‹ Le pardon de Bretagne drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 3 sur 89 · ON PAYSAN · texte numérisé non relu

ON PAYSAN

Et alors?

p m-Btr.T.

Comment alors? — Mais c;cst ici qu'y commcncp lo piis vilain.

objet.

Pont -l'Abbé, et qu’est venue hier se pourmener par ici avec tout plein du beaux jeunes gens ben vêtus. Ab ben! tant mieux ! ou’ je fais; je m'en vas melt’ ça dans mon sac, et si c'tc dame veut le ravoir, ali* me donnera une récompensé.

ai dit... Mais ça n'v a rien fait. . Il a monté par les falaises, cl ben 1‘ bon joû 1 j’ rai pas revu. Ht v‘!à qu’un des voyageurs de Ponl-l’Abbè a fait promettre deux louis d'or à c’ti-la qui rapmuerait la p’tite boite. Ainsi, c'rsl deux louis dor qui me vole, ce vagabond-là... Oh î s’il n étail pas si fort des poings comme il est!

vs rmiN.

Il est fort, je crais ben, il a d'herbe de ménuit dans ses poches.

t TIT-BEIlT.

C’est tout <f même vrai, ce que vous ditcs-là, Guérinez; oh! mais, c’est quej’ lésais, moi. (Montrant le gouffre.) Tais, vous voyez ben le trou de l'enter! Kl que ben sûr, it n’y en a pas un de nous qui s'aviserait seulement d'en approcher une Pus la nuit close. (Le» paysan* s? reculent acre effroi.) Eh ben! lalUc soir, comme j' revenais de la veillée de la mèru Kradcc. et qu i’avais une peur... Ali! j' peux due qu’ j’en avais une de peur! Avec ça que toute la soirce on avait parlé de Maugars, — et

a u’on avait dit comment qu’il avait tué sa femme à coups 'hache, et comment qui s'était sauvé, pria grosse mer, sur une barque sans tond; — oui, sans.fonJ. — Pardine ! je croais ben, puisque c'est prouve que Maugars c'était le dublc. ni plus, ni moins. On avait donc dit tout ça, et quand je sommes arrivé ici, et que je m'en allais comme ça (il nuirche en ramp-mi) pour aveindrt le sentier de la rôle, il m'a pris un Inssonnement, que j’ai cru que j’allais dévaler. Et savez- vous qui j’y ai vu vers le trou? .. J y ai vu K«inoël;oui, Kernoël, que je l'ai vu comme je vous vois, puisqu'y faisait de la lune. Et savez-vous avec qui qu’il était, Kcrnoül?

TOCS.

Avec qui?

Ah! vous voilà. Bonjour, Mnry-Bcrlho; bonjour, Goguclu. Vous partez donc aujourd'hui? c'est décidé ?

vogue 1.0.

Oui. Jocelyne; vous voyez mes bagages, c’est pas lourd^ mais l’on n’en marche que mieux. Nous roila en roule pour retourner à Paris, après avoir fait une bonne provision de l'air de la Bretagne. Aii! l’air du pays, faut comme ça venir en prendre de temps en temps uno petite gorgée , ça reverdit, quoi! .. El il v avait tout de môme ben dix ans. sans que ça paraisse, que nous n’en avions làlé. Pas vrai, Majy-Bu tJie ?

Hinv-eEiiTiic.

Oui; nous sommes partis quelques jours avant ce crime qui te fil orpheline, pauvre cillant! (Elle prend le* mains de Jocelf/ne.) Et qui nous eût dit, bon Dieu, qu en revenant a Pon- Mirc’h nous te retrouverions erraute, abandonnée, repoussée de tout le monde?

Je ne me plains pas. L’horreur qui s’attache au nom que je poite, à ce nom de Maugars, m'a vouée à U solilude... et la solitude me convient.

coglelu, à part.

Pauvre fillo !

MAkY-SEKÎHE.

Mais faut que ces gens de Penmarc’b soient d’une bêtise féroco. Parce que tu es la fille de Maugars. esbee une raison pour qu'on le traite comme un chien enragé V

JOCELYNE.

Ils suivent la loi de Dieu, qui punit but les enfants l’iniquité des pères. I.o matin du crime, lorsqu'on me trouva sur le sol à côté de ma mère assassinée, on me retira tachée dû sang d’auprès du cadavre... et depuis ce jour, l’œil qui me regarde voit une marque rouge sur mon front. On m'appelle Jocelyne la Goutte de sang.

■ABY-BSBTBB:

Mais c’est une infamie, ma pauvre fille, t’as le front blanc comme neige.

JOCftLYKR.

Le regard qui voit cette tache est sans doute touché par le doigt de Dieu. •

GOCCEI.C.

Ah! laissez donc! Mary Benhe dit vrai. Faut qu’ils soient

Avec Jocelyne!

TOCS.

r'TfT-BEKT.

Oui! Jocclvno 1» Pâle. Jocelyne la Goutte do Sang, comme on l’appelle; Jocelyne Maugars, quoi! — la Mlle du démon Je Pcnmnrc'h ; — et que j’en jute sur mes deux yeux, qu'il était là assis au pied du Calvaire; et Jocelyne était toute droite devant lui, et l’y parlait avec le doigt en l’air, comme ra! (Jocelyne descend du sentûr de drô le et rient s'agenouiller devant la

croix.) J'avais pus d’ jambes; — tout à coup, Kernoël s'est levé et s’est en allé, — cl Jotolvne s'est mise à genoux sur la pierre de la croix blanche, mes pauvres lieux, ah! blanche comme la lune... Tiens, j’étais ici... et elle était là-bas. (/( se retourne et pousse un cri. Les paysans se retournent aussi. <-f, à la vue de Jocelyne, ils s'écartent avec frayeur. , Allon-nous-en, allons-nousen. — Vous ne savez pas, vous autres... nous faut aller à l'ont* l’Abbé faire notre déclaration aux voyageux, et dénoncer Kurnoél comme s'tilà qu’a volé In petite boite... et iis la h feront ben rendre, allez; ut j'aurons la récompense comme si que moi je l’avions rapportée. — Et allons-y (Ils disparaissent pendant que Goguelu et sa femme arrivent par le sentier de gauche. Gogw lu parie un» pciite valise. Jocelyne es l immobile au pied d» la croix.)

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