Beau
« Voyage, un autre ami remplace qui l’on quitte, Le plaisir de la vie est dans le mouvement.
Un esprit curieux de ce devoir s’acquitte.
Va, loin de ton pays, quêter nouveau ferment.
« L'eau qui dort se corrompt; la coureuse est limpide; Aussi vil que la terre est l'or dans son filon. L’aloës sur son sol n’est que büûche stupide, Qu'en meuble ikfaut ouvrer pour l'honneur du salon. »
Ayant ainsi parlé Noureddin à sa mule
Passa la selle d’or, la housse de velours,
Les étriers de l’Inde ; elle eut semblé l’émule De quelque mariée aux joyaux les plus lourds.
Un matelas de soie, un tapis de prière Aggravèrent son coffre. Alors il cria : « Houp! Je m’en vais visiter Belbéis! » — et derrière Lui fuient Jérusalem, Alep et Kilioub.
Ayant marché vingt jours, le frère de Perviz,
Sur le bord de la route aperçut un dervis
Qui semblait un paquet de toile d’araignée,
Un nid de salangane, une forme baignée |
De poils : cils jusqu’au nez, sourcils jusqu’au menton, Moustache jusqu’au col, barbe jusqu’au téton, Cheveux jusques aux pieds dont l’ongle se prolonge Et s’entre-croise. Ainsi des mains, quand l’œil y plonge
Tout l’air filamenteux d’un colossal cocon
Sans mouvement, sans voix, couvert d’un blanc flocon Où l'oiseau chante, où croît la fleur, où l’agneau broute. — Et cependant Bahman doit demander sa roule.
Il consulte. Un murmure en ce vivant buisson
Lui répond avec peine, une ébauche de son.
Et Bahman pourtant veut contenter Parizade :
« Bon père, dit le preux, toute votre facade S’obstrue, et votre voix s’étouffe dans ces crins.
Il vous faut et m’entendre et guider mes chagrins. » — Et de ciseaux qu'il a voici qu’il lui découvre L’oreille, et qu’une bouche en ce vieillard s’entr’ouve: Dans son teint rose et frais qui sous le poil fleurit : — « Mon fils tu m'as rendu service. Il est écrit
Que par moi tu sauras où l'oiseau qui profère,
Le doux Bulbulhezar parle, en quelle atmosphère Les chanteurs d’alentour viennent accompaguer,
Ce Seigneur de la voix que tu dois te gagner.
Je veux te dire encore où croit l'arbre qui chante, Dont chaque feuille est bouche, et dont chacune enchante D'un concert éternel autant qu'harmonieux.
Tu connaîtras enfin ce qu'oreille ni yeux
N’auront oui, n’ont vu : l’eau jaune qui foisonne Par le bassin dont l’or que le zéphir moissonne
Et s'élève, et retombe, et sans jamais goutter,
Au plus fol et mol bruit à goûter écouter. »
Si j'avais écrit, moi, le conte des trois princes, Houssain, Ahmed, Ali courant par les provinces Au pourchas de l’objet rarissime et sans par Qui leur donnera droit d’aimer Noronnihar ;
Quand Houssain a trouvé le tapis qui transporte, Ali, le tube aimé qui fait voir les absents,
Ahmed, le fruit divin qui guérit et conforte,
Je les aurais tous trois, eux et leurs vains présents, Agenouillés au lit de Nouronnihar morte!
XX VI CRÉPES!
Cette chienliterie
Pourquoi, pourquois, et pourquoi?
Qu'on rie, ou bien qu’on sourie… Ou même qu’on reste coi!
Mais tous ces bébés en hommes, Tous ces hommes en bébés, Qui, sur d’effroyables nomes Sont montés d'âge, ou tombés!
Mais ce qui surtout domine Dans ce carnaval d'ici,
C’est comme l’on s’effémine, Et le sexe raccourci.
Cent garcons en jeunes filles, Sous les plus sales crêpons;
Et les plus larges chevilles Sous les plus courtauds jupons.