G'est-à-dirc législateur, roi, prêtre, artisan, etc
La nature stellaire à la cire morteUc
En imprimant son sceau dans sa ronde éteimelle, etc.
36. Selon la lettre, cela signifie que l'action des astres, dans leur évolution circulaire, opère sans tenir compte du sujet en lui-même, donnant parfois des inclinations ignobles h ceux qui naissent sur le trône et de hautrs qualités h Fenfant de la chaumière. Il en est un peu différemment selon l'esprit. La nature circulaire devient la science mise en circulation et s'imprimant sur la cite catholique comme un sceau, dans le ciel sectaire, par les excellents anges chargés chacun de l'impulsion à donner à un astre scientifique ; et dans ce sens vous comprenez le début solennel de cette démonstration, aboutissant à proclamer que rt^ducation développe ou étouffe les apiitudes du sujet, selon que renseignement est bon ou mauvais, et selon que
CHANT Vin. 853
le disciple sait en profiler. Voilà les prodiges oi)érés par ia rhétorique cl par ia lettre « quand l'orateur parle arrière de Taudilcur. »
De là vient qu'Esaii du tronc originaire, elc,
37. (Cf. Roger Bacon, Opu^ majus, édit. Venel, p. 187, cl saiut Thomas, .^wm. t/ieoL, p. i, quaest 22, 2.3.) Jacob est ici Charles Martel, chéri de la Rebecca vaudoise, l*Église évangélique, et son frère Robert, à sa troisième transformation, est devenu Esau.
&'i ne remportait pas la suprême influence.
38. Si rinflneuce de la Papauté parlant au nom de Dieu, prowe^ ^^r divino, ne se mettait à la traverse, ceux que leurs pères spirituels ont engendrés à la vie nouvelle ne s*écarteraient jamais de ia bonne voie, cammitio simil farcbbe sempre a' generanii. Par malheur il n'en est pas ainsi.
Comme toujours avorte et trompe la culture Le grain qu*on a semé hors de sa région .
39. Le corollaire vous prouve combien nous avons été fidèle iiUerprèle, car ii vous dit aussi clairement que possible : La providence impériale, Natura, voit ses bonnes intentions tourner à mal par suite des entraves que lui oppose la Papauté, Fortuna discorde^ a se; il en est d'elles comme d'une semence qui avorte sous un climat contraire, fttor di sua région,
La hase sur laquelle opère la nature j etc.
&0. Base bien différente de celle qui est fondamento a lutto l'unie verso, E.XXXIL Comment la providence impériale et la théocratie usurpatrice pourraient-elles opérer sur la même base ?
,. •Tout homme serait Ion»
k\. La sagesse impénale peut seule diriger chacun dans sa voie, d'après ce principe, formulé de nos jours par les Saint-Simoniens : « L'emploi selon la capacité, développée par l'enseignement rationnel, la rétribution selon les œuvres. » Ozanam avait raison de dire (tue les pins hardis novateurs furent devancés par Dante, et, sous ce rapport, nous sommes complètement de son avis.
Tel rhgnt, qui n'esi h<m qu*à prêcher un sermon.
ii2. Robert de Naples fie plaisait à composer des sermons et des allocutions pieuses pour des solennités ecclésiastiques et pour des chapitres de moines. On en conserve plusieurs dans la bibliothèque de SS. Jean et Paul à Venise, notamment un éloge de Bologne, fidèle au parti guelfe. {Voy. le Comment, de Tommaseo sur la Comédie.) Cesi ce qui a valu à ce prince d'être représenté dans l'Enfer sous la figure de Mahomet, dont les intestins à découvert laissent voir le triste sac où s'entassent des aliments grossiers et leur résidu mal digéré, trùto sacco che merda fa. Quant h son avarice, Villani s'en exprime ainsi : Re Ruberto fit il piii sdvio re che fosse ira ckristiani già fa cinïfHe cenio ànni, sï di senno naturale, si disciema, corne grandissimo maestro iri theologia e somino filosofo,.. Poi che commincio ad invecchiare, favarizia il gudstava in piii guise, tscusavasene per (a guerra, ch* avea per racquistate la Sicilia, xil, 9.
Quand ton père eut ainsi daigné, belle Clémence, etc»
1. Clémence, fille de Charles Martel, mariée à Louis X, surnommé le Hutin, dont elle n'eut pas d'enfants.
Les méfaits dotU devait souffrir sa descendw^ee.
2. Les lois fondamentales des royaumes de l'Europe désignaient Charles Hombert, fils de Charles Martel, comme héritier du trône de Naples après la mort de Charles IL Mais une sentence de Clé* meut y la décerna à iiobert, second fils du roi défunt, au préjudice de son neveu, fils de Taîné. Le Pape voulut même couronner ce prince de ses propres mains et lui fil remise des dettes de son père envers l'Église (J. Villanî, viii,c. l<2,p. û40). Tels sont les méfaits, les actes frauduleux, inganni, dont il est ici question, l^ politique pontificale ne s'était méprise ni sur le danger que faisait courir à sou inOuencc en Italie la réunion de la Hongrie, de Naples et de la Provence sous un même sceptre, ni sur les intentions secrètes du prince, que son amitié avouée pour Dante nous aurait révélées en partie si
les discours que le poêle a mis dans sa bouche D'eu'fournissaientja preore complète.
Je ^uis dire ^ourlant q\ie ds trop justes fleurs Doivent lieniât couler et suivront vos rmlheurs,
3. Prédiction sinistre lancée contre Tusurpateur Robert de Naples et contre Clément Y, dont les méfaits leur attireront un juste chftti* meut, giusto pianio.
Dans le divin soleil qui la remplit entièrCf etc,
&. Dans le soleil de vérité, source de lumièi*e, que tes fidèles contemplent à rodent, lorsque l'Occident est plongé dans les ténèbres. Dante eicelle à isoler et à grouper ses personnages, selon le sentimettt dont 11 est animé à leur égard. Ainsi il fait disparaître le loyal Charles Martel, dont il honorait la mémoire, quelques instants avant d'inlrodaire sur la scène un traître dont il parviendra à stigmatiser la félonie en dépit de la dignité épiscopale, qui ne saurait l'abriter coQU'e sa haine et son mépris. Mais Charles Martel était la voce ferma, la fol et la pai'ole invariable, l'autre fut la voce cfie va e riede, voix qu'il a pris soin de distinguer au commencement du cba-' pitre précédent, al modo di lor vùte eterne. Pourquoi ne pas mettce en présence le prélat provençal et le souverain de la Provence et faire introduire par une pécheresse l'évêque marseillais?
Mortels, race abusée et pleine de folie, etc*
5. Cette race abusée, anime ingannate, est le troupeau catholi* que, cela va sans dire. Fermant les yeux à la lumière orientale, il se détourne du vaudéisme de l'empire, da si faito B.£N. iorcete t cuori, et se presse en foule à des cérémonies idolâtres. On se rappelte ce que Béatrice entend par syrènes et par vanità. {Voy. Purg. xix et XXXI.) Qui sait même si ce vers étrange : drizzando in vanità le tostre (empie, ne doit pas se traduire en élevant des églises à la snperstitiou ? Tempie serait alors employé comme féminin de tempio; avis à MM. de la Crusca, car nous reconnaissons notre incompétence.
8o6 ^ • LE PARADIS.
. ' •.,éPar elle m^ v(shx n'élaient ])a« repoussés.
* 6. Béatrice ii*a garde de mettre obstacle à lia entretien qui va amener sesenBeîguements.
.... Vais-moi connaiire QMe ma pensée en toi soudain a son reflet,
7. Autrement dit : Sois l'écho de ma pensée, aide-moi à la manifester sans trop de péril, cfi'io passa in te rifletter quel ch'to penso, car tu sais si je suis invariablement les enseignements de Béatrice, occhi fermi sevra me*
La nowœlU clarté qui venait d'apparaitref etc.
8. Che m'cra ancornuova, signifie qa*en 1300, Dante n'avait |ias encore vu ce personnage féminin, qui appartenait à Tégiise dissidente a cui di ben far giova, et qu'il eut peut-être occasion de connaître plus tard, comme l'a pensé Ozanam. <^
Il est dans cette part de la terre ilaliqtie, etc.
9. Entre Venise et Trente, contrée où Tbérésie pénétra au xir siècle et trouva un asile contre l'inquisition. (Schmidl, i, iSti.)
* ,m.S'en élança naguère
Une flamme qu*on vit à la contrée entière, etc.
10. Cette flamme ou ce feu, facetta, désigne Ezzeliu III de Romano, tyran de Vérone, dont la mère rêva, dit-on. comme Hécube, qu'une flamme naissait de son sein. Mais dans la pensée de Danle, cette flamme n'est pas celle d'une torcbe incendiaire, c'est celle d'un fanal destiné à éf^Iairer cette partie encore enténébrée de la prava teira xtalica, qu'elle envahit en grande partie, fece alla contrada grande assatto.
Je resplendis ici^ par la honte divine.
Parce qu*en moi cet astre épancha tous sfs feux-
il. Voilà, selon la lettre, une sainte de par l'astrologie et le fatalisme. Elle se proclame elle-même vaincue par l'influence stellaîrc de Vénus, mi vince it liime d'esia stetla, et c'est précisément parce qu'elle a été folle de son corps, qu'elle a place en Paradis. Selon Tesprit c'est une albigeoise entièrement dévouée au gai savoir, dont la rhétori-
que fat loule-poissante sur elle» ao point de lui faire quiiter son mari gudfc, pour se dûoqir à un noUe et vaillant troubadour^ Hliraculeox effet de la Ionise {Produite par la rhétorique deVteus.
Mais à niot-mAne enfin, joyensetje pardonne, etc,
12. Bien d'autres Madeleines accepteraient volontiers pareil sort et en prendraient leur parti non moins cavalièrement, sauf à voir la foule catholique, vostro vulgo, trouver la chose étrange, forte; car les profanes sont d'assez sottes gens : Gunizza met donc toute la boDoe grâce possible à se proclamer une insigne pécheresse, selon la lettre. Elle n'en éprouve aucun ennui, non mi nota; loin de là, elle est eochantée d'avoir commis tant de peccadilles gentilles, et elle se les pardonne d'autant plus joyeusement, lietamente, que la cause de son sort, de sa béatification, est, selon l'esprit, sa foi albigeoise et la bainc profonde* de Dante pour celui qu'elle va signaler à son atten* tioD. Cuoizza était née d'un père Patérin, autrement dit albigeois, et nous en avons la preuve authentique dans la bulle adressée en 1231, |)ar Grégoire XI, aux deux frères de Romano, Albéric et Ezzelin III, |X)orleur enjoindre de livrer eux «mêmes leur père à l'inquisition, s'il ne renonçait à l'hérésie. (Raynaldi Ann. Eccles., ad ann, 1231, S 2, p. 379. ) C'est que tout vêtu du froc qu'il était et retiré dans un inonastère, ce qui l'avait fait surnommer le Moine, Ezzelin U aTait en effet embrassé les opinions des Patérins, Pauliciens ou Albigeois, opinions qui lui attirèrent l'excommunication, mais qui valurent à ses deux fils, entre lesquels il avait partagé ses domaines, la charte impériale de 1232, par laquelle Frédéric II les prenait spécialement sous sa protection. (Gérard Maurisius, p. 35.)
Fille et sœur de Gibelins , hérétiques avérés et fauteurs d'hérétiques, Gunizza ne pouvait démentir le sang d'où elle sortait ; mariée dans une de ces courtes trêves si fréquentes alors entre Guelfes et Gilvelins, avec Richard, marquis de saint Boniface, chef de la faction Gaelfe des Montecchi, dans Vérone, et tout-puissant dans Mantoue, comme plus lard sa nièce Adélaïde, fille d'Albéric de Romano, épousa Renaud d'Esté, elle quitta le toit conjugal pour vivre amoureusement, dit l'Anonyme, amorosamente , avec le troubadour Sordello , que nous avons vu aussi jouer son rôle, comme maître en gai savoir, dans .es chants \i, vu et viii du Purgatoire. (Rolandini, De factis in Marckia Tarvisana, 1, 3, p. 173.) A ^sordello succéda un gentilhomme Trévisan du nom de Bonio, avec qui elle courut une partie
de l'Ëurdpe , puis elle se réfugia à Trévise près d'Albéric , son second frère. Elle épousa ensuite un gefitilhomitledil nom de Braganzo. Enfin après A mort d*Kzzéliu , elle se maria de nouveau à Yéronc. C'est donc avec toute appareuce de justice qu'un des annotateurs du |)oë(e la qualifie de grande prostituée, fuit magna mereirix (Posiîll. Gaet.). On va voir que c'est à ce dernier titre surtout qu'elle vient jouet* Ètàu rOlë dans le Ciel de Ténus.
De cinq siècles encor ne s*effacera poi.
13. Dans cinq cents ans on se souvtendi*a encore du renégat qui, après avoir fait, durant de longues années, de la propagande albigeoise, comme troubadour, passa tout à coup dans le camp opposé et se fit, comme l'inquisiteur Kinieri Saccone, le persécuteur acharné de ses anciens frères. Telle est la grande renommée,«^7*am/e fatna, à laquelle Dante fait allusion, sans expliquer si c'est au troubadour ou h l'évêque, que s'appliquent les paroles de Cunizza.
Par lui lu ^ux juger si Vhomme^ sur la terre. Afin qu^une autre vie abjure la prem^e. Vers Vexcellence doit diriger tous ses pas,
* lu. Littéralement : vois si l'homme doit se faire excellent, de telle sorte tju'une autre vie délaisse, répudie la première. L'ambiguïté hbstile de cette phrase saute aux yeux. Cunizza pense évidemment ^ue le cher bijou d'évêque, chiara gioia, l'homme à la voix qui va ericdcj acomtnis uiie très-vilaine action, en désertant à l'eniietni, et voici comment elle trouve moyen de le déclarer ; « Juge si l'homme qui fut un Parfait, doit agir de telle sorte qu'une autre vie (catholique) donne un démenti à la première. » Vedi se far si dee L'uoMO ECCELLENTE (Parfait) sij ch'altra vita la prinia relinqua. On voit que nous traduisons littéralement
C*i'sl à quoi songe peu celle tourbe qu'enserre L'Adige^ àVoccident, le Tagliamenl, au nord.
15. Cette tourbe Guelfe de la Marche Trévisane ne pense pas comme nous, cid mm pensa ^ et ne s'occupe guère des motifs intéressés qui déterminent ces scandaleuses apostasies. Flagellée qu'elle est par les seigneurs de la Scala , elle n'en persiste pas moins dans
soQ dévouement faûttlique ao saint-siége, ne pei* esset* battuta an»
cer si pente»
Padoue atteinte au camr empourprera bientôt ^ eic,
16. Ceux de Padoue, gential dover crade, endurcis daus leur rébellion contre Tcmpire , auquel leur devoir était d*obéir , et dans leur obstination catholiqile, seront mis en pièces par le ticaire Impérial, Cane de la Scala, dans les marais de Yicencë. (Yoy. CortUsior, kist, Ferreti Yîcent* et Albert. Mussato.)
Et tel, où le Silé s'unit au Cagnanot etc.
17. Richard de Camino, seigneur de.Xrévise, qui au lieu de marcher sur les traces de son père* celui que Dante appelle par opposiiiou le bon Richard (Purg. « cb. xTi), pactisa aycc les Guelfes, et fut assassiné en lâl2, à Tinstigation de Cane de la Scalà, par des gentilshoounes du Yoisinage, dont il avait déshonoré la femme et la fille. (Voy. CoTL kist. Ferret. Viceut, lib. iv et Yi, et Alb. Mussato, lib. ai. rub. YX et lib. T. r. x.)
Pour la déloyauté de 6on lâche pasteur^ etc.
18. En 1 308, Tévêqué de Feltre, qui était en même temps seigneur lemporel de cette ville, et molto guelfo, dit VOttimo, ayant fait «irrêter treize Ferrarais, coupables d*avoir porté les armes contre le Pape, il les livra au gouverneur de Ferrare pour le roi Robert, le Florentin Piiio deila Tosa, qui les envoya au supplice. Dans le nombre se trouvaient trois Aldighieri Fontana, parents de Dante. (Yoy. Chromcan EMense. Muratori, t. XY, page 375, et PostilL Cas.) La tour de Maltan, sur le lac de Bolsenne, servait de prison aux prêtres coupables de délits graves, et Boniface YIII y avait fait enfermer le pape Pierre Célestin, son prédécesseur. On comprend dès lors pourquoi elle est rappelée ici par Cunizza.
Comment trouver alors une cune capable D'abêorher en tesfiancs tout le sang fetra/nisP
19. Les treize gentilshommes livrés par l'évéque de Feltre furent nus à U torture. Quelques-uns ayant révélé leurs complices , il en fut exécuté trente.
Mais cet horrible don d'un prêtre misérable, etc,
20. Per mostrarsi di parte. Le prélat eut du reste k payer cher cette prcufe de zèle , car iUchard de Camino le ût mettre à mort. Fil tanto bamito con sacchi pieni di rena che^ corrottc dentro tutto il sangue, le imeriora ne manda per la egestione, (Ottimo, Comm.)
Digne de la contrée, en rien ne la démenL
21. Fellre appartenant au parti gucife, devait avoir riiérésie et les Gibelins en horreur; ce qui ne peut que révolter la sœur d*l^zzelin.
Là'haul sont des miroirs, dits trônes chez les hommes, etc.
22. « La philosophie a pour sujet naatériel rintelligcnce, et pour forme Tamour ; sa cause efficiente est la vérité , sa fin est cette jouissance suprOme qu'on acquiert par la contemplation de la vérité. » (Çonvito.) Tel est pour le poète l'idéal philosophique réfléchissant Dieu-Vérité. Aussi Béatrice appartient-elle à l'ordre des trônes, ch. xxxi. Cunizza , initiée à cette philosophie amoureuse par Sordello, est en conséquence favorisée, par réflexion, de la vision béatifique de la vérité, et les désastres qu'elle prédit aux Guelfes, dans un bon esprit, ne peuvent manquer de se réaliser, gtiesti pirlar ne paion bttani.
Alors, Vautre joyau que je Vouïs vanter etc.
23. L'évêque Foulques , dont Cunizza s'éloigne adroitement san» daigner lui adresser la parole, après l'avoir signalé ci l'attention du grand conoscitor délia peccata commis contre la foi évangéliqut*. Foulques restant en scène, il est clair qiVil ne fait pas plus partie de la ronde, dans laquelle se remet Cunizza, que Brunetto Latini de celle de Guidoguerre et d'Aldobrandi. Génie vicn, con la qualcesser non deggio (Enf. xv).
... Jamais un rubis frappé par le soleil, etc.
2U. Le rouge étant la couleur des Guelfes, la gloire de Foulques, le persécuteur sanguinaire des Albigeois, l'évêque des diables, comme on l'appelait, devait tenir de la nuance du rubis balais et renvoyer sur Dante un reflet rouge ; mais il ne brille i)our lui qu'en api^arence, preclara si fece in vista. S'il s'est acquis là- haut celte
gloire ap|)arenle par la Gaie science, per ietiziar, sachez que son esprit pcners, mente trùta, est enlénébré dans Fenfcr, giii s'abbuia.
Dieu voit tout^ dis-je, Esprit bienheureux, et la vue, etc.
25. Voulez- VOUS un sens tout diiïérent ? Traduisez : L'empereur qui est tout, voit Dieu, parce qu'il a vu la lumière, Tutto vede Dxo; mais ton Papisme qui t'identifie, inluia^ avec le pontife romain , miia ou niente, peut te faire voir en noir mes vœux à son égard ou me faire haïr de toi, NuLLA puote esseï' a te voglia buia di me, (Foy. Enf. xr, note 11 et Purg, notes 9 et 10.) Bien d'autres phrases doivent avoir été construites dans ce système; mais un Italien seul pourrait les relever toutes. {Voy, sur Tout ai Néant j Schmidt, ii, 19.)
D'où vient donc que ta voix qui réjouit le» deux, etc.
26. Pourquoi ta voix , dont les accents réjouissent toujours notre ciel, puisque tes compositions sont encore chantées dans nos temples par ces Chérubins, fochi pii, que la maçonnerie appelle Zaphriel, Zabriel, Garnie], Uriel, etc. (voy. ThuUeur de CÉcomsme^ il3); pourquoi donc ta voix est-elle si changée et ne satisfait-elle plus à mes désirs secrets, perche non soddùface a* miei dùii ?
Si je plongeais en toi comn\e toi dans moi^ménie,
27. Si j'étais à ta place , te voyant papiste comme tu me vois albigeois, je ne voudrais pas même attendre une question de toi et je le tournerais le dos, non aliendere' io tua domanda, s'io m'intuassi corne lu t'iinmiù Foulques, ne comprenant pas sans doute ces mots à double entente, s'empresse de dire qui il est; mais, à l'exemple de ces pécheresses qui se peignent en buste dans leurs mémoires, il ne parle que de sa première existence de poêle provençal, et, comme s'il rougissait de sa mitre épiscopale, il s'abstient de souiller mot soit de » conversion, soit de sa lutte ardente contre l'église albigeoise et b Toulousains.
La plus vaste vallée où s'épandent les eaux, etc.
28. Le bassin de la Méditerranée , qui reçoit Tcau de l'Océan par le détroit de Gibraltar» se prolonge de l'occident à l'orient, entre l'Europe et l'Afrique.
863 LR PABAHIS.
Or fur Vunde Ces hordsje rtçnu la naisênneê, êîf,
29. C*est-3i-dÎFe à Marseille (voir Bût. litu 4e la France, t. ivni, p. 588). Voici en quels termes le moine de Monlandon , poète provençal^ qui vivait vers la fin da xii* siècle, parie de Foulques ou Foiqnet , qu'il traite de pervers et de parjure :
B lo doxens sera Foiquéts ' De Marseilia uns mercaders, Que a faits un sol sagramen Quant jurets che cbansos no fets ; E anz dison que fo pervers, Qu*et perjuret à son escien.
Où U sang a rendu ti^ la froide dalle.
30. Nous laisserons les commentateurs remonter ao si^e de 5Iarseillq par le second Bru tus • pour expliquer ces torrents de sang attiédissant Teau do port. Nous y voyons, pour nous, une allusion assez transparente à la lutte opiniâtre soutenue, à trois reprises différentes, par les habitants de Marseille, pour se soustraire au joug de Charles d'Anjou, en 1251 et 4356, mais surtout au mois de juin 4262. Alors le peuple, se soulevant de nouveau , fit main basse sur la garnison et sur les partisans de Charles , éleva «une nouvelle forteresse et mit à sa tête Bonifacede Castellane, non moins renommé par son courage comme chevalier que pour ses talents comme troubadour, Mais son château de Castellane , l'un des plus forts de la Provence, où s'étaient renfermés les plus vaillants hommes d'armes, fut obligé de se rendre, et Charles , une fois maître des points fortifiés les plus importants , se mit, avec toutes ses forces réunies, à dévaster affreusement les environs de Marseille, à trois lieues à la ronde; puis il en fit le siège. La résistance fut longue et sanglante ; les assiégés, décimés par la famine, furent réduits à capituler, et Charles, entré dans ia place, « fit décapiter publiquement, dit Guillaume de Nangis, tous ceux qui avaient excité le peuple à la rébellion. » Voilà le sang qui retidit tiède l'eau du port et que le poète aurait voulu voir retomber sur la tête du dernier prince angevin. Peut-être aussi est-il fait allusion à la guerre civile acharnée dont la Provence fut le théâtre en 1229, lorsque les républiques do Marseille, d'Arles et de Nice s'étant soustraites à la suzeraineté de la maison de Baux , Marseille, as^ siégée, appela à son aide Raymond VU de Toulouse, qui passa le Rhône et la délivra. Commencement d'une lutte qui se prolongea
arec une grande effusion de sang entre le comte de Provence et les villes libres soutenues par le comte de Toulouse, Pante et Foulques Immême se souciaient bien vraiment du sang répandu à Marseille par les Romains du tçmps de César , tout dans le poème est palKÂtiHl d'actualilé.
Il convient , avant d'aller plus loin , de donner une courte biogra* phie de Tévêque de Toulouse, jeté ici en scène comme préface vivante à la glorification hypocrite de saint Dominique. On sera à méino do joger par le rôle que joua cet ancien troubadour dans la croisade albigeoise, jusqu'à quel point Dante» ennemi déclaré des Papes, qui, oublieux des préceptes du divin Maître, « armorient du signe du salut el des clefs de saint Pierre des drapeaux inhumains, » put coucevoir la pensée de béatifier sérieusement le fougueux et wiguinaire Foulques, « Tévêque des diables. »
Né il Marseille, d*un père génois qui s*y était enrichi dans le com-merce, Foulques ou Foiquet mena d'abord joyeuse vie au service des dames et se Qt une réputation comme troubadour dans les eours de Richard d'^ngleterrp, d'Alphonse d'Arragon et de Raymond de Tou? lopse. Marié et père de deux fils, il n'en poursuivait pas moins de sacançons amoureuses Adélaïde deRoquemartin, mariée elle-môm^ à Barrai, vicoipte de Marseille, et ses deux belles-sœurs, ainsi que la dame de Montpellier. Tout à coup, quel qu'en fût le véritable motif, car il y a de la légende dans celui qu*allôguent les chroniqueurs. Foulques est touché de la grâce, il se fait moine; sa femme et ses deux fils entrent avec lui dans l'ordre de Citeaux. (Hurter, Vie (finnocent III, t. i, p. 65.) Peu de temps après ^p admission au cou^ vent de Toronelle, qu'il édifie par son ardeur, il en est élu abbé et, en février 1206, Pierre de Casteinau, Raoul et Arnaud Amauri, abbé de CîteauXy surnommé Tabbé des abbés, délégués par Innocent III pour extirper l'hérésie albigeoise, voyant que l'œuvre n'avançait pas, jugent à propos de s'adjoindre un collaborateur énergique dans le nouvel abbé. Déposant donc, en venu des pouvoirs dont ils étaient iavestis, l'évêquc de Toulouse pour causa de simonie, ils firent élire à sa place Foiquet. Mais le nouveau prélat fut fort mal accueilli de ses ouaOles qui se rappelaient les désordres du troubadour Ucenoieuii ^ tel point qu'il n'osait pas envoyer ses mules à l'abreuvoir. (GuilL de Puylaurens, Hùt, albig,, c. viii.) Ils se refusèrent même à payer les dimes ecclésiastiques, agissant en cela comme ils avaient fait h
l'égard de l'évêque Fulcraod, qui s'était vu réduit à plaider contre le