‹ Le paratonnerre comedievaudeville en deux actesChapitre 26 sur 104 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

HÉLÈNE, ROSETTE, MARIELLE.

(Marielle est en toilette du dimanche. Elle porte un petit maulelet à capuchon, comme les paysannes des Pyrénées.)

ROSETTE

Madame, c’est Marielle, la forgeronne.

UÉLÉNE, à part.

Quelle effronterie! (Haut.) Je ne veux pas la voir!

ROSETTE

Elle dit que c’est pour qtielque chose de très-pressé.

HÉLÈNE

Je vous répète que je ne veux pas la voir!

MARIELLE, qui est entrée et se tient sur le seuil.

Faites excuse, mais c’est une lettre que je ne dois remettre qu’à Madame.

HÉLÈNE

Je n’attends pâs de lettre.

MARIELLE, se rappuchant, et à voix basse.

Fnc lettre de M. Raoul.

HÉLÈNE, après un mouvement qu’elle a réprimé. Laisse2-uous, Rosette. (Rosette sort.)

MARIELLE, à part.

Je savais bien que ce nom-là m’ouvrirait toutes les portes.

HÉLÈNE

Devant une de mes femmes, j’ai dû me taire; mais, maintenant que nous vpilà seules, reprenez cette lettre, qui est pour moi une nouvelle offense.

MARIELLE.

Ah! par exemple; si c’était ça, si c’était même une lettre d’amour, est-ce que je m’en serais chargée.

HÉLÈNE

Que veut-elle dire?

Que M. Raoul vous a oliéi, et qu’à l’iiourc qu’il est, il doit galo])er sur la route do Paris, .Mais en partant, il ne veut pas

a u’une pauvre tille comme moi reste privée de la protection e madame la marquise, et voilà ponnpioi il a écrit dans ce papier tout ce qu’il en est.

< HÉLÈNE

Je ne vous crois pas! Sortez... sortez!

MARIELLE.

Lisez, au moins, et si j’ai menti, il sera toujoui-s temps de me mettre à la porte.

HÉLÈNE, ouïront la IvUrc et la parcourant.

Qu’ai-je vu? ^

MARIELLE, pondant qu’Hélèuc continue à lire la lettre des yeux.

Je sais bien qu’un baiser de M. le vicomte, donné à .Marielle la t'orgeronne, sous les j^eux de madame la marquise... dame ! c’était un peu risquéj mais pour dérouter M. le marquis, ça parlait tout seul.

HELENE

Comment,' c’était pour me sauver que tu t’exposais au mépris de tous, à la colère de ton mari?

MARIELLE.

C’est une petite frime que j’av.iis imaginée... Les femmes! elles trouvent toujours à sortir d'embarras.

HÉLÈNE, à part.

Celte bonne Marielle!

■ MARIELLE.

Vous me pardonnez, n’est-ce pas. Madame?

HÉLÈNE, à part.

Ainsi, Raoul n’était pas coupatde... et il est parti... (Haut.) Marielle, regarde un peu si tu ne vois pas revenir M. le marquis.

MARIELLE , allant au fond.

Comme elle e.st bouleversée... Le dépad du jeune homme, voilà!... Son pauvre petit cœur gémit, bien sur; mais bali! ça passera.

HÉLÈNE, à part. Elle continue à lire des yeux.

11 a donné le change à Marielle ; il ne s’éloignera pas sans m’avoir revue; il me donne rendez-vous au pavillon isolé, au fond du parc, pour me i-emettre mes lettres et mon portrait; si je le refuse, il se tuera. Pauvre Raoul, comme il m’aime!

MARIELLE, au fond.

Je ne vois rien venir.

HÉLÈNE

Tant mieux, j’aurai le temps.

MARIEI.LE , à part.

Qu'est-ce qu’elle a donc à se dire toute seule?

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