‹ Le Paradis de Dante illuminé a giornoChapitre 15 sur 23 · TA · texte numérisé non relu

TA

Hérode-Antipas (ce Menackem ne serait autre alors que saint Jean- Baptiste qui versa l'eau sur le front du Rédempteur et aurait fait ainsi du Fils de Dieu un membre de Tordre des Ësséniens)? — Quelle était leur règle? — Ils élisaient un chef, Grand-xMailre, qui jouissait de ce privilège pendant sa vie, et lorsque quelqu'un était jugé digne d'entrer parmi eux, il s'engageait à trois choses par un serment; sa- Toir : la foi envers Dieu, la justice envers les hommes, et V obéis- «once envers leurs princes. — Suivaient-ils tous la même règle? — Non, il y en avait qui vivaient dans le siècle, mais le plus grand nombre habitait les possessions qu'ils avaient dans la Nigritie, la Scythie (probablement le désert de Scété, où se retira saint Macaire) et la Thèbaîde, qui servirent ensuite de retraites aux solitaires que noas connaissons sous le nom de Pè?'es du désert. — ^ L'Ordre n'étant composé que de juifs, comment s'cst-il pu faire qu'il ait passé chez les chrétiens? — Le plus grand nombre ayant embrassé la religion chrétienne et voyant qu'il n'y avait, dans les usages de l'Ordre, rien de contraire à ^Évangile, communiquèrent leurs secrets à plusieurs chrétiens (les gnostiques?) avec lesquels ils s'unirent plus intimement. Leurs biens étaient communs et ils s'excitaient mutuellement à des œuvres de miséricorde. — L'Ordre se soutint-il longtemps ? — Jusques environ l'an 700 (l'époque de Gharlemagne et celle à laquelle le Toalonsain Stace quitta le quatrième étage du Purgatoire, ch. XXII, p. /i89). Peu à près il déchut, et au commencement du xir siècle il était presque inconnu. ( Vers l'époque de la première Croisade et de l'apparition des Troubadours, ces missionnaires de l'albigéisme ou de la religion d'Amour.) Il s'était cependant conser-

ve tmguiit tuMPfpsret nom ScangeUi verbabaptitmum exiêtimant, quaniain Dominuê,

£go scx, in(|uit, aqla viva, p. 203, G. Baptisinum noslnim JoatmU baptismumeMC ftiewt, pcr aquam eiUm fieri, ut ipsis vidctur. Quamobrem si quis ad ipsos confugU tum REBAPTiSART.... Jouiinis evangelium eapiti ejus imponunt ef spiritum sangtoh suum invocantt ^t Paler Nosicr canunt. (^Solam precationem appelUuit quum Domùttn tmdiàîî in EvaHgeHia, id est Pater Noster.) Et post baptismum ejus modi tempus futignant aU acfiuratioreni itutitutionem y temperatioremque viietm, et puriorem preeatUmem. Deinde tcstimonium exigunt, an hœc \observavH, Quod si tfiri muiicresqut afftrmarint, duewu cum ad oelebriorem imitiationem. Statuunt enim mi- »runi ad Ouj^tem SOLKm et impio ipsitts capili iiirsus evançeUum imponunt^ et hftMmm ca^lfut ijuo.gratias agunt ; atque ita initiant. (Id. p. 124, xvi, Max. Bibl. WCP.P. LX'lX.)

Indépendaniiuent du consolameutum et « Tout en rejetant le sacrement catholique de la confession, les Cathares pratiquaient une confession publique et soieni)eIle qu'ils cou- Mtéraieot même comme une espèce de sacrement. (IVenierius, 1162.) C>!ite cérémonie, qu'ils appelaient servitium et apparellamcntum, prenait place entre la bénédiction cl le baiser de paix. • {Arch. de Vinq. de Carr.) Voy. Schmidt. ii, ISfl. Aussi Dante n'at*>l pas manqué à foire » conlession publique, son apparelUtmontum , au ch. xxxi du J*urgiUoin,

vé chez quelques personnes pieuses. De ce nombre étaient Hugues do Payens et Godefroy de Saint-Omer, qui s'unirent pour le faire revivre dans toute sa splendeur, et fondèrent Tordre du Temple, dont les progrès furent tels qu'au dire de Guillaume de Tyr, il comptait en ll/i6 plus de 300 chevairers de maisons souveraines ou dn premier rang, sans compter plusieurs milliers d'autres frères, ni les servants d'armes. »

Cette légende, qui remonte haut assurément, est reproduite par la plupart des écrivains maçons, sans indication aucune de sources, dans le but évident de rattacher la Maçonnerie à l'ordre du Temple, de même que celui-ci aux origines du Christianisme et aux temps bibliques; ces écrivains ne l'ont certes pas puisée dans la Comédie, car ils n'auraient pas manqué, s'il en eût été ainsi, de revendiquer la confraternité de son glorieux auteur; d'un autre côté les nombreuses concordances que nous avons signalées précédemment et en outre les allusions frappantes faites dans ce chant à la tradition maçonnique, ne permettent pas de douter qu'elle soit venue à la connaissance de Dante, Pétrarque n'en ignorait certes pas non plus. (Yoy. de Yûa

Dans ce ftieux séjour je fus Pierre Damien, elc,

30. Le Vénérable qui nous a déjà dit de si belles choses sur la prédestination n'est donc autre que Pierre Damien, le solitaire de Catria, en qui l'Église ne révérerait qu'un Kadosk, un Pariait, uu Cathare ou un Patérin, imbu des doctrines vaudoises, un fidèle de la religion d'Amour.

A nous d'examiner , dès lors , de quels faits Dante, tkeobqns Dantes, a pu partir pour arriver à personnifier dans ce saint personnage le solitaire maçonnique, le Sépoi-é, l'fissénien, eu un mot, le Kadosh.

Pierre Damiani, c'est-à-dire fils de Damien, vécut de 988 à 1071 Après avoir gardé les pourceaux dans sa jeunesse, il trouva un protei^ur dans un de ses frères, archidiacre de Ravenne, qui se chargea de son éducation. Ses études terminées, il prit l'habit de bénédiclin ot se retira dans l'ermitage de Sainte-Croix, à Foute Avellana, dans rOmbrie, où il se livra à l'étude et à la contemplation. Il en fut nommé abbé, en 1041, par Benoît I.\. Après de fréquents rapports avec les papes Grégoire VI, Clément III, Léon IX, Victor IK Etienne IX, il fut créé, bien malgré lui, cardinal d'Ostie, en 1057,

par ce dernier poniifc, auquel succéda Grégoire VU, qui dut, eo partie, son élection au nouveau cardinal. Ami de la solitude, adversaire chaleureux des abus ecclésiastiques, contre lesquels il fulmina dans ses nombreux écrils, il renvoya, en 1062, le chapeau de cardinal, qu'il n'avait accepté que sous la menace de l'excommunication, et rentra, comme simple religieux, dans son ermitage de l'Apennin. Non-seulement il avait, aux yeux de Dante, le mérite de s-'étre élevé couu*c le droit que s'attribuaient les pontifes romains de s'opposer, par la force des armes temporelles, aux prépotences des empereurs, en leur proposant l'exemple de Jésus-Christ, de saint Grégoire et de saint Ambroise, doctrine que Baronius traite d'erreur condamnable, dérivant directement de Julien l'Apostat (Baron. Ad ann, 1053); mais il y joignait encore celui d'avoir, par une illumination d'en haut» TU le pape Benoit IX. en Enfer, et aussi d'avoir écrit l'opuscule intitulé : Gcmorrhianus, On le trouvera dans le tome m de l'édition publiée à Paris, en 1663, chezTompère. Peut-être l'Aligfaieri y puisat-il l'idée de. faire des Guelfes autant de Sodomites. {Enf. x£ et Pwrgat. xxvi.) Nous avons dit précédemment (£«/! vu et PurgaL xxviii), que Pierre Damien lui avait, à coup sûr, suggéré le travestissement de Grégoire VU en Piuton et celui de la comtesse Mathilde en Proserpine, par la lettre où il appelle le grand Hildebrand saint SaïaUjen le qualifiant de fléau Assur, et en comparant sa pitié à celle de Népon, non sans lui reprocher de l'avoir aiguillonné en le souffle- %

tant, et caressé, pour ainsi dire, avec des serres d'aigle. Voilà ce que Baronius et, de nos jours, l'auteur de VHist. univers, de l'Église, M. i'abbé Rohrbacher, appellent une lettre amicale; méconnaissant ainsi ta profonde dlvei^ence d'opinion qui avait éclaté entre ces deux personnages longtemps amis, dont l'un, plein de véritable humilité, était retourné dans son cloître, dont l'autre entendait faire prévaloir la tiare sur les couronnes des rois, en se proclamant leur maître, comme le représentant de Dieu. Ajoutons que, dans sa lettre à Cadolaus, le pape intrus Houorius II, ce môme Pierre Damien s'exprime ainsi : Sacerdotes Dei... in super bia se comibus élevant, et non sacerdotcàÊ/n , sed regalem, imo tyrannicam ferulam arripere sujufr humanum genus anhelant. (Baron, an. 1062.) Est-ce que Pap' c Satan Aleppe n'est pas là en germe ? Est-ce qu'il ii'est pas eu' toutes lettres dans cette suscription d'une épître adressée au souverain pontife, Papa Satance, Papœ Satanœ puincipi, dont le poète n'a fait que nous donner la traduction italienne avec le dernier mot en syriaque ? De pareilles pensées exprimées en ces tenues ne

pouvaient être que des plus sympathiques k Dante, comme aussi h Pétrarque, non moins bon théologien que lui, et nullius dogmaiû expers. C*est donc à juste litre que Pierre Damieu, qui écrivit De salitanavita laudibus (Opusc. xv, c. i), est cité honorablement par le chantre de Laurc, auteur d'un traité spécial de Vûa solùaria, dans lequel le cardinal-évêque démissionnaire figure en compagnie d'Adam, que nous verrons bientôt, du roi David, que nous avons vu former la pupille de Taigle, de Jacob, dont l'échelle est sous nos yeux, de saint Grégoire, qui ressuscita Trajan, de saint François d'Assises, dont nous avons entendu l'éloge, de saint Bernard, qui apparaîtra bienlôt, et de maints autres encore. L'intérêt que Pétrarque portait à Pierre Damien alla même jusque lui faire envoyer recueillir sur les lieux des renseignements à son sujet, vu la grande divergence des récits, discardia muiia, en ce qui concernait ce personnage« Or, d'après le rapport des religieux à ses envoyés, Il apprit : Fuisse ewn primo SOLITARIUM, inde aitius evectum, demum uUro £!(/ SOLITUDINEM redUsse. (C. xvii, tr. 3, lib. 11.) N'est-il pas étrange que Pétrarque ignorât un fait de notoriété publique, consigné dans des actes authentiques, et dût envoyer sur les lieux pour s'en assurer? Oui, certes; mais la question était de savoir s'il était bien revenu i la solitude telle qu'il l'entendait, et la tradition avait dû s'en conserver parmi les Bénédictins de Fonte Avellana. A en croire même les Memorie per la vita di Dante, l'Alighieri aurait fait lui-même ce pèlerinage et sans doute dans une Intention analogue. Les couvents, à cette époque, devaient souvent se transformer en loges (*) ; c'est pourquoi Dante ne se sera pas fait scrupule de faire subir la même transformaUon au Paradis, en nous le montrant comme un vaste théâtre maçonnique et d'y faire jouer au bienheureux Pierre Damiefl le rôle de Vénérable des Solitaires ou Kadosh.

Et Pierre le Pécheur vccni au monastère Dit de Sainte-Marie, etc.

31. Pierre Damien tient à ne pas être confondu avec Pierre des Onesti qui, signant comme lui, par humilité, Peirus peâUtor, futic

(*) « L'ascéUsme des sectaires leur procurait l'entrée dans les monastères ; leurs doctrines séduisaient même des prêtres de rEglisc. t (Schniidt, i, p. IM.) • Vh^résie avait liénOtré Jusque dans des couvents catholiques. On en cite un dont tomes les nonnes appartenaient h la secte, qu4»i(|u*clles eussent conservé .l*babii de leur Ordre. » {Act, de Visite Carcoês.^ xxiii, l^» 1 et suiv.) Schmidt, i, p. 202.

fondateur da monastère de Sainie-Marie-eii-Port à Ravenne et ne fit jamais d'opposition au saint-slége ; il a donc soin d'expliquer à Dante que son homonuue finit ses jours dans son couvent, situé sur les bords de l'Adriatique, et n'eut que le nom de commun avec lui.

Peu de jours me restaient à vivre s^ir la terre , Quand me fut imposé ce chapeau convoité, elo,

32. Nous avons dit que Pierre Damien n'accepta le chapeau de cardinal, avec le titre d'évêque d'Ostie, que pour détourner les foudres de l'excommunication dont il était menacé par Nicolas IX, probablement à l'instigation de « son fléau Âssur, » de celui « qui le caressait avec des serres d'aigle; » qu'après avoir été chiesto e tratto à subir cette charge, il s'en démit le plus tôt qu'il crut pouvoir le faire. Sans rappeler ici tant de lettres où il tonne contre l'indignité des hauts fonctionnaires de l'Église, nous nous bornerons à citer un passage de celle qu'il adressa, après sa nomination, aux autres évéques cardinaux pour leur exposer énergiquement leurs devoirs : « 11 est dit dans le prophète : Voici un homme, I'Orient ou le Levant est son nom (Assises devrait aussi s'appeler VOrient^ on s'en souvient, voy, ch. XI), car il se lèvera de dessous lui (rorient) et il bâtira le Temple du 5^i^net/r. Oui, il bâtira le Temple du Seigneur, il portera le diadème de gloire, et il sera en même temps prêtre ou pontife sur son trône. » Nous lisons plus loin : « L'épiscopat ne consiste point dans la pompe extérieure, la magnificence des habits, l'or et les fourrures précieuses, les chevaux fringants, etc. , mais dans la pureté de la vie et dans la pratique de tontes les vertus. L'Apôtre qui a dit : Celui qui désire l'épiscopat désire une bonne œuvre, ajoute : Il faut que l'évéque soit irrépréhensible. — Malheur donc h ceux qui, menant une vie blâmable, se rendent encore plus criminels en désirant une place où Ton doit uvre sans reproche 1 » Celui qui osait parler ainsi à ses frères ne les voyait certes pas tels que les voulait l'Âpôtre, et Dante pouvait penser que sa manière de voir se rapprochait hiaucoup de. li sienne.

«Dans son xxxi* opuscule, il nomme deux évéques déposés pour leurs mauvaises mœurs et dit que, « étant des évéques de 4x>i8, il ne leur servirait de rien de se montrer avec des crosses revêtues d*or et semées de pierreries. » Plein d'indignation contre le luxe des prélats et des Papes, il a commencé par s'écrier : Tœdet catera vanitatis (Atexete, non ridenda, sed gemenda ridicula; faslidium est toi 68. •

ambitiotus ac prodigiosœ vesaniœ dimanerarc pwienia. Papales scilicel tnfulas, gemmis micaniibiis , mireisque braiteolis perdxvo'sa loca corruptas. Impériales equos, qui dumpernices gressus arcuaiis ccîTicibus glomerant, sessaris sui tnanus loris innexas, indomita fei'ocitaie fatigant, Omitlo annulas enoiTnibus adhibitos margaiilis; prœtereo virgas, nonjam auro gemmisque conspicuas, sedscpuUas,

(Cap. VI.)

Un homme qui pensait et s*exprimait ainsi, au xi* siècle, devait trouver, une fois admis au nombre des élus, que tout avait bien empiré au xiV'etque le chapeau de cardinal couvrait alors des têtes bien plus indignes de le porter que de son temps, di mole in peggio si travasa,

Mais n*est-il pas étrange que Pierre Damien, né en 988, cardioal en 1057, et mort seulement en 1072, ayant (lès lors survécu quinze ans à sa promotion, ce qui est assurément une longue carrière dans une dignité conférée d*ordinaire à Tâge de la maturité, vienne parler ici du peu de vie mortelle qui lui restait lorsqu'on lui fit violence à ce sujet, poca vita mariai m'era rimasa? Oui, cela peut surprendre dans le sens littéral, mais devient des plus simples si Ton veut traduire ce vers selon Tcsprit qui Ta dicté : Il m'était resté peu de chose de cette foi catholique qui constitue la vie des vassaux pontificaux, des suivants de la Mort, j'étais prêt h passer dans les rangs vaudois, à adopter la foi de vie et d*amour, celle des solitaires.

Nous traduisons, comme toujours, la pensée de Dante, sans accepter pour vrai le fait qu'il met en avant avec ses précautions habitaelleis; nous tenons seulement à constater que Pierre Damien est revendiqué par le poète comme un des siens, et nous avons cité les textes qui ont pu l'amener à en agir ainsi; nous serions même assez porté à croire que Pétrarque ne fit recueillir des renseignements à Fonle Avellana que pour s'édifiera ce sujet, en s'assurantsi Pierre Daniiea avait été solitaire avant sa promotion au cardinalat ou seolemeutaprès.

Toujours est-il que ce fut dans sa solitude, et avant sa promotion, quQ Pierre Damien écrivit sou Gonwrrhianus, qu'il adressa odLeth nem IX PotU. Rom., afin d'appeler son attention sur rinvawn croissante du mal qu'il lui signalait : Quoddam nefandum et tgnominif sttm valde viiium in nostris partjbus inolevit. Heu, pudet dicere, pudet tam turpe vitium sacris auribus intimare, sed vitimn contra naturam velut cajicer, ita serpit ut SACROBUM HOMINUM OBDJNEil auingat,ct interdum, ut cruenta beslia inic/- OVILE Christi afl« tantijo libertalis sccvit audacia, ut quam pluribus vudlo salubrius

CHANT XXÎ. 1077

fuerii in mundana militiœjugo deprimi, quant sub religwnis obtentu tam Ubei'e ferreo juri diaboUcœ tyrarmidis mancipari; prcùserttin cum aliorum scandalo. Et nisi quantocxus scedis apostolicœ vigor occmrat, non est dubium quin effranala nequitxa, cum restringt tohierity a cursus sut impetu desistere nequeat.

Si le mal se fût trouvé circonscrit dans les environs de son monastère, le saint abbé en aurait référé à Tévêque, rector ecclesicè, et ne se serait pas adressé missi haut, en jetant de tels cris d'alarmes. In partibus nostrîs signifie donc, dans nos contrées italiennes, et sacrorum hominum ordinem, le clergé en général.

Sur les vingt-six chapitres dont se compose cet écrit, nous nous bornerons à rappeler le premier, sous ce litre : De diversitate peccatomm contra naturam, dans lequel il est dit : Quatuor diversitates fiunt, Alii siquidem secum, alii aliorum manibus, alii inier femora, (dii denique consummato actu, conlra naturam delinquunt. Lo deuxième, où il déplore Tindulgence des évoques , rectoris ecclesiarum (il ne s*agit donc pas d'un seul diocèse), dont Topinion est qu*il n*y a lieu d'exclure des Ordres que pour le dernier cas. Le cinquième, intitulé : De spiritualibus patribus qui cum fdiis suis coinquinantur. Le dixième, dans lequel il s'iudigue contre ceux qui, s'appuyant sur les Canons, admettent à une pénitence plus ou moins longue ceux qui ont forniqué d'une des manières précitées, prêtres, moines, diacres, évêques, que la fornication aille jusqu'à la bestialité, qu'elle soit accidentelle ou habituelle. Le onzième, où il s'élève contre les Canons et contre les peines temporaires qu'ils édictent contre ces saletés : Cum peccare sicut sodomita, dit-il, ut ipsi perhibetis, nihil aliud sit quam fornicari in tei'ga, quid est quod vestri canones in uno pêne versiculo tam multiformes et varii; ut peccanlibus sicut sodomitœ decetmii pondus injungant; in terga vero fornicantibus, quod idem est, infra triennii compendium pœnitentiee lamenta coerceant ? Le treizième : De his qui fornicantur in^ationaliter, id est qui miscentur pecaribus, oui cum masctdis poUuuîitur. Le quinzième : De clericis tel monackis si fuerint masctdorum insectatores. Ënfm, le vingtième : Qtiod de manibus immundorum nolit Deus acgipere SACRiFicttiM, proposition en tout conforme aux doctrines vaudoise et csthare. On voit sur quels témoignages pouvait s'appuyer Dante pour faire des Guelfes^ et surtout des prêtres catholiques, autant de sup* pots de Sodome et de Gomorrhe : In somma sappi, che tuui fur ckerci (Enf. xv)* et jusqu'à quel point il pouvait se croire fondé à faire dire à Pierre Damien : Au moment où je fus nommé cardinal-

évéque d'Ostie, poca vùa mortal ttCet^a rtmasta, et, comme Thomas d'AquiD, je ne tenais que par un ûl à i*Église de Rome.

Vases d'élection, s*en allaient Paul et Pierre, etc.

33. Nul n*était plus en droit de protester, dans le Paradis, contre Tîntempérance somptueuse des prélats du xiV" siècle, que ce Pierre Damien indigné, au xi^, delà corruption ecclésiastique, et s'écriant : « Plus de discipline, on ne s'applique plus qu*à ses passions ! Qui a honte d'une vie déréglée ? » {Epist. ii.) « On ne peut posséder à la fois le Christ et des trésors, car celui qui entasse des richesses, est plutôt un adorateur de l'argent qu'un suivant du Christ. Nummicota vertus quant Christicola. » (Opusc. xii, c. U et 6.) Aussi se complaît-il à opposer la frugalité, l'édifiante maigreur des premiers apôtres, à la gourmandise et à l'obésité des prélats romains.

Et deiix bétes ainsi vont sous la même peau.

3^. Dante a déclaré dans le Convùo, ii, 8, que l'homme qui ne snit pas la raison, non vive uonto ma bestia, et nous avons expliqué comment, pour hii, la raison était l'antagoniste de l'autorité. Luimême vient ici à l'appui de l'interprétation, en signalant comme de& brutes les Pasteurs de ces brebis h l'aspect humain, qui n'étaient à ses yeux que des bêtes haïssables, di quelle bestie cfie liarmo apparenza uniana e spirito di pecora o dtaltra bestia abominevole. Venturi se récrie contre ce qu'il appelle une « grossièreté, un mol à l'usage du marché; » Lombardi, plus indulgent, ne voit là que l'abus du sel Gibelin ; mais l'Ottimo, entrant davantage dans la pensée du poëte, sait fort bien nous dire que les prélats romains, in luogodi ragione usan l'appetito, corne la bestia, et que le cavalier et sa monture étant couverts (funa cardinalesca cappa, cette cape est la peau qui revêt les deux bêtes. Questa lezione è chiara, a-t-ilsoin d'ajouter, perà che ognuno l'ha veduto.

Peux-tu tant endurer, f aliénée suprême, etc.

35. O patience et crédulité des peuples, o patience du juge éternel ! Après avoir entendu cette instruction anti-catholique itHnaio^" de Pierre Damien, personne ne sera tenté probablement de demander avec Dante, par quel motif il fut prédestiné parmi tous ses compagnons célestes à porter la parole en qualité de Vénérable des :oIi-

laircs, Perché pi^edeuinata fosti sola a questo ufizio, tra le tue camarte.

Puis, à l'eniour du saint ces vives étincelles

Se rangeant, vn grand cri fut ^r elles poussé, etc.

36. Les frères de tous les grades, flammes vivantes par le zèle et l'amour, pià fiammeilej accourent en foule à ces dernières paroles da Vénérable, qui leur paraissent un véritable appel aux armes. Sur Tordre parti d*en haut et qui parvient en descendant successivement JDsqu'aux derniers échelons, ces bienheureuses flammes se mettent eo tournée de recrutement et deviennent plus belles à chaque visite maçonnique, tant la joie et Tamour les inondent en voyant leur nombre aller toujours croissant. £lles viennent se ranger autour du Solitaire, et font retentir leur ban de guerre, grido, contre TEglise catholique, ban dont le poète a bien soin de ne pas répéter les termes; il n'ose même risquer une comparaison, tout en disant que ce tonnerre le vainquit, mi vinse il tuono. Mais s'il n'entendit rien, ne io io 'mesi, comment fut-il vaincu par le bruit ? Ce sont les paroles qu'il n'entendit pas, disent les commentateurs ; alors ils pensent comme nous que ce grido n'était pas un simple cri, mais bien une proclamation plus ou moins explicite. Nous n'avons pas du reste à revenir sur les motifs impérieux qui défendaient au poète de reprodoiie textuellement cette déclaration de guerre, et luiconseillaientde se tirer d'affaire eo prétextant n'en avoir rien entendu.

CHANT un.

De stupeur accablé, vers mon guide, soudam, Je tournai mon regard, etc,

1. En qui le poète aurait-il eu plus de confiance qu'en celle dont il avait fait l'inspiratrice de ses pensées, le guide de toutes ses actions, en personnifiant en elle sa foi religieuse et politique ? A qui mieux comparer cette foi, son recours et sa consolation dans les épreuves de l'exil, qu'à une mère tendre toujours prête à venir en aide à son fils, et le soutenant par sa parole, qui relève son courage, che H mol bendisporre?

Ne sais'tu pas qu'au Ciel iu te trouvée, dit- elle, etc.

2. £h ! mon Dieu, Dante n'a garde d'oublier qu'il est dans le ciel des Solitaires ou Kadosh, décore de l'Échelle de Jacob, et de bien d'autres choses encore, où le zèle, guidé par la raison, et dès lors essentiellement bon, buon Ttelo, contraste par là même a?ec le zèle. des brutes soumises à l'autorité; zèle aveugle, fanatique et par suite essentiellement mauvais.

Ce que Vauraient cause de révolution

Mon sourire et leur chantt ce cri te le révèle, etc.

3. Concevez- vous, en prenant les choses au pied de la lettre, que le sourire de Béatrice et le chant des Saints dussent produire dcsciïels plus redoutables pour l'organisation humaine que le cri ou les paroles de guerre que viennent de faire entendre les Bienheureux? Il semble que le cri devrait être plus puissant que les chants et ceux-ci que le sourire. Dante nous a accoutumés à plus de logique ; aussi entendrons-nous, qu'il était bien plus dangereux pour le poète théologien de révéler les doctrines qui constituaient sa foi, de les faire rayonner corruscare, comme un sourire, de les reproduire dans des chants on des argumentations sectaires, que de faire éclater des menaces contre la Papauté, puisqu'à tout prendre, onjX)uvait soutenir n'avoir que l'intention d'en combattre les abus et *la puissance temporelle. Et pourtant ces menaces à haute et intelligible voix n'avaient pas moins leur péril, fait pour ébranler les plus forts courages, aussi Dante en éprouve-t-il beaucoup d'émotion, mosso cotanto. C'est ainsi que nos interprétations vont s'étayant successivement Tune l'autre, sans jamais se contredire ; ce qui n'arrive pas toujours aux commentateurs.

La vengeance qui doit frapper tant de méfaits, etc.

U, Ce cri de guerre des bienheureux frères contenait donc, tout à la fois, une menace de vengeance, et une prière au Très-Haut de la seconder ; c'était leur mot de passe, nekam adonai. Mais ici la seconde vue de Béatrice a été en défaut, et Dante est mort sans voir ses vœux exaucés. Que ne prolongeait-elle ses jours jusqu'à la fin du xviir siècle, ou seulement jusqu'au xvir?

Le glaive de là-liaut n^est rapide ni lent.

5. Le glaive du Très-Haut frap{)e b son heure, sans s'inqni^'t^

plus de ceux qui voudraient hâter ses coups, que de cemc qui vou* draieiit les retarder.

Plus d'un illustre Esprit va s'offrir à ta vue, etc.

6. Mais si tu veux voir le glaive divin s'appesantir promptcmcnt sur l^s coupables qui, nous dit TOttimo, commaculano U spiriiuali reggimenti in terra, tourne-toi désormais vers Arrigo Lucemburghese, Templaro, Re VI; Rwolgùi oinaiinverso A. L,T. R. VI. Peuî-être finira-t>on par admettre que pour s'adapter constamment avec tant de justesse, Tinterprétation que nous donnons à ce mot, qui revient sans cesse dans le pocme, doit ôtrc la seule véritable. Si tu sois le conseil que je le donne et t'en vas contempler la face du chef da Grand-Orient, se com'io dico, Caspetto riduij tu verras ce prince entouré de beaucoup d'illustres esprits, de Solitaires, de très-illustres Kadosh. £t en effet, Dante alla embrasser les sacrés genoux de Henri de Luxembourg, en qui il reconnut Dei ministrum et ecclesiœ fiiium et romance gloria promotorem, (f^ gloire a son épithèle, quant à l'Église, il n'avait garde d'en ajouter une.) Je te vis alors, écrivait-il à ce monarque, te vidi et te audivi, quum pedes tuos manus meœ tractarunt et labia mea debùtim persolvei^ni (quand je prêtai le serment du grade) ; quum EXULTAvrr m te spiritus meus ; quum iacûus dixi mecum ECCE AGNDS DEI, ecce qui toUit peccata mundi (celai qui fera disparaître le péclié en écrasant il capo reo, le serpent à trois têtes, le triple Géryon qui pervertit le monde). Lisez la curieuse épître adressée par Dante exuL immeritns sancio triumphatori et domino singulari. Domino Henrico^ épitrc où il prévoit le retour du règne de Saimme et de la Justice,^ laquelle préside celte même planète où nous sommes arrivés avec lui, et vous comprendrez

que pour lui jamais A. £.T. R.\L n'a signiûé ici ni ailleurs ni autrui.

De mutuels rayons se paraient emhellis.

7. £n portant ses regards dans la direction indiquée par Béatrice, c'eî)t-à-dire du côté de cet Henri en qui la secte avait mis son espérance, et qui, pour Dante comme pour ceux an nom desquels il écrivait à ce prince, tzam et ego qui sci-ibo tam pro me quam pro aliis (ibid.), était l'agneau de Dieu, son ministre ; du côté de ce Grand-Orient d'où découle l'eau vive de la doctrine, il vit les vénérables maîtres, illustri spiriti qui ^ professant les véritables principes de la religion du Christ, lui portèrent témoignage en pratiquant Thu-

milité, la Aarité, la frugalité, le détachement des ricbessea, TanHHir du travail dans la collaboration commune ; tout ce qne prêchaient en un mot ces dignes continuateurs des Esséniens. {Voy. llcinerios, Moneta, Pilichdorf, saint Bernard, Bossuet, etc.) Ces vénérables maîtres lui apparaissent, au nombre de cent, sous la forme de foyers sphériques, sperule, figure parfaite, se renvoyant l'un à l'autre cette lumière d*Orient dont les rayons les embellissaient, parce qu'elle était pour euxf la source du beau, du bien et du vrai , piu s'abbellivan con mutui rai; et qu'elle faisait d'eux des Parfaits.

Je àjcmeuraii mxiei : tel l'homme qui réprime, etc.

8. Quelle prudence craintive au sein du Paradis où il n'y a que « sainteté et bon zèle ! » Béatrice vient de le lui dire, mais c'est que lé séjour des Saints était au moins aussi dangereux pour lui que le royaume de Satan, et, il eu fait l'aveu, c'est qu'il craignait d'en trop dire, d'être par trop explicite dans des questions dont la nature pouvait laisser entrevoir le but auquel il tendait constamment! Au&i gardait-il le silence, comme un homme qui n'ose pas interroger, par crainte de se trahir en parlant trop, si del troppo si terne.

Celui qui répandait l'éclat le plus sublimé, etc.

9. Voilà encore un des bijoux de l'Ordre, un glorieux Saint, réclamé, fort innocemment sans doute de la part du bienheureux, comme une de ses plus grandes et plus éclatantes lumières , la maggiare e la più hiculenta dx queste margherite. Ce radieux bijou ne se montre pas moins empressé que Pierre Damien à faire au poêt€ les hooneurs du séjour des Solitaires, et il s'avance vers lui, pour le satisfaire complètement à son sujet, di se, en lui révélant qu'il professe aa fond les mêmes opinions , et qu'il doit aussi le considérer en réalité comme un frère.

Si, comme dans ton dme il m'est donné de lire, etc.

iO. Si tu pouvais voir quelle est la charité qui brûle en nonset nous unit les uns aux autres, comme aussi à toi, la carità che tra noi arde, tu reconnaîtrais que nous sommes, ainsi que toi, des fidèles de la religion d'Amour, des Solitaires, des Sépares, et tu n'hésiterais pas h nous ouvrir ton âme, à exprimer tes pensées, comme tu sais si bien le faire, a tua posta ; oui, U tuoi concetti sarebbero espresst.

CBANT xxii. 1088

J'irai, par ma réponse, au-devant du jmmmt, etc.

iL Un frère seul pouvait faire preuve d*ua pareil empressement, en se faisant un plaisir d^épargn^r au poète, dont il connaissait les hautes visées, Valto fine, non pas seulement un retard de quelques secondes, mais encore le péril d*en trop dire.

Le sommet de ce mont qui, depuù. sur sa pen/e, etc Vit s^élever Cassin^ etc.

12. Saint Benoît, car c*est lui qui s*oiïre à nous dans le ciel de * Saturne, au milieu des Solitaires, que le poëte nous représente comme autant de bijoux lumineux, s*embellissant mutuellement des rayons qu'ils se renvoyent ; saint Benoît s'exprime ici de manière à éviter tonte expression pouvant le rattacher en quoi que ce soit à TÉglise catholique romaine ; il ne fait mention des païens que par une périphrase, la gente ingannata e mal disposta; celui qu*il dit avoir appelé sur terre la vérité, colui che in terra addusse la vérità, n*est pas nommé. Comment douter que ces mots désignent Jésus-Christ ; si pourtant il s'agissait de saint Jean-Baptiste, de ce grand maître des Esséniens qui, retiré au désert s'y nourrissait « de miel, de sauterelles ; » de celui « dont la danse causa la mort » et qui est en si grande vénération dans certains lieux? Ce qui pourrait porter à le croire, c'est ce passage du pape saint Grégoire où il est dit de saint Benoît : VbiaraApollinisfuity oraculum sancti consiruxit Johannis» (Dialog. lib. 1], c 8.) Qui sait si, aux yeux de Dante, cet oracle de saint Jean remplaçant celui d'Apollon-Soleil, dieu de la lumière, nedcvenait pas one loge d'Esséniens (*) ? Si cette manière de voir n'était pas adoptée parle pasteur Pétrarque, chantant dans un latin emphatique les louanges de saint Benoît, sans rien exprimer de précis à son sujet, sinon qu'il s'éloigna de Rome, Romam dimisit, pour se retirer au désert, dans une caverne dévote, devotum specus, et se taisant sur le surplus, quoique bien informé, sciens sileo, comme s'il y avait là un secret à garder? Quoi de plus étrange en effet, que ces expressions au sujet de cette caverne qu'on retrouve invariablement dans les épreu-

(*) On n'objectera pas que pour certains Cathares ceux que M. Srhinidt appelle absolus^ saint Jean-Baptiste aurait été un des démons du dieu mauvais, envoyé ponr entraver Pceuvrc du Christ (Ebrardus, 15A;Moneta, 229 et suiv. DispuL inter CatU.ct Pateriiu, 1707), car tout dans le poëme noua signale Dante comme appartenant aux Cathares ml^i'i/^a, àceux dont les dogmes philosophiques se rattachent plus particulièrement au gnosticisme alexandrin ; aussi serions-nous porté à penser quMt était de la branche de Bagnolo (voy. Reinerius) et même de Fégiise française de Lombardie. (Scbm.)

ves maçonniques, specus quod qui tidebont, vidisse quodanmodo PARADisi LiUEN a'edufU. {Vay. Lib. u. Tract m, ch. 9, De vita solùaria, )

MaiotenaDt si nous cherchons dans la vie de saint Benoit les mcrtife qui purent porter Dante et Pétrarque, ces deux amisdela vie solilaire et contemplative, à voir dans saint Benott un glorieux prédécesseor des solitaires ou séparés de leur temps (comme Bossuct appelle aussi les Yaudois), de cette association mystérieuse qui ne se proposait rien moins que la reconstruction du Temple, à l'aide de la réforme politique et religieuse, nous trouvons qu'ayant entrepris de ramener à une voie plus chrétienne les moines de Yicovaro, les bons Pères le prirent en haine et tentèrent de Tempoisonner dans le calice; qu'il retourna alors dans sou hermitage de Subiaco, mais que s'y voyant encore en butte à l'envie et aux haines monastiques, il prit le parti de se retirer sur le mont Gassin, où il fonda l'Ordre qui porte son nom. Or, nous lisons au commencement de la R^e qu'il lui donna : « 11 y a quatre espèces de moines : les Cénobites, vivant en commun ; les AnacItorèteSy dans l'isolement ; les Sarabaites, qui, n'ayant été éprouvés par aucune règle, ni par l'expérience, et plus semblables au plomb qu'à l'or^ restent, dans leurs œuvres, fidèles au siècle et, mentant à Dieu par la tonsure, ne s'occupent pas da troapeau du Seigneur, mais de leur intérêt propre; gens se faisant une loi à leur gré; disant ^atitr ce qui leur vient à l'esprit et réprmaaxA ce qui ne leur convient pas (*). La quatrième espèce se compose de certains vagabonds ne s'occupant que de leurs plaisirs et de leur gourmandise, pires que les Sarabaites eux-mêmes. Il est plus sage de se taire sur leur manière de vivre que d'en discourir. » (Phrase toute dantesque.) Nous entreprenons donc avec l'aide de Dieu, de régler la très-courageuse Société des Cénobites.

Or, la règle que donna saint Benoit proscrivait l'oisiveté et recommandait le travail, l'obéissance au chef de la communauté ; lesfirères devaient «^ vivre du labeur de leurs propres mains, comme firent les Pères et les Apôtres. » Ils étaient laïques, ^Benoit lui-même ne reçut jamais les ordres, et il semble même avoir eu peu dé sympathie pour les membres du clergé, à en juger par sa manière de penser au sujet des Sarabaites et aussi par celte prescription à leur égard : • "à

(*) C*est la m^inc pensée qui inspira ce vers appliqué \ la Sémiramis roiuaiDe:

lAlrito (^ Ucito in $tia lege. (Enf. v.)

quelque prêtre tous demande à entrer, ne lui accordez pas trop faciiemeru sa requête; si pourtant il {>ersisle, qu'il soit tenu d'accom* piir tous les devoirs de la discipline sans aucune dispense (*).

Sans pousser plus loin ces recherches, nous rappellerons, que rédigée par saint Bernard, chargé de cette tâche par le Concile de Troyes, qui semble s'être réuni dans ce seul but, puisqu'on ne voit dans aucune histoire ou recueil des Conciles qu'il se soit occupé d'autre chose, la règle des moines chevaliers du Temple est une dérivation de celle de saint Benoit, sous laquelle vivaient les religieux de GluDV, de Citeaux et de Clairvaux.

Ces autres feux qui tous étineellent si vifs, etc..

13. Les Bienheureux désignés par saint Benoît sont, comme lui, des solitaires contemplatifs, qui s'isolèrent de la tourbe des profanes et des Sarabaîtes, pour se livrer au travail et à Tétude, sans pour cela renoncer à s'entourer de frères et d'amis; en effet, le- Solitaire Pétrarque consacre un chapitre à démontrer quod iis quibus opporiuna est solitudo, non sit suadendum ut amicitia jura contemnant, et quod tw'bas non amicos fugiant. (Ibid. lib. T. Tr. v. c U.) Ils nous sont signalés ici comme animés de cette ardeur de zèle qui produit des fleurs et des fruits saints. Pourquoi faut-il que saint se traduise aussi pur Cathare et Parfait 7

Et moi, tu m'as montré si grande bienveillanccy eto,

\U, Le fondateur des laborieux Bénédictins se fait un devoir de reudre hommage à ceux qui, comme lui, instituèrent des Ordres dont la règle recommandait le travail et défendait Timmisktion dans les affaires du monde ; nous renverrons donc au Codex Reijulantm, Rome 1661, ceux qui voudront s'assurer jusqu'à quel point celles de saint Macaire l'Alexandrin et de saint Romuald, fondateur des Camaidules, dont Pierre Damien a écrit la vie et dont Pétrarque n'omet pas de faire l'éloge, répondaient aux idées connues de Dante. Nous remarquerons seulement ici que ceux de ses frères dont parle le saint fon-

(*) Rapprocbez de ces prcsciiplions ce que rapporte Rinicii des cloclriiies des Pauvies de Lyoïi, Leonisli, yaldenses ou Pauperes de LugdunOj admettant que lout lioiume Uo bien peut coufesscr et cousacrer, que fuMS, clercs et laïques duiveiil vivre de leurira- >ail, quodcUrici et claustrales possessiones non debeant ttaberCy uec pratfenâaSf etc. (Mai.BiliU. veU P. P. t. XXV, p. 265.)

dateur, sont ceux qui restèrent de pied ferme, che fermar U piedi, dans la solitude du ciottre, et conséquemment ceux-Jè qui ne briguèrent ni lesévêchés, ni les antres dignités ecclésiastiques, ceux qui, persistant dans la bonne et véritable voie, ne se montrèrent avides ui d'honneurs ni de richesses, et n'allèrent pas, à l'exemple de l'abbédes abbés et de ses accolytes, porter en grande pompe la désolation, sous le nom d'inquisiteurs de la foi, dans les contrées albigeoises.

Et moi : — Tu m'as montré si grande hierweillanee, etc,

15. Voulez -vous le sens véritable de ces vers? Le voici : Tfô paroles te font connaître à moi pour un lidèle d'Amour, l'affetto che dùnostrt, et comme sympathisant peu avec Rome, avec ses prêtres avides et menteurs envers Dieu, avec ses moines fainéants. De pins tout ce que je vois et remarque de bon, labuona seinbianza ch'io vedo e noio, chez ceux qui t'entourent, me les montre animés du même zèle pour la loi d'Amour. Aussi mon âme s'ouvre à la confiance, comme aux rayons du soleil d'Orient, qui lui verse la chaleur et la lumière, s'épanouit la rose mystique des liaçoos, corne 'l sol la rosa. On pourra du reste juger bientôt de la fidélité do la traduction, car cette rose symbolique ne tardera pas à se nioulrer à son tour dans tout son éclat.

Dis-moi st, par faveur imigne, je powTais Te voir à découvert et contempler tes traits.

16. N'est-ce pas une fantaisie d'enfant que Dante exprimerait ici, à prendre sa demande au pied de la lettre? Pourquoi pareille curiosité lui viendrait-elleprécisémentici, lorsqu'il ne l'a manifestée pour aucun autre personnage non moins illustre ? C'est ce dont nul D*a pris souci. Le poêle s'inquiète bien vraiment de savoir si saint Benoit a la bouche grande ou petite, le nez fait de telle ou telle façon. Ce qu'il désire connaître, c'est le Benoit véritable, l'homme à la pensée organisatrice, le censeur sévère des Sarabaïtes, menteurs envers Dieu, et du monachisme oiseux ; non le Benoît de la légende. Il serait heoreoi de le contempler dégagé de son auréole de saint, con immagme uoverta, et de connaître, tel qu'il fut eu réalité, celui auquel il donna le nom de Père, dans le même sens que Pétrarque l'appelante^^' cidentalium motiachai^m.

H me fui répondu : — Ton désir, 6 mon /rère, e<c,

17. AU nom de padre^ saint Benoît répond par celui de frate^ dofll nous avons déjà signalé la diiïérence avec fratello^ comme correspondant au fra espagnol. Ainsi voilà la fraternité spirituelle suffisamment indiquée entre le solitaire Dante et le solitaire Benoît tous deux pasteurs spirituels. Quant au désir du poëlc de savoir compiétcmeat à quoi s'en tenir sur le fond de la pensée du saint fondateur, sur le principe réel de ses actions, il ne saurait s'accomplir que dans la sphère suprême, lorsqu'après être sorti triomphant de toutes les épreuves, avoir passé successivement par tous les grades, il aura aquLs la vision parfaite du vrai, du beau et du bien, dans laquelle cousisle Taccomplissement de tous les désirs; attendu qu*alors il aura été reconnu mûr par rinlelligencc et Parfait ou Cathare i\u3iin à la doctrine ; loi è perfetta^ mattira cd intera ciascuna desianza. Celte sphère sublime, cette loge suprême est la seule, sola, où tout tfoit immuable, parce que le vrai, le beau et le bien sont éternellement les mêmes et ne sauraient se modliier dans aucune de leurs parties, comme il en a été de certains dogmes fondamentaux ; elle n'est pas dans tel ou tel lieu, à Rome plutôt qu'ailleurs. « Tous les lieux étant également saints » au dire des Pauvres de Lyon. Klle n est donc pas en Italie plus qu'en France ou en Allemagne, et surtout elle ne relève pas exclusivement de la volonté arbitraire de tel ou tel homme, qu'il s'appelle Paul ou Pierre, non s'impola, plus qu'elle ne s^impetra. Je n'invente pas le mot. Dante a eu soin de le placer comme indication dans la bouche du comte (Jgolin, si dentro impetrai, lorsqu'il saturnisa en lui le papisme dévorant ses enfants, en commençant par détruire chez eux ^l'organe de l'intelligence, là 'v€ *l cervel s'aggiunge con la mica, (E. xxxii.)

Noire échelle mystique y monté en haut dez deux, etc.

18. C'est là qu'on parvient en gravissant l'échelle mystérieuse, KOSTRA scala infino ad essa varca, réchelle aux échelons à la fois scientifiques et mystiques, sur laquelle la philosophie appela l'attention de Boèce, et Boèce celle de Dante. Cette échelle s'élève si haut, dans des profondeurs inaccessibles aux profanes, qu'à moins d'atteindre au sommet on ne saurait la mesurer tout entière du regard.

Jacoh jusqu^au soinmet put élevant sa vue, etc,

19. U ne faut rien moins que l'attestation de saint Benoit pour

nous faire admettre que celte échelle, dont la nature nous est fort suspecte, et que nous trouvons là dans le ciel non moins suspect de Saturne, soit la mC'rae dont, seul, le patriarche Jacob aperçut le sommet, où Dieu se manifesta à lui, comme nous le rappelle Pétrarque dans ce traité de la Vie solitaire que nous avons déjà cité si souvent irmixum scalœ domiitutn vidiu (Lîb. IL Tr. Ii,ch. v.) Nous sommes quant à nous très-disposé à croire que celle que vit Dante ne diffère en rien de celle dont chacun peut aujourd'hui se procurer le spectacle moyennant certaines cérémonies. Malheureusement saint Benoît ne saurait nous dire, si les Anges dont Jacob vit cette échelle si chargée, d'angeli si carca, si les Splendeurs qui la descendaient en foule dans Saturne, pour accueillir le Solitaire florentin, et les dignitaires qui la gravissent de nos jours, en nombre plus ou moins grand, appartiennent à une seule et môme famille ; mais à son défaut, nous pouvons affirmer que, parmi les anges maçonniques, on retrouvera nommément, Zaphkiel, Zabriel, Camael, Uriel, Michael, GabriH et Raphaël ; nous livrons donc la question à l'examen d'autorités plus compétentes. (Voy. le Tuileur de Bazot, p. il3, et LightonMasonry, 25^.)

Et ma règle survit en perte du papier,

20. Le dcs'astre des Albigeois et la ruine des Templiers avaient dû en effet refroidir singulièrement les néophytes, cl il fallait t^trc poussé d'un zèle bien ardent pour tenter une ascension qui pouvitit conduire au bûcher, per salirla mo, nessun diparte da terra i picdi Il nous paraît évident que le poète veut nous donner à entendre, par la bouche du saint, que la règle de Saint-Benoît, inspirée par l'i'sprii d'amour, par une piété dont la tradition évangélique était le flambeau, ne différait en rien de cette religion d'Amour, dont le but était ia perfection morale et intellectuelle. L'échelle de Jacob et sa rè^t sont étroitement unies dans la pensée du saint fondateur, puisque c'est en regrettant que si peu des siens se décident à la monter, qui! se plaint de voir sa règle mise au rebut. Ce qui équivaut à dire que ceux qui devaient travailler pour vivre, nagent dans l'abondance cl s'engraissent dans l'oisiveté, que ceux qui devaient se murer dans leur solitude, se jettent au milieu du siècle, dont ils épousent les {u^ sions, que ceux qui ne devaient admettre parmi eux des prêtres qu'avec la plus grande circonspection, se sont faits prêtres eax-oicmcs,

CHANT XXTÎ. 1089

ODt « menti à Dîea par la tonsure » et se sont mis à briguer les plus baotes dignités eccl^iastiques.

Les muirs qu'on appelait auirefois ahhayet efc,

21. Les abbayes de Bénédictins sont devenues des antres où toutes les passions brutales se donnent libre carrière ; Thabii de l'Ordre, le cacoUe, ne couvre que vices honteux et appétits déréglés ; d'où suit, qae, partis du même point, ceux qui ont déserté la loi d'Amour se sont corrompus comme farina ria, tandis que ceux-là qui sont restés fidèles, n'ont fait que croître en vertu, en savoir et en pei^fection. L'habit des Bénédictins étant blanc on doit comprendre l'allusion à des sacs de farine gâtée, mais aussi la croisade contre les Albigeois n'aTait-elle pas été prêchée par des moines de Gîteaux ?

Car tout ce que VEglUe acquiert revient de droit Au panvrCf etc,

22. Les revenus, /riirro^ des grasses abbayes de l'Ordre s'élèvent à des sommes scandaleuses; mais l'usure la plus criante est moins odieuse au Seigneur que l'abus que vous faites, dans- votre orgueil fastueux, de ces richesses données par la piété des fidèles, pour être distribuées en aumônes alla gente che per Dio dinianda; autrement dit, à ceux à qui appartiennent les dîmes, ainsi que le proclamaient les Albigeois; décimas qucB sunt "paupeimm Dei^ pour employer les expressions mises parle poète dans la bouche de saint Bonaventure. Vous devriez dépenser vos trésors en bonnes œuvres et non pas les employer à gorger vos proches, ou à satisfaire des vices dignes de Sodome et de Gomorrhe, ne d'aUro più brutto. Saint Benoît, comme 00 le voit, ne diffère pas de manière de voir avec Pierre Damien, et il ne tient à rien que le solitaire du mont Gassin n'entre dans des détails d'impuretés qui, peut-être, laisseraient en arrière celles dont le Gonunrhianus, au xi"" siècle, et l'histoire de Varchi, auxvi% sont des monunents trop éloquents.

.... Un hon début che% vous ne dure mévM pas, etc.

23. Les Catholiques, morra/t, ces suivants de la Papauté, mortd e la raison et de la justice, sont tellement enclins au mal par nature, qu'on a beau les mettre dans la voie du bien, la déplorable direction à laquelle ils obéissent aveuglément, les fait retomber dans leurs anciens errements, en moins de temps qu'il n'en faut au chêne pour

1090 LE PABADls.

porter fruit et fouroir la pâture aux pourceaux ; pas un mot qui ne porte. ,

Saint Pierr commença sans or et sans argmt, etc.

2U. Pierre ne possédait ni richesse ni puissance temporelle loi*»qu'il jeta les fondements de TÉgiise ; regarde les Papes couïerts aiiyourd*hui d'or, d'argent, de pierreries, riches d'immenses trésors, en con?oitant sans cesse de nouveaux, et ne reculant devant aucuns moyens pour usurper le pouvoir temporel. La prière et le jeûne, con orazione e con digiuno, lelles furent les seules forces dont je fis usage pour ramener les âmes au bien ; vois l'abbé Arnaud Amaury, \oîs Foulque de Marseille lutter de violence et de cruauté avec Simon de Montfort, pour abattre Raymond de Toulouse et convertir, le coqteau sur la gorge, les malheureux Albigeois. Ce fut par l'humilité, par ce que la charité a de plus tendre que François d'Assises, cet époux de la Pauvreté, réunit autour de lui un nombreux troupeau, comincià umilmente Francesco il sue convento; compare son Ordre, à son début, avec ces Franciscains devenus riches propriétaires, de pauvres mendiants qu'il avait voulu les faire, et pourvoyeurs de bourreaux, comme inquisiteurs, quand le pauvre de Dieu aurait eu horreur de faire couler le sang du plus chétif de ces animaux qu'il appelait ses frères {*). Aussi, ce qui offrait la blancheur de l'innocence est devenu noir de vices et de méchanceté, del bianco fatio bruno.

Maù certes du Jourdain quand Dieu refoula Vonde, etc*

25. Qu'il s'agisse ici du passage du Jourdain et de la mer Rouge à pied sec ou de la conversion rétrograde d'Alfonse Jourdain, père de Rji^ymond IV, revenant de l'albigéisme au catholicisme, voUo rùrorso, et fuyant ainsi la mer de toute vraie doctrine, il tnar fuggir, cela signifie, en somme, que la perversité du clergé catholique est devenue telle, que le secours d'en haut ne saurait manquer de faire uiompher l'église des Parfaits, sans qu'il y ait à crier bien fort au Biirad&

(*] Pour les GaUiares, c'était un crime de tuer un animal ; ils ne faisaient d'exception que pour ks reptiles. (Brnieng. 236; Et. de Belleville, M; Byraericus, r/ft, etc.) Le guerrier tuant son ennemi dans le combat, le Juge envoyant un malfaiteur au supplice; mats surtout le pr6tre Uvtant un hérétique au bras séculier, étaient aussi coupables i leurs yeux que les meurtriers et les assassins. (Ebrard., 156; Ermeng., 2<il ; Mooeia, )M et suiv.; Reiner., 1762.) Bene potest cogiiosci qiiod clerici non tencut viam apaslotorum^ quia apoiloU non occUManty nec morti hominem eoeponebant , sicut ipsi /f^n'ifiif. ( Act. de Vinq. de Toul^t 1273. Doat, xxv, f» 46.)

CHANT XXIL 1091

Telle qu'un tourbillon pour monter s'élança.

26. Sa prophétie menaçante Innct^e contre madonoa Pieira, en faveur de celle qui non s'impola^ saint Benoît se remet à la tête de son collège de Solitaires, qui serre les rangs, et toute la bande remonte en tourbillon l'échelle mystique sur le haut de laquelle s'appuya Dieu lui-même pour parler au Solitaire Jacob.

De ma dam^ à lex^r suite un signe me pouisa^ etc.

27. Il suffit à Béatrice de faire le signe du grade, pour que Dante comprenne sa pensée et s'élance sur l'échelle de Jacob, à la suite du bienheureux Collège, dietro a Im* mi pinse con un sol genno sa per (fuella scaia; tant la foi qui tend au Ciel a d'empire sur la nature humaine qui, livrée à elle-même, ne suit que les appétits terrestres, û ma virtà la mia natura vinse. Le voilà ainsi enrôlé lui-même en sa qualité de Kadosh dans le Collège des Solitaires, successeurs des Esséniens de saint Jean-Baptiste. Il a d'autant plus hâte de les suivre qu'il lui reste encore des grades supérieurs à acquérir.

Ici-bas, où Von monte et descend; non jamais, etc.

28. Jamais, dans ce monde, qui de droit divin relève de la providence impériale, Natura, et où les frères maçons^u Temple montent et descendent à l'envi l'échelle symbolique , aucun d'eux ne mit )>lus d'empressement que moi à en gravir les degrés.

Il est vrai que je vis le signe m'apparaitre

Que le Taureau précède, et que j'y suis entré, etc.

29. Puisse-t-ii être vrai que je verrai le triomphe de Téglise albigeoise, divoto trionfoy que j'appelle de tous mes vœux en me frappant le sein, au souvenir de mes péchés de guelfe et de catholique romain, comme il est vrai qu'en un clin d'œil je passai d'un grade à un autre et me trouvai transporté dans le ciel des Gémeaux; c'est-à-dire dans ce ciel géminé qui « peut être comparé à la physique (science des corps, délie cose sensibili), et à la métaphysique (science des idées, délie cose non sensibili) [Conv. Il, 15), parmi ceux qui sont homme et femme, corps et idée, comme Mercure Hermathéné, comme Dante ne faisant qu'un avec Béatrice, sa foi ; parmi ces personnages géminés à qui Ton offre symboliquement des gants d'homme et des gants de femme; parmi ces maçons dont le Temple est pavé de pierres blanches et noires, afin d'indiquer qu'ils passent alternativement, à

Texemplo de Castor et de Pollux^ des ténèbres à la lumière, visibles et invisibles, alternativement, comme Aquilant et Griffon.

0 consiellaixon à VécUkt éthérét etc.

30. Dante est-il né du mois de mai au mois de juin 7 Nul ne le sait, cl le seul témoignage cité à cet égard se réduit à ces vers, qui pour nous doivent surtout s*entendre dans ce sens : Glorieuses étoiles du Temple dont la lumière dispose l'âme à la vertu en réclairant, c'est à vous que je dois le génie dont je fais preuve dans ce poème, car c'est vers l'époque de la fête du grand maître cssénien, saint Jean- Baptiste, que je suis né à la vie nouvelle, en voyant la lumière, cette lumière qui se montre et se cache comme vous, nasce et s'asconde, selon le lieu, le temps et les personnes, et dont le soleil, la Stella, l'astre flamboyant, est le symbole {voy, cb. xxvii, note 35, comment s'appelle la fille blanche et noire de ce radieux père de la vie), car c'est en naissant à cette vie nouvelle que je reconnus le poison catholique dans l'air que je respirais, io senti' Paere tosco.

C'est for ta région que j'y parvins encor, etc.

31. Né à la vie nouvelle sous votre influence, c'est à vous que je dois d'être parvenir aux plus hauts mystères de la science maçonnique des Templiers cathares ; et, en effet, c'est en ce sens que nous le donne à entendre assez adroitement l'Ottimo : L'autore quasi mol figtirare che, si cmne alC intrare nella viia {nuova) taie segno li fù una porta, cosi alla secunda vita la sgienza li è porta. Comment douter, en effet, que Dante ne fût convaincu que cette foi-Béatrice, dont l'initiation lui avait révélé les mystérieuses beautés, ne dût le conduire au salut éternel?

A ce passage ardu qui l'attire d'en haut.

3'2. Je me confie donc dévotement en vous, bienheureux Gémeaux, « dont le Seigneur est Mercure, il cui signore è Mercurio, le Dieu qui induit les hommes à l'art d'écrire et aux subiiliiés de l'esprit, sottilizzare d'ingenio » (l'Ollimo), afin que vous m*aidiei à franchir sans encombre certain passage diflicile (forte), où j*ai grande envie de m'engager, che a se tira l'anima mia. Nous pourrons bientôt juger de la diflicullé qui préoccupait l'esprit da poète.

Regarde en bas, et vois de mondes tout un monde, etc,

33. Béatrice ne manque pas ici de se conformer à la pratique rituelle, signalée dans tous les mystères, et qui consiste à enjoindre ao récipiendaire, parvenu à un degré d'instruction supérieur, de jeter SCS regards en arrière, afni de pouvoir se rendre compte à lui-même de Fespace qu'il a parcouru, autrement dit des progrès qu'il a faits. Or, Dante a franchi les sept échelons ou les sept premières classes, comprenant trente titres divers, dans la liiérarchie des grades, selon la classification du F. '. Boubco, Vénérable de la L. *. Jérusalem, des vallées égyptiennes, et ofScier du G. *. O. *. de France (p. 121 de ses Etîides philosophiques). H lui eu reste encore à monter trois, que le racine frère ap|)ellc grades administratifs ^ mais auxquels conviendrait mieux, selon nous, la qualification de grades mystiques, ce qui complétera le nombre de trente-trois, affecté non sans cause, on le Toit, à la Comédie, puisque chacune de ses trois parties se compose de trente-trois chants, ni plus ni moins, le premier de l'Enfer n'étant, de Taveu de tous, qu'une introduction.

C'est donc au moment où son fidèle est censé posséder toute l'instruction maçonnique qu'il est possible de. communiquer, non pas au plus grand nombre, mais à certains esprits d'élite, que Béatrice lui fait jeter un regard rétrospectif sur la carrière parcourue, en lui disant : Te voilà au seuil des plus hautes dignités de l'Ordre, et l'instruction que tu as reçue, par discours et par figures, t'a dessillé les yeux; ils doivent voir clair et loin maintenant, tu dei aoer Le Luci diiare e acuie ; ainsi donc, avant de t'élever aux plus hautes conceptions de la doctrine, à ces grades sublimes auxquels tu aspires, prima che piii tu fintei ou t'inmei, regarde en bas et juge quelle distance te sépare, Solitaire et Séparé, de ce Prince du monde que tu as appris à connaître daus le gouffre le plus profond de l'Enfer, et de cette foule de brutes, ses très-humbles sujets, que, grâce à moi, tu Tois croupir sous tes pieds dans leur ignorance, vedi quanto mondo sotio li piedi già esser ti fei. Rien ne peut mieux te mettre à même d'apprécier les merveilleux effets du gai savoir, et tu n'en seras que pins digne d'être accueilli, le cceur joyeux, il tuo cuor giocondo, de la foule joyeuse et triomphante, turba trionfante e lieta^ qui s'avance vers toi dans ce Temple, dont la forme ronde, figure parfaite, est l'image du ciel, séjour de la perfection, che vien per questo ethera tondo. Quel sodusqxxQ Béatrice, et comme elle connaît son Tuileur!

P I0d4 LE PARADIS.

Je vis ce globe tel que, soudain, je êouriêt etc.

SA. Dante obéit, il abaisse son regard à travers les sept sphèresde la géométrie, de la rhétorique, de la dialectique, etc., et il sourit de pitié au misérable spectacle, vil semblante, que lui offre ce globe terraqué, où les hommes, non moins stupidcs que lâches, vili, se laissent abrutir par Tignorance ; aussi est-il grandement de Taxis de ceux qui en font le moins cas, c/ie l' ha per meno; ceux-là seulement sont à ses yeux des honnêtes gens, veramente probi, qui ont mis leur espoir dans A.L.T.R.O, c'est-à-dire dans Henri de Luxembourg TemplarOy ou si vous voulez. Templier et très-excellent roi, Ke Ottimo, Tenez-vous-en au sens littéral , vous n'avez qu'un lieu commun assez faiblement exprimé.

La fiVe de Lalone, épanchant sa lumière, etc.

35. Combien ne dut-il pas être heureux de voir la Papauté à h triple couronne, brûlée à son tour, tncensa^ après avoir envoyé tant de gens au bûcher ; brûlée en effigie dans la personne de la Glle de Latone ou de la triple Hécate ! Bien entendu qu'alors cette apparence trompeuse, ombra, qui lui ût croire à sa rareté et à sa densité, avait entièrement cessé.

Là, de ton fils aussi je pus, Hypério7i ^ etc.

36. H vit la lumière, autrement dit, il contempla face à face le Gis d'Hyperion, ou le soleil de la raison ; il vit comment la rhétorique et la diaiecti(]ue sectaires, représentées par Vénus et par Mercure, ont pour règle la raison-soleil et font en sorte de ne pas s*en écarter, se tenant toujours circa e vicîno.

J'aperçus Jupiter à V éclat tempéré, etc.

37. Il vit la modération impériale du géométrique Jupiter tempérer la fougue musicale de Mars et la froideur astrologique de Saturne ; si bien que les diverses applications de ces figures symboliques ; la manière de les varier et les lieux où il convient de les employer, il variar che fanno di lor dove, s'offrit clairement h ses regards, mi fu chiaro, \\ put aussi se rendre compte de l'étendue de chacune des sept sciences ou arts, du plus ou moins de temps qu'e«go leur étude et de leurs limites respectives, corne sono in distante riparo.

Ce glohe, pauvre nid dont notre âme e$i siJUre, etc.

38. Il nous a déjà dit ce qu*il pensait de cette misérable terre asservie aux Papes, il ne dut donc pas y arrêter longtemps ses regards, et dut être plus empressé que jamais de les reporter sur les bcaut yeui de celle dont les enseignements, occht belli, lui ayant valu déjà de s*éIeTer si haut dans la science, lui promettaient en outre la régénération complète de ce globe sublunaire. Pense-t-on maintenant que Dante eut motif d*êtrc si ému au début de ce chant, mosso coianio ? Noas abusions-nous en disant, note 32, qu'on pourrait juger bientôt de la difficulté qui préoccupait le poëte , en songeant à certain passage, passo farte^ ou tout autre que lui aurait certaiuettient échoué?

Comme sur Varhre aimé, dans set rameaux fleuris, etc.

1. Que de fraicbe poésie dans ce début du chant ! Et pourtaot ce nid cache encore une allusion dont nous ne nous serions pas avisé si rottimo ne nous avait mis sur la voie, en nous disant avec si bonhomie ordinaire, qu'à la diiïérence de Thomme, qui a besoin d'étudier l'architecture (pour devenir maçon), les oiseaux construisent leurs nids par instinct naturel, en ajoutant qu'il est certains oiseaux dont on ne peut trouver les nids, d'alcuniucceUi non sitrova ior nido. Les maçons ailés travaillent sous l'inspiration de la nature, lavorano da nalura, de même que les maçons à deux pieds sans plumes, selon la définition de Platon, sons celle de la providence impériale, Natura, qui, on s'en souvient, est la mère de Vart (maçonnique) dont Dieu est le grand père (Enf. ch. x\)\ Comme on ne trouvait pas plus au xiv*' siècle les nids des Templiers, devenus maçons, que les nids de certains oiseaux, il faut convenir que Vart était panenu à rivaliser avec l'instinct.

De m^me Béatrice observait allentîve, etc.

2. Béatrice, cette bienheureuse doctrine albigeoise, qui procurait à l)aqte,'son nourrisson, le pain des Anges, et lui avait appris l'art de

1096 LR PARADIS.

cacher son nid, en lui rendant agréables de pénibles travaux, gravi labarigli son grati, à raison des douces perspectives offertes à ses désirs, aspetti desiaii, Béatrice considérait attentivement la partiedo ciel où le soleil montre moins de hâle, sotto la quaU il sol mostra vien frotta. Quelle est donc cette partie ? Le côté du midi, répondent tout d'une voix les commentateurs. Oui, messieurs^ c'est bien là ce que le poète a voulu vous donner à entendre; mais comme toujours, vous êtes ses dupes. C'est en réalité, vers l'Orient que i*^ardc Béatrice, car c'est de ce côté quele soleil paraît le plus lent dans sa marche à celui qui attend la lumière, en haine des ténèbres. Mais si vous ne m'en croyez pas, rapportez-vous-en au poète lui-même comparaui Béatrice à l'oiseau qui, con ardente affetto, ilsole aspetta, et regarde, l'œil fixe, du côté de l'aube, fiso guardàndo pur che l\Uba nasca.

On séi calme en songeant que l'on peut espérer.

3. Traduisez : Moi qui voyais l'église sectaire réduite à suspendre ses travaux et à s'en aller errante, sospesa e vaga, j'attendais a\cc non moins d'impatience des temps meilleurs; c'est pourquoi je désirais avec ardeur l'avènement d'A.L.T.R.O. et cette espérance me rendait heureux, fecimi quale è quei che desiando A,L,T.Â,0. vorria e sperando s'appaga. O commentateurs, admettez-vous donc que, près de Béatrice, Dante pût désirer autre chose qu'elle, admettez-vous qu'il pût avoir d'autres désirs que les siens? Troovez-noas donc un sens acceptable à aliro, et non pas en op|X)sition avec toute la donnée du |)oême.

L'intervalle fut court f je m'empresse à le dire, etc.

ti, Dante est servi à souhait dans son désir de voir apparaître A. L. T. R. O. Nous connaissons donc déjà le Messie qui devait combler, appagare, son espérance. Celui devant les pas duquel le Ciel devait aller se rassérénant de plus en plus, lo Ciel venir più e più rischiarando.

Le irionxpke du Christ et sa troupe immortelle, etc.

5. Deux choses résultent de ces paroles de Béatrice, la premiia' (|iic Dante était déjà affilié à l'ordre du Temple lors de la venocdc Ik'uri VU en fiallc, la seconde que l'expédition de ce monarque fut le résultat des mouvenienis que se donnèrent les sectaires pour lui

GHAMT XXIIl. 1097

préparer les wïes, il frutto del girar di queste spei'e. Quant aux bataillons, schiere, du triomphe du Christ, nous y reconnaissons avec rouifflo, la triunfante cavalleria^ dont se composait le cortège impérial et, si TOUS le voulez, les martyrs de la primitive église, donnant la main à ceux de l'église régénérée des Parfaits.

Etinceîaient ses yeux^ de bonheur si remplis, elc.

6. La foi albigeoise personniûée est au comble du bonheur à celte venue désirée ; son zèle brûlant enflamme ses joues; ses yeux, ou plu- r tôt ses proclamations, dimostrazioni (Convito)^ abondent de ces expressions figurées dont la Gaie science enseigne Tusage ; et si vous voulez vous édifier complètement à ce sujet, lisez la proclamation adressée par Dante, à tous les rois d'Italie, cuix sénateurs de Rome, aux ducs, marquis et comtes et à tous les peuples, ainsi que sa. lettre latine déjà citée, à celui dont il fait sou Messie, son Christ, en rappelant ïagneau de Dieu, le Sauveur destiné à détruire dans le monde le règne du péché (*). Après avoir si complètement exprime sa pensée et celle de Béatrice, il était bien permis au poète de se dire : •l'ai déjà dépeint avec les expressions bibliques les mieux appropriées au sujet, rivrcsse joyeuse de Béatrice et de son église, à l'approche de son Rédempteur, ainsi passons outre sans plus nous étendre, passar mi comien sema costrutto, Mliéralemeni, sans construction. £hl ne voyez-vous pas que c'est là un terme maçonnique 7 Aussi les commenuteurs, gens très-orthodoxes, ne le comprennent-ils guère, les uns voulant qu'il signifie sans utilité, les autres sans phrases, en bloc, alla vin fusa.

{*) Écootes rinqiibitear Rioierl voos disant un demi-siècle avant Dante : Leoniati Jvdicinm exlremum dieurU fiUurum esse tune sciUcet quando Papa et Imperator ad tectam eorum convertentur. (Op. vi, p. 267; Max. Bibl. ircL PP, L xxiv.) Or c'est cet <!crivain ecclésiastique dont Bossuet invoque l'autorité lorsqu'il représente les Vaudois iNe cessantde crier contre les inventions humaines et de citer 1* Écriture-Sain te dont ils avaient un passage toujours pi'ét, quoi qu'on leur pût dire, lorsque interrog^^ &ttr la foi ils éludaient la demande par des équivoques. (Ren., cap. v, p. 749.) Si on les en reprenait, c'était, disaient-ils, Jésus-Christ même qui leur avait appris cette pratique, Wsqa'il avait dit aux Juifs : «Détruises ce temple et Je le rebâtirai en trois Jours * (Joan. Ut 19), entendant du temple de son corps ce que les Juifo entendaient du temple de Salomon. Ce passage semblait fait exprès à qui ne savait pas le fond des choses. Les Vaudois en avaient cent autres de cette sorte qu'ils savaient tourner à leurs Jins ; et à moins d^ttre fort exercé dans les Ecritures, on avait peine à se tiix*r des lileis qu'ils tendaient.» {Uist. des Var,, p. 5S5, lîv. xi.) Aussi combien sont tombés et se débattent encore à tâtons dans le magique panneau de la Comédie, en persistant à la qualifier de divine, avec les Parfsûts, qui en furent les premiers preneurs et les premiers oommeniaietirs.

Comme, lorsque ton disque en entier s'arrondit^ Par une nuit sereine îlécate au ciel sourit, etc.

7. Traduisez : De même que la Papauté triomphante, ne* plenHunii, sereni, le front ceint de la triple couronne, (riria, rit au milieu dcrw vertus théologales et cardinales, qui disent dans le Purgatoire, noDs -sommes ici Nymphes, étoiles au ciel; Nymphes ou étoiles dont se décore aussi bieu le Temple que TÉglise, le ciel albigeois que le ciel catholique, et cela en tous lieux, che dipingono H ciel per tutti isenù je vis un soleil impérial communiquer à des milliers de Gdèles d*Amour, embrasés d*uu même zèle, ses clartés vivifiâmes, cuinmc l'astre du jour (dans le système de Ptolémée) transmet ses rayons aux étoiles. Remarquez que telle est précisément la comparaison miseeti avantpar Boniface VIII, pourjuslifierla suprématie du chef de TÉgli^e sur le pouvoir temporel, avec cette différence que, pour le pontifts le soleil symbolisait le saint-siége. Dante ne fit donc que retourner la proposition ; et l'Ottimo, qui ne s*y trompe pas, a soin de noter qu'il y a pleine lune quand celle-ci est en opposition avec le soieii, Plenilunio è quando la luna è opposita al sole. Or, Dante irooTait les pleines lunes trop fréquentes et prétendait faire cesser ropposiiion par le triomphe définitif du soleil.

Sa lucide substance en leur rire lumière

Toute transparaissant tellement nette et claire, ete,

8. Personne ne pouvait voir plus clairement que Dante Tesseiice tout impérialiste et sectaire, la lucenie susianzia, du symbole qu'il mettait en avant, et il devait une vive reconnaissance à cette foi doctrinale qui l'inspirait, de lui avoir suggéré une aussi audacieuse fiction. Aussi s'écric-t-il, o dolce guida ecara!

Là, brille la sagesse, éclate la puissance, etc.

9. Béatrice lui explique complaisamment que ce qui l'éblouit, sebrama, est la vertu, rir(M (dans le sens de force, d'énergie, rfy«ûmè) qui s'étend sur tout, dacui nulla siripara, l'Empire universel étant de droit divin ; que dans le Messie impérial est la sagesse et la puissance, qtnvi è la sapiema e la possanza, qui ouvrit les ^uute^ entre le ciel et la terre, ch' apri le sirade tra H cielo e la teri% en venant affranchir l'Italie et l'Europe entière du joug de l'Enfer pontifical ; délivrance si longtemps désirée par les fidèles d'Amour, comme en témoigne la proclamation citée plus haut, onde fu gin si

CHANT XXIll. 1099

Imga disianza, Élait-il donc, en conscience, bien ^difficile d'exprimer nettement, si telle eût été réellement la pensée du poète, qu'il était admis à contempler l'humanité du glorieux Maître des Apôtres crucifié pour le salut du genre humain ?

Et ce ju'tJ devenait, je n'en ai pas mémoire,

10. Eh! mon Dieu, nous nous en souvenons fort bien nous : Une joie immense inonda sa poitrine lorsqu'il eut vu faceii face son Messie, et lui eut prêté le serment qu'il lui devait, (futan iabia mea debitum persolveruîUy et ne pouvant la contenir, clic éclata dans la proclamation aux rois* et aux peuples, puis se changeatii eu coitTc; hors de sa nature de parfait, fuor di stui natura, elle retentit connue la foudre, lorsqu'elle appela la vengeance de Henri contre les pécheurs d'Vnialecb, et contre Florence, celte Myrrha perverse s'enflammant (iaus les embrassements de son père (Clément V). (Voy. la proclamation citée plus haut.)

Précieux suni'enù'f au fond de ma penseV.

11. Après avoir été admis en la présence du Messie, dont la vue ne l'avait pas réduit en cendres, Béatrice aurait eu mauvaise grâce à lui refuser son sourire, sous prétexte qu'il n'aurait pu en supporter le rayonnement ; elle lui octroyé donc la permission de la regarder à son tour. Une si grande faveur, en rapport avec le 'grade de Rose- Croix auquel le voici parvenu, profjerta degna di tanïo ghado, confond son esprit, qui cherche à se rappeler comme une vision oubliée, visxone obbtita; autrement dit : les diverses cérémonies symboliques qui se sont accomplies successivement sous ses yeux et à l'aide desquelles il se trouve enfîn apte à contempler la lumière dans tout son éclat; cette lumière d'Orient dont resplendit le sourire de Béatrice. Quant à la profferta elle-même, le poète la grave dans son souvenir, où il aura soin qu'elle n'ait pas à s'effacer.

Mes chants ne rendraient pas ce sourire ejichantenr, etc.

12. Il faut nous résigner à rester dans l'ignorance de ce que pouvait exprimer le sourire de Béatrice, seuls tes modernes Templiers poarraient nous en instruire, mais c'est là leur secret II doit nous suffire de savoir que les neuf muses et leurs plus chers nourrissons I)erdraient leur latin à vouloir chanter le saint rire, ilsarao riso et

1100 LE PAIVADIS.'

ce qu*ii ajoutait de beauté au saint aspect de la dame du salut. Gomment en effet se hasarder au xiv* siècle à exposer la moindre parlie de la vi^rité sectaire, sans risquer le bûcher? Aussi Dante prend-il le parti du silence. Mais nous crie-t-on, vous calomniez Dante, tous Taccusez de lâcheté, vous le faites agir comme ces VaudoisdontBossuct dit : « Ainsi séparés de cœur de TÉglise catholique, ces hypocrues, autant qu*ils pouvaient, paraissaient à l'extérieur de la même foi que les autres, et ne faisaient en public aucun acte de religion qui ne démentît leur doctrine. » On conviendra du moins que Taccusalion d'hypocrisie est bien atténuée par ces lignes, qui précèdent immédiatement : « Un ancien auteur a remarqué que les Yaudois recevaient rarement de leurs Barbes le baptême et le corps de J.-C; mais que^nt leurs maîtres que les simples croyants, les allaient demander aux prêtres. (Pylichdorf, ch. 26, n* 796.) On fie voit pas même que pour le baptême ils eussent pu faire autrement, sans se déclarer; car on eût bientôt remarqué qu'ils ne portaient par leurs enfants à l'Église et on leur en eut demandé compte. » {Hist. des Var. liv. xi, p. 559, Ed. Charpentier.) En effet, qui demandait compte en pareil cas? L'inquisiteur pour la foi, et l'on sait comment. Or, en ce temps-là, nous craignons bien que la plupart de ceux dont nous soulevons l'indignation n'eussent été des hypocrites, en supposant que, pour leur malheur en ce monde et dans l'autre, ils eussent [ail partie de l'église dissidente.

Par bonds doit procéder ainsi ce saint poè'nu*^ etc.

13. Est-il rien de plus éloquent que celle terreur du poète, qui le fait trembler sous le poids dont s'est chargée son épaule, revêtue da déguisement catholique, Vomero mortat. Dante semble avoir voulu ici aller au-devant du reproche de lâcheté et d'hypocrisie. Lui-même nous le dit, le fardeau était lourd, celui qui avait eu la hardiesse de s'en charger, trouvait à chaque pas le chemin coupé devant lui» iV cammin rcciso, et force lui était, s'il voulait mettre la dernière mai» au poème sacré, de procéder par sauts, en traçant les tableaux et b scènes de son Paradis, convien saliar la sayraio poema. De plus, ce qu'il n'ajoute pas, pour cause, la mort, ou l'inquisition le guettait ao passage. Il avait fait ostensiblement acte d'opposition, ce qu'il avait payé de l'exil, de la confiscation, ajoutée à la peine capitale suspendue sur sa tête, et il ne continuait pas moins de parler, d*agir et d'écrire eu Gibelin. Devait-il pousser la franchise jusqu'à se déclarer haoïe-

ment sectaire, et se vouer ainsi volontairement an bûcher? Peut-être crut-il être plus utile h sa cause en composant la Comédie et (railleurs nous avons établi {RêveL p. 75 et suiv.) que sa foi lui défendait de s*exposer au martyre sans nécessité, bien plus elle lui commandait la dissimulation ; en veut-on une nouvelle preuve ? On la trouvera dans un manuscrit du xiii^siècle miïiulé Tractatus de hctresiapauperum de Uigduno, On y verra même, que pour les dissidents ou protestants d'alors, le langage dm était de précepte (*).

Ce n'est ^oini une mer pour fragile nofel/c, etc.

ik. Vous voyez combien il avait conscience du danger auquel il s'exposait et du courage dont il faisait preuve en TalTrontant, puisqu'il se compare à un pilote naviguant dans des |)arages remplis d'écueils, sur lesquels il lui faut autant d'audace que d'habileté pour s'a?entarer, même avec un bâtiment solidement construit et dans toutes les règles de Vart royal.

(*) DOCERT IN VERBis PALLiATis. Tel est Ic titre du chap. Puis i*auteur anonyme ^t: Docentverbis coopertia toqui (<^est bien le parlar coperto) utpro vaHlate ioqui sludeant, loqui mendacium.,.. Ex eadcm simutcUionet fréquentant nobiscum Ecdesùts, intersunt diviniSj offerunt ad aitare^ pcrcipiunt sacramentaj confltcntuv Mcerdotiints, jejwiant Jejuna Eccleaiœ et festa coluntet benedictioneni saeerdotum iMcUnato capite suscipiunt (Thés. nov. anecd. de U. Martenne,;v, p. 1782.) Eh bien, baJite, pasteur Vaudois, a été à la messe des prêtres catholiques, il s'est confessé à eux, a rc^a dévoieuient leur bénédiction et il a écrit, avec toute l'oriho<toxie qn*il a pu y mettre, sa Comédie hérétique en langage couveit. C'est fort nLil à notre point de vue, c'était trèsbien au sien ; mais il en est ainsi et nous n'y pouvons rien.

Vous but>il d'autres preuves? Nous les trouverons dans Euihyniius, moine de Zigahèae, qui vivait vers Tan 1110, t. xix de la Max. Bibl, Vct, Patrum, dans Rinleri, ibid,^ L XIV, et dans Bossuet disant {Uiit. des Vin\y p. 500) : iLa marque la plus certaine pour connaître ces hérétiques était le soin qu'ils avaient de se caclier, non-seulement en recevant (es sacrements avec nottSf mais encore en répondant comme nous, lorsqu'on les pressait sur la foi... Interrr)gés en pariicolier sur chaque dogme. Us paraissaient catholiques, en trahissant leurs sentiments par des mensonges, ou du moins en les dégui' ^Hi par des équivoques pires que le mensonge. Tout leur langage était plein D'ALLtGORTES, ct On les prenait pour des Orthodoxes, à moins d'avoir appris par un long asage k connaître leurs équivoques. • Voyei aussi saint Bernard, serm, Lxv, lxvl Enliu réiléchissez kur ces paroles do moine de Zigabène : Hanc item Domini vocem in Evangeliis scriptam asserunt ; omni ratione saluti vestra consulite, hoc est : omni arte et DOLO SIMULANTES FiDEM EORCM Qi I VOS OPPRiMUNT, scrvatc VOS a pcriculo Ct mortc quœ robis ab Ulis imminet, ituc enini ct ilUid spéciale, qu.ccumqdl dixerint yobis, cuM siMCLATioNE «IMIRUH FACiTE, sccundum opcra autcm ipsorum nolite facere i!( VERiTATE. Etcnim ipsum qtioquc Uominum discipulis aperte logutum esse, incbedclis aoteh in parabolis, ut incredvli simulationes speciem intucntes non vidcant id quod in cordibus noslris reconditum csty et audientes non adount. Paraholam enim, iitquiunty appellat dolum et simulationeni. (Max. Bibl. Vet, P.P. xxi, p. 225, t. XIX. 1 On le voti, les preuves ne manquent pas. Et celle fois on ne dira pa<» sans doute que nous tiraillons les textes, ou que nous fiibriquons des clefs à notre usage exclusif. On veut de l'érudition, en voilà. Biais on sera édifié aux chants suivants.

llOâ LE PARàBII^.

A mon aspect ainsi pourquoi restant sans fin A l'enirrer d'amour, ne pas tourner la vue, 6tc.

15. Pourquoi rester dans une vaine contemplation des beautés de la doctrine de vérité et ne pas ^occuper activement de ce beau verger albigeois, bel yiardino^ dont les arbres fruitiers se couvrent de fleurs aux rayons et sous les regards du Christ impérial, sotto iragçi di dnsto s*infiora ?

Brille la Rose tct, dont au Verbe dwin,

Alors qu'il se fit chair, s'ouvrit le ckoAie sein, etc.

16. Ici est ia fleur symbolique des Rose-Croix, cette rose mystique adoptée également par TÉglise de Rome, comme la figure de la Mère du Sauveur, et par celle de Toulouse, comme le type mystérieux de rassemblée générale des fidèles d*Amour. C'était, eu effet, dans le sein de cette rose ou de cette assemblée, que le Verbe divin s'était fait chair dans la personne du Christ impérial qui, admis à ses mystères, voyait tout à la fois en elle sa mère, né qu*il était par elle à la vie nouvelle, et sa fllle à raison de la protection dont il la couvrait. Le moine de Zigabène nous a transmis certaines métaphores des Paoliciens, d*où dérivèrent les Cathares ou Albigeois des x"" et xi' siècles (voy. Schmidt), où Ton peut trouver la clef de celles qui doiveot étonner ici. Qu'on veuille bien méditer sur ce qu'il rapporte à leur sujet : « Ils disent que tous ceux des leurs dans lesqueb habite l'Esprit saint (les Parfaits) sont mères de Dieu, Dei parentes, et désignés par c^ nom, et nominari (de là les hommes-femmes, les excelleots anges, etc.), attendu qu'ils conçoivent le Verbe de Dieu et le porteoi dans leur sein, concipiant et in utero gèrent, et qu'ils le mettait au jour, pariant, en enseignant les autres, et mltiL amplius quam ipsi habeant habere primam illam genetricem, (Cap. xm.) Aujourd'hui les Maçons répondent très-sérieusemont au Vénérable qui les inierrc^e : « Je vais bien, quoiqu'en état de grossesse et pTêt à mettre au monde un enfant mâle. » Ënûn, dans le grade philosophique intitulé : Clef de la Maçonnerie, nous voyous une figure symbolique appelée la Conception dans la lune, Conception in the Moon, ce qoi signifie « une femme pure d'où proviendra un nouveau roi et une révohition de temps glorieux, a new King and a revolntion or fuUness oftime, fUledwith glory. Le nom de cette femme eslAlbraesi • (probablement Abraxa), {Light on M.'., p. 265.) Vous trouverez aussi, au ch. xiii des Mémoires de Celliui, une vision dans laquelle un soleil (figure de l'initié) se gonfle et soudain offre à ses regards on

Christ (autre figure de Tinilié sectaire), puis, se gonflant encore, une trcs-belie Vierge, e, crescxuto il gonfio, subito si corwerti in una foma di una bellissima Ma^oîina. Que valent toutes les démonstrations d'orthodoxie multipliées dans le poëme contre de pareils rapprochements, appuyés des autorités citées note 13 ?

Bt ces lis dAmt au loin la sentetir répandue Fit dans la sombre nuit trouver le bon chemin.

17. Ces lis odorants, comment ne pas le Toir ? ne sont autres que les Parfaits, les saints de la secte, dont les leçons et les exemples montraient le chemin de la vraie foi évangélique. Florete, flores, (juasi liiium, et date odorem (Ecclesiastic. xxxix.) Les Templier^ ^ Ihabit blanc avec la croix rouge pourraient bien aussi être compris dans le nombre de ces saints, car TOttimo, qui les désignerait alors soQs le nom d'apôtres, nous dit que « les lis, par leur blancheur, signifient pureté et foi, le roM^^ c/u ca/ûr^^ incorruptibilité et charité, l'odeur , espérance et prédication.

J'affermis pour lutter ma paupière débile, ete,

18. Après que Béatrice eut parlé en ces termes à double entente, le poète, qui vient d*être obligé de faire saltar lo sagrato pœma, poor esquiver d'avoir à s'expliquer sur l'expression compromettante du sourire de sa dame, se hâte de lui obéir, eu portant ses regards sur le spectacle qui s'offre à lui ; et savez-vous le motif qui l'y décide? 11 ne tient qu'à vous de le connaître, en réOéchissant quelque peu sar la significatioii de ce Ters bizarre : Encora mi rendei alla bataglia de' debili cigli, Croirez-vous vraiment, avec les commentateurs, que cela veuille dire : Je me remis à faire affronter à ma vue débile les splendeurs contre lesquelles il lui fallait lutter? M'est-11 donc pas beaucoup plus simple et plus naturel d'entendre : Je me remis à lutter contre ces Catholiques à la vue débile, délia vista délia mente infermi (Purg. x), déjà tant de fois abusés en leur faisant illusion au moyen d'un vernis d'orthodoxie adroitement étendu sur ma toile? On va pouvoir en juger bientôt.

Comme d'une hauteur, parfois, je découvris, QMoique les yeux dans Vombre, un riant paysage, etc.

19. Afin de ^ procurer l'avantage de combattre à l'ombre contre les aveugles vassaux de Rome, comme les Spartiates contre les Perses,

il étend un nuage sur son Christ impérial, qu*il fait remonter comme un figurant d'opéra dans sa machine, à l'aide d'une comparaison des plus poétiques, en prenant soin de ne projeter sur la scène que la lumière nécessaire pour distinguer les acteurs. Cette lumière jaillit d'en haut sur eux. Cathares , splendeurs ou fleurs ad libitum, eo rayons ardents, fulgurati di su di raggi ardenti. Quant au principe de ces rayons,'lcs plus clairvoyants n'y voient quedu feu et les debili cigli rien du tout. Il est impossible de mieux se prêter à la circonstance que cette prétendue humanité du Christ.

O bénigne vertu, de ton suhUme type

Qui let empreins ainsi, tu daignas VéleveTt etc.,

20. O bénin pouvoir impérial et templier, benigna virtii, qui les marques de ton empreinte, si gl' itnprenti, à l'aide de bijoux, de décorations et de signes pareils à celui que Benvenuto portait ao front {Mémoires) t signe qui, visible à Paris, disparaissait à Roine,(i cause du brouillard; toi qui ne fais que le bien, en opposition ï ce pouvoir satauique d'où procède tout le mal, tu t'es enlevé complaisamment, su Vesaltasti, pour me laisser libre carrière au conqiectde ces aveugles Catholiques, à l'esprit myope, là comme ailleurs, per largirmi loco, agli occhi H che non eran possenti, vu leurs debiii cigli. Est-il possible de traduire plus fidèlement? N'importe; il est des gens opiniâtres qui trouveront beaucoup plus orthodoxe cette mystification sacrilège de l'humanité de Jésus-Christ rabaissée aa rôle de comparse, du Sauveur du monde se mettant en frais de complaisance, pour accueillir la bienvenue du pasteur spirituel, Daote Alighieri, escorté de son Egéric.

D'admirer de ce Ciel la plus grande lumière.

21. Une fois le Christ iinpérial enlevé au Ciel, d'où ses rayons se répandent sur ses> fidèles, le plus grand feu d'Amour resté sur la scène, lo magior foco, le plus grand foyer de la doctrine sectaire, c*esi évidemment l'église évangélique elle-même, c'est Marie, c'est la fille et la mère du sauveur de l'Italie et du monde entier, du vainqoeor de Satan ; c'est la belle fleur des chevaliers Rose-Croix et des Boas chrétiens albigeois. Rien donc de plus naturel que, prononcé par Béatrice, le nom de cette belle fleur, dont il appelle matin et soir l'intercession à son aide, ch' io sempre inooco e mane et 5e?Yi^ éveille chez

CHANT XXIII. . nos

le pici]\ Paslcur un vif désir de la contempler, et envahisse son âme toute entière.

CetU vivante étoile à l'éclat radieux, elc,

22. Il jette donc ses regards sur la vive étoile, si différente de la lane» astre glacial de la mort : il la voit triompher dans le Ciel, comme ollc a triomphédes rudes épreuves qu*elle a en à endurer sur la terre, où elle s'est relevée, toujours vivante, après le massacre de ses chers Albigeriis et le désastre de ses bien-ai mes Templiers. Et savez-vous de quoi il se préoccupe en la regardant ? De sa qualité et de sa quantité, 1/ (fuale e 'l quanto. Le quale, passe encore, bien que peu de (emmes, même belles et saintes, se résignassent volontiers à un examen trop approfondi ; mais le quanto! est-ce que cette locution scolastique, indiquant nettement un être collectif, n'aurait pas dû mettre sur la voie. Ob ! que non pas, les gens aux debili cigli sont là, affirmant que le quanta se rapporte à la quantité de splendeur. Bravo, mes maîtres, la plupart de vos explications sont de cette force. Mais nous espérons vous édiCer complètement au ch. xxxi {*).

Qu'un jet de feu sur elle en cercle descendit, eto,

23. C'est à bon droit, nous dit le P. Lombardi, que tous les commentateurs, espositoî-i, ont signalé dans cette flamme lumineuse l'archange Gabriel. Encore une de vos niaiseries, braves gens, à qui Dante a su faire ingurgiter tant de bourdes bien plus indigestes encore que celles-ci. Oui, c'e^t bien sur l'ange Gabriel qu'il a voulu diriger votre attention. Mais pour lui cette flamme élincelante était celle de l'amour, de cet amour divin descendu du Ciel, dont s'inspirait l'église évangélique, qui la rendait mère par l'enseignement et dont les rayons la ceignaient comme une glorieuse couronne, a guisa dicorona ciniela e girossi intorno ad ella. Celte flamme affecte la forme ronde, par le même motif que la table des chevaliers Parfaits était ronde à la cour du roi Arthus; parce que le cercle est la figure géométrique la plus parfaite. Que de savantes dissertations à jeter au feu I Mais

(*) Si TOUS voulez, en attendant, savoir approximativement en quelle quanlitd se trouvaient les églises dissidentes en Italie, Pancicn pasteur cathare l\inieri Sacconc vous donnera, dans sa Sumnui, des renseignements utiles. Ainsi il vous dira : Siint XVl cefletiœ Catharorum, celles <le Donnehacho, de Owcnrezz% de Bjjolo, de Viceiice, ec- * CLESTA FiORLKTiNA, dc la vallée de Spolèie, de Manioue, de RRi scia, de Berganie, du comié de MiLâii, de la Romagke, de Vérone, cic, encore le R. 1*. inquisiteur qui écrivait vers 1250, ne les connaissait-il pas toutes. (Voy. T/irs. 110 r. anecd.^ Martcnno, V, p. 17C7, et, aux Preuves supplémentaires, la Topographie deséglt:ics Cathares.)

recelions à cette flamme circulaire qn*on veut noos dminer ponr un ange dégaisé an milieo du bal masqué auquel nous assistons.

Un ange peut avoir des motifs pour se déguiser sur terre, et à plus forte raison TAmour, mais au Ciel, à quoi bon? au séjour de toute ?érité et pour rendre hommage à Marie, à la Reine des Anges t Que Toulez-Yous, on ne pense pas à tout ; aussi n*a-t-on pas songé qu'un hérétique seul aurait pu concevoir Tidée de faire du saint messager de l'Incarnation , un galantin céleste allant, sous un costume d'empnrot, courtiser sa dame au conspectdes Bienheureux.

Uharmonie, ici'has^ qui plus tuax>e excelle, etc.

2lx. Dante n'a jamais été plus vrai dans l'expression. Quelle lyre, en effet, a jamais été plus douce et surtout plus' habile que celte lyre provençale, brisée dans le catacUsme Albigeois? que celle de l'Alighieri lui-même, de son premier ami Gavalcante, de Cino de Pistoic et de leurs coreligionnaires; que celle de Pétrarque, de l'Arioste, du Tasse et de tanld'autres? C'est que tous, on le reconnaîtra un jour, furent inspirés par cet amour évangélique dont les rayons couronnaient le beau saphir Albigeois, saphir dont Téclat ne se manifeste entièrement qu'au dernier ciel, ou au 33"^ grade de l'Ëcossisme ; comme nous le verrons sans doute au 33"" chant du Paradis, bel zafpro del (fualeii ci'ei pià chiaro s'inzaffira.

Je suis ce saint Amour, qui, é^essence angélique, etc.

25. Eh bien, Dante ne le proclame-t-il pas ici aussi claircmcnlqur possible? Celte flamme lumineuse dont sa chère église se couronne, c'est l'amour angéliquc, l'amour des excellents Anges albigeois, Templiers, Maçons, comme on voudra les nommer, to sono Camm angelicoy et je répands à la ronde la gaie et sublime science, gîro Calia letizia, émanée du sein de cette église qui eut l'insigne honneur de recevoir en loge, de loger, albergare, notre Empereur désiré, alta Ictizia che spira del ventre, che fu albergo del nostro disiro, Persislerat-on après une explication si claire à soutenir qu'il faut traduire : Je suis l'ange Gabriel, l'amour angélique qui tourne la haute joie émanée du sein qui hébergea notre désir, et à voir, dans ce galimatias double et triple, l'expression naïve d'une conviction orthodoxe? Mab poursuivons, en donnant d'abord notre interprétation : Egirerommi, donna del Ciel, Et j'irai la répandant, Dame du ciel albigeois, tant que tu suivras ton fils Henri VU, mentre che seguirai^ uto figlio, et

que tu raidrasd'antânt plos dhinc, par tes enseignements et tes exemples, la sphère soprême où s'accomplit la réfélation Gnale, que ce glorieux fils y est entré comme un de tes plus hauts dignitaires, e forai dia più la sperà suprema,pe7'chè li entre. Grammaticalement, il n'y a point daDs ce demies mot licence poOtique, entre n'est pas employé poar entri, car il a pour nominatif le Christ impérial et non pas Marie. Quoi qu'il en soit, on reste libre d'entendre et de rendre ainsi cette tercine : Et j'irai tournant, Dame du Ciel, tant que tu suivras ton ûls (la condition est étrange}, et rendras d'autant plus divine la sphère suprême, qu'elle est ton séjour, ou que tu y entres. (Comme s'il y avait moyen de diviniser davantage le sanctuaire impénétrable de la sainte Trinité, même par l'admission auprès d'elle de la plus parfaite des créatures.) Ces deux modes de traduction mis en présence, nous croyons la question décidée pour quiconque tient à comprendre ce qu'il lit. Nous n'ajouterons donc rien à pareille démonstration, sinon que Dante, à force de franchise, n'a jamais poussé plus loin qa*ici la dissimulation, et que celui qui savait feindre ainsi, n'était certainement pas un lâche hypocrite.

Des hommes que la nécessité du temps forçait de dissimuler leur croyance, pour qui même cette dissimulation était de précepte ; mais qui, donnant du reste l'exemple de toutes les vertus, ne péchaient quo par un rigorisme outré; « des hommes qui, le plus souvent traqués, fugitifs, entourés de mille dangers, conservent néanmoins leur foi ; des hommes qui se jettent avec joie dans les flammes des bûchers, peuvent être des enthousiastes, mais jamais des imposteurs ou des hypocrites. » (Schmidt, Hùt. des Cath., il. t. \5U.)

Voilà ce qti'exjprimait la pure mélodie, etc.

26. Voilà comment l'Amour, inspirateur de la religion évangéliqne des Albigeois et des Templiers, scellait l'alliance de son ^lisc avec la cause impériale, s'attachait à celle-ci par des liens indissolubles, si sigH(ava,yoih comment cet Amour angélique allait partout à la ronde, circulata melodia, célébrant, tant en vers qu'en prose, et dans le langage populaire, les louanges du nouveau Messie, appelé à délivrer les i)euples du joug de la religion de haine. Aussi tous les Bienheureux, tous les Parfaits, ces foyers de lumière, tutti gli ALTRI mani, lisez saints dévoués à A. L. T. R.I., s'écriaient-ils, Ave^ Maria, salut à notre Église, en faisant retentir ce nom de Marie, qui servait si bien

leurs projets, et pour lequel la pieuse Béatrice professait une dévotion si |)articulière. {Vay. la Vita nuova.)

L'ample manteau royal qui rcvét Vunivers, etc.

27. Par suite du pacte mentionné plus haut, le manteau impérial du roi des Romains, Grand-Maître reconnu désormais de Tordre des Templiers, et patron suprême de relise évangélique, édifiée sous le Tocablc non suspect de Marie ; la real inanto, couvrait de sa hauio protection toutes les loges de ce monde maçonnique, dont les grades sont contenus les uns dans les autres, comme les divers cieux, voiumi, II est bien entendu que ce monde-là est celui qui, inspiré par le souffle de Dieu, a le plus de ferveur, la foi la plus vive cl les mœurs les plus exemplaires, attendu qu^il s'efforce de suivre plus parfaitement sa loi, piii ferve e più ^avviva nelC alito diDio e neicostumi. On rira bien quelque jour en constatant que, durant cinq cents ans, de graves personnages ont affirmé que c'était le manteau royal du monde, en qui la ferveur et la vie augmentaient sous le souffle de Dieu et sous Tinfluence de ses habitudes bienfaisantes, costumi.

Si loin alors sur nous son interne paroit eic

28. Par malheur, lorsque le pacte d'alliance fut conclu, le poêle exilé se trouvait trop éloigné pour se joindre à ses frères et se placer avec eux sous la tutelle immédiate de son Dieu, sous l'interna rira tanto distante; il ne pouvait songer à le voir encore, faute d'être en mesure de quitter les lieux où il était réfugié, che ta sua parvenza ancor non mappariva. En conséquence, il lui fut imix)ssiblc de réjouir ses yeux au spectacle de cette église albigeoise et templière, de cette flamme couronnée, qui se leva en masse pour suivre son fils bien-aimé, son Messie et son Christ, pei^d non ebber gli occhi miei potenza di seguitar la coronata fiamma che si leva oppressa a sua semenza. Voilà comment les mots, ridiculement forcés au sens figuré, reprennent un sens clair, lorsqu'on ne vent leur faire dire que ce qu'ils signifient tout simplement.

De même chaque flamme à la candide ardeur, etc.

29. L'élat-major de In secle, les hauts dignilaires de Téglisc militante, partis à la suite du Messie ia)périal, un plus ou moins grand nombre de fidèles d'Amour retenus, comme Dante, |)ar uu motif ou

|)ar un aulre, mais surtout |>arce que, engagés dans le saint minis-* icre, ils ne pouvaient porter les armes, restèrent à attendre le résultat de la lutte engagée ou Toccaslon de faire preuve de zèle, rimaser ii net mio cospetto. Le poète rend ici témoignage de leur ardeur enthousiaste pour la cause, alto affetto. Ce sont des âmes candides où brûle le pur amour, candain; aussi nous les montre-t-il les bras levés au Ciel qu'ils invoquent, et les compare-t-il à Tenfant tendant les bras à la mère dont le lait le nourrit. Enfin, sa joie est si grande, à cette unanimité de vœux, manifestée par le chant de Regina cœli, qu'il ne saurait jamais oublier ce moment, où son âme s'ouvrit aux plos douces espérances, maida me non si parti il diletto. L'Ottiino ne négUgc pas de noter que l'hymne Regina cœli, latare^ allelûia, se chante aux vêpres de la Pâque de résurrection, nelP offizio di Nos* ira-Donna,

Que de riches trésors dans ces saints tabernacles, etc,

30. Quels trésors de vertu, de science, de sainteté, dans les pasteurs évangéliques, à la différence de ce clergé si honni par Pierre Damien, dans ces Parfaits dont les âmes sont autant de riches tabernacles, arche ricchissime! Que de zèle à semer partout ici-bas, comme de bons laboureurs, bone bobolce, malgré tant d'obstacles et de redoutables périls, la parole de vérité , les saines doctrines de la tradition gnostique recueillies de la bouche même des apôtres! apôtres qui vont apparaître à leur tour en témoignage, pour proclamer des mérites albigeois et déposer à charge contre la prostituée de Babylooe. Au surplus, amis comme emiemis sont d'accord pour attester Taostérité apostolique des Parfaits ou Bonshommes (*).

Là, celui qui, durantVexil de Babylone,

PI«i«ra dam Vamertume^ en lui laissant son or, etc.

31. Commençons par rétablir le texte de la première tercine, que certains veulent à tort réunir à la dernière ; nous soutenons, nous,

(*) Rinierl Saccone dit d'eux, qu'ils • vivaient Justement devant les hommes, qu'ils étaient réglés dans leurs mœurs, modestes dans leurs habits, abstinents dans leur maii- Scr, elc (Gap. vil.)» Saint Bernard n*est pas moins explicite à leur égard : t Leurs moears sont irréprochables, déclare-t-ll, ils n'oppriment personne, ils nu four de tort à personne, leurs visages sont mortifiés et abattus par le Jeûne ; ils ne mangent point leur pain comme des paresseux et ils travaillent pour gagner leur vie. > {Scrmo 66, i, tMïK) 9 Si conversationem interroges, nitdl irrcpreltensUfUius ; et quod toquitur faeiis Tprobai.,,, Jam quod ad vitam moresque spectaU neminem concutit, neminem fircumvenii, nemùtem supergrcditur, « (Scrni. 65, i, 1495. )

qu'il faat lire : Quivi si vive e gode del tesoro^ etc. (God. Yat. et ADg.)t et, avec plusieurs éditions da poème : NeW esilio diBabilonia dove si lascià Coro, En conséquence, nous traduisons : Là, danscette huitième région du ciel sectaire, dans ce t cielo stellatOs qui peut être comparé à la physique pour ses trois mouvements, et à la métaphysique pour Galaxie, désignée par le vulgaire sous le nom de chemin de Saint-Jacques » {Conv. u, 15); là, on vil de la vie de l'esprit et l'on jouit du trésor de doctrine qu'on a acquis en pleurant (maçonniquement) dans l'exil de Babylone, sous le joug de fer de la prostituée. Diù super flumina confusionis deflevinms, et imploré sans cesse la protection d'un roi juste qui écrasât les satellites d'uu cruel TYRAN, qui satellitium sœvi tyranni deperderei, {Lett. de D. à Henri VJL) On doit'comprendre maintenant comment les pauvres exilés en larmes furent réduits à laisser leur or à la prostituée de Babylone, aux satellites du cruel tyran, dont le juste roi devait les délivrer; mais cet abandon de l'or a aussi sa signiGcation symbolique, puisqu'on le retrouve dans les initiations modernes, comme dans les anciennes. En effet, il n'est pas de franc-maçon qui ne vous dise que, lors de sa réception, on lui a fait déposer tous bijoux d'or oo d'argent; vous pourrez, d'ailleurs, lire dans le Tuileuràe yilliaume, entre autres, page /i6, que « le récipiendaire se présente les yeux couverts d'un bandeau, n'étant ni nu ni vêtu, et dépouillé de tous métaux, comme les prêtres égyptiens déposant leurs bagues et tons ornements d'or et d'argent pour sacrifier au soleiL «

Le sens de la première tercine ainsi fixé, voici celui de la dernière : Là, à la suite de son messie Henri VII, l'alto figlio di Dio e di Maria, triomphe de la victoire que son poème lui fait remporter sur le cruel tyran et son entourage tonsuré, Satellitium, victoire obtenue à Taide de ceux dont il a fait des Parfaits, des solitaires, comme dit Pétrarque, tant dans l'Ancien que danç le Nouveau Testament, con Cantico e col nuovo concilio, Dante Alighieri lui-même, qui s'est réservé les clefs de cette gloire templière et impérialiste, di T.A.L gloria, et qui, en conséquence, continuera d'en faire l'usage que vous savez. Ces. clefs, nous croyons les avoir retrouvées, et doqs espérons les mettre à la portée de tout le monde.

Que les gens de bon sens veuillent bien réfléchir et se demander s'il est possible que Dante ait voulu dire que saint Pierre, qui n'eut point d'exil à subir et n'alla point à Babylone, puisque l'Église nous enseigne que sa première épttre, datée de cette ville, fut écrite de Rome, ait laissé soit dans Babylone, soit dans Rome, l'or qu'il n'eut

CHANT XXIV. un

jamais, Pier commincio sanza oro; enfin ce que pourrait signifier cette victoire due à l'Ancien et au Nouveau Testament; si même il estpermis d'entendre ainsi ce mot de conciLio, adopté aussi par les Maçons, dont les loges prennent tour à tour le titre de concile^ de cour, de consistoire, de collège, etc. Dante avait à faire entrer saint Pierre en scène et, avec son habileté de main ordinaire, il s'arrangeait pour diriger la pensée de son côté; les défis qu'il mettait ep avaot n'étaient qu'une fausse enseigne; mais combien de dupes ne (levaient-elles pas l'aider à faire !

CHANT niV.

O convives élus au festin de î'Agueaut elc»

1. Convives du grand banquet templier, commensaux du Grand- Maître Henri de Luxembourg, cet agnm Dei destiné à abattre la prostituée, qui engendre tous les péchés du monde ; vous à qui il distribue ou fait distribuer, dans la doctrine de vérité, ce pain de vie, ce pain des anges objet de tous vos vœux (reportez-vous à la bcné' diction du pain chez lesVaudoisët aux banquets maçonniques); venez eu aide à celui qui a pu glaner, par la grâce de Dieu, quelques-unes des vérités dont vous vous nourrissez, avant que la Mort pontificale, riuquisition, morte, ait à l'ajourner à comparaître, comme suspect d'hérésie, tempo gli présenta (le double sens est-il assez palpable?}; compatissez à son immense désir d'obtenir la complète révélation de la lumière, et qu'elle descende sur lui en rosée, e roratelo alquanto.

Que sa lèvre se mouille au flot où vous huven,

2. Car Yous tous abreuvez sans cesse k cette source mystérieuse de la doctrine albigeoise, gnostique et templière d'où dérivent ses opinions religieuses et politiques, onde vien quelch' ei pensa, d'où provient ce qu'il pense et ce qu'il écrit sous l'inspiration du génie. Combien de fois n'avons-nous pas répété que Veau vive était le symbole de la doctrine (*) î

(*) Si fOBS désires savoir ce que pensait Dante, le R. P. inquisitear lUnierl Sacoone,

Tels qu'en f(mt resplendir les comètes avx cicnx.

3. C'est ainsi d'ordinaire que les professeurs dn gai savoir, anime iiete^ manifestent leur assentiment et leur satisfaction comme on a pu le voir maintes fois. Leur amour, appuyé sur la foi et sur Vespé^ rance comme sur deux pôles inébranlables, poli fissi, projette k la ronde, dans de fréquentes tournées, ses rayons lumineux. Mais an moment où nous sommes arrivés, cet amour se laisse emporter à l'indignation, et son rayonnement devient comparable à celui des co-

nçut TOUS mettre sur la voie, dans récrit spécial ob il a consigné les doctrines et les opinions des Vaudois, CaUiarc?, Paiérins ou Pauvres de Lyon. {Mftix, BibU Vet. PP. xj&v.) Dictait quod Romana Bcclesia non sit eccletia Jesu Cfiristi , sed ait ecclesu HALiGMANTiUM, et <7uod OEFECERiT 8UB SYLVESTBO, quondo vcnenum temparalimn infuaum cM in ccclesiam (c'est-à-dire lorsque GonslaiiUn fit il primo ricco padrc) : quod CM MA VITIA ET PECCATA Vl CCCicsia SUnt ; qUOd IPSl SOLI JDSTE VIVANT. (BappelcE-

vous les deux seuls justes^ signalés dans Florence par Ciacco (E. vi), et les tre reecM iioniniéâ par Marco Lombardo ich. xvi du Pg.) : Dicunt quod doctrihah Êvahgeucav pœne nuUus servel in Ecctesia PRiEfER eos ; quod ipsi sunt tere pauperes spiritc et pcrsecutionem patiuntur prqpter justitiah et fideh. Quod Bonuma ecelesia sU meretriz iif APOCALYPSi proptCT superfluum ornatum, qucm ecclesu obiehtalis non curât (iiussi que de prostituées dans la Comédie depuis la lupa et Sémiramis, dans VEnfcr, jusqu'à la Syrèue et à la courtisane du Purgatoire, Jusqu'à liahab au sein do Paradis.) Dicunt quod Papa six capct ohnidm crroruh (autrement dit le capo reo, le vieillard de Plda, (roù dr-rircnt tous les maux et tous Us méfaits de la terre). Quod praliUi sint scribœ et religiosi Pluirisœi. Quod Papa et omnes Episcopi sint nomciDi: propter della (comme U'S Caorsini e GiuiscM avides de sang liomain, tomme ces ponliTes arborant lus saintes clefs sur les étendards déployés contre des chi'étiens. [Par. XXVII.) Quod DECIMA non sint dandœ,., Quod cUriciet claustrales possessiores irox DEREANT HABERE, ucc prœbendus ; ME(: JX'RA REGALIA EPISCOPI ct aObotes, Item mnnrm clerum dumnunt propter otium^ dicentes eos manibus dcbere operari, sicui apostoU fecerunt. Item, quod nullus sit cogendds ad fioem. item, de satramento Evdutlistiœ dicunt quod sacerdotes in mortali tum possint conficere. {lyes prêtres indignes ne pouvant conférer utilement les sacrements, on s'explique les noires couleurs sons lesquelles le poCie ne cesse de représenter le clergé romain, avec la pensée de Pavilir dus l'opinion des catholiques, de faire douter ceux-ci de l'efficacité de ses prières et de lear doimer à entendre que PÉglise de Rome a eu conscience de rindigniié de ses ministres lorsqu'elle a proclamé que les sacrements confén^s même par un prêtre Indigne niaient pas moins efficaces aux yeux de Dieu.) /fem, quod seniel in anno fldeUs commumcanit hoc reprobant f quia ipsi quotidie communicant. Itan dicunt quod transsubstantiatio fiât per verra vulgaria. .. Item cantum ecclcsiœ dicunt clamorem hipernaixi. (Aussi que de clameurs dans l'Enfer catholique !)

Dicunt quod nullus possit absolvi a halo sacerdote. Item, Qiutd bonus tOna potestatemhabcatjibsolvendL Item, quod ipsi per manus impositioreh pecctttadtmttant et dekt spirituh sanctum. (Comme fait saint Pierre à Dante.)

Item quod ecelesia' znnk\ERn, dicunt, matrimonioh CLERias probibendo, cmnetim orientales coktrahakt.... Item, quod omnis latetts bonus sit sacerdos, sieut apostou laici erant. Item, quod latina oratio laicis non prosit. Item quod (mms laicus et etiam foehina debeat pradicare. (Voilà pourquoi Déatrioc monte si souvent en chaire.) Item, dicunt quod sucra scrittura eumdem cffectum habeat m vcl- GARi quam in latino. Item, Testamcnti A'orî textum et magnam partem reteris VULGARITER sciDRT CORDE. (Êtonnex-vous après cela de la science Uiéoiogique de l'Alighieri.) /femoccRETALES et décréta RESPOUNTet taniuminkœrait textuL Item,uaM' municationem gortemnurt. Item, indulgentias respount et dispensatioiies dsu- • DENT,... Ijegendas Sanctorum non credunt, item, miracula sanctorom subsawmt» Item dicunt, quod homiiws cognnturire ad Ecclesiam; ipsi etiam ficte tadckt.

OFFERURT, OONFITElITUn, COMMUNICANT, 8ED TOTUM FICTE. Item, PEREGUNANTCI, «'

Diètes, raggiando farte a guisa di cainete, l'apparition de ces astres ciaiii un présage de ruine pour rois, papes et grands de la terre.

Ett comme dans l'horloge on voit cfioque rouage, elc,

li, Dante, déjà panrenu aux grades supérieurs, est à même de comparer, en pleine connaissance de cause, l'organisation templière au mécanisme d'une horloge. Pour lui. Dieu lui-même devient le grand ressort, qu'il passe sous silence, et dont la grande roue reçoit l'impul-

Lotnb(irdiam intrantes (en Languedoc ou en Galice), visitant episcopos suos (ce que Doos n*avons cessé de répéter), etc., etc. (Cap. v, p. 265.)

Item, dieunl quod ipsi sint Pater et Filics et Spiritus Sanctus. IUc cntm dicitur Pateb qui primo intrat seclam ipsorum. Filius, qiti a tali pâtre pcr ipsius prœdkalionem intrat sectam Ipsorum, Sriritcs sarctcs, qui est perfectcs in Kcta ipsorum» (On le voit, leur langage symbolique ne reculait devant aucune assimilalion.)... /(cm, dieunt Papam capi?t totids hali (le capo reo, le chef de ces Créiois qui, selon saint Paul, sont toujours menteurs, Ep. ad, Tit,, [le vieux de Plda, le père de Vinfaniia di Oreti.) et doctorem errorib. Iicm dicunt, bacerdotes pactores viiE ME?(DACI8. Item, dicunt Dw% non ebse creator miindi (duiuiondc visible). Si qua;ratar, quouiodo ADAM dicatur protoplastui 7 Dicunt quod fuit primdb HOMO, quisecundum eos, per creationem Dei ex PRiEDiCATiONE, primo creatus fuit, qui primus fecit voLORTATEii Dei, credbndo SECTiB EORCM. (Âussl Dante a-t-il rcvéïu dans la .Gouiédle le nom et le personnage d'Adam, comme étant le premier ou Vanziano parmi ses bèresde Florence.) SI c'est là un cu*got, on doit commencer à le comprendre.

item, RESDRRECTiONEM CORPORUH NEGANT. (Rappclez-vous les paroles de Salomon à ce sujet. Prtr. XIV.)

Item, diamt quod JUDiErs possit salvari in secta sua sine baptismo. (Reporiczvoas aux discours de Talgle, xix et xx du Par,) Item, corpus Dei dicunt esse pu- KDN PAREBi. CoTpus (lutcm proprium appettitnt verom corpus Christi.

dnnmunes opinioncs omnium Catharorum sunt; videticet : quod Diabolus fecerit HUffc murduh. (Visible.) Item, quod omnia sacramenta ecclesia nihil prosint <ir< Mltuem, et quod non sint vera sacramenta Cbristi, sed deceptoria et diabollM.,., Item, omnes Cathari negant garnis resurrectionem FUTURA]f..../Cfln, omnes negant PUBGATORiuii, etc., cap. VI, pp. 2G6, 267.

Il n*est pas un de ces item auqnel ne puissent se rattacher des passages entiers du po€me, comme aussi à ces extraits du moine de Zigab^ne, qui existait un siccle avant Jlitiieri, antérieur lui-même à Dante d'une cinquantaine d'années.

Bejiciunt omnes Libros mosaicos.., Reliquos item omnes qui postca scripti sunt^ tanquam DUtbott astutia eompositi sint. Septem dunlaxat suscipiunt el colunt^ id Cil psalieriitm et tibrttm sexdecim prophetainan el Etxmgelium secuiulum Matthœum^ Mareum^ Lucam et Joannem^ el septimum Hbrum quo res ab Aposlotis geslœ conti" nentWf cum omnibus Epistolis et Joannis theologi ApocalypsL Sapientia cnim, in' qwiunt, œdificavil sibi domum^ septemque columnas substituit, i{î<omhre de grande vertu, dit .roiUmo.) In repudidndis libris mosaicos et cœteris subsequentibus cum Pttulieianontm hœresi Bogomiles consentiunt.

Venerandtis imagines aspernantur et idola gentiuh appe/tofif, argentuhque et ADRUH, et opéra manuitm hominum.

Totos sepiem libros quos diximus sic interpretantdr ut eos pervertant, veràaque detorqueanla recuîsententiâ, et suis accommodent jopinionibus. Et quidquid in ilUs adversus peccatores et impios idolotatras dictum est, id contra nos digtuh asserurt ; quidquid autem de amids Dei , itl ad se tradunt , confidenterque ELECTos ET JOSTOS, ET BJiREDES Dei SUOS esse coutendunt. (En frères ^Ueredum,)

IpseJoanncs habebat veslimentum suumdcpUis camclorum cl zonam ptUiceam circa lumbos suos ; et cibus ejus erant locustœ et mel sylvestre, Cameli pilos mosaicœ legis dieunt esse prœcepta, quœ ipsa quoque, ut camelus^ impura sit. Zonam vcro pcUiceam tacrum evangclium interpretantur^ quod ovium pellibus inscriptwn est.

sion ; celle-ci opère invisiblement, (piieto paré, sur celles qui b sni* vent, comme le Grand-Orient sur les grades socoessife ; les autres se meuitDt plus ou moins visiblement, selon le degré de transmission, de même que les Maçons, dont l'action est soumis^ à un mystère moins rigoureux à mesure que le grade est moins élevé. Or, ces Amours, se groupant par rondes ou mieux par loges, se mettent tout à coup en branle, c'est-à-dire qu'ils commencent les travaux, selon l'expression technique. Le poète peut juger alors à la richesse de leurs bijoux, de leurs insignes ou décorations,* de la vélocité ou de la lenteur.que chacun d'eux doit apporter dans l'action propre à son grade, dalla sua nchezza ini si facean stimar veloci e lente. Croirez -vous bien qu'en paradis, les élus aient à se distinguer par la rapidité ou

BeatitudUies omne$ de BogomUi$ Christuni dixlsse contendunt. Se enim es$e panpaxs spiritUt et lugebc et esurire atquc snm^ jvsmiAMy et quœ sequuntw. Se vocof'i sal terrœ et hdndi lccem ; et quidqttid de Apostolis Chtistus dixit,

Rursumquc Mosaicœ tegis adhoftaliones locustcu -appellant ; met autem sifipaUrt vacant Evangelium.,. Precursorcm etHm esse médium^ aiunt, interanliquam tegem et novam et utriusque fuisse participcm.

Ncque pcr Uierosolimam, inquit Ev., juravcrfs, quoniam ctvttas est magni régis, HAGNDH REGEH dicunt fiuttc csse DiABOLUH (Satan Aleppe) ut mondi pbincipem. t licspintCi inquit Eo., volatilia cœli^ quodnon serunl nequc metunt^ et quœ sequuttlm'. VoLATiLiA coBLi MONACHOB APPELLANT, qui iti columnis dcgunt , et ntm inertm vitam traducant, tamen a Pâtre cœleste nutriunttir. (Rappelez-vous les Harpies.)

LILIA TERO CAMPI SE IPSOS VOCANT, quod ANIMA CANDORB PUBI SIKT, lirtUtibUS Qrnall

(Vous Terrf z ces flcurs-Ià Jouer leur rôle à la fin de la Comédie.)

Et acccdensy inquit Bv., uniis scriba dtxit ci : Magister, sequar te quoeumqueieris. Et dicit ci Jcsus : Vutpcs fovctts' habcnt et votucrcs cœli nidos ; Fitius autcm hominis non habct ubi caput reclinct. Vdlpes tntelligunt morachos, qui indomuncvUs angustiSy tanquam ifi laiebris inclusisunt. (Ce renard qui emporte le fond du diar de Béatrice au cli. xxiii du Pg. serait donc le inonachismc ? Ce qui nous mettrait sarU voie pour interpréter Tallégorie mise en œuvre dans notre vieux roman du Renard. Il faudrait alors y voir les alternatives de lutte et d'entente amicale dont le clergé et la noblesse féodale donnèrent si souvent le spectacle au moyen âge, et dans lesquelles, ami ou ennemi, maître Renard linissalt toujours par mettre à mal le féroce Isengrin, constamment dupe des bonnes malices de celui qu*il avait tour à tour pour ad versaireei poar allié.) VoiatHia cœli eos' existimant qui in columnis vitam dcgunt, ut ante diximuSf apud quos Christus omnino non habitet, cum illics presentia sdiit iicdigbl (Mai. Bibl. vet. PP. XIX, p.p. 220, 223, 22ft et suiv.)

Ces deux auteurs ecclésiastiques antérieurs à Dante, l'un d'an siècle et l'autre de pies de cinquante ans, se trouvent ainsi avoir commenté sa Comédie par anUdpatioo , et nous fournissent, à l'envi Pun de l'autre, de précieuses lumières pour l'interprétation de son langage symbolique ; aussi n'en avons-nous pas fini encore avec eux. Nous somines, on le voit, un eflronté plagiaire ; non-seulement nous avons volé Rosetti, comme rafinne le signor Atto Vanocci, en reproduisant son systèmCy au dire de M. Sébasden RNal {Biog, univ.f DIdot, art Dante), mais nous poussons l'audace jusqu'à piller saasrenionb d'anciens docteurs, de RR. PP. inquisiteurs et même de doctes historiens modenKs, comme UM. Schmidt et Matter. Ces derniers du moins ne nous en voadroot pis de leur avoir voléfune découverte qui, certes, ne leur eût pas échappé si lear attention se fût portée sur la Divine Comédie^ Par malheur il n'en est pas de m6me de ceoxqvi, censés l'avoir éiudiée, ont prononcé à son sujet de si étranges jugements, et se sont bH ainsi une célébrité quelconque. Ohl ceux-là nous garderont longtemps rancune; mais soycx tranquilles, ils ne souffleront mot; bien plus, ils feront faire silence auioar.dtui. £ftt*ce qu'il faut ébruiter de pareils scandales? Fi doncl Est-ce qa'ils étadieat hirgtH?

la lenteur de leur danso, dont témoigaerait la ptiu oa moins de richesse de leur costome officiel ?

Elle tourna iroiifois autour de Béairice, etc.

5. D*ane de ces rondes ou Ic^es, que le poète avait remarquée à raison de sa beanré supérieure, ch* io notai di pià beUezza (il n*a garde de nous dire qu'elle tournât plus rapide, car alors toute sa comparaison serait à néant ^t adieu Thorloge maçonnique) il voit sortir un feu, fvoco^ plus rayonnant que tous les autres du bonheur des élus, pxii chiarezza^ et dont le nom nous sera bientôt révélé. Ce bieiilicureux feu vient à Béatrice et tourne trois fois autour d'elle, en chantant ses louanges sans doute ; mais son chant est trop divin* divoy on trop compromettant, pour qu'il lui prenne fantaisie de le rc dire, la mia fantazia nol mi ridice. £n conséquence, la plume fait comme le poème consacré à l'exaltation de l'albigéisme, sagraio ;;oema; lorsqu'il y a trop grand péril en la demeure, il lui faut sauter anssi, saUa la penna. Mais qu'importe? si le poète n'ose faire bénir par paroles sa foi Béatrice au nouveau personnage, il la lui fait bénir en action, et il va même trouver le moyen de la lui faire couronner par représentation.

..,• Que pour les retracer La bouche ose parler, la couleur est trop vive.

6. La couleur serait trop vive, vous l'entendez, s'il exprimait ce qu'il pense. Les plis de cette draperie qui Jui sert à voiler son Isis, cotai pieghe, venant à s'effacer entièrement, et les teintes sombres servant seules à accuser les plis, l'étoffe deviendrait tout à fait transparente; alors adieu toute illusion. Quelle orthodoxie que celle sur laquelle if faut accumuler cotai pieghe, équivalant à tanta sottilitade, pour rottimo, qui nous explique comment, si la couleur des plisava/^osse in chiaritàde la veste, non farebbe pieghe anzifarebbe délia vesta pîega e di se superficie, ce qui serait, ajoute-t-il, contre l'inleutiou du peintre !

O sainte saur, dé qui Vardente piété, elc,

7. C'est un frère en religion, un frate^ qui s'adresse à Béatrice, et aCn que cela soit bien compris, il lui donne le nom de siiora affecté aux religieuses f ). Aussi est-ce l'ardent amour, Vardente

(*) ■ Les Parfaits et Parfaiteê se donnaieot enu« eux les noms de frère et de unur^

la

affetto, manifesté dans sa dévote prière, qui l'a déterminé à sortir de ]a belle ronde dans laquelle il figurait, comme Vénérable sans doute, pour venir lui parler.

•...Etemelle Splendeur Du grand Apôtre auquel laissa Notre- Seigneur, ete.

8. Ce Vénérable est donc saint Pierre en personne, le grand claviger céleste, c*est lui qui vient de rendre hommage à Béatrice, eu tournant trois fois autour d'elle; proclamaut ainsi la sainteté, la pureté de cette foi personnifiée, de cette philosophie multiple, de celte ihéologie parfaite dont l'essence est restée si longtemps un mystère (*).

Daigne questionner à ton gré sur la foi, ete,

9. Les Vaudois et Cathares étaient hérétiques sans doute, quoique

{Arch, de Vinq. de Carcass,^ 1243, Doat., zxiv, r> 19 et sutv.) Schmidt, il, 90. ■ Tantôt les Parfaites habitaient seules, tantôt plusieurs d'entre elles vivaient ensemble dan&des maisons coniniunes (ainsi Piccarde, ch. iii), s*occupaut de travaux manuels, ou de réducation de jeunes filles, ou bien aussi du soin des malades et des pauvres. Elles avaient aussi le pouvoir d'administrer le eonsolamentum en des cas extrêmes. On reUcbaii quelquefois pour elles la i-ègle austère qu'elles avaient dû s'imposer, et ponrru qu'elles ^'engageassent à recevoir de nouveau le consolement avant leur mort, on leor permettait de rentrer dans le monde. ■ {Id,, ibid.) Ainsi Piccarde n'eut pas d'autres dispenses à obtenir et en Tut quitte pour cet engagement; comme la parfaite Adélaïde, femocdu rhcvalier Alzieu de Massabrac {Arch. de t*inq. deCarcass,, 124S, Doat. XJLVf, f*2tS et suiv.)

« 11 est remarquable, dit Sdmiidt. i, 196, que dans les provinces ob fleurissait la Gaie science des troubadours, et où le service des dames était une des principales veitus chevaleresques, on voyait très-souvent les femmes renoncer au monde pour se vouer au dur ascétisme de la perfection cathare. » {Arch. de l*inq, de Carcass., xxit, 241.) La chose est remarquable en effet, mais n'a rien de surprenant, la Gaie science de l'Amour, opposée à la triste religion de haine étant tout autre chose qu'une doctrine litténire, comme on l'a cru Jusqu'ici, et se proposant pour but de faire briller aux regards des croyants la lumière de la religion de vérité, destinée précisément à les conduire au salut en faisant d'eux des Parfaits. C'est ainsi que la chevalerie, d'origine toute sectaire, a pa se greffer à force de patiente habileté sur la société catholique. Rien de plus évident désormais. On n'en continuera pas moins de débiter sur la chevalerie, cette pépinière de Parfaits, les plus doctes billevesées, et les couronnes académiques de pleuvoir sur messieurs tels et tels foisant preuve de mémoire et de discipline imiversitaire pour avoirs bien retenu les leçons de messieurs tels et tels.

(*) « En Jetant un coupd'ôeil sur l'ensemble du système cathare, on reconnaît qu'il veut être k la fois une philosophie et une religion, une métaphysique et un cuUc, une doctrine pour l'intelligence et un guide pour la vie. » (Schmtdt, Uist. des CûtH., II, 167.) 11 est impossible de mieux résumer les divers caractères de la Béatrice daoïesque. ■ Considéré au point de vue philosophique, le Catharisme est le résulut d'une spéculation imparfaite sur les rapports entre Dieu et le monde, entre le bien et le mal. Du& cette spéculation, basée sur un fond éminemment païen, rien n'est abstrait, tout y prend immédiatement une forme sensible, et l'imagination de ses partisans, plus puissante qw leur raison, l'a enrichie de personnifications et de fables qui donnent à plusieuis de ^ l>arties tous les caractères d'une véritable mythologie, etc. • [fbid.) Il y a beancoup^ie vrai dans cette appréciation quoiqu'on puisse y signaler quelques erreurs dans les partie» que nous supprimons pour abréger. Nous la recommandons à M. Fc. Morin.

chrétiens, les Templiers aussi à notre avis, comme peut-être aussi les Maçons de nos jours, quoique beaucoup d'entre eux fort innocemment et sans le savoir. Issus des gnostiques» qui prétendaient remonter aux apôtres, et avoir recueilli d*eux, par une tradition non interrom-ï pue, la véritable doctrine du Sauveur, ils devaient avoir saint Pierre et les auures disciples de Jésus-Christ en non moins grande vénération que les catholiques. Â leurs yeux, saint Pierre avait fondé PÉglise romaine, dégénérée, pervertie par ses successeurs, etc'estbien comme premier apôtre du Sauveur, comme institué par lui chef de son Église, que le fait intervenir Dante, chrétien sincère, ainsi que le proclamait M. de Lamennais, sans se douter qu'il le fût jusqu'à la perfection. C'est comme tel que Béatrice s'adresse à lui, afin qu'il ait à s'assurer que son fidèle est bien réellement un fils de la primitive f'glisc, si différente de celle des Papes.' Un examen approfondi, complet sur le dogme, n'aurait pas tardé à révéler la dissidence, aussi l'adroite Béatrice, qui tient h conserver pour elle-même et pour son protégé le dégaisement catholique, entend-elle ne faire porter l'épreuve que ser les points où les deux églises rivales sont à peu près d'accord. Elle invite donc saint Pierre à interroger Dante sur la foi, la première des 0 trois colonnes sur lesquelles s'appuie le Temple, » en lui disant qu'il n'ignore pas à quel point le récipiendaire, aime, es- ))('rc et croit, puisqu'il le voit en Dieu, dans le triangle lumineux contenant Fiod hébreu, comme aussi dans les peintures symboliques si transparentes dont il a orné son Paradis^ à l'instar de la loge des Rose-Croix ; H visa hai quivi dove ogni cosa dipinta si vede^ tes regards se portent sur tout ce qu'on voit peint ici, ce qui t'en apprend assez. Il n'y a pas là d'idolâtrie, car ce sont des symboles que nul n'est tenté d'adorer.

Mais la foi véritahle, au royauine céleste, Faisant les citoyenSf etc.

10. La foi étant une des trois conditions nécessaires pour être admis dans le Temple, comme citoyen de la nouvelle Jérusalem , il est bon que le récipiendaire s'explique à ce sujet.

Ainsi que d'arguments s*arme h hacheliert etc.

il. Dante n'aurait pas eu à s'armer de pied en cap pour faire sa

, profession de foi et se trouver prêt à ré])ondre à un tel examinateur,

a lai quererae, s'il n'avait eu à redouter de donner prise par ses ré •

ponses aax soupçons dont il éuit l'objet Ce fut même, sans doute, afin de couper court aux accusations dirigées contre lui, qu'il imagina ce magnlGque épisode, dans lequel il put parier tout à la fois le langage de rÉglise romaine et celui du Temple. En veut-on la preu?e écrite, la preuve contemporaine ? La voici , dans le texte original de l'Otlimo : È da sapere cke quello che masse i*Autore a volere trattare qtd de* punti délia fede christiana cosi in singularitade , si fu la inoidxa ii MOLTI MORDITORI, iqualinon intendendo iostile, nel modcdelsuo parlare poetico,in ALGDNA PAnTE li le opponeano a resia. Ce fat Ë certes u n coup de maître de sa part etquidutbien attraper les méchantes gens qui, ne comprenant pas les ressources de son style poétique, l'avaient accusé d'hérésie en certains points, autant par envie que par ignorance. A notre avis, pourtant, ces méchantes gens^là ne laissaient pas que d'avoir d'assez bons yeux, ou peut-être, comme le p. Hirdouin, signalant dans la Comédie, l'œuvre d'un disciple de WiclelT, ne faisaient-ils que flairer l'hérésie dans cette œuvre admirée et la damnaient-ils d'instinct. Mais leur tort réel était de lancer contre le poète une accusation alors capitale, ce qui est toujours une mauvaise action. Noos ne nous arrêterons pas à ces expressions de Baccellier et de Maestro, équivalant si bien aux dénominations de récipiendaire ou de candidat et à celle de maître, dans les réceptions maçonniques; nous avons hâte de jeter un coup d'œil sur le lieu de la scène.

« Le ciel étoile, où nous nous trouvons, peut être comparé, écrit Dante, à la physique, pour trais propriétés, et à la métaphysique, pour trois autres ; à la physique, 1"* par les choses visibles qu'il nous montre dans les étoiles et dans Galaxie, appelée le chemin de Saint- Jacques ; 2° pour le pôle qu'il nous laisse apercevoir en tenant l'autre caché, Caltro citieneascoso; 3° pour son mouvement visible rf'OnVm en Occident, tandis que le mouvement en sens contraire est imperceptible. De plus, les sages d'Egypte ont signalé mille vingt-deux corps d'étoiles, ce qui constitue une très-grande ressemblance avec la physique, si l'on y regarde subtilement; car le deux exprime le mouvement local, qui se fait de nécessité, le vingt, le mouveineiU d'altération ou de changement, le mille, le mouvement de progrès, del crescere, et la physique ne montre que ces trois mouveinenis, questitre motisoli mastra la fisica. Ce ciel a, de même, une grande ressemblance avec la métaphysique, 1" à cause de Galaxie, blancheur résultant d'une multitude d'étoiles que nous ne pouvons discerner, et dont nous n'avons conscience que par leur effet, de mêioe que nous n'acquérons l'intelligence des substances premières dont traite

la métaphysiqne» qae par leurs effets ; S"" à raison du pôle que nous ne voyons pas, et qai signifie les choses immatérielles dont traite la m^!taphysique ; 3** enfin son mouTemcnt presque insensible d'Occi-* dent en Orient, à raison d*an degré en cent ans, lui fait signifier les choses incorruptibles CRÉÉES en premier pah Dibd et dont traite la métaphysique. » {Conv. n, 15.)

Afin de jeter quelque lumière sur ce commentaire si ténébreux du poème, et sur des rapprochements si laborieusement amenés, nous commencerons par faire remarquer que tout y procède par trois, racine de neuf, ce nombre si cher à Béatrice-Trinité (voy, la Vita nuova), et que dans ce ciel étoile, qui comporte à la fois les choses visibles et celles qui ne le sont pas, le blanc et le noir, le pôle apparent et le pôle caché, les trois mouvements, loCal, d'altération et de progrès, ce dernier essentiellement visible, et procédant d*Orient en Occident, les personnages visiblement mis en scène, vont figurer de même, au nombre de trois, et symboliser la foi, Tespérance et la charité, ces trois mouvements invisibles de Tâme, attendu qu'il est dit dans la deuxième épître aux Galates : Jacobus et Cephas et Joannes qui videbantttr columnœ esse,

Ourrons maintenant les livres et les cahiers maçonniques des héritiers du Temple. Nous lisons d'abord (p. 133 du Tuileur de YiU lianme) : * Dans le rite écossais, on ne connaissait anciennement que le grade de chevalier Rose-Croix de Kilwinning et d'Hérédom (lisez Heredum). » Voici maintenant la décoration de la loge de réception : « Premier appartement, trente-trois (deux. 3) lumières de cire jaune par trois groupes de onze; à l'est, an sud et au nord, trois colonnes sar lesquelles est inscrit foi, espérance, charité; au fond de la salle, tonte tendue de noir, trois oroix, celle du milieu portant au centre la rose mystique cnionrée d'une couronne d'épines. » — Dans Light on Masonry, p. 223, la décoration est la même : sur un calvaire, {roû grandes croix; an bas du calvaire, un tombeau; trente-trois bougies dans trois chandeliers à onze branches chacun. Trois colonnes de six pieds de haut (deux fois 3), dont le chapiteau porte, en grandes lettres d'or, foi, espérance, charité. Le récipiendaire (p. 220) doit se procurer trois paires de gants, dont une de femme, et deux bâtons de cire fine, for the seals (pour sceller les traités d'alliance); il doit, en outre, présenter à chacun des frères une paire de gants d'homme et une de femme, avec deux bâtons de cire à cacheter. Ceux-ci doivent porter, sur leurs habits blancs, une chasuble de satin blanc bordée d'un large ruban noir avec une croix

roogo, faite comme ta chasuble qu'un prêtre catholique porte sur Taubc, en célébrant la messe, as the chasuble of a catholic pricsi, p. 223.

Le deuxième appartement doit oiïrir, à son extrémité orientale, un transparent représentant la résurrection de J.-C, Sauveur da genre humain, surmonté d'un triangle brillant entouré d'une gloire. I^ troisième appartement doit représenter, en tableaux peints sur des transparents, toutes les horreurs attachées à Cidée de V Enfer. Avant l'ouverture des travaux, deux surveillants, warden,\Q\ï\, s'assurer que le chapitre est bien couvert, ce qu'ils font en demandant à la rondei m rotation (aussi que de rotations, giri, de toutes nos Ardeurs), le signe, l'attouchement et le mot. Cela fait, le Grand-Maître demande : «Quelle heure est-il? — Celle où le voile du Temple fut déchiré (les Templiers trahis), où les ténèbres et la consternation couvrirent la terre, où les étoiles disparurent et le flambeau du jour s'obscurcit; où les outils de la Maçonnerie furent perdus et 6ù la pierre cubique sua l'eau et le sang. Celle enfin où le grand mot maçonnique fut perdu. »

Le souverain chapitre est ouvert alors pour se livrera de nomeaux travaux, dans le but de retrouver le mot perdu, de hâter la propagation de l'Ordre et de procurer LA perfection à un chevalier d'Orient (afin d'en faire un Parfait, un Cathare). Lorsqu'une fois le récipiendaire a satisfait aux conditions requises, il est mis dans la .salle de réflexion, puis, le maître des cérémonies l'ayant décoré (tes insignes dudemier grade qu'il a obtenu, il lui dit : « Tous les Tëh- PLES sont démolis ; nos outils détruits avec nos colonnes, le mot sacré est perdu, malgré toutes nos précautions, TOrdre en général est dans la plus grande consternation. Voulez-vous nous aider à retrouver le mot? — Très-volontiers. — Suivez-moi. »

En arrivant à la porte du chapitre, le f. * . surveillant demande : Que voulez-vous? — C'est un frère chevalier d'Orient et d'Occident qui, errant dans les bois et les monts, a perdu le mot, à la destruction do SECOND Temple, et sollicite humblement votre aide pour le recouvrer. La |x>rte s'ouvre, le candidat trouve tous les frères dé^és et le Grand- Maître lui dit : Mon frère, la confusion s'est mise dans nos travaux, il n'est plus en notre pouvoir de les continuer; vous devez apercevoirt à nos regards et à notre consternation, que |ji confusion règne sur la terre, (Babel, la confusion des langues. Yoy. De vulg. eloq, p. 387 des Rével.) Suc la déclaration du candidat, qu*il est prêt à contribuer de tout son pouvoir h retrouver le mot {Verbum, h parole vériiabie,

CHANT XXIV. liai

(ransroisc par la tradition gnostiquc), il est admis, à la condition de trarailler trente-trois ans, pour apprendre les beautés de la loi nouvelle (de la Vie nouTelle). Chaque fois qu'on le fait passer devant les trois colonnes, il répète les mots Foi, Espérance, Chainte, qui y sont tracés. Ou lui demande ensuite: «Qu'avez- tous appris dans Totre voyage? — J'ai appris rrow vertus, pour me guider à l'avenir. Foi, KsPÊBANGE, Charité; en est-il d'autres?— Non, elles sont le piincipe et les colonnes de notre nouveau mystère, — Engagez-vous ik ne jamais vous départir de cette foi, » Lorsque le récipiendaire a prêté serment et reçu le costume et le bijou du grade (nous aurons bientôt à le décriré), les frères se lèvent en faisant le signe du bon pasteur, (Le Manuel de Yilliaume nous apprend, pp. 133 et sliiv. , qu'il consbte à se donner réciproquement le baiser fraternel, osculum fratermtatis, comme nous l'avons vu ch. xxvi du Purg.) On lui déclare alors que le mot est perdu, the true word, et que, pour le retrouver, il faut avoir au cœur la foi, Vespéi-ance et la charité. Il doit donc se mettre en quête du mot perdu, et, pour cela, on le dépouille de sa chasuble et de ses ornements, qui sont remplacés par des habits noirs sonillés de cendre et de poussière, en signe d'humiliation (aussi combien d'humilité chez la Béatrice de la Vie nouvelle!). On le fait passer dans le troisième appartement, dont il a à faire trois fois le tour, et où on lui montre la représentation des tourments des damnés , showing him the representaiion of the torments of the darnned (rappelez-vous, au xxx** ch. du Purgatoire, ces mots de Béatrice : Tutti argomenti alla salute sua eran già corti, fuor che mostrarli le perdute genti, etc.). Après ce voyage en Enfer, le Vénérable donne ordre de l'introduire à l'orient du chapitre et lui fait subir cet interrogatoire : D'où venez-vous? — De Judée. — Par où êtes-vous passé? — Par Nazareth. —Qui vous a conduit?— Raphaël. . —De quelle tribu êtes-vous? — De Juda. — Prenez les initiales de ces mots LN.R.I. — Mes frères, s'écrie le Grand-Maître, le met est recouvré, donnez-lui la lumière, et on lui enlève son bandeau. Le nouveau Rose-Croix donne alors le mot de passe, qui est Emmanuel (nom sous lequel la prophétie désigna le Messie et auquel on répond pax vobis, comme Dante répondant pace). On lui demande où il a été reçu chevalier et prince de la Rose-Croix, il répond : Dans un chapitre où régnaient la décence et V humilité (chez les Parfaits, assistant au consolement, cumreverentia ma^na^ Ecbert 911). Qu'avezvons vu en y entrant? — Mon âme fut en extase à la vue de nos ineffables mystères et du silence qui régnait dans la loge (voilà

pourquoi si taee in questa ruota La dolce sinfania di Paradiso, xxi). — Que s*est-il fait après? — On in*a fait travailler trente-trois ans (âge du Sauveur lors de sa passion). — Qu*avez-vous appris dans vos voyages? — Le nom des trois colonnes qui soutiennent notre édifice, et que ce sont les trois grandes vertus qui sont le fondement de ce grade, etc.

Le Grand-Mattre' demande : Quelle heure est-ii?— Celle où le mot a été recouvré, où la pierre cubique s'est changée en Rose mystique (Étonnez-vous, après cela, que celui à qui le Christ a dit : Ta es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, devienne, sons la baguette maçonnique du poète, un chevalier Rose-Croix), où rÊTOiLE PLAMBOYANTE*apparut dans toute sa splendeur, où nos autels reprirent leur forme ordinaire, où la véritable lumière dissipa les ténèbies, où la loi nouvelle devint visible dans toutes nos œuvres, etc. Le Grand- Maître se lève ensuite et donne le baiser à tous les chevaliers en leur disant paix profonde, et ils lui répondent paix. Puis, lorsqu'il les a congédiés en leur disant : Allons en paix, mes frères, prendre la réfection que réclament nos travaux, les princes Rose-Croix mettent leurs souliers en pantoufles, wear their shoes in the form of êlippers (*).

« Le BANQUET, la seule cérémonie de table en usage dans les chapitres de Rose-Croix, est d*une nécessité indispensable, attendu qu'il est la commémoration du repas que notre Sauveur donna dam Emmans lorsqu'il se fit connaître à ses disciples, après sa résurrection. (Ce banquet étant de nécessité absolue, Dante pouvait-ii se dispenser de donner son Convito?) Le très-sage couvre la table d'une nappe blanche et met dessus un morceau de pain blanc, au centre d*nn triangle formé de trois chandeliers, portant des bougies alloinées. Il prend des baguettes de six pieds (figure du bourdon des Âp6tres), et les présente au candidat qui en remet une â chaque chevalier, puis tous prennent place autour de la table, la tète découverte, à l'exception du Maître, qui met son chapeau après la prière Celle prière prononcée il rompt le pain (ce piain des Anges dont Béatrice apUicite les miettes pour sou fidèle, o sodalizio eletto alla gran cena del benedetto agnello), en prend un morceau et passe le reste à sa

(*) A l'imitation des apôtres qui aUalent pieds nos, sealzi, et des insabàatati, m» donné aux Vaudois, dit Bossuct, « à cause de certains souliers d'ime forme pirticotiire qu'Us coupaient par-dessus, pour faire paraître les pieds nus ; et ils aflTectaicnt cet» diaossure pour marque de leur pauvreté apostolique. {HUt. de» Far,^ p. 541.)

droite. Quand tous sont pourvus, chacun mange le sien (*). Enfin le dernier chevalier admis apporte un gobelet de vin qu'il dépose au milieu de la table. Le Maître le prend et lorsqu'il a fait le signe de Rose-Croix, il en boit une gorgée, et le passe de même h la ronde, jusqu'à ce qu'il lui soit revenu. Mettant alors un genou en terre avec tous les chevaliers, il jette dans le feu ce qui est resté du vin, pois tous se lèvent, le Maître donne à chacun le baiser, en disant : Lapaix soit avec vous, et tous se retirent après avoir relevé les quartiers de leurs souliers. (Voy. Ligth on Masonry, pp. 220 et suiv. jusqu'à 231.) Dans certaines loges, le Maître allume un petit papier sur lequel est tracé INRI, le met dans la coupe vide où il est consumé, puis après avoir fait le signe, il s'écrie : Consummatum est. (Ibid. p. 322.)

Telle est, résumée autantque possible, quoique bien longue encore, lacérémonie de réception d'un chevalier Rose-Croix. Nous connaissons donc maintenant dans son essence ce qui constitue la métaphysique du huitième ciel, de ce ciel étoile qui suggéra à Dante tant de bizarres rapprochements, hérissés de toute l'érudition propre à en obscurcir la signification. Voilà ce qui était invisible au xiy'' siècle ; voilà le pôle caché aux profanes, et sur lequel tant de nuages avaient été accumulés, qu'il nous a fallu y regarde?* subtilement, selon le conseil du docte théologien albigeois, pour parvenir à le découvrir. Une fois ses mystères percés à jour, il nous sera plus facile de nous reconnaître dans ce que ce ciel comporte de visible, en suivant le poêle dans les trois chants qu'il lui a consacrés, fidèle qu'il a toujours été au nombre trois, comme à sa dame et à sa religion d'Amour. Passons donc maintenant à la physique, au pôle apparent et aux choses qu'il a bien voulu nous rendre visibles à l'aide des trois personnages auxquels il va donner la parole.

(*) t De même qae les CaUiares faisaient correspondre le Consotamentum au l)api£ine des catholiques, ils avaient un usage qui dcrait rappeler la sainte Cène et qu'ils appelaient la bénédiction ou la fraction du pain. Cet usage se pratiquait à chaque repas auquel assistaient des Parfaits. Des morceaux de pain, béni par le plus ancien d'entre eux & défaut d*ttn ministre, étaient alors distribués & tous les assistants, qui l'appelaient le fMùt de Dieu ou Te pain de la sainte oraison' Là oii les Parfaits pouvaient visiter souvent les fidèles, ils leur Isénissaicnt du pain en assez grande quantité pour qu'ils pussent en manger tous les jours. Dans les temps de persécution, cet usage dut se modifier; on ne mangeait alors du pain bénit qu'aux occasions solennelles, surtout aux fâtes de Noël ut de Piques. Des messagers fidèles le portaient dans les villes et dans les villagt's aux croyants et ceux-ci le conservaient religieusement dans des cassettes pendant des années cnUèrcs. » [Lib. sent. Inq. ToL 29, 3a, 112. Eymericus, 27ft. Arch. de Vinq. de Carc. Ooat, xxm, f 204b.) Schmidt. ii, 130.

Cest ainsi que pour Dante le pa</i de Dieu était devenu le pain des Anges,

Fais-toi ccvnaUre ànovs pour un Chrélien'fidhle^ etc.

12. Tous ceux qui confessent le Christ ont la préleniîon d*ôtredo bons chrétiens, à quelque secte qu*iis appartiennent, la question tic saint Pierre laisse donc à Dante une latitude complète. Il l'aurait bien autrement embarrassé s'il l'eût posée ainsi : Fais-tni connaître pour catholique romain. Sachez donc que les Parfaits se donnaient entre eux ce titre de bons chrétiens équivalant à bonshotnmes ; ainsi pour demander la bénédiction, à la fin du service religieux, les croyants disaient : « Bons chrétiens , recommandez-nous à Dieu, priezle qu'il nous accorde une bonne fin et qu'il nous don ne de ses grâces." (Arch. de l'inq. de Toulouse, 273, Doat xxv, fol. 117-19; Uberscnl. inq. Toi. 29.) Lors donc que saint Pierre appelle Dante buon christiano, il le signale aux siens comme Parfait ou ministre de la foi évangélique (*).

Ayant tourné les yeux, je vis un signe prompt, etc.

13. Cette fui doctrinale, à laquelle il a recours pour répondre à l'interrogation, a en elle trop d'habileté pour ne pas l'engager à déployer tout ce qu'il a de science en théologie, aqua dell* intcmo fonte, afin de donner le change aux malveillants, morditori de l'Oitimo.

Fasse la Grâce, qui me vaut cet avantage, etc.

16. (i'est aux mœ^dùori que Dante dut en réalité la grâce qu'il se procura d'être examiné sur la fui par le premier chef de T Église ; mais s'il avait à cœur d'exprimer des pensées en harmonie avec le dogme catholique, faccia li viiei concetti esser espressi, c'était à la condition de réserver par devers lui celles qui pourraient s'en écarter essentiellement.

La foi de ce qu'attend V espoir est lasuhstaneet etc.

15. Rien de plus habile et de plus orthodoxe tout cnsembleqoede répondre à cette demande du saint Piimipile, qu'est-ce que la foi?

(*) «Quand on avait reçu le Consolamcnlum, on était considéiiî comme ParftiU, ixm» par lequel la secte dé>i^iiail ceux qui avaient ix'çu Timposition des mains. Potirct'Ur laisfNi, indépendamment du nom de Catlmrcs ou Purs, on les appelait 8tl^M ft< Amis de Mcu, les Bonstumimcs^ les Bons chrKtiemk ■ (.Vlausif xxil, 157, P<'tr. \*^ (lem. 55G; Add. à Rein, ap, Ciioiser, SI. Acl. fnqms, souvent; Ùb. sent. Inq. Tid. 23, 103, ISl ; (i. de Puy-1 aurais, 6GS.) Sclimidi, ii, 91.

par la définition textuelle de sou bicn-ainié frère saint Paal, dont les Albigeois ne récusaient pas plus Tautorité que celle des autres apôtres : Est fides sperandai^m subslantia reinm, argumenlum non apparentiuin (Hcb., XI, i), la divergence ne commençant entre les orthodoxes et les hérétiques qu*à Tinterprélatioii de certaines parties (les évangiles; les derniers soutenant que Rome s'était singulièrement écartée du Imon filo dans lequel l'avaient mis saint Pierre et saint Paul.

Sit toutefois t tu sais en même temps comprendre, etc.

16. Saint Pierre qui doit se douter du stratagème, puisqu'il voit tout eu Dieu, ce qui pourrait même le dispenser de pousser plus loin l'examen, veut naturellement savoir si le candidat a la saine intelligence du texte cité.

Je répondis : — Ici tout ce que mon œil sonde De mystères profonds, d'arcanes éternels, etc,

17. Les choses mystérieuses qui m'apparaissent ici, dans ce ciel (les Rose-Croix, sont profondément cachées aux profanes, comme l'altropolo che tiene oscoio; n'existant que dans la seulecroyance albigeoise, sor laquelle se fonde la plus haute espérance, elles y sont substantiellement, L'esser lor di sustanzia vi prende interna; c'est sur cette seule croyance albigeoise qu'il faut baser ses arguments, da (fuesta credenza ci comiene sillogizar, sans regarder du côté de l'Église catholique, senza alira vista. £t voilà comme l'esprit et la letu-e diffèrent constamment dans tous le cours du poème sacré. £i^yez donc de faire dire ainsi le pour et le contre dans le cours de quelques mille vers à tout autre écrivain, s'il n'appartient |)as à la même école.

Les sophistes confus auraient la bouche close.

18. Saint Pierre aurait bien le droit de ne pas se payer de pareille monnaie, mais celui que le poète évoque ici pense un peu comme lui au fond, et il approuve complètement une réponse conçue dans la forme scolastiqne la plus irréprochable, de façon à satisfaire à la fois et Rome et Toulouse. Les sophistes du catholicisme perdraient leur /adn^ s'écrie-t-il, en adoptant h son tour celui de Dante, il suo laiino, û tout cequ'enseigne la doctrine évangéliquc, dottrina, était compris

Gonitne tu le fais, c'est-à-dire en bou pauvre de Dieu, ou en Ixm chrétien, comme on appelait les croyants.

Maii, dis-moi f dans ta bourse est- elle jxuie aussi, etc.

19. Nous trompions-nous quand nous avancions que le saint Pierre qui s'exprimait ainsi, ne diiïérait guère au fond de manière de penser avec le poète? Dante n'en fait-il pas ici un amour embrasé, amore acceso, pour donner à entendre qu'en réalité il faut voir en lui le Primipile des fidèles d*Amour.

Or, le saint Pierre que nous disons affecte de douter que la réponse du fidèle Alighieri, irréprochable à Tanalyser et à la peser, lega e peso, soit précisément conforme en tout à sa manière de penser, et que la monnaie exposée ne diffère pas jusqu'à un certain point de celle qu'il garde en poche, nella sua boi'sa. Il est des gens qui se flattent d'attraper le bon Dieu, à plus forte raison les saints; mais le double sens que nous avons signalé ne pouvait échapper à la pénétration d'un Bienheureux.

.... Si nette et si ronde Que je n'ai sur son coin nul doute. Dieu merci,

20. Dante peut en toute conscience, au moyen d'une restriction mentale excluant le sens littéral, affirmer que sa réponse, cntendoc dans le sens qu'il a voulu lui donner, ne diffère en rien de ce qa'il pense, et que son esprit, où elle se formule nettement et complètement, lucîda e tonda, n'a aucun doute sur sa valeur, attendu qu'il a eu soin de la frapper au coin orthodoxe, nel suo conio nulla mis'inforsa, si bien que messire Néant, nuUa, en sera dupe.

.„nD*oùtevint Ce jcyau précieux, sur lequel, dans le monde, etc.

21. D'où provient pour toi cette foi précieuse, gioia (mot qui signifie aussi joie et par suite Gaie science), sur laquelle se fonde tonte vertu, attendu qu'elle est une des colonnes du Temple 1

....La large fluie où daigna V Esprit saint Se répandre sur Vune et sur Vautre écriture, elc,

22. Rien ne saurait égaler l'habileté de cette réponse : L'Église interdisait aux fidèles la lecture des livres saints et, auUnt qu'elle le put, elle en empêcha la traduction en tangue Yolgaire. Toutes les

CHAWT XXIV, 1127

Bibles en provençal forent recherchées et détruites après la croisade albigeoise. (En proclamant que la foi dérive pour lui des saintes Écri« inres, Dante indique suffisamment que leur connaissance est indis-' pensable pour croire et avoir la foi ; que l'abondante rosée de l'Esprit- Saiut ne saurait féconder que la raison éclairée par la lecture et par la méditation ; aussi voyons-nous que le candidat au grade de Rose* Croix est mis dans une chambre de réflexion tendue de noir, où il trouve une bible ouverte sur une petite table, avec une chandelle allumée avant pour support une tête de mort. {Light onMasonry^ 22A.) Nonscuiement donc le poète déclare ici avoir été dans la salle de réflexion et avoir fait son profit de la lecture de la bible, le vecchie e le nuove cuoje, mais que sa raison y a puisé des arguments si saisissants» que toutes les démonstrations faites chaque jour du haut des chaires catholiques lui ont paru hans valeur aucune, oUusa. Qu'on veuille (lune bien réfléchir qu'à cette époque le clergé catholique seul avait le droit de démonstration, que seul il pouvait expliquer le livre de vérité, et cela sous peine de mort pour les contrevenants.

.... Ces œuvres que n^eitt su La nature, en haiiant U fer iur ^on enclume, eie,

23. Les hérétiques admettaient un certain nombre de miracles, ceux de Jésus-Christ notamment, et encore en les interprétant souvent dans un sens symbolique; ils en rejetaient beaucoup parmi ceux qu'adoptait l'Église romaine. Le poète trouve ici moyeii de ne pas s'expliquer sur un sujet si délicat; il aiïecte d'admettre les miracles eo général, mais il a soin de tenir les exceptions en réserve ; bientôt même il va se montrer disposé à faire bon marché des miracles euxmêmes.

.... DiSt qui ^eut VoASurer due ces œuvres aient bien existé? etc.

24. Qui t'a prouvé que les œuvres mentionnées dans l'Écriture fusiient vraiment miraculeuses? reprend saint Pierre, qui pousse son homme au bouton. Personne n'en vient porter devant toi témoignage sous la foi du serment. Ces paroles de saint Paul ayant produit Teffet désiré, le rusé candidat emprunte le fameux argument de saint Augtistin dans sa Cité de Dieu, cfa. v, argument qui dans sa bouche revient à dire : Je fais assez peu compte des miracles en général ; celui dont je suis frappé, et qui ne sort pas de Tordre naturel, c'est t'éta-

1128 LE PAKADIS.

blisscment du chnsUaiiisine par les Apôtres, non |)as celui de TÉglise 4»tholique, telle qu*ellc est, ne confcÉl^ns pas; tous les autres ensemble ne valent pas à beaucoup près celui-là, queste* uno, celui-là seul, è tal che ylialiri non sono il centesmo.

CelU ^ui fut jadis une vigne opuletiie, etc.

25. Noos étions bien fondé à dire : Ne confondez pas le christianisme avec le catholicisme; le récipiendaire se bftte de constater la différence. L'un est une vigne fertile, l'autre n*est qu'une rance épineuse aux fruits acerbes, comme ceux du prunier sauvage, pruno. C'est pauvre et au sein des privations que saint Pierre planta la première, bien différent en cela de ceux qui l'ont fait si déplorablemeut dégénérer.

„.,Du Seigneur^ célébrons les louanges, etc.

26. Le Te Deum n'est-il pas admirablement place là ? La haote cour des chevaliers Rose-Croix, alta corte, est enchantée de la manière adroite dont le candidat s'est tiré d'un examen si scabreux, et surtout du dernier trait lancé contre l'Église catholique. Aussi entonne-t-elle tout d'une voix : « Te, Deum, Umdanus, te^Domiman, confitemw, tous les anges (de notre ciel , tous nos dignitaires, chérubins et séraphins) te proclament à l'envi, trou fois saint, Seigneur, Oiea Sabaoih (mot hébreu que Dante n'a pas oublié, ch. vu, 1) ; l'armée vêtue de blanc des martyrs, candidatus (revêtue de la chasuble blanche des Rose-Croix), chante tes louanges; tu as brisé ralguillon de la mort {de Madonna Pietà, cette mort des vivants) et ouvert aux croyants (aux Purs, aux Cathares) le royaume des deux. Tu es le juge attendu ; sauve ton peuple. Seigneur, et bénis tes héritiers (les héritiers du Temple, les chevaliers à'heredum) appelle-les dans ta gloireéternelleaveotessaints(tes Cathares, tesKadosh, tes Solitaires).» Combien de cantiques et de psaumes n'avons-nous pas déjà vus se reproduire avec un égal à-propos ?

Puis, cefrince d'en haut, qui, dai\s Sùn examem.

De branche en branche anait pris un essor stihlime, ele*

27. Après ce Te Deum significatif, le prince souverain des Rose- Croix, celui du moins qu'ils reconnaissent pour tel, aussi bien que rÉglise romaine, qui proclame saint Pierre son fondateur; quel baron, dont l'examen pourstiivi de point en point, di ramo in ramo, Favait

fait aiTJver au but qu'il désiiailatleiiidre, ultime fronde, c'est-à-dire à (ti'ccToir ]a Papauté par une Ifrofession de foi frelalée et à lui jeler l'injure à la face, saint Pierre reprend la parole pour continuer ce curieux examen.

:J^La grâce qui, dans un mystique hymen, Èpoutani ion esprit, en ce moment t*insfire^ etc.

28. Cette divine Béatrice, celte doctrine albigeoise personnifiée, est la grâce qui t*a conduit à ilnltiation, en devenant la dame de ton esprit, donna délia mente (voy. la Vtta nuova, p. 32 des RevéL ) ; c*est parce qu'elle illumine ton esprit, donnea avec lui (le domnejar des troubadours) et ne fait qu'un ainsi avec toi, que tu es mystique-

uient homme et femme, union symbolisée par la double paire de gants. Elle est donc la grâce qui t*a inspiré et fait parler comme il fallait pour ne pas encourir Vauto da /!?, la bocca faperse com' aprïr si dovea. Voyez-vous la grâce faire la belle, donneare, avec l'esprit de Dante, lui Caire la cour? Admirables commentateurs! 'Peut-être compreodra-t-on maintenant pourquoi saint Pierre approuve complètement ce que le bachelier, aussi retors qu'un inquisiteur, a jugé à propos d'émettre, cio che fuori emerse; sans parler de ce qu'il a gardé par devers lui. Il s'agit maintenant de savoir ce qu'il croit, qtiel che crédit et pourquoi il croit. Mais le théologien ne sera pas plus embarrassé |X)ur répondre que par le passé. Ah ! si un fils de saint Dominique avait eu à jouer le rôle de saint Pierre, qu'il l'aurait bien autrement pressé de questions ! (Voy. Modus examinandi fuoreticos, dans Bibl. vet. PP. tiDoctrina de modo procedendi contra hcBreticos^ chez Martenne, et D. Thés. nov. Anecd. v, etc.)

O Très^Sainl'Plrej Esprit à cette heure qui vois, ele.

29. O Saint-Père de la véritable église des saints, qui vois en esprit ce que tu crus dans ton enveloppe mortelle, toi dont la foi fut telle, qu^arrivé après saint Jean dans le sépulcre (le tombeau figure aussi dans les réceptions maçonniques), tu y entras avant lui {Ev. S. Jehan, xx), je saurai bien te donner satisfaction, et cela grâce h la forme, la forma del creder. La forme, non la substance, ainsi le mot est à noter, quand même il signifierait l'ordre successif, et les motifs de ma croyance. C'est qu'en effet pour le théologien Dante, tout cet examen n'est qu'une affaire de forme extérieure.

Je crois en un seul Dt«u, toui-jouissant, éiemeh eic,

30. Il n*est pas une secte chrétieoMqui n'acceptât ce credo,ÛAm lequel le tliéologien Albigeois se serait fait scrupule de ne pas donner place à l'amour.

.... Outre que mainte preuve, Métaphysique ou non ^ frappe mon sens mortelf etc

31. Dans le ciel étoile des Rose-Croix « comparable à la méiapliysique pour trois propriétés et à la physique pour autant, » Cofw, (voy. note 11 de ce ch.) ces preuves physiques et métaphysiques ne pouvaient faire défaut à pareille profession de foi ; mais Dutc ajoute, qu'il se fonde encore sur la vérité qui pleut du ciel par Moïse, les prophètes, les psaumes, les Évangiles, les épîtres et les Actes des Apôtres. Il semble donc que Dante aurait fait scission, en ce point du moins, avec les Parfaits^scs confrères, qui dans le concile de Lombers, en 1165, répondaient ckl'évêque de Lodève: «Nous n'admettoos ni la loi de Moïse, ni les |)rophètes, ni les psaumes, ni l'Ancien Tesrtament, ni les interprètes du Nouveau ; nous n'admettons que l'Évangile, sept épîtres, les Actes des Apôtres et l'Apocalypse. • (Ext. des Arch. de L'inquis, de Carcassonne, Bibl. imp. coilecL Doat u"" 21.) N'en croyez rien, et reportcz-yous aux nombreuses allusions faites dans tout le cours du poëme, tant à Moise, pour l'esclange d'Egypte, le passage de ia mer Rouge {voy, notamment En/l (i,p.9, 32, Par. A, 26, 26, 32), qu'aux prophètes Elle, Isaîe, Ezéchici, Daniel, qu'aux nombreux psaumes se succédant avec leur éloquente application dans tout le Purgatoire; enGn rappelez-vous toutes les citations des Évangiles, des épîtres et des Actes des Apôtres, vous comprendrez alors qu'il faut traduire avec nous : Ma croyance se fonde sur la vraie doctiine (l'eau vive) qui pleut ici, dans ce poème, piove quinci^ et que j'y fais pleuvoir aussi bien à l'aide de Moïse, des prophètes, des psaumes, rejetés par moi, que par l'Évangile, les épîtres, les Actes des Apôtres, auxquels j'ai foi, comme émanés de ceux que l'esprit d'amour, V ardente spii'io, féconda, fece almi\ dans le même sens que aima Ceres, Et pour qu'il n'y eût pas à se méprendre sur sa pensée, de même que les Maçons disent, il pleut^i^m signaler un péril imminent, il s'est servi du mot piove, afin d'indiquer aux siens que le danger qu'il bravait audacieusement, l'obligeait à user ainsi de feinte eu paraissant accepter ce qu'il réprouvait Où trouverez-vous en effet dans Moïse et les prophètes que Dieu meut le

€HAMT XXIV. 1131

ciel par Famonret parle désir? n'indiqaait-ilpas.par ces seuls mots, la source toute évangélique de sa foi, et n^exduait-il pas le dieu de Moi^ et de David, qui n'apparaît dans l'Ancien Testament que sous Faspect d'un maître jaloux et d'un juge redoutable? Il y avait au surplus dans la secte divergence au sujet de l'Ancien Testament, les uns le rejetant entièrement, comme les Parfaits de Loml)ers, les autres en admettant douze livres comme les Patérins de Lombardie. (Rimtiap. D. Martenne, v. 1769.)

Trois personnes, je croiSt en qui mon dme espère; etc, CeqyU dans V Evangile est mainte fois écrite En grava pour toujours la trace en mon esprit.

32. Le voici revenu à l'Évangile, qui a imprimé dans son esprit la croyance en trois personnes éternelles, d'essence à la fois une et triple, dont l'idée comporte également le pluriel et le singulier, sono e este. Sans nous arrêter à la bizarrerie de la déûnition, nous nous bornerons à renvoyer à V Histoire du gûosticisme de M. Matter ; on y verra que plus d'une secte guoslique aurait pu souscrire à cette déiiuitioo delà trinité. Comment se fait-il, pourrait-on se demander, que les enseignements de l'Église catholique^ les écrits des Pères, les conciles, celui de Nicée surtout, ne soient pas mentionnés par un si bon théologien, comme ayant contribué à déterminer sa croyance au sujet de la profonda condizion divirta, qu'il ne fait qu'effleurer et pour cause, ch' io tocco mo? Ah ! s'il s'en tait, il a pour cela d'ex < cellentes raisons, et la preuve, il prend la peine de la déduire nettement : La mente mi sigilla l'evangelica doctrina. C'est la doctrine évangélique qui a entraîné sa foi, c'est elle qui s'est imposée à son esprit, comme un sceau laissant son empreinte sur la cire molle, la doctrine évangélique entendez-vous bien, appelée de ce nom bien avant Luther, doctrine prêchée par ces excellents anges, princes souverains Rose-Croix, dont les adeptes doivent se munir symboliquement de deux bâtons de cire fine à cacheter, en témoignage de docilité et de silence. Les Yaudois du reste, au témoignage de Bossuet, auraient cru à la trinité et même à la transsubstantiation, ce en quoi ils auraient différé des Cathares Manichéens.

De là ma foi dérive et naquit dans mon âme, etc.

33. Tel est le principe de sa foi, telle est l'étincelle qui, jaillissant du foyer oriental, s'est déployée comme une flamme inextinguible,

1132 Li: PARADIS.

vivace, dans l*âmc du théologien du Temple, où elle scintille diWmais comme Tétoile flamboyante dans le ciel des Rose-Croix. Qu*on veuille doue bien se rappeler cette brillante étoile à sept pointes qui rayonne dans le Temple des Rose-Croix, brilliant star ofseven points, au centre de laquelle brille Yiod hébreu ou le G ; the flaming siar qui décore la poitrine du Maître, et dont] il annonce la réapparition au récipiendaire {vay. la note 11) ; vous la retrouverez dans tous les rituels maçonniques et le chevalier Tlschoudi lui a consacré an ouvrage qu'on pourra consulter. Voilà comment se déroulent successivement à nus yeux, dans Tordre exact des grades, conformité à noter, tous les ornements de la Maçonnerie, et encore ne soHimes-'nons pas au bout. Mais que voulez-vous? ce ne sont pas là des preuves, ce uc sont que des inductions, et le hasard peut avoir produit tout cela, comme une combinaison de lettres jetées au hasard aurait pu produire la Comédie elle-même.

Comme un maître apprenant ce quà peine il espère Embrasse, tout joyeux, le zélé serviteur, etc.

36. C'est le moment de se rappeler que le candidat Rose-Croix a voyagé comme Dante, en Enfer, qu*il passe par Nazareth, on par la chambre de réflexion, équivalant au Purgatoire, et qu'il arrive enfui dans le troisième appartement, resplendissant de lumières, comme un paradis, où Dieu rayonne dans Tétoile flamboyante. Or, une combinaison étrange, due encore au pur hasard, fait que Dante, dont les comparaisons sont toujours si éloquentes, vient précisémeut à cette heure nous dire ceci : De même que le Maître Rose-Croix, enchanté d'apprendre du récipiendaire, que le mot est retrocvê, lui donne le baiser fraternel, Vosculum fratei-nùatts, aussitôt qu'ils cessé de parler, Vabbracia per la novella, tosio cIC e* si tace, en le félicitant d'une si bonne nouvelle, gratulando (reportez-vous de gràco à la note 11), de même saint Pierre, cette lumière apostolique qui m'avait fait subir l'examen d'aspirant Ro&e-Croix,fut tellement charmé de l'habileté dont j'avais fait preuve, qu'il m'embrassa par trois fois en me bénissant, benedicendomi cantatido tre volte cinse m. O hasard I ce sont là de tes coups (*}.

(*) ■ Le sctil vrai baptémf , suivant les Cathares était le baptême ■ du saint Esprit it • de feu» dont parle rÉcriiure. Us administraient ce bapténic sans élément mai^'t*'» par la seule imposition des nuiins... Apr^s la profession de foi et les engageineob}wîN on rcmettaK au frère consolé, en souvenir de .*^on initiation, mi fil destin ou de fcaM,dunt il devait seceindie le corps etqu*on appelait symboiiquemcul M>n vUlcmeut, Avant <)> se séparer, le ministre donnait encore au nouveau Paifait le baisct' de paix, tts^^taht»-

Ccirétait pas assez pour Daiitc que Virgile, en le couronnant et en kmitrant au chant x&vii du Purgatoire, l'eût proclamé roi et pontife, grade que nous retrouvons dans la Maçonnerie. Il est en ciïet dans les rituels un dix-neuvième grade de FËcossisme, sous le titre (le Grand'Poniifc de la Jérusalem céleste; celui qui y est admis devient roi et pontife, dans une loge api)elée hcourdeSinai^oû l'on Yoit la Jérusalem céleste descendant du sein des nuages pour écraser, crus/i, les restes de Babylone et eu chasser le serpent à trois têtes, ikree headed serpent or kydra (rappelez-vous le triple Geryon et le OragoD du Pur^, xxxii.) Au centre de la cité sainte est un arbre poriaul douze espèces de fruits différents, pour indiquer où trouver les douceurs de la vie, to make understand where the sweets of life are to be found (Pg. xxil et xxxil) ; le Vénérable est appelé trois fois puissant {Light o.i Masonry^ ilx2, 238.) Or, nous ne doutons pas que la trois fois puissante Béatrice-Trinité n'ait rempli ce rôle sarla montagne du Purgatoire, où nous avons vu aussi, un bel arbre chargé de fruits; et qu'en venu de sa délégation, l'ami Jean de Virgilio n'ait lui-même couronné et miiré Dante, en le proclamant grandpontife de la Jérusalem céleste. Mais comme nous le disions, ce haut grade ne suffisait pas au théologien dissident; il nourrissait une plos haute ambition, celle de tenir du chef des Apôtres lui-même son (i(rc de Pasteur évangéiique, dont il était heureux et fier.

Cette fois, en effet, ce n'est pas seulement un grade que saint Pierre confère à Dante, c'est une mission apostolique, une charge sacrée, c'est le caractère sacerdotal; autrement pourquoi faire intervenir un si haut et si saint personnage ? Il ne lui impose pas les mains sans doute, ou du moins l'imposition n'est pas exprimée, par l'excellente raison que le poêle n'a pas donné de mains à ses Splendeurs ; Ci) fût-il même autrement, il avait cent aussi bonnes raisons pour ne pas commettre pareille imprudence ; mais il a suppléé à celte cérémonie autant qu'il était en lui, car on ne méconnaîtra pas qu'un baiser, ou un embrassement de saint Pierre, puisse valoir d'ordi-

sant deux fois sur la bouche, Bis in ore ex li'avcrso. » Ce qui Taisait trois Tuis. {Forma quaiiter. itœretl luercticant hœrcticos siios, ap. Mariennc;, et Dur. Th. nov. ancccL v ; Arch, de Vtnq. de Carc, xxii, f* 112b) Schmidi, ii»121 et suiv.) GVst ce même baiser que Francesca de iUiniiii a ccliaiigû avec Paul, ch. vde VEnfei\ comme aussi Arnautd, Daniel, Guido Guiiiicclli et les auircs Parfaits, au cli. xxvi du Pg.

Aruauld Daniel doiu te nom se reproduit ici, pourrait bien n'£tre autre que cet Arnauld dont parle révoque Luc de Toy (pp. 105, 169, 182, 183 <, ■ homme letlré, écrivain ifiraiigabic, débitant sous formes catholiques^ dus composiii jus oii il insinuait les pi incipes de son liéK'sie» et i|iii périt assassiné en Espagne, h IX'on, en 1216. ( f^oy. Scliniidr, 1,36».)

1134 LE PABàDIS.

nation. Or, ce D*estjpas pour une fois qu'il est embrassé par saint Pierre, c'est trois fois, tre volte cime me, comme le Parfait recerant le consolement; qnarid le très-sage Maître des Rose-€roix ne donne qu*une fois au récipiendaire le baiser fraternel. Je demanderai an plus incrédule s'il pense en conscience qu'il fût possible de faire plus sans être livré au bûcher et surtout, de plus dire en moins de mots. Aussi persistons-nous plus que jamais ù croire et 5 soutenir que Dante a voulu faire allusion ici à son ordination comme pasteur de l'église albigeoise, en indiquant qu'elle se rattachait bien plus directement au prince des Apôtres que le sacrement conféré journellement par les Papes et par les évêques à des hommes indignes dn saint ministère, contrairement aux recommandations de saint PaQl, Èp. à Titus, I, 7.

Hugues Foscolo disait il y a quelque vingt ans : « Dante voulait fonder une nouvelle école de religion. « Mais il mourut sans pouvoir en fournir d'autre preuve que son assertion, et d'ailleurs on voit qu'il ne s'agissait pas d'une école nouvelle. Rossetti le proclamait bon catholique, n'aspirant qu'à une réforme des abus de l'Kgiise romaine. Je soutiens moi et je crois aller le prouvant de plus en plos, que Dante ne voulait pas fonder une religion nouvelle, puisque cette religion, connue, selon les pays, sous le nom d'hérésie pauiicieone, vaudoise, albigeoise, cathare, etc., existait depuis longtemps, et que son origine, d'après des témoignages authentiques, remontait aux premiers âges du christianisme ; mais qu'il aspirait à la relever, et avec elle l'ordre du Temple, qui en était le foyer le plus actif; eofiD, que, membre de l'église proscrite et dispersée, il entreprit un apostolat périlleux, au succès duquel il consacra ses efforts^ ses veilles et son génie, avec la conviction d'accomplir ainsi le devoir d'un bon prOtre et d'un bon chrétien.,

mm m

. S*il arrive qu'un jour ce poè'me sacré,

OEuvre où mirent la main et le ciel et la terre, eic

i. Traduisez : Si cette Comédie, consacrée à exalter la sainte religion évangélique, poema sacro, dans lequel j'ai mis en tableaui le

ciel sectaire et la terre catholique, rude travail qui m^a fait maigrir dans les veilles et l'inquiétude, me vaut jamais de parvenir à mon but, à la ruine de la Papauté, Implacable ennemie à qui je dois ce long exil loin de Florence, le bercail où je dormis irréprochable connue l'agneau, n'ayant d'autres torts que ma haine contre ces loups romains, dont l'avidité s'acharne sur ceux qu'ils appellent leurs brebis (ici fOttimo renvoyé, pour savoir qui sont ces lupiy aux ch. vi et xiv du Purg,: on ne peut mieuxfaire que de suivre son avis), je rentrerai dans mes foyers le verbe haut et ferme, en délégué impérial, con A,LT,R~Â. voce^ avec les insignes de ma haute mission, con A.LT.R.O. veilo. J'y reviendrai en prophète inspiré, vaies^poeta, ayant prédit la ruine de la Prostituée, et je prendrai dans la loge de saint Jean, où je reçus jadis le baptême de l'initié, les insignes distinctifs de mon grade de Rose-Croix, cappella, chapeau, mitre ou couronne. Voilà quel était eu effet Te^ir du proscrit, et c'est ainsi qu'il ouvre le chant dans lequel il s'apprête à traiter de l'espérance, cette secqpde colonne du Temple maçonnique.

Car en mon sein la foi pénélra dans ce lieu. Cette foi par qui Vâme est agréable à Dieu, ete,

2. Oui, ce fut en effet dans celte loge de saint Jean qu'il fut initié aux Mystères du Temple, à la foi albigeoise, qui seule rend les âmes agréables à Dieu, che fa conte C anime a Dio. C'est pour cette foi que saint Pierre lui a donné le baiser fraternel, en lui imprimant le caractère sacerdotal, sxmigiro la fronte. On voitquelepoè'le fait ici ses efforts, en revenant sur son ordination, pour appeler l'attention vers son front, sanctiflé par cette imposition des mains dont il tremble de parler plus clairement

Mais hieniât s'avança vers nous une lumière, etc.

3. Le personnage lumineux que le poëte voit s'avancer vers lui appartient à la même ronde ou compagnie, schiera, <l'où saint Pierre est sorti, à celle des apôtres, et l'Ottimo nous prévient que le poète leur applique le mot primizia, prémice, pour indiquer ceux que Dieu institua ses premiers vicaires, à l'exclusion de leurs successeurs, ad eschiudeme U viziosi, rejetés de Dieu avec ignominie. Mais qui est-ce qui lit l'Ottimo ? il est bien plus commode de consulter le P. Lombardi, voire même M. Artaud.

1136 LE PAKADIS.

..... Voici le taint propi'ee Que vont les pèlerin» visiter en Galice,

&. L'arrivée de saint Jacques transporte Béatrice de joie. Pleine de Gaie science qu*clle est, pietiadi ieiizia, elle invite son fidèle à regarder celui qui symbolisa rcspérance. Tune dos colonnes du Temple, celui qu'elle appelle le baron, et pour qui ceux qui conjurent, en l'espérant, la ruine de TÉglise catholique, faisaient, au témoignage de M. Schmidt dans son hist des Cathares, de pieux pèlerinages à Rome, en terre sainte, en Galice, afin de pouvoir visiter sans danger leurs frères, grâce à leur déguisement en dévots catholiques.

duand la colombe vient se pctser tendrement Âvprès de sa compagne, etc,

5. Innocentes colombes, les Rose-Croix en abordant des frères ne manquent pas de se manifester pour fidèles d*Araour, en échangeant les signes a la ronde et en murmurant à voix basse le root sacré, girondo e monnorando. De même les deux saints patrons, colonnes du Temple, se font un accueil fraternel, en vantant le pain des anges, ce pain de Dieu ou des saintes oraisons, dont on se nourrit au banquet des Rose-Croix, comme à celui des Parfaits, pain tant prôné dans le Convùo si doctement illustré par Fraticelli et consorts.

Leurs saints échangés dans cet accueil joyeux, etc. '

6. Ce n*est plus le moment de pleurer quand l'espérance est là devant elle toute rayonnante, au point d'éblouir Dante. Les larmes de Béatrice sont si bien séchées désormais, qu'elle commence par rire avant de prendre la parole, ridendo atlora, Béatrice disse. C'est qoe vraiment elle avait bien de quoi, et elle doit rire encore de grand cœur d'une si bonne duperie ; si tant est qu'elle soit réellement en Paradis, ce dont nous doutons fort.

.... ^allégresse infinie De notre basilique et les dons du Seigneur, etc.

7. Toi qui, dans ton épître aux douze tribus dispersées (i, 5), as dit : « Si quelqu'un de vous a besoin de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous libéralement, la sagesse lui sera donnée; * proclamant ainsi la largesse infinie de celui que nous adorons dans notre basilique ou Temple impérial. Dieu d'amour, Dieu prodigae

de ses dons, si différeiil du l>icu haineux et cupide qu'on adore à Uomc , de i'tutus ou PJuton, ce maledetto lupo.

Veuille de V espérance, au comhle du honhêur. Parler^ loi qui devins chaque fois sa figure, etc.

8. Parle en termes retentissants de Tespérance, fa risonar la speme, maintenant que nous voici à ce haut grade de Prince souverain Ruse-Croix, in ([uesta aliezza. Nul ne saurait mieux le faire que loi, qui en devins la figure, en compagnie de Pierre et de Jean, symboJysant les deux autres vertus théologales, columruBy chaque fois que Jésus-Christ voulut manifester sa divinité par des miracles. (Voy. £v. de saint Matthieu, xvji, de saint Marc, v, etc.) C'est aussi comme /i^ure5 que les trois grands Apôtres sont mis en scène dans cet épisode capital, comme les colonnes du Temple, et comme personnification des trois mouvements signalés dans le ciel où resplendit l'étoile flamboyante. {Cono. XV.)

Lève la iéle, et fais que ton cœur se rassure, etc,

9. Au point où te voilà parvenu, après avoir fait perdre la piste à i ennemi, tu peux aller le front haut, leva la testa. Tu ne saurais douter désormais que ceux qui, sortant des rangs catholiques, (/W rmir/a/ mom/o^ s'élèvent jusqu'ici dégrade en grade, vien quassù, n'arrivent à la Perfection ; car leur esprit et leur raison ne sauraient manquer de mûrir aux rayons de notre étoile flamboyante, à la clarté féconde de nos enseignements, convien ch* a' nostri raggi si maturi.

Vers ces monts de splendeur je levai donc mes yeux^ etc-

10. Les montagnes lumineuses, monti, vers lesquelles le poète lève les yeux, sont les deux apôtres, la lumière dérivant surtout de l*Évaogile et des Actes des apôtres pour les Albigeois, comme aussi de ce calvaire représenté dans la loge des Rose- Croix. Celte métaphore esid*ailleurs empruntée au psaume 120, Ijevavi ocatlos meos inmonles, tmde venit auxiliuai mihi. Or, on a déjà pu voir que ces montslà devaient venir singulièrement en aide à la fiction catholique. Puis, lisez la suite de ce psaume : « Mon secours viendra du Seigneur.... Assarément celui qui garde Israël ne s'endormira point. Le Seigneur vous garde, il est à votre droite pour vous donner protection ; lesoleil ne vous brûlera point durant le jour, ni la lune pendant la nuiL Le Sei-

gneur vous garde de tout mal ; qu'il garde votre âme, qu'il soit tolrc garde tant à VeTUrce qu'à la sortie, maintenant et toujours. » N'y aurait-il pas eu ingratitude de la part de Dante à rejeter, avec ses frères Albigeois, ces psaumes dont les Puritains, ces Cathares de Gromwc), ne tirèrent pas meilleur parti?

Puisque noire Empereur veul qu'au plus haut des eieuXj etc.

11. Le choix des expressions est éloquent dans cette allocution de saint Jacques. Puisque notre Empereur, nostro imperadore, le chef suprême du Grand-Orient, veut qu'an conspect, à la barbe de la Papauté, ami la morte, tu sois introduit dans le chapitre des Rose- Croix, sa cour la plus mystérieuse, netl* auia pià sécréta (croyezvous aux secrets du Paradis?), au milieu de ses comtes, c{?miVe5, autrement dit de SCS princes souverains, sovereign princes of Rose- Croix, ofheredum; aGu qu'après y avoir vu la lumière de vérité, lï ver, qui éclaire cette bienheureuse cour, ton espérance dans le triomphe de ta cause, se ravive en toi et chez tes frères en religion comme en politique, in te ed in A.L.T,K VI; car l'espérance est une des colonnes de la religion d'Amour qui fait chérir Béatrice et Henri, B.EN. inamora; définis-la et dis comment elle fleurit dans too esprit, énamouré pour ces deux objets de ton culte, explique d'où elle dérive pour toi, onde a te venne.

Me jtrévint, elle-même en répondant d'abord.

12. Il semble que Dante, interrogé, devrait s'empresser de répondre h un si saint personnage; non, c'est sa dévote protectrice, quelk pia, qui s'empresse de prendre la parole, afin de lui épargner rembarras de se louer lui-même ; c'est cette foi béatifiante qui guida si plume et le fit se lancer d'un essor si audacieux, en bravant la double puissance du successeur de saint Pierre, che guidé le penne a coii alto voto.

Vont pu lire tes yeux dans le soleil mystique, etc.

13. Écoutons donc Béatrice : L'église militante, nostra cojoaileria, qui combat si courageusement contre l'église triomphante de Satan Aleppe, n'a pas de fils plus rempli d'espérance; c'est ce dont fait foi l'acte scellé de cette étoile flamboyante, nel sol, qui verse la lomière sur toute notre chevalerie, illumina tutta la nostra catalleria, prefl<^

iioin de nous dire l'Ottimo. Nous voyons, en effet, ce soleil servir de cacbetauxRose-Croix.quîsignentd'ordinaire fi^ C.S.P.R.G. on bien K. C. P. R. C. ,c'est-à-dire KADOSH^c/tev. princesouveraîn Rose-Croix, Et, à ce propos, nous renverrons aux deux médailles du Musée de Vienne, portant l'une la tête de Dante, Fautre celle du peintre Pierre de Pise, et tous deux cette môme inscription : F.S.K.I.P.F.T. , c'est- h-dire : Sacrœ Kadosh, Impertalù PrincipatuSj Frater T(pmplarius; médailles signalées, p. 253 des RévéLs en note.

Dans la sainte Sion d!ÉgypU 8*il arrive, etc.

1/i. Dante, ayant répudié le catholicisme pour Talbigéisme, B*était soustrait au joug dos Pharaons- pontificaux , il arrivait d'Egypte , comme ces âmes que nons avons vues aborder la plage du Purgatoire à leur sortie de Rome, en chantant In exitu Israël de Mgypto. Et il est à cette heure dans Jérusalem, de même que le Rose-Croix, se dirigeant vers la Jérusalem céleste, répond au iMaitre, qu'il a passé par Nazareth pour obtenir son admission dans le Temple (*). Avant donc de recevoir Tordre de combattre l'Église triomphante 4e Rome, aaiù che /' militar gli sia prescritto, Dante, qui a passé, comme le Rose* Croix, par la Judée ou l'Enfer, par le Purgatoire de la chambre de réflexion, autrement dit Nazareth, vient dans le Temple pour voir la lumière, viene in Gerusalemme per vedere. Saint Jacques ne demande pas, heureusement, pour voir quoi?

Quant aux deux points touchant lesquels' pour te complaire, etc,

15. Dieu, qui a aidé le poète à se tirer de pas si scabreux, ne manquera pas de l'assister encore ici ; Béatrice a raison d'y compter et d^affirmer que son ami, qui ne l'est nullement de la Fortune ponti« ficale, trouvera peu de difficulté à traiter les deux points en question, gli (Uiri duo pmiti non glisaran forti; elle peut même affirmer qu'il

(*) ■ La Dethléem céleste des Albigeois, dont parle Pierre de Vaucernaif est à pea près de même génie que les rêveries des Manichéens. Cette Bethléem invisible revient assez à U Jérusalem d'en baut,(qutt les Pauliciens de Pierre du Sicile appelaient la Mère de DUu^ d*oii Jésus-Christ était sorti. • (Bossuet, llist, des Var.^ liv. xi, p. 512,)

Ce qui concorde au mieux avec ce que le moine de Zigab^ne nous dit des Pauliciens oa Bugomiles, ces ancêtres des Albigeois : Sinagogam suam ftppellant BctMecin* In se enim Christum uascU seu Verbum. Deîy quo fldei veritas prœdicatur, Nostram autem KccLUlAH Hebooem interprctontur, quœ Verbum apvd cos natum conetur oecidere... lli ERosoLYMAM (fcrrestrcm) nostram appellant EccUsiam, [Pognu PanopL,}^ U, tit. uni, cap. 28, p. 226 de la Bfax .Bibl. vet. PP.)

s'en expliquera sans jaclance, non gli saran di icutanzia, alleiida qa'ii n*a pas moins d'humilité que l'humble Béatrice. Tous deux attendront, pour montrer quelque orgueil, le triomphe de l'église miliiante.

Aimi qu'un bon disciple à refondre à wn maitre N'hésite pckSt etc»

16. Excellent disciple qu'il est de l'église é?angéliqae, laquelle enseigne à ses fidèles que l'espérance est une des colonnes du Temple, Dante est tout prêt à répondre au glorieux docteur qui l'interroge, et il le fait d'autant plus volontiers , pronto e libente^ qu'il se sent très-expert, esperto, et surtout Nnllius dogmatis expers, dans l'art de faire étalage de bonne doctrine à l'égard des deux églises rifales, perché la sua bontà si disasconda ; si bien qu'il décache à l'une, comme il le dit, ce qu'il a soin de cacher à l'autre.

Uespérancct alors àis-je^ est une attente sûre, etc,

17. Fidèle au système qui lui a déjà si bien réussi, Dante, au liea de répondre de son chef, emprunte sa définition au maître des sentences : Est spes certa expectatio futurœ beatitudinù, venkns ex Dei gratta et meritis prœcedentibus, (Lib. III, dist. 26.) Aussi, en reconnaissance de l'emprunt qu'il lui fait ici, a-t-il donné place à Pierre Lombard dans son Paradis; mais nous soupçonnons qu'il avait encore d'autres motifs.

« Outcon^ue sait ton nom doit espérer en toi, » etc.

18. Nous connaissons les astres qui, de grade en grade, ont éclairé le poète et lui ont mérité de contempler les rayons de l'étoile flamboyante. Mais comme il sent bien qu'on pourrait lui demander quelque chose de plus clair, et surtout de plus précis, il se raccroche aax psaumes, dont il excelle à exploiter le sens. David tout le premier, que Pétrarque, par un motif analogue, compte au nombre de ses Solitaires, a fait, à l'en croire, pénétrer l'espérance dans son âme, la distillô nel mio cor pria. Savez-Tous pourquoi? Lisez, de grâce, le psaume IX, auquel le malin théologien emprunte ce verset : Sperùio in te colorche sanno H nome tuo. « Je vous louerai, Seigneur, parce que vous avez renversé tnon ennemi (Satan Âleppe) ; ceux qui me haïssent tomberont dans la dernière faiblesse et périront devant votre face. Car vous vous êtes déclaré pour nia cause, vous vous êtes assis

sur Totre trône, Tons qat jugez selon la justice. Vous avez repris et traité avec rigueur les nations, et Vtmpie a péri. Les armes de Yennçmi ont perdu leur force pour toujours. Mais le Seigneur demeure éternellement; il jugera lui* même tous les peuples avec justice. Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre (de Lyon, du Vaudois), et il vient à son secours, lorsqu'il est dans Taffliction; QUE CEUX-LA

ESPÈRENT EN VOUS QUI CONNAISSENT VOTRE NOM, parce que VOUS

n*avez point abandonné, Seigneur, ceux qui vous cherchent. Chantez des cantiques au Seigneur, parce qu*}Y s'est souvenu du sang de ses serviteurs (Albigeois et Templiers) pour en p-endre vengeance. Il n*a pas mis en oubli le cri des pauvres (de Lyon). Que les pécheurs sdent précipités dans TEnfer. Levez-vous, Seigneur, gue l'homme (qui s'est fait Dieu) ne s'affermisse pas dans sa puissance; que les peuples soient jugés devant vous. Établissez, Seigneur, un lègisla^ teur sur eux, aûn que les peuples connaissent qu'ils sont hommes. » Le psaume suivant n'est pas moins instructif: « Pourquoi, Seigneur, vous êtes-vous retiré loin de moi? Tandis que l'impie s'enfle (P orgueil, le pauvre est brulê ; le pécheur est loué dans les désirs de son âme et le méchant est béni. Le pécheur a irrité le Seigneur, Dieu n'est point devant ses yeux; ses voles sont souillées en tout temps. U dominera tous ses ennemis, car il a dit en son cœur : Je ne serai point ébranlé; et de race en race je vivrai sans souffrir aucun mal. (Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas.)

Étonnez-vous, après cela, que Dante déclare avoir puisé son espérance dans cette haute théodie et s'écrie : Qui ne sait le nom du Grand-Architecte parmi ceux qui, professant comme moi la foi albigeoise, si'egli ha la fede mia, espèrent, comme moi, que Dieu anéantira la double puissance de l'homme et tirera vengeance du sang de ses serviteurs. Voy. combien de psaumes sont cités dans la F. *. M. '.

.,..lmbu de voire ^luie, Je la fais à mo»i tour sur d'autres repleuvoir.

19. Maintenant que nous savons en quel sens le Pasteur évangélique entendait les psaumes, voyons comment l'Épître bénie a fait pénétrer en pluie dans son âme, con lo stillar suo, cette espérance d'un triomphe prochain : « Mes frères, considérez comme le sujet d'une très-grande joie les diverses afflictions qui vous arrivent, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience; or, la patience doit être parfaite dans ses œuvres, afin que vous soyez vous-mêmes

PARFAITS (Cathares, Kadosh). Renonçant à toutes les productions imfmres du péché, recevez avec docilité la parole qui a été entée en Yous (le mot perdu et retrouvé, verbum amoris). Celui qui observe exactement la loi parfaite (la loi d'Amour), qui est celle delà LIBERTÉ, trouvera son bonheur dans ce qu'il fait. La religion et la piété pure (non celle de dame Pietà) consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction {voy. les recommandations faites aux Rose-Croix à ce sujet) et à se conserver pur de la corruption du siècle'présent (du monde mortel, voy. la Vita nuova, où Béatrice passe du siècle corrompu an siècle incorruptible). Ne sont*ce pas les riches qui vous oppriment par leur puissance et qui vous traînent devant les tribunaux (de l'inquisition)? Aimez votre prochain cxammt vous-même, selon qu'il est écrit. Si vous tuez, vous êtes violateurs de la loL (Voy, Rinieri.) R^ez donc tos paroles et vos actions comme devant être jugés par la loi de liberté; car celui qui n'aura point fait miséricorde sera jugé sans miséricorde (ainsi, malheur à dame Pietà ou Pietra). Im bénédiction et la malédiction partent de la inéme bouche. Mais vous, QUI ÊTES-YOUS POUR juger yotbe prochain? Yous, riches, pleurez, poussez des hurlements (comme les dames de Florence) dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous. Vous avez vécu sur la terre dans les délices et dans le luxe, vous vous êtes engraissés comme pour le sacrifice, vous avez condamné et tué le JUSTE sans qu'il vous ah fait résistance (les Templiers) ; mais vous, mes frères, persévérez dans la patience jusqu'à l'avènement du Seigneur (Empereur), qui est proche. Voilà kjuge qui est à la porte (un cinq cents cinq et dix, IYD£X). » Voilà ce que vous lirez, moins nos parenthèses, dans i'épîlre de l'Apôtre. Comment le pasteur évangélique n'aurait-il pas prêché la patience à ses frères pleins de dévotioa pour A.LT.R.VI, en prenant prar texte l'épître de saint Jacques et n'aurait-il pas mis tout en œuvre |)Our faire repleuvoir dans leurs âmes l'espérance qui remplissait la sienoe, quand l'avènement du Messie impérial, législateur de tous les peuples, lui semblait si prochain ? Fuis, la mission apostolique du pasteur florentin n'est-^lle *pas exprimée en toutes lettres dans ce vers : /» abrui vostra pioggia ripluo ? de quelque manière qu'on veuille entendre te mot cabalistique dont le poète fait un si fréquent usage.

Tandis que je parlais ainsit je pouvais voir ^ etc. Des traits de flamme au sein du vivant incendie^ etc.

20. Saint Jacques n'est pas moins charmé que saint Pierre d'ooe

réponse qui flatte soo amoar-proprc d'auteur, et dont le sens intime ne loi échappe pas, et il manifeste sa satisfaction par des éclairs répétés, a guisa dihaleno, indices d'un incendie prêt à éclater, al vivo seno di quello incendio, mais contenu jusqu'à TaTénement prochain du législateur uniTersel.

Dis-moi donc, d'y trowser plaisir j'ai confiance, Ce quBj dans ton penser, te promet Vespérance»

21. La patience que recommandait saint Jacques à ses frères, et dont il fit preuve dans son martyre , in fin la palma, dérivant de l'espérance, c'est pour lui un véritable plaisir, à raison de l'amour dont il brûle pour cette vertu, de savoir ce qu'elle promet à celui qui en parle si bien.

Je repris : L'écriture ancienne et la noxwelle, etc.

22. L'Ancien Testament, dans ce que nous en admettons, et le Nouveau qui, tel que l'entend mon église, fut inspiré par Tesprit d'aaM)or, sont d'accord pour m'indiquer un même signe distinctif, segm,^ savoir, le costume du grade, Yalnto, comme disent les Maçons. Or, ce costume, qui est précisément celui des Pm- faits, c'est-à-dire la chasuble blanche des Rose-Croix, décorés de leur bijou, que nous connaîtrons bientôt, me donne la preuve qu'il est bien réellement celai des âmes amies de Dieu, ed esso lo m'addxta délie anime che Dio s'ha fatto amiche. Trouvez donc un nominatif et un sens acceptable avec l'interprétation des commentateurs, et surtout tâchez de raiiachêr cette proposition à ce qui suit.

D'un â^ubU vêtement, nous l'enseigne haïe, Chacune se verra riche dans sajpatrie, etc.

23. L'intention de Dante est tellement de faire allusion au double costume des Rose-Croix, se montrant tantôt sous l'habit séculier, de coaieur sombre, tantôt avec les insignes de leur grade, qu'il falsifie à plaisir Isaie. £n effet, le prophète parle d'un double héritage, in terra sna duplicia possidebunt, LXI, 7, et non pas d'un double habit, doppia vesta. Aussi le rusé théologien prend-il soin. d'ajouter que l'expression de saint Jean est bien plus explicite à ce sujet, più digesta, à l'endroit où il traite des blanches tuniques, dave tratta délie blanche stole. Nous serions bien en droit de dire ici, conmic Cagnazzo au damné : Odi malizia. Mais reportons-nous au ch. Yil , v. 9 de

1144 LG PARADIS.

Y Apocalypse, nous pourrons juger jusqu'à quel point la pensée du poêle s'y trouve digérée et rendue intelligible : « Je vis une grande multitude ^q' toute nation et de toute Langue (langue de France, d'Ilalie^d'AlIcmagne) , ils se tenaient debout devant le trône et devant Vagneau (l'allusion est donc politique et religieuse) vêtus de bobes BLANGHE%et ayant des palmes dans les mains. Alors un des vieillards me dit : Qui sont ceux qui sont vêtus de robes blanches? Seigneur, répondis-je, vous le savez. Et il reprit : Ce sont ceux qui sont tenus ici 9|M*ês avoir passé par la grande tribulation (de la Croisade et du Temple), et qui ont lavé et blanchi leur robe dans le sang de l'agneau (dont les Rose-Cix)ix mangent la chair dans leur banquet et dont ils brûlent le sang sons l'espèce du vin). C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, qu'ils servent nuit et jour dans son Temple; et celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente; îh n'auront plus à souffrir parce que Vagneau sera leur pasteur et il les conduira aux sources vives, « Je suis l'eau vive, » a dit le Seigneur étions-nous fondés à répéter que l'eau vive signiGail la doctrine?), et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. «

Qu'est-il besoin de réflexions après une citation è ce point signiûcative? N'en résulte-t-il pas évidemment que, pour le pasteur Dante, théologien consommé, le Paradis, avec sa dolcevita, était lé partage exclusif de ceux qui professaient la doctrine des Parfaits, KadoJi, Solitaires, Rose-Croix, revêtus de la robe blanche, dont il a même ou soin de faire un vêtement religieux en l'appelant stola; sanks doute parce qu'il n'osait employer le mot pianeta.

Je terminais ces mois, quand soudain fut chanté. Dans Vespace, au-dessus de nous, Spereni in te, etc,

2h. Les psaumes ix et x nous ont révélé toutes les espérances du pasteur proscrit; espérances auxquelles c'était pour lui, çhesidilet' tava d'esse, une consolation d'associer les chœurs célestes. Il faut donc lui pardonner de se complaire à leur faire entonner sperent in te, comme pouvaient se le permettre, dans le Temple, ses chers frères Rose-Croix, des psaumes paraphrasés par lui dans le sens sectaire et gibelin, chant auquel répondaient toutes les loges, tmte le carole.

.,.,.Si d'autant d'éclat rayonnait le Cancer ^ elc,

25. Si le Cancer qui, marcliunl à reculons, au rcl)oursda progm

symbolise la Papauté, avait un soleil pareil au personnage qui entre en scène, l'hiver glacial qu'elle répand sur la terre i^oy. la Canz., lo son venuto ai punto délia ruota) serait éclairé de rayons inaccoutumés, au point de n'avoir que trois jours à dorer, si Men que chacun de ses trois mois étant d'un seul jour, la Pâque de résurrection arriverait le troisième, et le soleil d'Orient triompherait des ténèbres catholiques, comme le Sauveur triompha de l'Enfer. Tâchez (le comprendre, si vous le pouvez, l'interprétation astronomique que roitimo donne de cette comparaison ; nous renonçons à l'analyBer.

Comme se lève et marche une vierge joyeuse, elc,

26. Peut- être devine- t-on, maintenant que bien des mystères sont éclaircis, pourquoi celte nouvelle Splendeur, qui n'est autre que l'apôtre saint Jean, est comparée h une vierge joyeuse, vergine lieta, vierge imbue de la Gaie science. Nous avons dit, en eflet, dans le Purg. IX, note 7, comment Lucie et saint Jean ne faisaient qu'un pour Dante, qui fait subir au saint aigle du Christ le môme dédoublement mystique qu'à ses Rose-Croix. Il procède ici à son égaitl comme il ajaitavec Guido Guinicelli et avec son trisaïeul, en comparantl'unàune mère retrouvant son fils, l'autre II Climène. L'apôtre bien aimé vient donc faire honneur à Béatrice, à la foi albigeoise de Dante, ])er far onwe alla novizia, à la sposa, à celle dont l'arrivée a été saluée dans le Pur^a/oire par ces paroles significatives, vient sponsa de Libano {roy, la note 6 du ch. xxx); aussi l'Ottimo nous dit-il : In questo ballo onoravano Béatrice si corne la sposa predetta, 11 faut croire, du reste, que saint Jean n'est mû par aucune mauvaise |)ensée, non per alcun fallo; mais c'est ce que nous verrons bien. Quant à l'ardent amour dont il est embrasé, comme tous les fidèles Alaçons, nous ne saurions eu douter, puisqu'il vient se joindi*e à saint Pierre et à saint Jacqucà, tournant à qui mieux mieux sous l'impulsion de l'amour, pour mêler sa voix à la leur, en chantant aussi spercnt in te, sur le même air albigeois.

Elle se mit alors à répéter en chœur La noie avec le chant, eic,

27. Misesi li nel canto e nella nota. Il fallait bien indiquer que le plain-chant des Rose-Croix n'était pas celui des Catholiques, clamor inferni^ dit Rinieri, canum lairaïus, dit Pilichdorf.

Re$tait à rega/rdert immobile et »an$ voix, etc.

28. La sponsa Béatrice reste, sileacieuse et iinmobile, les yeas fixés sur les trois colonnes du Temple, comme une fiancée ne songeant qu*à répoux ; « attendu que toute notre foi réside dans ces trois vertus, » nous ont dit les Maçons ; fixe respiciebat istostres, quia TOTA FIDES NOSTBA lit tllis tribus vittutibus constat s ajoute le PostilL caet. Qu'on dise que les premiers commentateurs n'avaient pas rintelligcnce du texte.

.... Celui qu'ici tu vois Pour appuyer son front trouva le sein propice De notre PéUeant elc^

29. Béatrice se décide enfin à rompre le silence ; mais nous n'avons rien perdu pour attendre, car elle parle d'or. En effet, le théologien Rose-Croix, qui n'a garde de passer sous silence tout ce qu'il croit pouvoir exprimer sans danger, trouve moyen de lui faire compléter par une figure mystique le fameux abito des Rose-Croix. Or, ne vous y trompez pas, c'est bien le même, Vabùo elettOj auquel le solitaire Pétrarque {Royal-Arche de pierre, Petr'archa, renfermant précieusement la lumière sous le nom de Laure) a donné des yeax et des pieds dans ces vers :

Vedi quant' arte indora, imperla e innostra U ABiTo ELETTO, et Hon più vîsto altrove^ Che dolcemente gli occhi e t piedi nuove.

Le costume des Rose-Croix Vabùo eletto ne se compose pas seolemcnt de la chasuble de satin blanc, de la bianca stola que vous connaissez, il est complété par le bijou, dont vous trouverez la description dans le Tuitew* de Bazot, p. 89, comme dans cent de Viliiaume et de Delaulnaye.il consiste en un compas cTor ouvert à 23 degrés 1/2, offrant dans l'ouverture supérieure une rose surmontée d'une couronne ; au-dessous de la rose, au milieu du compas, une croix rouge et au pied, d'un côté, s'appuyant sur un quart de cercle, un aigle; de l'autre, un pélican s'ouvrant la |)oilrine pour nourrir ses petits, tous les deux en argent. Ce bijou se porte suspendu à un ruban d'un rouge vif, brighi redcolour, aux deux bouts duquel sont brodées une rose et une croix. (Light on Masonry, p. 231.) Ce qoi explique comment Vabiio se dai*e^ s'emperle et s*empourpre à force d'art. Ce qui explique non moins bien avec quel à-propos Béatrice appelle ici sur saint Jean l'attention de son fidèle en lui disant : Voila

CHANT XXV. im

celui qui reposa sur le sein de notre eêligan, car c'est comme si elle lui demandait ainsi que fait le Maître, lors de la réception d'un Rosc-Groix : «Connaissez-Tous le Pélican ? Do you knoo^ the Pélican?» Question équivalant à : Êtes-vous bon chrétien ou Parfait ? « Le pélican étant remblème du^ Sauveur, et de sa parfaite humanité, » voici le texte : Among us it is a Symbol of the saviour of the wo9id andof his perfect humanity. Je lis en note : why do they not also. admit kis perfect divinity (*)? Concluez, car maintenant vous ne pouvez guère douter que Talbigeisme templier n'ait présidé k un fiipeil enchaînement de faits, de |)aroles et de symboles.

Ne cessait Béatrice De tenir ses regards fixés au même lieu, etc,

30. Fidèle à^son rôle, Béatrice ne cesse, en bonne Albigeoise qu'elle est, personnifiant la doctrine des Rosc-Groix, de fixer ses yeux, attenta, sur les trois colonnes du Temple, la foi, ('espérance et la chadté ou l'amour, sous la figure de saint Pierre, saint Jacques et saint Jean.

Ainsi je m'aveuglais^ Vœil sur ce dernier feu, etc.

31. Dante s'aveugle ainsi à observer saint Jean, nonvedente diventa, pour s'assurer s'il a été assumé en corps dans le Ciel, ou s'il n'y est qu'en esprit. Or, ses yeux étant trop faibles pour suffire à résoudre un si grave problème, la question devient pour lui un peu plus obscure qu'auparavant. Heureusement saint Jean s'empresse de Tenir à son aide avec ï Apocalypse,

Dans la terre est mon corps, et terre y restera, etc.

32. Voici les paroles de saint Jean àrnsV Apocalypse, vr, 9 : « Je vis sous l'autel les âmes de ceux qui avaient souffert la mort pour la parole de Dieu (comme les Albigeois et les Templiers), et ils criaient d'une voix forte : Seigneur, jusques à quand diffcrercz-vous défaire

(') A en croire Rioleri Saccone, certains Cathares auraient cru quod Christus fttiua fuerit Joseph et Mariœ et quod pecaitor fucrit : et ipse Christus cormn scctum fera tlrstructam reparavertt^ et quod pcr sectam ipsontm stlvus foetus sit .,. item dicunt quiHl ipBi tint Pater et FHius et SpivUus Sanctus, lUe enini dicitur Pater quiy primo intrat sectam ipsorum ; Filius quiatali Palrcpcripsius pvœdicalioncm int rat sectam ipsorum ; Spiritus Sanctns qui est perfectus in secta ipsorum^ c. vi, p. 266. Mais le langage symbolique nous parait (lominer dans tout cela. Le Caiiiuie (^Uii le Fits, le Christ, comme on l'a vu, noie 2 du chant xxiv, comme on verra, noies 13 et Ifi^du cinut suivant, qu'il éiaii Adam. Les inquisiteurs cai-mOmes s*y perdaient.

jastice et de venger notre sang de ceux qui habîtenl sar h terre? Alors on leur donna à chacun une robe blanche; et il leur fotdit qu'ils attendissent encore en repos un peu de temps, jusqu*à ce qne fût rempli le nombre de ceux qui, étant leurs frères et ser?itears de Dieu comme eux (Templiers-Albigeois), devaient comme eux souffrir la mort » On comprend maintenant la réponse de saint Jean : Mon corps, l'ordre du Temple, en qui vivait mon esprit, est sur la terre, in terra è il mio corpo, où il se fait humble, terre inerte, e terra c, conjointement avec ceux qui ont pour devise A . L T. R. I. , con gUaUri, jusqu'au temps prochain où le nombre des victimes de Rome sera assez grand pour que le Seigneur se décide à venger le sang de ses serviteurs, tanto che 'l numei'O nostro can l'etemo proposito s'agguagli. Alors ceux à qui fut donnée la robe blanche pourront être fiers de la porter et ne se cacheront plus pour s'en revêtir. Pas la moindre ambiguïté. Si l'on vent entendre ce vers dans le sens littéral, il eo résultera que Dante, dualiste éclectique, n'aurait pas partagé Topinion des Cathares absolus, voyant un ange dans saint Jean : B. Virgo et B. Joanttes Evang. descenderunt de cœlo, et NON erant de ista CARNE. (Act. deTinq. de Carc 12Zi7. D\ xxii, MOI. Moneta,225.) Foy.sur la résurrection des scuisc/ûeffifro(/t>(/5ptrtit5,Lighton H. '.161.

Au cloilre radieux sache qu'il n'est monlé

Que deux splendeurs encore avec les deux funtgues, eie,

33. Le docte historien des Cathares vous apprendra d'après Moneta, Reinerius, Alanus, etc.,que, dans le système cathare, le Christ, participant de la nature divine^ comme Fils de Dieu, sans être ^al au Père, ni uni avec lui en substance, aurait revêtu pour venir sur la terre un corps de nature angélique, la chair humaine, comme le monde entier étant l'œuvre du Démiurge et, à ce titre, incompatible avec la divinité ; qu'il n'aurait dès lors souffert qu'en apparence et serait remonté au ciel avec le corps éthéré qu'il en avait apporté. Qoc la Vierge Marie aurait été un Esprit céleste, revêtu de même d'un corps éthéré, par lequel Jésus n'aurait fait que passer, comme oo rayon de lumière à travers une glace, y ayant même pénétré par l'oreille et en étant sorti par le même chemin (doctrine qu'on retrouve chez des Pères orthodoxes, tant de l'Orient que de rOccident\ (Schmidt, ii, 31 etsuiv.) Ce système admettait donc l'ascension ao ciel du Christ et de sa mère angélique dans la glorification derâine, et du corps ou de la forme apparente, stola gloriœ. {Eccles, x v. ) Mais on

De s'est pas aperçu que ces due luci sole excluaient nécessairement le prophète Ëlie» enlevé au ciel dans un char de feu, selon TËcriture. Excellent motif pour que le saint Jean des Rose-Croix tienne à ce que le inonde catholique soit informé qu*il n'y eut pas au ciel une troisième admission pareille» questo apporterai net mondo vostro. Mais peutêtre faot-il entendre aussi que Dante doit apprendre à son monde albigeois, qoe, revêtu des deux tuniques, en corps et en âme, .il a été admis dans le chapitre des Rose-Croix, beato chiostro, et que, seul des eiilés Florentins, il a pu le contempler avec ses deux yeux, due Uici sole che salù'o. Nous sommes habitués à de bien autres tours de force.

A ces mots s* arrêta celte ronde enflammée, etc.

34. Ici Dante craint évidemment d'avoir été trop loin et de trahir sa pensée en insistant II s'arrête donc au dernier mot prononcé par saint Jean. La comparaison dont il se sert ne saurait laisser aucun (tonte. Ce sont des rameurs s'arrélant au coup de sifflet du pati*on , parce qu'ils sont las ou en péril, per cessar fatica o rischio, ou, comme dit l'Ottimo, presso a SCOGLIO, si che ischifa pericolo di

aOMPERE IL LEGNO.

Âh! comhien mon esprit se sentit émouvoir, etc,

35. Dante ne brise pas sur l'écueil son navire, qui n'est point, il nous l'a dit, une fragile nacelle ; mais il s'aperçoit qu'il a perdu la vue k force de plonger dans les rayons de saint Jean, personnification de Tamour; en effet, il se retourne vers Béatrice, qui est aussi amour (Vùa ttuova), puisqu'elle est sa foi, sa doctrine pcrsonniGée, et il est tout simple qu'il ne poisse la distinguer du saint Apôtre, puisqu'elle se confond nécessairement avec lui.

CII4NI m\,

Lorsqtie, la vue éteinte et le trouble en mon cœur^ etc.

1. Tandis que Dante est à réfléchir sur le singulier effet produit

par le rayonnement de saint Jean, sur cette absorption d*an amoor par un autre, son attention est de nouveau ramenée vers le glorieux A|)ôtre, qui lui adresse la parole.

n est jttste à parler que je te dédommage,

2. En attendant que tu recouvres la faculté de voir Béatrice- Amour, absorbée en moi, la vista che hai m MB consttnia, il est juste que je l'en dédommage en te parlant d*amour.

Dis-nwi donc où ton cœur met le but qu'il poursuit, etc.

3. Dis-moi donc à quoi ton âme aspire ; et compte que tu reverras distinctement Béatrice dès qu'il lui conviendra, car le regard de ses yeux, qui sont ses enseignements, n'est pas moins inraiiliblc pour guérir les aveugles que la main d'Ananie, à qui saint Paul le persécuteur dut de sortir de son aveuglement.

Vienne, dis- je, à son gré, tôt ou tardf le secours, etc.

k. C'est par l'étude des Saintes-Écritures, en méditant sur les compositions, en prose de romans ou en vers de Canzoni, des docteurs albigeois, comme aussi par les représentations symbolique^:, offertes à ses regards dans les réceptions maçonniques, que Tamour de la théologie, dit l'Ottimo (de la théologie vaudoise) pouvons-oons dire, pénétra dans le cœur de Dante; et dès lors les yeux du poêle furent les portes, fur pm'tej par lesquelles elle entra, avec tonte l'ardeur dont il ne cessa de brûler pour elle, quand' ella entra col fuoco omP io sempre ardo. Il est donc naturel que le remède lui vienne de celle qui lui a ouvert les yeux au point d'en faire des portes. h\ attendant, elle lui inspire cette réponse tant soit peu entortillée à la demande de saint Jean : Le bien qui rend heureuse cette cour est V alpha et V oméga de toute écriture m'enseignant l'amour avec plus ou moins de force, lievemente o forte. Il est douteux qu'à la place de saint Jean vous eussiez applaudi à pareil amphigouri Mais admettez que l'Apôtre, doué d'une plus grande pénétration, eût ainsi coaipris la phrase : Le monosyllabe B. E N. Béatrice- Henri, ma foi et moa roi, devise qui fait le bonheur de cette cour des princes Rose-Croix, est le principe et la fin de toute cette poétique amoureuse, scrùiura, qui va prêchant la religion d'Amour dans un style pins ou moins fa-

cite à déchiffrer. Pensez-vous alors qne saint Jean eût liésité à reconnaître dans le candidat un vrai fidèle d'Amour ?

En p<u8<mi ta docirinê à crible flus menu, etc.

5. L'aigle du Christ a parfaitentent compris, puisqu'au lieu de répéter sa question, il en formule une autre, afin de passer la doctrine religieuse et politique du candidattisii un crible plus serré, a piûan^ gusto vaglio. Il demande donc à Dante : Qni a dirigé toutes tes aspirations vers ce double but, chidrizzà Parco tuo a tal bersagiio?

Car le bien, lorsqu'il est compris en vérité, etc.

6. Cet amour s'est imprimé invinciblement en moi par des arguinents philosophiques, (entendez-vous bien ? non pas théologiques, arguments fournis dès lors par la raison) et de plus par l'autorité qui dérive d'ici (d'où ? du ciel des Rose-Croix ? pourquoi ne pas dire une pauvre petite fois, par l'autorité de l'Église catholique romaine?) ; car c'est ainsi que le bien, en tant qu'il s'agit de B.EN. tel qu'il est entendu dons nos loges et dans nos temples, in quanta B. EN. COME ft'iN- T£ndë, embrase d'amour tous les cœurs, cosi accende amore; amour d'autant plus grand qu'il comporte en lui plus de mérite, quanta piii di boutade in se camjn'ende, B.£N. comprenant à la fois la véritable religion évangélique et le bonheur social. Vous voyez de quelle importance il est de comprendre B.EN. Ce ne sera pas notre faute si vous n'y parvenez pas.

Off rien n^est comf arable à Vessence suf remet etc.

7. L'esprit de quiconque sait discerner la vérité, sur laquelle je me fonde, la mente di ciascun che cerne la verità in che si fonda (fuesta pruova, doit donc se diriger, en suivant la religion d'Amour, amando, vers B.EN. qui nous oiïrc tant d'avantages réunis, aW essenza ov' è tanto vaniaggio, de préférence à une religion de toute autre essence, piii che in altra ; car tous les biens qui se trouvent en dehors d'elle, chez la prostituée sa rivale, par exemple, ne sont qu'un rayonnement de sa luinière, dérobé an véritable foyer oriental.

« Des êtres étemels Vamour est le premier, »

8. Je déduis cette vérité de Platon en premier, car j'ai invoqué d'abord les arguments philosophiques, et je mets le philosophe grec,

bien au-dessus de Moïse, or Platon, s'est exprimé ainsi : Amorem^ aio, Deortnn antiquissimum. II est clair d'ailleurs que Dieu disaot à Moïse sur le monl Horeb : Ego ostendam omne bonum tibi (l^x. xxxili, 9), en parlant de lui-même, di se parlando, entendait se manifester à lui comme le Dieu d'amour, ce que Moise ne comprit pas (*). Mais tu as mis le comble à ma conviction dans ton é?angilc, où tu proclamas hautement que le Verbe, qui est amour, « était au commencement avec Dieu, Dieu lui-même ; qu'en lui était la tIc et que la vie est la lumière des hommes. » l, 1 , 2^. Ces paroles subli« mes l'emportent sur tout ce qu'a écrit Moïse, Platon même, et révèlent bien mieux le mystère d*amour, d'où dérive pour nous la lumière, alto preconto che grida Carcano di qui laggiù sovra ad ogni bando.

Mais dis, ne sens'tu pat d'autres liens encorf elc.

9. Cette réponse assez catégorique, sinon très-orthodoxe, ne suffit pas à saint Jean. Après avoir recommandé à son disciple d'aimer Dieu par-dessus tout, puisque l'autorité de la raison et l'autorité éfangélique sont d'accord sur ce point, il lui demande s'il n'a pas encore d'autres puissants motifs pour aimer Dieu, con quanti demi questor amot' ti morde. Dante qui voit bien ce qu'attend de lui l'aigle du Christ répond : que l'existence du monde et la sienne propre, la mort que le Fils de Dieu souiïrit, afin qu'il eût la vie « qui est la lumière » et l'ensemble de ce qu'espère tout fidèle comme lui; il ne veut pas de confusion, mais elle eût été moins possible encore s'il eût dit nettement un mot de la résurrection de la chair ; tels sont les puissants motifs qui, joints aux précédents arguments, l'ont arraché au catholicisme, mer d'amour mauvais, mar deU'amor torto (grâce au capo reo) et Tout conduit à embrasser la religion de l'Amour juste et vertueux, diritto. C'est toujours la même manière d'esquiver la

(*) Bien mieux : « Moise, disaicni les Cathares, a reçu la loi d*UD trompeur, d*Qii jongleur, il a été lui-même un sorcier,|uii larron (Ebrard., 127; Ermang., 22ik; Mooeia, 112; Act. de l'inq. de Carcass. 1247, Doai, xxii, f" 100) et il est damné pour avoir twuii les ordres de son maître ; pour avoir été liomicide et pour aToir commandée son pevplc des guerres d'extermination ; tous les autres Pères de l'ancienne alliance sont dannéi comme lui, car il est dit que • tous ceux qui font les œuvres de la loi sont sous la nslé- ■ diction» Gai. m, 10. (Alauus,84, 85, /Itô'ufan'o, 1718.) D'ob celte cona<éqiience,qiKb loi, n'ayant pas été donnée par le Dieu bon, n'est qu'ombre et vaniié, qu'elle oe cxmduît pas au sii/tif mais à la mort, parce qu'elle ne commande pas l'Aiioca et quMie permet de tiaîr son ennemi. » (Ebrard., 1 18 ; Moneta, 196 et suiv. ; Disput. 171Seis«it' Peregrin.i*riscianus,05.]^P!/. Schmidt, ii,22. Comprvnex dès lors pourquoi Moïse oiaucu» des Pères de l'ancienne alliance ne figurent dans le Patadis pas plus que tant de sainb de la nouvelle, à côté de Guillaume d'Orange, de Kaiuoard et de saint Robert Guiscanl.

difficollé à Taide de toars eilîpUqaes, de mots à double entente et de réserves d'intention. C'est le procédé cathare dénoncé unanimement par tous ceux qui ont écrit sur ces hérétiques , mais poussé à sa suprême puissance.

J^aime toutes les fleurs qu'en son riche domaine^ etc. '

10. Dante aime toutes plantes dont se pare le yerger du jardinier élcrnel, selon qu'elles sont portées plus ou moins à servir la cause de B. EX. , selon qu'elles se rapprochent, par leurs opinions, leur croyance, leurs actes et leurs discours, de la doctrine politique et religieuse qai est la source de tout bien, quantoda L.yi a lordi bene e porto. Gomment cette répéiiiion fatigante de ben de bene, et de bit n'at-elle pas mis sur la voie de la véritable acception à donner à ces monosyllabes cabalistiques ? L'écroulement de la vr arche du pont des Malebolge aurait dû pourtant Indiquer suffisamment son intention d'affecter le vi au lieu du vu à son héros dans la série impériale. (Voy.E. XXI, note 26.)

A ^ne je m« (us, qu'une douce harmonie, etc,

il. Voilà l'examen de Dante terminé, à la satisfaction des glorieux Maîtres qui l'ont interrogé ; que se passe-t-il alors? Un doux chant de joie, un dolcissimo canto, celui d'Hosanna, sans doute, retentit dans le ciel. Béatrice s'y joint de grand cœur et répète avec les dévots d'Â.L. T. R.I. Saint, Saint, Saint; la mia donna dicea con gli ALTRI : Santo, Santé, Santo. Eh bien , les mêmes chants de joie précisément saluent le récipiendaire, par qui le mot, le verbe d'amour a été retrouvé. « Hosanna! s'écrient en chœur les Rose-Croix, Hosarma au plus haut des cieux ; paix et bonne volonté aux hommes sur la terre ! La musique joue, The music immediately plays, et tous chantent saint, saint, saint! holy, holy, holy, lord!» (Light on ftlas. , p. 228. ) Nous soumettrons donc très-humblement cette question aux doctes, qui jusqu'à présent se sont obstinés à faire la sourde oreille : Comment se fait-il que dans le Paradis Dantesque tout se passe absolument comme dans les loges maçonniques et cela dans les moindres détails? Qui donc est sous l'influence d'une préoccupation systématique? Peut-être se trouvera-t-il enfin quelque bonne âme pour daigner trancher la question dans le savant journal, à la porte duquel je frappe en vain depuis trois ans, en toute humilité.

1154 LB PARiDIfi.

C0tnm$ rompt le êommeil ipie lueur âubite, ele,

i 2. Le doale n'est plus permis à Danle lorsque le Ciel apf^ndit en cboBur à sa profession de foi, d'espérance et d'amour ; les écailles tombent de ses yeux, il ¥oit la lumière, lume acuto, qui l'arraclie à un sommeil de mort, lo dùsanna. L'esprit d'examen, l'esprit raiionnel, spirto visivo, s'est ravivé en lui, à mesure qu'en passant de grade en grade, il a revêtu un costume différent, digorma in gonna. Réveillé désormais, il a horreur de ce qu'il voit dans le monde catholique, lo svegliato cià che vede abborre^ tant l'éveil subit qui lui a été donné sur maintes choses ignorées l'a pris au dépourvu, si nescia è la subita vigiiia. Mais enGn le jugement lui vient en aide, fin che la stitnativa nol soccorre, et l'empêche de commettre des imprudences compromettantes. Ce fut ainsi qu'il suffit d'un regard ou d'un enseignement de cette doctrine d'Amour, dont l'éclat resplendissait bien loin de son foyer oriental, piii di mille miglia, pour dégager ses yeux de toute immondice, qnîsquiglia, et rendre sa vue plus perçante qu'auparavant. De cette comparaison il résulte, que les vives clartés répandues dans son âme par l'évangile de saint Jean, l'apôtre de l'amour, dans la loge des Rose-Croix, lui ont fait prendre en dégoût, tout d'abord, ce qu'il voyait d'actes de haine autour de lui, il puzzo del paganesmo, au point de lui faire mettre en oubli la prudence, contrairement aux enseignements de Béatrice. Heureusement ce premier mouvement dura peu, grâce à la virtii stimatipa qui, venant à son secours, lui fit comprendre la nécessité d'une habile circoaspecUon.

La joremtère dme dxie à la Vertu première.

13. Le nouveau personnage que Dante s'étonne de voir en leur compagnie, con noi, est Adam ; Béatrice le désigne dans des lermes que n'aurait pas désavoués le guostiquc le plus puritain. Il est pour elle la première âme créée, non pas directement par Dieu, qui dans la doctrine exposée au ch. xxix [vdy, la note 3) n'a exercé sa puissance créatrice que sur le monde des intelligences; mais indirectement, c'est-à-dire par la vertu ou puissance première, virtit, dynamé, émanée de lui, autrement dit par le Démiurge par faitima prima che la PRIMA YlRTù créasse mai (*).

(*) Non omnitij inquiunt Pauticiani, Jesu Christo régna tUxisset diabdus asc

T&ui stupéfait d'abord, une splmideur nownelUf etc.

U. Pourquoi Dante est-Il plus stapéfalt, stupefatto^ eu apercevant Adam, qu'il ne l'a été à l'aspect des trois Apôtres qui viennent de l'interroger? Parce qu'ici se renouvelle cette fantasmagorie qui l'a foit se voir déjà dans Jason, dans Curion, dans Ulysse, avec qui même il s'entretint; dans David, Ryphée, etc. Il nous a même préparés à ce dernier tour de force, en répétant deux fois dans le Purgatoire qu'il « tient d'Adam, » qu'il est o revêtu de la chair d'Adam, » el c'est encore ce nom ô!Adam qu'il fit répéter au cortège de Béatrice au moment où, dans Eden, il approcha de l'arbre symbolique, comme pour se désigner lui-même ainsi. Mais sa stupéfaction ne dure pas plus qu'un souffle de vent, et il se relève comme la feuille, par sa propre vertu ; car sa foi lui inspire cette création d'Adam, dont il est ainsi lefattor, par sa p^ima virtii, l'intelligence. La combinaison est certes des plus curieuses à étudier dans ce qu'il va dire, poussé qa*il est par un si ardent désir de parler à cet Adam, en qui il se voit iai-même, comme il vient de l'indiquer dans ces mots à double entente, me che dinanzi vidi (*).

O toif dis-je, seul fruit qui jamais soit eœcru, Dans sa maturité complète, antique père, etc.

15. 0 Dante-Adam, né à la vie Nouvelle, initié aux mystères du Temple, quand tu étais déjà parvenu à l'âge mûr, maturoy ou bien nel mezzo del cammxn ; toi dont, comme pasteur évangélique, chaque noafcile épouse est à la fois la fille et la bru, puisqu'elle épouse un

dnf Knm, niri obtinuisset eorum dominatum, ut quœ a se essent faeta^ ut'declaratum eu. (Euthyin. momch. Zigab., p. ll, 5S, p, 226. Bibl. Vet PP. L xix.)

Paterinm dieit, quod minor creator, sciticet Lucifer (le Dcmiurgc) omnia visibUia ereavit. Sic ergo Diaàolus est creator liujus sœculU (Reinerius, Contra Fat' denses, c ti, ibid., p. 271, t uv.)

(*) Dicunt, quod Adam fuit primas Homo, qui secundum eos per creatUmem Dei, EX PB;EDicATiONE, primo crcatus fnity qui primus fccit voluntatem Dei^ crcdendo uctœ eorum, (Reinerius, Contra\}¥aldenses, vi, p, 267.) Voy, la note 2 du cti. xxiv. Il est évident que le véritable sens du symbole avait écbappé à l'apostat cathare deveDu dominicain et inquisiteur pour la foi. Autrement il aurait dit : Les Cathares désigDcut par le nom d'Adam leur pasteur spirituel, l'époux de leur église, qui dès lors devient son Etc. Cet Adam, engendré par la prédication de la vraie doctrine, est pour eux TceoTre de Dieu, dont il est le premier à faire la volonté, et sa parole engendre ^ son tour des fils et des filles à Dieu. Cela est si vrai que les deux ministres assistants venant immédiatement après le pasteur ou l'évéque, étaient désignés par les noms de fils ma* Sevr et de fils mineur. (Moneta, 278 ; Reinerius, 1766.) Le premier étant d'ordinaire M» successeur désigné. Or ce Rinierl Saccone, qui se méprend sur maints autres points eacorc, pourrait bien aToir;surCiit sa valeur réelle, en se donnant pour évéque cathare, lors de sa conversion, afin d'en tirer meilleur profit. Nous ne pensons pas qu'il eût liépassé le diaconat, fidèlement consacré dans la Maçonnerie.

fie tes fils, je te prie de ni*adresser la parole sans qne j*aie besoin de l'interroger, puisqu*étant moiTroênie, tu vois au mieux ce que je désire.

Comme, encor gtie couvert, Vanimal qui t'agite, etc.

16. i>e même qu'un être animé, caché par une couverture métaphorique, un animal coverto, laisse apparaître dans ses mouvemenis l'impression dont il est affecté^ l'affetto convien che si paia, de même cette âme, dissimulée sous le nom du premier homme, anima primaia, me laissait transparaître en personne à travers sa couverture, MI fçicea trasparer per la coverta, tant, pour me complaire, elle devenait habile en Gaie science; quant ^ella a campiacermi vcnia gaia. Trouvez donc un commentaire plus clair que cette traduction.

^aperçois mieux en toi Vohjet de ton désir, eic.

17. Dante- Adam, s'empressant de satisfaire au]vœu de son Sosie, répond : Je distingue mieux le désir recelé en ton sein, que toi a* qui t*e$t le plus évident, attendu que, âme dégagée de la niaiièrr comme je suis, je le voisdansJc miroir de vérité, qui imprime son f»rélie sur les autres choses, quand rien ne saurait lui faire subir le sien : je le vois dans Tétoile flamboyante qui se réfléchit sur tout Rose-Croii, et lui imprime un caractère divin, celui de pasteur ou d'apôtre, par l'effet d*un véritable paréiie ; / stamp you. (Light on M. *., 209.)

En ce moment, de moi tu désires savoir, etc.

18. « Tu veux savoir combien Dieu me fit habiter le sublime jardin où Béatrice te prépara à si longue ascension, c'e&t-à-dire \w combien de grades il nous fallut passer, toi ou moi, depuis notre baptême mystique sur la montagne du Purgatoire, jusqu'à notre admission au grade de Rose-Croix, à l'aide de l'échelle de Jacob des Solitaires, si lunga scalu. Tu veux savoir en outre, combien de temps nos yeux se complurent au milieu de l'église des saints qui composaient le cortège de Béatrice, dans cette Florence qui était pour noos on Eden ; quel fut le vrai motif du grand courroux de Bonifacc YIIl et des Noirs, la propria cagion dei gi-an disdegno; enfin quel foi l'idiome conventionnel dont nous fîmes usage et que nous créâmes, Viaioma ch' usai, e ch' io fei. » Toujours la même préoccopation du poète au sujet de ce langage crotico-religieux, de ce tuwvo siilc sur lequel il s'est étendu dans le Purgatoire, et qui nous a vain 1^

carieax traité de Vulg. Eloquio. (Voir nos Révél.) ToujouM le même enipressement à s*en proclamer Tinventear.

Afnts parce que gavais transgresté la défense.

19. £h! mon pauvre ami, ce ne fat pas le fait d'hérésie en luimême qui nous valut un si long exil, tanioesilio; ce ne fut pas notre goût pour le fruit défendu, il gustar del legno, tant d'autres sont dans le même cas, qu'on laisse bien tranquilles à la condition de pécher sans bruit et sans scandale ; notre malheur fut seulement de laisser apparaître au dehors ce qui aurait dû rester secret, ce fut la révélation du signe distinctif de mon grade, de ma qualité de pasteur évangéliquc, solamente il trapassar del segno. La faute en fut à notre église florentine, à notre Ëte indiscrète, che non sofferse di star soito aicun vélo (Purg. xxix), à ces dames de Florence qui s'en allaient si décolletées, montrant coUe poppe il petto (Purg. xxiii), et qui laissèrent transparatlre nos signes symboliques, trapassar il segno.

Aux lieux où, de Virgile invoquant l'assistance, etc*

20. Depuis V Enfer, où notre dame te dépêcha Virgile, on compte, jusqu'ici, quatre mille trois cents deux vers, véritables révolutions de soleil, puisqu'ils n'ont cessé de répandre la lumière, et ces vers, comme autant de soleils, ont passé neuf cent trente-trois fois à travers toutes les étoiles des huit cieux du Paradis^ c'est-à-^ire resj)ace d'environ douze ans de 365 jours chacun, depuis que nous y travaillons sur la terre, c'est-à-dire depuis 1300. Remarquez les nombres cabalistiques 9 et 33, qui jamais ne manquent de revenir à point nommé.

La languie qui par moi fut parlée et formée, elc,

21. La langue éfotique que nous parlâmes, sans l'avoir créée, puisque Frédéric H et Pierre Desvignes, Guido Guinicelli, Gino de Pistoja, et tant d'autres, s'en servirent habilement avant nous, l'idiome amoureux s'éteignit, tutto spento, car il nous fallut y renoncer, entendu qu'il était de trop de gens, lorsque la confusion se mit dans les rangs gibelins, par suite de la défection du Nembrod Guido de la Torre ou de la Tour (Enf, xxxi et Ptn'g. x), quand « les travaax furent suspendus {confusion has corne on owr works\ que le

1158 LE PABADIS.

mot^ vetimm^ le langage fat perdu , » et le Temple détroit {Ugk on M.'. Voy. snrtout le Vuig. eloq,, pp. 387 et suiv. des RétféL)

Sur terre n^ap^parait pour y durer sans cetiet etc.

22. Rien de ce que produit TÀmour sectaire guidé par la raison, nullo effeito razionabxle, n^est immuable; au cootraîre, les effets de cet Amour changent selon les divers grades ou oieux par lesquels il doit passer» seguendo il cielo, en renouvelant sa Gaie science, lo ptacere uman rinovelUh II est naturel à Thomme de parler ; ceux qui méritent ce nom parient la langue des saints, des Parfaits, qui les distingue des brebis orthodoxes; mais la providence impériale du Grand- Orient, Naiuras laisse les habiles combiner de nouYelles locutions, selon qu'il est avantageux à TOrdre, seconda che t^abbelUL

Sur terre on appelait EL le touvérain lient etc,

23. Bien avant que nous eutreprissidtis notre voyage de TEnfer (qui sait même si V infernale ambascia ne fait pas allusion à Tambassadc près de Boniface YIII ?) , Tidée que nous exprimons par B.EiN. se formulait par Un ou I, initiale d*tmperaior (je suis plus qu'autorisé à suivre la leçon de rottimo et du chanoine Dionisi, confirmée par plusieurs très-anciens manuscrits), bien iiUprême, anqtiri iiods parviendrons & force de Gaie science et à Taide des dégttiiements qu'elle nous suggère, somma bene onde vï'en In leiizia cke mi fnsm.

Puis ELI fut son nom, et n'importait en rien, eta

2b. Il s*appela ensuite Ë.L.L, c'est-à-dire £it^tc0^ lMcenUmr>' ghese, ïmperatore, et rien de plus convenable, cid conviene, puisque tel était le nom de notre monarque bien-aimé. Or, il en est des princes comme des feuilles, Tun s'en va, l'autre vient; mais, ici l'autre, c'est A.L.T.R.A., ArrigOy Lucemb., TempL, Re, Augustù, Je lis, dans un cahier manuscrit que le mot de passe dd grade est Eliael, mot qui paraît bien de ta même famille que ËLl.

Sur U mont qui plus hoAt d*«9W aU-ctenia èe Vonés^ e^

25. Nous sommes restés, en ta personnel sept liéarea envIrûD stfr la montagne du Purgatoire, dans le lieu de réflexieii et d'«xpiati(Mi, où tu es arrivé souiM des vapeurs de i'fiofer maaia) «t que ta «

CHANT XXVI. 116d

quitté parifié pour une vie nouvelle, con vitagfurtUt bien-^e flétHe par un arrêt inique, e disonesta; car tu y es entré k la première heure du jour, comme les Maçons, et tu en es sorti au moment où le soleil change de cadran après la sixième, came H sol muta quadra aW ara sesia. De pareilles concordances ne seraient-elles pas bien étranges si nous avions fait fausse route jusqu'ici ?

C*est ainsi que le très-subtil théologien albigeois a trouvé moyen de nous apprendre qu'après être passé Maître secret, puis Maître PARFAIT, il avait été décoré de la clef d'ivoire, clef du langage du Temple, et qu'à ce titre il avait pris rang parmi les Lévites, autrement dit parmi les pasteurs évangéliques, you hâve had rang amang ihe Lévites; enfin que sous ce même nom d*ADAM, father Adam, il avait présidé, comme Yénérablc, la loge philosophique des Chevaliers adeptes de TAigle et du Soleil. (Voy. Light onM.\, pp. 253 et suiv.; Bazot, il3; Villiaume. 189.) Comment, en effet, aurait-il pu intercaler tant de dénominations étranges qui se produisent dans la série des prhicipaux grades, s'il ne se fût avisé de l'expédient rétrospectif que nous signalons ici ? Mais, après s'être dédoublé tant de fois, Dante-Béatrice pouvait-il hésiter à se mettre en scène comme Dante- Âdaro, conversant avec lui-même et répondant à ses propres questions, de la même manière qu'il est procédé dans les loges entre le Maître et le Candidat?. Adam lui-même, selon l'Écriture, n'était-ll pas homme et femme, et le P. Lombardi ne nous vient-il pas en aide lorsqn'jl dit : a Le poète, h l'imitation des saintes Écritures, à pu, dans Adam, comprendre également Eve? » 11 l'a si bien pu qu'il l'a fait, et que Dante-Béatrice ne diffère en rien de Dante identifié, en tant qu'Adam et Eve, avec son église florentine. (Voy, Léon HébreUi Philosophie (P amour, dialog. m.)

iiien de plus compliqué, nous en convenons, qu'un mysticisme aussi savamment élaboré, que ces créations multiformes de l'esprit sophistique signalé unanimement chez les Pauliciens, les Vaudois et les Patérins, par Euthymius, Rinieri, Piiichdorf, Moneta et Bossuet* Mais nous ne nous lassons pas d'en suivre les mille combinaisons capricieusement enchâssées les unes dans les autres, et se rattachant toutes à une même pensée, à l'aide du lien moscnque qui les unit, pour nous servir des termes du Banquet, La tâche que nous avons entreprise n'est pas moins fatigante que le jeu du casse-tête chinois, et nos forces sont sans doute au-dessous d'elle; que ce soit un modf pour nous pardonner s'il nous arrive parfois de faillir dans quelqu'une de nos Interprétations. Nous pouvons errer sur certains détails, mate

1160 LE PAKAD18.

nous avoiHi la couvicibii d'être dans le vrai pour toul ce qu'il y a de vraiment capital dans cette œuvre prodigieuse, où Ton ne sait ce qui t'emporte de Timmense doctrine ou de l'iomiensc génie poétique.

mm xnii.

Le Paradis entier s'écria : Gloire au Père, etc.

1 . Tout le Pm-adis Dantesque s'écrie : Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit! Mais sans s'expliquer, bien entendu, sur laquestioudc savoir comment ils procèdent l'un de l'autre, si le Fils est ou uoo consubstantiel, s'il réunit ou non les deux natures, etc. C'est qoc l'enseigne a une grande valeur, et que les mots en sont une excellente lorsqu'ils ont une valeur élastique. Le docte Rose-Croix le sait mieux que personne : aussi sa joie est-elle sans bornes en entendant chanter des paroles dont l^rthodoxîe ne saurait être soupçonnée. L^inivers entier lui semble rire de la mystiûcation dont les plus Gos seront dupes 5 Rome, mi sembravaunrisodeU* universo. Aussi dans ce Paradis en joie s'enivre-t-il non moins par les yeux que par l'oreille, mia ebbrezza entrava per l'udire e per lo viso, tant ce qu il voit et ce qu'il entend dans le ciel des Rose-Croix est d'accord afec sa pensée intime.

0 honhefir inejfàble, extase sans ^pareille, etc.

2. Comment une joie ineffable ne régnerait-elle pas au foyer de la Gaie science? Comment ces princes Rose-Croix, dont la vie entière est consacrée à l'amour, h rendre la paix an monde en l'arrachant au joug théocratique , désireraient-ils quelque chose en sus de cette Gaie science qui est la richesse la pkis assurée, vita intera d'amore e di pace ?

Tous deux étant oiseaux, à changer de plumage.

3. li'Homère du vaudéisme a pris admirablement tontes ses mesures. Sa profession de foi catholique sur les trois vertus théologales ne saurait laisser de doutes au sujet de son orthodoxie, il peut donc

donner carrièi^ à sa haine contre les chefs do VÈglise fomaine et prendre saint Pierre lui-même pour interprète. Les anathème&qui tomberont de cette bouche sacrée sembleront dirigés uniquement contre des pontifes indignes, contre des abus cond^nables, non contre le dogme catholique lui-même. Saint Pierre rougit de ses successeurs, et une divine colère le transporte à la vue de leurs méfaits. De blanche qu'elle était, la Splendeur dont rayonne TApôtre s'avivant cucore, est devenue pourpre, à Tôpposé de ce qui est arrivé à Béatrice, au ch. XYiii. De la couleur de Jupiter, saint Pierre est passé à celle (ic Mars, comme si les deux planètes changeaient de plumage, ou les deux loges correspondantes de décoration, ce que TOttimo expliqîie ainsi : «Jupiter est une planète bienveillante et signlGe, selon les astrologues, dignité ecclésiastique; Mars, au contraire, ^yant en propre la colère, il en résulte que, par celte comparaison, le poêle a voulu mettre en relief rirrilation d'un haut dignitaire de l'Église, courroucé contre les modernes pasteurs. »

La Providence, là, qui diipense à son gré, etc»

lu II n'était guère possible d'employer ici le mot Natura; aussi le poêle le remplace par celui de Providence, sans y joindre d'épithète bien entendu ; or, cette providence du Grand-Orient, qui règle la hiérarchie et prescrit à chacun sa tâche, a recommandé le silence à tout le bienheureux chapitre des Rose-Croix, becuo coro, aGn que de toute part on pût entendre la condamnation de VÈ^im catholique prononcée par le successeur immédiat de J.-G.

^„Nê t'émerveiUe p<u Si de couleur j« change ainsi, etc.]

5. Saint Pierre ne parlera pas seulement pour lui, mais aussi pour tous les saints Apôtres et pour tant de Solitaires et de Rose-Croix qui, empressés de marcher sur leurs traces, sont unis par un même amour, dit rottimo, gîunti in uno atnare. Tous, eu conséquence, animés d'une même pensée, manifesteront, en changeant également de couleur, une indignation égale à la sienne , vedrai trascolarar tutti cçstoro.

L'inirus qui sur la terre est assis en mon lieu, etc.

6. C'est contre fioniface VIII que fulmine l'apôtre indigné, vous

diront les eommentateurs, c'est lai qoi a^ait osarpé le siège pontifical, son élection. n*étant point canonique; c'est son avarice et son orgueil que le poète a touIu stigmatiser. N'en croyez rien ; Boniface Vllt avait i peine régné 6 ans en 1500, or, il faht bien du sang et des immondices pour faire un cloaque d'une ville comme Rome, il en faut beaucoup pour rassassier Satan, et ce n'est 'pas Tafiaire de cinq ou six ans ; puis d'ailleurs quel serait le sang que Boniface aurait fait couler 7 Croyez bien que, dans la pensée dantesque, ce sang se rapportait tout à la fois à la querelle des Investitures, au massacre des Albigeois et aux supplices des Templiers; cette pensée va d'ailleurs devenir bientôt plus explicite.

La couleur qWà \a nue imprime le soleil, etc»

7. On se rappelle que Béatrice est devenue toute blanche dans ic ciel de Jupiter ou des chevaliers Kadosh, dont la loge est tendue de blanc, après que son teint eut rougi dans le ciel de Mars, affecté aai Patriarches des croisades, dont la loge est décorée de draperies rouges; le même effet scénique est répété ici. Le Ciel entier prend une teinte enflammée, saitit Pierre s'empomrpre; autant en arrive des Apôtres et de la foule des Bienheureux^ même cau0e,)nême effet. C'est que la loge de« Rose-Croix est tendue de rouge, û hung tvith red» (Voy. Ligh. on Masonry, p. 317.) Sommes-nous dans le vrai T

Béatrice à ces mots aussi changea d^aspect.

8. Autre fantasmagorie, Béatrice ne rougit pas, quoiqu'elle chaoge d'aspect, trasmuto sembianza, ou plutôt d'apparence extérieure, elle s'intimide, comme une femme honnête, sûre d'elle-même, en apprenant la défaillance d'A.L.T.R.yî. Faut-U donc expliquer que la mort de l'empereur Arrigo de Lux. , Templier et Roi YI, sa foUoÉza, rendit singulièrement timide la pauvre foi albigeoise, qu'elle redevint V humble Béatrice de la Vita nuoca; que par prudence elle fut réduite h se dissimuler, à traïamuar sembianza^ à s'éclipeer enfin? Doutez-vous encore 7 Peut-être comprendrez-vout du moins le diéologien albigeois s'écriant: Pareille éclipse se fit, je crois, au del, M/e £GLissx in ciel fue, quand pâtit la suprême puissance, quando pfti la suprema possanza, ce Christ dont Henri était le représentant sur la terre, où comme lui il devait juger les vivants et les morts, Peniêtre à cette dernière preuve si évidente, la valeur réelle d'ALTEi'i et des autres ternies analogues est-elle désormais fixée.

CHANT XXVil. 1168

Fuît, la voix pxmrtuhH d'un ton plut véhément^ eHb

9« La voix de saint Pierre n'est pas moins changée qae sa couleur lorsqu'il reprend la parole» Le motif nous en sera sans doute connu plus tard, mais il semble que déjà le débilt ne manquait pas de Yéhémenee.

Nan, VEglise du Christ n'a p(u été nourrie, etc,

10. Saint Pierfe tonne d'abord contre la simonie dont sont entachées les élections pontificales et dont le résultat est de faire livrer à prix d'or, Comme une prostituée^ l'Église do GhHst, son é|)Ouse, à des mains indignes. Il se piatt à rappeller qu'elle a été Doorrie du sang de sept martyrs : du sien, de celui de Lin, de Clei, de Sixte, de Pie, de Galixle et d'Urbain, en tout sept Papes de la primitive Église, jasqu'en 223. Sur quoi l'Ottimo uoos dit que v c'est là un nombre parfaits composé qu'il est de 3 et de Ai et que sous ce nombre parfait, sotto quesîo numéro, le poète entend tous les successeurs de saint Pierre ayant subi le martyre pout* l'Église ; » ce qui nous i*eporte à la nu des perséeotious, et fait comprendre que le véritable esprit de l'époux aurait abandonné l'épouse au moment où elle s'établit triomphante à Rome, au temps du pape Sylvestre, lorsque Constantin fit le premier rkco padre; époque à laquelle, nous dit fiossUet, les Vaudois prétendaient « s'être retirés de l'Église romaine ; prétention si ridicule, ajoUte-t-il qu'elle ne mérite pas d'être réfutée. » {Hist. des Var.i XI, p, &90.) Telle est aussi la fin de non-receYoir opposée dédaigneosetlient par nos premiers contradicteurs à notre méthode d'interprétation.

Nous n*avons jamais eu, certes, l'intention^ etc.

li. Nous n'avons pas entendu que nos successeurs eussent à traiter en réprouvés Ceux qui, comprenant l'Évangile autrement qu'eux, comme les Albigeois, ou la question des deux puissances, comme les Gibelins, n'en faisaient pas moins partie du peuple cht^étien, parte det popol ârûtiano; ni qu'ils eussent h lancer contre les uns et tes an- U^es, sons l'étendard des Clefs, segnacoto in vessitlo, des bandes de mercenaires, et à faire couler ainsi à flots le sang de leurs semblables, baptisés par l'eau ou par Fasprit, cke contra t battezati combattesse, en foutant aux pieds la loi d*Amour.

Des brtfs, jpcur or vendus, aussi menteurs que vains, etc.

12. Les premiers pontifes étaient loin de penser que la figure de saint Pierre gravée sur Tairain, figura di sigiUo,senïmi à sceikr des bulles desiinées à vendre à prix d'argent et d'or des indulgences menteuses, a' privilegi venduti e mendaci, dont ils rougissent et s'indignent dans le Ciel, ond^ io arrosso e disfamllo.

Dans chaque pâturage on voit le loup rapace.

13. Les Papes et surtout Grégoire VU alléguaient, pour réclamer le droit d'investiture, que les Empereurs n'appelaient à l'épiscopat que des prêtres indignes, et depuis que le saint-siége a usurpe ce droit contesté, Tes choix sont plus déplorables que jamais. Dans luus les diocèses, per tutti t paschi^ les évoques, avides de richesses, sont devenus des loups rapaccs, Lupi rapacij portant, comme Foulque de Marseille, la désolation au milieu de leur troupeau. Aussi TOttiDio nous renvoye-t-il aux hypocrites, ipocHti tristi du ch. xx de VEnf, Et Eutbymius, Rinieri , Pilichdorf, s'accordent-ils pour nous dire que les hérétiques avaient horreur de l'effusion du sang, même de celui des criminels et des animaux , ne faisant d'exception que pour le serpent, qu'il était permis de tuer {voy. Schmidt), et qu'ils avaient en horreur, comme nous l'avons dit au sujet des reptiles dont sut se délivrer Guillaume de Gellone, (xviir, note 17.) 0 jugement de Dieu, pourquoi es-tu gisant, perche giacù dans la personne du IVDEX, dans celle du VËLTRO, du Vcnerando Enrico, Lucemb. TempL, fie Ottimo, qui devait refouler aux enfers la fuia^ la prostituée romaine ! Notez que^ dans plusieurs anciens manuscrits on lit avec rottimo, o difesa dxdio^ ce qui est à nos yeux la leçon originale. 0 héros vengeur de Dieu, pourquoi n'es-tu plus qu'un cadavre!

Cdhorsins et Gascons s'apprêtent, pleins d^audace, etc.

1/i. Les Cahorsins et les Gascons, caarsinie guaschi, ne sont pas seulement les papes Clément V et Jean.XXIf, le premier de Gd^Mgne, le second de Cahors, ce sont aussi les cardinaU e prelati, ooib dit rOttimo ; Illi de Vasconia et Caorsulis qui aliquando habent majorein partent cardinalium, ajoute de son côté l'annotateur du Cod, Glembervie^ attendu que ces deux Papes s'étaient entourés de leo» compatriotes. Mais quel est le sang qu'ils s'apprêtent à boire à l'eau les uns des autres ? Celui de saint Pierre et de ses successeurs? Non certes; leur patrimoine, à en croire les commentateurs, toujours û

r.BANT XXVI I. 1165

claivoyants? Pas davantage ; qaoîqa*il fût bien liquide, la métapliore serait un peu forcée. Non, le sang dont ils se repaîtront est le nôtre, entendez -vous bien? ndstro sangue, c*est celui des Templiers, celui des fidèles professant la même doctrine évangéiique que saint Pierre, les Rose-Croix, les Albigeois, cl dans ce sens la métaphore n*a rien que de très-acceptable. O Église primitive, qu*est devenue ta foi, ta pureté à ton début? Épouse immaculée, te voilà, comme Église catholique romaine, descendue au rang d'une vile prostituée, a che vil fine corwien che tu caschil

Mais hientâi y saura ponrooir la Providencef etc»

15. Mais bientôt un Empereur, Fa/ra prot^tV^n^a^ digne do succéder an noble Henri, suscitera le Scipion véronais, Can grande de la Scala, le grand Khan des Tartarins lombards, et le fera marcher, nouveau ve/fn>^ contre la Garthage délestée. Il se souviendra du de^ lénda Carthagoei viendra ainsi, comme je Tentends, si com'iocanctpio, au secoursde l'Église évangéiique, soccoitù tosto, celle qui seule doit régner dans Rome, sous l'égide de la monarchie universelle, celte gloire du monde, gloria del mondo. Demandez aux commentateurs quel est le régime de soccoirà. (Voy. VAfrica de Pétrarque.)

Vas proclamanl ce dont je ne fais point mystère»

16. Et toi, mon fils, qu'ils traitent d'hérétique, tufigUo, dont la foi est la même que la mienne, tu vas être encore obligé, par la mort de \

Ion Messie, de descendre à la feinte, ancor giù tomerai, à raison du joog pesant de la mort catholique per la mortal pondo; que cela ne l'empêche |)as de tonner contre la prostituée dans ce langage dont la es l'Adam ; imite-moi dans ton beau style à double et triple face, apnla bocca^ne dissimule pas ce que jejn'ai pas dissimulé, non nas" conder quel cK io non nascondo; mais laisse entendre aux nôtres ce que j'ai sous-entendu. Le vicomte de la Revue contemporaine n'avaitil pas raison de m'attcndre au Paradis « avec mes toiles d'araignées? » [sic) y il comptait sans saint Pierre, cite soccoD-à tosio.

Commet à flocons glacés, notre pâle cUmosphèrer etc.

17. De même que l'atmosphère catholique projette ses vapeurs gelées, qui tombent in bianca faUla di fredda neve ed in noiosa pioggia onde l'aere s'attiista (Canz, xill. Voy. RévéL p, 379), ce qui

arrive dant notre air, aert mstro^ quand la eoma du bouc romaîo, du caprîcomo, dit l'Ottiioo, s'afise de toucher au soleil d'Orieat, ï rétoile flamboyante dea Rose-Croii, (la Stella des premiers chantres d'Amour, leur fleur, leur rosa fresca, fronzuta.) De même noue Rose-Croix vit remonter en vapeurs triomphantes, bien différentes des tristes vapeurs glacées du papisme, tous ces Bienheureux qui venaient de fraterniser avec lui et avec Béatrice, après avoir applaudi aux glorieux examinateurs par qui sa foi avait été proclamée irréprochable et tout évangéiique.

Les gttivit mon regard, jusqu'à ce que Vespaoe, ttc

18. Gomme le poète en a beaucoup dit, peut-être même trop, et qu'il pourrait y avoir péril à insister davantage , le moyen employé lui interdisant par son excès même d'aller plus avant , il feint de ne pas pouvoir suivre plus loin du regard ses splendides fictions, sembianti, attendu que il mezzo per lo nwUo gli toise *l trapassar pik avanti.

Ma dame alors voyant qu'il n'était plus en haut, etc.

19. Béatrice, non moins convaincue que son fidèle du danger de regarder plus longtemps en haut, Tlnvite à regarder en bas, afin de reconnaître combien il a fait de chemin depuis qu'il est passé d'une Église à l'autre, de l'occident à Torient, guarda^ lui dit-elle, corne tu sei voUOf comme te voilà converti.

Cette courhe par nous avait été décrite, etc.

20. Il voit eu effet qu'il a parcouru tout l'espace qui, à partir du méridien, jusqu'à l'horizon occidental, forme ce qu'on appelait de son temps le premier climat ; si bien qu'il aperçoit d'un côté an delà des colonnes d'Hercule, franchies par lui sous le nom d'Ulysse {Enf. XX vi) , et par suite la Péninsule italique, avec le lieu où si^ le vieux de la moulagnc catholique (£n/l xiv) ; de l'autre, bien plus près en de çà par rapix)rt à lui, di guà presso, le rivage syrien d'où la lumière d'Orient, pure comme l'innocente Europe et la chaste Béatrice, fut, doux fardeau, dolce carco, transportée par un Jupiter quelconque, peut-être Barberousse, mais plutôt Frédéric II, dans les pays d'Occident Gomme il n'a pas besoin d'en voir davantage, il se hâte de dire que le soleil, qui se trouvait sous ses pieds, lui étant

CHANT xxvii. 1167

dan» le ciel des itoilps fixes, l'eippôchail d'en découvrir plus ; attendu qu'il s'était avancé de tout un degré, ou que la lumière avait pro* grmé pour lui d*un nouveau grade, tm segno e più pariùo.

Mcfn esjprit cunstammetit vers ma dame tendu, etc.

21. Si vous voulez entendre avec les commentateurs, donneare^ dans le sens de courtiser, il vous faut traduire, qu'il brûlait de tourner sur sa dame les yeux de son esprit qui, amoureux d'elle, ne cessait de la courtiser. Mais si vous nous en croyez enfin, vous traduire»: Slon esprit qui ne faisait qu'un avec Béatrice, ma pensée parlée, mon verbe, qui se damoisait en e|le, comme toujours, che donnea con la mia donna sempre^ brûlait du désir de reporter sur elle toute mon, attention, de la contempler en moi-même, sans me laisser distraire par les objets ei^térieurs.

Tout cela réuni serait terne et sans force, eic»

2% L*examen de conscience auquel le pieux théologien vient de se livrer, ou si vous l'aimez mieux, la contemplation de Béatrice, le plonge dans le ravissement Rien dans les œuvres de la nature, rien dans celles de l'art, n'est aussi beau, aussi lumineux que sa doctrine, et ne cause un plaisir aussi divin, lorsqu'il lui est permis de sourire, c'est-à-dire de se manifester dans son éclat. Que sont près d'elle les beautés de chair, que sont toutes les belles madonnes et toutes les saintes dues aux pinceaux de Gimabue et de son ami et maître Giotto ? rien, mente verso lo piacer divin che mirifulse, ou, comme le disent rottimo et i'Annot. Gaet , omnes aiiœ scientia (lisez doctrinœ)^ nihil sunt respectu hujus sacrœ tkeologice. Pourquoi n'ajoutait- il ^çatholieœ? G'est qu'il pensait evangelica.

De son divin regard Vùifluence invincible, etc.

^%, Telle est la puissance de cette contemplation, la virtù^ che lo sguardo (délia mente) m'induise, qu'il est enlevé du 8*" ciel au 9% des étoiles fixes, où brillent les Gémeaux, les Rose-Groix géminés, (lel bel nidû diLeda, dans le premier ciel loobile, dont le mouvement est le plus rapide, velocissimo.

Voyons donc, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, à quelle science et à quel grade maçonnique peut être comparé le premier iBobile où nous sommes arrivés» « Le ciel cristallin, lisons-nous an

1168 LB PARADISé

XT" ch. du Cmwtto on banquet des Rose-Croix, offre qdc ressemblance des plus manifestes, ha comparagione assai manifesta, nec la philosophie morale; car celle-ci, selon ce qu'a écrit Thomas, sor le second de TÉthique, nous consacre aux autres sciences, ordim noi aile aUre scienze; en effet, comme le dit le philosophe, au Vde rÉtbique, la justice légale (le monarque dont émane de droit toule justice) ordonne (qui de droit) pour apprendre (enseigner) les sciences, ordina le scienze ad apprendere^ et commande, comanda, afui qu'elles ne soient pas délaissées, de les apprendre et de les enseigner. De même ledit ciel ordonne par son mouvement la révolution quotidienne de tous les autres ; révolution au moyen de laquelle tous ceux-ci reçoivent chaque jour ici-bas la vertu de toutes leurs -|)artics. (C'est bien des cieux d*ici-bas qu'il est question, oXmandano n*cst pas oublié, quoi qu*en pense Pederzini.) Car si la révolution de celui-ci n'ordonnait pas tout cela, non ordinasse dà^ peu de leurs vertus ou de leur aspect, vista, arriverait ici-bas. Or, admettons que ce 9"^ ciel pût ne pas se mouvoir, la troisième partie du ciel serait encore invisible en chaque lieu de la terre, ancara non veduta, H n'y aurait pas ici de génération, ni vie animale, ni vie végétale; il n'y aurait ni jour ni nuit.... tout l'univers serait désorganisé et le mouvement des autres serait en vain, elmovimento deglt A.L.T,R.L sarebbe indamo. (Tous les manuscrits portent bien attri et non pas a^rrt^ comme le voudrait Pederzini, qui n'y comprend rien, comme tant d'autres.) De même, cessant la philosophie morale, le gai savoir serait celé pour un temps, rA.L.T.R.£ scienziesarebbonocelaieai' cun tempo, il n'y aurait ni génération (mystique), ni vie de féliciié (ni salut par la consolation albigeoise), c'est en vain qu'elles auraient été mises par écrit (l'altre scienze^ et trouvées anciennement (dans l'Inde, l'Egypte et la Syrie). Pourquoi il est très-manifeste que ce ciel (le 9*) est compararble à la philosophie morale. »

Nous croyons pouvoir dire à notre tour que le ciel de la philosophie morale, mobile éclairé des actions humaines, nous paraît essentiellement comparable à la loge philosophique, qu'un de nos cahiers manuscrits intitule nec pins ultra, et cela par plusieurs raisons. En effet, à ce premier titre en latin, s'en joint un autre, celui àe philosophe inconnu, en caractères hébraïques, et Light on Masonry, oà l'ordre des grades se trouve interverti, rappelle philosoficallodge ei Chef de la Maçonnerie, ce qui indique que c'est là le couronnement de tout le système. Ce grade est très-curieux à étudier dans son rituel, dans son catéchisme et dans ses termes hermétiques, car il est

CHANT XXVÎÎ. ' 1169

pour oous le trait d'anion entre les Maçons templiers et les alchimistes, dont je laisse à d'autres le soin d'interpréter le langage mystérieux; mais j'appellerai particulièrement Tattention sur un livre des plus singuliers, qui traite évidemment de ce grade sdprême de la Maçonnerie. Il est intitulé : Le Suisse catholique detix fois, eu doctrine ^philosophique dédiée aux juges grands-commandeurs inconnus, par le F. *. TacxsL Paris 1814. On se rappelle que le fameux illuminé saint Martin prenait le nom de Philosophe inconnu.

Toujours est-il que dans le livre anglo-américain, nous voyons, comme dans le premier mobile dantesque, plusieurs cercles toncentriques, et que l'adepte, interrogé sur la signification du dernier de ces cercles, répond : Il représente l'immensité de TÊtre étemel et suprême, qui n'a ni commencement ni fin, the grand circle repre-^ sents the immensity of the Eternal suprême, who has neither be^ ginning nor end, d'où suit que celui qu'il renferme immédiatement équivaudrait au premier ciel mobile, puisquenous verrons celui-ci contenu à sou tour par l'Ëmpyrée. Nous y voyons, qu'à la loge philosop/itfti^^ dans laquelle on apprend la signification des divers symboles, succède la loge inorale, où il est question des trois règnes animal, végétal et minéral, qu'if selon Dante, « périra lent avec toute génération sile mouvement du grand ciel venait à cesser, » et qui là sont désignés comme les gouverneurs de la nature, governors of nature ; que Tor et l'argent sont des métaux parfaits, et que Tart peut porter les autres métaux à leur perfection, aussi bien que la nature, ce qui est le but de la science hermétique, etc. Nous ne chercherons pas à pénétrer davantage dans ces ténèbres, d'où doit sortir la lumière; selon la devise de ce dernier grade : Imx ex tenebris; il nous suffit d'avoir indiqué ceux des points de comparaison qui nous apparaissent distinctement, quoiqu'il y en ait sans doute bien d'autres. Nous avons hâte de reprendre notre interprétation du texte.

OuiqrAe pcurtie en est vie et lucidité, etc»

25. Ce 9* ciel se compose des nombreuses loges mères répandues dans les diverses contrées; loges mères qui sont à ce titra les plus élevées, eccelse, dans ce que l'ordre du Temple appelait ses provinces.

Parties constituantes, parti, du grand tout maçonnique, et foyers de vie, pour l'Ordre entier, rtvmtme^ elles ont ton tes la même décoration, les mêmes rites, les mêmes symboles, elles sont uniformi; aussi Dante ne peut-il dire dans laquelle de ces loges mères, sa foi

béaifiaiite lo coDduisit, ai ce fut en Toscane, en Lombardie, dans les légations. Il y en avait en effet un peu partout, au témoignage da révérend dominicain, Rinicri Sacconc, Finquisiteur ex-Cathare, déjà cité : Ecclesia Francice, Ecclesia Toiosana, Carcassonnensis, Albi- §ensiss Sclavonite, Latinarum de Consiatainopoli^ Gracorum^ ibidenij Ecclesia Pkiladelphia in RomatUa, Burgalia, Dugumhia, etc. {Ap. 0. Martenne, V, p. 1767.) Défense aux F. * . de dire où reçus.

Mais elle, qui lisait mon désir en mon sein, eU,

36. (.es désirs du tliéologien ne pouvant être que ceux de sa foi, c'était bien le moins qu'elle les connût et qu'elle en sourit de joie ; puisqu'ils se rattachaient qécessairement à la Gâte 5Ct'eiii;e, par suite, Dieu lui-même, objet de cette foi, et avo delCAne devait se réjouir en elle, Dio parea nel suo visogioire.

M.. La nainvi' commertce ; Et ce Ciel tout entier n'a d'autre emplacement.

27. Suivons maintenant rcxplicalion de Béatrice : la providence monarchique et templière, qui imprime le mouvement gonvcrncmental à tout le système, tutto intomo innove, en maintenant le monde en paix, quieta il mezza, commence son action h partir d'ici, mi meta, puisqu'au delà de ces loges mères il n'y a que le Gi'aud Orieiii, l'étoile flamboyante, la puissance unique, universelle.

Que le divin Esprit^ etr*

28« Toutes ces loges mères, composant le neuvième cid, sont embrassées parla pensée impériale, qui est le foyer, le cfoi^e vers lequel elles tendent sans cesse ; car c'est de lui que dérive cet amour qui les meut et la- doctrine qu'elles propagent, doctrine qui est une forcei une puissance, virtii, dynamc. Voy. dans le Convito ir, comment le mouvement rapide du 9*" ciel au sein du ciel Empireo (ciel suprême de rjËuipire, au risque de révolter les philologues), est déterminé par le ferventissimo appetito que ressent chaque partie de l'un à tout ce qui est do l'essence de l'autre.

ha lumière et l'am^u,r embrassent son enceinte^ etc.

29. Il va sans dire que le ciel suprême de l'Empire étant tout

ainonr et lumière, 11 embrasse lo ciel des logea mères de cet aiâour iomioeax, de même qae celles-ci embrassent daas lear amour et édaireut de leurs lumières tous les fidèles d'A.L.T.R.1. Enfin» que cette zone de loges supérieures, quel precimo, est seule à comprendre, en les recevant directement, les ordres, les instructions diri- , géantes du Grand-Orient, dans l'orbite duquel elle se meurt, quel precimo colui cke il cinge solamente vitende. Ainsi sont mis d'accord Laudino, Daniel, Venturi et Lombardi, dont les interprétations différentes n'arrivaient pas à faire comprendre cette phrase si claire dans le sens que nous lui restituons.

Son mouwment par nul autr$ ne se mesure, elc.

30. L'action des logés mères, par rapport au monarque universel Henri, n'est pas distincte de la sienne, puisqu'elle leur est transmise directement, non è suo moto per A»lu T.R. 0. dùtinio, mais c'est p^r elles que sont tuiles, endoctrinés, misurati, les fidèles d'A.L. T. R.I., gli altrx son misurati da questo; voici comment : le mot d'ordre est adressé à deux et à cinq (notez que 2 et 5 font 7, nombre parfaits rotttmo l'a dit maintes fois du parfait Henri YII), et ceux-là bien et dûment tuiles, ils le font passer à dix, à vingt et à bien plus encore, sï corne diece da mezza e da quinio (son misurati). On remarquera que le verbe miswrare correspond ici parfaitement au verbe ordinare, si habilement employé dans le passage du Conoito, rapporté note 22, que les habiles n'y ont vu que du feu ; prenez successivement œ-dinare, dans ses trois acceptions différentes, savoir donner les ordres sacrés, organiser et commander, vous finirez par vous y reconnaître. {Voy, lesgradesd'Élu des 9, des 15, Light on M.\)

.... Dans ce sol profond le temps a ses racines^ elc.

31. Tu peux voir clairement désormais, comment l'avenir ou le Temps armé de sa faux, destinée <i renverser Rome, est en germe dans ce vase lumineux du Temple, testa, dans ce vaso naturale signalé par Stace le Toulousain {Purg. xxy), dans ce Saint-Graal, ou cette étoile flamboyante ; comment l'organisation mystérieuse des fidèles d'A. L. T. R. I. est comme le feuillage, fronde, de cet avenir dont les fmits sont si impatiemment attendus.

Si tout cela ne se suit pas dans un admirable enchaînement et n'apparaît pas intelligible et parfaitement clair à l'esprit de tout homme de bonne foi, quand le texte, entendu selon la lettre, ne rend que

1172 LE PARAniS.

ténèbres sons la pioche des plasérudit8,Ufaut quenons soyons dope de la plus étrange hallucination, comme on ne se gêne pas pour le débiter à bas bruit ; mais alors qu*on veuille bien prendre la peine de nous ramener à la raison et à la vérité ; qu'on Teuilie bien nous dire , comment la diatribe de Béatrice contre la corruption du siècle peot se rattacher à la description mystico-astronomique que nous venons d'analyser ; on n'est pas savant pour clabauder à huis clos et pour tenir la lumière sous le boisseau.

0 convoitise humaine ! en tes fatales eaux, elc

32. 0 détestable cupidité de cette louve romaine, dont le jouf; pèse tellement sur ses esclaves, véritables suivants de la mort, mortali. qu'elle les submerge dans les eaux fangeuses de sa doctrine, a/fonde sotto te, au point que pas un n*a le pouvoir de lever ostensiblement les yeux vers la lumière, nessuno ha poder di rnrar gii occhi fuor.

On voit hien, ^ar instant ^ un penser vertueux^ etc.

33. Les hommes, ceux qui ne sont pas des brebis détestables, des brutes (Conv,^ auraient I)9nne volonté de secouer le joug, benporisce ilvoterc;mmsh pluie catholique (i7p/eî/r,disent lesF.F. '. en péril, et rappelez-vous les pluies de feu ou glacées de l'fcnfer), celle pluie stérilisante, ne discontinue pas, pioggia continua, et fait avorter les meilleures intentions.

L' innocence t la foi, chea Venfant au Jterceau, etc.

3^1. L'Église romaine ne produit la foi que chez les enfants, dont l'intelligence n'est pas encore mûre, et cette foi fugitive disparaît quand leur vient la raison avec le premier duvet, pria fugge che le guance sien coperie. Il ne reste plus que des athées on des hypocrites. Gela se comprend -il?

Tel, bégayant encor, qui jeûne exactement, etc.

35. Ceux qui jeûnaient enfonts, hommes devenus, ne tiennent compte de carême, de vigiles ni de quatre-temps, lorsqu'ils pensent le faire impunément, divara qualunque cibo pei^ quaiunque (una. — Rinieri nous dit des Yaudois et Cathares : Jejunia ecctesia mm curant. (C. v.)

Tel, bégayant encore, aime, écoule sa mère, etc.

36* Ceux qui, enfants, aimaient et écoutaient pieusement la saiutc mère Église, ama ed ascolta la madré, hommes devenus, voudraient la voir abattue pour ne plus se relever, disia poi di vederlasepolta. Esi'il possible d'exprimer plus nettement que pas un homme intelligent, arrivé à Tâge de raison, ne croyait des doctrines imposées par la violence, et que ceux qui s'y soumettaient extérieurement obéissaient à la crainte ou à l'intérêt, en attendant le moment désiré où ils pourraient s'affranchir d'un joug détesté?

La belle fille ainsi, d^abord blanche et vermeille, eic,

37. C'est ainsi que se recrute l'église évangélique à l'enveloppe blanche ou noire, selon la circonstance, comme le pavé mosaïque du Temple, comme l'aigle blanche et noire, comme les tentures, les habits et les bijoux de l'Ordre maçonnique; cette belle fille de l'astre flamboyant, qui se lève à l'Orient, apportant la clarté, et tourne le dos à la nuit catholique, ch' apporta mane e lascia sera; bclle-fille à li peau d'une blancheur éblouissante, pelle bianca, qu'il lui faut montrer noire au premier abord, nera, nel primo aspetto. Voilà pourquoi la Comédie diabolique, que nous dévoilons enfin après cinq siècles, apparaît si obscure au premier aspect. Voilà pourquoi Ecbert, cité par Bossuet {Hist. des Yar,, p. 501), appelait ces hérétiques des hommes obscurs, de même que Boccace désignait Dante par le nom de Minerva oscura. O génie des commentateurs, voyant dans cette bella figlia la nature humaine, dont le soleil, padre d'ogni mortal vita (Purg. xxii), est le père. Quand on songe qu'il y a bien dix mille volumes de cette force ! Mais ils ont pour eux le vote universel et l'approbation des docteurs catholiques, qui finiront, m'assure- t-on, par me faire mettre à l'index, attendu que je leur siguale l'hérésie où ils ne la soupçonnaient pas.

"En s' égarant toujours vogue le genre humain, etc,

38. Apprends, pour ne pas t'étonner de ce que je dis et de ce qui arrivera bientôt, que tout le mal provient de ce que le gouvernement, disputé entre deux pouvoirs rivaux, n'est pas dans une seule et puissante main, dans celle du monarque universel, in ten^a non è chi goDemi. C'est ainsi que l'entend aussi l'Ottimo : Pero mal va il gavemo dello Imperio, e mole quello del Pasturale. Mais avant ((ue de longues années se soient écoulées, il s'élèvera de ces loges mères,

de ces deux snpérieors, des cris pareils aux nigîsseoients du lion,

ruggeran questi cieli supemû Ils n*ont rugi qu'en 89.

Mais avant que janvier laisse l'hiver arrière^ etc.

39. Â ce rugissement, la tempête si désirée des fidèles d'Âinoor éclatera enfin, et le poète révolutionnaire Terra atec bonheur une nouvelle forme de gouvernement substituée à Taucienne; le Pasteur évangélique, l'apôtre de l'hérésie, ordonné par saint Pierre, se réjouira de la ruine du sainl-siégc; le missionnaire socialiste applaudira au bouleversement social qui enrichira les pauvres cl réduira les riches à l'indigence, cambiando condizion ricchi e niendici. Alors la Papauté, la Fartuna^ virera de bord, le poppe volgerà u* son le prore (il y a là un caicmbourg tant soit peu lesle), ce que l'on attend depuis si longtemps, che tanto s'aspetta. Alors la flotte humaine voguera à toutes voiles vers ses nouvelles destinées, dans la voie du droit, de la vérité et de l'amour, diretta. Alors enfin ce maître Parfait de Tordre du Temple, ce sublime et souverain prince Rose-Croix, qu'on nous accuse d'avoir méchamment calomnié, recueillera le fruit des vérités semées par lui à pleines mains, sous forme de fleurs poétiques, dans sa Comédie, si justement proclamée divine, e vero fi^tto verra dopo il flore. Qu'on dise que la Maçonnerie est un jeu d'enfants.

CHANT HYIil.

Lorsqw celle par qui mon âme au Ciel ravie S'emparadisait toule, implacable aux pervers, etc.

1. Celle qui béatifie emparadise nécessairement, surtout lorsqu'elle met en relief avec tant d'art la véritable cause des maux qui affligent au temps présent, nella vita présente, les serfs misérables atuchésà la glèbe pontificale* miseri tnortali, courbés sous le joug de la Mort théocratique, et leur signale le renoède à des souffrances intolérables, aperse il vero.

De même que celui qui, levant sa paupière, Aperçoit devant lui briller dans un miroir, etc.

2. Le théologien albigeois retrouve aussi exactement que piofisiUe,

CHANT XWIII. 1176

daos les enseignements de la foi doctrinale qui Vemparadise, dans ces yeox qui Tont Gonverti à la religion d'Amoor, onde a pigiiarmifeoe amor la carda, tont le système maçonnique du Temple, système qui s'y reflète comme dans un miroir. C'est ce que reconnittray comme lui» quiconque sera frappé de ce qui se révèle dans ce volume d'une si savante poésie, cid che pare in quel volume, pour peu qu'on y regarde de près» comme nous avons fait, guandunque nel smo giron adocchîa. La nouvelle fantasmagorie qui s'offre à Dante n'a rien, tu reste, qui doive l'étonner, puisqu'elle est la contre-partie de ce qu'il îicDt de voir, an point de s'accorder comme la note musicale avec la mesure du vers, /accorda came nota con suo métro.

,.,,J'aperçus à disttince Un point clair, lumineux, d'où partout rayonnait, etc*

3. Est-il besoin de dire que ce point radieux, éblouissant, punto che raggiava lume, est le foyer lumineux de la raison, le soleil de justice, de vérité et d'amour, l'étoile flamboyante des Rose-Gruix, en un mot, le Grand-Orient du Temple ?

Comme la lune auprbs d*une étoile placée.

4. La Papauté, dont font si pen de cas les fidèles d'Amour dans ieor dixième ciel, et qui de là leur paraît moins que rien, guale Stella par QDiNCi piii poca, semblerait, à côté de ce foyer lumineux, aussi pâle que la lune, dont nous lui donnons le nom dans notre langage symbolique, parrebbe luna locata con esso, si jamais ces deux astres enoemis pouvaient figurer dans le mcmc ciel, comme des astres à côté l'on de l'antre, came Stella con Stella si colloca. Mettez donc en avant, pour la centième fois, le profond respect avec lequel Dante parle de la Papauté dans sa Comédie et à la fin de son traité De Monarchia,

Un cercle flamboyant, qu'un autre aum aplendide Circonscrivait, etc.

5. De même que le collège des Cardinaux est le halo de la lumière papale, la luce che il dipigne, aux lieux de la résidence du pontife romain, où le brouillard de la superstition est le plus épais, quando *l tHtpor che 'i porta è piii spesso; de même, autour du Grand-Orient, devenu centre, quand Béatrice nous l'a représenté, dans le chant précédent, comme un vaste cercle lumineux, immuable, circonscri-

vant le monde, sans être circoDscrit loi-méme, et donnant FiropaisioD au premier ciel mobile des loges mères; l*habile négromancien nous montre ici neuf cercles concentriques augmentant d'ampleur et diminuant de rapidité dans leur mouvement de rotation, à mesure qu'ils s'éloignent du point central. Le ciel le plus près de ce point rayonnant tourne donc avec une vitesse sans égale, celui qui vient après se meut avec moins de vélocité, et ainsi de suite jusqu'au neuvième, le plus vaste de tous. Rien de plus facile à comprendre.

La flamme rayonnait et plus vive et plus belle, etc,

6. Le cercle le plus voisin de la pure étincelle, pura faviUay source de toute lumière, est nécessairement le plus pénétré de la vraie flamme de l'amour, avea là flamma pïû sincera; il est le plus imbu des rayons de la vérité, più di lei Pincera, Et voilà comment le même système maçonnique se reproduit ici complètement retourné, quoique l'idée soit la même au fond. Peut-être allons-nous bientôt èu-e édifiés sur la cause de cette transformation, qui d'abord semble n'avoir été faite que pour dérouter, en les éblouissant, ces pauvres commentateurs profanes, qui se sont avisés de reconnaître là l'essence divine elle-même, au milieu du monde spirituel, et se sont eitasiés béatement devant ce magnifique tableau.

Ma damet me voyant tout pensif àem,ewré^ eie»

7. De ce Grand-Orient, étoile flamboyante qui répand la lumière sur le monde entier, dépend le ciel maçonnique et le système gétéral d'où procède l'action mystérieuse de cette providence unitaire qœ nous appelons Nature, da quel punio dipende il cielo e tiuta la Nature, Le cercle des loges mères, le plus rapproché de ce centre d'action, reçoit de lui et transmet, le plus rapidement de tous, rimpulsion première qui lui parvient directement. C'est là l'effet de Tardent amour dont ces loges mères sont l'inépuisable foyer, composées qu'elles sont de Parfaits lévites de Dieu, qui est amour,

Écoutons Ozanam : « Gomme à ce spectacle le poëte demeurait suspendu entre l'ctonnement et le doute, Béatrice lui dit : De ce point dépend le ciel et toute la nature. C'était Dieu. Et dans ces cercles, qui mutuellement s'attiraient vers leur ceutre, il reconnut b neuf Ordres de créatures spirituelles qui, entraînées par l'amour, entraînent elles-mêmes le monde entier. C'étaient les anges. » Telle était bien, en effet, ce que le poète théologien, ce Parfait sublima*

CHANT XXVUI. 1177

voulait donner à enlendre ; mais sa pensée, on le voit, était bien diflèreote, et le consciencieux écrivain, tout en constatant que ce passage n'avait pas été compris par les interprètes, n*en comprenait lui-même que la lettre. Son œuvre n'a pas moins été justement couronnée.

Si U monds m'offrait, répondû^e à Vinstant, L'ordre que je remarq^ en ces sphères ardentes, sic»

8. Si le monde catholique, dont Satan est le Pape, était oi^auiil conformément à ce que je vois, je n'aurais rien à désirer, se H mando fosse posto con Cordxne ch'io veggio. On le conçoit de reste. Mais ce Q*e$t pas tout, et le trait qui semble décoché si innocemment n'en est que pins acéré. Jugez-en : Mais dans ce monde, tel que nous le voyons, mondo sensibiie, les cercles maçonniques, les voûtes du Temple, le volte, sont d'autant plus divines, plus parfaites, qu'elles s'éloignent davantage du centre catholique, de ce gouffre où s'entassent tous tes crimes et an fond duquel règne Lucifer plongé dans son autre glacé, du punto al quai si traggon d*ogm parte i pesi, (Enf. uxiv.) Ozanam n'avait certes pas entendu le sens intime de ce passage; le vénérable Tommaseo non plus, qui, ayant passé sa vie à coUiger les textes auxquels il est fait allusion dans la Comédie, ne saurait se faire à l'idée d'avoir gaspillé tant de labeur au proGt d'un hérétique, et se cramponne à l'autel de Dante catholique. Nous regrettons de briser son idole ; mais il n'y a pas de transaction possible entre le mensonge et h vérité.

St donc dans ce suhXime et séraphique temple, etc.

9. Pour que Dante soit satisfait, il faut que Béatrice lui explique, dans cet admirable Temple des très-excellents anges Rose-Croix, doDt les murailles ont pour uniques matériaux l'amour et la lumière, cke solo arnore e luce ha per confine, matériaux dont ses Parfaits nwçons savent tirer si bon parti, comment il se fait que l'Église catholique, qui devrait reproduire l'image du Ciel, puisque son chef se dit le réprésentant de Dieu sur \à terre, en soit si différente; quand le Temple, au contraire, reproduit si exactement son modèle céleste, corne l'esemplo e Pesemplare tum vatmo d*un modo. Quant à lui,

il s'y perd. Per me indamo a cià contempla,

Si tu n*as pas aux doigts la vigueur nécessaire, etc.

lu. La prudente habileté d'un si grand maître dans l'art royal

exigeait ea eflet que le nœud de l'énigme fût anei serré pour décourager toute tentatiw de la part des profanes, tamo per non ientare èfatto sodù. On peut voir si le succès a répondu \ l'intentioo.

Les cercles corporels sont ou plus ou moins amples, etc.

11. Nous pensions bien que le reoTersement à vue de tout le système céleste ne tarderait pas h s'expliquer, et Ton doit reconnailre désormais qu'il avait pour but d'exalter le Temple, foyer d'amour et de lumière, aux dépens de l'Église, où la haine est au centre avec l'ignorance- ténébreuse. Suivons toutefois le conseil de Béatrice et aiguisons ce que notre esprit a de plus subtil pour suivre et comprendre sa démonstration, intomo Vassotiglxa. Étrange InstituUîcc, dont le disciple a besoin, ce semble, pour comprendre ses dtscoors, d'égaler le profond savoir et la subtilité, sous peine de n'en rien tirer d'intelligible. Matériellement parlant, la circonscription des l(^cséglises est plus ou moins vaste, / cerchi corporali enno ampi ed arti, selon le plus ou moins d'action doctinale et politique, tinutc, qu'elles ont à exercer sur les fidèles qui relèvent d'elles, per tmtelor parte; sous le rapport spirituel, plus il est en elles de savoir et d'amour, bontà^ plus elles contribuent au salut; plus le corps maçonatque-cathare s'étend, plus grand est le nombre des fidèles auxqueb il procure le salut, maggior sainte maggior corpo cape, si tous le» lévites qui le composciît sont également Parfaits, s'egti ha te parti ugualmente compiute.

D*où suii que celui-ci^ qui dans sa course immense Entrat9i« l'univers, eto»

12. En conséquence, ce neuvième ciel, qui peut m oompurcr i b philosophie morale et sans lequel il n'y aurait ni gai savoir^ ALTRE scienze, ni génération mystique, ni vie de félicité on salât {CimDâû)^ ce premier mobile » qui entratne avec lui la monarchie uoivendk, costm che tutto quanta râpe l'alio universo seco^ correspond, sous le rapport intellectuel, an cercle dont la circonférence a le moins d'èteadne et qui, plus voisin du foyer lumineux, a le plus d'amoor et<k savoir ; ce qui se résume en deux figures dont la significatioB ei identiquement la même« Quel sublime Architecte que Dante!

Si donc à la vertu, non point à Vapparenctt ctc*

13. 6i donc, tu as égard au mérite et à Tinflaence, virtùtéjfnamê,

CHAMT XXVIII. 1179

de ces cercles concentriques, plus qu'à leur étendue apparente, par^ venza, qui ne constitue qu'une fantasmagorie gnostique, tu verras que, dans chacun des neuf deux dont se compose l'organisation malérieiie du Temple, le plus et le moins d'amour, de doctrine et, par suite, de puissance d'action, correspond admirablement aux cieux intellectuels, dont nos grades reproduisent la hiérarcliie et les dénominations. Le sentiment de la paternité ne se révèierait^ii pas ici ?

Quand Borée a soufflé de sa plus douce lialeiney etc.

ih. De même que l'atmosphère albigeoise, quand Borée souflle du côte de l'Orient, dalla guancia ond' è più leno (c'est toujours de l'Orient que le vent souffle dans le Paradis dantesque), les va- {leurs qui l'obscurcissaient, roffia (crasse selon le P. Lombardi, terme équivalant à la caligine del mondo. Pitrg. xi) venant à se dissiper ; ce dont rît dans toutes ses loges ou paroisses, ognt parroffia, le ciel sectaire, qui croit le jour du salut prochain; ainsi notre théo- Itjgicn se rasséréna à cette réponse si claire de sa dame, et il vit la vérité aussi distinctement que l'étoile flamboyante lui apparaissait dai)s le ciel des Philosophes inconnus (soîciens, épicuriens, pythagoriciens, etc.), corne Stella m cielo il ver si vide.

Les cercles radieux, à peine finit-elle,

A torrents embrasés lancèrent VétincelU, etc,

15. Ici, applaudissement général de l'église albigeoise, en admiration devant le tour de force que vient d'accomplir Béatrice, révélant, au conspect de Rome, dans un langage qui n'est qu!à elle, tous les arcanes de l'oi^anisation sectaire, sans les rendre pour cela plus accessibles à l'œil des profanes ; chants d*hosanna, répétés de chœur en chœur, ou de grade en grade, pour exalter ce Grand-Orient, puHto fisso, qui les tient, les a tenus, et les tiendra toujours, fidèles d'Amour qu'ils sont, dociles à ses ordres souverains ; car c'est agCiubi (de juberé) qu'il faut lire avec le manuscrit Chigi ; iezzione curiosa, dit le P. Lombardi, et non pas agliubi, leçon niaise, dirons-nous, et par cela même généralement adoptée.

Béatrice 'ooyant ma pensée incertaine, etc,

16. Jfi» Séraphins, les Chérubins et les Trônes composent le premier ternaire, le plus rapproché du foyer lumineux, ce que saint Bonaventure appelle la première hiérarchie, dénomination que nous

1180 LE VARÀDIS.

trouvons Gdèlemeot reproduite dans le grade de Chef du tabernacle, dont )a loge est appelée hiérarchie, the lodge ù styled an hierarch^. (L. on M. \ 2/16*^6. )'Les Philosophes inconnus ont donc ici rang de Séraphins, les chevaliers, Princes adeptes de l'aigle et do soleil, celui de Chérubins, qui leur est expressément affecté dans leur loge, avec les noms de Zabriel, Gamiel, Uriel, etc. {Ibid,, p. 2bk et Tuileuréc Bazot, p. 113.) Enfin, les Rose-Croix, Radosh ou Solitaires, celui de Trônes ou miroirs, dans lesquels, comme pui's et Parfaits, se réfléchit Taspect divin, ironi del divino aspeito; tous subissant toIodtiers les liens, vime^ qui les attachent les uns aux autres, et d'autaol plus sublimes, qu'ils sont plus près de la source de lumière et d'amour, à laquelle ils s'efforcent de s'assimiler, à proportion de la science qu'ils ont acquise dans l'art royal, e posson quanto a veder son sublimi. Les Trônes ou Rose-Croix terminent cette hiérarchie, attendu qu'à eux s'arrête le privilège de connaître et de contempler face à face le chef suprême du Grand-Orient, le représentant de Dieu sur la terre, celui devant lequel nous avons vu Dante fléchir le genou, en se disant: Ecce Agnus Dei, (Epist.)

:..Orf tu peux concevoir Que la hécUitude est dans Vacte de voir^ etc,

17. Tous les membres de cette hiérarchie ont la connaissance de l'art royal, de la Gaie science, hanno diletto^ selon que la vérité leur apparaît plus ou moins distincte et qu'ils y plongent plus profondément, quanto la sua veduta si profonda net vero. En conséqueuce, la béatitude, ou la foi Béatrice, ^st dans l'acte de voir cette vérité, dans la doctrine, non dans l'acte d'aimer qui n'en est que l'effet, et qui ensuite vient en aide à cette foi béatifiante, ^t fonda Cesserbeato îteW Otto che vede, non in quel ch* ama, che poscia seconda. Telles sont les abstractions d'où sortit Béatrice. Dans ces quelques vers est concentrée l'essence mystique de celte gracieuse et obscure l\iinervc qui sortit, tout armée de subtilités scolastiques, d'un ceneao non moins puissant que celui du Jupiter olympien, puisque, |)ar la seule force du génie, il a su créer tout un monde matériel et imiualériel, et peut-être cette institution arcane qui tient Rome en échec

La vue a pour mesure, en chacun, le mérite^ etc.

18. Voici la veirsion des commentateurs : Les oeuvres méritoires, que produisent la grâce et le bon vouloir, sont la mesure de la luci-

dite de leur coup d'œil ; mais la même (ercine s*entcnd au moins aussi bien dans cet autre sens^ qui nous parait bien plus conforme h l'esprit général du poème, puisqu'il est en opposition avec la doctrine de l'Église. Les bonnes œuvres, qui produisent la grâce et la volonté de poursuivre dans le bien, sont la mesure de la lucidité de leur coup d'œil, Del vedei'e è misura mercede, che grazia partoriscc e buona voglia. Faut^il traduire che par qui ou par que? Nous en ferons juges les doctes, en leur demandant comment les anges pourraient faire autre chose que de bonnes œuvres, au conspect de Dieu dans le ciel, dont le mal est exclu depuis la chute de Satan. Ce qui nous confirme dans la pensée que les auges dont il s'agit ici sont tout à fait corporels et nou moins désireux de mériter par leurs actes la faveur du souverain que la grâce du Très-Haut, désireux de bien faire à force de zèle, d'amour et de savoir, manifestés de grade en grade, cosï di grado in grado si pvcede.

Le deuxième iernaiVc, après qui se déploiet eic,

19. La seconde triade épanouie dans cet âge d'or, ce printemps impérial {jyrimavera^ la quale è Libra^ dit l'Ottimo, ch* è opposita ad Ariete) printemps contre lequel ne saurait prévaloir le Bélier pontifical, le bélier des ténèbres, nottwno ariete, en opposition avec l'Agneau sans tache, qui tollit peccata inundi, se compose de trois Ordres différents, chantant, selon trois modes divers qu'enseigne la Gaie science, les louanges du Seigneur, osanna suonano in tree ordinidi letiziaondes'intejna. Or, dans cette hiérarchie sont les trois Ordres de déesses, in essa gerarchia son le tre dee, savoir les Dominations, les Vertus, puis les Puissances. Ce n'est pas assurément parce que ces trois noms sont féminins que Dante en fait des déesses, non, c'est à raison du dédoublement mystique du corps et de l'esprit, maintes fois signalé, qui fait des initiés parvenus à certain grade des dames, donne, et par suite des déesses, selon leur élévation progressive dans les dignités de l'Ordre. Au risque de nous égarer dans ce monde si nouveau pour nous, qui n'avons pas vu la lumière, tout en nous flattant d'arriver à la faire voir aux autres, nous croyons, sauf erreur, que ces déesses appartiennent aux grades de Commandeur du Temple, de Grand-Maître Architecte, et de sublime Chevalier Élu, dont chacun comporte plusieurs subdivisions, inutiles à mentionner ici, mais qu'on trouvera dans tous les rituels.

Les PrinoM en ^premier, aprh eiix. Us Archangts^ eU»

30. Les Princes ae complant en foule dans les rangs des héritiers du Temple : princes de Mercy ou grands Trinitaires Écassaû, priuces de Jérusalem, princes du Secret royal, princes du Tabernacle, princes du Liban. Nous ne saurions déterminer précisément ceux qui doivent ôtre rangés en qualité de Principautés dans la troisième hiérarchie i mais ils doivent certainement se trouver parmi ceux que nous venons de désigner; les Archanges comprennent à coup sûr les chevaliers d'Orient, du Temple, de la Croix-Rouge^ du Serpent d'Airain, de grand Écossais de la voûte sacrée, de Noachite, etc. Quant à la foule de ces anges qui s'amusent aux jeux scéniqocs des épreuves par lesquelles on fait passer les Néophytes, angelici ludi, il n'y a pas à les chercher ailleurs que parmi la foule des Maîtres, des Compagnons et des Apprentis, tous plus ou moins remplis de zèle pour acquérir la Gaie science et pour se rendre ainsi dignes de voir la lumière. Voilà comment, plus nous avançons dans ce dédale inextricable à première vue, plus la démonstration devient saisissaDte, plus s'amoncèlent les preuves de la participation de Dante aux doc- ' trines et aux mystères du Temple et de ses héritiers.

Tous ces ordres diverst tendant ver$ le milieu, etc.

21. L'action des excellents Anges qui composent ces trois hiérarchies (embrassant au total 33 grades divers, nombre ^al à celui de chaque Cantique du poème) , est double à tous les degrés ; en haut.iL ont les yeux fixds vers le centre directeur, di su^ tutti rimirano; en même temps ils opèrent au-dessous d'eux d'une manière irrésistible, (h qiiivincon; si bien que toussent attirés vers Dieu ou son représentant de jure sur la terre {de Monaaxhxa), et que tous travaillent à attirer à loi ceux qui viennent après eux dans l'ordre des grades, comme aussi les hommes de bonne volonté en dehors de leur église, si che versoiddio tutti tirait sono e tutti tirano. IVlais la tradition est tellement perdae danscetteégUse dont l'origine remonte si loin (ro^^. pp. 271 etsuiv.des jRepe7.),que, pour certains de ses membres, les trente-trois degrés de l'Ëcossisme et tous les grades templiers sont une superfétation de la Maçonnerie, qui ne compterait en réaliié que les trois grades d'Apprenti, de Compagnon et de Maître ; tandis que, pour d*autres, Torganisalion maçonnique elle-même serait de création toute moderne; attendu qu'elle ne remontrerait pas plus haut que 16/i6, ayant ea pour fondateur Ëlie Asmole, célèbre antiquaire anglais, et pins tard l'Écossais Michel Ramsay, qui vers 1700 aurait organisé i'Écossisnic,

CHANT xxvni. 1183

poor travailler à la ResUuraiioii des Stuarls. L'érudition des dociea Cil est là. Quant aux diverses communions proteslanlcs, elles ne se doutent guère que Dante et les Templiers sont à compter au nombre de leurs Pères el qu'elles ont avec la franc-maçonnerie une origine commune, puisqu'elles remonteraient jusqu'à Técolegnostique,

Denys à contempler dans leur vaste splendeur, etc.

22. Que Dante crût ou non saint Denys l'Aréopagite l'auteur du traité intitulé de la Hiérarchie céleste, ouvrage traduit par l'Irlandais Jean Scot, par Hugues de Saint- Victor et par le maître de saint Thomas-d'Aquin, le moine Albert, dit le Grand; s'il s'appuie de son autorité, c'est qu'il avait reconnu que ce traité, d'essence toute gnostique, ne faisait que développer la doctrine de l'émanation, en rattachant le christianisme aux idées néoplatoniciennes. Mais peut-être aussi savaitil de bonne part que l'organisation des maçons du Temple avait été combinée précisément sur le modèle fourni par la hiérarchie céleste du faux Aréopagite, clie li noino e distinse corne fo io.

Chégoire, en certaina points, qui fut d'aois contraire, etc.

23. Aux yeux du théologien dissident, quoique chrétien sincère, ce fut un grand tort de la part du pape saint Grégoire, surnommé le Grand, d'émettre une opinion différente, da lui poi si divise, en bouleversant l'ordre si bien déterminé par Denys. Gomment un Pape pourrait-il y voir clair dans les choses du Giel ? Aussi, à peine celui-ci mit-ii le pied dans le Paradis, que, reconnaissant sa bévue, il en rit de bon cœur, di se medesfno rise. Scène de comédie toute voltairieune, qui aurait dû faire réfléchir les bonnes âmes, affolées du catholicisme dantesque, sur la pensée doctrinale personnifiée dans la Théologie Béatrice ou béatifiante.

Toif ne sots pas surpiis qu'un mortel, sur la terre. Ait dit la vérité sur un si haut mystère, etc.

2/i. Ne t'étonne pas qu'un mortel ait pu exposer dans tousses dé"< tails notre organisation mystérieuse, tanlo secreto. Disciple de saint Paul, qui, ayant été ravi au Ciel, avait pu en observer l'ordonnance, chi 'l vide, il avait reçu de lui les renseignements les plus détaillés, et bien d'autres vérités encore, sur le monde des intelligences, conaltro assai del ver di questi giri, c'est-à-dire sur tout le système des ésùSknatioos, base de la Gnose qui n'est autre chose que la tradition apos-

1184 LG PARADIS.

toUquG. Et toi Dante, mon fidèle, ravi de même an Ciel, tout en disant : lo non Paolo sono, tu sauras, revenu sur la terre, exposer comme lui ce grand arcane, tanto secreto, avec assez d*art, poar qne la lumière apparaisse aux adeptes dans tout son éclat, en laissant dans leurs ténèbres les profanes désorientés.

CHANT un.

Quandy Vun sotis le Bélier^ Vautre sous la Balance, Les enfants de Latonef eic»

1. En aussi peu de temps qu'il en a fallu pour que TEmpire soleil et la Papauté lune, astres opposés, un moment en équilibre, l'un sous le symbole de la justice, la libra, l'autre sous celui de Tagneau, montone, changeassent de position sur l'horizon terrestre, canUnando Vetnisperio si dxLibra^ la foi Béatrice fut réduite à garder le silence; mais dans l'obscurité qui suivit l'éclipsé de la puissance impériale ei du droit, elle n'en conserva pas moins l'espérance de voir resplendir de nouveau son soleil; aussi la voyons-nous, le visage embelli d'unstmrire, di riso dipinto, observer fixement ce foyer central, cette étoile flamboyante, dont l'éclat irrésistible avait entraîné la conviction de son fidèle théologien, riguardando fiso nel punto che m* ateavinto.

.... Au-devant de tes vœux Je vais, sans demander ce que tu veux apprendre, etc.

2. La théologie béatifiante du poète ne pouvait voir qu'en Dieu ce qu'il pensait et croyait, ove s'appunta ognî ubi e ogni quanda. Éclairé dès lors au mieux sur ses désirs, elle n'attend pas ses questions pour y répondre et lui explique, à sa manière, la création do monde des intelligences.

En de nouveaux Amours, V Amour saint, éternel S^épanouit, etc.

3. Dans les divers systèmes gnostiques pour lesquels nous renvoyons au savant ouvrage de M. Matter, souvent dté, comme an plo'i complet et au plus facile à consulter, tout procède de Dien par irn-

Chant xxix. 1185

dialion. <• Selon Bardesancs, le Dien éternel, heureux de la plénitude de sa vie et de ses perfections» ayant résolu de répandre* ce bonheur et cette vie en dehors de lui, se multiplia et se déploya en plusieurs êtres de sa nature, qui, pour cela même, portent le nom A*Èom; ainsi que, dans la Kabbale, les émanations de Dieu portaient le nom de EL OQ d'autres désignations de Têlre suprême. » (i. p. 307.) Dans toutes les écoles gnostiques , « le monde intellectuel est le déploiement dis facultés de TÊtre suprême, du père inconnu, du Temps sans bornes comme l'appelle le Zcnd-Âvesta ; il s'est fait par une suite d'émanations. I^ monde inférieur, au contraire, est loin d'être l'ouvrage de Dieu, il est celui d'une puissance inférieure, d'un démiurge. • (f. p. 250.) Or, selon Béatrice, l'éternel amour, afm de se manifester dans sa splendeur et de pouvoir dire j'existe, sussisto, s'ouvrit, s'épanouit, se déploya ou s'irradia, tous ces termes sont équivalents, eu neuf ordres d'amours, s^aperse in nove amor l'etomo amore. Il est impossible, à coup sûr, de rendre plus exactement l'idée d'émanation et celle d'Éons, sans en prononcer le nom ; et si le savant auteur de ÏHist. des Cathares veut relire avec attention cette exposition doctiinale, il ne persistera pas, croyons-nous, à soutenir, contre l'opinion de Matter et de Néander, qu'on ne pourrait, « sans lui faire quelque \ii)Ience, découvrir des traces reconnaissablesde gnosticisme dans le si'sième Cathare, et que sa filiation gnostif|ue ne saurait être prouvée par aucun témoignage historique. » (ii. 263.) il nous semble que celui de Dante en vaut bien un autre, et par le même motif, il ne s'étonnera plus que, dans sa vie d'innocent III, Hurter fasse descendre les francs-maçons des Cathares, de même que M. II. i^Jartin les rattache aux Templiers, tout en méconnaissant le lien Cathare qui unit les uns et les autres {Hist. de France, iv, 177, /i78,) bien qu'il signale l'esprit ascétique des Parfaits et Tidée templièrc dans la chevalerie du Saint-Graal, dans cette Masscnie « à laquelle on ne peut guère douter, dit-il, que ne remonte, d'échelon en échelon, la francmaçonnerie moderne, n {Hist, de France, iv, 398.) Érudits et philosophes peuvent rire maintenant de l'idée baroque par nous mise en avant, de cciic folle gageure, qui nous a fait proclamer Dante hérétique et franc- maçon. Ne semblent- il pas que nous soyons bien près de gagner notre |>ari ? £s|)érons : le vrai finit toujours par triompher, eût-il |X)ur advei*saires , toutes les universités, toutes les académies, toutes les Sorbonnes et tous les critiques du moode.

1186 LE PA&iDiS.

Car avant comme aprh n'avaient pas pris naissance, elc.

U. Le temps n'existant pas au sein de rélerniié, on ne peut dire qae Dieu fût resté dans IMnaction avant celte création spontanée.oomparée à dessein à celle de Funivers dans la Genèse^ où Tcsprit de Dieu est représenté porté sur les eaux, ferebatur super aquas, et où il n*est pas parlé de la création des intelligences célestes.

Pures, forme et matière , en union complète, elc.

5. La forme et la matière de ces intelligences, facultés, |)errectioas, types des idées du Très-Haut, jaillirent, s'irradièrent à la fois, pures et dans une parfaite union, par un même acte, de la volonté suprême, infaillible de sa nature, usciro ad atio che non avea fallo, comme trois flèches sont lancées h la fois par un arc à trois cordes. Aîusices intelligences ou facultés sortirent de Dieu, usciro; elles étaient donc en lui, elles faisaient partie de son individualité divine, et par suite elles ne pouvaient se manifester en dehors de lui que par éttianatloo. Existantes antérieurement à l'acte qui les faisait rayonner extérieurement, co-éternelles avec Dieu, elles n'étaient pas susceptibles d'être créées, à proprement parler, car l'acte dont elles étaient l'effet ne produisait pas ce qui n'existait pas, il mettait en dehors ce qui était concentré dans le plérome. {Voy. p. 272 des RévéL)

Et, 'comme le rayon s'en vient resplendissant, etc.

6. La comparaison achève d'éclairer la pensée du poëte théologien, le triple ciïet produit par l'acte divin, d'où résulte à la fois, la matière, la forme et la hiérarchie des intelligences célestes, s'accomplit aussi rapidement et de la même manière que le rayonnement du soleil, raggio, à travers un cristal; tellement qu'il n'y eut pas d'intenalle entre l'irradiation et l'accomplissement parfait de la Tolontédivioeou l'émanation opérée, raggià insieme tutto.

Ensemble fut créée avec chaque substance, etc,

7. Ici les commentateurs ne comprenant pas que Béatrice parle uniquement du monde d'émanation et non du monde de création, œuvre du démiurge, se sont évertués à rattacher à ces paroles l'éciosion du monde matériel : mais Béatrice, contre sqq habitude, semble avoir voulu, jusqu'à un certain degré, mettre ici les points sur les 1, en disant que les substances qu'elle a désignées comme les plus rap*

prochées de Diea, savoir les Séraphins, Chorubins et Trônes, quelle susianzie, sont les plus élevées dans le monde d'émanation, nel mondo in che puro atio fu prodotto, et cela comme Esprits contemplatifs et directeurs ; qu'au plus bas, sont les Principautés, les Archanges et les Anges, qui, n'ayant que la simple puissance, doivent attendre l'impul^ sion pour être mis en jeu, et qu'enûn entre ces deux hiérarchies, celle des Dominations, Vertus et Puissances, réunissant la puissance et l'activité, potenzia con alto, se rattache aux deux autres hiérarchies par un lien indissoluble. Essayez donc de faire avec les commentateurs une puissance pure du monde matériel et des divers cieux des puissances actives.

Jérôme écrit ^ gue Dieu dans la héaiiiude, etc.

8. Nuus avons ici une nouvelle preuve de tout ce que l'Art royal comporte d'artificieuse habileté. Le théologien albigeois ne difTère pas avec saint Jérôme sur la question de savoir si les anges ont existé antérieurement à l'homme, le démiurge, dont le monde matériel serait l'œuvre, étant lui-même une intelligence céleste selon les gnostiques. Le point de dissidence eutie eux est seulement de savoir si leur création a été de beaucoup antérieure à celle du monde et s'ils ont préexisté durant de longs siècles, lungo tratto di secoii.

JUais la vérité, telle ici que je l'ai dite, etc.

9. Au surplus veux-tu savoir la vérité sur Torigine du monde des intelligences, dont j'ai parlé longuement à dessein, et sur la création de l'univers matériel dont je me serais bien gardée de dire un mot, trop gênée que j'étais par le texte de la Genèse ? Tu n'as qu'à lire les écrits des néoplatoniciens et des gnostiques, que l'Esprit-Saint a éclairés, qftesto vero è scritto in molli lati dagti scriltori dello spirito santo. Lesquels, madame, s'il vous plaît? Et lu le reconnaîtras si tu y regardes bien, car il y faut de l'attention et surtout de la prudence, lu te n'awedrai si ben tu guati. B.EN. pourra t'y aider.

Et seule la raison suffit pour t'm instruire, etc.

10. Selon saint Jérôme, dont l'opinion est aussi rejetéc par saint Thomas d'Aquin (part. T, quaest. Gl, art 3), les anges auraient été créés bien des siècles avant notre monde. Il n'en peut être ainsi, objecte Béatrice, qui parle coiume ce philosophe scolastique disant :

Il ne faut pas muUiplîer les êtres sans nécessité ; en effet, ou ne peut admettre que tant de moteurs aient existé si-longtemps, cotanto, sans avoir rien à faire mouvoir. Il n*y aurait donc entre elle et saint Jérôme qu*une question de temps, qui n'exclut eu rien l'antériorité de la création des anges. Ainsi celte petite guerre, dirigée contre un docteur de rÉglisc, n'a d'autre but que de détourner l'attention de la |)ensée hétérodoxe qui préside à toute cette exposition dogmaiiqno.

Tu sais où, quand, comment à Dieu plut de pjrodaire, ttc.

11. Maintenant que tu sais que ces amours angéliqucs ont éiô créées par émanation, à une époque impossible à préciser, hors du tout espace compréhensible, j'ai répondu 5 trois des questions que tu désirais m'cntendre résoudre.

OTf en bien moins de temps, je te U certifie. Qu'on n'est à compter vingt, etc,

12. Béatrice oublie de nous dire à partir de quel moment il s'agirait de compter vingt : selon les commentateui*s, ce serait k partir de la création des anges, contemporaine de celle du monde visible ; ce qui n'est guère admissible et ce qu'ils ne se donnent pas la peine de justifier; car enfin si l'orgueil causa la révolte dans le Ciel, il faut un intervalle de temps quelconque pour que cette cause pût naître, pour que la rébellion éclatât, pour que le châtiment s'ensuivît, enfin pour que les éléments fussent bouleversés ; nous croyons donc êu*e bien prés du vrai en pensant que, pour le théologien albigeois, le mal naquit du débordement du pléromc dans le monde matériel, créé par le démiurge; débordement qui aurait amené une grande perturl)a • tion dans cette création récente, tuj'bd il suggetto de' vosirieletHcnti, ce que Basilide appelait le trouble et la confusion primitive (Matter II, 90), sœur et mère de la confusion de Babel.

Le surplus demeura, etc.

13. Les intelligences que le plérome ne rejeta pas de son sein $« mirent à entourer le Bythos, le père inconnu, alors s'organisa le système de cercles concentriques, de grades s'emboîtant les uns dans* les autres, que nous retrouvonà dans la combinaison templiêre, conormément à cette idée gnosiique d'après laquelle le monde visible est la reproduction du monde invisible, et qui constitue l'Art n»}al, Caltra rimase e commincià qiiesta arte, art d'où dérive la Gaie science;

ce (|ui faitquG les Anges du Ciel ne s'y livrent pas avec moins de joie, dUeiio, que les anges terrestres.

Ce qui, causant leur chule, à tout jamaU perdit Tant d'êtres immortels, etc.

\!t. L'orgueil envieux, il maledetto supcrbù^ causa la chute de cehii que nous avons vu, personnifiant la Papauté, écrasé sous le poids lie ses richesses mal acquises cl sous celui de tous les méfaits de Fhuluanité, da tutiii pesi del mondo costretto.

Ceux q^ie tu vois ici, dp. la toute honte S'avouant émanés, reconnurent^ etc.

15. Les autres se reconnurent humblement, modestie les Éons, les émanations de cette bonté parfaite dont ils tenaient leur sublime intelligence; mais Béatrice, toujours aussi réservée sur des points on ne peut plus scabreux, n'indique pas comment, émanés de la même source, les premiers auraient écoulé rorgucil, et comment, avec lui, le mal se serait introduit dans le séjour de tout bien; comme si les désirs muets de sum fidèle ne se fussent pas portés dans cette direction.

Aussi la vue en euj}^ l'esprit fut exalté, etc.

16. Leur vue acquit plus d'énergie par reiïet de la grâce illuminante, récompense de leurs bonnes œuvres, attendu que del vedere c misura mercede {voy. la note 18 du chant xxviii), et pour bien manifester son opinion, contraire à la grâce accordée gratuitement, Béatrice ajoute, toujours en mots à double sens, bien entendu : Recevoir la grâce selon la mesure de l'amour eslla récompense d'un mérite antérieur» à savoir l'amour ou le bien r)péré, ricevei" la grazïa è merhoro; en effet meritoro, dans le sens de renmnéraloire, est en parfaite concordance avec le sens d'œuvre méritoire pour mercede ^ sens admis par tous lés commentateurs.

Si pour toi mes discours ne sont pas restés vains^ etc.

17. Si lu as bien fait attention à mes paroles; et en effet, on voit qu'il Taut y regarder à deux fois ; je t'en ai dit assez pour que, sans avoir à m'expiiquer davantage, et pour cause, '5en2;' altro aiutoro, ta trouves à profiter beaucoup dans ce consistoire albigeois, questo con-^ cistoTQ,

Mai$t cvmnie sur la terre on dit, en vos éeoUs, ete,

18. Les anges ont-ils la faculté que nous appelons mémoire? Telle est la grave question dont se préoccupe Béatrice.. Mais que vouiez lous? elle a bien osé aborder subrepticement celle de la grâce. Quaot à la consubsiantialùe du Verbe, à la procession de l'Esprii-Saint, à la présence réelle dans riLucharisUe, qui du IV au V' siècle divisa les Pères de TÉglise, elle est (rop babilepour v faire la moindre allasiou ; bien plus, cherchez dans le Paradis si vous y trouverez saint Justin, saint Irénée, saint Hilaire, saint Âinbroise, sahit Jérôme qui vient d'être réfuté, saint Grégoire de Nysse, qui lous tinrent pour la présence réelle. Ils n'y figurent pas plus que saint Clément d'Aiexaudrie, Origène, Tertùllien, saint Âthanase, saint Gr^oire de Naziance, saint Basile qui ne crurent qu'à la présence spirituelle, mystique ou figurée ; doctrine adoptée par Zwingle et Calvin. Tous ont été soigneusement laissés à l'écart, afin de n'avoir pas à se trahir, même par la simple admission de quelques-uns d'entre eux (*). Quant ï savoir si les anges sont doués de mémoire, cela ne touche en rien au dogme i!t la question peut se traiter sans péril, quoiqu'elle se réduise à ceci : la tradition gnostique a*t-elle été interrompue, ou s'est-dlc continuée directement depuis les Apôtres jusqu'aux Vaudois et aux Templiers?

On enseignait en effet dans les Écoles orthodoxes, mais peut-être dans une intention qui Tétait peu, per le vostre scuole, dans l'inlérêl de vos écoles albigeoises, que les anges se souvenaient|; telle était l'opinion d'Albert-le-Grand, que nous avons vu dans le Paradis. [De quatuor coœviSyTv, iv, (picBst. 27, art. I.) Mais, selonlul, leur mémoire était différente de la nôtre. Béatrice part de là pour déclarer franchement que tout le débat roule sur des équivoques qui obscurcissent la vérité, la verità si confonde equivocando in si fasta Icttura,

Depuis que Dieu créa ces élres fortunés, etc.

. 19. Voici donc la vérité sur l'objet de cette grave controverse: Depuis l'instantoù les premiers Par/ai{5, les Apôtres, ont été favorises

(*) Voulez-Toiis sevoir la cause de ces exclusions sjstéinatiqurs, deroaivlez-lA i" moine de Zigabènu. \oici ce qu'il vous répondra : Catete, Utqnit B»,, à. fauis pw PIIETJ8. Ftihos appeUant prophcias, maguitm Basiuuh, lluoiogitt spicntixfrem, 'iu* liORiL'N, linguam illuni aureain, Joanneu (Jean Daniascèq^ PadverMîrc des ioûnodaMe^i qiuts ut domcsiicos scquimur. Prœlcvea cœlcra^ quœ adcersus hos stmdos isi\ qui fulmine ci igné cœlesti digni iwit, dcbaccttanlur, (xlv, Max. Bib. Vct. PPm t. XJX, p. 227.)

de la présence et de la parole du Sauveur, Fils de Dieu et Dieu lui« même, pour qui dès lors rien n'est caché ; les membres de leur Eglise, gueste sustanze, nature angélique, imbue de la religion d'Amour, qui est la Gaie science, source de bonheur et de salut, poichè fur gio^ comte deUa faccia di Dio, n'ont pas détourné les yeux de la source de vérité, de la gnose, non voiser visa da essa. Comme ils n'en ont pas été distraits par la doctrine nouvelle, à leur égard, du catholicisme, da nuovo obbietto^ ils n'ont pas besoin de se souvenir, leur attention, leur pensée n'ayant pas subi d'interruption, pei* concetio diviso.

On rêve donc là-hai, les yeux tout grands ouvertSf etc*

20. On rêve tout éveillé des deux côtés, non dœ^mendo sisogna^ en croyant être dans le vrai sur une question dont il faut connaître le double [sens pour la traiter. Mais vous voiis figurez que le plus honteusement coupables sont ceux qui, employant un langage mensonger, savent très-bien que les anges dont ils parlent ne sont pas au Ciel. Eh bien, non, ce sont ceux qui prennent les mots au pied de la lettre, les docteurs orthodoxes, qui se laissent bonnement duper par l'apparence, ce sont les premiers, l'uno, celui qui va credendo dicer vero, et non pas Valtro, car Béatrice vous le dit : nell* uno è pià colpa € piii vergogna.

Vous fhilosophea bien, niais sans suivre un cheminf etc.

21. Pourquoi aussi tous les chrétiens n'adoptent-ils pas la philo^ Sophie morale du neuvième ciel,, celle des Rose-Croix et des philosophes inconnus, ce nec plus ultra de la Gaie science ? C'est que non andate giù per un sentiero filosofando; et qui plus est, nous le disions tout à l'heure, vous vous laissez duper par l'apparence, s^us laquelle se dissimule habiîement la doctrine des fidèles d'Amour et leur pensée secrète, tanto vi trasporta l'amor deW apparenza e del sua pensiero.

Avec moûts de courroux que (^land vota délaissez La divine Écriture ou quand vous la faussez.

22. L'église albigeoise serait assez coulante sur cette facilité à se laisser abuser par un langage de convention ; mais ce qui l'indigne, c'est de voir l'Église romaine s'écarter de l'esprit de l'Évangile, quando è posposta la divina scritiura, repousser même certains Évan-

gilcs comme apocryphes, ceux de rEnfance et de Nicodcme, par exemple, et torturer le sens du texte sacré, o qttando c tcria.

t Vous oublies combien de sang coula sur lerrCt etc.

23« On oublie combien de sang vaadois, albigeois, cathare et templier a coulé pour semer la parole divine dans le monde catholique, seminarla nel mondo, et combien sont chers à Dieu ces hambics Parfaib à la vie austère qui s*y rattachent avec amour, chi umilmerue con essa s'accosta.

Pour parailre chacun s'ingénie et veut faire^ etc^

2/î. Bien loin d'imiter cette humilité, c'est à qui fera de l'esprit et de la science dans les chaires catholiques, ciascun s'ingegna, les prédicateurs brillent, mais l'Évangile, la loi d'Amour se tait, 7 mit- (jelio si tace.

L'un s'en va débitant qu'à la mort du Sauvevr, etc.

25. 11 s'agit bien vraiment de savoir si, lors de la Passion du Sauveur, il y eut éclipse de soleil par l'interposition de la lune, éclipse qui n'aurait été visible que pour uqe faible partie de la terre, ou si le soleil lui-même se serait voilé, afm que le miracle fût apparent tout à la fois pour les Espagnols, les Indiens et lesJuib, ce qui l'aurait rendu bien plus saisissant encore.

Le nombre des Lapi dans Florence n'est rien, etc,

26. Florence a moins de gens portant le même nom de baptêioc, que l'Église romaine de prédicateurs de cette foixc, osant débiter de pareils contes du haut de la chaire, si faite favole. Jugez par là des autres, dont il ne faut souffler mot, sous' peine du bûcher, et qui, vraisemblablement, se rattachent aux grandes questions mentionnées note 18. Aussi leurs ouailles, le pecorclle chc non sanno, restentelles dans leur ignorance, repues qu'elles sont de vent, pascûue di venta; mais tout ignorantes qu'elles soient, elles sont inexcusables de ne pas voir à quel point le clergé catholique se joue d'elles cl'Ies exploite à son proGt, tion le scusa non veder lor danno.

CHAMT XXIX. ^ 1193

Aux Apôtres le Christ n'a pas ci:rtainement "" Dit: Allez et prêchez au mrmdedes sornettes, etc.

27. P^^cedicate evangelium, â\i J.-G. à ses Apôtres; (elle fut la base de la doctrine de vérité, verace fotidamento, qu'il leur donna mission d'enseigner. Il ne leur dit pas d'aller débitant des sornettes, ciance, recueillies dans les œuvres de tels ou tels docteurs dont, aussi réservé que Béatrice, nous passerons les noms sous silence. L'Évan* giic seul, à l'exclusion des écritures hébraïques, retentit dans leur bouche, quel tanto sono nette sue guance, et, seut, il leur valut de lance et d'armure. Mais il faut le glaive au clergé romain.

Ai)ec des jeux de mots et des fadaises pureSt etc

28. Des arguties et des bouffonneries, inotti ed iscede, voilà les armes des prédicateurs catholiques, Dominicains, Bénédictins, Franciscains, qui s'en vont, le capuce rabattu, tout gonflés de leurs succès, lorsqu'ils ont fait rire quelques niais, pur che ben si rida, gonfla il capuccîo. Aussi quelle différence avec les pVédicanls apostoliques, ces Parfaits, de nature angélique, séraphins pour l'amour, chérubins pour la science, dont le regard ne s'est jamais détourné de la face du Dieu de vérité et qui, par ce motif, n'ont pas besoin de mémoire. Peot-étrc apercevra-t-on maintenant le lien logique qui rattache cette diatribe contre les Ordres mendiants et prêcheurs à la question soulevée si inopinément sur la niéraoire chez les intelligences célestes.

Tel oiseau cependant sous le froc se blottit, etc*

29. Ce n'est pas la colombe, celte forme mystique de l'Ëspril-Saint; Yuccet che net becclietto s'annida, c'est Satan lui -même qui se cache sous le froc monacal. Ah ! si le vulgaire ignorant pouvait s'en douter, se *l votgo it vedesse, il n'irait pas demander l'absolution au confessionnal. C'est aux Parfaits qu'il s'adresserait pour obtenir le consolement, et il ne s'aviserait plus d'acheter ces indulgences auxquelles il est assez sot pour avoir conGance, non torrebbe la perdonanza di che siconfida. Le F. Rinieri nous le dit : Indulgentias ecctesiarespuunt et dispensadones dei^ident. (C. v, p. 265.) Ce fut par là que débuta Luther.

La sottise à tel point est accrue en vos jours, etc.

30. La stupidité ignorante des catholiques est devenue telle que,

uicttaut leur confiance dans des imposteurs qui foulent aui pieds l'Évangile, unique témoignage de la vérité, sema pruova d^aicun testimonio, ib s'arrangeraient, sur leur parole trompeuse, de toute religion quelconque, puisqu'ils en sont venus à Tidolâtrie et à Fadoration de Satan, ad ogni promission si converrebbe^

De saint Antoine aussi s'engraisse le pourceau, etc.

31. Voilà comment s'engraissent les Ordres mendiants, diquesio ingrassa il porco sanC AfUonio, et tant de menibres du clergé catholique, altri assai, qui sont pires que des pourceaux, et payent le vulgaire imbécile de paroles où n'est point imprimé le sceau de vérité, que n'a point inspiré l'esprit évangélique, moneta sema conio.

Mais revenons au hui, et sur la route vraie , etc.

32. Béatrice ne s'e^t pas autant écartée de son sujet qu'elle veut bien le dire, en faisant ressortir la différence, qu'elle tenait à signaler, entre les anges du Temple et les démons de l'Église romaine, danuh nia quœ in templis manufaciis habitant, comme dit le moine de Zigabène ; mais il était habile do laisser croire à une digres^on, sem digressi assai.

Des Anges de tout rang la multitude est (elle, etc.

33. Tu peux juger, par la foule des Anges dont tu vois les rangs ^e succéder ici, dans un ordre hiérarchique que nous appetops grades, s'ingrada, de la multitude de nos fidèles. Ils sont si nombreux que la pensée du pontife romain ne saorait le snpîx)ser, ni les inquisiteurs en dresser la statistique, mai non fu loqueia ne concetto mortal che tanto vada; mais H est sage d'imiter Daniel et de citer, comme lui, leur nombre à l'aide de chiffres indéterminés, in sue migliaia determinato numéro si cela (*).

(*) Il est assez singulier que dans sa Summa, ciiéc plus haut« le F. Bfnleri S«cce« procMe précisément comme le recummande Béatrice, bien qu'il soit loin de touloir n«c cacher. En effet, aprfcs avoir couijiii' en Loinbardie 2,200 Cathares des diverses com»*»nions, apparleiiaiit aux églises do Vrrono, de Manloiie, de Milan et à cdies de U T.»»magnc ; dans celles de To'-cane et de i»p()I6ie, elc, le DuH)iuic;iln ajoute : tCc$CatJi««»-N doniiechîffie s'Olirvc à peine à M^O en totalité, doirentétie entendus daw le sa» (i>-' Parfaits (minisiies ordonnés) vu que les croycuUs sont saks roiibiie. >

La première clarté qui partout illnminey etc.

3&. La lumière du Très-Haut lui-même, ta prima tuce, qui s'épand rayoDuante ici, comme lè-bas, sur toule cette nature angélique des Parfaits, che tinta la raia, est proportionnée au grade de Fange qui la reçoit ; et clic leur parvient par autant de modes, que leur aptitude, leur rang, leur caracière, peuvent le requérir, per tanti tnodi in essa sirecipe quanti son li splendari, a che s* appâta. Aussi quelle différence entre les anges du Temple, si vertueux, si nourris de saine doctrine, et ce clergé romain si scandaleux, qui croupit dans l'ignorance et dans Toisivelé, et dont les œuvres sont celles de suppôts de TEnfer !

Uatnour diversement hriiXe et tiédit en elle, etc.

35. L*amour étant en proportion de Tintelligence du sujet, ail' auo chi concepe segue l'affetto; moins ce dernier a d'intelligence pour saisir les abstractions de la gnose, moins il a de lumière et, par suite, moins il est apte à ressentir la douceur de l'amour, d'amor la doicezza diversamente in essa ferve e tepe. Combien cet amour ne devait-il pas être fervent chez le docte théologien dont le génie a pu concevoir et exécuter, en triomphant de tant de diflicullés, tout ce monde de prestiges et de fascinations où se sont perdus les plus brillants esprits !

Vois donc l'immensité de Vétemel pouvoir, etc.

36. Vois combien est sublime en son immensité ce bien suprême, etemo vaCore, qui s'est parcelle dans une telle multitude de miroirs, laut au Ciel, dans les intelligences célestes, que sur la terre, dans les aogcs du Temple, qui réfléchissent également sa lumière, tanti specuti fattis'ha, in che si spezza, en restant un comme avant, au sein de sa fidèle église albigeoise, son émanation, comme les Anges du Ciel, (?t illuminée comme eux de ses clartés.

Toutes ces interprétations nous semblent s'enchaîner de mieux en mieux et approcher de plus en plus de l'évidence; mais nous avons beau redoubler d'efforts pour magnétiser un auditoire prévenu, nous avons beau multiplier les passes, nous ne nous flattons pas de parve* nir à rendre lucides tant de gens, infermi délia mente, et d'autant plus incurables qu'ils s'obstinent à ne pas voir. Et savez-vous pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas vu les premiers. Telle sera, jusqu'à la fin des siècles, la pierre d'achoppement des inventeurs. Or, nous

n'avons rien di couvert, rien proclame de neuf, rien qui ne se iroof àt dans Rosetti. Ëb ! mes dignes messieurs, que ne preniez-vons donc la peine de le lire? Que ne parliez-vous avant moi, j'aurais dii la chose après vous?

CIIAM n\.

Six mille milles loin peut Are de nos hords, elc,

1. A l'heure où cet Orient, si cher au poète tli6ologien, jouit du soleil de Midi, qui l'inonde de lumière, le triste Occident est encore plongé dans les ténèbres de l'ignorance; mais l'aurore n'est pas loin ]K)ur lui ; heureusement la fourrière xi u soleil, la chtarissima ancelia (tel sol, ne lardera pas à paraître. A mesure qu'elle s'avance, les astres de la nuit disparaissent peu à peu, jusqu'à celui qui rayoooait le plus, et que vous reconnaîtrez peut-être, il ciel si ckiude di vista in vista fino alla piii belia.

S'éteignit le triomphe à la multiple ronde, elc,

2. De même s'effaç^i ce triomphe dans lequel joue la foule des anges maçonniques autour de l'étoile flamboyante, en offiant l'image renversée de cet autre triomphe dans lequel la même étoile, déplovit; en un vaste cercle, devient le ciel Ëmpirée et embrasse toutes a^ circonvolutions concentriques au milieu desquelles elle apparaît enclose dans la dernière décoration, parendo inchiuso da quel ch' egii ittchiude. Puis, lorsque ce merveilleux spectacle eut disparu peu ii peu aux regards de l'habile décorateur, mû |)ar l'amour, il dirigea xs regards sur cette adorable Béatrice qui l'avait si bien inspiré.

Tout ce quejtaqu'ici j'ai dit d'elle et pensé, etc.

3. Eh! mon Dieu oui, Béatrice devait lui paraître belle au delà de toute expression, tant il lui avait dû jusque-là de magnifiques conceptions, d'admirables tableaux, de prodigieux effets de style. Seul il était à môme de l'apprécier à toute sa valeur et de jouir, comme son créateur et son père (roy. la Vita mtava, p. 47, des RévéL)^ de tout

ce qu'offrait de splendide ce miracle de beauté, certo io credo che solo il iuo fatior tutio la goda.

Je fiiô confesse donc, en ce moment criliquet etc.

k. Si Béatrice se surpasse elle-même en ce moment, c'est qu'elle arrive au ciel des cicux, à rKmpirée ; aussi Dante, à court de louanges et d'hyperholes pour exalter ses charmes, se déclare-t-il vaincu par son sujet ; mais c'est sans en penser un mot, car nous le verrons arriver, sans fléchir un instant dans la pensée plus que dans l'expression, jusqu'au dernier vers de sa Comédie.

Car ainsi qu\iu soleil s*épand tm voile épais ^ elc

5. Ce que le sourire de Béatrice achevait de lui révéler dans ce dernier ciel était d'une telle nature, que son esprit devait défaillii* de terreur, la mia mente da se medesma scenia, rien que d*y songer, de mOme que la vue tremble défaillante en se ûxant sur le soleil, corne Sole il viso che più tréma.

Jamais depuis le jour où vint en celte vie, elc,

6. Depuis le jour de son initiation à la religion d'Amour, jour où la doctrine de vérité, la dame de salut, la reine de son e.<prit, donna délia sainte, délia mente, lui laissa voir sa beauté, jusqu'à celte dernière révélation, il n'a pas trouvé à poursuivre son chant de diflicultés insurmontables; bien qu'obligé parfois, on s'en souvient, de faire sauter le poème sacré ; mais cette fois, il a atteint les dernières limites de Tart, corne alC ultimo suo ciascuno artùta. Laissant donc le soin de la peindre à un plus habile, qu'on attendra longtemps, il se décide \ passer outre, pour mettre fîn à la tâche ardue qu'il a eu l'audace d'entreprendre, Pardua materia tcrminando.

Du ion de voix, de Vair d'un chef rempli d'ardeur, etc.

7. Comme un guide toujours prêt à lui venir en aide, con alto e rocc di spedito duce, sa foi Béatrice reprend la parole et lui déclaie que, sortis du premier mobile, le plus vaste corps de l'univers, puisqu'il embrasse les autres cieux, ils se trouvent dans l'Ëmpyrée, qui l'St pure lumière, lumière intellectuelle pleine d'amour, puisqu'elle lui donne naissance, amour du vrai bien rempli de joie, puisque te triomphe de Béatrice- et de Henri, B.EN., doit ramener l'âge d'or

1198 LE PARADU.

sur la terre, joie d*une douceur qui dépasse tout, puisqu'elle dérive de ramour et de la Gaie science, à laquelle nous devons la poésie amoureuse, amor di vero B.EN. , pien di letizia.

Ici du Paradis va s'offrir à tes yeux, etc,

8. Tu vas voir les deux milices du Paradis, Cuna e l'altra milizia. Celle à laquelle tu t'intéresses particulièrement, car c'est celle des Templiers à laquelle tu appartiens, commilitanes Chrïsti, va se montrer à tes yeux, revêtue de ce glorieux costume qu*il lui a fallu dépouiller pour ne le porter qu'en secret; mais elle le revêtira fièrement au jour du triomphe déliniiif du droit; quand la Fuia, hlAtpa aura été refoulée aux enfers, et que le trône impérial s*élèvcra majestueux sur les débris du saiut-si^e romain, ail* ultima giustida. Autrement dit : au témoignage do Révérend frère Rinîeri, a lorsque l'Empereur et le chef de l'Église chrétienne confesseront tous deux la foi évangélique {voy, ch. xxiii, note 6), c'est-à-dire lorsque le monarque universel, roi et pontife, comme les empereurs romalus, régira la terre, comme Dieu le Ciel, en la faisant jouir d'une paix que rien ne viendra plus troubler et qui sera « l'ordre dans la liberté, «

Ainsi, m'eni7eIop/)ani, uMt lumière vive, etc.

9. La subite clarté qui enveloppe le poète de lumière vivante, mi circonfulse luce viva, est celle du ciel Ëmpyrée, le dernier de toos; revenons donc au Convito^ aGn de nous reconnaître un peu à wn sujet : a Le ciel Empyrée, à raison de sa paix, per la sua pace, ressemble à la science divine, simiglia la divina scienza, qui est pleine de toute paix; car elle ne comporte aucune lutte d'opinions, /{jr^âToptnioni^ ou d'arguments sophistiques, vu la très-excellente certitude de son sujet, qui est Dieu. C'est d'elle, en effet, qu'il disait à ses disciples : « Je vous donne ma paix ; je vous laisse ma paix ; » ea leur donnant et leur laissant sa doctrine, qui est cette science dam je parle. (Il ne dit pas théologie et encore moins théologie catholique, parce que cette science dont il pmle est l.a gnose doimée par le Christ à ses Apôtres. ) C'est d'elle que Saiomoii a dit : « Les reines sont soixante et les concubines quatre-vingts, et les jeunes suivantes sont sans nombre; une seule est ma colombe, est ma pai\faite. « Toutes ks sciences sont ainsi désignées par lui sous le nom de reines, de concubines et de suivantes ; celle-ci (la science divine ou gnosis, comme elle est appelée dans l'Évangile), il la nomme Colombe, parce qu'elle

cBant XXX, 1199

est sans tache de dispute, senza macula di lue, et parfaite» parce qu'elle nous fait Toir parfaitemetu la vérité^, dans laquelle s*apaise notre âme. » (il, 15.) £st-ii possible de s*expritner plos clairement? Nous sommes donc transportés en pleine théologie albigeoise ou gnostique, fort différente de celle de Rome ; théologie qui embrasse toutes les autres sciences, comme le théologien Dante nous en a laissé la preuve \ivante, et qui les illumine toutes ; dont Téclatante lumière, pure de toute ombre d'opposition, doit assurer la paix universelle, en donnant satisfaction à la raison et le calme à toutes les âmes. Voyons comment ce brillant programme sera rempli dans les trois chants qu'il nous reste encore à soumettre à l'analyse.

1/ Amour y qui de ce Ciel fait la paix et la joie, etc»

10. Un éblouissement pareil à celui que tu viens d'éprouver, dit Béatrice, frappe toujours celui qui pénètre pour la première fois dans ce Ciel de la pure et véritable lumière, où doit s'allumer le flambeau de la foi, per far disposto a sua fiaaiina il candelo. Cet éblouissement dispose l'âme à la foi , en lui faisant reconnaître combien sont profondes les ténèbres dont elle s'est dégagée par degrés, et tel est le salut par lequel l'accueille l'amour, source de paix et de bonheur, i'amor che cheta questo cielo accoglie in se con si fatta salute. Il n'est guère possible d'ailleurs de ne pas être ébloui lorsqu'on vous enlève un bandeau de crêpe noir, black crape, et qu'on se trouve dans un endroit très-éclairé. Or, nous voyons, p. 255 du livre intitulé L/^/tt on Masofiry, auquel il nous faut toujours revenir, tant il nous fournit de précieux renseignements, que sur Tordre du P. Adam, maître ou vénérable de la loge Philosophique ou des Philosophes inconnus, le candidat, suivant les yeux bandes son guide, appelé frère Vérité, brother Truih, nom dont ne rougirait pas dame Béatrice, est inu*oduit par lui au sein du vrai bonheur, to the true kàppiness; que la loge est appelée sanctuaire, lodge or sanctuary, que le P. Adam y trône, tenant un sceptre surmonté d'un globe, comme ayant été constitué souverain maître du monde, et créé père souverain de tous les hommes; enfin, que l'interrogatoire rituel une fois subi par le pos* tulant, ou lui ôte son bandeau, the candidate is unveiled. Rien donc de plus simple que i'éblouissement poétisé par Dante, qui saura bien revêtir le reste de la cérémonie d'aussi décevantes couleurs.

1200 Lfi PAftADtS.

D'une noureUe vue ausei j'étais dote, etc.

il. Non-seulement le poëic théologien se sent élevé en verluciLse énergie, me sormontar di sopra g. mta virtute, mais une ^e nou- Telle, navellavtsta, notez l'expression, s*cst rallumée en lui, au point que nulle clarté n*est trop éclatante pour ses yeux, et en effet, ponr une vie nouvelle ne faut- il pas une vue nouvelle, apte i envisager les choses sous un aspect tout à fait neuf?

J'en vis resplendir une à l'aspect de rivière, eic,

1 2. La Nouvelle décoration nous offre une rivière ou , pour tradoirc littéralement, une lumière en forme de rivière aux clartés fulgurantes, lit forma di riviera fulvido dtfulgori, coulant entre deux rives, où resplendit un merveilleux printemps, mirabil prîniavera. Mab ne Toilà-t-il pas que dans la décoration de cette loge philosophique, qualifiée de sanctuaire, de Grand-Concile, dont nous avons parlé, note 10, uous trouvons un globe, « image de la matière k son état complet, » est-il dit p. 265 ; or, ce globe est traversé par une rivière, et à en croire la uième autorité ■ la rivière en travers du globe, îhe riter accross the^globe, représenterait Taciivité des t)assions, aussi nécessaires à rhommc dans le cours de la vie, que Teau à la terre pour y faire naître les plantes, • p. 266. Nul doute, que le sens du symbole n*ait été altéré ici, et que sou explication ne doive être que la docuine, la science, représentée par l'eau vive {Ego sum agua viva), comme nous l'avons maintes fois répété, féconde la matière, couunc l'eau le sein de la terre. Dante pouvait-il manquer de leproduire un pari'il symbole, pouvait-il faillir à le brillanter de ses plus splendides couleurs?

De ses -ondes sortaient de vives étincelles, etc.

13. De ce coûtas d'eau vive sortaient des étincelles non moins vives, di lal fiumana uscivan faville vive, qui s'introduisaient de lootes parts dans les fleurs, si meitean ne' fiori, et paraissaient des robi^ enchâssés dans l'or. L'explication se présente d'elle-même à la pensée : Du vaste fleuve de la doctrine, /Sumaita Jaillissaient, comme autant d'étincelles, des notions lumineuses, déposées dans le sein des Parfaits, comme dans des fleurs, dans des lis sans tache qu'elle faisait éclore, fleurs destinées h produire des fruits délicieux : Ulia eampi seipsos vacant, quod anima candore puri sint, virtutibusgue ormii, quatiim nuUa potuerit indui Satotnon, gui aninur vesiem kalmii

inquinatam. (Euthym; Moiiach., zig. p. 227.) Ces étincelles semblaient des rubLs, conteur de feu, symboles de science cfaérubiquc, eacbâssésdans l*ur par des Cathares ou purs, La figure poético-myslique est, 00 le voit, de la plus scrupuleuse exactitude.

PuUf de leun doux parfiMM bimiât comme enivrées, etc,

\h, Enivrées des parfums de science et de vertu exhalés par ces âmes parfaites^ les connaissances acquises revenaient, accrues de nouveaux trésors, les apporter en tribut au réservoir commun, riprofondavan se net miro gurge, et à mesure que i*une y rentrait, uni) autre en jaillissait plus lumineuse^ 5' una entravas un' alira n* uscia fuori, Yx les commentateurs, très-bons catholiques, de crier bravo è ces meneilies de pyrotechnie Cathare.

Uim^iieni désir en ton sein qui s'éveUîe, etc,

15. Plus Dante brûle du désir d'apprendre ce que signifie cet effet de scène, qui n'est pourtant pas bien difficile à pénétrer désormais, plus Béatrice se réjouit ; mais elle lui déclare qu'avant toute explication, il loi faut boire de celte eau de science, di questa aqua convien che tu bei, comme die a déjà fait pour celle d'Ëunoé, qui n'en diffère gaère, attendu que ce breuvage contribuera beaucoup à lui ouvrir les yeux de l'intelligence, le tout au gré du soleil de ces mêmes yeux de rintelligence, H sol deglx occhimieù

.... Ce fleuve radieux ^ Ces topases sortant, rentrant pures, légères, etc,

16. Voyez combien cette digne Béatrice y met de bonhomie; loin de vouloir tromper personne, elle déclare à son fidèle qu'il n'a devant lui qu'une métaphore en action. Le fleuve doctrinal, lui ditelle, les topazes scientifiques entrant et sortant, iesphntes-néophytes, qui sourient, sont des figures préliminaires, légèrement voilées, de la vérité qui est leur but; son di lorveroombrîferiprefazîù Impossible d'être plus explicite. Convenez que si nous sommes halluciné par ces préfaces ombrifères, se^manifestant au milieu d'une explosion d'étincelles fulgurantes, on pourrait l'être à moins (*).

(*) Coimne nous assistons ici au dernier lableau maçonnlqoe dont le po4Ste ait Jugé k propos dMluslrer sa Comédie, et que nous n'arons plus dès lors è revenir sur l'institution mystérieuse que nous n'avons cessé de trouver si étrangement mêlée aux diverses combinaisons du poème ; nous rappellerons que deux savants écrivains* Hurler et

N<}n qu'en lui*méme H soif Hen difficile à voir, etc.

17. Bien loin d*étre amères, acerbe, ces choses-là seraient bien douces à voir s'opérer ostensiblement ; mais cela viendra, ei tu as le tort grave de ne pas croire à la réalité de ces superbes perspectives, è il difetto dalla parte tua, che non hai vùte ancor tanto superbe.

Jamaù le jeune enfant ti vite ne ie jette, etc.

18. Aux paroles de Béatrice, dont le sens n'est pas douteui poor lui comme pour les commentateurs, Dante se précipite, non moins avidement que l'enfant sur le sein de sa nourrice, vers Fonde doc* trinale qui a produit les Parfaits, che si dej-iva perche vi ïimmeyti, tant il a hâte devoir, grâce à elle, s^accomplir réellement de si belles choses, que n'oserait orgueilleusement rêver l'humble Parfait.

A peine la toucha le bord de ma paupière, etc.

19. A peine a-t-il touché l'eau merveilleuse, non du bout des lèvres, mais du bord de ses paupières; car c'est par les yeux, qui voient, lisent et parlent, que s'acquiert la doctrine dont la vertu bit voir la lumière i ce qui s'éployait en longueur, longueur de temps, d'efforts incessants, se réunit en corps, se concentre, fait masse et prend la forme la plus parfaite, la forme ronde, miparve di sua lunyhezza divenuta tonda. Aussi l'Ottimo nous dit-il : La quale ridontitaMe ha a signifîcare perfezione.

Tels des gens qui. d*abord, du masque se cowfrirent^ ete,

20. Nous vous l'avions bien dit, que dans tout cet ensemble féerique, il ne fallait voir que les décors d'une comédie dont ce monde terrestre était le théâtre ; comédie dans laquelle tous les personnages, plus ou moins travestis, apparaissaient sous le masque, comme les acteurs de Tantiquilé. Le magicien dont les prestiges vous ont fait si longtemps illusion, vous le déclare lui-même ici : il n'a mis en scène que des masques, gentesotto larve, gent masquée qu'on reconnaît pour toute autre qu'elle n'est apparue d'abord, che pare altro che prima, lors-

Matter. l'un dans sa Vie d* Innocent lll, Pautre dans son Histoire du Gnostidsmtt n*OD( pas hébilé à rattacher la Franc-Maçonnerie moderne au Catbai isme et au Tprap)e;dr même que M. H. Martin, L ni, p. S9S, de son Histoire de Pranee, déclare qs^i son sjn cette association de soi disant constructeurs crernoote tfScbelOD en échchm, Joaqv'i b Massenie du Saint-Graat. > On voit que nous aurions fait erreur eo beme et compagnie.

qn^elte dépouille son déguisement, se si sveste lasembienza non suâ m che dispojve. Notre tâche a consisté précisément à déshabiller tous ces gens masqués, à commencer par Dante et Béatrice, et à montrer sous leurs costumes d'emprunt, Grégoire VU et la comtesse Mathilde, Innocent III et saint Dominique, Raymond Béranger et Téglise albi« geolse elle*même et tant d'autres encore. Peut-être linira-t*on par croire que nous n'avons pas été trop mal inspiré en nous isolant de la foule des doctes, en extase devant l'orthodoxie du poète florentin, et en persistant à faire parte da noi. Notre labeur aura été long et rude, mais nous y aurons gagn«^ d'y voir clair au milieu de ces fleurs et de ces étincelles, fiori e favUle, qui, se mettant en plus grande fête, m maggior feste, se transfigurent tout à C4)up et deviennent les deux cours du ciel, ambo U corii del ciel manifeste.

0 resplendissement de Dieu, par qui je vis

Le royaume céleste en son triomphe immense, etc»

21. Qqoî qu'on en dise, Il fallait un grand courage au poëtc théologien pour oser, sous le régime de compression le plus impitoyable, exposer, même en figures et sous la forme d'un rêve poétique, sa foi et ses espérances; pour oser donner à entendre, même à mots converts, qu'il voyait dans l'avenir le sublime triomphe de celte monarchie universelle qui, enfin victorieuse de Satan Aleppe, prince an monde de ténèbres et d'erreur, devait amener le règne de la vérité, Dammi virtute a dir com' io vidi l'alto trionfo del régna ve^ race.

Là'haut une lumière est^ qui rend, vive et pure, etc»

22. Pour le poète, comme pour le théologien, Dieu est lumière et c'est sous cette forme qu'il se rend visible à l'homme^ qui ne jouira de la paix et du bonheur qu'autant qu'il pourra le contempler dégagé de tous voiles ; pour le Gibelin, cette lumière s'était manifestée dans son héros, Henri de Luxemboui^, che solo in L.VI veder ha SUA PAGE, toujours /m jusqu'à la fin.

Elle affecte d'un cercle immense la figure, etc.

23. Cette lumière divine aflecte nécessairement la forme circulaire comme la plus parfaite, si distende in circular figura, et telle est son immensité qu'elle dépasse de beaucoup la circonférence du soleil, puisqu'elle embrasse l'univers visible et invisible.

Ce ({u'il en apjparaU, de son ardent foyer

N'est qu^un rayonnement qui se refHe intense, etc.

2U, N'apparaissant que jpàr itTStàhlioo, fassi di raggio ttata sua parvenza, la lumière divine se réfléchit, sur la terre bien entendu, dans le Grand-Orient, la plus haute sommité du premier mobile, riflesso ai sommo del mobile primo, composé, ainsi qu'on l'a to, notes 22 et suiv. du ch. xxvil, des loges directrices ou mères, et recevant dès lors de Dieu même l'esprit qui fait sa vie et sa puissance, che prende quindi vivere e potenza.

Et, comme U coteau senMe avec complaisance, etc.

25. Tous ceux de nos frères qui, répudiant l'Église romaine, ont fait retour à la lumière de vérité, venue de là-haut, guanio da noi lassù fatio ha ritarno, rangés par étages superposés, selon leur grade, autour de l'étoile flamboyante, se mirent avec bonheur dans ce foyer de la doctrine à l'onde lumineuse, coadme les herbes et les fleurs du coteau dans le ruisseau limpide coulant au fond du vallon, corne clieo in aqua.

Si le rang le pUiS près d'elle enceint, tout entière, etc.

26. Si le rang des hauts dignitaires de l'Ordre, le plus rapproché du foyer lumineux, renferme en lui un si vaste réservoir de science, in se raccoglie si gran lume, combien cette rose mystique, figure de l'église des purs, des Parfaits, est-elle pour étendre au loin ses dernières feuilles, estreme foglie ?

Ma vue en parcourait la sublime grandeur^ etc.

27. Gomment le coup d'œil du Pasteur albigeois se serait-il égaré au milieu de son église, de ce foyer du gai savoir, di guella aUegrezza, que personne ne connaissait mieux que lui en long et en lai^e, neW ampio e neW altezza? Gomment ne se serait-il pas rendu parfaitement compte du nombre <]es fidèles, du guanto, et de leur qualité, du guale, c'est-ànlire de leur grade, que lui révélaient de reste leurs bijoux et décorations diverses?

Là, rien au loin quon perde ou de près qu'en acquière, etc.

28. La loi naturelle qui veut que celui qni est loin voie moins bien que celui qui est près n'ôtant et n'ajoutant rien à la sûreté du coup

d^œil là où Dieu gonverne directement, le poète théologien, en quelque lieu qu*il fût, de près ou de loin, pressa e /ontano^ promenait un regard toujours aussi pénétrant sur les choses de sa foi, inspirée par Dieu même, émanée directement de lui, et sur tout le personnel de son église cathare.

Vers U antre doré âê la rose étemelle, etc.

29. Un parfum de louange au dieu de lumière, ce soleil d'un éternel printemps, qui se tient toujours en dehors de Thiver pontifical, che sempre svema, s*élevait de la partie centrale de la rose mystique, net giallo délia rosa; du chœur de celte église albigeoise, où figuraient ses plus hauts dignitaires, dont les ornements plus ou moins dorés se rapprochaient de la couleur des étamines.

Vois quéUe vaste enceinte offre notre Citét etc.

30. Au beau milieu de sa contemplation, qui lui inspire des pensées trop compromettantes pour oser les exprimer, malgré toute la bonne volonté qu'il en a, quat è colui che lace e dicer vuole, il est interrompu par Béatrice, qui Tcniraîne dans les rangs de ses collègues aux chasubles d'or, ces jaunes élamines : Regarde, lui dit elle, combien est nombreux le couvent des Templiers, aux tuniques et aux manteaux blancs, celui des croyants, des pui*s, des Parfaits maçons % qui Ton remet line peau d'agneau, lamb skîn, comme emblème d'innocence {Light on M.'., 38), mira quanto è H convento délie blanche stole! Tout cela est pourtant assez intelligible. On n'en continuera pas moins de me crier : Où est la preuve que les bianche stde soient les Templiers et les Cathares? Où est la preuve que Dante ait été ordonné ministre et peut-être même évêque d'une église évaogélique? Le cartulaire de TOrdre et celui de Téglise n'existent plus, autant que' je puis croire; mais le poème est là sous les yeux de tous; que ceux qui savent lire fassent usage de leur intelligence, ils verront (L. on M. -., 230) the cubic stane changed in mystie rose.

Sur ce trône, où déjà ton regard 8*est poriét etc.

3i. Vois combien s'étend loin notre Cité, vedi nostra città, quanto ella gtra, celle dont le Christ est citoyen et non pas le pontife romain, cette Jérusalem nouvelle édifiée sur le modèle de la Jérusalem céleste (lisez, de grâce, le xxr chap. de V Apocalypse^ auquel ren-

voie roitimo {Aggiunta del Cod. Laur.), cité saiote dans laqodle le TfiiDple se relèvera triomphant, grâce à l'art merveilleux des maçons, qui ont juré de le reconstruire, après avoir tiré vengeance de ses déprédateurs. Vois les sièges de nos pères, tellement garnis dans tous les grades, qu*à peine s*il esta désirer de faire de nouvelles recrues, che poca gente ornai ci si disira, phrase assez déplacée dans le Paradis^ où les élus sont toujours charmés de voir augmenter leur nombre, aucun motif politique ne leur faisant craindre les indiscrétions (*).

. Sur ce trône où d^à ton regard s'est porté, etc.

32. Sur ce grand siège, dit Béalrice, in quel cran seggio, sur ce trône impérial, objet constant de ton attention et de tes vœux, dont tes regards ne se sont jamais détournés, a che tu gli occhi déni, surmonté qu'il est de la couronne du successeur des Césars, per la corona che già v'è su posta; avant que toi-même sois appelé au banquet de noces de l'agneau, a (fueste nozze, c'est-à-dire avant que to sois témoin du triomphe de la nouvelle Jérusalem « venant de Dieu, parée comme une épouse qui s'est parée pour son époux » {Apoc, XXI, 2), et non pas avant que tu aies à mourir, s'asseoira l'âme du noble empereur Henri VU , L'aima delP alto Arrigo, prince qui entreprendra de remettre l'Italie dans la voie du droit, ch'adrizzare Italia verra, avant qu'elle soit disposée à se soumettre au régime impérial et à recevoir la vraie doctrine, dit encore TOttimo : In prima cKella sia disposta a ricevere la regola e la DOTTRINA VERA. {Aggiunt, del CocL Ixtur.) Pouvait-on s'exprimer plus clairement au xiv siècle? Voyez si Gaspard Gozzi osait parler même au xviii*. {Révél., p. 431.)

FtaoinA par Vaveugle et cupide avaricêt etc.

33. La louve romaine, dans son insatiable avidité, la eieca cupidigia, ensorcelle les Italiens, v'ammalia ; elle leur fait repousser ceoi qui leur apportent le gouvernement par excellence avec la doctrine

{*) Peut-être qu'après avoir tu la Rose se transformer en cité, autrement dit en égUsef nos Mvants se dédderom enfin ft comprendre PaUégorie de ce fiimeux roman de te teec^ où Us n'ont tu Jusqu'ici que ténèbres. Le poème est pourtant écrit en francs et Fautror a eu soin de prévenir le lecteur que la doctrine Albigeoise ou Cathare, art tf'Anoor on de Gaie science, y était • tout enclose.» lis finiront sans douta par se piquer d^onoear ^t ne me laisseront pas la tâcbe de' leur expliquer du franc^ais, passe pour l*itati(n«

féritabie et les rond semblaUea à Fenfant qui repooase ia noarriee dpat le lait calmerait sa iaiiQ.

Tel au divin forum régnera triomphant, etc."

34. Clément V, qui occupera alors le saint-siége, suivant les voies da mensonge et de Piniquité, lorsque Henri marchera dans celles de la vérité et de la justice, lui sera constamment hostile, tantôt à visage découvert, tantôt en secret, palese e coperto. Cela signifierait, selon rottimo, que, tout au contraire de la vie honorable et pure de Henri, celle di papa Clémente di Gascogna fia tarda e sconcia, si che il viagqio delL* uno sarà a FINE DI BEATITUDINE, e la via deW altro tenderà alla TERZtA BOLGIA. Plus explicite, Tannotateur du manuscrit Glembervie, nous dit : Poetando videt sedem quam expectabat Imperatoi' Henrigus et quomodo Papa FUIT CAUSA dicti ^Henrigki mortis. Il est certaie que ni Villâni, ni Alb. Mussato, ni Conrad Vecer, ni plusieurs autres, ne disent que ce prince fut empoisonné dans l'hostie» par le frère Bernard, do couvent de Montepulciano, comme le rappelle l'éditeur du P. Lombardi ; mais le fait rapporté par Bainze {Mise. 1, 162) fût-il vrai, esl-il bien certain que les écrivains contemporains, en Italie surtout, eussent cru pouvoir en faire mention sans péril (*)7

Mai» en ce poste saint Dieu le souffrira peu, etc.

35. Conformément à la prédiction de Jacques Molay sur le bûcher. Dieu ne souffVira pas qu*un pontife indigne survive longtemps au double forfait de l'empoisonnement sacrilège d'un empereur et de la ruine du Temple, poco sarà da Dio sofferto nel santo afficio; il sera précipité dans l'Enfer, detruso, avec' Simon le Magicien et avec Boniface VIII, qui sous lui s'enfoncera plus avant dans cette gaîne embrasée en commmiication avec l'étang de feu. (Enf, xtx.) Il en sera ainsi parce qu'il est dit^ au cb. xxi, 8, de V Apocalypse, dont s'est inspiré te poète pour toute la fin de ce chant : a Pour ce qui est des exécrables et des homicides, des fornicateurs et des empoisonneurs.

(*) Ce quMI y a de ceruiln c'est qoe deux dominicains avouent l'eitipolsonnemeilt, Ptolemsus Luct* ncis et Conradus de Halberstadt, ei que Tordre des frères prêcheurs crut encore devoir s'en faire absoudre, trente-trois ans plus tard, par le fils de l'empereur, le roi Jean, qui avait alors besoin du Pape contre Louis de Bavière (Lcibnitz, Cad, jus, gcfU.^ l, p. 1S8.) Enfin d'après un niannscrit du xiv* siècle, yf^neas àylvius, qui fut depuis le pape Pie H, dit aussi dans son Hist. Hoh.^ Ficher, p. 158 : « Henrkui Vtt^ hmUi firawk, VEHBNO extinctus fartur.

1208 LE PAftADtS.

des idolâtres et de tous les menteurs, leur partage sera dans Tétang •brû||int de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. Ces rapprochements, au milieu des cbaDtsd*amour du Paradis, n*ont rieo qui surprenne de la part de Béatrice , personnification de la théologie des Pauvres de Dieu ; mais ne seraient-ils pas bien étranges dans la bouche de celle qui personnifierait la théologie romaine?

CHAST IXII.

Sous forme d'une rose à la pure blancheur, etc.

1. Tous les membres de l'ordre du Temple, néophytes, profès, aflBliés, porunt rhabit|blanc, autrement dit tous les fidèles d'Amour, tous les pneumatiques ou spirituels, Albigeois, Cathares, Vaodois, comme vous voudrez les nommer, car, à quelques auances près, pour nous c'est tout un ; la milice sainte, milizia santa, que l'Ouimo appelle la santa cavalleria, revêtue de la robe d'innocence, dont le tang , versé à flots par les croisés et les inquisiteurs , a consacré J'union mystique avec le Christ, che nel suo sangue Ckristo fece 5/>05a; l'église évangélique, en un mot, nous est représentée ici soas la forme d'une rose blanche, symbole de pureté; et c'est de la véritable doctrine, de la rivière aux lumineuses étincelles, on s*en souvient, que s'est formée cette magnifique fleur, insigne des Rose- Croix, ou cette église fondée sur la pierre cubique.

L'autre, en volant, qui voit et chante avec délice^ etc.

2. L'antre milice, dont le concours était indispensable an recratement et à l'instruction de la première, an maintien de la discipline dans ses rangs, et que nous avons vue s'élever sous forme d'éiincella de la rivière lumineuse, peut à la rigueur être de nature évangéliqae, mais ce ne sont pas des anges. Au risque de vous déplaire autant qo'en vous montrant dans Béatrice une idée et une religion, en place d'ooe jolie et poétique jeune fille, faisant éclorc dans l'âme de son ami d'enfance, de pures et éternelles amours, nous devons encore ici vous désabuser. Verba volant, dit le proverbe; c'est pourquoi, dans les anges des commentateurs, il vous faut voir tout bonnement des pa-

rolos. Veuillez, en effet, nous suivre dans cette description métaphorique, d'où le mot d'ange est soigneusement écarté. Les paroles inspirées des Voyants de la secte, comme autant de Verbes lumineux, célèbrent , en volant au loin , la gloire du Dieu qui les parfume d'amour, l\iltra miiizia vede e canta la gloria di coUii che Ctna^ mora, et sa bonté qui leur accorde tant de puissance sur les âmes, la baruà che la fece cotanta. Ces paroles, en effet, sont proférées oralement et, instructions, mots d'ordre, avis officiels, elles passent rapidement de bouche en bouche dans les rangs sectaires, où elles sont fixées par écrit; alors, compositions en vers ou en prose, romansou contes, traités religieux ou même poèmes sacres^ tout cela circule l i'envi sons forme catholique, et se transmet de main en main au milieu d'une société inquiète, passionnée qui s'en repaft avidement.

L'attire, oomtne un essaim de joyetises abeilles, etc.

3. De même que des abeilles allant et venant des fleurs à la ruche, ces paroles, d'une saveur aussi douce que le miel, descendaient en féconde rosée sur cette grande rose ou église, dont les feuilles ou les ouailles sont si nombreuses, l'altra miiizia came schiera d'api nel gran fier descendeva che s'adorna di tante foglie. Elles reprenaient ensuite leur- essor et remontaient en actions de grâces, en louanges an Seigneur, au Dieu d'amour, quindi risaliva là dave il suo amor semprc soggiorna.

De tous hrillatt la face autant qu'ardent h-asier. Leurs ailes étaient d^or, etc.

U. Comme il faut bien aider un peu à l'illusion, ces paroles prennent des faces; mais ce sont des faces enflammées de chérubins, esprits de science, vous dira saint Bonaventure, et par suite resplendissant an loin, le facce tutte avean di fiamma viva. Leurs ailes sont d'or, c'est bien le moins, puisqu'elles volent en parlant d'or; quant au surplus, au corps de la doctrine qu'elles enseignent, ehl mon Dieu, est-il besoin d'ajouter qu'il est blanc, pur, cathare, à tel point que la neige n'en appi*oche pas, l'altro, tanto bianco che nullanevea quel tennine arriva. Puis, si vous remarquez qu'en regard de fA.L.L est /'A.L.T.R.O., vous comprendrez qu'il ne peut y avoir d'opposition entre le fond et la forme.

IfitO Le PAHADIS.

Chaque foii que plon§eaient leun ifhaUn§9$ fidèleg, sic

5. Quandces paroles bénies descepdaieDt da haut de la chaire dans l'église, où elles étaient recueillies pieusement de banc en bauc, le mot y est, quando scendean net fior Dl bajngo in BAifCO, elles y portaient la paix et le ztMe ardent, qui allaient redoublant i mesure qu'elles volaient de bouche en bouche, porgevan délia pace e deW ardore ch' elli acquistavan ventilando il fianco. Cesi ainsi que, sou8 la plume du poêle théologien, les paroles ou les raggionamenti, car il y a elli, prennent non-seulement une face, mais encore un flanc

Sans que leur multiludet en volant, innombrable» etc.

6, Bien loin d'intercepter la vue et d'empêcher les membres de Téglise de plonger leur regard dans les plus hauts mystères du Ciel, cette multitude de paroles pleines de doctrine, plemtudine volante, les leur rendait accessibles dans tout leur éclat, twn impediva lavista e lo aplendare. Qul^ mieux que Dante, ayant reçu de salnl Pierre sa mission apostolique, et devenu ainsi intermédiaire entre Dieu et son église albigeoise, savait leur faciliter, li force d'art, tinterparsi trà 'i diêsop^a e'^i fiore? On parviendra peut-^tre un jour à comprendre qnette était la rosa, il fiore^ ta Stella, pour laquelle extravagnaienti l'envi, jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, les poètes contemporaiiis de Frédéric II, tant italiens que provençaux; mais nons sommes très-poétiques en France, et nos académiciens en tête. Aussi tiendra t-on encore longtemps aux cours d'amour et à la chevalerie, telle que l'ont rêvée les érudils brevetés, avec ses ardeurs platoniques et ses belles châtelaines aux vertus immaculées. {Voy, les RévéL, pp. 26 et 27.) Dans cette Gaie science qui, selon eux, ne constitue qu'âne poétique amoureuse, ils ne voudront jamais reconnaître une docu-iue philosophique et religieuse. Et pourtant cosi si gira.

La divine lumière à V éclat étemel , etc,

7. Indépendamment de ce que des paroles d'une plénitude remarquable de vraie doctrine ne sauraient intercepter la vue de l'inieUigence, comme les sermons des prédicateurs orthodoxes, scede, ajoutez que la lumière divine de la gnqse, communiquée aux Apôtres, est si pénétrante de sa nature, qu'elle s'infiltre dans l'univers entier, selon que les esprits y sont mûrs pour la recevoir, chè la luce divina € pénétrante per Cumverso, seconda ch' è degno; si bien que tous

CttANt XXXt. 4211

les obstacles que lui oppose TÉglise romaine sont impuissants contre elle, H che nuUa le jmoie e$sere ostante.

Ce r9^JaW\^é m'cffimii, pambUt heureux séjour^ êic.

8. L'égltoe albigeoise, où règne exelusivement la pait et le gai safoir, ^ueno ticuro e gaudiasô regno^ remonte jo8()u*aii temps des Apôtres ; aussi cotnpte-t-eile une foule de saints personnages, tant dans les premiers siècles du christlaoiame, quand florissaient les doctëUfs delà gnose et ceux de l'école néopiit&nleienne, que depuis la conversion des pays de langue à' oc à la religion évangéllque et postérieurement à la fondation de Tordre du Temple, gente antica e novella; mais il serait dangereux de révéler leurs noms. Tous ayant du reste la même manière de voir et de penser, tous également dévoués à la religion de l'Amour, viso ed amore avea tutta ad un Èegno.

0 toiy triple lumière, en une étoile unique, etc.

9. 0 lumière des Trinitaircs écossais, o trina bice^ seule étoile flamboyante, unica Stella, qui, scintillant à la vue de tes fidèles, qnand la foule profane est plongée dans les ténèbres du catholicisme (miseii profani, Enf, yu), leur promets le bonheur en ce monde et dans Tautre» viens à notre aide au milieu de la tempête que Rome a soulevée contre nous, guarda alla nostra procella.

Si, lorsqu'ils voyaient Rome et son pénible ouvrage, etc.

10. De même que les barbares soldais de Montfort, venus de cette France du nord sur laquelle ne cesse de se faire sentir Tinflnencede la Galisto pontificale, idolâtre de celui qu'elle appelle son Ob aîné et qui la fait tourner à son gré, barbari venuti Dk tal plaça che ciaicun giorno d*Elice si ctiopra, rotentê col Sto riGLio ond' ELLA Ê YAGA, étaient dans le ravissement en voyant Rome triompher au prix de tant de massacres, dans la lotte acharnée de la croisade, ardua sua opra ; quand du fond du palais de Latran Innocent III assura la prépondérance à l'Église catholique^ quando Laterano aile cose tnortali ando di sopra. L'Oltimo, toujours bien avisé, a soin de dire (ia*Elice est la constellation de la Grande-Ourse ou du Chariot, can^o che fu Calisto et renvoie spezialmente au Purgatoire où vous serez édifiés sur ce chariot ou saint-siége par la note 28 du ch. xxv et celles du ch. xxxu.

Comhien dut ma iur^prUe à cette heure Are tmmenM, elc,

11. De même moi, qui voyais dans l'avenir le triomphe de mon église et de sa doctrine, moi qui passais, au gré de ma fantaisie poétique, des choses de la terre, dirigées par de grossiers appétits humains et passagères de leur nature, aux choses du Ciel , tout amour et lumière, dont la durée doit être étemelle, al dxvino dalV umano^ des murs de Florence, infectés de papisme et séjour d'iniquité, au miRen d'un peuple de justes et de Parfaits, ût papal giusto e sano^ combien ne devais-je pas être ravi en admiration I

Stupéfait, mais charmé, je me sentait jqutr, etcm

12. Aussi était-ce souvent une jouissance pour moi, quand je me complaisais dans ces doux rêves, de penser silencieusement et de ne rien entendre de ce qui se disait autour de moi, non udire e siarmi muta. Avions-nous raison en avançant que, tous tant que nous étions de traducteurs, nous n'avions fait et pu faire que des contre-sens en reproduisant, dans quelque langue que ce soit, un poème conçu ci exécuté dans un pareil système? Or, songez que toute une littératore de la même famille dort encore ensevelie dans vos bibliothèques el ne réserve pas de moindres surprises à ceux qui, se décidant enfin k suivre notre méthode, dont ils peuvent maintenant juger les résultats, entreprendront d'en fouiller la lettre pour en faire jaillir l'esprit, au risque de scandaliser V Univers, que fait pâmer le moyen âge.

Et comme un pèlerin arrivé dam le temple, etc.

13. De même qu'un de ces pèlerins de la religion d'Amour, qui* sous mine d'un vœu à saint Jacques de Compostelle, partaient d*ltalie et passaient par Toulouse, comme Cavalcante, dans le but d'y visiter les chefs de leur Église et de pouvoir redire à leurs frères en quel état se trouvaient les affaires du Temple {vay. les notes précéd.) quasi peregrin chc si ricrea nel TEMPIO del suo vota riguardantio, € spera ridir conC egli stea. Croyez-vous que cei^x-là n'eussent pas à se réjouir dans le Temple, d'avoir abusé l'Église avec leur prétends vœuT Combien de frères voyageurs dans la Maçoiaierie !

Partout, de rangs en rat\gs, je promenais de même, ctc,

iU. C'est ainsi que Dante, en sa qualité de philasapke inconnu, suit dans son poemc l'ordre philosophique, ce dont rotiimô qoi le

connaissait familièrement, se fait garant en ces termes : unie è da sapere che CAuiore, tutlo che 'l suo stile iiapoetico, elli tiene nel suo parlare ToRDIiVE pilosofigo. £n promenant donc dans tous les sens ses regards an milieu de cette me lumière du Temple, Dante uevoyaitdanstonslesgrades,per/i^(u/t^ que des frères remplis d'àmour.pût a cariià suqdi,p9a:é8 de leur dévouement pour A.L.T.R. VI ei de la haute estime de ce prince, d'ALTRVI lutne fregtati e del suo Riso, comme aussi de leurs œuvres méritoires a tous égards, d*atii ormti di lutte onestadù Vous figurez-vous ces Parfaits parés du rire d*autrui, ou du leur?

Du Paradis déjà mt$ yeux awiUnt compiist êlc.

15. Dante n'a fait encore que promener sur le Paradis un coup d'oril d'ensemble, qui lui a permis d'en saisir la forma générale^ peu différente de celle du Temple, mais ses yeux ne se sont fixés sur aucun point en particulier, ce qui le dispense de nous donner de suite des détails qu'il réserve pour un peu plus tard.

J0 vw, 9uanc2 je pensais trouver là B^trice, etc.

16. Au moment où il se retourne pour s'enquérir à sa conductrice de certaines choses dont il ne se rend pas bien compte, Béatrice n'est plus près de lui, un autre personnage a pris sa place. Celui qu'il aperçoit an lien de la dame de son esprit, donna délia mente, est un vieillard, sene ; d'où suit qu'il aurait été déjà vieux lorsque le Temple l'aurait conquis sur l'Église. Il porte l'habit blanc, comme les glorieux frères du Temple , vidi un sene vestito con le gloriose gente, attendu qne c'est un Bénédictin. Cette bienveillance fraternelle qui dérive du gai savoir, se montrait répandue sur sa face, lorsqu'il agissait extérieurement dans le sensdc dame Piété, in àtto pio, et tout en lui était d'un tendre père. Voici lé texte : Diffuso era per gliocchie per le gène dibemgna letizia IN ATTO PIO^ guale a tenero padre siconviene. Dante tient à faire un Barba dn pio sene.

fitfoirtce m'ewooie en son lieu près de toi*

17. Où est-elle? demande le fidèle disciple de Béatrice, de la doctrine cathare personnifiée ; et le vieillard lui répond : C'est cette doctrine béatifiante qui m'a converti, qui m'a tiré du lieu où j'étais, pour que ton désir fût complètement satisfait,a teiminar lo tuo disiro

Iàl4 LE PARADIS.

liossE Béatrice ME del luogo mio. Or, qael fat l'objet oonsunt des TŒux, des espérances da mystagogue florentin ? Son poème entier, tous ses écrite, en ters ou en pi-ose, sont là pour en rendre témoignage : Le triomphe de l'église évangélique sur l'Église catholique, sous le patronage d'un monarque unitersel. Le vieillard substitué ici h Béatrice doit donc, à son sens, avoir contribué activement 1 racGomplissement de celte rénovation religieuse et politique.

Au troisième pourtour tu peux l'apercevoir^ etc.

18. Béatrice, triniié par similitude dans la vie nouvelle, docirine réfléchissant réternelle vérité, est devenue Trône, irono del dwino aspetto, ch. xxviu, c'est-à-dire miroir ; Susanospecchi, voidicete Trani, ch. IX ; miroir réfléchissant dans le Ciel la divine Trinité, qui, selon saint Bernard t cohabite et coexiste avec nous » De interuh re dmno. (Voy. p. 280 des RévéL) Son fidèle l'aperçoit en conséquence an troisièOM rang do plus haut grade, terzo giro dei terzo grado^ parmi les inteUigences désignées par ce nom, eccapant le trône réservé à ses mérites incontestables, neltranoachesuoimeni la sortira. *

Je la viisefaiioni ed^méme sa couronne, etc.

19. On peut admettre à la rigueur que la doctine de vérité, personnifiée dans Béatrice, devienne symboliquement un miroir réfléchissant les rayons de la lumière éternelle : mais on se demande comment les âmes innocentes qui, dupes du récit fantastique de la Vie nouvelle et de la mystification de Boccace^ rêvaient nue jeune femme en chair et en os, béatifiée par l'amour du poète quinquagénaire', s*) prenait pour la faire, en tant que miroir, se tresser une couronne des rayonsqu'elle réfléchissait; pqis aussi comment, non content de l'aioir fait sainte de son chef, son adorateur enthousiaste n'aurait pv cniB( de l'introniser au rang des plus hautes intelligences célestes. Oo a bien raison de dire que rien n'est impossible à l'amour» nous aj<wl«* rons, ni à la crédulité. L'annotateur Caet sachant un peu mieax i quoi s'en tenir sur l'essence réelle de la dame de l'Esprit, dit fort bien, qu'elle se couronne de rayons divins, quia nikU pidenmsdeglo' ria Dei, nisi quantum in rka tkICE DEafOMSTEàTUR. Qvelsdènwsstreteufs en effet que les yetix «le Béatrice, à en croire le Comio!

CHANT XXXi. 1915

N'tBÎ^aucun tBil fnorid si lot» dê$ régionSf eUt*

30. La théologie albigeoise^ one fois rendue ao divin foyer dont eU« émane, a bean se trouver à one distance incommensorailile, elle n'en est pas moins pereepUble à Tintelligence mortelle i aussi Dante ne perd-il pas de vue sa chère Béatricei attendu que sa pure iniSge lui arrive rayonnante par la tradition apostolique, paria gnose et non pas indirectement, par l'intermédiaire des docteurs de TÉglise romaine, per mezzo mista.

0 Dvme en qui rétida et vit mon eapéranee, etc.

2i. 0 doctrine religieuse en qui mon espérance puise chaque . joor one force nouvelle, in cm la mia speranBa vige, toi qui daignas pénétrer dans l'Enfer catholique où je m*6garaisi pour me procurer le salut et laisser trace de tes pas dans Dité-Florenee, où j'eus trop peu de temps la satisfaction de voir de nombreux ûdèies d'Amour, se pressant dans l'église évangélique, écouter ma parole et me nommer leur pasteur.

A Ion divin pouvoir, j'aime à le reconnattre^ etc.

22. C'est toi qui m'as ouvert les yeux, c'est à ton iiifluence bienfaisante que je dois devoir vu td^t de choses soi|s leur véritable aspect, et d'avoir su eu tirer si bon parti ; car c'est toi qui m'en as ac« cordé la grâce et m'en as inspiré le courage, dal tuo podere e dalla tua bontade riconosco la grazia e la virtute.

« Tu m'as, serf que j'étais, tiré de Vesdavage^ etc.

23. Serf qde j'étais de celui qui ^'intitule servm servorum^ tu m'as affranchi de son joug, de celui de l'Egypte et de Bablyone ; tu m'as procuré la liberté de la raison, de la science, servo nondi signer nia di vil servo si fa chi da quel signor (amore) si scosta, (Voy, la Canz. Doglia mi reca nello car ardire, p. 369 des RévéL) Tu as eu recours pour y parvenir à tous les moyens les plus efficaces, aux conseils de l'amitié, au prosélytisme sectaire, à l'initiation, aux épreuves mystérieuses, enfin à l'enseignement doctrinal, per tutte qt^elle vie^ per tutti i modiche di cià [are avei la potestate,

(Umsttrvê en moi Uedeme de tamafnifictnce, ete,

*24. SntreliMis en nM)i celle ardeur qui fait accoÉipiir de grandes

choses, la tua magnificenza in me autodi, afin que mon âme, que tu as rendue saine et parfaite, de maladive et souffrante qu'elle était, au régime des docteurs catholiques, ait à se dégager, digne de toi, des liens de la matière, si che P anima mia, cke fatta hai sana, jnacente a te dal corpo si disnodi.

Elle me regarda, sourit à ma j^ière, etc,

25. Ainsi pria le chrétien sincère, mais peu catholique, et celle en qui se personnifiait sa doctrine religieuse lui sourit de loin, en regardant avec amour son fidèle disciple, du sein de ce foyer de Téternelle lumière où elle était revenue, sorrise e riguardommi, prisi torno aie etema fantana. Combien de temps cette doctrine rdigiease n'a*t-elle pas paru à mille lieues loin de celui dans Tâme duquel eHe avait un temple, quella si lontana came parea.

Vole de ioti regard dans tout ce beau jardin, ete,

26. Afin que tu puisses accomplir en véritable Parfait, reprend le saint Vieillard, la tâche à laquelle ta vie fut consacrée; acciàcke tu assommi pëbfettamente tuo cammino, j*ai reçu mission de ta foi- Béatrice, inspirée par Camour, de venir vers toi et de la remplacer, a che priego ed anwr santo mandommi. Promène tes regards sur cette merveilleuse décoration, qui d'abord t*a représenté une rivière, pub une rose, métamorphosée à cette heure en jardin. Ton œil acquerra ainsi la pénétration nécessaire pour ne pas te laisser éblouir par des métaphores et distinguer la vérité de la fiction, en l'élevant plus haut à la clarté divine, cheveder lui {(/uesto giardino) t'acuirà losguardo pià al mantar per lo raggio divine ; mais lisez aussi veder JL VL

La reine du Ciel,

Pour qui hrule mon cœur dun amour immartel, etc.

27. La reine du Ciel, il ne faut pas s'y tromper, n'est pas ici la Vierge Marie, Mère immaculée du Sauveur des hommes. Par une de ces transformations â vue d'œil, auxquelles on doit être accoutume désoi-raais, et dont les preuves ne se feiDUt pas attendre, la Rose-Egli^ est devenue jardin, attendu que dans ce jardin il fallait faire surgir une rose nouvelle, plus splendide et plus sublime, la rose des Roses, la rosedu jardin céleste, â savoir Notre-Dame, la cathédrale, l'Église-Mère dont relevaient toutes les autres, celle de Mantoue, fondée par Maiito,

coœme nous savons {Enf. xx), après le désastre de œile de Touloosc. C'est là, cette reine da ciel sectaire dont le saint Vieillard, qui lut porte le plus ardent amour, es])ère la faveur pour tous ceux qui, comme Dante, ont foi en elle ; la Regina del Ciel, ond' xo ardo tutto iamor, ne farà ogrd grazia, car je snis son fidèle Bernard, perocck' io sono il suo fedel Bemardo, rallié à la religien d'Amour.

S'il résulte quelque scandale de cette révélation, la faute n*en est pas à nous. Rien n'était plus facile que de nous adresser un avis paternel, auquel nous nous serions empressé d'obtempérer, si notre manière d'interpréter la Comédie avait paru faire courir le moindre péril à la foi, et jeter le doute dans les âmes timorées; c'était dans ce but que nous avions dédié au Saint-Père l'ouvrage intilulé Dante hèretique, etc. £n l'absence de toute objection de la seule autorité compétente en cette matière, nous avons poursuivi et terminé le travail dont nous avions donné une ébauche préliminaire. Nous sommes donc en mesure de décliner tout reproche à ce sujet, deux années s'étant écoulées depuis notre première publication.

il n'y a pas d'ailleurs à s'étonner beaucoup de voir nilusire abbé de Clairvaux érigé en docteur de l'albigéisme, quand nous avons vu Dante revendiquer successivement pour son église de non moins grandes illustrations catholiques, à savoir : saint Thomas d'Aquin, saint François d'Assises, saint Bonaventure, Pierre Damien et même saint Benoit. Afin d'abréger autant que possible ce commentaire, déjà bien long, nous ne reproduirons pas ici ce que nous avons déjà dit pages 279 et suiv. des RévéL, touchant les moti& spécieux que put avoir le.théologien Florentin, pour mettre saint Bernard en scène avec le rôle d'hiérophante à la fin de sa télété, afin qu'il eût à la conduire jusqu'à Vepopsù.' Nous nous bornerons à en signaler de nouveaux.

Ainsi nous voyons saint Bernard s'élever, comme Dante lui-même a pu le faire, contre les désordres si nombreux dans les monastères d^énérés : intempérance, luxe excessif, passions coupables, sensualité, concupiscence. {Apolog, c. vu.) De même dans sa lettre à Henri, archevêque de Sens (De officio Episcoporum) /û tonne contre la simonie, contre l'ambition démesurée et l'insatiable avarice du clergé. • Convient-il au pasteur, s'écrie-t-il, d'assouvir ses appétits comme la brute, de ramper dans la boue, de s'attacher à la terre, etc..^ •

Dans le livre De cansideratione, recueil d'instrucUous adressées par lui au pape Eugène 111, son ancien moine, où il s'élève sévèrement contre différents abus et traite les cardinaux de « Satrapes, auxquels la majesté convient plus que la vérité» (liv. iv, ch. ii, 3): « Je sais,

dit-il au Pape^ quelle est votre demeure, des iji€rédalea et des flaiteurs se mêlent à votre compaguie, loups et non brebis, et toutefois vous en êtes le pasteur... Saint Pierre ne paraissait pas en public, chargé d'or et de pierreries, etc. ; è voir la pompe qui vous environne, on vi>us prendrait pour le successeur de Constantin, plutôt qœ pour le successeur de saint Pierre. » (Liv. m., c. iv, &39.) Enfin dans son dise. 65 il disait : « Les mœurs des Albigeois sont irréprochables, ils ne font de mal à personne» leurs visages sont mortifiés et abattus par le jeûne. Ils ne mangent pas leur pain comme des paresseux, mais ils travaillent pour gagner leur vie. » M. Schmidt s*cst plu à « signaler les principes d'hunianité et de patience qui distinguent l'abbé de Clairvaux de presque tous ceux qui, après lui, ont oombiua les hérétiques. » {Hist. des Cath., ii, p. 231.) Btereiûrt, disait l'abbé de Clairvaux, capianturpotiùsquam effugentur^ capianiur, dico^jnm ARMIS SED ARGUMENTIS, quibus refellantur errores ipsorwn,.. Bac est voluntas EJUS Qm vult omnes homines salvos fiebi, et ad agnitionem veritatis ventre. (Serm. 6/i, i, l/i86.) Or, le salut poor tous était on point capital de la doctrinedes Cathares. Et quand les hérétiques étaient traînés au supplice par une foule fanatisée, il s'écriait: Approbamus zelum, sed 'factum non suademus^ quia nOES SUA-

DENDA EST, NON IMPONENDA. (Serm. 66, p. ikW.)

Fondant la science sur l'amour, saint Bernard, qui embrassa simultanément la voie active et la voie contemplative, la foi et ses cra- Tres, s'était proposé pour but final de ses enseignements, l'unioB avec Dieu, par la contemplation et l'amour, avec les hommes, par l'action et la charité ; il semble appartenir à la même école de philosophie (Nratiqueque Hugues et Richard de Saint- Victor, mis^par Dante dans son Paradis.

Les Templiers dont le concile de Troyes lui donna commissioo de rédiger les statuts (Labbe, ColL des Cane.; Rohrbacher zv, A39)i ajoutaient à leur serment de combattre pour la foi : la promesse d'assister « par paroles, armes et actions les religieux de l'ordre de Ctteaux, avec lesquels, disaient-ils, nous avons une association spéciale, comme étant nos frères particuliers. • (Ann. Cist i, p. 187, n*2à.) Et saint Bernard, de son côté, les glorifia^ dans son livre de Laude navœmUitiœy ad Milites Templi.

Le docteur évangélique put assurément partir de ces divers points de contact, pour supposer chez le grand abbé de Ctairvaux des opinions en harmonie complète avec les sienues ; d'autant plus qa*il n'ignorait pas que saint Bernard s'était réconcilié avec Abélard»grioe

à la médiation de Pierre le Vénérable. Il savait anssi que Tillastrc abbé, malgré ses infirmités, s'était décidé à accompagner, en ii47, le l^al Âlbéric, envoyé en mission dans les pays de langue û*oe. Il connaissait Taccaeil enthousiaste que lui avaient failles mêmes populations qui venaient de huer te légat pontifical, à Bergerac, à Gahors, à Verfeuii, à Sarlat et à Toulouse, où il logea au monastère de saint Saturnin. Mais Tétrange docilité avec laquelle les hérétiques s'étaient empressés d'obéir à cette parole puissante, si bien que Chêreste sembla disparue commepar enchantement, au lieu de constituer on nùracle h ses yeux comme à ceux de l'abbé Rohrbacher {Hist, univ. de VÉgL Cathol, XV, p. 471), n'aurait été pour Dante que le résultat naturel de la communauté de foi. Peut-être aurait-il cru au miracle si, pour se raviver, ces conversions subites n'avaient eu bientôt besoin d'être vigoureusement stimulées par des prédicateurs bardés de fer. Toute cette fin du poème, appuyée du commentaire de l'Ottimo, offre la preuve manifeste que saint Bernard était à ses yeux un coreligionnaire. Et de plus, il est certain que Dante ne fût pas seul à le croire et à le proclamer tel. Un siècle avant lui, en effet, les Cathares revendiquaient hautement l'abbé de Clairvaux pour un dés leurs. On ne saurait en douter quand le fait est positivement attesté par Bossuet dans son Hist. des Variations, livre xi, n® 145. Voici comment il s'exprime, en rendant hommage aux mérites du saint : « C'était là qa'on voyait un esprit vraiment apostolique et une sainteté si écla- Unte, qu'elle fut en admiration même à ceux dont il avait combattu les erreurs. De manière qu'il y en eut qui, en damnant insolemment les saints docteurs, exceptaient saint Bernard de cette sentence (Apud. Ren. c. VI, p. 755) et se crurent obliges à publier, qu'à la fin il s'était mis dans leur parti, tant ils rougissaient d'avoir contre eux un tel témoin. » Citons les expressions même de l'ancien ministre Cathare, Rinieri Saccone, que Bossuet dit avoir bien connu les Vandois et leurs doctrines, pour avoir passé dix-sept ans parmi eux, avant d'abjurer et de devenir inquisiteur pour la foi.

Waldenses sa*ipta Patrum non recipiunt, dicentes quod quatuor Evangelis'ta scripserunt utiliter, quia in cordibus , sed quatuoi' alii inutiliter, quia in pellilnts, Primos quatuor scilicet, qui utilitei' scripserunt, interpretantur Maithetum, Lucam, Marcum, et Joannenu Istos dicunt recipiendos ; et ipsi eos recipiunt, sed tamen moraliter expommt, Alios quatuor dicunt Hieronymum, [Augustinum, Ambrosiumet Bemardum, HORUM SCRIPTA CONTEMNUNT et ipsos dicunt, damnâtes, PRJETER BERNARDUM, eoquod ipse CONVERSUS AB ERRORË 77,

SUO SIT ET SALVATUS, UT IPSI DICUNT. {Mox. bibi V€t. PP, t Xl\,

cap. VI, p. 266. Lugd. ap. ADÎssonios, 1577.)

Mous sommes curieux de savoir ce que le grand Bossnet aurait en à répliquer au grand Alighieri, s'écriant à son tour : L'Église Romaine éprouva tant de honte d'avoir contre elle des témoins comme saint Benoit, saint François d'Assises, saint Pierre Damien, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, saint Anselme de Gantorbery, saiot Benoît et saint Bernard, qu'elle prit le parti de les dérober à Féglise rivale et de les canoniser, pour les accaparer frauduleusement à son proGt, sans réclamation possible ; et moi-même ne m'a-t-elle pas, sciemment ou non, accepté comme un de ses plus glorieux enfaots; n'a-t-elle pas proclamé, exalté mon orthodoxie? De deux choses l'une : ou vous ayez été dupes, et alors que devient voire prétendue infaillibilité, ou vous saviez que vous vous attribuiez des illusuraiions qui ne vous appartenaient pas., et alors où est votre bonne foi ?

Ne dirait'On pas que l'aigle de Florence rétorque ici par avance l'argument de l'aigle de Meaux? >îe dirait-on pas qu'il a voulu, en se faisant iuitier par saint Bernard aux plus sublimes mystères, dans les plus hautes régions du Ciel, se montrer fier d'un tel témoin^ et qu'il s'écrie : Il fut mon maître! Et Bossuet ne vient-il pas lui-même en témoipage à Dante, en mentionnant cette persistance des Cathares persécutés à proclamer Bernard l'un des leurs, non comme des criminels honteux, mais comme des hommes confessant intrépidement leur foi?

Lisez au surplus l'Ottimo déclarant que l'Auiore pone se vedere Nostra-Donna (Notre-Dame, la cathédrale de l'hérésie) per induzioke di san Bernardo, après avoir dit d'une manière assez nette, ce semble : Fu bisogno ail* Autore che non soloavesse Béatrice per Duce, ch' è la SGlENZA ALLO iNTELLErro, ma fu bisogno (Caversan Bcrnardo per duce, accio che avesse Toperazione d'essa scieiua NATURALE; 6 teologia convenue esser KELlGloliE seconda quello ORDIME di san Bemardo, ch! ello si ORDiNè per sua duce. (Voy. p. 282 des RcvcL) On peut se rappeler que Luther est d'accord aitîc Dante, et probablement par des motifs analogues, pour proclamer la sainteté de .«^aint Bernard. [Voy, ch. xii, la note à la fin.) £st-ceque lui aussi aurait eu honte d'avoir pour adversaires et l'abbé de Clairvaoi: .et saint Bonaventure et saint François d'Assises ?

Tel, de la Croatie ou du pays âSIaron, etc.

28. De même que celui qui jvicnt du fond de l'Allemagne, delà

f Croatie on dos mines dn Harz, et de la Dnmgaria de F. Rinieri (pas une église Cathare oubliée, voy. 'aux preuves supplémentaires), pour TÎsiter notre Temple, où Tbomme devient la véritable image de J.-C, vtene a veder la Veronica nostra (qui n'est pas, on le voit, la relique romaine), et non-seulement se rappelle avec bonheur que notre sainte doctrine remonte aux Apôtres, per Cantica famanon si sazia, mais se dit, lorsqu'il a vu la lumière, fin che si mostra, mon Seigneur J.-G. , Dieu véritable, c'est ainsi que l'homme arrivé à l'état de Parfait, est devenu votre ressemblance ; or fu si fatta la sembianza vostra. On ne dira plusque Dante s'enveloppe à plaisir d!obscurîté. Lisez de grâce Rinieri, disant des Vaudois : Corpus Chrtsîx dicunt esse jntrum panem. CORPUS autem proprium appelant verum GORt^os Christi (p. 267 ibid.), son image,* sa ressemblance véritaUe, vera ikon.

Tel je ratais, m'uêt'et la vue otltfnttve, eie.

29. Voilà comment j'étais en présence de saint Bernard, en qui je voyais notre ressemblance comme Vaudois, la Veronica nostra; en présence de l'abbé de Clairvaux, le sévère réformateur, dont l'amour, la vivace carxtà, fit un Parfait, et que la contemplation amena, au milieu du monde catholique, à goûter inGniment notre religion de paix et) d'amour, che *n questo mondo contemplando, ausTô i)i QUEEXA PAGE, cettc paix que prêchait Dante avec tons les missionnaires évangéliqnes. Y a-t-il là amphibologie?

Tu ne connaiirae foe, dit^il, fil» de lagrdce, etc.

30. Fils de la grâce, accordée aux bonnes œuvres, pieux ministre de la religion d'Amour, dont les œuvres sont si méritoires, tu ne connaîtras pas l'essence de ce temple du gai savoir, questo esser gtocondo^ dit modestement saint Bernard, si tes regards s'arrêtent en bas sur un de SCS plus humbles desservants. Lascia questi pensieri simula rivi e cutendi al tuo proposito, dit l'Ottimo, qui semble impatient de voir la réalité prendre la place de l'allégorie.

Regarde , en remontant ces cercles dans Vespace, etc.

31. Remonte dv diocèse en diocèse, de circonscription en circonscription, guarda i cerchi, jusqu'au premier de tous ; là tu verras s'éWer notre cathédrale, Notre-Dame m cathedra, la pure reine à

1222 LE PAHADIS.

laquelle est soumis ce royaume, évangéiîqne, rempli de déYouement pour elle, veggiseder la Regina cui questo regno èsudditoeditoto.

Lé côté du Iievant qui de feux s'illumine, etc.

32. De même que le parti de rOrieot, d*oà Tient la lamière gnostique albigeoise, remporte incootestablemeat en pure clarté sur le parti de TOccident, dont va déclinant le soleil catholique, la parte oriental soverchia quella dove 7 sol déclina; de même le Vaad(NS Dante, l'homme de la vallée du Pô, par sa trisaïeule, femme de Cacciaguda, portant son regard du côté des Alpes Pennines, appiè deW Alpe che serra Lamagna (Ënf. xx), où s'élève Manlooe, fondée par Manto, ne Toubliez pas, quasi di vaile andando a momte; il vit la partie supérieure, le conclave suprême de la secte, parte neUo sirema, remporter en lumières, en profond savoir sur les autres membres de leur église, vincer di lunie lutta l'altra fronte. C'est bien ainsi que l'entend l'Otiimo disant avec bonhommie : De même celte chaire de Notre Dame était en grande luniiéi*e, coH quelia cattedra di nostra donna era in grande Ittce, puis il ajoute e battre parti délia Rasa, secondo pià e mena vicine a qukllo luogo (Notre Dame ou sa chaire était donc un lien) eratw piit e mena luminose e chiare. Si vous hésitez à croire, sur notre seule affirmation, que Marie on Notre Dame soit l'église cathare, peut-être en croirez-vous le témoignage du F. Rinieri, lisez donc : Dicutu Jesum Christum esseFiUnm Mariœ Virginis, non camaliter ex ea, sed spiritualiter per pr^di-

CATIONEM EJUS GENITUM... quando Jesus TERBUM PR^DIGATIONIS

Beattt Virginis Marice susccpit, Dicunt enim quod PR£DICAItl)0, traxit eum in sectam ipsorum ; et SIC FACTOS EST FiLius DEI crtdendo; quiante fuit filius camalis et peccator. (pp. 266 et 267 II -et B, îbid.) L*allégorie ê5i on ne peut plus claire, et pourtant le révérend Inquisiteur, qui ne la comprend pas, s'éverlue à démontrer l'absurdité de cette croyance, qui tendrait <h donner à Dieu une fille avant de lui reconnaître un 61s : Supposito quod Jesus fuerit de seaa ipsorum, Beata ergo Virgo, quce prœdicavit ei Verbum pdeXy ne'cessario pi'ius credebat, Ergo ipsa prim filia fuit, quam ipse Jesus filius fuit. Ergo Deus Pater prius kabuit filiam quam fdium. (Ibid. C.) Puissamment raisonné; mais il ne résulte pas moins de cet exposé naïf qnc, pour les sectes évangéliques, cette bienheureuse Vierge- Marie, qui prêchait si bien, n'était autre que leur église, ne cessant d'engendrer au père commun des fils parfaits à la ressemblance de Jésus-Christ.

CHANT XXXK 1333

C'est icteetiqaeineDt, on le voit, la métaphore employée par les t^aalicieos, aa rapport d'Eothymias de Zigabèae, et que nous avons rapportée plus haut teitacllement : « Ils prétendent que tons ceux des leurs en qui vient résider le Saint-Esprit, sont mères de Dieu, Dei parentes, attendu qu'ils conçoivent le Verbe, le portent en eux, in utero gérant^ et l'enfantent, pariant, en enseignant les autres. Ajoutant que celle qui la première fut la mère de Dieu, n'eut rien de plus que ce qu'ils ont eux-mêmes. » '

Ces preuves ne suffisent-elles pas? en voici d'autres qui ne sauraient laisser le moindre doute, autrement je ne sais où il faudrait en chercher : « Certains Cathares professaient au sujet de la mère du Christ une doctrine beaucoup plus allégorique et plus mystique encore que celle qui faisait de Marie un ange. Marie, disaient-ils, n'est ni an ange ni une femme, elle n'est qu'une métaphore; LA Vierge EST l'église cathare, quî engendre comme fils de Dieu tous ceux qu'elle reçoit en son sein f). • (Schmidt, Hist. des Cath., ii, 12.)

Ainsi la pacifique et splendide oriflamme, etc,

33. De même qu'à l'Orient, d'où se répand cette lumière que sut diriger si mal le Phaéton romain, quand le monde attend avec impatience qu'elle se dégage des ténèbres catholiques, brillent les clartés matinales, lorsqu'elles vont décroissant ailleurs, quinci e quiruli il Lwne si fa scemo; de même la haute Église directrice, arborant l'étendard de la paix, celui de saint François d'Assises, le pauvre de Dieu, celui de la monarchie universelle et de la religion d'Amour» queila pacifica oriafiamma distribuait avec précaution et à des degrés inégaux, le pain de vie et la flamme sacrée dont elle était le foyer, nel mezzo s'avivava e d'ogni parte per igual modo allentava la fiamma « Peut-être, disent les Académiciens de la Crusca, l'auteur fait' il allusion à l'oriflamme des Reali di Francia. » O prodigieux académiciens, soyez bénis I vous êtes de la force du F. Rinieri.

Dans ce centre, je vis de bonheur transportés, etc.

Zk. Dans ce milieu, a quel mezzo. Est-ce au milieu de la Vierge-

(*) Un AlbÎKf^is brAlé à Touloase, en ISIO, aviitenseifpfké Mariam non esse nec fuisse mutiercm carnalemt mais qu'elle sigiiiliait IVgiise Cathare. {Lib, sent, inquis. Tolos, 92.) — 3fariam negant fuisse muiiernn carnalcm; sed sectam suam et oroinem BCOM DiculiT EMC Makiak TiRGiReii, vet'om pœnitentiam, castain, et vii^ginem. dvx GEfiEaAT FIU08 DU^'quoiKio rcciptuntur ad easndam sectam et oniinem, (Eyine« ricus, TJk.)

1221 LE l»ARAblS.

Marie, au milieu de l'oriflamme, comme le veut Costa, ou au milieu de la Rose des Bienheureux, au dire du P. Lombardi, qui ne sait pas mieux comment se tirer de cette audacieuse métaphore ? Que ne cousultaient-ils l'Otlimo? Il leur aurait dit nettement : « Je vis à Notre- Dauic, a Nostra Donna vidi, plus de mille Anges ou Parfaits chauler en grand costume, splendiemi e melodianti ; mots correspondant à con le penne sparte festanti. Notez que chacun de ces Parfaits e&l arrivé à une si haute position par une naissance illustre ou, comnie Dante, par des talents hors ligne dans l'art d'Amour, ciascundisiimo di fulgore e d'artl. Il nous semble voir d'ici cette auguste asisembléc célébrant la fête de Saint-Jean d'été, fesunui, dans sa cathédrale de iMantoue, dans cette Rose des roses qui, nous l'avions bien pensé, sans être académicien de la Crusca, est un local et non un végétal ou un morceau d'étoffe plus ou moins brodé.

Sourire une heauié qui de» élus de$ deux, etc*

35. Dante voit sourire aux jeux de la plume de ces Parfaits, penne sparte, plumes disséminées en Italie, en Provence, en Allemagne, et produisant à l'envi canzoni, canticlie, trîonfi, romans de geste et de chevalerie, toutes compositions amoureuses de la même école ; il voit so'irire à leurs chants enthousiastes, mais tant soit peu monotones [voir Ginguené, Fauriel, etc.), a lor cantx, une beauté qui est joie dans les yeux de tous les saints d'A.L. T. R.I, letizùiera negli occhià tutti gli aliri santi. Comment ne pas reconnaître dans cette bellezzn la doctrine Béatrice, qui se propageait, sons forme de Gaie science, dans les enseignements, occAt, de tous les Parfaits, saints ou Cathares, partisans de l'Empire? Etonnez-vous après cela de l'invasion de la poésie amoureuse en Italie, en Allemagne, en France, en Espagn<\ de l'établissement des cours d'amour, de cet étrange phénomène do platonisme dans les écrits, au milieu d'un sensualisme grossier, de cette manie de chevalerie s'étendant sur l'Rurope et l'Asie conifne une épidémie, et de cette profusion de romans, si bien compris alors, dans lesquels une dame, de beauté et de vertu parfaite^ est constamment adorée par un chevalier parfait, |)er$écuté par des tyrans félons, des géants monstrueux, et une fée malfaisante. Que nos docteurs se décident ou non à la réplique, la cause est enlendoe désormais, et il leur faudra se résoudre à laisser refaire l'histoire do moyen âge, avec celle de la philosophie scolastique, des littéraiarcs du IVlidi, de la chevalerie, des Templiers, etc., car ils seront de trop

inanvaiso îiumear pour se remettre à la besogne qu'ils out si bien gaspillée. Je ne vois, quant à présent, que MM. Michelet et Henri Martin pour débrouiller le chaos fait par d*aulres el dans lequel eax-oiêmes ont eu jusqu*à présent tant de peine à se reconnaître ; quant à nous, qui aurons mis la science sur la véritable trace, il est évident que nous n'aurons pas rendu le moindre service à l'histoire de la France, attendu qu'au lieu de découvrir tout cela clair et flambant dans quelques vieux manuscrits français, oubliés dans la poussière d'une bibliothèque, il nous a fallu le relever laborieusement et mot à mot dans un poêine italien qui se trouve à la portée de tout le monde. D'où suit que nous avons fouillé plus ou moins heureusement dans la poésie italienne, dans de vieux Iwuquins laissés à l'écart, mais que nous n'avons pas, à proprement parler, fait un travail sur l'histoire de France, puis notre style est si peu à la hauteur du genre, et le style c'est l'honome, a dit Boffon.

Quand y aurais la parole aussi riche et facile, elc,

36. L'amant théologien de la doctrine béatifiante eilt-il été aussi riche de termes décevants, que son imagination était ingénieuse à lui suggérer des déguisements variés, le péril était tel, qu'il n'aurait osé aller plus loin en parlant des perfections de N. D. , et tenter d'expliquer le bonheur qu'elle promettait à la terre, non ardirei lo minimo teniar disita delizia.

Tant il la contempla lut-ménie avec transport.

37. Quand saint Bernard vit les yeux de ra|M)tre florentin se fixer attentifs, dans l'ardeur de son zèle vaudois, net caldo del suo calor, sur ce miracle de beauté doctrinale, il se mit à la contempler luimême avec tant d'amour, gli moi con tanto a/fetio voUe a Uî, que s'accrut encore celui dont brûlait dans son âme l'adorateur de Béatrice. D'où résulterait que les écrits de saint Bernard, suoi occhi, auraient puissamment contribue à la vocation cathare de Dante, i miei {occhi) di rimirar si fer piii ardenii; l'on comprendrait alors rotthno disant : La fin que se proposa Dante, au terme de sa vie, fut d'être un des suivants dudit saint et de marcher sur ses traces, fu ad essere de' seguaci in VESTlGl e in vita del pvedetto santo. Or, cela ne signifie certes pas que Dante se proposât de se faire moine bénédictin de Claivaux,

1SS6 LR PARADIS.

CHANT nXII.

De lui-même tonfsa lé saint contemplateur, efo.

1. Si noQ8 suiviong, au début de ce chant, la Tersion de rottiino, H faudrait WreC a ffetto ka'l suo piacer il contemplante, c*est-9i-dire, la contemplation de saint Bernard produit Teffet désiré sur Dante en redoublant son xèle pour la foi albigeoise, ce qui se relie parfaitement aux demie» Ters du chant précédent. Nous lisons au contraire dans l'addition ad Cod. Laur. Refetto al suo piaeer, etc., ce qni nous paratt la yéritaMe leçon originale. Mais en adoptant même celle qui est le plus généralement adoptée affetto al suo piaeer quel cmtemplante, on ne peut qu*étre frappé de ces paroles du vieux commentateur : « L'auteur montre ici comme quoi saint Bernard et loi dirigèrent leurs regards dans la Rose, avec une concorde parfaite, came in una GONGOADIA santo Bemardo e Cautore dirizzarono gli occhi nella Rosa. >» Il n'est pas posasible d'exprimer plus clairement, avec l'intention de feindre, que saint Bernard et Dante avaient identiquement la même manière de voir ; et pour nous il est hors de doute que le poète n'a pas voulu donner à entendre autre chose. En effet, c'est parce que leur foi aurait été la même, que l'illustre abbcde Clairvaux aurait rempli de son plein gré, avec lui, le rôle de maître et de docteur évangélique, après Virgile et Béatrice, libero OFPicto Di DOTTOBE ossunse, qu'il serait devenn son socius et son guide*

Vois aux jpieds de Marie et plus que jamais belle, etc.

2. Comment a-t-il jamais pu tomber dans l'idée d*nn homme ayant le sens commun, que Dante ait été pi*écisément placer au pins haut rang du Paradis, la première pécheresse, la première cause de tous les maux de sa descendance 7 Oui, ce serait Eve, la mère do genre humain, qu'il aurait entendu nous montrer siégeant aux pieds de Marie, mère du Rédempteur ! Mais si Notre Dame on Marie est tout bonnement une cathédrale, comme nous l'avons vu, Eve doit être aussi une église, la seconde en importance dans Tordre de diocèses ; nous voici donc ramenés à celte église florentine dont le théologien Dante fut l'époux ou le pasteur, à cette Eve indiscrète qui ne put se résigner à rester cachée sous le voile du mystère, che non sofftrse di star sotto alçun vélo, (i'urg. xxix.) Ainsi donc cette toute

belle église de Florence, peut-être celle qu'il appelait soo beau saint Jean, ouvritla plaie saignante, aperse e punse la piaga^ plaie d'exil et de mort, qui s'adoucit et se cicatrisa dans le sein de l'église de Alantoae, cette Mari« qui la riekiuse ed urne* Ainsi, dans l'ordre hiérarchique, venait en tête Noire Dame de Mantone (*) ; après elle, da' suot piedif l'Eve ou l'église de Florence. Peut-être découtrirons-nous p[us tard le rang de l'église de Ravenne dans laquelle il exerça en dernier le ministère sacré, comme on peut le voir par ses égk^ues et par celles de son ami et initiateur de Yirgilio {**).

Sur le iroiêième rang cette autre, aurdesiout d'elle, etc

3. La place de Rachel, figure de la vie contemplative des solitaires on €atbares, était marquée prés de sainte Béatrice, la fol doctrinale éclairée par la raison, ou la théologie sectaire, dont elle est comme la sœur. Elle aumi est un miroir de vérité, ce qui lui vaut de siéger au troisième rang, celui des Trônes. Mais nous voyons de plus en elle l'église gnostique, cette veuve dont les Maçons se disent les fils et nous renverrons ceux qui refuseront d'admettre dans Rachel une figure sectaire, au moine de Zigabène, qui s'exprime ainsi, en parlant des PauKciens : fingunt Rachelem fuisse mulierem quandam T1DUAM qu(B, cum duos haberet filias^ quo tempore Herodes puei*os 7nares'€(mgregavit, 'kon&rem et gratiam apud ipsum se extstimans tmîuram, eas in mariumspeckm rnutatas attulit, Verum cum et fiiia smte tanquam mares UN A CUM ALIIS ESSENT INTERPEGT£, et reliquœ maires lugerent^ Rachel ita plorabat, ut millam admitteret consûiatiùnem, Quoniam dum conareiur decipere, decepta fuerat fUias^ que ipsa suas femei'e perdiderat, atque hoc allegorigb intei^pre-

(*) La préTércnce tonte panfcnlièr^miinircst^e par Dante pour IMglisc de Manione nous ferait $ii|tposer ^*a appartenait k la branche Catkare ée Bagnolo dont, aelon Rinicri, les principaux centres étaient Mantode, Brescia, Bcrgame^ Florence, et qui ^lait répandue (Tallleim dans te Milanais, la Toscane,- la Marche de Trévise, la Talléc de Spdète et la Romagne. (Fov* 5chraidt, i, p. 165.)

(**) Ce dernier, désirant le déterminer à venir se fixer près de lui, à Bologne, lui disait entre tntres choses signifleatives :

Bheu pulvereo quod êtes in tegmine eeabro. Et mérita indignans singuUos pasciia Sarni Rapta Utis gregilnis, ingratœ dedecm nrbi !

Il D*est pas befloin de dire que paecva Snrni sigiiifle les pâturages de TAmo. Viens, ajoutait-il, les plus iufluenis parmi nous, et les fidèles de tous les grades, t^aflirmenl que tu n'auras aucun danger à courir :

Hueades, etnoetroê timeas nequê, Ttlyre, uUnts; Namque fidem celsœ, concueso vertiee, pimu OUindlfer œquc etiam quercusque arbusta dedere. fi on heieingktUg, non tteic injuria^ etc.

1228 LR fARADIf;.

tantes, dicunt Rachetem pairem esse cœlesteni, atjns filiiP stnt, anima AD^. et ANIMA CHR1STI (qtii nc sont autres que des Parfaits, voy. ch. XXVI, note \lx et ch. xxxi. note 27) qminis ab Herode, \d esta MUNDI PRINCIPE (le Pape ou Satan Aleppe) sublatis, patrem lugere mortem tllarum^ nec uUam cansolationem adtnùtere, (xxix, p. 226.) Notez que cette RacheM^, vivant au temps d*Hérode, ne serait pas fille de Laban. Qui donc aurait tué les fils de la vettve?

Là tont autsi Sara, Réhecca, etc.

6. Sara et Rébecca viennent ensuite ; or, nous avons levé jusqu'ici assez de masques pour être en droit de dire aux érodits : Maintenant cherchez à votre tour; mais comme ils ne trouveraieBi peut-être pas plus qu'ils n'ont fait jusqu'ici, nous leur proposerons cette explication : La première, la plus ancienne, Sara, serait l'église dont il est fait mention dans la chronique de saint Tron, celle du Piémont, dont l'évêque Claude de Turin aurait été i'Abraliam ; ia seconde, l'église de France, celle des Pauvres de Lyon, sa fille ou belle fille, dont l'Isaac serait Pierre Valdus. Les Pauvres de Lyon se* raient ainsi les Juifs d'hier, comme cherche à le donner à entendre rOtttimo; en employant le mot Giuderi, contraction de Giudei iieri Rappelez-vous, en effet que, lors de sa réception^ le Rose-Croix dit venir de Judée, et avoir passé par Nazareth, ce qui indique son passage de la religion de mensonge à celle de vérité. [Voy. note il do ch. XXIV.) Quanta Judith, qui obtient une stalle de faveur en Paradis, pour avoir tué Ilolophcrne et délivré Béthulie, son nom véritable est assez facile à trouver. Ne reconnaissez-vous donc^pas l'église de Toulouse, celle que le |K)éte a désignée au s* chant de l'En/èrsousie nom d'Hélène, cette belle proie d'un ravisseur adultère? L'église de Toulouse était alors bien déchue, puisqu'elle ne vient qu'en sixième, après avoir brillé au premier rang. Mais elle a eu beau tuer Mootfort- Holopherne, elle n'est pas moins tombée sons le joug du roi trùschrétien, ses Parfaits ont été livrés au martyre ou réduits à fuir, et sainte Marie de Mantoue a dû prendre sa .place. De même, cette bonne Ruth, la Moabite, devenue femme du \ieux Rooz, qui fut f<i bisaioa del cantor che disse miserere mei, est l'église de Ferrare, la Vaudoise, venue de la vallée du Pô, del val di Pado, qu'aurait prise pour femme Cacciaguida, le Patriarche des croisades (ch. xv), église ou femme qui aurait été la bisaïeule, non pas du roi David, mais précisément de celni qui, dans sa douleur de la défaillance de son

chàmt xxxti. 1229

£ve, pet' doglia del folio, paraphrasa les psaumes de la pénitence, dans an esprit non moins sectaire que Gibdin ; de même que, pour mettre en défaut TinquisitioD, il ayait composé son credo à double face ; cette église de Fenrare en6n dont le sang coula è flots avec celui des Akiighieri Fontana, par le fait de Tévêque de Feltre. {Yoy, chant IX.) Pas un trait qui n'accuse la ressemblance et Tideniité.

Ton œil dui^ pour m? suivre, à chaque nom sacré, etc.

5. N'admirez-vous pas comme saint fiernard, celui du poète, bien entendu, est au courant de l'histoire ecclésiastique de l'hérésie, et quel zèle il apporte, en sa qualité de iiberodottor, affranchi du servage romain, à éplucher feuille à feuille, difoglia xnfoglia, cette blanche rose des Purs ou Cathares, dont Je parfum doit paraître très-peu orthodoxe à ceux-là même pour qui Dante était l'orthodoxie poétisée?

iN 'admirez-vous pas la sûreté de coup d'œil avec laquelle il passe eu revue dans ces églises, savamment groupées autour de iMarie, la revue générale de l'armée anti-catholique ?

Séparant en deux parts la bienheureuse enceintet etc.

6. Ces filles d'Israël, ou ces églises du peuple élu, sont doue des Yaudoises sur toute la ligne, et elles établissent la distinction qu'il est essentiel de faire entre les feuilles de rose. Nous tâcherons de ne pas nous y perdre; d'ailleurs nous nous recommandons, quant aux points de détail, aux professeurs de théologie, les priant, par la même occasion, de vouloir bien nous expliquer pourquoi, en regard de toutes ces ointes Israélites, ou soi-disant telles, les saintes romaines brillent par leur absence {*),

(*) Lucie elle-même, qai da reste ne parait pas ici, pour ne pas déi-anger sans doute la symétrie hébraïque, u*est pas une Romaine, mais bien une Sicilienne. Cependant la Sicilienne Lucie, indépendamment de son symbolisme particulier, dont nous avons donne l'explication dans VEnfer et le Purgatoire^ ne personnifie pas moins m même temps une église, . celle de Syracuse, rcmoniaiit probablement au ri*gne de Frédéric H. Mnis croyez-en plu tôt Ozanam, disant jivec son enthousiasme et sa bonne foi ordinaires: aGiaopo di Danle, autorité décisive en matière biographique, nous révèle que son Iltusire p<-re professait u»e dévotion favorite pour sainte Lude, vierge et martyre de Syracubc... Des pr^idiges multipliés attestaient sa puissance; de ce nombre il faut en compter un qui étonna Vérone, en 1S08, époque à laquelle plusieurs fixent dans cette ville le séjour du proscrit Florentin, etc., etc. ( Dante et PML Cath,^ pp. SIS et »ulv.) 1.c prosciit flolentin dut contribuer puissamment pour sa part, on ifen sautait douter, aux miracles opértis par sainte Lucie à Vérone, sous le patronage du grand kan des Cathares ou Tartarins, et Giacopo di Dante avait été instruit à trop bonne école pour n*étre pas une ;iutorité incontestable, en matière biographique. Voyez aux prcuxes» ïUj>p:cmenlaiics comment les Cathares raisaieiii des minicles.

Cair Mlon U regard que, tur ierre^ la foi Dirigea vere le Christ, «ic.

7. Ainsi que nous l'avons vu au sujet du Troyeu Rypbée» lepoiiU de vue est pour beaucoup dans l'affaire du aalut. Or les Vaudois, comme le reconnaissent, au surplus, tous les auteurs ecclésiastiques, et fiossuet en tête, ne voyaient pas précisément in Crisio, c'est-à-dire en matière de foi, soit religieuse, soit politique, de la même manière que les Albigeois. Leurs églises forment donc le mur de séparation au milieu des saints degrés ou grades, qui, d'un côté comme del'aotre, ne conduisent pas moins au salut et à la gloire éternelle, queue . sono il muro a che si paxion le sacre scalee.

Où la fleur e$i partout de péUUei fournie, etc.

8. Dans la partie où la fleur est garnie complélcnicnt de ses feuilles, sont les sectaires qui n'attendirent pas la venue du Messie Henri VII pour croire à un monarque rédempteur, in Cristo venitnro^ ayant pour mission de refouler la Louve aux Enfers; ceux, par exemple, qoi mirent successivement leur espoir dans les comtes de Toulouse, daib Frédéric Barberousse et dans Frédéric IL

,.„Comme de ce calé De la reine du Ciel le Irâne respecté, etc.

9. De Vautre côté, où il existe des vides,, plutôt par suite de défections qu'à raison de nouvelles recrues à faire, onde sono intcrdsi di voto i semicircoli, sont ceux qui se rangèrent sous les drapeaux de l'Empereur descendu en Italie, in prima ch* ella fosse disposta, ceux-là a Cinsto venuto ebber U visi.

De même, à Voppoté, celui de ce grand Jean, etc.

iO. A côté de la cathédrale de Mantoue, le Temple, personnifié dans saint Jean-Baptiste, le glorieux patron des loges maçonniques; le Temple dont les membres, toujours saints, sempre santo, endurèrent l'exil en Ecosse, en Allemagne, etc. , il déserta^ les tortures et le bûcher, martiro, et snbircnt deux ans avant d'avoir pu se reconstituer, lo joug de l'Enfer catholique, l'infemo da due anni.

Sons lui sont Augustin el Betwil et François, etc,

11. Parmi les Bienheureux qui, formant une bande distincte ton-

CHANT IXXil. 12S1

chant au vtadéisine, casi cerner sortiro, et dont le chef ostensible est le Précurseur , devaient nécessairement figurer saint Franco» d'Assises et saint Benoît, que Dante nous a signalés comme dent patriarclies des Pauvres de Lyon. Quant à Tévêque d'Hippone, ce serait probablement parce qu'il fut, comme le remarque M. £. Scissct, a le plus philosophe des docteurs du christianisme, » et passa (lu malérialismc de Manès à Platon, pour se jeter ensuite dans les bras du Christ, en restant platonicien ; ce serait comme auteur de la Cité de Dieu, dont le sujet, analogue à celui de la Comédie ellemême, est la lutte de la cité de Dieu contre la cité du Diable, que nous le verrions placé aux premiers rangs du Ciel. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les autres saints, désignés à dessein en deux mots, gli altri, seraient immanquablement saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, saint Pierre Damien et tous ceux que Dante nous a fait passer en revue dans son poëme, jusqu'à Robert Guiscard, Guillaume et Rainoard. On comprend que le catalogue complet était impossible à reproduire ici sans rendre l'artifice trop manifeste, tant à raison des omissions que des admissions. Mais, au demeurant, comme nous n'avons là que trois noms de baptême sans qu'aucune épithète imprime aux personnages désignés leur caractère distinctif, comme toute cette fiction paradisiaque ne nous a offert jusqu'ici, soQs des noms révérés, que des illustrations vaadoises et contempo* raines, si l'on veut nous en croire, on restera convaincu que, tout en paraissant avoir en vue saint François, saint Benoit et saint Augustin, le poêle a entendu signaler au respect des siens trois hauts dignitaires du Temple, leurs homonymes, de telle sorte que l'ennemi, dope du stratagème, eût à les confondre avec leurs saints patrons. £n effet, nous avons vu, notamment, pour saint Augustin, que Dante repoussait avec les Cathares, sa doctrine sur la prédestination.

Admire en ses desseins la scigesse divine, etc.

12. N'est-il pas admirable, en effet, que le poëme sacré nous donne ainsi la preuve authentique, par la bouche de saint Bernard, de la fusion opérée, par l'intervention des Templiers, entre les Gibelins de la veille et ceux du lendemain, comme aussi entre les deux sectes sœurs, vaudoise et albigeoise, l'une e Caltro aspetto délia fede, de telle sorte que tous sont appelés à peupler sur le pied de l'égalité, le jardin céleste, iguoLmente tmpiere questo giardino; or, cette fusion nous est signalée comme due à la haute influente de

l*£njpire, à l'aliro promeder divino. Que de faits restés ignorés de rhlsloire et que de filons elle a encore à découvrir dans la mine que nous lui ouvrons si péniblement! {Vay. à la fin des Preuves supplêu.)

Que nul ne vient siéger pour ton propre mérite, etc.

13. Sache qu*à partir du quatorzième rang on gradin qui sépare à moitié les deux initiations mystérieuses, che fiede a mezza 'i tratto le due DISGREZIONI (ce dernier mot, dans le double sens de division, et de discréiion sous la foi du serment), on n*est pas admis pour son propre mérite, per nuLlo proprio merùo, puisqu'on n'appartient ni à Tune ni à l'autre des deux croyances vaudoise et albigeoise ; mais dans un intérêt politique, per /'A.L.T.R.VI. Encore y faut-il certaines conditions, con certe condizioni, consistant dans la naissance à U vie nouvelle par le baptême maçonnique, les épreuves, le serment ei l'accomplissement de certains rites. Mais dans tous les cas, ces initiés aux mystères du Temple ne pouvaient pas aspirer au delà du quatorzième grade de l'Écossisme, à celui de Chevalier d'Orient, croyonsnous. Nous en recommandons la lecture dans lÀghtonM. \

Avant d'avoir acquit la libre éUctian,

i!x. L'absolution est donnée à tous ces Gibelins, à raison du secours qu'ils prêtaient, sans en avoir soupçon, à la secte à laquelle on espérait bien qu'ils se rallieraient un jour ou l'autre; c'étaient des enfants qui ne savaient pas encore faire usage de leur raison et choisir entre la vérité et le mensonge, sono sptriti assolti prima d'aververeelc- 2tbm, attendu, dit l'Ottimo, que il raziocinare non puote essere ne i fancitdli. Ce qui est d'une vérité très^orthodoxe.

T'en feront foi Uurt traita et leurs voix enfantinut etc.

15. Tu peux le reconnaître à leur extérieur, à leurs insignes, volti, comme aussi aux mots de reconnaissance indiquant leurs grades inférieurs, per le voci puerilù D'où nous concluons que les Gibelins restés fidèles au catholicisme, étaient traités d'enfants, et que cette dénomination de parti leur avait été affectée dans le langage secret des sectaires.

Tu te tais enlacé dans sa inaille sublUe^ etc»

16. Le théologien vaudois, qui n'admet pas la grâce sans les œu-

Très, feint d'éprouver un doute; mais don saint Bernard, qui connaît les ressources de cet esprit fécond en subtilités, pensier sottUi^ sera de force h dénouer le nœud le plus serré sous les yeux du Pape m^e, béatifié qu'il est; aussi, dit-il : lo ti solverà farte legame. Voyons donc comment l'abbé de Glairvaux saura parler bérésie sous forme orthodoxe, art royal dans lequel, nous l'avons vu et nous en avons à chaque instant de nouvelles preuves, excellaient les membres de l'église cathare.

Dans toute cette ampleur du royaume du Ciel; etc.

17. Dans toute cette organisation monarchique et sectaire, il n'y a pas plus à trouver une idée catholique, casual ou fortunal punio, que la tristesse, la faim ou la soif ne sont possibles dans le Paradis; car elle est constituée de par la loi éternelle, puisqu'elle dérive de J.-C. par les Apôtres, per etema lege è stabilùo, loi à laquelle elle correspond comme l'anneau au doigt, giustamente ci si rùponde deW anello al dito. Nous rappellerons ici que, dans tout le cours du poëme, Dante n'a cessé de désigner la Papauté parles mots Fortuna ou Ventura, le casus des latins, et que l'idée lui en a été sans doute suggérée par ces paroles d'Isaîe : Quiparaverunt mensam Fortunœ et damoni poctUum impteverunt. (G. LXV, fil.)

N'a jjos sine causa la véritahle vie, etc.

18. Ce n'est pas sans cause que ces Gibelins sont admis prématurément à nos mystères, festinata génie, qui les acheminent à la vie de vérité, a vera vita, et que nous leur conférons des grades, dans de certaines limites, selon qu'entre eux ils sont plus ou moins utiles et méritants, intra se più è mena eccellente.

Le monarque par qui tant d'amour, d'alîégresie, etc.

19. Le monarque, par qui l'Amour et la Gaie science régnent au suprême degré dans ce royaume, créant les esprits, le menti creando, et non pas les âmes, soit par lui-même, soit par son représentant, comme lui profès dans le gai savoir, nel suo lieto aspetto, les dote à son gré, sous le rapport de la grâce qu'il leur accorde, et confère le grade selon l'aptitude, a suo piacer di grazia dota diversamente. Ge que lu vois ici est le résultat de cette manière d'o|^)érer dans les

réceptions, qui basii Ceffetto.

Bn cat jumeaux déjjà de colère brUlant, elo,

20. Les deux frères jumeaux de TÉcriture, Esaû et Jacob, élaieDt loii\d'être d'accord en tons points, puisqu'ils se battaient dans le sein de leur mère. L'un avait les cheveux rouges, l'autre les avait noirs, comme le remarque l'Ouimo ; Rébecca et Dieu préférèrent le der* nier, d'où résulta que, nés du même sang et au même moment, ils eurent un sort très-différent

Ces âmes dans la gloire ont à prendre teur place.

21. Il en est de même des Gibelins orthodoxes qui deviennent, par l'initiation, frères des Albigeois et des Templiers, mais qui ne sont pas d'accord en tout avec eux ; c'est pourquoi il faut qoe la sublime lumière de 1} grâce impériale, dt cotai grazia CaUissimo iume, rayonne sagement, degnamente s'incapelU, selon la coulcar des cheveux, seconda il colar de' capelli; il faut qu'elle ne les admette pas aux grades supérieurs tant qu'ils ne seront pas jugés dignes de gravir toute l'échelle de Jacob, et qu'elle les relègue aux derniers degrés, comme autant d'£saû, sauf à proportionner Favancement aa mérite, dans les limites voulues.

A percevoir les dons de la bonté première*

22. En conséquence, point de merci pour leur orthodoxie, sanza merch di lor costume^ pour leur habitude de croire à l'autorité de l'Église romaine, en dépit de la raison. Quels que soient d'ailleors leurs mérites, ils sont échelonnés dans les grades inférieurs, différents des autres uniquement en ce qu'ils ne donnent pas la vnc parfaite de la vérité, sol differendo nel primiei'o acume. Tout cela est assurément très-logique et dicté surtout par une prudente politique. Et puis quelle habileté consommée dans l'expression !

Pour avoir le salut suffUail Vinnocencef etc,

23. Dans les premiers temps de l'église dissidente, il suffisait, poor être admis dans son sein et, dès lors, pour avoir le salut, d'être de vie pure et né de parents professant la foi des Parfaits, con Pùmocenza la fede de' parentû Saint Bernard en sait long sur tout cela.

Et tout mâle dès Ion dut être circoncis,

2/i. Quand les catholiques devinrent persécuteurs et que les dissî-

dents durent itissimuler leur croyance, le secret devint indi^nsable; alors il fallut s'assurer de la discrétion des récipiendaires, même de bonne vie et mœurs, maschi aW innocenti penne, leur faire acquérir le sang-froid et l'énergie nécessaire, à l'aide des épreuves, acquùtar virttuey afin de refréner la langue, per drconcidere, sous-entendu, la lingua, expression métaphorique que vous trouverez expliquée en ce sens dans le Dieu d'Âlberti. Rappelez-vous, du reste, avec quelle rigueur le poète Châtie dans Y Enfer et dans le Purgatoire le péché d'indiscrétion, peccati delta gola.

Aux limbes s'engloutit l'innocence elU^mémef ete,

25. Puis, quand vint Henri VU en Italie, temps de grâce où s'accomplit la fusion désirée entre les Gibelins et les sectaires, ceux d'entre eux qui étaient honnêtes gens furent admis dans les loges; mais comme ils ne recevaient que le baptême de néophytes et non celui de Parfaits ou Kadosh, ils étaient retenus dans les grades inférieurs, sanza battesmo perfetto di Cristo, taie xnnocenza laggiû si ritenne. C'étaient des enfants, des innocents, qu'on amusait avec des hochets. Si Dante insiste tant sur la perfection du baptême, c'est avec rintention de distinguer celui qui était administré par ses coreligionnaires, le baptême de feu ou de l'Esprit, dont Ecbert explique la cérémonie rituelle dans son septième sermon, et celui qui était donné aux petits enfants par les prêtres catholiques, baptême contre lequel s'acharnaient les hérétiques, dit Bossuet. £n effet, nous lisons encore dans Rînieri Sïtccone : De baptismo dicunt quod ablutio, qu€B ijLalur infantibus^ftonprosit. Item, quod patrini non intelligani quid respondeant sacerdoti (p. 265). Item, quod baptismus nihil valeat, nisi quantum valeani mérita baptizantis. Parvulù vero non prodest nisi fuerint {baptizantes) perfecti in secta (p. 267). « VoiUi pourquoi, dit Bossuet, les hérétiques exagéraient la corruption da clei^é, pour faire voir qu'il n'y avait plus de sacrements parm nous. » {Hist, des Var,, p. hk^,) Voilà pourquoi, ajouterons-nous, papes et cardinaux, clergé séculier et régulier, sont représentés dans^ toute la Comédie, sous de si noires couleurs.

Regarde maintenant cette beauté suprême, etc.

26. Regarde maintenant cette sublime église de Mantoue, qui ressemble le plus au Christ pour la pureté, la perfection, l'éclat des lumières ; ses enseignements seuls peuvent, par la clarté de la doc*

trine, te préparer à jouir de la vue du Christ, la sua ckiarezza sola ft puo disporre a veder Crùto.

Je ris pleuvoir sur elle une telle allégresse, etc*

27. Je vis les esprits saints des Parfaits et des poêles sectaires, créé» pour s'élever aux plus grandes iiauteurs du mysticisme amoureux, menti santé create per trasvolar a queU* altezza, faire pleuvoir sur cette église bénie un déluge de vers inspirés par le gai savoir, aUegrezzcL Aussi cette église, objet de unt d'hommages mérités, excita en moi une admiration sans égale, tant je la voyais ressembler à Dieu, infiniment bon, infiniment parfait.

Je le vis à ses pieds en abaissant son aiUt etc.

28. Vous VOUS imaginez sans doute, sur la foi des commentateurs, que cet Amour, qui le premier descendit vers elle eu chantant Ave Maria, est l'ange Gabriel ; rappelez-vous combien ils vous ont abusé déjà en vous le désignant, au xxui* chaut, sous forme de couronne, chantant :|Je suis l'Amour augélique ; et faites attention, car il semble, que c'est le même qui rentre en scène, puisque le poète a soin de vous dire : QuelC amor che primo li discese cantando Ave Maria, yratia pLena. Celui-là est pourtant tout autre; vous allez voir.

La bienheureuse cour, fouie en chœur, se complut, etc.

29. La bienheureuse cour de Chevaliers, de Patriarches, de sublimes Princes, aurait eu bien mauvaise grâce à ne pas répondre par ses acclamations au salut d'un si haut personnage ; aussi chacun fitii sa partie dans ce chorus général, et la joie rayonna sur tous les visages dans la Lombardic, si ch* ogni vista s*en fe piii serena ; tandis qu'i Rome, dans Avignon, à Naples et à Florence, les visages étaient bien loin d'être gais. C'est qu'en effet, un personnage réel s'offre id ï nous et non pas l'amour évangélique du xxiu' chant, quoique le }K)éte se soit arrangé pour .qu'on eût à faire confusion.

O saint père^ pour mot g ut restes eti et lieu Loin du siège élevé, ton étemel partage, etc.

30. Dante considère si bien saint Bernard comme un des Pères do sou égllsi', qu'il l'apiHfile sanfo jmdrc, en reconnaissance de ce qu'il b'ebl dérangé pour rempldccr Béatrice. Quel e2>l, dcniaude-t-iii

CHANT XXXIÎ. 1237

cet ange que je vois avec im si grand air, con tanto ifiuoro, éludier les onseigneinenls de notre dame, guarda negti occlix la nosira regina, et y puiser pour elle tant d'amour, qu'il semble tout en feu, innamarato si, che par di fuoco?

En ces mots j'eus recours à ce vieillard divin, etc.

31. Cosi ricorst ancara alla dotirina di colui\ CH* abbelliva di Mahia, corne del sol la stella matutina. Il faut bien traduire, j'eus de nouveau recours à la doctrine de celui qui s'embellissait des beautés de- l'église vaudoise, de même que l'étoile flamboyante reproduit celles du soleil mystique. Mais Arnaud Daniel ne dit-il pas tan m'abbellis^ etc.? (Pg,xxvL) Il faudrait entendre alors que Marie convenait beaucoup à Bernard. Tout cela n'empêche pas que le vrai Bernard n'ait persisté, jusqu'à la mort, dans la foi catholique, le témoipage de Bossnet, l'évÔque orthodoxe, quoi qu'eu pense V Univers, remportant de beaucoup sur celui du poète florentin,évêque hérétique.

.... Tout ce que peut VÂnge, Vdme accomplie, Posséder de vaillant, de gracieuXt de beau, etc.

32. La réponse de saint Bernard mérite qu'on en pèse les termes : En lui est toute l'intrépidité et toute la beauté gracieuse, baldezza e leggiadrta, qui peuvent se trouver réunis dans un ange et dans une âme, et il nous plaît qu'il en soit ainsi, ttata è in lui e si voient che sia, La beauté, rien de mieux, mais la hardiesse, pour accomplir un glorieux message d'amour près d'une vierge timide, on n'en voit pas la nécessité, et puis pourquoi distinguer entre un ange et une âme?

Car il vint à Marie apporter le rameau, etc.

33. En effet, c'est lui qui descendit en Italie apporter la palme en signe d'union, de fiançailles, à l'église cathédrale des Albigeois, perche egli è quegli che porta la palma giuso a Maria, quand le fils de Dieu, le Messie impérial, consentit à se charger du fardeau que nous lui imposions, celui de régénérer l'Italie en renversant la Papauté, quando '/ figliuol diDio carcar si volse délia nostra salma. Gomme les ailes que cet ange déploya devant Marie nous apparaissent hérissées de lances, dinanzi a lei le aie distese, nous n'hésitons pas à reconnaître en lui le prince Jean de Luxembourg, élu roi de Bohème en 1309, le propre fils de rem|)ereur Henri VII, envoyé par ce monarque, à la tête d'un corps de troupes, pour contracter alliance avec |p.s chefs de

l'église dissidente, alliance conclue à la grande satisraction des Parfaits, et proclamée par Dante dans sa lettre à tous les prince» et peuples (VItalie. Ce jeune prince venant d'outre-monts, ^ts/jo^ apporter aux Parfaits de Lombardie la palme de fiançailles entre l'Empereur et leur église, devenait à leurs yeux un ange de paix, un messager céleste, un autre Gabriel, et Ton pouvait dire de lui bien mieux que d'an ange du Ciel, qu'il réunissait baldezza e leggiadria, grâce, beauté et vaillance. Encore nn tour de force.

Les grands Patriciens, étemelle parure , etc.

3&. Que tes yeux suivent ma parole à mesure qu'elle désignera, dans les rangs de notre église, les grands Patriciens de cet Empire, très-juste sous le rapport politique, très-pieux au point de vue religieux, nota igranpatrtci di questo ùnperio giustissimo e pio. Tous les personnages dénommés seront donc autant de masques cachant autant d'illustrations contemporaines.

Lès deux quif tout en hautf siègent Us plus heureux, etc.

35. Les deux Patriciens les plus rapprochés de Notre-Dame, de celle dont Auguste est devenu l'époux, sont nécessairement denx hauts dignitaires de l'église impériale, puisqu'ils sont les plus rapprochés d'elle, propinquissimi ad Augusta, ce dont ils sont on ne peut plus heureux, più felici, et que saint Bernard les désigne comme les deux racines de la Rose, d^esta rosa quasi due radia.

S'offre à giMche ce Père à qui sa convoitise, etc.

36. Le siège diocésain de l'Ëvc florentine se trouvant immédiatement au-dessous de Notre-Dame de Mantoue, c'était bien le moins que son époux, son pasteur, se donnât la satisfaction de se voir luimême dans une position en rapport avec son rang et avec les serrices rendus à VAugustaj par la fusion et par la création de ce langage destiné à propager en secret la vérité. L'Adam florentin est donc sigoalé, comme le Père dont le goût audacieux pour la vérité fat fécoad eo longues amertumes pour tout ce qui, dans Florence, n'apparteoait pas à l'espèce des brutes catholiques et suivait les lois de la raisoOt pei' lo eut ardito gusto l'vUAS^A SPECIE tanto amaro gusta.

Cet ancien Père à qui le Christ de sonjardin^ etc.

37« A la droite de Notre-Dame est un pontife vénérable, p^dre

CHANT XXXII. 123d

vetusto di santa chiesa, parce qii*en effet c'était un archevêque; mais \ cette époque, moines, abbés, chanoines et prélats avaient sou- Tent un pied dans les deux camps, témoin le chanoine Pétrarque. Toujours est-il que nous avons tontes raisons de croire que cepadre vetusio, à qui le Christ Henri recommanda cette belle église, qtœsto bel par, en le désignant pour son chef suprême, par la remise dm clefs, le chiavi raccommandà , avait pour nom véritable, Pierre Aichspalter. Nous lisons, en effet, que ce prélat très-remuant, d'abord évêque de Bâle, promu ensuite à l'archevêché de Mayence, était lié îhlimement avec Henri de Luxembourg ; qu'il contribua de tous ses effbrts à Télection de ce prince à TEmpire^ de concert avec le cardinal de Prato et avec Otto de Granson, son successeur sur le siège de Baie, et sa créature, qui accompagna Henri VU en Italie. {Voy. Muller, Gesch. der Schweiz., il, p, 15, noie 2; Conr. Vecer, De rébus Imp. Henri Vil, in Urstis scrr,, il, et J, C. Pûster, HisL d' Allemagne j v, liv. 3.) Peut-être Pierre Aichspalter y vint-il luimême dans le cours de l'expédition et fut-il connu personnellement du poète théologien, qui se prévaut ici de son prénom de Pierre pour le faire figurer au lieu et place de l'Âpôtre.

. A sa suiie est celui qui, far la mort jalouse, etc..

38, Pierre Stabili, connu sous le nom de Gecco d'AscoIi, auteur de VAcerba, brûlé comme hérétique, à plus de soixante-dix ans, après avoir professé l'astrologie à Bologne de 1322 à 1325, vit en effet, avant de mourir en 1327, pria che morisse, lorsque Dante luimême n'existait plus depuis six ans, les temps si difficiles que l'église sectaire eut à traverser à cette époque, tutti i tempi gravi; il put même, en sa qualité d'astrologue, prédire quelques-uns des désastres éprouvés par la bella sposa, dont perça le flanc la lance de Judas, dans la main de Charles de Valois, et que martyrisèrent, dans la personne des Templiers, les ferrements de la torture, chiavi. Voilà comment le poète a pu lui imposer ici le masque de l'auteur de V Apocalypse^ son Acerba étant écrite, en effet, d'un style tout, à fait apocalyptique, et contenant, selon 4'inquisiteur, maintes acerbitaxes.

Près de Vautre est ce chef sous qui vécut de manne, etc.

39. A côté de Cecco d'Ascoli, siège le jurisconsulte Cino de Pis- . toja, sous l'apostolat duquel ses concitoyens, race ingrate, mobile et

fantasque, passantdes Blancs aux Noirs, de Toulouse à Rome, se nour-

rirent de la manne de ses paroles, riraées ou non, visse di manm. Et voilà le Moïse legisiadn iv ch. de V Enfer, Quanta voir dans ce prétendu Moïse le législateur des Hébreux, on n*y saurait songer, si Ton se rappelle que, pour les sectaires, le Moîsejuifétait un sorcier, unlarrou et l'agent sanguinaire du Dieu mauvais. (Ebrardus, 127; Ermeng., 224; Moneta, 112; Act, de Cinq, de Carc, 121x1, Doai.,f. 100.) Cino aurait donc été juriste comme Dante médecin, pour mieux prêcher.

A Pierre faisant face, est assise sainte Anne, etc.

hO. En regard de Pierre Aicbspalter, siège, sous le nom de sainte Anne, Téglise Paulicienne d'Orient, l'église Syrienne Alexandrino; celle dont le mystérieux et introuvable chef est si souvent désigne au moyen âge sous le nom du Prêtre- Jean, roi et pontife, dont l'Ariosie a fait le Sénape, en butte aux persécutions des harpies et délivré, à l'aide du cor enchanté ou de la parole de vérité, par le prince normand Astolphe d'Angleterre, baptisé à dessein d'un nom Lombard, Sara est cette église d'Orient ayant des évêques en Bulgarie, è Codstantinople, en Arménie, en Palestine et probablement jusqu'en Abyssinie ; que les poètes du temps de Frédéric II appelaient la rose de Syrie. Cette église ou rose est donc bien, comme l'ont pensé Matter et Néander, la mère de l'église ou Rose d'Italie, de Notre- Dame; aussi est-elle représentée dans l'extase à ras|)ect du triomphe de c(>tie fille de son amour, et chantant, les yeux fixés sur elle, lejoyenî hosanna, Nous avons donc ici à peu près la reproduction de l'idée qui a déjà mis en scène Sara et Rebecca ; seulement la filiation est directe. Mais il résulte de là que les écrivains. anglais Jones, Blair, Stanley, Faber, etc., n'avaient pas tout à fait tort en rattachant les ans aux autres Pauliciens, Cathares, Yaudois; et que h high-ckurck, en prétendant remonter directement à l'église apostolique, pourrai^ bien ne pas errer autant que le pense le savant professeur Schmidt. (IL 269.)

Ei vis'à^is d'Adam tu vois siéger Lucie,

41. Enfin vis-à-vis de l'Adam Florentin, maggior padre di familia, car il avait six enfants, en outre des nombreux croyants qu'il considérait comme sa famille, brille Lucie, la lumière albigeoise et maçonnique, à laquelle Y Apocalypse a fourni tant de rayons. Cette Lucie au capuce vario pituo, dont Guido Guinicelli avait fait sa dame et Dante, an dire de l'Ottimo, una idea del suo intelleito. (>

fal^n ciïet sous l'influence de cette idée lumineuse, que la foi Bé.i« trice arracha le poète à la forêt obscure et sauvage du catholirisiuc {Enf. Il), où il aurait trouvé sa ruine en ce monde et dans l'autre. Avec combien d'art le poète ne nous reporle-t-il pas au début du poëme, en faisant passer sous nos yeux plusieurs des personnages qu'il a pris soin de nous signaler au début ! A l'aide d'un trompe-l'œilfpi, faute d'offrir aucun trait déterminé, permet de prendre un personnage pour un autre, il a ramené sous nos yeux, avec Lucie, l'Adam de Florence et le Moïse de Pistoie, son ami, dont les travaux maçonni* qnes étaient suspendus lors de la descente d'Henri YII ; alors qu'ils virent venir un possente con segno di vittaria incoronato, et il nous a donné ainsi la clef de son allégorie.

Mais de ta vision le temps qui se dérohey ete,

U2. Comme il ne faut pas dépasser le nombre des 33 degrés de l'Écossisme et qu'il est temps de mettre fin aulxxir chant du Paradis pour passer au dernier, destiné à clore cette vision poétique, ce rêve merveilleux, durant lequel la vérité sommeille, tandis que veille la fiction, perché /' tempo fugge che t'assonna; il convient de couper court à une nomenclature déjà longue et assez difficile d'ailleurs à poursuivre sur ce ton, et proportionner l'ampleur de l'habit à l'étolTe disponible. Quel admirable tailleur que Dante, sachant par les prodi* ges de sa coupe, ménager son étoffe albigeoise de manière à en tirer no vêtement confectionné dans les règles les plus strictes de l'art catholique I Buon sartore che^ com' egli ha del panno, fa la gonna.

Et nous élèverons nos regards pleins d'ardeur, etc.

43. C'est en élevant ses regards vers Dieu, source d'amour, et dès lors le premier de tous, sans perdre toutefois de vue le but politique, guardando verso L. YI, que le fidèle d'Amour parvient à pénétrer, autant qu'il est possible à l'homme, dans les plus sublimes clartés delà doctrine, pei* lo suo fulgore.

Par une humble prière il nous faut demander, etc.

kU. C'est donc à Notre-Dame, à Marie, cette personnification métaphorique de l'église proscrite, qu'il] faut s'adresser pour obtenir de voir la lumière dans toute sa splendeur ; car c'est de l'église mère

1242 LG PARADIS.

■eule qu*on peut obtenir celte grâce iUummame, k soin de nous dire roitimo ; il ne s'agit que de comprendre.

Dans ce que je dirai que ton cœur, ta raison^ etc.

/!i5. Les instructions de saint Bernard i son disciple ne s*écarteDt en tien, on le voit, des prescriptions maçonniques. Certain de sa docilité, il lui dit : Tu me suivras, ou m'imiteras, tu mi seguirai; tous deux, avec le même amour Albigeois au cœur, nous n'aurons qu'une même manière d'aimer^ de penser et de prier, si che dal dicer mo lo cuor non parti. Alors le saint Bernard du poëte, bien différent de celui que l'Église romaine révère, commence la prière que nous allons analyser à son tour.

CHANT IXIIII.

0 Vierge, de tonflU à la fois fUle et mère, §te.

4. Yierge immaculée. Église sans tache, dont les membres soot tous purs et Parfaits, mère spirituelle du Christ impérial, ton père, ton protecteur temporel, humble dans la persécution qui s'acharne sur toi, sublime par ta doctrine et ta vertu, umile ed alta, type de toute perfection, conça de toute éternité dans la pensée du Très-Haol, termine fisso delC eterno consiglio.

Par toi s'ennohlii tant notre humaine natiire, etc.

2. Tu as tellement- relevé ceux qui savent user de leur raison, l'umana natura, en faisant d'eux des Parfaits, que le père comnoo, l'Empereur, il fattar, celui qui fait» ne dédaigna pas de devenir l'œuvre des Parfaits^ en se faisant initier par eax, non disdegnà di farsi sua fattura, c'est-à-dire fattura delC umana rtatura, La construction est irréprochable.

En ce pudique aein te rewiwi Vardeur, ete,

3. C'est en ton sein qoe se ravivt la flamme de l'amour, dont Fvdeur a fait germer, dans des pensées de paix étemelle, la fleur de b

monarchie aniverscHe, nel ventre tuo si raecese Camore per lo eux caldo nell* etema pace casi è germincUo questo fiare.

Ici nous le voyons comme une flamme ardente^ etc.

k. Tu es pour tes fidèles croyants un foyer lumineux d'amour, meridiana face dî carità, et une source vive d'espérance pour ceux qui subissent encore le joug de la mort théocratique, Imra mortali^ se' di speranza fontana vivace.

Sans ailes veut i>oler qui n*a recours à toi, eie.

5. Telle est ton influence, o Notre-Dame de Mantoue, que ceux qui désirent obtenir une grâce quelconque, qualvuol grazia, soit du Très-Baat, soit de son représrâtant sur la terre, ne sauraient être exaucés que par ton intercession ; et son désir aspire à voler sans ailes^ vuoi voler senz' A. LI. , c'est-à-dire veut que le Temple l'emporte sur ri^lise sans l'appui, û'Arrigo, Lucemb. Itnperatore.

Pour tous, sur terre, au Ciel, est ta honié si grandCf'^tc-

6. Tu pousses même la bonté jusqu'à prévenir la demande, quand tes fidèles ont bien mérité de toi, ou quand tu vois chez les profanes des dispositions à se rallier à toi. -

En toi miséricorde, en toi tendre pitié. En toi magniflcencef ete,

7. Tu réunis, dans ta perfection Cathare, à la miséricorde ou tolérance envers ceux qui sont égarés dans les voies du catholicisme, la véritable'piété, et ce génie qui enfante les grandes conceptions, nut" gnificenza; enfm tout le mérite que peut posséder une créature t'a été dévolu. Tu réunis toute perfection, puisque tu personnifies la grande église des Parfaits.

Ce mortel qui du vide, en ha$ dans Vunwmrs, etc.

8, Depuis l'abîme de douleurs creusé par le Catholicisme, immense lacune morale et philosophique restée ouverte dans les basses régions de l'univers, infima lacuna, jusqu'à ce point élevé de la doctrine, ce croyant a passé en revue toutes les vies spirituelles, le vue spiriîali, selon qu'elles étaient dirigées par l'autorité ou par la raison, flambeau de l'existence intellectuelle ; accorde-lui, je t'en supplie, la grâce de

contempler le dernier terme du salut; c'est-à-^dire, achève ce qu*a si bien commence Béatrice ou la dotma délia salure, aGn qu*il puisse voir ï Alpha et V Oméga, princïpum et finis (Âpoc. xxi, 6), en élevant plus haut encore ses regards, vei*so tultîma sainte.

Et moi qui n^ai jamais désiré pour ma vue, etc.

9. Accorde-lui Vepopsis, la manifestation complète de la lumière d'Orient Je t*en supplie avec plus d'ardeur que je n'ai jamais prié pour moi-même, mai per mio veder non arsi piii cli io lo fo per lo suo, tant il s*est identiûé avec moi, tant je suis heureux de te présenter un coreligionnaire. Dissipe tous -les nuages, ogninube glidàleghi; fais disparaître les derniers vestiges de son catholicisme, di sua martalxtà, afin que se révèle à lui le souverain bien, si chè 'l sommo placer gli si dispieghi. Une pareille ardeur de zèle chez un saintfraoçais en faveur de Dante, toujours si mal disposé à Tégardde la Fraoce, aurait pourtant dû paraître assez extraordinaire et appeler l'attention des critiques. Mais non, tous dormaient sur les deux oreilles, comme ils font encore, aussi bien en Allemagne qu'en Angleterre, en Hollande et en Italie. Mais nous finirons sans doute par les réveiller, Si les catholiques font les sourds, les protestants entendront.

Je t'en conjure encor^fais, ô céleste reine^ etc.

10. Je t'en conjure, reine; qui fais ce que tu veux dans ton Temple, car tu ne veux que ce qui est juste, d'aviver son intelligence, afin qu'il conserve dans son intégrité l'impression produite eu lui par cette sublime révélation, che conservi sani, dapo tanio veder, gli affettisuoi, et qu'il reste digne du nom de Parfait,

Vois tant de hienheureujo unis à Béatrice, etc.

11. Qu'il triomphe, sous ta protection, de la crainte et de l'intirêt, movimentiumani. Vois notre foi doctrinale, Béatrice elle-même, se joindre à moi et à tous nos Parfaits, quanti beati, pour t'adresser la même prière, per H miei prieghi ti chiudon le viani; car nous comptons beaucoup sur le succès de la Comédie, où sera fidèlement retracée chacune des impressions morales, des doctrines et des espérances du poète théologien, que son ayeul Cacciaguîda a fait de son mieux pour encouragera ce sujet.

Ainsi comprise, il semble que la prière adressée par saint Remard

CHANT XXXUl. 1245

à la reine des Auges, ne manque ni de couleur ni d*éuergie ; ce dont on s*étonne de la trouver complètement dépourvue dans le sens littéral ; de même qu'elle est en parfait rapport avec la pensée constante du poète et avec celle qu'il prête, bien gratuitement sans doute, au grand abbé de Glairvaux. Autrement Abélard aurait été trop vengé.

Ces yeux là-haut de Dieu vénérés et chéris, etc.

12. Les yeux ou les enseignements de Notre-Dame de Mautoue, enseignements aimés de Dieu et qu'il a en grande estime, gli occhi da Dio diletii e venei'aù^ étant restés fixés dans l'esprit de saint Bernard, dans ses prédications dernières, fissi negli Orator, cela nous démontre combien les dévotes prières sont efficaces là-haut, ne demostraro quanto i devoti prieghi le son gratis puisque saint Bernard dot à sa dévotion sincère de connaître la véritable religion du Christ, si différente de celle de Rome.

Fuis au divin foyer d'étemelle clarté, etc,

13. Puis les yeux OU les enseignements de Notre-Dame se portèrent sur la lumière éternelle, où l'on ne saurait croire que la créature puisse plonger .sa vue avec tant de limpidité, alC etei^o lumesi drizzaroy net quai non sipuo creder che sUnvii per creatura Vocchio tanto chiaro. Seule l'église sectaire était apte à plonger un regard sûr et limpide dans les arcanes du Ciel. Quant à l'Église catholique, son atmosphère, qu'elle ne dépassait pas, était celle de l'Enfer. L'Ottimo substitue s*initàs'invii; il ajoute à cette variante curieuse l'explication que voici : È tanto a dire corne dwentare simile di guella cosa ch' è considcrata. C'est qu'il savait* fort bien que la prétention de l'Albigeoise iMarie était d'être lapiû somiglianle a Cristo. C'était au nom de cette même sainte Marie, Madonna ou Notre-Dame de Mantoue, que Arrigo Baldonasco adressait à Frédéric II l'épltreen vers dont nous avons donné la traduction p. 458 des Rvvél.y et dont on trouvera le texte p: 70 du recueil intitulé Poefideipnma secolo, Florence, 1816 (*).

/*) Nous aurions uré assourdi d*un coiiceri de buées si, dès le début de ce couimeninii-«% nousaviniiH signalé deux églises cathares personnifiées dans Francesca de nimini et daitsla Pia, à savoir : celledelUinini elctllu de Sienne. Rien n'est pourtant plui vrai. Mainletiâiit qtie nou* |>€nbons avoir accumulé asscx de preuves, nous pouvons revenir sur i-cs deux ^in«odes.On les trouvera donc à la fin du volume raineués à leur.véïi table signilicaiion.

Et moi, du Urmê auquel imd(»i$rU tous vÊé8 dAin, etc.

li!i« Si prè8 du bat final de tous les désirs, l'ardeur du mien déviât telle qu'elle m'absorba entièremeot, comme cela devaitétrc; car il faut lire Cardor del desiderio in me s' ùttï^ ainsi que porte le Cod. CaeL au lieu de l'absurde^ in me finit; c'est probablement à ce passage que doit s'appliquer la note de l'Ottimo mentionnée plus haut

En souriant, Bernard^ ce vénérahle maître, etc.

15. L'ardeur du désir, s'était si peu calmée chez le fidèle d'Amoor, qu'au moment où Bernard lui fit signe en souriant de regarder en haut, il avait devancé déjà l'invitation, io era già per me stesio td quai ei voteva. Ici dit l'Ottimo, l'auteur mostra la continua doiirm del caritativo maestro e dice che elli era TALE DISCEPOLO quaUcM desiderava; cioè la virtii divina lo altraeva a quella si corne a sua PERFEZIONE. En effet, on ne devenait parfait qu'en voyant la lumière dans Notre-Dame et par Notre-Dame. Mais n'est-il pas remarquable que Dante apporte tant d'insistance à signaler saint Bernard comiDe s^employant avec ardeur à sa conversion ? Car enfin c'est par son exemple, m*accennava, et par ses discours persuasifs, sorrîdeva, que l'abbé de Clairvauxle stimule à élever ses regards vers la source de la doctrine véritable, in suso. Tout cela pourtant est passé inaperçu depuis des siècles.

... Car ma vue épurée Plongeait de pltis en plia, en la vive clarté, etc.

16. Devenu parle désir tel que Bernard le voulait, dit encore rottimo, qui tient à ce qu'on ne se méprenne pas sur ralbigéisme de l'abbé de Glairvaux, et sur l'influence qu'il put avoir sur les cmvictionsdu poëte, Dame est comme ravi en extase, ra(to, et sa vue avivée, épurée, c'est-à-dire devenue Cathare, sincera, pénètre, en ] plongeant de plus en plus, piii e piii, dans le rayon de la sublime lumière, qui par elle-même est vérité, che da se è vera^ confonDémenl à la parole évangélique. Ego sum vera lux.

Dès lors ma vision en éclat en beauté

De tout langage humain dépasse la limite, etc,

17. En quoi consiste cette vérité qui apparaît à Dante dans le nyoo lumineux? Il s'en tait quant à présent, sauf à tenter un peu plus urd de nous en glisser quelques mots. Nous n'en connaîtrons maînteBint

GHAMT XXXIII. 1247

que les effets, et nons saurons que, depuis ce moment, son coup d*œil fut tellement sûr et perçant, qu'il n'ose Texprimer, même dans le langage symbolique, net parlar nostro, attendu que ce langage doit redouter certains regards inquisiteurs^ a tal vista cède, et qu'il pourrait lui en cuire d'avoir trop de mémoire, cède la memoria a TANTO 0LTRA6GI0. Et en effet, à ses yeux, quel plus grand outrage envers rhnmanilé et la loi du Christ que d'envoyer au bûcher ceux qui prêchaient le retour à l'Évangile, que de chercher, par la violence et l'effusion du sang, le triomphe de la vérité? L'Ottîroo nous disant : Memoria ne parlatura non puote a tanto oUraggxo, semble vouloir qu'on entende que la mémoire et le langage le plus habile ne peurent que rester muets en présence du bûcher d'une part, et de la mort de Henri YII de l'autre, tanto oltraggio. Mais quant à vouloir que le si grand outrage provienne de taC vista, les commentateurs seuls ont pu s'en aviser, et on les a crqs ; toujours quia absurdum»

Tel celui dont un tonge agita le sommeil, etc.

1 8. L'in fortuné proscrit, qui's'étal t flatté de si douces espérances, se figure avoir fait un songe dont il ne lui est resté que l'impression délicieuse ; mais il ne peut plus se flatter de voir Arrigo Lucemburghese Templaro, Re, Ottimo; le songe s'est évanoui ^ la mort de son héros, et si la passione impressa rimane, CA,L.T.R.O» aUa mente non riede, car il n'y a plus moyen de songer à lui ; c'est le cœur qui s'en occupe, non plus l'esprit, la mente.

Oui, iel ma vision depuis Ion m*a laisié^ etc,

19. Cette vision du monarque universel, vainqueur de Rome et protecteur suprême de l'église évaogélique, s'est presque évanouie entièrement, quasi tutta cessa mia vùione; car est-il possible de compter sur le successeur de Henri? £Ile a du moins laissé, dans le cœur de l'homme politique et religieux, la douce impression qui survit à ses rêves d'avenir, ancor mi distilla nel cuor il dolce cke nacque da essa. En parfait chevalier, Dante, on le voit, confondait dans une même pensée Dieu, sa dame et son roi. Consultez donc, pour votre instruction, tant de savants ouvrages sur l'origine de la chevalerie, dont plusieurs, dit-on, ont été couronnés.

Aimifond au soUil la neig9 du matint tic»

20. Ses iliusioiis se sont évanouies, comme fond la neige au soleil, cosi la neve al sol si disigilia; elles se sont envolées comme les feuilles qui portaient les oracles de la sibylle, cosi al vento nelle foglie Uevi si pirdea la sentenza diSibilla, Essayez donc de rattacher ces comparaisons d'une poésie toute mélancolique, à une vision puremeot religieuse, ne pouvant laisser que des pensées de bonheur et ancon regret amer dans l'âme de celui qui en aurait été favorisé.

0 iuftévM lumière à V éclat loui divin, etc-

21. O sublime lumière, éteinte trop tôt, toi qui t'élevais tellement au-dessus de la portée intellectuelle des Guelfes catholiques, che tamo ti levi da' concetti mariali, puisse mon esprit parvenir à retracer quelques-unes de ces brillantes qualités que tu faisais apparaître, alla mia mente ripresta un poco di quel che parevi; puisse mon langage symbolique avoir assez de puissance pour transmettre à la race future, alla futura getue, une parcelle de ta j^loire, una faviUa sol deUatm gloria. Le souhait du poète aura été cinq cents ans à s*accomplir, en admettant que ce commentaire^ de la dernière Cantique parvienDe cnfîn à faire jaillir la lumière du sein des ténèbres. Autrement je ne répondrais pas qu'il ne s'écoulât encore cinq siècles avant qu'on s'avisât de reconnaître l'église vaudoise dans Marie et Tempereur Henri YII dans la summa luce; tant le Temple de Plutns attire plos les regards, au temps où nous vivons, même ceux des doctes, catholiques ou dissidents, que celui des neuf Sœurs, ancien style ; tant aussi on fait aujourd'hui de ia littérature de coterie ou plutôt de compagnonnage depuis qu'elle est devenue un métier; tant ia science est tenue de s'eiïacer devant le savoir faire. Qu'en résulte-t-il? c'est que ceux qui se contentent de parler sont réduits à demeurer boacbe close devant ceux qui crient, et souvent encore avec accompagnement de trompettes. £t puis, n'avons-nous pas les considérations de parti on de corps, qui ont bien aussi leur valeur ?

Car ne m* en revint-il qu'un vestige en mémoire, etc.

22. Par le peu que j'aurai osé rappeler et faire retentir dans mes vers, ô noble Henri, objet de mes éternels regrets, on se fera une Idée d'autant plus grande des bienfaits qui seraient résultés de ta victoire sur la Papaulé, pm si concepera di ma viuoiia.

S'il me fût arrivé de détourner lesyetkx, Je me serats perdu, etc.

23. Je suis persuadé que si, après avoir vu la lumière dans toul cet éclat qui pénètre profondément r^sprit, l*acumedel vivoraggio, et après avoir confessé la foi évangéiique, je m'étais fait, par mes actes DU par mes discours, occhi, l'adversaire de Henri de Luxemt)oarg, se gli occlii miei da L. YI fossero aversi, j'aurais fait fausse route, io sarei smarrxto, comme ces Guelfes convertis à Talbigéisme qui se déclarèrent cependant contre l'Empereur, et que, dans mon indignation de leur félonie, j'ai plongés dans l'Enfer.

Je dus à ce penser plus de ferme assurancef etc,

26. Loin d'imiter les déserteurs apostats de la plus juste des causes, cette lumière d'Orient où j'avais puisé ma nouvelle foi, m'enhardit à soutenir les droits imprescriptibles de l'Empire, io fut più carditoper questo a sostener, si bien que je me décidai à me rendre de ma personne près du très-vaillant monarque, tanto ch' io glunsi i'aspetto mio col VALORE IMFINITO. Il Suffisait, pour entendre ce passage, de se reporter à la lettre dans laquelle il dit : Benignissimum vidi et clementissimum te audivi. Comprenez-vous maintenant pourquoi ce mot de valore a été si obstinément appliqué à Dieu dan» tout le cours du poème? {Voy. à la fin des preuves supplémentaires.)

O grdce intarissable où je puisai Vaudace, etc.

25. O gracieuse bienveillance du très-clément Empereur, c'est lot qni m'inspiras la présomption d'anticiper les décrets divins, de célébrer ton triomphe à l'avance, o abondante grazia, ont io presumi pccar Io viso per la luce etema, présomption punie par la perte des riantes perspectives qui m'étaient si chères, tanto che la vedvta vt consunsù

En elle j'aperçus comme un volume immense, etc,

26. J'avais vu, dans ce que la lumière d'Orient révèle de plus arcanc, nel suo profondo vidi, que l'amour, concentré dans un foyer unique, s'était épanoui et répandu par tout l'univers, comme je Tai décrit au ch. xxix, s'aperse innuovi amori l'eiemo amore; de telle sorte que l'accident, la substance et leurs divers modes se rattachent tous à ce premier amour, tutti conflati insieme, c'est-à-dire cumfiati, tous émanés de lui et comme soufflés à la fois. Ce que j'en dis

ici n*e$t qu*une simple indication, un simplice lume, car il serait oq ne peut plus imprudent de s^étendre davantage. Notez qae de nombreux textes portent quasi conflati, ce qui doit être la bonne leçon.

De ce groupe divin je crois qu'alùrgje ins. Distincte à mes regards^ la forme universelle^ etc.

27. L*idée me vint donc de réaliser sur la terre, dans une monarchie universelle, ce système d'émanation directe d'un centre unique, d*où dériverait l'action directrice et auquel tout se rattacherait dans le gouvernement du monde; et je crois avoir bien vu cette forme de gouvernement universel dans la manière dont opère Téternel amour au sein de rélernelle lumière, la fof*ma universal di questo noio credo ch' io vidi; forme exaltée dans ma Comédie, comme dans mon traité de Monarchià. Aussi, en le déclarant ici hautement, dicéndo questo, pour les miens seulement, à la barbe de tant de gens qni ne me comprendront pas, je sens que j'en ai plus de joie, piàdilargo tni sento ch' io godo; que mon cœur bat plus à Taise dans ma poitrine.

.... Un rapide instant Efface plus en moi cet aspect éclatant f etc,

28. Un seul moment, un punto solo, a suflB pour renverser mes espérances et me plonger dans la stupeur, letargoj en rejetant leur accomplissement aussi loin que Test de nous Tentreprise des Argonautes; citation mythologique qui me permet de répéter par trois fois à la rime, en signe d*adieu à mon prince chéri, le nom contracté d*Anrigo, dans celui du navire Argo, d'après le procédé dont j'ai déjà fait usage au chant xxix du Purgatoire.

....JmmohiU, attentif, J'admiraiSt y mettant mon dme toute entière ^ etc,

29. Mon esprit, qui s'était absorbé tout entier, lutta sospesa,àm ses idées de monarchie universelle , n'avait pas laissé , pour cjUe préoccupation politique, de rester immuablement eu contemplation, fissa, immobile ed attenta, devant l'étoile flamboyante et profondément dévoué à cette religion d'Amour où il ne se rassasiait pas de puiser la lumière, e sempre di mirar faceasi accesa.

Captive tellement cette vive lumière, etc.

30. L'intelligence grandit et s'éclaire teUement à ses rayons, a quella luce cotai si cUyenta, qu'il est impossible de se détourner d'elle pour les fausses lueurs du Papisme, volgersi da lei per aliro aspetto è impossibil che mai si consenta.

.... Tout ce qui hors d'elle , N'ett qu'imperfectiont est en elle forfait.

31. En ,e({et, le bien politique et religieux, objet constant de la volonté dans l'église évangélic)ue, est tout entier concentré en elle, HJB.EN. chkè dfil volere obbietto tutto s'accoglie in lei; de même que le mal est concentré dans l'Église romaine, dont l'Enfer est l'image et Satan Aleppe le chef souverain. Aussi ce qui est défectueux, perverti en dehors de ce foyer lumineux, est-il parfait en lui, fuor di quella èdifettivo cio che li è perfetto, et notamment l^s ministres du culte bien entendu, puisque ce sont des Parfaiis, tous gens de vie et de mœurs exemplaires, à la différence du clergé catholique, si essentiellement difettivo,

Pour dire désormais ce que je me rapfsllei etc.

32. Ces dernières tercines étant suffisamment claires, au moins pour les fidèles d'Amour, j'abrégerai désormais, ornai saràpiU corta mia favella, n'entendant pas m'étendre plus sur mes souvenirs, a quel ck' ioricordo, que ne peut le faire l'enfant à la mamelle; oui, il sera prudent de m'exprimer de même à bâtons rompus, touchant ce qui me reste à dire encore, pour terminer cette splendide représentation donnée toute cutière au bénéfice d'une secte proscrite, aux applaudissements enthousiastes des proscripteurs.

Ce n'est pas que s'offrit dans l'ardsnte splendeur, etc.

33. L'astre flamboyant sur lequel le po^te avait les yeux fixés se modifiait, si travagliava, prenait des formes différentes, à mesure qu'il l'observait; non qu'il y eut en lui variété d'aspect, piii ch' un semplice semblante, puisqu'il restait toujours, eu réalité, tel qu'il Tavait connu d'abord, chè lal è sempre quai era davante, mais son point de vue changea, comme il arrive à tous les hommes politiques, lorsque son horizon se fut élargi.

• .. Dans la claire tuhitanee De ce foyer profond, je vit, etc.

36. Il lui sembla alors voir, dans la profonde et claire essence, trois cercles, tre girx, de trois couleurs et d'une égale ampleur, dx tre cotori e <funa continenza; ils se montraient réfléchis Fun de Fautre, comme Test un arc en ciel par un second et par un troisième, corne Irïda Iri; le troisième paraissait un feu émané également d'un côté et de l'autre, fuoco che quinci e quindi tgnalmente si spiri. Que Dante ait voulu donner ici ie change en paraissant avoir eu l'intention de retracer une image orthodoK de la Trinité, cela saute aux yeux; mais qu'a-t-il voulu peindre en réalité? On ie saura bientôt

O combien mon langage Est faible, sans couleur, ftrès de la vive image, etc,

35, Oh I qu'il aurait bien su autrement déveloper sa pensée s'il avait été libre de le faire, et que son dire n'aurait pas été aussi éconrté corto'L dire; comme le symbole n'aurait pas fait défaut à la croyance, fioco ai mio concetio, s'il n'avait pas été contraint à parler peu, quoique ce peu fût insuffisant, non basta a dicerpoco. Mais ne regrettons pas trop tôt la sobriété de son langage, car il n'a pas encore tout dit.

0 lumière étemeXle hahitant seuXt en soit etc.

36. O lumière éternelle qui, résidant en toi-même, est seule à te comprendre, qui t'aimes parce que tu te comprends et te complais à te comprendre, e da te intetlettaed xntendente te ami edarridi! Rien de mieux que d'invoquer Dieu dans les moments difficiles. Mais on va voir que Dieu et la triple lumière dont nous nous occupons diffèrent complètement, quoique l'une représente l'autre aux yeux da poète.

Ce cercle qui semblait émané de tes feux, etc,

37. Quand j'eus observé quelque peu cette circonférence qui semblait conçue en trois, in tre concetta, comme une lumière réfléchie, (la seule leçon du Cod, Antald, , doit être la vraie; m te, semble peu admissible, lorsqu'il est suivi de dentro da se;) elle me parut se peindre intérieurement, dentro da se, de notre image nuancée delà même couleur^ del suo colore stesso miparve pinta délia nosira ef'

CHANT XXXIli. 1253

fige, car toute mon attention se portait sur elle, percRè 'l mio vùo in lei tvtto era messo. Si l'on tenait toutefois à lire in te le fond de la pensée ne s'en trouverait guère modifié ; car on en serait quitte pour traduire : cette perfection une et triple, circulazion, émanée de toi, tn te cancetta m'apparaissait comme ta lumière réfléchie, ce qui ^ revient tonjours au même.

Maintenant que nous sommes à peu près d'accord sur la valeur littérale des mots, il nous sera facile de déshabiller cette lumière qui depuis si longtemps tranche de la divinité et de la réduire à l'étal de majesté, ce qui semble encore quelque chose.

L*annotateur Caet qui, de même que TOttimo, en savait plus qu'il n'en disait, s'exprime ainsi : Describit in forma spherica pebfegta. Dieu Augustimis de givit. dei^ quod Termegistuspkilosophus, dixit Deus est sph£ba. Ergo dicit quod erat ad similiiudinem arcus cœlestiSj qui habet divisas arcus et revolutiones diversorum colorum et tamen unus argus est. La forme spbérique étant la plus parfaite, Dante a donc jugé à-propos de représenter sous forme circulaire les trois perfections qui lui apparaissaient dans la profonde et trèsillustre essence de son héros {Arrigo^ Argo, Arco^ car on écrivait aussi Arricus) représentant de Dieu sur la terre. Ces trois perfections offraient, comme Béatrice, comme la fi;;ure de la Vérité chez les Maçons, les trois couleurs de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, ces trois colonnes du Temple, couleurs arborées aujourd'hui par le Piémont et par la jeune Italie, à savoir : blanche, verte et rouge. Or, la première perfection du monarque qui, pour Dante, était Henri VI, Varco sesto des Malebolge {Enf. xxi, note 26) résidait dans son droit, jtij, de monarque universel; la seconde, procédant de la première et comme son reflet, dans sa mission de Sauveur^ de Rédempteur de l'Italie, de Messie, enfln, la troisième, dans la religion d'Amour, dont l'Esprit, che parea fuoco, celui qui donnait le baptême de feu, était en lui, et qui s'inspirait également des deux autres perfections, pour lesquelles elle était un puissant moyen de propagande et de triomphe. Or, dans cet ensemble de perfections, qu'il concevait subdivisé en trois et toujours un, si concetta pareva in tre, se reproduisait pour lui l'image des Parfaits, nostra effige, d'autant plus que le chef suprême du Grand-Orient portait le costume, les couleurs et les bijoux de l'Ordre. Voilà pourquoi Dante mit en lui tout son espoir et dirigea de ce côté toutes ses visées, perché H mio visa in lei tutto era messo.

Rien de plus simple et de plus facile à comprendre n'est-il pas

vrai 7 Mais pour cela il ne fallait pas se préoccuper de runion hypostatique du Verbe divin avec Thumanilé et ne rien chercher ao delà ; il fallait étudier, en regard des autres ouvrages de Dante, Téiat social, politique et religieux du temps et porter dans sa littérature un œil attentif et quelque peu intelligent C'est ce qu'on ne s*est pas avisé de faire. Nous tiendra-t-on à crime d'avoir voulu y voir plus clair ?

Comme le géomètre occupé sane reldchef ete,

38. Vous aurez beau vous creuser la tête semble dire ici le mystagogoe à ses lecteurs orthodoxes, vous ne trouverez pas plus le principe arcane qu'il m'a plu de dissimuler sous ce trompe l'œil cathdiqoe, qu'un géomètre à la recherche d'un problème dont Ta base toi échappe. Vous ne le devinerez pas dans l'a&pect nouveau, vîsta tmota, sous lequel je vous représente mon idéal monarchique. Il aorait bien voulu voir à l'œuvre, et après le triomphe, jusqu'il quel point les perfections de son héros étalent en rapport avec l'image qu'il s'en fabait, corne si corwemte l'imago al cerchio, comment il s'identifiait avec elle ; mais tant de bonheur ne lui était pas réservé, ma rm eran da cià le proprie penne.

L'essor était trop grand pour qui l'aoait tenté, etc.

39. Hélas ! un coup de foudre, fulgore, vint le frapper orneUeiDeni et emporta tout ce que son esprit avait déi»iré et rêvé, in cke miatogUa v'enne; qui sait même si Dante n'a pas éait svenne ?

L*imagxnaXion en moi fléchit à voir, etc.

M. Ce qui lui fait défaut, comprenez-le bien, ce n'est pas le langage, ni rha|>ileté à l'employer, c'est la force, la puissance nécessaire pour réaliser ses hautes conceptions religieuses, politiques et sociales, puissance qui lui échappa à la mort de son héros, aW alta fanloàa qui manco possa. Mais il trouva du moins des consolations dans cette religion d'Amour qu'il avait embrassée depuis longtemps déjà; qui dès lors avait absorbé tous ses désirs et régné sur sa volonté, GU volgeva il mio disiro e H velle. Ce fut à elle qu'il se consacra désurmais tout entier*.

Résigné à la volonté divine, au velle^ il abandonna entièrement la sienne, conuue une roue dont toutes les parties subissent à ia ftns la même impulsion, au gré de cet Amour suprême qui imprime le

CHANT XXXIll. 1255*

mouvement à l'immense roue de l'univers intellectuel ayant ses deux, son soleil et ses astres peuplés d'êtres immatériels. (Sonata 3, 62 etsnîv.)

Ainsi la fin du premier poème répond au début, le dénouement*à l'exposition. Dante s'égarait dans Içs voies de Terreur, Chè la diritta via era smarriia; il trouva un guide vers la vérité, vers la lumière; il consulta la raison et la raison l'éclaira sur la ftn véritable, quidésor* mais régna en souveraine dans son âme, dont elle fit le bonheur. Cette foi était persécutée, proscrite ; il appela le génie à son aide et mit tout en œuvre pour la faire triompher de la foi rivale. Retraçant en very immortels, ses perfections, les épreuves imméritées qu'il lui avait fallu subir, il se fit son poëte, son héraull, son négociateur. Non content de lui recruter en tous lieux des partisans actifs et dévoués, il loi chercha un protecteur, bu nêdempteur, et le nouvel empereur, Henri de Luxembourg* devint son Messie. Il est dans la Comédie le Deus m machina, il est, dès les premières scènes, le VekrOj le Judex, et c'est lui qui, sous liiie forme symbolique, clôt cette splendide reprê* sentation, comme la parfaite image de la divinité. C'est sous ses auspices, avec son concours et celui de son Homère, que s'accomplit cette mystérieuse fusion de trois éléments d'une énergie vivaee, également hostiles à l'Église romaine, à savoir : la Massenie albigeoise, les débris du Temple et le parti impérialiste ou gibelin ; triple opposition qui, transformée désormais, ne constituera plus qu'un seul corps, sous le nom de Franc-maçonnerie et ne cessera de porter tantôt dans l'ombre, tantôt en plein jour, les coups les plus redoutables au catholicisme.

Tel eût le véritable dénouement de la Comédie, attristé seulement par la fin prématurée du héros; c'est là ce qu'elle avait pour but de proclamer et d'offrir aux fidèles d'Amour comme motif d'espoir dans un meilleur avenir et comme une consolation après le désastre dont ils gémissaient

M'eussions-nous réussi qu'à rétablir ce dernier fait, si complètement enseveli dans la nuit des siècles, qu'à le rendre au moins vraisemblable, nous croirions n'avoir pas été trop mal inspiré en nous avisant de fouiller au fond de l'aire dantesque ; car nous y avons trouvé maintes choses dont on pourra, certes, contester la valeur, mais dont la vérité historique, une fois les faits et les doctrines mis en lumière, finira, tôt ou tard, par être reconnue; le temps ne fait rien à l'affaire.

Nous aurions été bien malheureux dans ces longues explications si elles n'avaient pas converti bon nombre d'esprits sérieux et si dé-

^sormaisil leur élait possiblo de douter que Dante ait usé d*un artilice prodigieux pour dissiniuier sa croyance religieuse et les \œux de rénovation sociale qu'elles lai Inspiraient Nombre d'incrédules ne persisteront pas moins à crier au système, à rhallacination, à la oriomnie; beaucoup même sans avoir jamais lu le poëme divin, et surtout le Paradis, dont peu d'Ialiens même osent affronter la mystique austérité. Eh bien ! ils ont un moyen bien simple de nous confondre : Que les plus doctes d'entre eux entreprennent d'interpréter clairement la dernière Cantique dans le sens orthodoxe, de la rendre intelligible à tous, du commencement à la fin, en faisant disparaître tout ce qu'elle offre d'illogique et de contradictoire dans son contexte littéral Ils fourniront ainsi à plus d'une indignation prudemment muette à l'heure qu'il est, l'occasion de s'épancher et à nous celle de reconnaître notre erreur, avec la même bonne foi que nous avons apportée à dire : Dante est pour nous un hérétique, un novateur politique et religieux, il a mis en œuvre, avec toutejla supériorité du génie, une symbolique dont les éléments lui étaient fonrnis par la secte même à laquelle il appartenait, et dont les doctrines ne pouvaient de son temps se manifester au grand jour. Nous avons déduit nos preuves, qu'on prenne la peine de les discuter.

Contraint de nous rétracter, nous invoquerions alors même, comme circonstance atténuante, l'opinion et le témoignage des premiers commentateurs du poème, en signalant le caractère symbolique, ainsi que la fiction à laquelle l'auteur aurait été réduit à recourir. Nous citerions notamment l'Ottimo terminant par ces mots significatifs ses notes sur la Comédie : Intenda chi legge che l'Autare net testa poetizza e FlNGE, e GOSl FA LA GHIOSA; Deo grattas.

Loin d'imiter en cela ce vieil ami du poêle Oorentin, on nous rendra du moins cette justice, nous n'avons point usé de feinte en nous efforçant de voiler celle dont son Auteur avait emprunté, selon noos, le secours ; mais comme lui nous adressons nos actions de grâce à Dieu pour nous avoir accordé d'arriver au terme de notre tâche. Puisse le zèle studieux et persévérant que nous y avons apporté, nons valoir la bienveillance de ceux de nos lecteurs qui auront persisté ) lire jusqu'à la fin un ouvrage accueilli par les uns avec défiance, avec ironie et mauvaise humeur par les autres, et que n'auront indisposé contre lui ni l'hostilité ouverte, ni les insinuations perfides, ni Tindifférence calculée.

FIN 0D PABADIS.

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