Un mardi gras dans Alger
En cet échange qui gêne, A l’œil désaccoutumé L’unique et seul indigène Ne semble pas costumé.
Peut-être la mascarade En ces faux nez odieux Ne poursuit que l’algarade De notre image des dieux.
Des choses pas descriptibles :
Un moustachu, les pieds nus, Sous des jupes compatibles À quarante ans ingénus
De sainte persévérance, Dans un chœur provincial, De son catéchisme rance Et de son vœu glacial.
En chapeau de vieille vierge Pour la messe de Saint-Saul :
Le tout portant comme un cierge
Un pudique parasol!
Mais tout d’un coup, ridicule, Un minime corbillard Déshonnêtement circule Parmi ce haillon braillard.
Quelque dépouille infantile Qu'il faut pourtant enterrer Le mardi gras, que ce style N’eutend d’ailleurs altérer.
Sous son drap de vertu blanche, Aux huit bras des croquemorts, Cette minime avalanche
Ne glace d’aucuns remords.
Tous la voient passer, placides; Aucun parent ne la suit :
Mourir est de toutes ides;
Mais trop accompagner nuit.
Quelques couronnes de verre Les fleurs sont pour vous, élus :
Masques. — Guère plus sévère, La mort n’en est qu’un de plus.
Un mannequin de légume Et de paille rembourré,
En vieux habits et d’écume De populaire entouré.
Porté sur une civière,
Et d’une croix précédé, Que charrie une rivière De maquereau possédé.
C’est l'enterrement suprême
De carnaval, mercredi
Des cendres, avec pour chrême Des jurons et des credi.
Du bénitier qui s’égoutte
D'un pot de chambre encor chaud Un faux prêtre fait l’absoute
D'un goupillon d’artichaut.
PALMNES.
Au sang qu'un Dieu va répandre, De Lambillotte est chanté
Par tout cet abbé Terpandre Dont l’enfer est décanté.