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SUR LE TRANSBORDEUR

Debout à la cime du monde.

Sous la grande arche de métal J'ai vu s'ouvrir la porte blonde De l'avenir occidental.

Sous la grande arche de lumière Où claquaient les drapeaux du vent, Dans Técume et dans la poussière, S'engouffrait Tavenir vivant.

Autour des deux montants sonores Du haut portail mouvementé S'enlaçaient toutes les aurores Qui précèdent la Liberté.

Voiles au vent, dans la tempête Des blancs orchestres déchaînés.

Paradaient les vaisseaux de fête, De vertes torques couronnés.

En plein quai, des chevaux lyriques Sur les chars de Monticelli Promenaient les Heures lubriques, Puget sculptait un vaste lit.

Sur ce lit, opulent navire, D'ivoire, d'or et de corail.

Des Phocéennes en délire Baisaient les lèvres du Travail.

Tout le port grouillant de cortèges, De musiques et d'oripeaux, S'abandonnait aux sortilèges Des fanfares et des drapeaux.

Pâle et chaude, la Cannebière, Dans un flot ininterrompu.

Débordait, comme une rivière, De brunes garces au sein nu.

Les éventails et les ombrelles.

Sur les terrasses des cafés. Semblaient un vol de tourterelles Parmi les rires étouffés.

Au fond, par delà les toits roses, Accouraient, des monts entrevus.

Sur Longchamps, les apothéoses Des plus beaux âges révolus.

Mais au-dessus de toute histoire.

L'âme des peuples dans les yeux.

Sur la mer, planait la Victoire De Tavenir mystérieux.

Partout, comme un raisin qu'on foule Dans la cuve des quatre vents, Sur les vagues et sur la foule, Dansaient les horizons fervents,

Et comme eux, au sommet du monde, Sur Farche ardente de métal, Je me sentis pris dans la ronde Du grand triomphe occidental.

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