‹ Le Paradis trouvé, comédie en 1 acte, en versChapitre 3 sur 27 · VI · texte numérisé non relu

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NOTES

snnccs l’y servit. Possédé par foules, il ne fui l’esclave d’aucune; l’une l’a franchissait du joug de l’autre; pocte, il avait ses heures pour échapper au savant, et savant, scs loisirs pour sc distraire du philosophe ou de l’homme politique.

11 aurait pu être soldat, car le goût des armes se j6ignail chez lui à tous les autres plus pacifiques.

Dans sa jeunesse, comme il l’a dit lui-méme en son pamphlet Defensio auioris, pour donner A entendre qu’aprés avoir bien guerroyé de la plume, il saurait se battre autrement, il n’allait jamais qu’armé de l'épée, « et n’avait jamais craint les plus hardis. » Il n’y avait de là qu’un pas à faire pour entrer dans l’armée. Tenté un instant, il ne put s’y décider, et fit bien. 11 aurait trouvé là encore une discipline à laquelle il n’eût pu s’astreindre, et surtout une vie de mouvement et de bruit, 'qui lui répugnait. Comme tout esprit vraiment indépendant, il avait la passion de l’isolement et du silence : « Je me suis, écrivait-il un jour à un ami, je me suis abandonné à réver me^ années dans les douceurs d’une solitude lettrée, comme Lndymion perdait ses jours, avec la lune, sur le mont Latmus. » — « ha sagesse, dit-il encore dans le Cornus ', ne se plait-elle pas à se retirer dans la profondeur des solitudes, où, avec la contemplation sa nourrice, elle rajuste ses plumes dérangées par le tumulte du monde, et laisse repousser scs ailes, qu’il a quelquefois endommagées? »

Parfois, afin d’y trouver plus de charme au retour, il s’échappait de sa retraite champêtre, et s’en allait à Londres, chanter avec des amis « le vin qui pétille et danse dans le cristal ; » * mais ce n’étaient que de courtes absences. 11 re-

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* Id. pages lî)2, 175.

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venait bien vite se rendre tout à lui-mCme, et se replonger dans les contemplations du monde intérieur, dont la clairvoyance ne s’éteignit janiais en lui, et qui le consolèrent de la perte de ses yeux, brûlés par le travail des longues nuits. Être aveugle, ce n’était pour lui qu’être plus solitaire, et plus isolé du monde. Sa misanthropie satisfaite ne regrettait donc rien :

« Voilà, Cyriac, dit-il en son vingt-deuxième sonnet, voilà trois ans aujourd’hui que mes yeux,quoique purs au dehors de toute souillure et de toute tache, privés de leur lumière, ont cessé de voir. Soleil, lune, étoile, l’homme, la femme, durant toute l’année, rien n’apparaît plus à leurs globes inutiles. Pourtant je ne murmure point contre la main ou la volonté du ciel, ni je ne rabats rien de mon courage ou de mon espérance. Debout et ferme, je vogue droit en avant. Qui me soutient, demandes-tu? La conscience, ami, de les avoir perdus, épuisés pour la défense de la liberté, ma noble tâche, dont l’Europe parle d’un bout à l’autre. Cette seule pensée me conduirait à travers la vaine mascarade du monde, content quoique aveugle, quand je n’aurais pas de meilleur guide. »

Les goûts qu’il avait d’instinct, et que sa jeunesse avait le plus amoureusement caressés, étaient comme des pressentiments du malheur qui devait couvrir sa vieillesse do ténèbres. 11 n’aimait que ce qui fait la joie des aveugles, et d’avance ainsi, il s’était préparé ses consolations.

La musique, nous l’avons dit, le charmait surtout, et sacrée ou profane, elle était toujours la bienvenue sous ses doigts, sur l’orgue paternel. Dans les forêts, dont il faisait scs promenoirs préférés, il allait surtout écouter le chant des oiseaux. Sa pensée ne s’éveillait jamais mieux qu’à ce doux bruit, et n’avait pas de plus doux accompagnement. Soit qu’il fût gai, soit qu’il fût triste, il trouvait toujours quelqu’oiseau chanteur pour lui répondre et conformer son

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chnnt i\ sa pensée. « I/hommc gai, dit-il dans Yalkgro, pnlend l’alouette le matin » puis dans le poëme mélancolique du Pcnscroso, qu’il donne pour suite et contraste à celui-là, il dit : « L’homme pensif entend le rossignol le soir. »

Les fleurs, qui n’ont pas do charme que pour les yeux, et qui, lorsqu’il fut aveugle, pouvaient ainsi le charme? encore, avaient toujours été son plaisir. En son poëme du Paridis, auquel il pensa dés son enfance, après avoir un jour vu jouer par les marionnettes de Londres je ne sais quel petit drame d’Adam et d'Ève, il dit : « C’est l’homme qui donna aux animaux leur nom, mais c’est la femme qui trouva celui des fleurs. » Détail exquis, hommage délicat, bien digne du poëte qui déjà, dans son Lÿcfdas, autre œuvre charmante de son printemps, avait écrit cette odorante et radieuse description :

« Vous, creuses vallées, où de doux chuchotements habitent dans les ombrages, dans les vents folâtres, dans les sources jaillissantes, dont Sirius brfilant épargne le frais giron, jetez ici fous les émaux de vos yeux rayonnants, qui sur les gazons verts boivent les rosées parfumées, et empourprez tout le sol de fleurs printannières ! Apportez la primevère hâtive qui meurt vierge, l’astragale touflue et le pâle jasmin, l’œillet blanc^ la pensée bigarrée de jais, l’ardente violette, la rose musquée, le chèvrefeuille paré, avec le coucou allangui qui penche sa tète pensive, et toutes les fleurs qui portent uqe broderie mélancolique. Dites à l’amaranthe d^ouvrir toute sa beauté, aux narcisses de remplir leurs coupes de fleurs. »

Cet amour de Milton pour les fleurs et pour toutes les choses de la vie champêtre, joint à son penchant pour la solitude et à son besoin des rêves tranquilles cl inspirés, l’entraînait souvent à faire de longues promenades dans les environs de Londres ou de Cambridge. Il s’y lassait à la poursuite de ses pensées, et maintes fois, brisé par cette

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course de rt'voiir où lYimc, qui n’a plus conscience du corps, le fatigue si facilement, il s’endormait sous quelque ombrage, sans s’apercevoir qu’il ne marchait plus: le songe continuait le rùve.

C’est ainsi que lui arriva l’aventure qui nous donna la premif're idée de la petite comédie qui va suivre.

On a souvent raconté cet épisode bien connu de la jeunesse du poète, mais nulle part on n’en a fait un récit plus simple et plus naturellenaenl vrai que dans le petit livre, anglais publié il y a quelques années, comme étant le;onrnal de Mary Powell, femme de Milton. Un ami du poète, en sa première jeunesse, Hoger Agnevv, s’y trouve mis en scène, et voici ce qu’il dit :

«John Milton, jeune garçon, était remarquablement icau. Il rougissait et pâlissait surtout si souvent comme une jeune fille, que nous autres élèves du collège du Christ nous ne l’appelions plus que la belle vierge.

» Par un après-midi d’été, lui, le jeune King, qu’il a chanté dans le Lycidas, et moi, étions sortis dons la campagne, — elle n’est pas belle, par parenthèse, dans les environs de Cambridge — lorsque nous fûmes rejoints par une do nos connaissances que Milton n’aimaitpas. 11 nous devança donc en nous donnant rendez-vous-sur la hau'eur. Au sommet d’un petit coteau s’élevait un arbre touffu sous lequel notre impatient jeune homme ne tarda pas A s’étendre ; fatigué d’ailleurs par la chaleur excessive et sa course en plein soleil, il s’endormit presque aussitôt d’un sommeil profond.

» Cependant King et moi avions quitté notre ami et montions rapidement la colline, lorsque nous fûmes dépassés par un élégant carrosse, dont l’extérieur avait quelque chose qui nous frappa. Il contenait deux dames, dont l’une, la plus jeune, avait la plus ravissante figure que j’aie jamais vue de ma vie.

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» King et moi ne pûmes retenir nnc exclamation comme l’équipage passait prés de nous. Pour éviter la poussière qu’il soulevait derrière lui, nous franchîmes la haie qui n'était pas assez épaisse pour nous empêcher de le suivre • des yeux. 11 s’arrêta tout à coup, et nous vîmes les dames en descendre et monter à pied la colline. Arrivées à l’arbre, elles s’arrêtèrent étonnées à la vue de notre dormeur; nous devinâmes à leurs gestes expressifs leur profonde admiration pour ses traits et son attitude, qui rappelaient vraiment un Arcadien. La plus jeune des deux prenant soudain un crayon, écrivit à la hâte quelques mots qu’elle montra en riant à sa compagne et qu’elle glissa ensuite furtivement dans la main de Milton. Remontant aussitôt en voiture, elles disparurent bien vite dans le lointain.

» King et moi, mourant do curiosité, nous nous hâtâmes^ de réveiller .Milton, et nous emparâmes avant lui de ce mystérieux secret. Voici ces quatre vers ® :

Occhi, stelle mortali Ministri de’ niiei mali Se chiusi, m’uccidete.

Aperti, che farete *?

» Milton rougit, nous les arracha, les cacha dans son portefeuille, et puis nous demanda comment était la dame...

» Quelque temps après, lorsqu’il commença à parler de son voyage en Italie, nous le soupçonnâmes tous d'aller â la recherche de sa belle incognita. »

' Ils sont de Guarini.

* « Beaux yeux, astres mortels, auteurs de tous mes maux, si, fermés par le sommeil, vous avez blessé mon cœur, ouverts quelle serait votre puissance?»

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Quelle était celte femme, l’admiration trop indiscrète, si vile expiée par la discrétion de sa fuite? M. Amédéc Picliol, dans son joli livre des Poètes nmoureux, a cru pouvoir dire que c’était une Italienne, sans doute à cause du quatrain de Guarini, qu’une lady de ce temps-là, tout à la mode des poètes d’Italie, pouvait d’ailleurs aussi bien connaître que n’importe quelle femme de Home ou de Florence. 11 a supposé que la belle inconnue était la cantatrice I.éonora Baroni, dont Milton fut en effet l’admirateur. D’autres : W. Bowles, Rulwer, etc., ont développé d’autres fictions sur le même thème.

La vérité est que Milton lui-méme ne sut jamais bien le mot du mystère, qui tint certainement une grande place dans les rêveries de sa jeunesse, mais dont pourtant il ne parla qu’une fois :

« Un jour de mai, dit-il dans la septième de ses Elégies latnieî, dans une promenade aux environs de Londres, je rencontrai une femme d’une beauté extraordinaire. J’en devins éperdument amoureux ; mais soudain je la perdis de vue : je n’ai jamais su qui elle était, et ne l’ai jamais retrouvée. Je fis le serment de ne jamais aimer. »

Nous donnant les mêmes droits que ceux qui nous avaient dévancé dans ce petit roman, nous avons, nous aussi, fait notre supposition. Suivant nous, la reclierclic de Milton n’aurait pas été aussi vaine qu’il le dit. 11 aurait découvert enfin celle qui l’avait affolé, et elle serait devenue sa femme.

Nous avons pour nous quelques mots de lord .Macaulay, dans une lettre à M. Amédce Pichot ‘ et qui plus est la morale et l’usage, qui veulent que toute comédie finisse par un mariage. *

Si l’on nous reproche d’avoir amené la future épouse du

‘ Œuvres diverses, première séiie, p. 74.

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poêle se faire servante par amour, nous répondrons que les idées, assez peu galantes, du poëte sur les femmes ne répugnent pas à cette invention. 11 ne lui aurait pas déplu que sa compagne fût d’abord un peu sa servante, car s'il disait ; l’homme est fait pour la révolte, il ajoutait : la femme est faite pour l’obéissance.

Si l’on nous oppose ensuite le peu d’intelligeuce qui régna dans le ménage de Millon, nous répondrons que celaiic nous semble pas contraire aux préludes passionnés et aux prémices romanesques prêtés par nous à son mariage, qui fut d’ailleurs en réalité tout d’inclination, et accompagné de circonstances presque aussi singulières que celles dont nous le faisons précéder.

Mary Powell, première femme du poëte républicain, était comme nous le disons, attachée ù des personnes du parti de la cour. L’amour l’avait uni à lui. La politique l’en séparac

Ils s’étaient aimés, ils se marièrent : ce fut le Paradis trouvé. Après quelques beaux jours, tout remplis du bonheur qu’ils avaient rêvé, ils se quittèrent : ce fut le Paradis p'.rdu.

Edouard Fournier.

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LC tbi^àtrc représente riuicricur ü’iin tollugc. — Poitc au fomi, damiant snr an jardin. Poitcs latérales leeouTcrtes par une draperie. — A gaaebe une table sur laquelle est une grande Bible.

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