‹ Le pardon de Bretagne drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 28 sur 89 · CL.XL III · texte numérisé non relu

CL.XL III

MARY-BERTÜE, JOCELYNB.

Minv-BERTHK , regardant partir Michel Glals.

Il ne me revient pas, ce vieux juif... Il a un certain œil mordoré. — Voyons, Jocelyne, nous sommes seules...

JOCELYNB.

Je vais repartir pour Pen-Marc’h.

MARY-tERTIlB.

Repartir!... Pourquoi cela? Est-ce que tu vas faire des façons? Est-ce que tu croie par hasard que tu nous gênes ?

JOCELYNE.

Oh! bonne Mary... non pas!... Mais... h œ taul, vois-tu. . Je n ai plus rien à faire ici.

MARY-BERTIIE.

Des larmes! — Allons, il s’est passé quelque chose... Tu as vu Kernoël 1

JOCELYNB.

Oui! je Ta» vu.

UAIIY-BEBTU8.

Tu lui as parlé?

JOCELYNE.

Oui! je lui ai parlé.

mary-iertre.

Et il t’a querellée , il t’a brutalisée, ce mauvais gars! — Il est capable de tout; il te fera mourir!

JOCBLVftB.

Non, non, ne l'emporte pas contre lui... Kernoël est plus à plaindre que moi. — Je ne suis malheureuse que parce qu’il souffre. — Mais lui , il souffre !

HABY-RERTIIR.

Mais enfin que s’cst-il passé? Voyons , parle.

JOCBLYNB.

Je suis sortie ce malin quelques instants après lui, et me suis dirigée par habitude vers celte grande promenade qu’on appelle les Champs-Elysées. Jetais là, errante au milieu des promeneurs, lorsque j’ai vu Kernoël. Il était assis sur un banc , les regards attachés sur la foule... Je me suis approchëo de lui.

MARY-BERTIIB.

Eh bien?

JOCELYNE.

Kernoël , lui ai-je dit, Kernoël, je ne sais quel démon vous égare, mais vous commettez un sacrilège dont la sainte Vierge vous punira. Il m’a regardée sansmo répondre, et j’ai continue : Kernoël , votre mère en mourant vous a légué la croix qu’on lui mit au cou le jour de son saint baptême. Ma mère aussi lit bénir la sainte image que je porte , moi , comme un reste pieux et comme une sainte relique. — El, lui disant cela, je lui montrai cette image. — Les regards de sainte Anne , ai-jc ajouté , sont tombés sur l’un et l’autre de ces talismans sacrés. Mais vous. Kernoël, vous profanez le vôtre; car à côté delà croix de votre mère, vous conservez le portrait d’une lemme... perdue et maudite!— C’est ainsi que je lui ai parlé , Mary-Berthe.

■ARY-BsnTne.

Et qu’a-t-il répondu ?

JOCELYNE.

Il s’est levé , son œil était sombre et résolu... 11 m’a pris la main et m a dit : Vous avez raison , Jocelyne . je dois choisir entre le portrait de celle femme et la croix de ma mère.

MARY-amne.

Et il a choisi...

joctLYse, avec «n éclat douloureux.

Oui, il a choisi... Voici la croix !

MAÎIT-BBRT1IB.

Malheureuse Jocelyne! et ensuite...

JOCELYNE.

Ensuite.. .une voiture a passé ., Il a poussé un cri , et s’est éloigné en courant. — Je te le dis, Mary Berlüo, il est perdu ! (La nuit tombe.)

MAR? BEIYTQ8.

Ecoule, Jocelyne, il ne faut pas désespérer... Tu as fait à sainte Anne le vœu de sauver Kernoël; il faut accomplir ton vœu , mon entant.

Mon cœur est brisé !

MARY-BCRTIIC, écoutant. «V

J’entends des pas.

jccely.ne , qui a tressailli.

C’est lui...

Page 1