‹ Le paradis retrouvéChapitre 11 sur 43 · MON ROYAUME EST BIEN DE CE MONDE · texte numérisé non relu

MON ROYAUME EST BIEN DE CE MONDE

Nous, nos désirs qui les soufflettent Dans leur servage humilié, C'est toutes choses qui halettent Dans tout travail multiplié.

S'ils végètent, hommes à peine Pleins du vertige du néant, S'ils se résignent, quand tout peine Sur la terre et sur Tocéan,

Nous, le travail est notre ivresse, Nous sommes maîtres, nous vivons Le dur destin qui les oppresse ; Et, mon Eve, nous ne rêvons

Que lorsque sous ta chair profonde Croît l'avenir mystérieux...

Notre royaume est de ce monde, Il a ta voix, il a tes yeux.

Paternité

L^innombrable travail de la terre profonde Fait affluer la sève à mon riche cerveau Et dans TEden mouvant où ma race se fonde Balance chaque jour un visage nouveau.

Je ne puis faire un pas, en ce vivant royaume, Sans sentir tout un flot de lyrisme monter Des racines du monde à mon visage d'homme. Tout a peur du néant qui ne peut me dompter.

Le monde à travers nous passe comme un poème, Les jours coulent, mon cœur de plus en plus ardent Dans tout ce que je vois et dans tout ce que j'aime Retrouve un battement du vaste cœur d'Adam.

Tout a peur de la mort, Thomme seul la méprise, Adam seul ressuscite en un corps glorieux, Et la chair de sa chair, d'âme en âme reprise. Mêle aux cœurs de ses fils un cœur mystérieux.

Et d'ombre en ombre ainsi, de pensée en pensée, L'Adam universel sort de notre sommeil Et réchauffant les flancs de la terre épuisée Dans le ciel de ses fils monte avecle soleil.

0 mes frères, âmes paisibles, Doux animaux silencieux, A quelles sources invisibles S'abreuvent vos cœurs anxieux ?

Mon bon chien, au seuil de ma porte, Dans tes yeux soudain agrandis.

Pareil à moi quel dieu t'apporte L'espoir humain d'un paradis ?

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