SCENE IV
LE COLONEL, BOURGEOT, PINSONNET, à l'écart
LE COLONEL
s'est rassis, et, la tête dans ses mains
Ah ! oui, je me vengerai sur sa femme et ses enfants... C'est la guerre !... Et dire que partout c'est ainsi... que dans toutes les villes où passent ces gredins, c'est la même férocité, la même soif de sang et de mort... {A Pinsonnet qui demeure interdit.) Tu avais raison, Pinsonnet, tout Allemand est né monstre ou le devient quand il prend les armes. {Il se lève.} Non ! ah ! non ! pas de pardon. La pitié pour ces êtres de pillage et de meurtre. Ah ! ce serait bien grand dommage. Mort pour mort et sang pour sang... tant pis ! Les petits sont innocents, mais les tuer au berceau, c'est supprimer les criminels de plus tard. Et puisque c'est un droit que me donne la guerre, j'en userai...
Bourgeot, allez dire au commandant de la première batterie qu'il vienne me parler... allez.
Ma pauvre petite... ma chérie... {Exalté.) Oui, tu seras vengée... il me faut leur sang, le sang des enfants de l'assassin pour effacer le tien... Pourtant le sang n'efface pas le sang... C'est terrible... c'est peut-être cruel. (Un temps.) Mais non ! tant pis.
PINSONNET
, Mon colonel... Vous n'allez pas flancher, je suppose. Ce serait rudement dommage... Ah! tapez donc dans le tas ! Tout ça, c'est de la graine d'apaches...
LE COLONEL, comme sorti d'une rêverie Que dis-tu ?
PINSONNET
Je dis, mon colonel, que ça va être tout à fait rigolo. Seulement, il faut lui faire voir le coup d'œil avant de le zigouiller.
LE COLONEL
Pourquoi ?
PINSONNET
Parce que, en voyant sauter eu l'air sa salle marmaille, ça lui donnera l'occasion de claquer deux fois... une pour eux, et l'autre pour lui.
LE COLONEL
Il souffrira le double... {Avec hésitation.) Oui... c'est cela... c'est cela... Il a un cœur, tout de même, ce bandit... Oui, je lui montrerai la mort de tous les siens avant la sienne.
PINSONNET
Et puis, mon colonel...
LE COLONEL
Va-t-en... laisse- moi. (P insonnet sort.) Il les verra mourir... Ce sera son châtiment... Ah ! je ne me croyais pas capable de tant de haine... Tant pis, c'est eux qui l'ont voulu.