‹ Le pardon de PloërmelChapitre 4 sur 54 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CORENTIN, s«ui.

Enfin, me voilà chez moi ! au diable les loups-garous, les pouspiquets, les cornicarets et tous les farfadets qui hantent ce maudit pays!... Les gars de Loc-Tudi voulaient me baillor deux éeus tout neufs, pour les faire danser jusqu’après le soleil couché, mais ma foi, j’ai encore mieux aimé pleurer les écus que d’aller risquer de

me faire tordre le cou par les korigans qui s’ébattent la nuit dans la lande, (u pose sa cornemuse dans un coin. ) Maintenant que j’y songe, j’aurais pu faire un détour par les Herbiers, sans quitter le grand chemin et j’aurais gagné les écus... Mais les nains qui sautent dans l’herbe, avec un sac de noix sur l’épaule, seraient peut-être bien venus me les voler. — Sans compter la dame des prés qui rôde le soir autour des villages, en toilette de mariée!... Brrr! Il paraît que celle-là entre quelquefois dans les maisons par la fenêtre ou par la cheminée ; et que quand elle rencontre un garçon qui luiplalt, elle vous le prend par la main et vous le fait danser jusqu’à ce qu’il en tombe roide mort. C’est que je ne suis pas mal tourné, oui, et qu’elle pourrait bien me trouver à son goût! Rien que d’y penser, j’en ai froid dans le dos. ( La lumière du soleil disparait tout à coup derrière les

nuages.) Diantre! Je ne sais point si c’est le jour qui s’en va ou un nuage qui passe, mais il commence à faire noir ici comme dans un four. Je vais toujours allumer ma lampe. (» bâtie briquet.) Si défunt mon oncle ne m’avait point laissé cette cabane en héritage, voilà demain tout au juste trois semaines, ce n’est sûrement pas ici que je serais venu me loger. II y a par là des recoins sombres où je n’ai point encore osé fourrer le nez' en plein soleil... (pariant à son briquet» ) Mais prends donc ! — Après ça , il faut croire que la paroisse n’est point mauvaise pour les sonneurs de cornemuse, puisque le digne homme y avait amassé le sac d’écus que j’ai trouvé sous les fagots: Le malheur, c’est qu’il se faisait vieux ; il n’avait plus de vent. (Allumant sa lampe.) Ah ! voici qu’il fait clair. ( Son ombre s» dessine sur le mur.) Qu’est-ce que je vois là?... Imbécile, c’est mon

Ombre !... ( Il regarde de tous côtés avec inquiétude.) C’eSt Une chose curieuse

qu’avec la lumière on a quelquefois plus peur que quand on n’y voit goutte (posant sa lampe sur u table.) Il est vrai que je ne suis guère courageux de mon naturel... Mais quoi! on ne se refait pas!-., (u

s'assied et coupe du pain dans une soupière placée entre ses genoux.)

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