LK PA1IA
épousé Margaerite, sœur de Philippe, et obtenu pour son fib Rdouard la main d'Isabelle, fiUe de ce roi détesté ? C'est peut-être à cette Marguerite qu% iaiit allusion, dans le Purgatoire, le 128" vers du ch. yu.
Dti monarque apagnol; de celui de Bohême, elc,
35. Le roi d*£spagne mentionné ici n'est ni Alphonse X surnommé Gastronome, roi de Castille et de Léon, mort en 1252, ni Ferdinand lY, dit l'Ajourné, mort en 1312, qui enlevacn 1309 la place de Gibraltar aux Maures d'Afrique ; mais bien ce Jacques II d'Ârragon dont il a été déjà fait mention ch. vu du Purg. et qui régna de 1291 à 1527. Le prince qui avait pu épouser une fille de Charles II d'Anjou et céder à ce prince ses droits sur la Sicile, au préjudice de son propre frère, deTàîtêlre pour Dante un primce ttcbe» e&éminé, incapable de se refuser à d'injustes rigueurs envers les Tempfiers, lorsqu'il s'agissait de complaire à Philippe-le-Bel. De même que le roi de Bohême dont il est ici question serait plutôt Rodolphe^ fils d'Albert d'Autriche, mort en 1307, que Winceslas lY, dit le Yieux^ mort en 1305; et l'intention du poëtc aurait été alors de signaler ce prince sans courage Comme opposé en tout au vaillant Jean de Luiembourgi fils de sou bien-aimé Henri YII, élu roi de Bohême eu U09.
S*y verra du hoiteux, roi de Jérusalem, etc,
36. Le roi de Jérusalem est Charles II d'Anjou, surnommé le Boiteux, roi de Naples, dont on disait qu'il avait tous tes vices, contre une seule vertu, la libéralité; c'est à quoi fait aUosîon VU, poor mille, opposé à I, pour un. Honte sur le trône en 1289, il mourut en 1309. Conune l'agent le plus actif de la politique française en Italie, il n'avait pu qu'approuver en les imitant les mesures de rigaear prises par Philippe-lc-Bel contre l'ordre du Temple; aussi le lirre maçonnique n'omet-il pas de mentionner ce fait, que « le roi Charles de Naples fît de même arrêter tous les Templiers dans sa province • King Charles of Naples in like manner ordered al the Templars in his province to be airested. (Light on Masonry, p. 283.) Il n'fst guère possible de douter que ses deux gendres, Jacques, roi d'Ara gon et Frédéric, roi de Sicile, aient hésité à suivre son exemple; inde ira. Aussi allons-nous voir ces princes signalés tout deux comme ayant déshonoré leur race et sali deux nobles couronnes.
La cOHOfdiêe encor »'y ifêrra, Vavarice
De iel qui soiis sa loi tient cette île de feut etc»
37. Frédéric d*Aragon monté sur le trône de Slcilo^ Visola (tel fuoco, après son frère Jacques, est accusé d*avarice et de lâcheté tout à la fols, pour s*être laissé tenter par une riche dot et pour avoir imité son frère, en consentant à épouser Èléonore, troHfttne fille de i*odieax Charles d'Anjou, à la condition honteuse de renoncer au litre de roi de Sicile pour prendre celui de roi de Trlnacrie. Peu du mots en abrégé suffiront pour rendre compte de son iguublo conduite, digne d'être mise en parallèle avec celle de son oncle Jayme, roi de Majorque, faisant la guerre à Pierre d'Aragon, le promoteur des Vêpres siciliennes, et avec celle de Jacques, dont il a été parlé uoie 24, comme un des rois de TËspagne, ce qui vient confirmer d'aatant notre interprétation,
Le prince fortiêgai$ et U Norvégietit 9tc*
28. Denis, roi de Portugal, surnommé Agricob^ rnooié sur le trône en 1279^ mort en 1325, est associé îd« non sans intention, k uD roi barbare, c'est-à-dire à Haquio Ylli qui prit la couronne de Norw^e en 1399. Mais la mauvaise humeur de Dantd à son égard est l'effet d'un mal entendu^ »II est bien vrai qu'à l'époque oè le procès des Templiers s'instruisait en France et où les légistes de Philippele-Bel, d'un côté, les délégués de Clément Y, de l'autre, recueillaient les dépositions des témoins et les réponses des accusés, le roi Denys» docile aux ordres du pontife^ fit procéder dans ses États à une &k* qoéte contre les chevaliers; que cette enquête n'ayant rien produit à leur chaire, il ne s'empara pas moins de leurs propriétés, en 1311 , lorsque Clément V eût prononcée leur condamnation, dans le oondle devienne) en refusant de les remettre aux chevaliers de Saint-Jean^ Au moment où le poëte composa le Paradis, il avait donc toute raison de considérer le roi Denys comme ufi ennemi de l'Ordre, retenant ses biens par cupidité. Mais peu d'années après, ce prince, beaucoup mieux disposé en faveur des Templiers que le poëte ne pouvait le supposer, manifesta par des actes ses véritables sentiments à leur égard. La tempête une fois passée, il fonda en 1318 l'ordre religieux et militaire du Christ, dont les membres furent presque tous des Templiers, et le dota des biens de l'Ordre condamné; osant ainsi tendre aux opprimés une main généreuse et conserver en fait ce que l'autorité pontificale avait aboli. Mais alors, le Paradis était publié, et si Dante, qui finit ses jours en 1321, eut connaissance de la aoUe
coiiduitQ du roi portugais, il dut emporter avec lui le regret d'avoir méconnu un bienfaiteur de ses frères. Les héritiers du Temple se sont chargée, à son défaut, de rendre justice h ce prince ; voici eociïel ce (|u*on Kt dans leur li?re : « Le Portugal est le lieu où le respectable Ordre a élé le plus dignement conservé. Le roi Denys, surnommé le libéral, qui régnait alors dans cette contrée, fut le seul souverain qui se refusa à la persécution contre les Templiers ; il les protégea, leur conserva leurs biens ^ et^ perpétua TOrdre sous le nom de chevaliers du Christ. » Gomment douter après tant de témoignages appuyés sur l'histoire, que Dante ne dispensât Téloge ou le blâme qu'au point de vue templier, autrement dit sous l'influence de ses passions de sectaire et d'homme de p^rti 7
Et celui de Rascia, qui, pour son plus grand bien, etc,
39. La Rascie ou le royaume de Rascian, partie méridionale delà Servie, qui, au x' siècle, dépendait de la Dalipatie, passa à cette époque sous la domination de petits souverains qui affectèrent les allures de la royauté, et s'adressèrent tour à tour aux papes et aax empereurs grecs pour devenir indépendants. Ainsi Uksan obtint d'Honorius III d'être reconnu à ce titre en l'année 1217 ; à l'époque où DaiiH écrivait, le roi de Rascian s'appelait Uros. Après avoir divorcé trois fois, il avait fini par épouser une fille de l'empereur Michel Paléologue, et se soumettait tour à tour, selon son intérêt, ï l'Église grecque et à l'Église latine. Il est à supposer que, s'étaoi tourné du côté de Rome, il avait sévi soit contre les Templiers, soit contre les Cathares, qui avaient une église importante à Trogir oo Trogurium, en Dalmatie (Rener. , 1767), et qu'on retrouve eo Rascie vers 1350. (Farlaii, iv, 382; Wadd., 98 et suiv.) Delà, proviendrait l'indignation du poète contre cet émule de Philippe-lé^ Bel, comme lui ennemi des Templiers, et se faisant comme lui fiox monnayeur, en battant de faux sequins au coin vénitien.
Heureuse la Hongriet heureuse la Navarre, etc,
40. Heureuse la Hongrie, si Charles Robert, fils de Charles Martel, dont la mémoire était chère au poète, nous avons vu pourquoi (ch. viiJ), ne se laisse pas influencer, mal diriger, ma/weiwirr^parle saint-siége, qui a fait reconnaître son droit à la couronne dans la diète de Pesth, en 1307, et par la politique guelfe de son oncle Robert de Naples. Heureuse la Navarre si, se faisant un rempart de ses montagnes, elle échappe à la domination tyrannîque de Philippe-ie-
Bel, marié h Jeanne, fille de Henri-le-Gros^ dernier roi de la race de Champagne, contrairement au vœu des Navarrois, qui préféraient pour leur jeune princesse Talliance de la Gastille ou de Tèragon. Partout nous retrouvons donc la haine de la race Gapétiennont du bourreau des Templiers.
Atix cris de Famagoustef aux pleurs de Nicostey etc.
&!. Les peuples de TEurope, comnK arrhes de ce qu'ils ont à attendre de leurs monarques, per arra di questo, n*ont qu'à voir ce qui se passe dans l'île de Chypre, où Henri II de Lusigoan, se faisant l'exécateur des hautes œuvres de Clément V, livre lâchement à la torture les chevaliers du Temple, pour les forcer à se confesser coupables de crimes iiiiaginaires. En effet, les archives secrètes du Vatican ont livré le recueil des lettres de ce pontife, et Raynouard a publié le texte latin de celle qu'il adressait, le viii des Calendes de septembre 1311, au roi de Chypre, ainsi qu'aux évoques de Famagouste et de Nicosie, pour qu'ils eussent à procéder par la torture contre les membres de l'Ordre.
Le pontife exigeait que les accusés fussent « appliqués par deux, trois, quatre, cinq et six à la question, ce que les évêqu^ et délégués avaient, disait-il, imprudemment négligé de faire; il Vordonmit dojic expressément,, les sacrés canons exigeant qu'en pareille circonstance les personnes contre lesquelles s'élevaient des indices si évidents et des présomptions aussi fortes, soient livrées aux bourreaux des tribunaux ecclésiastiques. • Il chargeait, en conséquence, le légat en mission à Rhodes, de passer à Chypre, où le livre maçonnique nous apprend que « les Templiers avaient établi leur chef-lieu dans la ville de Delenassc, » afin d'assurer dans celte île l'exécution • de ses ordres. {Voy. p. 2k9 des Révél.)
On s'explique dès lors la mention faite par l'aigle maçonnique de ces deux villes obscuies, à la fin du chant, les cris d'indignation et les pleurs ^e leurs habitants, en voyant des innocents livrés à la torture sacerdotale; on s'explique cette épithète de brute, bestia, donnée ao prince complice d'une pareille barbarie, digne dès lors de marcher de pair avec les autres brutes, nommées Albert d'Autriche, Philippele-Bel, Charles II d'Anjou, Jacques et Frédéric d'Aragon, Edouard d'Angleterre, etc., clie dai fianco delC altre (bestie) non si scosta; et l'on ne peut se refuser à reconnaître que le livre, dans lequel lit couramment l'aigle impériale, est en parfaite harmonie avec celui
104i LB PARADIS.
dont les TenipUors moderqes ont aoin de donner lecture «ux adeptes, pour les disposer à tirer des rois et des papes ia Yengeance due au sang de leov frèreSé
A l'heure où le fiamheau du monde qu*iî éclaire, etc,
1. Quand la doctrine politique et religieuse, dont l'aigle est le symbole et qui est la lumière du monde, che tuito H mondo alluma, est réduite à se dissimuler et à s'abaisser, si discende, que sa clarié s*éteint de toutes parts, d'ogni parte si consuma^ pour faire place aux ténèbres de Tignorance et de la superstition catholique; le ciel sectaire, où ce soleil religieux et monarchique rayonna d'abord, che sol di L. YI prima s*accende, en retrouve les clartés disséminées dans une multitude de flambeaux ou de fils de la lumière, en qui elle brille reproduite, per moite luci, in che CMA risplende. Rien de plus clair, assurément, c'est encore du mot à mot. On ne saurait donc trouver étrange que l'aigle, au moment où elle se tait, soit compart'e au soleil, que le poète, au début de sa Comédie, nous a montré se taisant, là dove *l sol tace. Ce vers devait naturellement lui venir ï l'esprit lorsque, préoccupé de la même pensée, il faisait faire silence à l'oiseau béni, symbole de la prospérité universelle sous un senl monarque et sous une seule loi d'Amour. Quant aux chants de ces nombreux frères qui formaient l'aigle lumineuse, dont ils étaient comme la monnaie, Dante a recours, pour se dispenser de les reproduire, à son procédé ordinaire; 11 ne les a pas retenus, da mia memoria labili e caduci. Heureusement qu'il a pu nous transmettre les paroles de l'aigle et que, par elles, nous sommes à môme de suppléer par la pensée à son défaut de mémoire,
O do%tx el pw Afnour^ qui voilé d'un Murtre, ttt,
2. O douce religion d'Amour qui voiles, sons un sourire inefliririe. sous les symboles persaaaib du gai savoir, tes vœux de vengeance eoQtre les ennemis de l'ordre du Temple, contre les proscripteonde la foi albigeoise, doke omar che di riso ^ammmui, que ta montrais
d'ardeur dans ces foyers 6lincelan(s, favUli, avivés par l'esprit du soleil d'Orient, qui ne leur inspirait que des pensers cathares, ch' avien spirùo SOL di pensia^ santù On sait que Saint, Cathare, Parfait, sont des mots équivalents.
QMond les joyaux bénis aux lucides rayons^ etc.
3. Quand cessèrent de chanter les très-excellents Anges, décorés des chers et brillants bijoax maçonniques, cari e lucidi lapilli ond' io vidi ingemmato il sesto lume, le poète entendit comme le bruit d'un fleuve tombant avec abondance d'une cime élevée, et s'écoulant clair, tout en descendant de pierre en pierre, di pietra in pieira. L'eau courante {ego sumaqtiaviva) étant, on s'en souvient, le symbole de la doctrine sectaire, c'est elle qui va jaillir abontianle et limpide du bec de l'aigle, comme d'une haute cime, cacunie^ malgré les obstacles que lui oppose TÉglise romaine, madonna Pietra, en se faisant même de ces obstacles comme autant d'échelons, di pietra in •pietra (*).
El comme, sous le doigt, au col de la guitare, etc.
U, De même que le son se forme à la partie supérieure d'un instrument, au manche de la guitare ou à l'embouchure du chalumeau, de même les pensées émanées de chacun des frères composant, comme autant de lumières, le corps resplendissant de l'aigle, se formulaient à l'extrémité du col, c'est-à-dire dans les rangs supérieurs de l'Ordre. Il est facile de comprendre dès lors comment les pensées identiques exprimées dans le sein de l'Ordre par les membres des divers grades, montaient sans éclater au dehors,'par le canal hiérarchique, jusqu'au Grand-Orient, qui leur donnait la formule obligatoire. Telle
(*] t Pressés par leurs ad rersaires de répondre s'ils croyaient que Dieu a créé le Ciel, la terre, la mer, et toutes les choses qui y sont, ils ne le niaient pas ; mais ils songeaient àhciéaiion céleste et invisible du Dieu bon ; quelques-uns même attachaient à leur réponse un sens plus allégorique : le Ciel que Dieu a créé, ce sont les âmes célestes, la terref ce sunt les âmes terrestres de ceux qui ne sont pas encore initiés dans la vérité, la MEB, c'est l*BAD rnoroiiDE et purb de la doctbine du balitt ; tout ce qui y est c'est la foi, qui est dans tes âmes puriûées et sauvées. • ilHspulatin^ 1707. Foy, Schmidt» iii 19l] Par suite, l'Empereur, régnant sur les esprits sains, intelligents, était devenu messife TutlOt tandis que le Pape, n'ayant pour sûjeu que des brutes dirigées par des ap< péiiis matériels, était rocssire Siente ou Nulla, et les amis du poëic, qui avaient étudié si profiondément la doctrine et les dogmes catholiques, inscrivaient intrépidement sur sa tombe i Theologus Oantes Nulliqs <U)gmatis expers, c'est-à-dire habile à exploiter, au profit de sa croyance, les dogmes de la religion de Néant ou de la matière. [Voy, les vers de Pierre des Vignes, précédemment cités, où figure Frédéric H sous le nom de Tutto.)
1044 LR PARADIS.
est évidemment la significalion de ^ptel mormcrar per Caquila salùsi sa per lo coUo, came fosse buggio*
Sous forme de langage, il sortit, mot à mot, etc.
5. Gommeot le théologien sectaire n*aiiraif-il pas recueilli avec ravissement, dans son coeur et dans sa mémoire, Fexpressîoii de sa propre pensée sanctionnée par les excellents Anges composant le Grand-Orient do Temple, dans ce prodigieux langage dont il fut l'Adam* avec autorisation, mab sans garantie du gouvernement occulte?
Observe la partie, à voir qui' destinée, etc.
6, Observe attentivement mon œil, cet oi^ane qui chez moi, aigle divine, n'est pas moins apte à contempler la source detoulelumière, que celui des aigles terrestres à endurer l'éclat du soleil. Comment dès lors ne pas considérer comme paroles d'évangile toutes celles qui tomberont du bec d'une aigle si clairvoyante, et ne pas leurattribuer l'infaillibilité refusée aux décisions des pontifes ?
Ceux-là par qui mon œil brille si radieux, elc.
7. Ceux qui dessinent son œil, c'est-à-dire la pupille et l'arc de la paupière supérieure, sont les plus hautes notabilités de tous les grades, di tutti t loro gradx son U sommî; ils formeraient donc une sorte de concile suprême de l'Ordre, où chaque grade figurerait par un représentant ; mais nous verrons plus tard ce qu'il en est
.... De VEsprit saint c'est ce chantre inspiré Qui jadis fit porter Varche de ville en ville,
8. Le roi David , qui Uice in mezzo per pupiUa, figure le Vénérable, présidant l'Illustre assemblée dont il occupe le centre, en l'éclairant de sa lumière. Ce poste d'honneur lui revenait à un double tiu^. D'abord comme père de Salomon qui fit construire le Temple cl vengea la mort d'Hiram sur ses meurtriers, ensuite comme l'auteor de ces psaumes adoptés par toutes les hérésies, dont l'Église romaine a poursuivi longtemps les traductions en langue vulgaire, notamment celles que n'avaient pas manqué d'en faire les Albigeois {voy, Fauriel), et que Dante lui-même paraphrasa pour sa part, de manière à ne laisser guère douter de son hétérodoxie ceux qui voudront les re-
lire sans prévention. « Au xv siècle, Grégoire YII défendait impérieusement à un roi de Bohême de faire traduire les livres de VÉcn'^ r//re dans la langue du pays... An xiv^, quand les Protestants, aux portes de Paris, chantaient quelques cantiques de David, rimes en français par Marot, le fanatisme du temps s'indignait de cette profa- Dationetla réprimait par des bûchers et des échafauds. » (Villemain. Coiirs de litL franc,, pp. 359, 360.)
De leur mériie il juge en la voyant immense,
9. Le mérite de ses chants, il merio del svo canto, consiste dans les versets en si grand nombre où les adversaires de Rome ont voulu Toir des menaces et des prophéties contre son orgueil et son ambition, des promesses de victoire et de vengeance pour ceux qu'elle opprimait. Ici même Dante, qui se reporte au psapme 1", Beatus vir (jui non abiit in consilxo iinpiarum, attribue la récompense dont jouit David dans le Ciel , à ce conseil céleste dont il suivit les inspirations, conseil en tout opposé à celui des impies, et d*où dérivait pour lui la religion de TEsprit, anathémalisée par l'impiété pontificale. De b, l'immense récompense qui consiste à figurer en guise de pupille dans l'œil de l'aigle maçonnique.
Le plus près de mon hec prit en pitié la vetwe, etc,
10. Celui qui vint consoler l'Italie, la vedovelta^lavedova Italie, privée de son Empereur, n'est autre, on le verra plus tard, que l'cm* pereur Henri YII, déjà désigné sous ce nom au ch. x du Purgatoire. L'aigle le tient en si haute estimé, que sa place est au plus près de son bec, al becco mi s'accosta; elle semble pourtant faire de lui un païen, mais c'est à bonne intention, et pour avoir occasion de donner un démenti à l'Église, damnant sans rémission ceux qui meurent hors de son sein.
Jl sait des sombres lieux q\telle est la différence, etc.
ii. Bien mieux que Trajan, Henri YII est à même d'apprécier combien il en coûte cher aux pontifes romains, plongés dans l'Enfer, de ne pas avoir suivi les préceptes de charité et d'humilité donnés par le Christ ; car il a l'expérience de la douce vie sectaire, des sentiments de confraternité qui dirigent l'église albigeoise et les membres de l'ordre du Temple, après s'être trop longtemps soumis aux prescriptions de l'Église opposée, delC opposta.
,.„ A ia suite, celui Qui fait la sommité de la circonférence, etc,
12. Diaprés le témoignage de la Sainte-Ecriture, Czéchias ftit un roi juste et selon le cœur de Dieu. Or, Dante, peu favorable au culte des images, devait lui savoir gré d'avoir « détruit les hauts lieux, brisé les statues et ordonné de mettic en pièces le serpent d'airaiu, que Moïse avait fait. » {Rois, xvill, 4} {*)* Ezécbias eut toutefois on tort, au dire de TOttimo, qui pour nous révéler la pensée du poète altère légèrement Thistoire, ce fut de montrer « alU Pagani le cose segretc del Tempio, la quai cosa nonera licita; aussi Dieu s'irrilat-il contre lui. » Il Taffligea donc d'un ulcère et chargea Isaîe de lui annoncer sa fm prochaine. Puis, touché de son repentir, il lui fit savoir par le même prophète qu'il guérirait et que ses jours seraient prolongés de quinze ans ; mais les conséquences de son imprudence au sujet des choses secrètes du Temple n'en furent pas moins funestes, car la vue des trésors consacrés au Seigneur alluma la cupidité des rois de Babylone, des Clément et des Philippc-le-Bel du temps, et, conformément à la prophétie d'Isale, « tous ces trésors amassés par les prédécesseurs d'Ëzéchias furent emportés eu Babylonie » (Isaîe, XXXIX, 6) et tombèrent ainsi dans des mains profanes. Les fautes d'Ëzéchias n'ont pourtant pas fait obstacle à sa béatification, et Dante nous le montre dans un des plus hauts grades, sommi gradi; mais nous avouons que nous avons en grave suspicion ce prétendu Ezéchids, qui fit reculer la Mort, la morte ùuiugio, par une pénitence véritable, et dont les dignes prières firent que s'accomplit le lendemain co qui devait s'accomplir aujourd'hui, degno preco fa crastm deW odiemo. Nous verrons bien.
Louable intenlion qui porta mauvais fruit.
13. C'est la même pensée que le poète* a déjà exprimée ch. xix de VEnfiTjAJiil Costantin, di (juanio malfu matre quella dote che da te prese lo primo ricco pâtre. Qu'il crût ou non à l'auihenciléde la donation faite par Constantin au pape Sylvestre, donation soutenue comme faisant partie du symbole jusqu'au xvi* siècle, et qu'il
(•)Ilii*y avait exception que pour les reptUcsh\a défense absolue que les Cathares, dans rtiorraor que leur inspirait Pifinision du sang* faisaient à l«'Urs croyants de tocr des animaux. (Gvst, Episc. Leodiitis.y 902; Ermeng. , 294, H. St. de Bellavilla, 91, sdd. i r.oinrr., ap. GitlNcr. lij merle, 27ft; AcI. dcl'inq.) Les repiUcs étaient envisages pannl eus, au moins syniljoliqueuient, comme logeant des esprits ciéés par le démon ; ce qui explique ces trunsniuiaiions en serpents et ces reptiles sans nombre dont fourmille b sixième fosse des Malebolgc^ toute peuplée de Guelfes. ( Enf, xiiv et uv.)
aarait été très-^oDgereoi de révoquer seulement en doute au xiv% Dante tient compte à cet Empereur d'une intention qui, bonne au fond, a eu des résultats déplorables, en livrant FOccident et surtout l'Italie à Tlnfluence pontificale et à la politique de division suivie par les papes. Il lui sait gré de s'être fait grec, de romain qu'il était, eit sévissant contre saint Athanase et contre Ârius, chefs des deux partis opposés, en exerçant à l'égard de l'un et de l'autre la haute suprématie qui, à son point de vue, appartenait à l'Empire sur les chefs de l'Église, soumis de droit, comme les autres citoyens, aux lois^re^^^^^ émanées du monarque universel. Il ne pouvait donc manquer de lui assigner un peste éminent dans son Paradis, en dépit de quelqoii méfaits du juste monarque, comme le meurtre de son fils Crispuside sa femme Fausta. etc. Sans compter que Constantin garda toute sa vie le titre de grandrpontife, qu'il différa son baptême jusqu'à son dernier moment, dans la pensée que le sacrement régénérateur la*' verait toua ses crimes • et qu'il mourut soupçonné d'être Arien* Dante, qui savait tant de choses, n'ignorait pas cela, et c'est peut-être ce qui constituait ^ ses yeux le mérite que n'effaçaient pas les maux causés par une libéralité à laquelle il ne croyait guère. Si Constantin n'a rien donné en effet, H mal dedutto non gliè nocivo.
L'autre, au^dessouê, de l'ail où s» cotirhe l'orhUe, Fut Guillaume, etc,
iti. C'est à son sang normand que Guillaume II, dit le Bon, roi de Sicile, doit de figurer en si haut rang dans le Paradis, avec sou aïeul Robert Guiscard et ce Guillaume d'Orange sur la tête duquel les poètes provençaux se complurent à accumuler toutes les prouesses des héros normands. Il le doit aussi à la faute politique qui lui fit accorder la main de Constance, sa tante, au fils de Frédéric Barberoosse, Henri YI, le Pelée du poète, comme père de Frédéric II, l'Achille de la secte, le pupille du Chiron romain, Innocent III. Comment Dante aurait-il négligé l'occasion défaire du Normand-Sicilien Guillaume, excommunié par le pape Adrien lY, un saint du plus haut grade, afin de l'opposer à Charles II d'Anjou, réclamant en vain ses droits sur la Sicile, et à Frédéric d'Aragon, coupable au premier chef pour avoir consenti à épouser une fille de ce prince guelfe, en se résipant à prendre le titre de roi de Trinacric et à subir l'influence pontificale dont son père avait osé s'affranchir?
.... A cette heure il n'ignore Combien aujc justes rois porte d'amour le Ciel, etc.
15. L*amour du ciel sectaire est naturellement dévolu aux rois justes et bien pensants à la façon de Constantin et de Robert Guiscard, mais non pas à celle du wï de France Louis IX, et ils y sont revêtus de splendeur en proportion de leurs mérites.
Qui croirait sur la terre, où régnent tant d'erreurs Que le troyen Ryphée, eic,
' 16. Le monde catholique livré à Terreur, égaré qu'il est par les Papes, il mondo errante^ ne saurait admettre aisément qu*un païen soit sauvé sans avoir reçu le baptême, ou cru en Jésus-Christ ; encore moins qu*il puisse devenir un saint des plus hauts rangs du Paradis, sommi gradù Mais le monde catholique est abusé par les chefs de rÉglise, et il vaut bien mieux, sur la parole de Virgile qui, sans dire un mot de sa foi, désigne Ryphée comme un homme juste par t\' ceWence^ justissimus umis et servantùstmus œquî {JEneid, il), croire que les portes du Paradis st' sont ouvertes à deux battants ])uur recevoir en lui un juste, un Parfait, la justice passant bien avant la fui dans le ciel de Jupiter, puisque le pieux Enée lui*inêmc, le fondateur du sacro-saint Empire, n*est pas admis à y figurer.
Bien que sa vue aufonine sache encor plonger,
17. Nous entendrons bientôt faiglc nous expliquer à sa manière comment opère la grâce divine, dont les élus mêmes ne connaissent pas tous les mystères, et les motifs de Timmensè faveur accordée à Tempereur Trajan et au Troyen Ryphée, mort sans confession ni baptême, en défendant sa patrie les armes à la main.
L'image, où je voyais du bon plaisir divin, L'emblème révéré, etc.
18 La dernière douceur que savoure Taigle satisfaite, Yulima dolcezza che la sazia, est évidemment ce qu'elle vient de dire an sujet de Ryphée ; on peut donc être assuré que cette étrange béatification sert de passe-port à quelque bon tour à Tadresse de TÉglise romaiue; le tout à la satisfaction du Très-Haut, dont elle symbolise et représente la volonté suprême, imprenta del Petemo p{acere;czt tout n'arrivant que selon son bon plaisir, al cui disio ciasama cosa quale elC è diventa^ il est évident que sans son aveu elle ne se se-
rail pas permis de placer dans son œil un païen qu*il n'aurait pas éclairé des raycms de sa grâce.
.,.,Ai-jâ bien enitridu^ elr.
19. Dante lui-même est ébahi de ce qu*il vient d'entendre, che coxson queste? qu'est-ce que cela veut dire? 8*écrie-t-il, et il hésite \ croire Taigle sur parole, ne sachant pas mieux dissimuler ses doutes que le verre ne cache la couleur dont un de ses côtés est revêtu. ToutlecoAststoire maçonnique dont est composé le corps de Taigle, qoi vient d'exprimer la pensée commune, est enchanté de Teffet produit par son orateur, et manifeste sa joie par un rayonnement plus splendide, di corruscar gran feste.
Je vU te révéler une plus vive joie, etc,
20. L'aigle se reprocherait de faire languir un disciple si bien disposé, et si son œil, dans lequel brillent plusieurs saints de la façon do poète, jette un éclat plus vif, più ofceso^c'esi que ces saints personnages sont plus intéressés que les autres dans la question qui va être u-aitée.
Tu fais comme ceux-là qui d'un objet cité Retiennent bien le nom, mais de sa quidîté, ete»
21. Tu fais comme les catholiques, qui croyant sur parole ce que leur dit le Pape, sans en savoir le comment ni le pourquoi, non vedi corne, répètent des mots dont ils ne comprennent pas le sens, et ayoutent foi k des choses qui restent pour eux des mystères, se son credme, sono nascose. Ils peuvent en retenir les noms ; quant à Tesscnce de ces choses, à leur nature, sua quiditaie, il n'en sauraient connaiU'e à moins qu'on ne les en instruise ; or, l'aigle n'aurait garde de dire qui doit donner cette instruction et de désigner clairement soit le vicaire de .lésus-Ghrist, soit les membres du clergé catholique romain ; elle aime bien mieux avoir recours à la formule habituelle d* A. L. T. R. I. , qui nous permet de proposer cette autre traduction : Tu fais comme celui qui entend et retient le nom voilé sous le monosyllabe ben,appr€nde per nome la co^aB.EN. (Beatrice^Enrico) mais ne peut voir c^ qu'il signiûe, sua quiditate, si elle ne leur est expliquée par ceux dont le mot d'ordre est A.L.T.R.I. (Arrigo Luceni^ burgemcy Templaro, Ramano Imperatore. )
Au royaume desCieuot peut faire violence, êîe,
22. Nous lisons dans l'évangile scion saint Matthieu, xf , 12, ces paroles de Jésus-Christ : « Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent le royaume des Cieux se prend par violence, il est dérobé |)ar les violents. » A qui pensera-t-oa que l'aigle entende faire allusion, lorsqu'au moment d'exposer la doctrine de l'Église catholique et (le rapporter une .légende apocryphe, admise en ce temps, pour avoir occasion de lui en opposer une de sa composition, elle entre en matière par ce vers moitié latin, moitié italien : begmuii ccELoauM violenziapate?
Qu'on veuille bien se rappeler qu'elle a été au chant précédent, sou entrée en matière et son exposition de principes, La prinuiw- Lonlà da se niai non si masse; nuUo crcato ben a se la lira, La volonté de Dieu est immuable, le plus parfait des êtres créés ne saurait exercer sur elle la moindre influence. Voyons donc maintenant comment elle va faire concorder deux propositions si contraires, ï savoir, Timmulabilité de la volonté divine et la violence qu'elle a parfois à subir d'un ardent amour et d'une vive espérance.
Elu est vaincue ainsi parce qu'elle veut l'être, etc.
23. Voilà tout ce que l'aigle trouve de mieux à nous dire pour oe pas se mettre en contradiction avec elle-même. Elle l'en tire à h manière du poète dans l'éloge de saint Dominique, à Faide de jeux de mots. La divine volonté est vaincue selon elle, parce qu'elle vent l'être et, par sa bonté à se laisser vaincre, elle est victorieuse de son Tainqueur. Mais a-t-elle changé, oui ou non ! Pour nous éclairer I ce sujet, rapportons en deux nM)ls la légende si précieusement recueillie et si habilement exploitée par le poète : « Il est écrit, dit rottimo, è scritto, qu'an temps de saint Grégoire, on trouva, en creusant une tombe, la tête d'un homme mort depuis longtempSt dont la langue s'était conservée comme s'il eût été vivant, corne di vivo. A la demande du saint pontife, cette tête se mit à parler et lai apprit qu'elle avait appartenu à l'empereur Trajan. » Profotidémeot affligé qu'un si bon prince fât damné comme païen, ,1e Pape adresrt de si ferventes prières à Dieu qu'il obtint sa résurrection. lYajan profita de son retour momentané à la vie pour recevoir le baptême, « visse e baitezzosi, » ce qui lui valut le salut; mais saint GNgoif^ eut à payer pour lui, « car il fut grandement éprouvé dans sa cliair
en ce monde, ne paiHù in questo mondo molta pena nella came sua si conte è scrttto nella sua leggenda,
Aa jésuite Yeuturi, qui se montre fort scandalisé de la béatification de Trajan après sa damnation, quoique le poëte ait affirmé qu'il faut laisser toute espérance à la porte de TEufer, et que jamais aucune àme n'en est sortie, le P. Lombardi répond par ce passage de saint i bornas d'Aquin : De omnibus talibusdici opportet^qttod nonerant in inferno finaliter deputati, (Suppi., qua^st. 73, arU 5, 6.) Mais Timmuable volonté en est-elle moins changée? Ne se subordonne-l-cllepas à un futur contingent? Si Dieu avait décidé de toute éternité que Trajan serait sauvé, pour(|uoi l'envoyer provisoirement en Kufer ou partout ailleurs, en attendant qu'il plût à saint Grégoire de lui adresser de ferventes prières pour que s'accomplit cette volonté que rien ne saurait influencer^ a se lirare? Dante, si prompt à émet-» irc ses doutes sur des questions bien moins graves, ne s'avise pas ici de demander le moindre éclaircissement, par la raison toute simple que l'aigle joue avec lui le rôle de compère. Il sait fort bien, en effet, qu'elle ne se montre si bonne catholique qu'afm de faire passer bientôt bâ réponse à une question qu'elle a d'abord esquivée, celle du salut des païens par la seule vertu, sans le baptême d'eau, que rejetaient les Cathares, et sans le secours de prières plus ou moins ferventes.
Or, apprends quUU n'ont pas, dépouillant sa poussière, Quille leur corps mortel, païens comme tu croi, ete.
2h. La béatification de Ryphée est certes bien plus étonnante que celle de Trajan, malgré toute son invraisemblance; mais l'aile a d'eicellentes raisons pour les comprendre dans une même accolade. A ses yeai, une légende vaut l'autre; k ceux qui la chicaneront au sujet de Ryphée, elle répondra en citant Trajan; car si l'Empereur romain a pu être tiré de l'Enfer, à raison de ses vertus, et croire au Sauveur après sa passion, ai passi piedi, le Troyen a pu obtenir la même grâce pour avoir cru à la passion à venir, ai passuri. La seule différence , c'est que Trajan a pour lui des témoignages écrits, è scritto, qaand Ryphée n'a en sa faveur que l'aigle impériale et l'Aligbieri, son secrétaire. Quoi qu'il en soit, il nous est affirmé ici qu'on les a considérés à tort comme morts tous deux dans le paganisme, qu'en réalité tous deux ont eu, avant de quitter la terre, une foi ferme, ferma fede, et ont uni en chrétiens, non pas en catholiques, atleadu qa*iis ont eu l'amour de hi justice.
...,L'wif de ce goujfrg immonde D*où nul ne se relève à honne volonté, etc. Ce fut le digne frix d*une vire espérance^ etc.
25. L'âme de Trajao sortit de l*£Dfer, u' non si riede giammaia buon voler, et reprit son enveloppe de chaîr, to}*no ait* ossa. £lle dut cette faveur aux prières pleines d'espérance adressées par le saint Pape à Dieu, dont put être ébranlée Timmuable volonté, si che poiesse sua voglia esser mossa, cette même volonté dont il a été dit que da se mai non si mosse. Durant le peu de temps qu'elle garda sa dépouille mortelle, cette âme glorieuse crut, avec tant d'ardeur et de véritable amour, en celui qui pouvait lui venir eu aide, qu'elle se rendit ainsi digne, à sa seconde mort, de venir figurer dans ce jeu. aquesto gîuoco. Ainsi, c'est chose avouée, nous assistons ici à un jeu de scène, ce dont on pouvait se douter depuis longtemps. Gomine toujours, nous n'avons devant nous que des masques; et tout ce que nous venons d'entendre se résume en ce peu de mots : L'âme d<: Trajan est revenue sur la terre pour trop peu de temps et s'estiait béuir dans la personne du juste Henri de Luxembourg. Reprenons ce passage en modifiant légèrement la traduction : La chair de Trajan avait quitté ses os, c'est l'expression maçonnique; mais son âme glorieuse, l'anima gloriosa onde si parla (pourquoi aflecler de ne pas la nommer?) fut rappelée à ces os veufs de leur chair (par qui? pas un mot de saint Grégoire), elle quitta l'Enfer ou Rome, dootb pontifes pervers ne reviendront jamais à bon vouloir, u* non si riede giammai a buon voler; ce fut la récompense d'une vive espéranci' mise par le poêle et son parti dans l'efficacité des prières faites à Dieu pour susciter cette âme impériale, per suscitarla, contre une autorité usurpatrice ; si bien que la volonté de Dieu, qui de toute éternité a décrété la souveraineté universelle de l'Empire romain (voy. De Monarchia)^ put agir dans ce sens, si che potesse sua voglia esser mossa, (Quant au nominatif, auquel doivent se rattacher les prières, l'espérance, la volonté, il a été passé sous silence à dessein.) L'àmc de Trajan ne resta que peu dans le corps du juste Henri, nella came in che fu poco; mais dans ce trop court séjour, elle fut chrétienne à la manière des Albigeois et des Templiers, elle crut au Christ venu, credette in L.YL, attendu qu'elle eut la foi albigeoise, dans la per* sonne du Luxembourgeois, pour lequel Dante adopta la [désignation numérique VL (Voy. Enf. xxi, note 26.) Or, cette croyance aniicatliolique pouvait l'aider à relever l'Empire et lui valoir une inen tion honorable dans le puéine, che poieva aiutarUi,
Si nous nous abusons dans notre interprétation, il faut en accuser un malheureux hasard qui s*obstioc h combiner certaines phrases et c«rUiii)s mots, toujours les mêmes, de telle sorte qn*en y regardant d'an peu près on leur retrouve toujours la même valeur.
L'autre, par cette grâce intarissable et pure, etc.
%. La grâce se manifestant par Timpélration de la doctrine, elle peutêtce comparée, comme elle, à une onde limpide découlant, comme elle, d*une source divine que Tœil humain ne saurait sonder, même superficiellement, et encore moins Tœil des profanes.
Pour la justice fut tout zèle, tout amour, elc.
27. Si Trajan n*est qu*un masque sous lequel est habilement dis* simulé Tcmpcreur Henri VIF, il serait bien possible qu'il en fût de même de Ryphée et que, sous son nom, se déguisât quelqu'un de ces jostes, de ces Parfaits auxquels il a été déjik fait maintes fois allusion dans le poème, notamment dans V Enfer ^ vi. Essayons donc d'appliquer encore à Dante lui-même ce que Taiglc nous dit de Ryphée. Comme lui, Dante, bien que condamné à l'exil et au feu pour malversations, baratterie, mit tout son amour dans la droiture, dans la josiice, tutto suo amor laggiù pose a drittura ; c'est pour cela qu'il demandait hautement qu'on rendît à César ce qui appartenait h César; aussi, de grâce en grâce, c'est-b-dire après lui avoir fait voir les abus de l'Eglise romaine et embrasser l'albigéisme, Dieu lui ouviit les }enx sur les moyens de parvenir à la rédemption de l'Italie, de la vedoveila, iddio gli aperse Cocchio alla nostra redenzion fulura, rédemption qui devait être le résultat inévitable du triomphe de la monarchie sur la Papauté et de l'église albigeoise sur l'Église ro* niaine. Il crut dune à cette rédemption désirée , onde credette a (fuella, beaucoup plus certainement que Ryphée à celle du genre humain par le Christ; il crut en celui qu'il appelait son Christ, son Messie (poy, ses lettres à ce prince), et il ne lui fut plus possible d endurer la puanteur du paganisme catholique, l'adoration des images, les prières pour les morts, etc., etc., non sofferse da indi'L puzzodel paganesmo, et il alla gourmandant les aveugles qui se lais« saient abusor et les pervers qui, les tenant dans l'ignorance, les corrompaient par leurs odieux exemples, ripi'endeane le genti perverse. Nous avoQs peine, quant à nous, à nous persuader, sur te seul témoi' gnagc de Faigle, que telle ait été la manière d'agir de Ryphée h
Tépoque du siège de Troie, tandis que rhîstoire^ d^aeeeid arec la Comédie et les autres œuvres de Dante , est là pour attester qoe Dante déploya tout le Kèle d'un missionnaire politique et reiigieut pour faire prévaloir ses opinions monarchiques et sa foi sectaire, en ne cessant de fulminer Tanathème contre les Guelfes et contre les , chefs de l'Église romaine. Nous doutons fort, par les mêmes raisons, que Ryphée ait reçu un baptême quelconque, et encore moins celai des trois vertus théologales; mais nous sommes certains, car laimême nous l'a dit intelligiblement {Purg, xxix et suiv.), que Danlc a reçu le baptême maçonnique en présence de trois dames en grande vénération dans le Temple, et que les frères maçons appellent la Foi, l'Espérance et la Charité, quelle tre donne gli fur per baitesmock tu vedesti dalla destra ruota, dames qui ont existé de tout temfb, surtout en Orient, plus de raille ans avant que saint Jean eût baptisé dans le Jourdain, dinanzi al batezzar piû d'un millesmo. — On remarquera que, tout en lui décernant un brevet de droiture, le poêle a eu la modestie de placer son représentant au-dessous des personnages royaux évoqués par lui, c'est-à-dire dans la partie inférieure de Tceil. Ryphée est là près de Trajan, comme dans l'Enfer Ulysse auprès de Diomède.
Maintenant que nous avons recueilli quelques renseignements aeiseï probants au sujet de Trajan et de Ryphée, voyons un peu s'il n'y aurait pas à découvrir quelques liens entre ces deux personnages ei les bienheureux qui leur sont associés. Est-ce que Dante qui araii paraphrasé les psaumes de David et trouvé dans ce travail un mo\efl commode de donner, sous le nom du saint Roi, carrière à la liainc que lui inspirait la puanteur du paganisme; Dante qui durant son cxii était allé çà et là, prêchant pare et portant ainsi l'arche d'alliance df manoir en manoir, di villa in villa et non pas di città in città, ne devait pas être bien plus cher à l'aigle impériale que le roi prophète? De même Ëséchias, l'ennemi des idoles et des idolâtres, r^iisandé par Isaie, mais non châtié, pour, avoir offert aux yeux des profaoes les choses secrètes du Temple, pouvait-it avoir autant mérité i ses yeux que Dante qui, n'ayant pas moins que loi les idolâtres en horreur, avait été réprimandé, comme lut, par les prophètes de la sectr. pour avoir osé découvrir aux regards des profanes, sons des déguisements catholiques, traités de bouffonneries, scede, bonnes à figurer au marché des fous {RévéL, p. 36'i), ce que le Temple défendait de révéler; puis aurait obtenu par de dignes prières défaire le i^ demain ce qu'il voulait faire la veille, crastinodeU'odiemo^ettcm''
GMlfT XX. 1055
linuanl n Gonidie, afin de faire reculer ia Mort, ^zéchias ne se ratucheraît'il pas aiosi étroitement à Rypbée et à Dante? Est-ce que Constantin, cet Empereur qui causa tant de mal, à bonne intention, par une libéralité imprudente, ne se rattacherait pas intimement au Trajan germain se faisant Grec, Nicéen, c'e8t*à-dire ayant un pied dans lesdeoxcamps«etprêtàcéder aux caresses pontificales, manière d'agir, qui, malgré les meiUeuref intentions, n'en fut pas moins très-préjndiciable I la' eaose, Im^na imeHzioH ehe fé* tnal fruito? N'en serait-il pu de môme du juste et bon roi Guillaume de Sicile, réduit \ lutter contre le saint-siége et frappé d'excommunication, tout en faisant le boaiieor de les sujets? 11 nous semble que ces divers rapprochements peiireot donner beaucoup à réfléchir à ceux dont la conviction n'est pas £ûte a fnricri sur l'orthodoxie du poêle Florentin ; car si nous ne Rons trompions, l'œil de l'aigle, taillé à facettes, ne refléterait an demeurant que deux figures, chacune sous trois aspects différents.
Prêdesixnaiion, oh ! comJrien ta racine, PUmge profondément loin du regard borné , etc.
28. Mous voici revenus aux prémisses posées par l'aigle, car s'il y a une prédestination, dont la racine plonge pmfondémcnt dans l'immemité du Ciel, les causes et les effets, arrêtés à l'avance par une volonté immuable, ne peuvent subir aucune modification dans leur marche nécessaire; les prières sont sans influence sur elle et ne sauraient lui faire violence (*). II y a dès lors présomption audacieuse de la part de ce clergé qui affirme le contraire et prétend lire dans la pensée du Très-Haut, lorsque la cause première échappe en entier ^ sa vue mortelle, che la prima cagion non veggion tota.
V9%u, tnorteb, réprimea votre inquiète audace, etc.
3fi. Ymn, wgeta de dame Piété, de cette mort de l'intelligence, ne pramiBcei pas en aveugles sur le salut ou la damnation, voimartoii temievi stretii a gmdiear, car nous qui voyons la lumière et qui avons la vériuble révélation de Dieu, que vous revendiquez fausse-
(') MtiH-Cbriii ayant 4it, sans faire aucune distinction « Le fils de l'homme n'est pas venu pour faire périr les âmes, mais pour les sauver ■ (saint Luc, ix, 5C), les Cathares •Miciiaienc que toutes les âmes créées de Dieu seraient sauvées, et rpjuiaient en conséqacQce laldoctrine de saint Augustin sur la prédestination ; Il ne devait y avoir de damnés que les esprits œuvres du mauvais principe, dont l'enfer devait éirc la terre* ( Moneta, M»; act. ée Vi/nq. Oe Caram, 1247, Doat, xiif, î* ML)
1056 LR PARADIS.
ment, nous nous abstenons de décider, faute de connaissance suiB sanie, et d'empiéter sur le jugement de Dieu*
Noui est douce pourtant, celle ignorance même, etc.
30. Nous ne regrettons pas notre insuffisance à cette tâche, car nous mettons ailleurs notre bonheur ; sa plus hante expression se résume dans notre foi religieuse et politique, formulée par les ioiiiales de Béatrice et de Henri, perche il nostro ben in questo B. EN. Raffina. (Ne Yoilà-t-il pas encore un jeu de mots heureusement placé?) La foi albigeoise et la monarchie universelle, au spirituel comme au temix)rel, voilà ce, que nous vouions, parce que telle est aussi la volonté de Dieu, chè quel che vuole iddio e noi volemo, La conclusion est digne de l'exorde, on en conviendra, et ne dément en rien les propositions émises dans le reste du discours ; tandis qu'on n'en saurait cer* tes dire autant si Ton veut prendre au pied de la lettre toutes les paroles de Taigle.
Me versant la ligueur, sous ma Jaihle paupière, etc.
SI. C'est probablement parce que la médication qui éclaircissait la courte vue du poète lui paraissait d'une extrême douceur, soope medicina, et surtout parce qu'il comprenait parfaitement l'image divine, Ciniagine divina, qu'il s'est abstenu de toutes questions, lai si prompt à émettre des doutes sur ce qui lui paraît offrir utilement matière à discussion.
..„ Les deux feux bienheureux, A chaque mot, d'accord comme un hatlement d'yeux, etc,
32. Etonnez- VOUS après tout ce qui vient d'être exposéque l'excellent empereur Trajan-Henri et le très-juste Ryphée, le Parfait Dante Alighieri soient seuls désignés comme applaudissant aux paroles de l'aigle, sur les six personnages censés former son œil ; étonnez-voos du touchant accord qui leur fait approuver l'habile discours de l'aigie impériale, tendant à établir en substance la prédestination du salut, et l'inutilité des prières pour faire fléchir une volonté immuable, devant laquelle ont trouvé grâce de tout temps la vertu et la josiice, indépendamment de toute condition rituelle , résultant de l'adinissiofl dans telle ou telle église. N'avions-nous pas raison de dire au commencement de ce chant, que l'aigle se réjouissait à l'avance de quel-
que ix»n tour dont elle s'apprêtait à nous snrpreadrc, et celui-là ne Taai-il pas les autres ?
De nouveau contemplant Béatrice, mes yeux
Ne s'occupaient que d'elle, et mon dmè avec etuv, etc.
1. Ici nous passons du sixième ciel au septième, de Jupiter à Satorne, de la vie active à la vie contemplative, de la politique à la religion; aussi le poète détourne-t-il ses yeux de l'aigle impériale, du symbole politique, pour les reporter sur celle qui est la personniQcatioo de sa foi, da ogni altro intento s'era tolto.
Semhlàble à Sémélé, cendre tu deviendrais, "
2. Si cette foi béatiGante, dont les yeux sont les enseignements et le sourire la lumière qui en résulte, laissait briller sans ménagement, à ce point de Finitiation, son sourire lumineux, elle s'exposerait à faire envoyer au bûcher son fervent adorateur par les R. P. iuquisitears, qui ne rient guère et n*ont pas le moindre goût pour la lumière d'Orient, di cener tu ti faresti.
Qui hrille d'autant plu^s, de l'étemel palais Clu*on monte les degrés, etc.
3. Plus rinitié s*éiève en montant Téchelie des grades, più si sale, plos il découvre de beautés dans la religion d'Amour, cela va sans dire.
k. Si Béatrice n'apportait pas désormais la plus grande prudence dans ses communications à son disciple, les beautés splendides de la doarine blesseraient des yeux habitués aux ténèbres, et le poète, qui oserait les reproduire, serait consumé comme une feuille sèche par les foudres de l'excommunication ; et cela malgré tout le bagage catho^ iique,. défroque de la Mort, dont il aurait cru se faire une égide
contre le péril ; ceHe défroque, dont grande a été sans doute la puissauce, puisqu'elle a fait illusion durant cinq siècles, serait réduite en poussière et laisserait l'hérésie à découvert Comme on le voit, mortalpodere n*a pas, ici, la valeur de potestà.
.... Sous Vardent poitrail du Lion parvenant, etc.
5. Au mois de mars 1300, époque à laquelle le poème est censé commencer, Saturne était dans le signe du Lion, dont les influences sidérales, au dire des astrologues, se mêlaient dès lors aux siennes propres. Or, si nous en croyons le poète, « le ciel de Saturne a denx propriétés qui permettent de le comparer à ra.stronomîe, astrologia; l'une est la lenteur de son mouvement en parcourant les douze signes, puisqu'il met vingt-neuf ans et plus pour décrire son cercle; l'autre est sou élévation au-dessus de toutes les autres planètes. Ces deux propriétés se retrouvent en effet dans l'astronomie, car il faut de même un très grand espace de temps pour parcourir le ceitle qu'elle embrasse, tant à raison de renseignement théorique, trcslong et compliqué, que pour l'expérience à acquérir ; elle est aussi la plus élevée des sciences pour la noblesse de son sujet et poor sa certitude. » {Corw. il, 1/^.) Appliquons-nous donc bien pourproGter des enseignements plus ou moins astronomiques qu'on va nous donner dans Saturne.
Que ton attention passe toute en tes yeux, etc,
6. Littéralement, les vers italiens signifient : Fais attention à ce que tu vas voir et souviens-t'en pour le rendre fidèlement; mais ils ont aussi un autre sens que voici : Que ta pensée se déguise dans son expression , ou bien mot à mot : A brite ton esprit derrière tes eoseignements, dirietro agli occhi tuoi (ses yeux, comme ceux de Béatrice, sont ses démonstrations, Conv.), en dépeignant ce qui va t'apparaîire dans ce miroir maçonnique, fa cU quelli specchio.
Celui qui concevrait quelle douce pâture, etc,
1. Quiconque saurait que le poète se repaissait du pain des cmges {Conv. I), lorsqu'il se laissait absorber dans la contemplation de sa foi personnifiée, et qu'il était appelé à se nourrir de, ce pain céleste. en portant ses regards sur des symboles qui en ravivaient en lui l'ardent amour, neW aspetto beato, comprendrait avec quel empressement il obéissait à son guide céleste, céleste scorta, et se prétait \
savourer la même 'pâture sous un autre aspect, ce même pain des anges, pastura, égal en poids et en qualité, bien que différent quant à la forme, dans chacun des plateaux de la balance, contrappesando Cm col l'altro lato.
Portant le nom d'un roi dont le sceptre propice, elc,
8. C'est le siècle de Saturne que Dante se flattait de voir renaître avec le triomphe de la monarchie' impériale sur l'autocratie sacerdotale, dans la pensée que toute malice aurait alors à disparaître de la terre, ogni malizia moria» avec ceux dont l'exemple et la politique dépravaient de plus en plus le monde. C'est donc dans l'astre qui porte le nom du caro duce, sous lequel le monde coula des jours heureux et purs, qu'il va nous signaler les moyens piopres, selon lui, à atteindre ce but désiré; le tout à l'aide d'une couleur de rhétorique, comme dit l'Ottimo, qui usa uno colore rettoinco. Comme nous ne sommes pas astreint aux mêmes précautions , nous appellerons cette couleur une figure maçonnique, et l'pu va juger si nous y sommes bien fondé.
Je vis tm escalier^ iW pur et Iransparentf etc:
9. Voici la figure sur laquelle Béatrice appela, au commencement de ce chant, toute l'attention de son fidèle, en lui recommandant do n'en parler qu'avec la plus grande circonspection. Elle a donc uno importance majeure à ses yeux. Cette figure est une échelle offrant la couleur de l'or, « symbole de pureté, » dit l'Ottimo, et dont la substance limpide laisse transparaître les rayons de la lumière, tu cAe raggio tralnce. Celle échelle, qui s'élève à perte de vue, n'est toutefois qu'une image réfléchie, puisque Béatrice a déclaré formellement qu'elle apparaîtrait reflétée dans le miroir de Saturne, la figura che in questo specckio ti sarà parvente. Les échelles paraissant peu nécessaires an Ciel, dont les habitants ont des ailes, nous n'y chercherons pas celle qui s'offrit au poète reflétée dans Saturne ; nous avons d'autant plus d'espoir de la trouver sur la terre, que la vision dont Jacob fut favorisé la lui montra ici -bas. Il ne nous faudra pas, en effet, aller bien loin pour y rencontrer celte échelle d'or pur ou cathare.
En effet, elle existe encore à l'heure qu'il est. Unique et multiple,
elle se dresse dans chacune des loges maçonniques disséminées sur
la surface du globe ; le long de ses échelons descendent, du ciel sur la
terre, des clartés éblouissantes destinées à triompher des ténèbres de
1060 LE PAHADIS.
l'ignorance, et Tesprit qui en est inondé s*imagine voir ruisseler devant lui toute la lumière répandue dans le ciel, tidi pe)- li yradi scetider giuso tanti splendor, ch' io pensai ch* ognilume che par net ciel, quindi fosse diffusa.
Vous n'admettez pas cette interprétation ? Peut-être en croirezvous ce qui se répèle journellement dans les solennités de ceux qui se proclament les héritiers directs des chevaliers de Tordre du Temple, les Écossais à'Heredum. Ouvrez leurs rituels, voici ce que vous y lirez, sous ce titre : Instruction, en anglais lecture, pour le grade de chevalier Kadosh, « dont la réception a trois phases, •» nous a dit le frère Boubée. Or, sauf erreur, nous sommes ici à la dernière.
Lorsque le récipiendaire a répondu aux questions qui lui ont élc adressées : « Qu'il est chevalier Kadosh ou chevalier de l'Aigle blanc et noir ; que le député inspecteur, par lequel il a été reçu dans le silence de la nuit, l'a décoré de Vhabit, du ruban et du bijou de l'Ordre ; qu'il s'applique de tout son pouvoir à élever un édifice digne de ses frères ; » on lui demande : « Quels pr(^rès avez-vons faits?— R. — J'ai acquis la connaissance de I'échelle mystérieuse; > il ajoute, en réponse à autant de questions successives : « Elle se compose de deux montants, supporters, nommés, en hébreu, Oheb Eloha, amour de Dieu, et Oheb Kerobo, amour du prochain (principe fondamental de la religion d'Amour), et de sept échelons, figurant les vertus que je dois pratiquer, savoir : 1* justice, bonnes œuvres; 2'' candeur; 3° douceur; U"" foi ferme dans la vérité {ferma fede); S"" grande œuvre, labormagnus, progrès; 6° patience dans les revers; 7*" prudence, discrétion. » Nous supprimons, ponr abréger, les noms hébreux; mais on les trouvera dans les Tuileursdc Bazot, p. 118, <le Delaulnay, p. 229, de Villiaume, p. 20/i, et dans Light on Masonry, p. 288. On pourra se rappeler, en les lisant, le début latino-hébraïque du ch. vu.
Mais ce n'est pas tout; il se trouve, par une merveilleuse coïncidence, que ces sept échelons, figurant autant de vertus préconisées par notre poète, représentent encore, en commençant de même par en haut, 1** l'astronomie, correspondant à la justice de l'âge d*or et à ce ciel de Saturne où nous sommes arrivés, il cielo di Satumo si puo comparare ail' astrologia ; notez qu'une loge de Saint-Jean, dont je vois les procès- verbaux mentionnés depuis 1783 daiis un catalogue du libraire Guillemot, existe encore à Paris sous le titre dis* iiuciitdcV Age d'or, {Conv, il, 1^.) 2° La géométrie, comparable à Jupiter, par les motifs déduits dans le Convito, de même que, 3" la
musique comparable à Mars, U'' l'arithmétique au soleil, 5** la logique, dialettxca, à Mercure, G"" la rhétorique à Vénus et V enfin la grammaire à Ja Lune, c'est-à-dire tout Tensemble du trivium et du (fuadrmunu (Voy. Bazot et Vitliaume aux pp. citées.) JNous devons faire remarquer que tous deux mettent, par une transposition peu logique, la géométrie au troisième échelon supérieur, et la musique au deuxième ; mais c*est la seule différence à signaler entre l'échelle du Paradis et celle du Temple, nous n'en sommes pas moins en droit de dire à Dante, comme aujourd'hui le Vénérable à celui qui vient de gravir l'échelle mystérieuse : « Vous êtes Templier. »
A ces deux significations des échelons cabalistiques vient se rattacher un autre ordre d'idées, dont nous nous ferions scrupule de ne pas donner connaissance à nos lecteurs, puisqu'il comporte aussi son instruction ; nous empruntons ce renseignement à un cahier manuscrit que nous devons à l'obligeance d'un chevalier Kadosh dont le zèle maçonnique s'est considérablement refroidi. *
Lorsque le récipiendaire a prêté les serments requis, donné le bigne de certitude, l'attouchement, les paroles des Croisés^ le graudmaîu-e lui explique la valeur des lettres tracées entre chaque échelon : "Le T que vous voyez là-haut, entre le septième et le sixième échelon, signifie Tempuer; i'M, entre le sixième et le cinquième, Jacques Mo- LAT,le véritable Hiram; les lettres P. B.\ Philippe-le-Bel, objet d'exécration pour l'Ordre; entre le quatrième et le troisième, C.V., Clément V, Pape vendu au roi de France, avec lequel il partagea les dépouilles du Temple; entre le troisième et le second, E.D.G.L., Edouard, Grand Lord ou roi d'Angleterre, complice de Fhilippe-le* Bel. Entre le deuxième et le premier, les lettres G. A.B.N. signifient: Gérard, archevêque de Mayence, Albert d'Autriche, Blanche, sœur dePhilippe-le-Bel,et enfin Adolphe de Nassau, signalés comme ayant coopéré plus ou moins à la ruine de l'Ordre. » La vengeance de ce crime odieux est le but auquel doit aspirer tout chevalier Kadosh, dont le mot de passe est Nekam Adonaï, et il ne peut manquer de l'atteindre à l'aide des sept vertus et des sept sciences symbolisées dans l'échelle de Jacob. Demandez en effet à un Franc-Maçon comment il espère arri¥er au terme de ses souhaits, à ce Ciel étoile qui a pour supports : la sagesse pour combiner, la force pour soutenir, la beauté (la leggiadria de Dante) pour orner toute grande et importante entreprise. Il vous répondra : «Avec l'aide de l'échelle de Jacob» • by thc assistance of Jacob* s ladder. (Liglit on Masoury, p. 39.)
C'est pour accompfir leur œuvre de vengeance que les modernes
Templiers sont armés du glaive, que les deux étendards de l'Ordre portent, l'un la croix templière avec la légende Dieu le veut^ I autre Faigle noir tenant un poignard dans ses serres, avec la devise vaincre ou mourir, (Villiaume, p. 20/i.) « Que signifie la croix surmontée de Talgie et du glaive 7 — Que je dois en tout temps employer mon glaive, sous la bannière de l'aigle noire, à soutenir TOrdre. — Où travailliez-Tous? — Dans une pUice de sûreté, k réublir secrètement l'édifice ruiné par des traîtres. — Quel succès en attendezvous? — Les droits de la vertu, Taccord des frères, les possesaious de nos ancêtres et un bonheur sans fin. — Avez-vous pleuré? — Oui — Avez-vous porté le deuil ? — Oui, je le porte encore. — Pourquoi ? 7- Parce que la vertu est méprisée, et que tant que rè* gnera le vice (le caporeo)^ la vertu sera opprimée, les crimes resteront impunis. Mais en favorisant nos projets et nos voeux, le grand Architecte de Tunivers fera luire le jour qui verra punir le vice etrccompenser la vertu. » (Light on Masonry, p. 288.)
Si vous voulez maintenant savoir cornaient le vice est symbolisé dans les loges maçonniques, vous le reconnaîtrez peut-être sous la figure d'un serpent à trois têtes ^ car vous vous rappelez rborreur des Cathares pour les reptiles; autrement nous vous renverrions ao triple Geryon que le poète nous représente avec la face d'un juste et une queue de dragon. (E. xvii.) En effet, «le grade de Pontife jtmarquez ce titre, ou de sublime Écossais, a pour objet la nouvelle Jérusalem ou la Maçonnerie régénérée écrasant le serpent à trois têtes. (Delaulnay, p. 163.) En conséquence « quelques chevaliers Kadosh font broder sur le tablier l'échelle à deux montants (celle des vertus et des sciences), posée sur un serpent à trois têtes. » (Villiaume, 204).
On connaît maintenant l'échelle de Jacob et quels sont ses éléments ; on sait que les modernes Templiers l'emploient à s'élever jusqu'à la voûte du Temple, jusqu'à leur ciel mystique^ représenté tour à tour couvert de nuages pour les profanes ou resplendissant d'étoiles pour les initiés, a clouded canopy or stauTy-decked heaven. On est donc en mesure de me dire en quoi l'échelle dantesque diffère de l'échelle maçonnique et comment il se fait que nous retrouvions ainsi, de ciel en ciel, tous les symboles encore en osa^ daos la F. -Maçonnerie, tous les rites prescritsdans ses divers grades, etjii^ jiu'aux mots de son vocabulaire. Refuser d'admettre que ce soient là des preuves de l'affiliation du poète à uue association oecuile, hostile à l'Eglise orthodoxe et à la consittutioii sociale de soo temps, c*est^
noire sens» vouloir nier réîidcnce, et déclarer ne vouloir élre coïtvaincu que sur la représentation d'un diplôme authentique constatant l'affiliation du poète florentin à Tordre du Temple, appuyé d'une profession de foi religieuse et politique écrite en entier de sa mdld avecla signature : Dante Alighierx, pasteur de la religion d*Amour. Eh! mon Dieu, tâchez donc de comprendre Boccace, vous disant qoela mère de Dante, enceinte de lui, rêva qu'il éi^M pasteur et ajdtitant avec bonhommie, c'est-à-dire pastor spirituaU ; est-ce clair t (Voy. Vita di Dante, à la fin ; lisez les Églogues de Dante et celles de Jean de Yirgillo son ami; nous vous recommanderons aussi celles de Pétrarque.)
Comme aux champs, le matin, par natitfê coutume, S^agitent les corbeaux, à l'heure où point lejour^ etc.
10. Ces corneilles-là, pôle, sont parfaitement disciplinées; elles se meuvent ensemble, insieme si movono, et cela « à la première heure du jour, o comme disent les Maçons, au moment de commencer leurs travaux; les unes s'en vont en exil ou pour un apostolat lointain, et ne reviennent pas; d'autres retournent d'où elles sont ve« Dues, une fois leur mission remplie ; d'autres restent au lieu natal, mais en faisant de fréquentes tournées, roteando, afin d'entretenir la chaleur des membres qui se refroidissent, a scaldar le frêdde plume. Nous savons bien que les Parfaits, ou les pasteurs Cathares, avaient adopté le vêtement noir (*), mais nous n'apercevons pas trèsclairement comment des éclairs ou des étincelles en mouvement peuîent être comparées à des corneilles, à moins que nous n'admettions qn'à l'instar de l'aigle blanc ou noir, elles sont à volonté lumineuses ou obscures ; en effet, on peut remarquer que ce rayonnement étincelant n'a lieu qu'au moment où ces élus, aussi bien disciplinés que les corneilles, atteignent on certain grade ; qitesto sfavillar insieme renne, si cmne in CEn ïO GRADO si percosse. Or, ce grade ou cet échelon astronomique ou saturnin, était évidemfncnt le 7* en commençant par le bas.
Tu me révèles bien l'amour qui brûle en toi, etc,
11. L'étiquette du grade n'admettant pas lo costume noir-corneille
(*) Les Bonshommes on Parfaits, portaient d'ordinaire des vêtements noirs. (Petr. Vall.Gern. U6.) Us fenime» Pat faites porioîent également des espteesde manleauidé coolear ooire, superiunicale, {AcLdc l'inq. de Toulouse, Doat, xiv, 1 147.)
1064 LE FAKADIS.
pour recefoir Ja visite d*iin frère voyageur, peUegHno,Vé\u qui $*approche, |)our donner la bicnTcoueau poêle, revct une blancheur aussi éclatante que possible, jt/<?cAiaro^ ou peut-être mieux encore, révèle sa foi par des signes et des attouchements des plus clairs (voy, note 8 du eh. xv) ; toujours est-il que le poète ne s'y trompe pas, et qu'il se dit à part soi : Je vois bien tes signes et je te reconnais pour un fidèle d'Amour, dévoué à l'Empire, to vegyw B,EN., Pamor che tu m'acgenne.
Mais celle dont j'attends, pour parler ei me taire, eic,
12. Il semble que Dante pourrait montrer moins de prudente circonspection dans le Paradis, où nul danger ne saurait le menacer, que dans V Enfer ou le Purgatoire; il n*en est rien pourtant, car il n'ose dire un mot ou se taire sans l'aveu de cette foi mystérieuse dont il a fait sa compagne Inséparable. D'où l'ou peut conclure qu'il avait conscience de la difficulté du terrain et des périls qu'il osait y braver, plus redoutables encore que ceux dont il s'était si habilement tiré dans les deux autres royaumes. Au surplus, en attendant de Béatrice le corne e '/ quando del dire e del tacere, il ne faisait que se conformer à l'usage rituel des loges, où le récipiendaire ne prend jamais la parole sans être interrogé, et attend que son guide, la scorta, le socius Cathare, lui dise quand et comment il doit répondre f). On voit que rien n'est oublié, et que ces mots qui paraissent si iuoffensifs» contra il disio fo ben se non dimando, ont leur valeur ritaeife comme tout ce qui précède.
Mais elle, qui lisait, nettement retracée
En Celui qui voit tout^ ma secrète pensée, elc.
13. Au résumé, la scorta est bonne personne et, comme « elle voit ce qu'il tait dan? le voir de celui qui voit tout, nel veder di quello che tutto vede, » la foi albigeoise et templièro réfléchissant directement la pensée du grand Architecte, où elle lit comme dans un mi*
(*) « Les Cailiares avaient pour règle de ne rien faire, ni voyage, ni repai, oi jfsiàt, sans compagnon. Il n'était pas indispensable que le compagnon, socius, fâi luinn^nM un Parfait ; il pouvait être un croyant d'une fidélité éprouvée. ( Act. de Cinq, de Cerc, 1243 ; Doat, XXIII, V* 102.) • Schmidi, il, 94.
Fidèle à cette règle, même dans la fiction, Oante a choisi pour aodiiadtns ^Si^ort^ le Purgatoire Virgile, puis, dans le Paradis, Béatrice, remplacée à la fin du poème |»t saint Bernard.
roir, elle accorde, par cxceplioo, au poêle la pcnuissiou de parler le premier.
Pourquoi du Paradis cette sphère hénie
Me laisse à regretter la même si/mphotiM, etc.
ik. Ne trouvez-voas pas que le grand Alighieri semble se rapetisser à plaisir dans les questions, d*une futilité enfantine, qu'il affecte de poser successivement à tous les plus grands docteurs? Le voilà pris acluellement du plus ardent désir, caldo disio, de savoir pourquoi Ton ne chante pas ces cantiques dévots que ^nous savons, dans le ciel de Saturne comme dans les autres; c'est pour obtenir une ré-, popse si importante, dont il se déclare peu digne, qu'il se met en frais d'extrême politesse envers le Vénérable, auquel le gai savoir a fourni son costume à double face, vita beaia che tistainascostadcniro alla tua letizia.
Ton ouïe est mortelle aussi bien que ta vue, etc.
15. Réponse polie équivalant à dire : Mon bon ami, tu as l'intelligence bien obtuse si tu ne comprends pas que nous ne saurions chanter ce que Béatrice ne peut enseigner ; attendu qu'il y a des oreilles catholiques pour nous entendre, udirmortal^ et te faire payer cher nos chants ; or, cela ne ferait pas rire cette pauvre Béatrice qui a tant pleuré dans le Purgatoire, avec ses frères et sœurs, a qui elle (lisait, en se servant des paroles même du Sauveur : Modxcum et non videbitù me. (Cb. xxxill.)
C^estpour te faire fête, et de tous mes rayons, ' De mes discours amis accueillir ta visite,
16. Le Vénérable s'est empressé d'accourir au-devant d'un visiteur aussi distingué, certain de lui faire fête par les paroles que nous entendrons bientôt, et qui nous révéleront d'où procède la lumière qui loi fait un manteau de Templier, la luce che mi ammanta.
Plus d'amour ne m*a pas fait accourir plus vilSf etc. '
17. Nous savons déjà que, dans chaque grade, il y a égalité d'amour entre tous les frères, et il en devait être ainsi là, tous se montrant revêtus des mêmes insignes et bijoux.
Mais cette charité qui sait faire de nous
Des serviteurs zélés et prêts au premier si^ne, etc.
.18. C'est l'amoursuprême, représenté par le chefdu Grand-Orieut, ce conseil souverain dont relèvent toutes les volontés» serve al consiglio che H moml q governa^ qui désigne chacun selon sa capacité, sorteggia, pour les missions à accomplir. Le poète maçon fait rignorant pour avoir occasion de compléter son Tuîleur sous le titre de Comédie.
Comment d'un libre amour la sainte obéissance, etc.
19. Dante n'ignorait pas que la charité était Ubre et non pas imposée par contrainte ou terreur, libero amœ-e, dans cette Cour» ccl Aréopage ou c« Concile, comme on voudra l'appeler avec les chers frères, et que cet amour libre leur suBisait pour suivre les justes il bieufaisants décrets de la Providence éternelle, représentée ici-bas par la Nature qu la Providence impériale, dont l'art d'Amour est comme petit-fils. {Enf. xi.)
Pourquoi tu fus ainsi, seule, prédestinée, etc.
20. Nous connaîtrons bientôt les motifs qui valurent à ce flambeau sacré, sacra lucerna, l'honneur d'être prédestiné au rôle de Yénérable pour la réception du poète ; et l'aiïectation que met Dante à le presser sur ce point, quand ces motifs ne peuvent être exposés ouvertement, est un nouveau trait d'habileté dans une œuvre où il y ca a tant, perche predesthmta fosii sotd a questo u/pzio?
Se mit à tournoyer comme une meule ardente, elc»
21. Poussé ainsi au bouton, le Vénérable' prend le parti de jeter de la poudre aux yeux du questionneur. Il se met à tourner coniDC une meule ardente, mû qu'il est par cette foi illuminante dont l'amour est, à la fois, le fanal et le foyer, del suo mezzo fece il lume centre: mais mieux encore, le Vénérable se fit le centre ou, si vous le voulez, le foyer de la lumière, qui se propagea par son moyen ; il faudrait donc voir en lui, comme en saint François d'Assises, un agent précieux de la secte, appelé comme lui, sans le savoir sans doute, à loi rendre d'immenses services. Voilà de quoi ne se doutait pasie P. Loiubafdi qui, charmé de ces expressions, farsi del lumc ceturo, \^ qualifie de vaga perifrazi. Ce (jui nous fiaraît charmant, c'est la bonhomie de certains commentateurs , la duperie des tradacteun»
CHàNT XXI. 1067
et la niaiserie de la masse des lecteurs acceptant la bouche béante, et dans le nombre combien de grands docteurs, les bourdes les plus ébouriffantes.
A ma perception la vertu qui s'unit, etc.
22. La religion d'Amonr, que le Vénérable porte dans le secret de son cœdr, Camcn^ che v* era dentro, se charge de faire la réponse en CCS mots : La lumière divine qui rayonne sur moi vient se confondre avec celle dont le foyer est en moi, on(C iom'inveraro;^^ vertu. Jointe à celle que j*ai acquise en voyant la lumière, col mio veder congitcnta, m'élève tellement au-dessus des catholiques romains , ces brutes profanes, que je contemple l'essence suprême, dont cette lumière, révélée ï mes frères, est l'émanation directe, délia quale è rmma.
Et de là cette joie en moi qui resplendit, etc.
33. De là provient la Gaie science, dont mes paroles et illes écHts sont le rayonnement, Callegrezza onde fiammcggw^ attendu que la clarté que répandent mes écrits,- dirigés contre les scandaleux abus de r Église romaine, est en rapport avec la clarté de ma vision, au sujet des choses de la foi, perché alla vista mia la chiariià délia fiamma parreggio. On voit combien c'est à tort qu'on reproche l'obscurité à Dante^ il est souvent au contraire d'une limpidité d'eipression étonnante. Noos connaîtrons bientôt les écrits dont il s'agit
(^e que tu veux savoir et ne sauras jamais, etc.
%, Gomment répondre sur la prédestination sans s*ertgagef (tâfts l'examen de questions que Dante a toujours soin d'esquiver, ou n'aborde jamais qu'indirectement? celles de l'origine du mal par exemple, du libre arbitre, de l'efficacité des prières sur une volonté immuable. Le Vénérable se tire donc d'affaire du mieux qu'il peut, en déclarant son incompétence sur une question insoluble dans les |Mus hautes sphères du ciel Mais Bossaet vous dira qu'un dogme, qu'il appelle nouveau, était • comme l'âme de la Réforme » et qn*il consistait k soutenir que quiconque reconnaît le franc arbitre, nie la prédestination. (Ifist des var. , p. 565.) Oui, comme nous l'avons vu, dans le sens où l'établit saint Augustin. Or, Danie n'avait garde de procéder par distinctions sur un sajet aussi délicat.
Quand tu retourneras dans le monde mortel, etc.
25. Dis bien au clergé catholique, aux suivants de )a Mort ihéocratique, aux sujels du Prince du monde, al mondo moital, qu'il ne leur appartient pas de décider en pareille matière, et qu*il y a présomption de leur part à s'engager sur ce terrain , en se préieudani infaillibles, c/ic non presuimna a tànto segnç più maver li piedi. Leur esprit terrestre ne produit que fumée, caligine del mondo j^Purg, xi), d*où Caligorant (Arioste), ils ne sauraient donc pénétrer, dans leur humble sphère, ce qui échappe aux regards des habiianis da Ciel, car ils sont loin d*être purs et encore moins Parfaits.
De ce qu^il fut de lui je m*etiquis humblement,
26. Dante prend le bon parti en ne pressant pas dayantage le Vénérable, qui vient de lui donner d'excellentes raisons pour ne pas répondre, et il nous rend le service de s'informer très-humblement à qui il a l'honneur de parler. Soyons donc attentifs. Comment en effet ne pas être curieux de connaître le nom de ce flambeau lamineux de la religion d'Amour des Yaudois, des Albigeois et des Templiers?
Sous le plus élevé, que l'ofi nomme Cairie, etc.
27. Entre la mer Tyrhénienne et la rive Adriatique se dressent, non loin de Florence, les cimes des Apennins, bien au-dessous desquelles grondent les foudres du Vatican. Sur une de ces hauteurs, qu'on appelle Catria, et dont le sommet se projette en saillie, gibbo, entre Gubbio et la Pergola, est un hermitage consacré à une seule adoration, a sola lairia^ celle de Dieu, non au culte des images, pratiqué par ces catholiques qui se sont fait cent idoles pour ime, loi ri orate cento. {Enf, tlix.)
,...Là je rivais content.
En méditation sainte et contempUUive.
28. Là, le Vénérable se voua au service du Dieu du Ciel, non à celui des saints, ses créatures, et tout entier à la contemplation, bleu différent de ces prélats et de ces abbés occupés uniquement de vanités mondaines, il mena, hiver comme été, la vie la plus frugale, en haine du luxe des tables ecclésiastiques, pliant sous le poids des mets les plus savoureux ; luxe contre lequel il s'éleva avec une cJialeureuse indignation. Lisez ses épîlres, quand vous saurez son nom,
pois lisez l'ouvrage que Pétrarque nous «n laissé, avec tant craiUres
conçus dans le niôine esprit, sous ce titre, De mta soliiaria; vous
verrez combien ses idées au sujet d*un inonde corrompu et de la
cour romaine, concordaient avec celles qui déterminèrent Tnmantde
Laare-Béatrice à adopter la vie solitaire et à se faire Pasteur, comme
Daote , pasteur évangélique ou Albigeois, pastor spirituale, comme
dit Boccace, pasteur do la religion de TEsprit, et à composer des églo-
gués latines très-instructives; mais encore moins que les 3 entretiens,
coUoquia, qu'il a intitulés son secret, Secretum meum. Il y a dans le
r livre de cette vie solitaire, traité m, un chapitre h que je vous 4
recommande. Il est intitulé : Quomodo ex periculo Pastoï-um disci |l
j>ois\i vitam soilicitam tninits esse tutam^ et quomodo, ea ratione,
AUcrOR ipse vitam elegerit SOLITARIAM.
Le chanvp rendait alors à ce Ciel largement^ etc.
29. Ce cloître produisait alors une abondante moisson de solitaires, destinés à peupler des cieux dont Tessence nous est désormais counue, et qui ressemblent d'une manière si frappante à ceux des Templiers modernes ; à telles enseignes, que ceux-ci ont aussi leurs solitaires, qu'ils tiennent en grande vénération. Ne m'eq veut-on pas croire ? Peut-être ajoutera-l-on foi à un rituel qui n'a certes pas été composé ad hoc, car il est imprimé en 1829 à Utica, ville des Étatslois d'Amérique. J'y lis ce qui suit : « Quel est votre mot de passe ordinaire? Manchin (probablement un mot hébreu estropié comme tant d'autres). C'est^undes noms du Grand-Maître, en très-grand Imoneur, most renowned, parmi les solitaires connus sous la dénomination de Kadosh. — Que signiCe ce nom ? — Solitaire ou séparé (du monde et du Pape, son prince), solitary or separate, » (Light on iVlasonry, p. 288.)
De plus, dans le cahier manuscrit dont j'ai déjà cité plusieurs passages, et il existe beaucoup de cahiers de ce genre dans la Ma^çonoerie, à en juger par le nombre de ceux qu'on trouve cotés dans le catalogue de la bibliothèque du F. *. Morand, que vient de pubKer le libraire Guillemot, on trouve un exposé historique ppr demandes et par réponses, sous le titre de deuxième instruction, dont sauront peut-être tirer parti de plus érudïLs que nous : « Qu'avez-vous vu en entrant au Chapitre (est-il demandé au néophyte Kadosh) ? — Neuf grandes lumières. — Que signifient- elles? — Les neuf maîtres élus qui furent envoyés à la recherche du traître (le co.npagnon Abiraui)
— Que firenl-ils lorsque le Temple (de Saloinon) fut achevé? — Plusieurs se mirent sous un même chef, travaillant à la réformaiion dcsmœui^s, et à élever en eux un édifice ^spirituel et se rendirent recommandâmes par leur charité {caritas^ amor) — Comment les appelait-on? — Pharas Kol, mots qui signifient séparés {solitary or separated). —Gomment étaient-ils séparés ? — Par la sainteté de leur vie et surtout par leur charité sans bornes envers les Pauvres (de Lyon). Lorsqu'on leur demandait ce qu'ils prétendaient faire durant le cours de leur vie, ils répondaient : Aborkah eth Adonai bekol heth; ihamid t/iegillatko 6ep/it; c'est-à-dire: Je bénirai le Seigncor en tout temps et j'aurai toujours sa louange dans la bouche. Ils disaient encore : Bahabah achallek him hehani, dont le sens est : Je traiterai toujours les paum-es comme des frères et je ne négligerai rien pour les secourir. (Qu'on se rappelle les invectives de Danic contre ceux qui dépouillent la veuve et l'orphelin et ses louanges au Scaliger, par qui les pauvres devaient devenir riches.) — Ne s*éloignèreni-ils pas par la suite de ce genre de vie ? — Peu k peu ils négligèrent leurs anciennes pratiques et leurs devoirs; l'orgueil, Vovarice\ leur servirent de guide et ils se contentèrent de conserver un extérieur austère, ne se soutenant que sous le manteau de l'hypocrisie, — Comment s'est-il pu faire que V Ordre se soit conservé jusqu'à nous dans toute sa pureté ? — Plusieurs d'entre eux, zélés obs- .servateursdes lois qu'ils s'étaient imposées, se séparèrent et furent appelés à juste titre kadosh, qui signifie saint (parÊiits, purs, cathares, puritains). Ils étaient connus sons le nom d'Ësséens ou Essèniens. (On remarquera que certains écrivains ont prétendu rattacher Jésus-Christ à la secte des Esséniens.) Comment s'appelait le Grand- Maître qui ordonna aux 70 fibres de travailler à la version de rÉcriture-Sainte? — • Ptolémée Philadclphe, roi d'Egypte, prince des astrologues (de Saturne sans doute) qui vivait 210 ans avant la venue du Messie. — Quel a été le Grand-Maître juif qui a été le phis en réputation ? — Menachëm (c'est évidemment le même mot que le Manchin des Américains) c'est-à-dire Consolator (*). Il vivait sons
(*) CjccoiiMOlaior nous paraît se raUacliçr iiiiinietqciità la eontoUition, que doaatànx les Parrails aux lidèles Vaudois, Albigeois ou Cathares. Quatuor tmbeut sacramenUt, qu(t suHt : imposilio munu^y panh bencdictiOy pcemtentia et ordo,
Manus impositio vocatur ab eit consoL amiùht vu cl spiritUiiUi baptisauan, si^e BAPTiSMUM -SPiniTLS SA?iCTi, siiic Quci, sccuuclmn cos^ HCC pcccatum mortnle remittitw\ nec spirllus sariclus alicuidatur. Suuuna, f. licinerii. J/i. uov, D. Martcnae, v, p. 7Ô2.
Cum baplismum aspernentur, dit des Paulicieas le moiue de Zigabène, (Ue tamc»