‹ Le paratonnerre comedievaudeville en deux actesChapitre 28 sur 104 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE MARQUIS DE LA PIGEONNIÉRE, MADELEINE CANAR- DEAU, VN DOMESTIQUE, portant des cartons.

LA PIGEONNIÉRE, entrant par le fond.

Portez tout cela au premier étage, dans l’appartement d’honneur de mon château.

MADELEINB, au domestique.

Et toi , monsieur le laquais, prends un peu garde au grand carton bleu; il y a là-dedans ma robe des dimanches et mes bonnets à dentelles... J’entends et je prétends qu’on voie ici que Madeleine Canardeau est une femme qui a de quoi, (u

domestique sort.)

LA PIGEOÎfNIÈRE, à part.

Allons, bon! voilà que ça commence! (Haut.) A quoi bon ' prononcer devant mes gens ce nom populaire...

MADELEINE

Tiens, parce que c’est le mien : veuve Canardeau, ancienne

marchande coqnolicre, surnommée la mère aux écus, née Madeleine Coquard, comme vous, Jérôme Coquard.

LA PIGEO.NMÉRE.

Marquis de La Pigeonnière, s’il vous plait.

MADELEINE

Ce qui n’empêche pas que nous ne soyons frète et sœur;

LA PIGEONNIÈRE.

Je ne dis pas non; nous sommes même jumeaux... A minuit, ma tendre mère avait un lils, et cinq minutes après, j’avais une sœur.

MADELEINE

11 y a de cela soixante ans.

' LA PIGEONNIÈRE.

Cinquante-neuf. '

MADBLEINE , appuyant.

Il y a soixante ans! Si au moins ça vous avait rendu plus sage; mais non, il faut des grandeurs.à Monsieur, et au lien de se marier, comme moi, à la bonne franquette, il oublie qu’il n’était qu’un marchand de draps, à l’enseigne des Quatre Fils Aymon.

LA PIGEONNIÈRE.

Plus bas, plus bas i

■ifADELEINE.

Et il achète en même temps, à tiiie famille sans le sou, un nom nouveau, un vieux nom, un vieux château et une jeune fille de noblesse.^

LA PIGEONNIÈRE.

Hélène était folle de moi.

MADELEINE

Elle est donc bossue, alors; elle est donc laide comme les sept péchés mortels?

LA PIGEONNIÈRE.

Jolie comme un ange. J’ai fait un mariage d’amour; j’aime avec passion!

MADELEINE

Laissez donc, vieux glaçon!

Air du Ma tante Aurore.

Un ainouruux, c’est pâle et blême.

Vous ét's luug’ comme un coq’licol,

ÜD amoureux ça n’ dort pas môme.

Et vous ronflez comme un sabot.

Un amoureux, ça n’ s’inquiète guère Des dîners les plus délicats.

Ça vivrait d’amonr et cPeau claire,

Et vous fait’s vos quatre repas... •

Non, mon frère... vous n’aimez pas.

LA PIGEONNIERE, parlé.

Permettez...

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