le patronage impérial, et oà partie de ses citoyens professaient en paix la foi des Pauvres de Dieu. 11 a passé en revue les plus anciennes familles florentines, leur distribuant Téioge ou le blâme selon qu'elles avaient sifivi l'étendard de l'Empire ou la bannière de l'Église. Il a prédit le triomphe à son arrière-petit-fils, sur ses ennemis guelfes; enfin il a glorifié dans Josuè, regorgement des rois et la destruction du culte des images, dans Judas Machabée, les défenseurs dû Temple et ses vengeurs, dans Charlemagne, la plus haute expression de la puissance impériale, dans Roland, la force populaire se dévouant à son service, dans Guillaume et Rainoard, dévots à la manière des Normands, assommant les moines tout en prenant eux-mêmes le froc, les héroïques défenseurs de cette Aquitaine envahie et dévastée par les hordes idolâtres que déchaînait sur elle Noupatris, roi d'Orasle ; enfin dans Godefroî de Bouillon et Robert Guiscard, les deux championsqui avaient causé le plus de mal à Grégoire VU et à sa cause, Tun en le combattant à visage découvert, l'autre en se posant comme son défenseur. Ajoutons que Guillaume d'Orange, dont les poètes provençaux faisaient Tauleur de la maison de Toulouse, et sur le compte duquel ils se complaisaient à mettre les exploits des héros normands, ennemis de la France du nord (P. Paris), Guillaume supplée ici Raymond de Saint-Gilles, passé volontairement sous silence, comme le Sicilien Rainoard supplée Frédéric II, issu de Robert Guiscard, par sa mère Constance, autre croisé dont il ne fallait pas réveiller le souvenir.

Cacciaguida, qui s'est tiré sans encombre d'une pareille épreuve, au point que personne ne s'est avisé jusqu'ici de suspecter la bonne foi de ce vieillard vénérable, et ne s'est aperçu de l'extrême adresse avec laquelle il excluait du nombre des champions de la vraie foi, Simon de Montfort, le héros de la croisade albigeoise, pour exalter le rusé Normand dont l'assistance désastreuse avait été pour Grégoire VU nne lamentable croix, Cacciaguida, il faut le reconnaître, peut être considéré comme proies en l'art d'amour ou Gaie science, et mérite incontestablement le titre d'artiste que lui décerne son arrièrepetit-fiis ; aussi le fait-il figurer au centre de cette troisième cantique, comme résumant dans son ensemble le plus complet sa pensée politique et religieuse. En évoquant cette belle et noble figure, Dante

semble avoir voulu nous dire : Voilà celai dont j*ai suivi Teiempie et les leçons, comme lui, j'ai été Gibelin et j*ai préféré la religion d'Amour à la religion de haine, celle de la vallée du Pô à celle de la vallée du Tibre; comme lui, j'ai pris la Croix malgré moi, pour senir mon empereur bien aimé, car ce langage orthodoxe qu'il m'a falln affecter, pour diriger plus sûrement mes coups contre la théocratie romaine, a été bien réellement pour moi une lourde croix; mais c'est à quoi doit se résigner quiconque veut combattre satan Aleppe et suivre la loi de Christ, chi jn-ende sua croce e segue CRISTO, mais non pas le Pape.

.„, Attendant que sa bouche ou son geste Me didàï mon devoir, etc.

22. C'est en effet par l'enseignement oral et à l'aide des signes convenus, per parole o per attosegnato {poy. chant xv, note 8), que les membres de TÉgiise occulte étalent mis en demeure d'accomplir leur devoir, il laro dovere, en contribuant, dans la mesure de leurs forces, au triomphe de leur foi.

...»./e vis ses heaux yeux Briller resplendissaniSt si purs et si joyeux, etc

23 E vidi le sue luci, etc., cioè le sue demostraztoni, dit TOttimo, nous donnant ainsi une nouvelle preuve de sa parfaite intelligence du poète, qui déclare dans le Cofwùo^que les yeux de sa dame Philosophie sont ses enseignements.

Du reste, Béatrice aurait été bien difficile à satisfaire si elle n'eût pas montré l'allégfesse la plus vive après avoir entendu le Patriarche des croisades exprimer, dans un langage dont elle avait la clef, des opinions si complètement selon son cceur. Aussi se montre-t-elle à son fidèle plus rayonnante que jamais, de joie et de bonheur, tanto mera, tatuo gioconda, car l'allégresse de Béatrice s'accroît à chaque bonne malice que son disciple bien-aimé peut faire à sa rivale détestée, et nous ne sommes pas au bout.

Comme, alors qu*on se sent de jour en jour au cour Pltu de joie à hien faire, etc.

ik. Dante se rend avec justice ce témoignage qu'il a parfaitement opéré dans ces trois derniers chants, où il a déployé toutes les ressources du génie poétique, en même temps que les combinaisons de

CHANT XYUI. 1019

la disamuiadon haineuse la plus raffinée. Machiavel a dit « il faut faire le fou, coinnic Brulus, louant, disant» vantant, accomplissant es choses contraires à sa conscience spour plaire au prince. » Dante Favait devancé dans la théorie et dans la pratique et, pour abuser le prince, princeps mundi, pour travailler à sa ruine, il n'hésita pas à faire lefou, a/ 77i«rca(o de' non ^a^yt (Ganz. XY. yoy.RévèL,^, 36&), \ feindre la dévotion catholique et à dire des choses contraires à sa conscience. Le tout pour s'élever de plus en plus, bene operando, à ses propres yeux et à ceux de son adorable Béatrice qui, en récompense de ce que la sua virtute avanza, le fait monter] au ciel de Jupiter.

Je reamn'M, à voir utié àauce Xumihre E^ncher nwMw\mii sa limfidit hUKnckewr, elo.

25. Savez -vousi pourquoi Béatrice passe du rouge au blanc T C'est que, de l'atmosphère de Mars, dont la teinte sanglante s'est reflétée iorcément sur elle, et cela à sa grande honte, elle passe dans l'atmosphère tonte gibeline de Jupiter, dont la couleur blanche, celle des partisans de l'Empire et des Templiers, la décharge de cette honte qui lui empourprait la face, di vergogna il carco. N'étes-vous pas convaincus , recourez an Tuileur maçonnique. II vous a déjà parlé d'une tenture ronge décorant la loge du Patriarche des croisades, que nous avons retroQvéedans Marsaurûo affocato. Lhbien, il vous signalera une tenture blanche (p. 20&) dans la loge des chevaliers Kadosh ou Parfaits, que le poète nous ouvre dans Jupiter, candida e teniprata Stella. Ainsi chez Béatrice le changement de couleur continuerait de se trouver en parfait rapport avec la décoration rituelle de la Maçonnerie. Elle serait ou rouge ou blanche, selon que la loge correspondante au ciel dans lequel elle passe, est tendue de rouge ou de blanc. Nous laissons tirer la conséquence aux lecteurs de bonne foi.

£fi Voitre jovien je vis distincUnienlf etc.

26. Le P. Lombardl a eu raison de croire que l'épithète de gioviale, appliquée à la planète de Jupiter, doit s'entendre tout à la fois dans le sens de jovien et de jovial. Pour le poète, en effet, cette planète toute monarchique est comme un fanal, facella, allumé à l'aide de la Gaie science, pom* éclairer les fidèles d'Anu^ur désireux de voir la monarchie universelle remplacer la théocratie catholique ; aussi est«ce Tamour monarchique, l'anwr che li era, représenté par

1020 LR PARADIS.

des souverains selon le cceur du poète, qui va dessiner les lettres destinées à manifester sa pensée intime. Mais commençons par apprendre de lui-même quels rapports pouvait avoir l'astre jovial, où il est transporté, avec une des sciences reconmiandées aux adeptes : ff Le ciel de Jupiter peut se comparer à la géométrie pour deux propriétés. Ainsi, d*abord, il se meut entre deux cieux dont la température opposée contraste, répugna, avec la sienne qui est moyenne et bonne : savoir, entre le froid de Saturne et la chaleur de Mars. D'aa- Ire part, il est le seul entre toutes les étoiles qui se montre blanc et presque argenté. De même, la géométrie se meut entre deux parties qui contrastent avec elle, repugnanti ad essa, savoir entre le point et le cercle, qui tous deux répugnent à sa certitude; car le point est immésnrable, à raison de son indivisibilité, et aussi le cerde, dont l'arc résiste à une quadrature parfaite. La géométrie est aussi très-blanche en ce qu'elle est sans tache d'erreur, et très-certaine par elle-même, ainsi que sa suivante, ancella, qui a nom perspective. » Nous verrons plus tard des mêmes sciences mentionnées honorablement, à raisou de leurs rapports mystérieux avec tel ou tel grade, dans les réceptions maçonniques.

Brillantes de clarté, ces saintes créatures.

Volant tout en chantant, dessinaient des figures, etc.

27. Ces saintes créatures, santé créature, non moins bien disciplinées que les oiseaux du marécage dont les bandes se forment soit en ligne, soit en demi-cercle, soit en triangle, mues qu'elles sont par une pensée unique , se groupent d'elles-mêmes de manière à reproduire les caractères destinés à formuler leur devise coaunaiie.

D*ahord leur danse au chant s^accordait nohU et digne, eic.

28. Ces élus royaux chantaient tout en accomplissant leurs éfolutions graphiques, mais Dante s'abstient discrètement de nous àite ce qu'elles chantaient Nous n'avons pas de moins bonnes raisons pour croire que leurs chants ne différaient guère de ceux qui retentissaient tant dans les temples albigeois que dans ces loges maçonniques signalées dans le Vulg. eloq., lib. I, comme répandues par toute l'Italie, et où les Templiera réunissaient leurs affiliés. Car, il n'y pas à s'y tromper, après avoir passé successivement par lesgradesde prince de Mercy, de chevalier du Soleil, de Noachite, de gFaod Écossais de Saint-André ou Patriarche des croisades, Dante arriu*,

dans Jupiter, à celui de che?alier de Y Aigle noir ou blanc ou de Kadosh, mot hébreu, dont l'acception est la même que celle de Cathare, c'est-à-dire sanctus, purificatus, ou Parfait Nous savons déjà que Jopîter se fait remarquer par sa blancheur, candore, comme 3larspar sa rougeur, et qu'une tenture blanche décore la loge des chevaliers Kadosb. Les changements de couleur de Béatrice, en passant d'une de ces planètes dans l'autre, vous ont paru assez significatifs ; mais la ressemblance ne s'arrête pas là.

Que dans ces quelques vers éclate ta puissance, etc.

29. On va juger si la difficulté que le poète avait à vaincre, se bornait à l'ajustement de quelques mots latins dans ses tercines, et si les détails maçonniques, dans Içs^uels il se proposait d'entrer, n'étaient pas tels qu'il dût invoquer à son aide, très-peu chrétiennement sans doute, cette Muse qui déjà l'avait si bien inspiré dans des circonstances analogues.

CtVig fois sept lettres donc frappèrent mon regard, etc.

30. Cinq fois sept font trente-cinq lettres, composées chacune d'un certain nombre de lumières ou de Splendeura, luci, splendori, ce qui nous indique que la loge des chevaliers Kadosb, à cette époque, était éclairée par 35 bougies, lorsque son luminaire est aujourd'hui de 81, que l'on réduit à 27 et quelquefois à 9. A quoi bon préciser le nombre de lettres contenues dans le précepte qu'on a sous les yeux, si ces chiffres n'avaient pas une signification rituelle?

Diligite d'ahord et puis Justitiam, elc,

31. « Aîmez la justice vous qui jugez la terre. » Ces paroles du premier livre de la Sagesse, attribué à Salomon, dont le nom est en si grande vénération chez les Maçons qu'ilsjle mettent partout, s'adressent bien entendu aux papes et aux rois. Or, il est bon de savoir que les chevaliers Kadosb, Parfaits ou Cathares, sont des amis dévoués de la justice, dont le nom se reproduit sans cesse, tant verbalement que par écrit, dans leurs réceptions, et qu'ils ont précisément pour mission de venger les victimes de l'iniquité pontificale et royale, à savoir y les Albigeois et les Templiers; puisqu'ils sont Templiers euxmêmes, et que leur mot sacré est nekamah, c'est-à-dire uUio, Dans le quatrième appartement, où la loge prend le titre de Sénats le grand-

maître, qualîné de trois fois paissant, représente Frédéric II ; non pas le roi de Prusse, comme on l*a si naïvement cru et répété parmi les Maçons, mais le pupille d'Innocent III. (Willaume p. 20^ et suiv. Rituel manuscrit.) C'est le représenunt de Frédéric II qui fait jurer au frère déjà décoré de l'insigne de l'aigle, « d'être toujours prêt à marcher pour rétablir l'ordre du Temple et pour venger la mort de Jacques Molay, dès qu'il en sera requis, sur ceux que le chapitre Lui désignera; » d'élever un édifice digne de ses frères, lo risc an édifice worthy his brothers, et qui lui communique le nom qu'il doit prendre à l'avenir, nom qui leur est particulier, imconmon to ail others and which is : Knight kadosh or Knight oftke white and hLkCK £AGLE, instead of knight templars, {Light on nmsour^ p. 287.) Le tout précédé de paroles d'exécration contre Philippe4c- Bel, Clément V et les rois et princes'compliccs de la ruine de l'Ordre, compris sous la dénomination générale de traitors ofthe Temple, Or, c'est le châtiment de ces traîtres qui doit être une leçon pour papes et rois, en leur enseignant à pratiquer la justice.

Dans VM du denùer mot la phalange tuhlime Resta, gardant ses rangs, à scintiller encor. Et l'astre ainsi semblait d'argent diapré d'or,

32. Cet M, initial tout à la fois de Molay, l'Hiram des chefaiiers Kadosh, et de martyr, mot dont Hiram nous offre les lettres principales, avoit droit, à ce titre, à toutes les sympathies de ces bienheureux Templiers, dont une des qualifications est celle de Grand élu; c'est donc sur lui qu'ils s'arrêtent de préférence, pour exécuter le changement de décoration où le poète va déployer sa dextérité ordinaire. L'astre paraît argenîo d^oro distinto, attendu que nous lisons dans le Rituel manuscrit que l'aigle qui surmonte le trône est ■ becque, membre et couronné d'or. »

Puis j'aperçus d'en haut d'auires clartés descendre Sur le point culminant de TAf, et s'y poser, etc.

33. Le concours de tous les Grands éUis, pArfatts et sublima Maçons, était indispensable pour former l'insigne par excellence de rOrdre. Ils arrivent donc en foule sous forme de lumières, bmit en chantant le bienheureux Henri YII, dont l'esprit leur imprime leurs mouvements et qui les attire sympathiquement à lui, à ce que croit Dante, cantando, credo, il B.EN. ch'a se le move. Nous savons coffl-

bien le po(Ste apporte de circonspection à s'expliquer sur ce que cbaoïent ses saints; ou il n'entend pas on il ne comprend pas.

Ensuite^ comme on voit des tisons embrasés, ele,

%h. Dante se faisait sans doute illusion, en voyant les Grands élu^ du Temple aussi nombreux dans le Paradis que les étincelles qu'un coup de pincettes fait jaillir des tisons embrasés; mais l'illusion est la consolation des malheureux et il faut la lui pardonner.

Les unes s'éUvani haut et les autres peu, etc,

'35. C'est toujours le soleil ou le grand Orient qui sait discipliner u bien la grande armée des vengeurs du Temple, et assigne à chacun d'eux leur rang ou leur grade, en faisant monter beaucoup les DUS et peu les autres^ salir quai assai e quai poco.

Je «i« le cou d'une aigle et sa tête apparaître.

36. Yoilàle grand mot tracé, et le poète étale avec bonheur à nos yeux le bijou du grade, comme il est appelé dans les rituels, à savoir: ooe aigle aux ailes éployées. Cette aigle est blanche et noire, chez les Francs-Maçons, comme le pavé mosaïque du Temple, c'est-àdire qu'elle change d'aspect selon les circonstances, lumineuse pour les initiés, obscure pour les profanes. Celle-ci se montre blanche à rioitié Dante, parce qu'il se trouve dans la seconde pièce de réception des chevaliers Kadosh» dont la tenture est blanche. L'aigle est dédoublée dans Âquilant le blanc et Gri/fonle noir. (Yoy. Pg. xxix, note 27. )

Guidfi $t maître lui-même^ il inspire et bénit Uinstinct qui, sans errer, donne la forme au nid»

37. Les adeptes sont eux-mêmes les éléments, les matériaux de cette aigle, qu'ils représentent aux regards, et que leur mission est de reconstituer dans toute sa gloire et sa puissance. La tâche qu'ils remplissent leur est imposée par Dieu même et, maçons du Temple, appelés à élever « un édiGce digne de leurs frères, » c'est pour eux affaire d'instinct, comme pour les oiseaux l'aptitude à bâtir leur nid. Uais de plus nous ne serions pas éloigné de croire, en adoptant en partie l'argumentation du P. Lonibardi , qu'il faudrait traduire nidi par loges, véritables nids pour les sectaires, qui s'y réunissaient mystérieusement, après leur avoir donné la forme et la décoration rituelle,

la niêiuc pour toutes, attendu qu'elles étaient réglées unifomiéineot par la même antorité suprûuie, virtù, dyname,

Ewtni à faire joeti four achever X image.

^ 38. La tête et le cou de l'aigle une fois dessinés au-dessus du Y, qui forme la partie centrale de TM, et les deux jambages latéraux figurant l'extrémité inférieure des ailes, il y avait peu à faire pour compléter l'image révérée, con poco moto seguùù l'irûprenta.

....Du Ciel, dont tu faisVomemenf^ le délice, Ém€me, comme ejfet, notre humaine justice, etc.

39. Cette aigle est si bien l'insigne'du grade, son bijou, que Daiilc trouve moyen d'appeler de ce nom son étoile chérie, dolce siella, on s'écriant qu'elle enjoyeile le ciel, lo ciel che tu ingemme, ciel do Temple maçonnique, vers la voûte duquel elle semble s'envoler ; ciel dont émane la justice, qui doit frapper les bourreaux du Temple Aussi le poète dit-il notre justice, nostra justizia^ pour bien faire comprendre qu'il s'agit de cette justice impériale dont les Kadosh font serment d'être les exécuteurs sur ceux qui leur seront designés. Nul ne croira assurément que Dante partageât l'opinion de ceux |K)ur qui Tadministration de la justice sur la terre subissait rinflucac^ du ciel de Jupiter, à moins qu'il n'entendit toutefois celui qui lançait les foudres du Vatican.

De voir où 2a vapeur s*engendre et se najurrit \

Qui voile tes rayons, etc. J

60. Je conjure donc l'esprit sectaire, tout à la fois Gibelin et Templier, qui dirige ta pensée et tes actes, dont ton courage s'inspire, la mente in che s*inizia tuo moto e tua virtute, d'examiner d'où provient la fumée qui vicie tes rayons. Cette fumée, /"«mo. équivaut à la caligine det mondo dont la signification a été expliquée an ch. XI du Purg.; elle a son foyer dans Rome, et non -seulement elle obscurcit les rayons de l'aigle impériale, mais encore elle en dénature, elle en pervertit la bienheureuse influence, tuai raggi vizia.

... Au trafic quifiêlrit Ce temple dont les murs, fondés sur tant d'oracles, etc»-

M. Afm que le Christ ait h s'irriter de nouveau en voyant ini clergé sacrilège trafiquer des choses .^^aintes, et Clément V, dans «a

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misérable iiiiérêt temporel, vendre à PliîBppe-le-Bel le sang et les ricbesses de ce Temple livré à la spoliatio» la plus eiïrontée, sans respect pour tant de martyrs de rOrd<^e et pour les signes manifestes de la protection divine. Qui sait même si par ces mots, si murô d\ sepi, le poète n*a pas entendu exprimer que les nouvelles murailles du Temple sont les signes mystérieux destinés à établir une bamère infranchissable entre les initiés el les profanes?

O milice du Ciel que j'adjure à genoux, etc,

kl. 0 soldats du Christ, Commilitones Christù comme saint Bernard appelle les chevaliers du Temple, vous que j'ai là devant les yeux, ajoute le poêle, pour bien faire entendre que ceux qu'il contemple sont des membres de l'Ordre proscrit ; adorez Dieu comme il veut Têtre, c'est-à-dire à notre manière, adora (ce qui nous rappelle le B^Ef^. per me s'adori, signalé au cb. Y du Pwy.), afin que tous les malheureux égarés par l'exemple du pontife romain, du Capo reo, de ce vieillard qui se mire dans la corruption romaine, son ouvrage, en tournant le dos à la lumière d'Orient {Enf, xiv), aient à revenir au bien, à la foi évangélique et à la monarchie impériale, en répudiant la rdigioD de haine et le malo esemplo. O Cavameria clie vûtoriasti liei mondo, dit l'Otiimo, qui sait fort bien de quel ordre de chevalerie il s'agit ici, adora pei" la mandra di Dio^ dïsviata per lo nialo esemplo del PASTORE.

Jadis avec le glavoe, on se faUait la guerre, elc,

!\Z, Pour qu'il n'y ait pas à se tromper sur la source du mauvais exemple, le poète dirige immédiatement notre pensée sur les Papes, Don-seulement comme perpétuant en Italie ces luttes intestines à la suite desquelles tant d'exilés étaient réduits à manquer de pain, iogliendo lo pan che il pio padre a nessun serra ; mais encore parce que, se faisant une arme redoutabledes excommunications, iiscausaient ia ruine des princes et des peuples, contre lesquels ils en abusaient cruellement, ce dont serait incapable un pio padre, Croira-t-on qu'en écrivant ers vers, Dante ne pensât pas aux Albigeois, à ces martyrs de leur foi dont, à près d'un siècle de distance, il n'osait pas même prononcer le nom?

10S6 LK PAHABI8*

Maii loi qui mceris rien q^^e pour U rahurêr^ de.

(i!i. Après l'atuque générale contre les chefs de TÉgltse, voici venir l'attagae particulière «ontre Clément V, coupable d'avoir sacrifié Tordre du Temple à la cupidité de Pbilippe-le-Bel. Le reproche qui lui est adressé, de n'écrire que pour raturer, ne fait pas seulement allusion, comme le reconnaissent tous les commentateurs, aax censures et aux anatbèmes dont ce pontife accordait la révocation ï prix d'argent; mais encore à ses hésitations dans le procès des Templiers, qu'il laissa instruire par les légistes de Philippe-le-Bel, après en avoir évoqué la connaissance comme un droit du saint-siégc; procès qu'il finit par sanctionner, eu supprimant l'Ordre de sa pleinv autorité, après avoir maintes fois protesté contre les iniquités barbares dont les chevaliers du Temple étaient l'objet Aux yeux du poëte, ces chevaliers éuient l'élite de la chrétienté, la partie la plus vigoureuse et la plus féconde de la vigne dn Seigneur; aussi reproche-t-iU Clément Y de l'avoir dévastée, en donnante entendre que, tout Pape qu'il était, il ne fut pas même chrétien, pour avoir osébraver l'indignation des deux grands apôtres du christianisme et agir comme s'il n'eût pas cru que, du haut des cieux, ils étaient témoins de ses méfaits; Pensa clie Piétro e Paolo ancor son vivi^Son^ qu'ils revivent dans les Parfaits, ces apôtres de la religion de vie» en lune incessante contre la loi de mort

,..,\fe tient tant defervetir Pour celui qui jadis vécut en solitaire f etc.

U5. L'or, selon le poëtc, était le seul dieu auquel crût le pontife qu il poursuivait de tant de haine, et les florins frappés à l'effigie de saint Jean-Baptiste, ce pieux solitaire dont Héroditidc acheta la tête par ses danses lascives, c/te per saltt fù tratto a martiro^ avaient un bien au* Ire prix aux yeux de Clément que l'exemple de saint Pierre et de salut Paul. Nous rappellerons, à ce sujet, que ceux qui suivaient les doc* trines vaudoises et albigeoises revendiquaient obstinément le titre de chrétiens, et que, à l'exemple des gnostiques, ils prétendaient se rattacher, par une tradition non interrompue, aut Apôtres, dont ib vénéraient la mémoire, mais sans leur rendre un culte de latrie.

mm m.

L'oiseau ruplendfistaM, les ailes éployées, etc.

1. La belle image, comme l'appelle le poète, se compose de chevaliers Kadosh, qui ne sent autres, on Fa vu, que des Templiers et, par suite, des profès en Gaie science, terme équivalent à la religion d'Amour» cette source de joie et de bonheur. Aussi rien n'égale l'allégresse des âmes joviales, en formant l'oiseauyovta/ ou jovien, insigne de la puissance dont elles attendent le triomphe de leur cause* net doUe frui liete faceva C anime conscrte. S'il y a caicmbourg dans l'emploi de giaviale pour jovieu et jovial tout à la fois, c'est à Dante ((u'il faut s'en prendre ; mais il ne faut pas nous en vouloir |)our ravoir signalé, car nous ne sommes pas le premier. £11 effet, voici ce que l'on peut lire dans le plus ancien commentateur du |)oeiue : « Après avoir préparé la matière de son dire jovial, del stio yioviale dire, dans le chant précédent, le poëte va la développer en faisant parler la figure de l'aigle composée d'esprits d'humeur joviale, composta di spiriti giomali, » [Cant. XIX. Prœmio.) Rien ne prouve mieux la profonde intelligence du texte chez l'Ottimo, que cettç affectation de sa part à reproduire coup sur coup, en jouant sur le mot, l'expression même sur laquelle il voulait appeler l'attention du lecteur.

Chacune paraissait un ruhis dont Vardeur, etc.

2. Les âmes de ces chevaliers du Temple semblaient autant de petits fobis» mbitietto, attendu que la croix rouge de l'Ordre était ce qui frappait plus particulièrement l'attention du poêle; ces rubis brillaient de tout l'éclat dn soleil d'Orieitt, dont chacun d'eux, ciasctma, reflétait les splendeurs dans ses yeux, ne' miei occhi rifrangesse LUI. Il est assez difficile de savoir si lui se rappot'te au rubinetto, au rayon on au soleil ; mais l'amphibologie disparaîtrait si l'on devait lire L. YL II faut, du reste^ que l'Ottimo attachât une importance particulière à ces rubis mystérieux j puisqu'il termine sa note en disant qu'ils mériteraient une admirable exposition, qui si votrebbe mira-bile esposizione. Qu'on veuille bien nous dire ce qui l'empêchait dç la dcHiner.

Ne fut, en auâitn temps, plume apte à le décrire, etc.

3. Qai jamais avant Dante aurait imaginé d*étaier à nu, dans une composition poétique, tous les symboles d'une association mystérieuse, dans le but de les faire pénétrer, avec ses doctrines, dans les rangs ennemis? Qui aurait songé à éveiller ainsi, chez les esprits curieux, le désir de connaître le sens de ces symboles, puis celui d*étre admis parmi ceux qui savaient les comprendre et les expliquer ; le toot grâce aux insinuations des adeptes, chargés d'éclairer peu à peu, sur la signiQcation intime du poème, ceux qu'ils avaient mission de recruter? Non, jamais Tarlifice sectaire n'avait été poussé jusque-là. Jamais, faute de comprendre , même en partie, on ne l'avait soupçonné, ne fù per fantasia giammax campreso.

J'outs parler lehecde l'aigU, et de met yeux, etc,

6. Il est tout simple que le symbole impérial, représentation collective d'une association formée d'un nombre donné d'individus portant les mêmesMnsignes, formant les mêmes projets, aspirant an même but et mus par une même volonté, parle à la première personne du singulier eu exprimant la pensée collective. Dante aurait donc été assez peu fondé à tant crier merveille, si sa pensée n'avait été de stimuler par là l'attention de ses lecteurs.

Ici, commença''t'il, comme jutie et pieux, de.

5. Traduisez : C'est pour avoir été justes et, avoir aimé. Dieu et notre prochain, jtuto e pio, comme il est recommandé aux chevaliers Kadosh, que nous sommes ainsi exaltés par le poète, qui partage notre foi, et brillons dans le grade désigné par les mots nec plus ULTRA, grade che non si Idscia vincer a desio, puisque le désir ne saurait aller plus loin. Lors de la réception à ce grade, le vénérable se nomme chevalier grand-maItre, le premier surveillant ckevaUer GRAND-PRIEUR, d'où Ton peut conclure qu'il n'y a là qu'une ramification de celui de Kadosh. £n effet, si nous en croyons le F. *. Bonbée, toute la série des grades de 19 à 30 serait comprise dans le Kadosh {Étud hist. et philos, sur la franc-maçonn, , p. 121), entre autres ceux de grand-pontife, prince du Liban, prince du Tabernacle, prince de Merci, chevalier du Soleil, Grand-Commandeur du Temple et Patriarche des croisades. Qu'on juge par là combien de

Parfails oa de Kadosh ont déjà passé sous dos yeux, grâce à Tbabilelé de la mise en scène.

En honneur foi laissé sur terre ma mémoire , etc»

6. Gomme celle de TËmpire romain, la mémoire des Templiers a sonécu à leur ruine, les catholiques eux-mêmes, genii malvagge, ne peuvent leur refuser les justes éloges dus à leurs exploits eu terre sainte, commendan let; mais ils ne songent guère à les imiter, che poco tocca al Papa la memoria. (Parad. ix.)

Comme de cent ehwrhons ne naii qu'une chaleur, etc.

7. Le fende la charité dont sont embrasés ces Parfaits, ces fidèles d'Amour, les fait comparer à bon droit à des charbons ardents, moUe bragge, n'exhalant qu'une même chaleur, comme leurs paroles n'expriment que la même pensée d'amour, molli arnort.

Veuillez me soulager de la faim importune, etc.

8. Ces âmes joviales, émanées de la source de toute joie et nourries de la Gaie science, deviennent maintenant des fleurs, dont les senteurs se confondent en un parfum unique, parfum de justice, comme le dit TOltimo, odare di giustizia, qui éveille l'appétit du poète, toujours avide de ce pain des anges, cibo^ dont le Convùo devait appeler à prendre sa part la foule de ceux que l'Église catholiqae tenait plongés dans l'ignorance.

Je sais bien que s'il esi une autre sphère au Ciel, etc.

9. Si vous avez au-dessus de vous le Grand-Orient, qui réfléchit dans tout son éclat la justice divine, les voiles de l'allégorie et du symbole, qui dérobent ses décrets aux profanes, sont transparents pour ceux de votre grade, il vostro non l'apprende con velame.

..».Vou8 n'ignores Quel doute f en moi hien vieux, réclame votre office,

iO. On comprendrait que le poète désirât vivement, depuis longtemps, dclaircir ses doutes au sujet d'un de ces grands problèmes dont l'esprit humain s'est préoccupé à toutes les époques; mais on va voir qae la question sur laquelle il attend une solution n'a pas une

aassn large portée el qne l'aigfe s'arrangera même pour ne lai donner qti*une explication assez obscure.

De même irtnailXxl X'emhlkmt gloriexxx, etr.

11^ Savez-vous pourquoi Taigle est si joyeux? C'est qu'il fient de trouver le moyen de se faire reconnaître pour un symbole maçonnique sans compromettre en rien les secrets de l'Ordre. C'est qoll Ta apparattre dégagé du voile qui le couvre encore aux yeux des initiés, comme le faucon dont on détache le chaperon, quasi falcone ch' esce di cappella. Voilà pourquoi s'applaudit ce symbole parlant formé de Parfaits ou de Cathares, chantant les louanges du Seigneur tout autrement qu'on ne le fait dans l'Église romaine, comme le savent les saints anges du Paradis sectaire, con canti quai si sa che lassii gaude.

..,. Celui dont le compas Dans Vespace traçant les limites du monde, etc.

12. Dans le cours de son allocution en qualité d'orateur de la loge des chevaliers Kadosh, allocution appelée instruction en France, lecture par les Anglais et lettura par les Italiens, l'aigle ne peot manquer de faire allusion aux deux grades honoraires de petit et de gj^aïul Architecte. Voilà pourquoi il représente le Créateur, dans son rôle de souverain architecte de l'univers, faisant tourner le compas dans l'espace, et traçant ainsi les limites du monde, tant visible qu'iavisible, occulta e manifesta. Bien plus, il nous le montre dessinant lui-môme le bijou de ce grade, h savoir : un cercle d'or contenant un double triangle formé d'un compas et d'un niveau, thejewd û a double triangle formed with a, compas and level, and contained with a golden circle. « Le cercle, est-il ajoute, représente l'immensité de l'espace, » et il est évident que le triangle maçonnique étant le symbole de Dieu, le double triangle, l'un supérieur, l'antre inférieur, représente l'ensemble de ce que l'aigle appelle occtiUo e manifesta, tout ce que renferme le saint des saints, the holy of haltes, and in Hebrew, Hekal. • (Voy. Light on Masonry, pp. 293 et suiv., 298 etsuiy.)

',.. A celte œuvre féconde Ne put tant appliquer ^ne marque profonde, etc.

13. Quelle que soit l'immensité de l'univers, où k grand Archi-

CHANT XTX. lOâl

lectc a laissé i*einpre!Dte de sa toate-pnissante sagesse, sa pensée en dépasse encore de beaucoup retendue.

Le premier orgueilUiLX en est la preuve sure : Pour n'avoir pas^ aveugle, attendu la clarté^ etc.

14. C'est faute d*aToir Tula lumière, per non aspettar lume, que Satan tomba du ciel, comme un fruil qui n*a pas atteint sa maturité; ceux-là donc, qui restent dans les ténèbres et ne sont pas mûris par le soleil d'Orient, seront à leur tour précipités dans l'enfer, où ils rejoindront le premier orgueilleux, îL p^nmo superbo, ce monstrueux Lncifer dans lequel Dante n'a rien négligé pour nous faire reconnaître ceux qui l'ont suivi dans les voies de l'orgueil.

.... Toute nature N'ojfre qu'un réceptacle étroit i trop limité, etc,

45. Les Papes ont voulu s'égaler à Dieu, se donner pour ses représentants, prétendre ï l'infaillibilité et prononcer sans appel sur les plus hautes questions du dogme; mais la portée de l'esprit humain est trop courte pour embrasser l'être infini, qui n'a d'antre mesure que lui-même, ch*è sema fine, e se can se misura.

"Par m nature même il m trouve impuissanty etc.

16. Ainsi les Papes, qui ne sont pas d'une autre nature que le reste dos humains, minor natura, ne peuvent qu'errer comme eux en prétendant sonder la pensée divine et, déçus par l'apparence, s'écarter beaucoup de la réalité, molto di là da quel cK egli è parvente. Inférieurs à Satan, che fu la somma d'ogni ci'eatura, et aussi orgueilleux que lui, comment échapperaient-ils à son sort, et, sans aspettar /t/me^ pourraient-ils se flatter de discerner nettement et dans son immensité celui qui est le principe de toutes choses?

L'intelligence dont le Ciel vous a pourvus N'arrive à sonder mieux la justice divine, etc.

17. Concluez de h que tes chefs de l'Église, principes mtmdùtïQ iroient pas plus ce que cachent les profondeurs du Ciel, que votre regard n'aperçoit au fond de la mer, quoique vous puissiez distinguer, à quelques pas du rivage, le sable et les rochei*s que recouvre la vague, conC occhxo per lo mare intro s'interna.

1032 LE PAKADIS.

, Ne t'épand la clarlé que de la pure étoile, etc,

18. La lamièrc vient de Dieu seul et non des hommes, qui osent se meure à sa place; celle qui ne dérive pas de ce foyer, que rien ne saurait troubler, n'est que ténèbres. Ce qui provient des hommes, fussent'ils Papes ou cardinaux, n'est que le résultat de l'ignorance ou des mauvaises passions, è tettebra ûd ombra delta conte o suo velefw.

.... II n'en faut davantage Pour que, désormais, tombe en entier le nuage, ete.

19. Maintenant que le voile est écarté de tes yeux, tu n'auras plus à confondre la justice pontificale, giustiziamorta, ombre de la chair ou son venin, avec la justice divine, giustizia viva, et tu feras trêve \ tes questions à ce sujet.

Ainsi, lu te disais : — Sur Vindien rivage.

Où nul ne proclama le nom de Jésus-Christ, etc.

20. Tù t'es préoccupé de propositions comme celles-ci : Hors de l'Église point de salut ; le juste même, qui n'a pas reçu le baptême et ne s'est pas soumis à la discipline catholique, ne peut être sauté; et tu t'es dit : Comment est-il possible que le père de toute justice condamne à des peines éternelles l'homme vertueux qui n'a jamais entendii parler de Jésus-Christ, ni. du baptême, ni de l'Église?

.•.Qui donc ec-tu toi-même, etc.

21. Celte réponse qui, du reste, ne résout pas la difficulté, ne s'adresse pas évidemment à celui qui doute et s'informe; mais à ceux qui prononcent ex cathedra, la condamnation du juste non baptise, aux Papes et aux docteui*s catholiques, qui prétendent décider de leur siége^ a scramia, sur des choses hors de leur portée, lungi mille miglia. L'artifice, dans toute cette tirade de l'aigle, consiste à diriger partout ailleurs les paroles qui semblent s'adresser à Dante. {Voy., sur les opinions des Cathares ou Pauvres lombards, qui, pour nous, malgré des dissidences momentanées, ne font qu'un avec les Yaudois ou Pauvres de Lyon et les Albigeois, le Tractaïus de hœresia Paupcmm de Lugduno, dans le t. v du Thés, de D. Martennc, p. 1782, et la Disputatio citée plus haut, p. 1754.)

Si ne vous parlait pat de bien haut VEcriture, 9e,

22. L'aigle Iroave la question trop délicate pour la résoudre cathégoriquement; il lui est plus commode dercBvoyer son interlocuteur à l'Évangile, se la scrùtura sovra voi non fosse, non pas l'Ancien Testament bien entendu ; mais elle néglige d'indiquer les passages décisik On Terra, dans l'autre chant, qu'elle a eu ses bonnes raisons pour cela et qu'elle est plus favorable à la manière de penser de Dante et de ses coreligionnaires, au sujet des justes non baptisés, qu'il ne lui convient de le paraître ici.

En soi bonne, jamais la volonté première, etc. Ne petU nul bien créé l'avoir en sa puissance, Ni l'attirer à lui, etc.

23. La volonté divine est immuable parce qu'elle est souverainement bonne et souverainement juste, mai non si masse; elle ne change pas avec les pontifes qui se succèdent sur le siège apostolique, tous infaillibles et pourtant professant des opinions différentes silr une question où sa justice est intéressée au plus haut point ; elle n*est pas déterminée par des motifs d'ambition et de cupidité, tmllo creato benease la tira; c'est elle qui s'est manifestée eh suscitant Henri de Luxembourg, essa radiando, LVI cagiona. Cessez donc, esprits grossiers, brutes humaines, terreni animait^ d'accepter aveuglément toutes les décisions de ceux qui usurpent la justice divine et la justice temporelle, émanant toutes deux de cette source que rien n'altère et qui ne se dément jamais. Voilà bien la leçon faite aux Papes et aux Catholiques, mais où est la réponse aux doutes du croyant orthodoxe?

Ainsi 9u« la cigogne, alors qu*à ses petits^ etc.

24. L'aigle a tout lieu d'être satisfaite d'avoir émis sans se démasquer entièrement des propositions assez délicates, et Dante d'avoir recueilli ses instructions qui, pour lui, sont le pain des anges; aussi la compare-t-il à la cigogne venant de distribuer la pâture à ses petits, et lui-même à l'un d'eux qui, sa faim repue, regarde sa mère tourner dans son nid. Tout nid est rond et dès lors de forme parfaite.

Que d'accord balançaient tant d*unanimes vaux, etc.

25. Pour comprendre comment l'aigle bat des ailes et tourne en chantant, soutenue par tant de conseils, l'ali movea sospinte da tanfi

1034 ' LS PAUABtS.

constat, il falit ntoir que les réonlons dans lesquelles se font io récepUoDs maçonniques, reçoivent tour i tour, et selon les grades, les noms de amseU, de chapitre, à* aréopage, de sénat, de coiu»taire, etc. , noms que nous terrons en effet employés par Dante poor désigner telle ou telle partie du Paradis. Or, c'étaient en effet ces réunions mystérieuses qui, imprimant le mouvement à la secte, la disposaient I prendre Tessor an moment favorable, quand les chants initiateurs devraient faire place à Faction.

Comme entend ion oreiUe et nom pas ton uprit, etc.

26. Si les paroles dont il s'agit $onl celles que l'aigle a prononcées au sujet de la justice di\ine, Dante a dû parfaitement les comprendre, sans cela il n'aurait pas été aussi ravL II doit donc être question maintenant de celles qu'elle a chantées tout en tournant et qui, plus eipiicites sans doute que les précédentes, étaient de nature à ne pis Mre répétées. Maïs la conclusion est toujours la naême, I savoir que le sacerdoce romain, mortali, s'arroge à tort le privilège de damner et de sauver, en pr^ugeant ainai la sentence divine.

Quand te fui arrêté Veesor de tani d*écla%r$, ete*

27, Ces lumineux éclairs de l'Esprit saint, ù(cemi incendi, font naturellement opposition à « l'ombre de la chair et à son venin, < c'est-à-dire les dignitaires de l'association sectaire aux dignitaires de l'Église romaine, comme aussi le glorieux insigne des Empereurs romains, qui les rendit al mondo reverendi, est opposé à réleodard aux deux clefs de ces Papes que l'Esprit saint a cessé d'inspirer et dont le monde subit le joug en frémissant

...Au Ciel, où êam $a gUirg il règne, Nul n*e$i monié jamais gui ne enU pas au Chriti, etc.

28. Croire au Christ, dans le vocabulaire do poète, c'est professer de cœur la religion de l'Amour, c'est aimer Dieu et le prochain, c'est croire qu'un prêtre- indigne ne peut consacrer le corps da Rédempteur, (/uod malus sacerdos non potest consecrare corpui Christi; qu'il n'est pas de Purgatoire, et que, par suite, les prières pour les morts sont inutiles, comme aussi les pèlerinages, perigrimlianes sunt irrita; que les prières en latin ne profitent en rien, attendu qu'on les récite sans les comprendre, non prcficiunt qma

fm imeUiçmUwr; quo tout hoinine de bien est prêtre, ùmnet b&ni nm sacerdaies; que tous les lieux mit également saints, et qae les cérémonies do coite, renfermées dans l'enceinte des églises, sont la Jéte des pierres, ea esse fe^a lapùbtm; qoe les cierges brôlés en riKHineor des saints sont one doperie et les chants d*église do temps pcrdo, attendu que Dieu entendrait bien mieux sans accompagnemeotde mosiqoe, tptod melùss audiret Deus sine notis. (Voy. D. Martenoe. Y, pp. 1754, 1766. Disp. CathoL et Pater.) Enfin, être chrétien, c'est croire que l'Ancien Testament est une œufre de l'esprit de haine, à l'exception des livres de Job, des Psaumes, de Saloraon, de la Sagesse, de Jésus fils de Syrach, d'Isaîe, de Jérémie, d'Éxéchiel, de Daniel et des douze prophètes, exceptis hù libris. (Voyez F. Renerii, Summa, ibxd,, p. 1769.) Pour ces chrétiens-là et pour Dante, leur plus docte théologien à coup sûr, quiconque eut la charité et fit le bien, crut au Christ, il fut Maçon dans l'âme et le Ciel lui fm ouvert.

Mqà» ioehe que (aaueoup à la houche ont U Chrigt^ éle,

29. Est* il besoin de dire que ceux qui ont sans cesse à la bouche le nom dp Christ, sont les membres du clergé catholique et en tête les vicaires du Christ ? Nous les avons vu plongés en masse dans l'Enfer pour leur avarice ( Ch. vu ) guesti fur cherci e Papi e Cardinati; ceux-là sont donc bien certains d'être plus sévèrement châtiés an jour du jugement que les païens eux-mêmes ; attendu que, d'après la doctrine vaudoise, prêtres indignes qu'ils étaient, ils commettaient nnc profanation en consacrant le corps do Christ et en adressant à ûieo des prières qu'il rejetait.

Des detix collèges quand se fera le partage, ete,

30. Quand les sectateurs de la religion d'Amour et ceux de la religion de haine auront à pa^sser, les premiers à la droite du Seigneur, les seconds h sa gauche, quando si partiranno idue CoLlegi, TEthiopien, c'est-à-dire l'école africaine ou Alcxandrine du gnosticisme (Voy. Miuter), réprouvera de pareils chrétiens et ne pourra reconnaître en enx des frères.

A%)ec jxisiice alors que ue fourrcmi fos dire Les Perses à vos rois, etc.

31. Le mot Etiope est si bien employé là par allusion à Técole

1096 ' LR PARADIS.

Alexandrine, d'où surgirent les principaox systèmes gnostîqacs, qae Taigie évoque maintenaDt le souTenir de l'école persane ou manichéenne, en paraissant s'inquiéter de ce qu'on pensera en Perse de la politique des rois européens et de leur manière d'agir envers l'ordre du Temple, héritier des doctrines de l'Orient, che potran dit li Persi ai vostrt régi ?

Les francs-maçons, à leur tour, héritiers directs des Templiers, ont conservé le livre dont l'aigle fait ici mention, lors donc qu*el)e nous en aura révélé quelques passages, nous citerons aussi quelques extraits de celui dont il est donné connaissance à leiu^ chevaliers Kadosh.

On y verra, parmi maints autres faits d'Albert, etc.

32. Le poète gardait d'autant plus rancune à Albert d'Autriche, mort en 1308, qu'il avait plus espéré de lui pour affranchir riuiie du joug pontifical. En effet, ce prince , qui avait épousé Elisabeth, belle-sœur de l'infortuné Gonradin, se trouvait allié à la maison des HohensUuffen, et le pape Boniface VIII s'était d'abord prononcé énergiquement contre son élection à l'Empire f mais bientôt, loin de songer, comme plus tard Henri YII, à rajuster le frein à^esta fiera e fella {Purg. vi), il s'était réconcilié avec le pontife et, faisant aa saint-siége des concessions plus importantes que jamais aucun empereur (Pfister, Hist. (fAlletn.,X. v, p. iUk), il avait reconnu (17 juillet 1303) que les Empereurs tenaient leurs droits du saint-siége et prêté au Pape serment de fidélité et d'obéissance. Enfin, au lieu de passer les Alpes avec une armée, pour abattre l'influence françaiseen Italie, il avait préféré, pour l'agrandissement de sa maison en Aflemagnc, porter en Bohême une guerre injuste et désastreuse et contracter alliance avec Philippe-le-Bel, dont la sœnr Blanche devait épouser Rodolphe, son fils aîné.

Sur les bords de la Seine, on y" verra le deuil Dont est cause ce roi battant fausse monnaie, etc.

33. Selon Dupleix, un sanglier aurait heurté violemment le diefal de Philippe-le-Bel, lorsqu'il chassait dans la forêt de Fontainebleaa, et le roi, renversé du choc, serait mort peu de jours après sa chute. {Hist. de France, il, p. 397.) Selon Mézerai, cet accident aurait eu lieu vers la Place-Royale actuelle et aurait été causé par un pourceau qui se serait jeté entre les jambes de son dievaL {Abrégé ChTon.y\U

223.) Toujours est*il que, pour Dante, le bourreau des Templiers, le roi faux monnayeur ne devait périr que de mort violente, comme tous ceux qui avaient pris part à cette sanglante tragédie ; telle est aussi Toploion des modernes Templiers, dont le livre conserve fidèlement les noms de ses complices, en mentionnant la mort préaaturée de chacand*eux. Ainsi, en parlant de Clément Y, on y lit : « Il ne surf écot que quarante jours à notre grand-maître J. Molay , » et au sujet d'Albert d'Autriche, e II s'entendit avec Philippe pour la condamnation des Templiers ; peu de temps après il fut tué dans une bataille sur le Rhio, par Jean, duc de Souabe, son neveu, v Le fait est que les premières mesures de rigueur dirigées contre l'ordre du Temple sont du 13 octobre 1307 et qu'Albert périt en mai 1308.

,..,0n y verra l'orgueil Qui Himuie ScossaiSt Anglais , et Us irrite, etc*

36. Les Écossais, divisés alors en deux partis, à la tête desquels étaient les deux concurrents au trône, Ballioi et Robert Bruce, ne demandaient pas mieux que de rester dans leurs limites, seul, le roi d'Angleterre, Edouard 1*', poussé par Tambition et par l'orgueil, la superbia ch' asseîa, voulait réunir l'Ecosse à l'Angleterre, coaime il arait fait du pays de Galles, et envahisait le territoire voisin. Toujours est-il qu'Edouard, s'étant associé à la politique de Philippe-le-Bel contre l'ordre du Temple, était, aux yeux du poète, criminel au premier cbct En effet « il envoya partout aux Shérifs, tant en Angleterre qu'en Ecosse, des ordres cachetés en vertu desquels les Templiers furent arrêtés le même jour et à la même heure. » (Rym. m, 3^, 43.) Or, il est douteux qu'il ait été possible d'opérer de même en £€osse,d'autant plus que.d'après la tradition maçonnique, les Templiers auraient précisément trouvé un asile dans les montagnes de l'Ecosse et qne leur livre estmiiet à l'égard de Ballioi et de Robert Bruce. Mais il n'en est pas de même pour le roi d'Angleterre. On y lit : « Edouard, grand'lord, prmce d'un génie médiocre, livré aux plaisirs et avide d'argent Influencé par les lettres de Philippe-le-Bel, il fit arrêter tous les Templiers de son royaume, en 1307, et, par politique, cupidité et ambition, il fit tout ce que voulait le roi de France... Il périt misérablement sGomment Edouard aurait-il trouvé grâce devant le poêle pins que devant les Francs-Maçons, qui, à en croire leurs manuscrits « sont tous Templiers, ce dont il ne nous est pas permis et dont il ne serait peut-être pas prudent de les instruire ; » lorsqu'en 1298 il avait

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