‹ Le Paradis trouvé, comédie en 1 acte, en versChapitre 2 sur 27 · II NOTES · texte numérisé non relu

II NOTES

cH'et, comme Adam «le front large et. beau, et l’œil sublime, annonçant la suprême puissance. » Jusqu’au dernier jour, même lorsqu’il fut sans regard, son œil avait conservé un éclat extraordinaire. Il ne pouvait plus voir le dîl, mais il en reflétait encore l’azur.

Les cheveux de Milton n’étaient pas d’un blond aussi pur que celte chevelure dont il fait ondoyer les flots d’or, les boucles « couleur d’hyacinthe, hyacinthe lochs, » sur les épaules de son Adam; mais, sous leur nuance « du plus charmant brun clair ils étaient aussi longs et aussi soyeux. Partagés sur le devant, ils retombaient de chaque côté en grappes' abondantes, comme ceux du premier homme ou comme ceux de son Cornus*, dont il avait fait en peu do mots une si poétique description, imitée de l'Anthologie ® et d’Apollonius *.

Ainsi encadré, son visage ne le cédait pas en beauté à celui d’une femme. Aussi Milton, jusqu’à vingt ans, n’était-il connu que sous le nom « de la dame du Collège du Christ, the lady of Christ’s College »

Ce n’est pas que d’ailleurs il eût rien d’efféminé. Son éducation, comme il convenait à un esprit de sa trempe, avait été vaillante et forte. Il avait piis dans les éludes les plus diverses toutes les vigueurs et toutes les connaissances qu’il devait avoir à dépenser plus tard dans ses luttes et dans scs écrits.

* Mary Powell, femme de Milton, trad. de l’anglnis, 1859, in-18, p. 11.

* Voir la traduction de ce poème de Milton dans la Bibliothèque étrangère d’Aignan, 18"23, in-8, t. II, p. 127.

* Liv. H, épigr. IV.

* Apollonius de Rhodes, liv. II, vers 678.

“ Chateaubriand, p. 6.

NOTES

Il fallu d’aboM entrer dans le clergé, mais son instinct d’invincible indépendance l’en éloigna. « Celui qui s’engage dans les ordres, a-t-il dit quelque part, souscrit à son esclavage et prête un serment : il lui faut alors ou devenir parjure ou briser sa conscience. » Hicn ne lui manquait pour étr^ docteur des mieux en crédit dans l’Église anglicane : il avait le savoir, l’esprit, le raisonnement. 11 aima mieux tourner contre les évOques ventrus do l’anglicanisme, « contre les parvenus de la scolastique, ' » ce qu’il avait appris dans leurs écoles, et ce qu’il aurait pu si bien mettre i\ leur service.

Les abus et les scandales du clergé anglican répugnaient à, sa conscience, cl, d’un autre côté, la froide rigueur déco culte sans prestige s’associait mal avec ses idées d’art et de poésie. ^

Anglican par l’esprit, et plus encore par la raison indépendante, il était catholique par l’ilrao et par l’imagination.

Un reste du vieux sang papiste, qu’il tenait de son aïeul, l’enthousiaste catholique d’Oxon, coulait toujours en lui, et scs voyages en France et eu Italie, oii il vil tant de belles églises, entendit de si beaux offices, ne firent qu’entrenir cette première sève. Après avoir admiré Paris, Florence et Rome, et s’étre, en vrai poète, émerveillé des cérémonies et des chants de leurs églises, pouvait-il se faire le ministre de ce culte anglican, vrai soleil anglais, voilé de brumes et sans rayons ?

En réalité, il ne fut d’aucune religion bien certaine; celles qui pouvaient se le disputer ne le possédèrent ni l’une ni l’autre. Assez faible par la foi, mais, comme il l’a si bien dit, « toujours armé de lui-même » il marcha

* Taine, p. 8-28.

* Sonnets italiens, VI, 4.

NOTES

fort entre les deux, l^clectique, clairvoyant et pur, il prit aux sectes puritaines leur adoration pour la Iliblc, qui lui fournit l’idée de son chef-d’œuvre ; leur zélé pour la vertu,

« dont, comme l'a dit M. Taine ', il parle loiejours en homme qui l’exerce; » leur amour de la chasteté stoïque, plus admirable encore, suivant lui, chez l’homme que ch'ez la femme * ; puis, non content de purifier ces vertus un peu sèches par je ne sais quelle mysticité platonique, dont l’inspiration lui était venue des poètes et des platoniciens d’Italie, et qu’on retrouve, par reflet, dans plusieurs passages du Comm et dans un long dialogue du huitième • chant du Paradis perdu, il fit rayonner sur le tout cet exquis sentiment d’idéal et de poésie, ces pures aspirations de croyance embellies par l’art, qui n’appartiennent qu’au catholicisme.

L’originalité si complexe et si multiple de son génie ne s’explique vraiment que lorsqu’on l’examine dans les sources si diverses, où, jeune, il puisa ses inspirations et trempa ses forces.

C’est ainsi que l’on comprend qu’il ait pu être tout ce qu’il fut : poète qui croit, et savant qui doute; esprit accessible il toutes les grâces comme à toutes les vigueurs, delapoésie, ctrudejoùteurde philosophie, armé de fous les ennuis de l’école; artiste inspiré, épris de tous les arts; collectionneur de livres , de tableaux en Italie et en France *; cherchant ses plus douces joies dans la musique, et jusqu’aux derniers jours fidèle aux leçons de son père, l’excellent musicien, se jouant sur l’orgue des airs qui n’é-

* Page 823.

* Id. 822-, et V. aussi le Cornus, p. 121,141.

* 1 1. pag. 156, 175.

■* Jam. Johnson, Vie de Milton, Paris, 1803,in-12, t. 1, p. 22.

NOTES

laiciit pas tous fïïi rite anglican ' ; puis en m^me temps, (lialcrticicn sans merci, prcH à liiüer avec tous les savants de l’Europe, cl au besoin, à les gourmander comme il faut,

> chacun dans sa langue ; philosophe et lexicographe infatigable, capable de faire à-lui seul un dictionnaire latin do la taille de celui des Estienne; mais par dessus tout cela, politique vaillant, pamphlétaire intraitable, ne connaissant pour l’esprit que la liberté, et le premier aussi trouvant la plume acérée qu’il faut pour la défendre.

« 11 vaut presque autant, a-t-il dit dans son Aréopagé tique, fvrototype excellent de tout ce qu’on a écrit de meilleur en faveur de la liberté àe la presse *, il vaut presque autant tuer un homme qu’un bon livre. Celui qui tue un homme tue une créature raisonnable, image de Dieu; mais celui qui détruit un bon liv^rc lue la raison elle-même, tue l’image de Dieu dans l’œil où il habile. Les révolutions des âges souvent ne retrouvent pas une vérité rejetée, et faute de

laquelle des nations entières souffrent éternellement La

liberté est la nourrice deg grands esprits : c’est elle qui éclaire nos pensées, comme la lumière du ciel. »

(Juel magnifique langage I M. Taine a eu raison de dire que souvent chez Milton, quand il combat pour scs dieux, la politique s’éclaire des rayons du poète, les perspectives du ciel SC joignent aux visions des ténèbres : « Le pamphlet devient hymne *. »

L’indépendance fut sa passion suprême. 11 la voulait même dans le savoir, et la multiplicité de ses connais-

' On trouve dans le Penseroso de ililtcn, de fort beaux vers sur la musique des cathédrale; calholi^,ues. Voir première étude de lord Macaiilay sur Milton, dans ses (Euvres diverses, traduclinn d'après Pirliot, t. 1, p. 58.

- A speach for the libertu of unlicens'd printino,

» Taine, p. 834.

Page 1