‹ Le parasite comedie en un acte, en versChapitre 15 sur 29 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Qui fait parler la bouche et fait taire le coeiu* !

(Haut.)

Si vous...

MTRRHINE, rioterrompant.

Oh! le beau ciel! N’avez-vous pas, poëte, Quelque strophe d’argent qui vous tinte en la téta T

PHÈDRE, chalcureujemeDt.

Non, mais à l’àine ! au cœur I

UYRRHINE, tris-Tile.

Sans doute de ces chauls

Oix l’idylle aux pieds nus se roule par les champs,

En disant, des senteurs du thym vert enivrée,

Les blondes épaisseurs de la moisson dorée,

Le buisson versant l’ombre aux rustiques parfums,

Et le lait floconneux luisant dans les doigts bruns,

Et la chèvre au poil dru broutant le bourgeon tendre...

PHÈDRE

Non, c’est un chant d’amour; voulez-vous pas l'entendre? MTRRHINE, troublée de plut en plus.

Des vers... d’amour?... Oh I non !

PHÈDRE

Ah! Myrrhine, écoutez!

Ou bien craignez Cypris, qui me les a dictés.

Muses, chantez, chantez encore Vénus, enfant du flot sonore.

Qui, dans les doux transports d’un saint embrassement, Veut qu’éternellement le nyxnde se repose.

Qui dans un long baiser réunit toute chose.

Le papillon avec la rose.

Comme l’amante avec l’amant.

Muses, chantez, chantez encore Vénus, enfant du flot sonore I

Qui donc emplit de chants le mystère du bois.

Qui fait rêver, la nuit, la vierge qui soupire.

Qui fait gonfler la mer comme un sein qui respire, .

Qui prête au ciel pur un sourire, ‘

Qui prête à la brise une voix?

Muses, chantez, chantez encore Vénus, enfant du flot sonore !

C’est Vénus 1 la Vénus féconde au front vainqueur.

Qui nous donna l’encens pour parfumer la couche,

Et le désir ardent pour la pudeur farouche,

Et pour le doux baiser, la bouche.

Et pour le doux amour, le cœur.

Muses, chantez, chantez encore Vénus, enfant du flot sonore 1

(il t’tpprocbe d'elle et la regarde arec paaaîon.)

Âh ! laissez-vous aimer, ainsi le veut Vénus t Inutile est la fleur qui brille solitaire.

Inutile l'amour embaumant le mystère.

Vénus, des secrets qu’on veut taire.

Trahit les désirs inconnus...

IITRRHI^E, daai le pial grand trouble.

Phèdre!... dieuxl... Que dit-il?

PHÈDRE

Je dis, mon adorée.

Que je t’aime à mourir ; que, gréce à Cythérée,

Je sais tout...

HTRRH1KE.

O Vénus!

PHÈDRE

Ouil j’ai tout entendu!

J'étais là .. tout à l’heure !

NYRRHINE, à part.

Hélas! tout est perdu!

(Haut et TÎTemenl.)

Phèdre... vous vous trompez si vous avez pu croire Que votre nom... Parfois... vous savez... la mémoire Se trouble... il ne faut pas...

PHÈDRE

Enfant, que crains-tu donc ?

Tu trembles! tu rougis! tu pleures!... Ohl pardon!

Je t’ai mal dit cela... Quand le désir la touche.

Notre àme n’attend pas les mots de notre bouche.

C’est ma faute^ pardon, mon amante, ma sœur!

Lève tes yeux sur moi, réponds, qui te fait peur?

Èst-ce, que mon amour, ô ma colombe blanche.

Est venu, gazouillant, se poser sur ta branche.

Et ton cœur frémit-il d’un trouble indélini A voir son aile battre aussi prè^de ton nid?

SCÈNB IX.

Ah ! ne redoute rien ; laisse, comme deux ondes, Laisse se mélanger nos deux amours profondes.

Et, jetant à l’oubli le passé soucieux,

Regarde l’avenir qui te rit dans mes yeux!

HTRRBINE.

Tu l’as voulu, déesse! Eh bien, oui! oui! je t’aime!

PHÈDRE

Ah! je t’entends enfin me le dire à moi-méme,

Ce mot que si longtemps...

MTRRHIHE, avec force.

Non! tais-toi! taisez-vous!

J’ai menti! j’ai menti! Non! j’aime mon époux.

Ah ! si l’amour est doux, la faute est trop amère...

PHÈDRE

Ah 1 tu m’aimes!

MTRRHINE.

Non! non! 6 Diane! ô ma mère !

Et toi, sourde Vénus, dont j’implorai l’appui Pour revoir un époux...

Page 1