PAR
FRANGESGA DE RIHINI.
Galeotto fu U ttbro eeht lo scrissê, (Infern. T.)
Un peintre éminent a sa popalariser, en la transportant magistralement sur la toile, la tragique aventure des deux amants de Rimini, magistralement poétisée par Dante, et chacun d'applaudir. Mais s'aviser de dire que le grand Gibelin a été plus poêle encore qu'on ne le suppose, puisque, dans une pensée religieuse et politique à la fois, il aurait symbolisé deux personnages réels, et se mettre en mesure d'expliquer le symbole, c'est un crime de lèse-poésie et de lëse-peintore aux yeux des fanatiques de Dante et de M* Scheffer. Ces gens* là, on le voit, sont de puissants logiciens. Pour eux, le symbole cesse d'être poétique du moment qu'il est ramené à la vérité sous-entendue, c'est presque les larmes aux yeux qu'ils vont répétant sur tous les tons : « Laissez-nous notre erreur. »
£h ! mon Dieu, nous ne demandions pas mieux et nous l'avons prouvé. Dans l'Introduction publiée sous le titre de Dante hérétique, etc. , comme dans la Comédie de Dante traduite en vers SELON LA lettre ET COMMENTÉE SELON l'esprit qui l'inspira, nous nous étions borné à exposer l'un des sens de cet épisode si justement admiré, celui que Dante appelle anagogique, désireux de ménager la sensibilité de ces âmes rêveuses ne vivant que dans une atmosphère de poésiie et d'art, où viennent se jouer capricieusement les nuages exhalés du cigare de la régie ; puis aussi, il faut le dire, parce qu'une explication plus complète aurait exigé des développements dans les-
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quels il n'était possible d*entrer, qu'après avoir écarté ou déchiré des voiles bien autrement épais que celui de Francesca.
Mais il s'est élevé des voix pour nous mettre au défi de donner à cette mélancolique création une signification acceptable et convaincante |)our tous. On n*a pas craint de dire, que suspecter Forthodoxie de Dante c'était le calomnier, troubler lâchement sa cendre gloriease au fond de son tombeau. Force nous est donc de démontrer nonseulement que nous n'avons rien avancé que nous ne crussions vrai en notre âme et conscience; mais encore dont nous ne fussions en mesure d'établir, sur preuves authentiques, la pertinence et la vérité.
Cette fois, du moins, on ne nous accusera pas de ne point justifier nos assertions, car le Paradis illuminé a giorno, par lequel doos complétons notre commentaire de la Comédie, répond victorieusement à ce reproche. Nous aurions tout au plus à craindre d'être tombé dans Texcès contraire et d'avoir voulu trop prouver ce qui, par soimême, brillait d'évidence. Aussi croyons-nous pouvoir njainteoant revenir, avec quelque espoir de rencontrer moins d'incrédules, sur deux épisodes bien connus de Y Enfer et du Purgatoire, où ils se font comme pendants, l'un et l'autre y figurant symétriquement à la fin du chant V.
Nous nous faisons donc fort, arrivé à la fin d'une tâche aride et dans laquelle nous avons trouvé si peu d'encouragement de la part de ceux qui semblaient le plus aptes à en apprécier les difficultés, de démontrer à quiconque voudra faire usage de sa raison :
C^Biiiie quoi Fratteesca de RIhiIbI et la Pla àtm T^Uael sent deax églises eathares oa alblgeolBes.
On aurait tort de s'étonner, et encore plus de se récrier \ pareille proposition, quand l'illumination du Paradis révèle et met en relief des choses bien autrement stupéfiantes. Ainsi l'on peut y voir avec évidence que, pour Dante, saint François et sainte Claire, saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, saint Anselme, saint Pierre Damien, saint Benoît et Iç grand abbé de Clair vaux lui-même, saint Bernard, étaient ses coreligionnaires, professant la foi évangéliqne des Yaudois- Albigeois, ces protestants du moyen âge, et qu'il entend les revendiquer à ce titre; qu'à l'en croire, l'ange de l'École n'aurait tenu que par un fil à l'Église romaine, si bien que l'audacieux aeciaire ne craint pas, à l'aide d'un prodige d'adresse, de lui fain
accepter et reproduire, sous forme orthodoxe, la doctrine émanatiste des Gnostiques, exposée, professée par sa mystique Béatrice.
Oq peut y ¥oir que, de sou temps, l'Italie était inondée d'Albigeois réfugiés parmi leurs frères d'outremonts, et, ce qui est à noter, dans la Lombardie, la Romagne et la Toscane, où l'hérésie, qui se dissimulait dans l'ombre, avait ses principales églises; hérésie se rattachant au Gnosticisme néoplatonicien de l'école d'Alexandrie et aux Templiers.
On peut y voir non moins clairement, au milieu de toutes les splendeurs du triomphe, l'apothéose de l'église sectaire elle-même, devenue la Rose mystique, la reine des anges, des Parfaits, sous le nom de Marie, en même temps qu'un moine grec, antérieur d'un siècle à Dante, et un inquisiteur milanais, qui écrivit plus de cin* quante ans avant lui, sont là pour attester, d'accord avec le savant historien des Cathares, M. Schmidt, que les sectaires, afin de pouvoir affirmer, sans se parjurer, qu'ils croyaient à la Vierge, Alèredu Rédempteur, désignaient symboliquement leur église par le nom vénéré de Marie, « qui devenait ainsi une métaphore. » (Lib. sent, inq. Tolos, 92. Eymericus, 274.)
On peut y voir enfin Dante, ne faisant en cela que se conformer à l'usage traditionnel de ses coreligionnaires, grouper autour de celle qu'il appolle comme eux Marie, notre dame^ madotma, c'est-à-dire autour de Téglise cathédrale de Mantoue, madonna in cathedra,, les églises hérétiques qui, se rattachant à la sienne, devenaient, par rapport à elle, des mères ou des filles, et les personnifier sous des noms bibliques.
C'est qu'en effet, une fois cette clef de l'allégorie trouvée, il est impossible de méconnaître près de Marie, à ses pieds, l'église de Florence sous le nom d'ËvE, église dont le poëte théologien prend soin, dads sa Comédie, de se proclamer l'Adam, comme son pasteur ; celle des Gnostiques orientaux dans Rachel ; l'égUse Piémontaise ou Yaudpise dans Sara, celle des Pauvres de Lyon dans Rebecga; dans Judith celle de Toulouse, glorifiée pour avoir tué son Holopherne en Simon de Montfort, celle de Ferrare dans Ruth; et le Temple lui-même dans SAiJ!)iT Je an-Baptiste, le patron des Francs-Maçons, ces Templiers modernes. On ne saurait dès lors être surpris que Dante, dont une métaphore si compliquée devait clore magnifiquement le poème, ait voulu en essayer l'effet dès le début en personnifiant l'église sectaire de Rimini sous le nom de Franccsca, et plus lard celle de Sienne, Cleopatras Lussuriosa, sous celui de la Pia Je»
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Tolomei ou des Ptolêmêes, par similitude de nom et de mœurs.
Or, s*ll est incontestable, au témoignage de Finquisiteur Rinieri Saccone, de Yaissette, corroboré par les monuments conservés dans les archives de Tinquisition, qull y avait à Rimiuî une église Albigeoise ou Cathare, un demi-siècle avant Dante ; s'il est incontestable qne le poète florentin a déployé tous les trésors de son génie pour apitoyer les âmes tendres sur le sort de la pauvre Francesca ; et s'il est démontré, d'autre part, que Francesca, personnage réel et contemporain, se réduit définitivement, sous la puissance du génie, à une figure allégorique, à une métaphore habilement ménagée pour dérober a i regards une congrégation hérétique* il faudra bien en conclure que Dante, si profondément touché du sort de cette infortunée, au poiot d'en tomber lui-même comme mort, corne corpo mono code, professait les mêmes doctrines que cette église persécutée, anéantie par le farouche Malatesta; qu'il avait embrassé la même foi, partant qu'il était hérétique ; ce qui justifie le titre de cette étude supplémentaire.
Nous en sommes arrivé à pouvoir résumer ainsi en quelques lipes * la trilogie dantesque : l'Enfer est le temps présent, nostra vùa, c'est le monde orthodoxe avec ses misères intolérables sous le joug sacerdotal. Le Purgatoire, c'est la voie de Taffranchissement, c'est l'antagonisme de la vérité et de l'erreur, de la sainte et de la prostituée, c'est la période d'épreuves indispensable h traverser, pour que la ciié céleste, l'église de l'amour. Maria, ait h se manifester glorieuse aux antfpodes de la cité terrestre, de l'église de haine, destinée à s'effacer sous des flots de lumière, absorbée dans LuciA. (Convùo, if , 5,) Le Paradis enfm, c'est le triomphe après la lutte et ses angoisses; c'est Marie victorieuse de sa formidable rivale, grâce à la fusion des diférentes branches de l'hérésie, dont les églises^ laissant à l'écart toutes ditergcnces de doctrine, n'en forment pins qu'une désormais ; coqstrtuaiit de la sorte « l'Athènes céleste où, grâce aox trois vertus théologales et à la Gaie science, le tre virtù e l*arte délia vertu etema, philosopheront d'accord, animés d'un même vouloir, concerdevolmente, les trois écoles enseignant une même croyance, écoles déguisées sous les noms de stoïciens, de pythagoriciens, d'épicoriens. » {Conoito, m, \h. Voy. l'Appendice I, à la suite des Preuves.)
Voilà comment l'illumination a giorno du Paradis, en projetant one clarté inattendue sur la trame et les masques de la Comédie, en révélant des faits d'une grande portée par les questions qu'ils soulèvent, et en faisant apparaître à Timproviste un moyen âge tout aotre que
celai dont nous a?ons les oreilles rebattues, a singulièrement simplifié notre tâche 'qui, sans elle, aurait été plus longue et laborieuse. Le jour une fois fait sur cette scène spléndide, décorée de tous les prodiges de l'art et du génie, rien ne devient plus facile que de don- ^ ner, celte fois, une explication complète d'un épisode laissé à dessein, d'abord, dans une demi- obscurité. Quelques lignes suflSront désormais pour opérer, en suivant le poème vers à Vers, une transformation à TUe, une véritable transfiguration, de manière à forcer les admirateurs ébahis de M. Scheffer, dont cette révolution ne dimi* nuera en rien le mérite, de reconnaître Téglise cathare de Rimini dans Francesca, comme aussi celle de Sienne dans la Pia des Toloroei.
Nous reprenons donc le commentaire à ce vers du chant V de l'Enfer : Or son venuto là, dove molto pianto mi percuote, supposant que le lecteur voudra bien suivre notre glose le texte sous les yeuT, afin d*y recourir au besoin.
Ainsi que nous l'avons dit, les pécheurs en' la chair, t peccaton camali, sont ceux qui ont péché, au moins, extérieurement, c'està-dire apostasie, par des motifs temporels, qui ont soumis leur raison à la volonté, au caprice du Pape, la ragxon ai talenio. Dans un lieu où la raison est réduite à se taire et à suivre en aveugle, luogo (togni luce muto, les malheureux sont battus par la bourrasque guelfe, bttfera infernal, déchaînée contre eux par la cupidité et le fanatisme, contrari vend, dont la rapacité, rapina\ les moleste sans^ trêve en les poussant à leur ruine, alla ruina. Lorsqu'ils là voient devant eux, imminente, terrible, ils blasphèment la Providence impériale dérivant de Dieu, vfrtii divina, attendu qu'ils ont été abandonnés % la persécution par Adolphe de Nassau et par Albert P' d'Autriche.
Ils sont comparés aux grues et aux étourneaux, parce qu'ils ont passé du blanc au noir, et qu'ils sont, comme les Templiers et les Francs-iMaçons, leurs héritiers, blancs ou noirs selon le temps, le lieu et les personnes. Leur châtiment consiste à être sans cesse flagellés par l'atr néfaste du catholicisme, Paer nero, dans ce monde tyrannisé par Satan ou le Pape, qui en est le prince, le seigneur suzerain (1).
(1) « L« terre, le domaint du démon , est le lieu de punitioD , de pénitence, ei les Gatharet sont eonséqiients à leurs prÎDcipes en soutenaot que la terre f st le séjour des damnés, qu'bli.b estl'brpkii, el qu'il n'y en n pas d'autre. » (Moneta, 881 -, Uioieri, 1778; Schmidi, 1T> p. 29)
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Sémiramis est bien l'Église de Aome qai coadait à leur ruine ceux qui la suivent, alla ruina; car elle tui jadis l'épouse du Christ, à qui elle a succédé et dont elle a délaissé les voies ; succedetieaNino e FU sua sposa, sa digne épouse, au temps de Pie et de Siite, avant Sylvestre, le primo ricco padre; mais non plus au temps des Grégoire YII, des Boniface et des Clément. {Voy: Bossuet, Hist, des var., 1. XI, p. /i90.) Nous rappellerons ici que TËnfanl Jésus dans les bras de la Madonne s'appelle le bambino, dont Nino est une abréviation familière.
Didon, celle qui se tua ou se livra à la Mort pontificale, quoique dévouée de cœur à la loi d'Amour, s^ancise amarosa, est une ^'se Lombarde ou Cathare, restée veuve d'un certain Slchée, conna vulgairement sous le nom d'Ârnaldo de Brescia, que firent périr sur le bûcher, en 1155, les ordres impitoyables d'Adrien IV, le Pygmalion romain, frère impie, meurtrier de ses frères, par soif de l'or, auri sacra famés. La Didon Bresciane se laissa égarer par les manœuvres du CapanéeTebaldoBrissato (Enf. xiy), et se révolta contre l'empereur Henri YII, peccato carnale dont le poète lui garda rancune. La Creuse, qu'elle contrista en même temps que l'ombre de .sichée-Arnaldo, est la parole évangélique délaissée par le Ptttf^oo le Pape auquel elle se livra amorosa (1).
Cléopâtre, fille, femme et sœur des Ptolémées, est l'église de Sienne, personnifiée dans la Pia, parce que cette dame était de la famille des TOLOMEI ou des Ptolémées, et qu'elle avait épousé Nelio, seigneur de la Pietra, de même que l'église de Sienne s'était donnée à Rome, Aiadonna Pietra^ ou à son seigneur suzerain. La Cléopâtre Siennoise est lussuriosa^ par allusion aux habitudes somptueuses et au luxe des Siennois, devenus aussi partisans des vanités catholiques, altra vanità, que les Français eux-mêmes : Fu giammai gente
(i) Eo iS25 , près de cent ans après le supplice d'Arnaud , il y eut à Bieiài uo combat entre les Cathares et les catholiques ; ces derniers furent vninciis et |>lusieurs de leurs églises incendiées. (Kaynald, xiii, 323, n* 47.) Les bérétkpies tie cette ville, protégés par une parlie de la noblesse, étaient si puissants que, sa» respect pour ie clergé, ils entouraient de vénération leur ministre Guy de Lâcha, en qui beaucoup d'entre eux voyaient un successeur de saint Jean. A sa mort il put être enterré sans opposition de la part du cl«ri;é catboliqne et sa m^moin resta en honneur dans la ville. Fn 1233 seulement, rinquisiftiun le Gt cikhuncr ri brûler. (Bfovius, 407, ii^* It.) Ainsi point de Jouit! louchant 1 existence d'une ôglise dissidente i Krescîa. {^oy. pour les églises attirantes, Reinerus, Simm; 1767.)
si vancucome la Sanese? (Enf.^ xxrx.) Nous avons là toat le procédé des personnifications dantesques par analogie de noms.
Dans l'Hélène pour laquelle se prolongèrent des temps si déplorables, comment méconnaître cette beauté Parfaite devant laquelle les Tîeillards eux-mêmes étaient en admiration, comme jadis ceux de Troie; pour qui déliraient jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans tant de fidèles d'Amour? Faut-il donc vous dire que cette Hélène n'est autre que l'église de Toulouse, qui se métamorphosera en Judiih à la fin du poème, l'église de Toulouse, per cuitanto tempo reo stvolse, par le fait du capo reo et de la Rbéa romaine, sa rea sposa, quoi qu'en dise le philologue genevois, très-fort sur l'orthographe grecque, mais qui n'entend rien à l'orthographe italienne 7 Le chevalier Paris, ravisseur adultère de l'Hélène languedocienne, aurait donc eu pour nom, Simon de Montfort. On sait que lui aussi finit par périr misérablement en laissant échapper sa belle conquête.
Le grand Achille est l'empereur Frédéric II qui, après avoir sévi contre l'hérésie sous la pression d'Innocent III, son Ghiron, finit par prendre la défense de la foi dissidente, de celle qui devint sa dame, Madonna, dont il se fit le' champion et combaiit les ennemis, de concert avec les fidèles d'Amour, con amore al fine combatteà.
Combien Tristan, le chevalier Parfait, nous apparaît différent de l'orgueilleux Paris, .simon de Montfort, le favori de Vénus Pandemos on de la prostituée l Fidèle amant dé la belle Essylt, Iseulll ou Isotta» la petite Isis Albigeoise, l'humble Griselidis de Boccace, dont Pétrarque faisait tant de cas, Tristan est tout bonnement, son nom aurait dû le trahir depuis longtemps, le représentant des Pauvres de Lyon, de cette église de Lyon, fondue plus tard avec celle de Toulouse, à qui Montfort fit passer de si tristes jours. Le bourreau est ainsi placé près de la victime.
Dans Tristan de Léonais ou du Lyonnais reconnaissez de plus le très-proche parent du Pauvre Guérin, ou Guerino Meschino, dont les aTentures eurent, vers cette époque, tant de succès en Italie (1). Une fois convaincus que ces deux Pauvres chevaliers ne soat antres que des Lsamsti seu pauperes Lugdum, comme les appelle le F. Rinieri, essayez un peu d'employer notre méthode d'interprétation, qui consiste tout bonnement à étudier l'histoire contemporaine et à rechercher le sens des mots, il vous sera facile alors d'appliquer leur vé-
' n ) « Xa TÎHe de Lyon se nommant alors Leona en latin, on appela les Yaadois ieonisteson lienistes, » (Botsuet, Hlst, des Vàr, p. 254. For, l'Appendice II.)
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ritaUe nom aux personnages qui figurent dans les romansdont ees chevaliers sont les héros, comme aussi dans bien d'autres. Yous in- ▼iterez alors les érudits à étudier d'un auure point de vue les ouvragies qu'ils commentent, en n'y cherchant que le sens littéral (1).
Doute-t-on encore que toutes ces figures mythologiques on chevaleresques représentent dans le poème des confraternités religieuses? Qu'on se reporte au xxxn** chant du Paradis. Qu'y Toii-on en regard des Didon, des Hélène, des Gléopâtre, apostates par faiblesse et devenues dans l'enfer terrestre de véritables payennes, par leur retour à l'idolâtrie catholique? Vous y voyez les églises restées, en totalité oo en partie, fidèles à la religion de l'amour, à savoir : TËve florentine, la Rachel gnosiiqae, la Sara piémontaise, la Rebecca lyonnaise, la Judith languedocienne, la Riiih ferraraise, la syrienne Anne^ savourant les joies du ciel en récompense d'une foi inébranlable ; tontes israélites, remarquez -le, sans la moindre petite sainte romaine, pour leur faire pendant ; puisque Lucie elle-même, la vierge sicilienne, eo ne la considérant pas comme purement symbolique, personnifierait l'église de Syracuse, dont la constitution remonterait à Frédéric II. Criminelles aux yeux du poète, les unes sont poussées à leur mine par la romaine Semiramis, la prostituée de Babylone, l'épouse infidèle du Christ; les autres s'enivrent de bonheur en contemplant les perfections de la lombarde Marie, l'église immaculée de Mantoue, la mère du rédempteur de l'Italie. Ainsi correspondance prfaiie entre la fin et le commencement du poème. Ainsi contrôlées l'une par l'autre, il semble que l'interprétation du ch. v de V Enfer ei celle du axxir du Paradis, arrivent, en se prêtant un mutuel appui, i un degré d'évidence qui laisse peu de prise au doute. Mais poursuivons.
Les ombres gémissantes, ch' amor di nostra vita dipartiUe, représentent ceux, en si grand nombre, qui cédèrent à hi crainte, ^ la violence ou à l'intérêt ; ceux que l'amour des biens temporels, Tarnoor mauvais, comme l'appelle Dante , celui qui peuple son Enfer, fit
(1) Enga|^z-les à repasser aUentiTement tout ce qui a été écrit en lanpic/^ mosine ; non pas dans la langue des Limousins, mais dans celle des Provcnçiui, cet idiome des Pauvres de Lyun, langage de Taumène, ùmosima, lU oompmdroal alors que les Papes avaieut de puissantes raisons pour youloir aocuitir et dansso monuments écriis et dans son usage journalier ce truchement de l'hérésie ; de même que Clémence Isaure, issue, croit-on , des comtes de Toulouse, eo cet d'excellentes pour ressusciter, vers 1490 , sous le nom de Jeux Floraux^ un établissement signalé, au xni« siècle, sous le nom de Collège de la Gaie scieaee. Bon ang ne peut mentir, {rojr, VAppendioe III.)
s'ékngiier de leurs frères et renoncer à la vie des Parfaits, se séparer d'eox, di twstra pita.
Après avoir entendu Virgile ou de Yirgilio» Ini désigner par leur nom de convention les anciennes églises sectaires, vaodoises ou ca« thares, leurs féaux champions et leurs persécuteurs félons, nomar le donne antiche e i cavaliieri, ces dames et ces chevaliers que l'Arioste devait chanter après lui dans son Roland furieux (1), Dante s*enqniert de deux ombres, que la bourrasque guelfe n'a pas grand'peine à emporter, si paian al venta leggieri. Certain que ce sont des coreligionnaires, des croyants de la religion d'amour, si difiérente de la religion de haine des Papes, puisque amor li mena, il les prie de venir lui parler, si cela ne peut nuire à la cause impériale, à son cher Ârrigo Lucemb. Templaro, Re, Impei'otore, qui est ainsi Vautre, et non pas Dieu, s'A.L.T.R.L nol niega. A son appel affectueux, ajf«riuoso grido (comment n'aurait-il pas été toute tendresse pour des frères malheureux 7) , les deux âmes souffrantes viennent à lui, comme des colombes, oiseaux de l'amour, et symboles de résurrection, ayant bon vouloir de rentrer au doux nid ou au temple de Rimini, al dolce nido dal voler portât.
L'une d'elles prend la parole ; mais, remarquez*le, elle s'exprime le plus souvent au pluriel, comme peut le faire un être collectif : Noi cke tignemmo *l tnando di sanguigno,... noi pregheremmo,,, noi vdxremo e parleremoavui... et pourtant elle est seule à parler. Elle s'adresse au poète en l'appelant animal grazioso e 6enigno, pour indiquer que son âme, à la différence de celle des brutes catholiques, est illuminée par la grâce et amoureuse du bien, de B.EN., c'est-àdire de Béatrice et d'Enrico. Elle lui déclare que si le monarque uni* versel, l'Empereur, lui était favorable, amico, elle prierait dévotement L.YI, le Luxembourgeois YP du nom d'Henri, de lui faire obtenir le triomphe de sa religion d'amour et de paix, per la tua PAGE. Elle ne lui décline pas son nom de Francesca, c'est-à-dire la Française, la Yaodoise, non plus que celui de son fidèle Polo, contraction de Popolo, elle s'en fie pour cela à son intelligence. Mais elle lui apprend qu'elle «est native des bords de l'Adriatique, où Ravenni avait en effet son église Yaudoise (Rinieri), constituée sous les auspices de Guido de Polenta, près duquel Dante finit ses jours dans i*exercice de son apostolat; sur cette plage où le Pô, dont on se rap-
(1) Le donne, i eavallUr^ Canne, gli amori
Le torlrsiej l'attdnci imprese^ io Cànto^ etc.