LA FRESQUE
Chargés de briques et de marbres, Le long de frais vallons herbeux Pèseront, entre les troncs d^arbres, De grands chars traînés par des bœufs.
Des paons balaieront de leurs plumes L'ombre des forges sur les murs; Les pressoirs mêlés aux enclumes, On foulera les raisins mûrs.
Les oliviers, riches d'olives, Taillés en coupes, ouvriront La paix de nobles perspectives Où des villes s'endormiront.
Et partout, des terres voisines, Aux flancs de coteaux familiers, On verra fumer des usines Et chanter les clairs ateliers.
Saine, forte, prospère, heureuse, Toute l'Europe de demain, En suivant la France amoureuse, Prendra les tristes par la main.
Et les entraînant dans la ronde De ses espoirs regaillardis Couchera la douleur du monde Sous les fleurs de son paradis.
Et pour qu'au moins on se rappelle, Vieille Guerre, ce qu'on te doit.
Dans un coin, sur Therbe nouvelle.
Comptant tes blessures du doigt,
De beaux enfants nus et fantasques Au bord du fleuve puiseront L'eau pacifique dans des casques, Et sur tes genoux la boiront.
Bible des Pauvres
Le grand livre est ouvert. Tout le peuple peut lire. Les pages de douleur et les pages de rire Sur le missel de pierre alternent tour à tour, Car les textes obscurs, déchiffrés par le jour, S'argentent un moment sous les doigts de Taurore ; Midi sur les versets jette un signet sonore; La paix du soir descend des vieux proverbes lus ; Sur le front des martyrs les derniers angélus Mettent Tor familier d'une brève auréole. Chaque niche bourdonne ainsi qu'un alvéole
Au biblique jardin qui fleurit le portail. Les Mages et leurs serfs, en pompeux attirail, Le traversent, venus des mystiques royaumes, Lorsque monte Tétoile au ciel bleui des psaumes. L'âme et ses passions, la vie et ses métiers, Entre les fûts de marbre, y croisent leurs sentiers. Sur la bouche des saints chante une banderole. Le grand livre de pierre incarne la Parole, Et le Verbe est pétri dans le ciment des nefs. Sous les porches légers courent les textes brefs, Mais le dogme s'enfonce aux assises massives. L'Evangile est traduit en images naïves. Partout le Christ rayonne entre ses serviteurs, Et le peuple peut voir, à côté des docteurs. Les pauvres gens heureux des tendres paraboles. Comme son cœur comprend la langue des symboles Il emporte avec lui, dans son humble maison. Le meilleur des parfums de cette floraison Dont les vieux imagiers dentelèrent la pierre. Et comme sur la voûte, à la droite de Pierre, Une mince fenêtre ouvre son long vitrail,