X VIII TREMOLO
Au sommet des quarante marches Menant à ce menu champ saint
Où de romanches patriarches Dorment sous un sol de fleurs ceint,
le)
Un petit tremble qui tremblote Constitutionnellement, De sa silhouette falote, De son incessant tremblement,
Vert portier de ce cimetière Saint Pierre feuillu de ce ciel Gardien du reste de matière Qui fut leur moi substantiel,
Végétal acolyte, diacre
Des arbres, prêtre là piété, Abbé d’émeraude et de nacre Plein d’inquiète piété,
Tremble, tremble, tremble et retremble, Semble, semble, semble trembler Galope, galope et va l’amble
De tout le tremblement de l’air.
Tremble-t-il donc pour son ouaille Pour ses défunts administrés
Que peut-être Satan fouaille,
Ses sauvés et ses sinistrés?
Sous une ancre qui désespère Sous une encre qui va nombrant Les regrets d’un fils ou d’un père Et ces vertus que, mort, on prend.
Triste trépassé qui respire, Aspire et soupire toujours Et qui revêt pour nous redire Ses rêves, ses ris, ses amours,
Vos symboles, fleurs nuancées Qui poussez sur ses os pâlis
Dont les pensers sont des pensées Et les soucis sont des soucis.
Dont les fleurs de lin sont prunelles Où Pazur du ciel refleurit;
Les roses, lèvres éternelles
Où le baiser de Dieu sourit.
Et que, lèvre ou prunelle, humecte Un pleur d’aube où de chérubin, Dans lequel un lever d’insecte
Se désaltère ét prend son bain.
ENVOI
Fol maître des cérémonies, Desservant, bedeau, capucin Branché d’oraisons infinies Jusqu'au jour du dernier buccin,
Tremble bleu que le soir endeuille Au profit des derniers venus
Dis les dizaines de ta feuille
Sous le chapelet de Vénus.
Accélère la tremblerie Que la brise te serina Pour la nécropole fleurie Des défunts de Célerina.
Près de la chapelle funèbre
Au clocher dont le toit ouvert Sur l’horizon qui s’enténèbre Semble un four crématoire offert
A celui qui permet aux flammes
De consumer le vêtement;
Mais laisse à lui monter les âmes Comme une fumée, un moment,
Éparse vers le firmament.