‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 36 sur 229 · Patron de la Groote Kirke de Haarlem · texte numérisé non relu

Patron de la Groote Kirke de Haarlem

« Dites adieu, ma chère, A vos rares massifs ;

A l'étrange étagère

De vos Chinois pensifs.

« À votre Pausilippe Où vous pensiez toujours Vivre, comme un polype, Vos monotones jours.

« À vos oignons, ces gangues, Qui, pour d’autres printemps, Gardent les rouges langues

De leurs brasiers latents.

« À ce Semperauquste.

Qui pèse deux cents grains,

Et qui vaut, tout au juste .

Treize mille florins.

« À votre Sjery rose,

Comme à vos Pastés bleus,

Dont l’eau qui les arrose | Prend des airs orgueilleux ; ,

« Aux amirauæ ta gloire ; Liefkens et Liefkenshock Que, sous la terre noire, N’ose toucher le soc;

-« À ces Bellaarts superbes,

A l'unique Enkhuizen.

Prestigieuses herbes.

Que jalouse un voisin.

« Contemple les fromages Qui doublent Les remords, Pompèux comme des mages, Rouges Têtes de morts ;

Car ton heure est venue...»

— Puis, sans geste hâté

Je la hache menue

Comme chair à pâté.

Une dame Haarlemoise Chez qui l’on vient sonner, Sans chercher plus de noise Veut vous assassiner.

Les dames Haarlemières

N’ont point de fâcheux termes.

Mais ce sont des fermières

Qui défendent leurs fermes.

Les dames Haarlemeuses

Ne manquent pas de charmes.

Mais ce sont des charmeuses Du genre des gendarmes.

Les dames Haarlemiennes Font peu de mauvais coups...

Je préfère les miennes.

Mais à chacun ses goûts.

Les dames Haarlemites Ont l'instinct peu formé Ce sont des Sunanites Qui ne m'ont point aimé.

La dame Haarlemiste En somme ne m’a nui Qu'en tant que l’alchimiste Profonde, de l’ennui !

Rien... des hochements De tête effacée.

La porte glacée.

Des effarements.

Rien... des chambres closes, Et sous des rideaux

Des fuites de dos

De spectres moroses.

Rien... des inouïes Protestations D’apparitions

Vite évanouies.

Rien... une chouette Qui fait de gros yeux Au délicieux

Parler du poète.

Rien... une chouette Qui fait des yeux ronds, Bat des ailerons.

Et reste muette.

Rien... une balancé :

Qui trouve léger Tecel : L’étranger… — Ville de silence...

Rien... des Truchemants :

Nécessité crée.

La porte barrée.….

Des efface ments.

Ville maniaque Dont. le front pâlit Quel démoniaque, Mets-tu dans ton lit?

0 cité correcte, Dont je vois le pleur.

Quel étrange insecte.

Se loge en ta fleur.

Irrémédiable,

Fauve et tout entier. Tu niches le diable En ton béniber.

Ton cœur se refuse Sans même parler, Haarlem, triste muse,

Qui fais déferler Mon esprit, mer terne, Et qui fais perler, .

Eu cette citerne.

Sous tes rayons verts, O Lune, à Lanterne,

Des coraux divers, Et maint coquillage.

Des rêves, des vers.

Q ville, Ô village.

O Haarlem, à ville fermée, Boudeuse fleur,

Ma rêverie est opprimée De ta couleur.

Je chante la maussaderie De tes enfants,

Car, dans leur folle pruderie, Tu te défends,

Comme fait une vieille fille Aux habits longs

Qui les tire sur sa cheville Et ses talons.

Tu t’offres et reprends, féeneule, A ton amant

Et ton silence affreux l’engueule Tacitement.

Tu veux demeurer tout entière A tes oignons,

Et mets tes poings, rude rentière Sur tes rognons.

Tu ne veux pas d’ennui voilée, Te déranger,

Et tu crains d’être violée Par l'étranger.

Derrière la close fenêtre, Cœur vaurien,

Tu regardes occire un être Sans dire rien.

Tout en toi me plait, chère ville, Si peu loisible au voyageur :

Et ton acabit peu servile

Et ton accès peu louangeur.

Mon rêve longuement séjourne Dans ton habitacle falot, Et mon âme vers toi se {ourne Curieuse épouse de Loth.

Comme chez lui furent les anges, Comme Jupiter chez Baucis, Après des épreuves étranges Chez un juste je fus assis.

Et je ne sais pas à quel signe,

Et non plus pour quelle raison,

Ce voyant dit : « Je suis peu digne De vous avoir en ma maison. »

Je te hais et t’adore Bien plus que de raison, O tulipe inodore,

O vieille floraison.

Toi qui dans ton calice Trembles de retenir Un esprit de malice Pouvant te rajeunir.

Toi qui dans ton calice Redoutes d'exprimer Une once de délice Capable d'embaumer.

Qui dans ton étamine Craindrais de renfermer Un suave flamine

Qui pourrait t’enflammer.

Demeure droite et roide, Et ne laisse en le cœur De ta corolle froide Filtrer nulle langueur.

Tiens en santé parfaite

Tes insectes proprets Semblant pour quelque fête Toujours se tenir prêts.

Conserve ençore en joie Ton grésillant grillon

Qui me prend pour une oie Ou quelque émérillon.

Garde en état fossile Les bougons escargots

Elisant domicile En tes massifs bigots.

Adieu! je te salue, Vieille Mathusalem, Ville peu melliflue, Harem de rêve, Haarlem !

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