‹ Le paradis retrouvéChapitre 39 sur 43 · PSAUME · texte numérisé non relu

PSAUME

D'autres, les soirs de lune, errent avec les biches, Et comme elles de peur tressaillant de plaisir. Elles soupirent : «Viens... Jeunes, nous sommes riches. Quel songe flotte en toi ? Tu n'auras qu'à choisir. »

Et quand, lassés de tout, des corps et des visages, Et du frisson humain sous le fard des baisers. Nous détournons nos yeux des vivants paysages Et des remords repus sur les fruits écrasés,

C'est pour nous que Rubens prodigue sur ses toiles Ces paradis de. pourpre ignorés des chrétiens Et que le Tintoret couche dans les étoiles L'opulence sans cœur de ses grands olympiens.

C'est pour nous que Tristan exhale dans ses râles Son soufile exaspéré par la soif du néant. Pour nous que pleure l'orgue au fond des cathédrales.. Tout l'art est devant nous comme un miroir béant.

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Gomment n'aurions-nous pas une âme satisfaite ? Nous nous couchons, gorgés de femmes et de vins, Et si quelque envieux voulait troubler la fête, Un sac d'or lui suffit... Tous les soucis sont vains. »

Ils chantent, et sans voir le peuple qui travaille. Ils suivent au hasard leur chaude déraison, Car ils n'entendent pas, au pied de leur muraille, Le pic des ouvriers qui sapent la maison.

Quand l'auto les emporte à leur noce grossière, Derrière eux, dans le soir plus rouge, ils ne voient pas Leurs frères méprisés, debout dans la poussière, A qui, les poings fermés, la haine parle bas.

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