HÉRODIAS
Je suis Hérodias. Ce bandeau de ma tempe Était le bandeau d’or qu'Hérode élut pour moi. Ce sceptre desséché dont se brise la hampe Fut celui d’une reine égale au plus grand roi. Son royaume joignait la Perse à Samarie.
Sur mon blé verdoyant court le désastre amer. Pour une seule danse au rhythme qui varie L’incendie a couru de la mer à la mer!
& AHOLIBAH.
Je suis Aholibah. Les baisers de mes lèvres Étouffaient le sourire, émoussaient le soupir
Ceux qui les'aspiraient gagnaient d’étranges fièvres. Dieu fit ma couche où le souci vient s’assoupir. Intérieur de pourpre, extérieur d'ivoire.
La chaleur de ma bouche était celle du feu.
Les rois luxurieux accouraient pour y boire
Avec leurs cavaliers vêtus d’or et de bleu.
CLÉOPATRA,
Je suis Cleopatra, reine d’Éthiopie.
L'amour fit se lever mes beaux regards baissés Afin qu’en les voyant l’homme adorût la vie.
Mes cheveux étaient d’or et de perles tressés,
Mes lèvres se collaient à la bouche du monde Pour énerver sa force et vaincre son parler.
Et le dernier soupir de ma poitrine blonde Fit hésiter la mort, tardive à déferler.
AHLCAITS
Je suis Abigail, reine de Tyr. Mes tresses
Qui se comptaient par douze ont enchaîné l’amour. Elles sont en poussière après les sécheresses…
Ma stature montait comme une blanche tour.
Mon col était pareil au mur des places fortes
Que bâtit le granit impérissable et dur.
Tel le bruit de la pluie au long des feuilles mortes, Mon éloge est sifflé, mon souvenir impur.
AZURAH.
Moi je suis Azurah, reine des Amorites.
Mon visage était beau comme un lieu lumineux
Où des groupes joyeux vont pratiquer leurs rites,
La gloire de mon front resplendissait en eux.
On eût dit la maison de Dieu, dont les murailles Célèbrent le Très Haut en un brillant décor.
Mon front semblait, près des cheveux, entre leurs mailles, Un parvis de cristal plein de chandeliers d’or.
AHOLAH.
Aholah, J'ai régné sur les Amalécites.
Ni tache, ni toucher ne souillaient mes couleurs. Mes paroles étaient douces comme des sites;
La pointe de mes seins comme une vigne en fleurs. Mon vêtement fleurait comme une pulpe en gaze Exhalant des parfums aux enchantements sûrs, Comme une fleur de baume épicé qu'on écrase
Et des odeurs d’épis de blés à peine mürs.
AHINOAM.
Je suis la reine Ahinoam. — Comme la gorge
D'un tendre agneau tué ma gorge se veinait.
Comme sur des raisins d’or qu'empourpre la forge Du soleil, le baiser sur mes lèvres venait.
Rien n’égalait Le soin de ma coiffure rousse Retombant sur mon col ainsi qu'un lourd manteau. Ma chair y transluisait comme la peau plus douce D'une grenade ouverte où saigne le couteau.
ATARAH.
Moi je suis Atarah, reine Sidonienne.
Mon front faisait pâlir les fronts des plus vaillants. La force sur ce front s’épanouissait, mienne;
Le spika-nard dormait dans mes navires lents;
Le miel avec le blé près des myrrhes fragrantes; Les linges aux plis teints, les laines de couleurs, Aromates épars et gousses odorantes;
Du cèdre et du santal, des palmes et des fleurs.
SÉMIRANMIS.
Je suis Sémiramis. — La mer en chrysoprase,
Le monde tout entier, la douleur des humains, Le prêtre en qui le chant des prières se phrase, Et le pauvre qui tient sa tête dans ses mains; L'amour qui fait figer notre sang dans nos veines, L'amour qui fait brûler notre sang en émoi, Toutes ces choses à mes pieds semblèrent vaines, Et la plus délectable, indigne encor de moi!