‹ Le pardon de Bretagne drame en cinq actes et sept tableauxChapitre 6 sur 89 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

KERNOEL, seul.

(On entend un air de cornemuse dans les rochers. Kemoél paraît sur l'un des rochers ; il descend et arrive en scène.)

C’est cela, pauvre Kernoël, chante, chante, pour ne pas entendre murmurer à ton oreille cette douce voix qui t’a parlé-.. Va, marche, pour échapper à cette femme dont l'éblouissante beauté passe et repasse- sans cesse devant les yeux.. (U jette son biniou a ses pieds, et s'assied sut une pierre , ta tf le dans scs mains.) C'est vrai, je la vois toujours... Si je lermc les yeux, je la vois comme une lumière rayonner en moi. Si jl- les ouvre, son spectre se dessine sur tous les endroits oii j’arrête ma vue... La nuit dernière, j’ai vu jaillir de l’Océan des gerbes d'étincelles qui se roulaient avec l’écume des Ilots. Elles se sont fondues ensemble en une forme divine, belle comme un rêve, ardente comine lo feu. Le fantôme a marché sur les vagues, venant à moi cl me tendant les bras... c’était elle! toujours elle!... ( Il fouille dans sa poche et en lire un petit ècrm de maroquin rouge.) La voici encore. (// ouvre l'ecrin.) Oui ! c’est ainsi qu'elle était vêtue le jour que je la vis; c’est bien cela ; elle était à cheval, courant

sur la plage avec ce leutre gris dont la plume frémissait au vent. Ceux qui l'escortaient avaient peine à la suivre. Elle s’arrêta devant moi, rose et animée, les cheveux déroulés, charmante, avec un geste de reine, et uie demanda le chemin de Plomeur. Puis elle me dit : Dieu vous garde... et elle disparut. Non, elle n’a pas disparu... elle est ici. (U touche le médaillon.) Elle est là* (Il pose la main sur son ctrur.) Elle est dans mon regard, autour de moi, partout... elle est dans l'air quo jo respire ! (Il regarde le portrait et le porte a ses lèvres.) Ceci me perdra, je le scus, ju lésais, et pourtant, plutôt que do me sépaicr de celte image... je donnerais ma vie !

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