ROLE DE LA FONCTION CHLOROPHYLLIENNE
pitre I de cet ouvrage (p. 3o). Nous en rappelons la conclusion : D’une manière générale , la richesse en éther est d’autant plus grande que l’altitude à laquelle la plante a vécu est plus élevée. Donc, l'altitude influe dans le même sens, d'une part sur la fonction chlorophyllienne, d'autre part sur la formation des éthers.
Mais l’influence de l’altitude dépend de plusieurs facteurs qui caractérisent le climat de montagne : i° l’éclairement plus intense ; 2° l'air plus sec ; 3° la température plus basse. Les deux premiers, pris isolément, agissent dans le même sens, tandis que l’influence du froid dans les montagnes paraît contrarier leur action.
Examinons, en particulier, l'influence de l’état hygrométrique sur la fonction chlorophyllienne d’une part, sur l’éthérification des alcools terpéniques d’autre part.
M. E beruardt 1 n constaté que, par rapport à l’air normal, l’air humide réduit la quantité de chlorophylle contenue dans les feuilles, et que l’air sec provoque un développement plus considérable du tissu en palissade. D’ailleurs, M. G. Bonnier avait montré que, à égalité de surface, la feuille d’une plante qui s’est développée dans un air sec assimile plus que la feuille de la même espèce qui s’est développée dans un air saturé d’humidité. On peut dire que, au point de vue physiologique et au point de vue anatomique, l’air sec agit absolument comme l’éclairement plus grand. Pour mettre en lumière le rôle de l’humidité au point de vue de la formation des éthers, M. Ciiarabot signale les résul-
1 Eberhardt, 1900, t. CXXXI, p. 163 et 513.
tats de deux séries d’expériences ayant eu pour but : i° d’établir un parallèle entre la composition d’essences de Lavande récoltées pendant des saisons relativement pluvieuses et celle d’essences de Lavande de mêmes origines, mais récoltées pendant des années de sécheresse ; 2° de comparer une essence de Lavande récoltée aux environs de Paris aux essences de Lavande de montagne. Il arrive à cette conclusion que l'air sec favorise la formation des éthers en même temps qu'il rend les végétaux plus aptes aux fonctions chlorophylliennes.
En résumé, les influences capables de modifier les plantes de façon à les rendre plus aptes aux fonctions chlorophylliennes favorisent en même temps l’éthérification des alcools terpéniques.
Cette déduction va nous permettre de pousser plus loin l’étude du mécanisme qui préside, chez la plante, aux modifications chimiques dont nous nous sommes occupés.
Influence de la nature du milieu extérieur sur l’évolution des composés terpéniques.
Nous avons vu que l’éthérification, chez la plante, a pour principal siège les parties vertes, c’est-à-dire les milieux chlorophylliens. Il a été établi ensuite que non seulement ces phénomènes de déshydratation s’effectuent le plus activement dans les organes assimilateurs, mais encore que leur intensité est en relation directe avec la puissance de la fonction chlorophyllienne. Ces résultats conduisent tout naturellement à rechercher à l’aide de quel mécanisme la fonction chlorophyllienne exerce son influence sur de semblables phénomènes.
On connaît, entre auti’es, l’action activante de la lumière solaire directe sur la transpiration. D’autre part, on a vu que les éthers prenaient naissance, chez la plante, par combinaison des acides avec les alcools ; et l’on trouve, en même temps que les produits formés, un excès des substances réagissantes ; en d’autres termes, il- existe, dans le végétal, un mélange d’éther composé, d’alcool libre, d’acide et d’eau. Conformément aux idées de Berthelot sur l’éthérification , la réaction :
Alcool -)- Acide =■ Éther -|- Eau doit donc être limitée par la réaction inverse, et l’état d’équilibre dépendre de la proportion d’eau contenue dans le milieu considéré.
C’est par conséquent grâce à son action favorable à l’élimination mécanique de l’eau que la lumière et l’énergie chlorophyllienne, tendant à réduire les proportions d’eau dans les systèmes chimiques qui constituent le contenu cellulaire, doivent contribuer à accentuer les phénomènes de déshydratation et, en particulier, ceux qui ont pour effet la transformation des alcools en éthers.
Dans le but d’éclaircir ce point, MM. Ciiarabot et Hébert1 se sont proposé de soumettre la plante à des influences susceptibles d’affecter à la fois et les phénomènes chimiques et les phénomènes physiologiques, pensant ainsi arriver à saisir les liens qui existent entre les deux ordres de phénomènes.
1 E.Charabot et A. Hébert, 2, 1902, 3e série, t. XXVII, p. 204 et 914; 1903, t. XXIX, p. 612, 698, 982 et 1239; 3, 1902, t. CXXXIV, p. 181, 1228; 1903, t. CXXXVI, p. 160, 1009, 1678 ; 1903,
t. CXXXVII, p. 799.
En particulier, l’arrivée de l’eau par les racines et son départ par les organes chlorophylliens sont en relation avec la composition minérale des milieux au contact desquels se trouvent les racines. D’autre part, cette composition est elle-même en relation avec les échanges gazeux qui accompagnent la formation et l’évolution de la matière végétale. 11 en résulte que. en modifiant la nature chimique du milieu ambiant, on devait modifier à la fois et la- marche des phénomènes chimiques et celle des phénomènes physiologiques . de façon à faire ressortir les liens qui unissent les uns aux autres. Telles sont les considérations qui ont amené les auteurs à soumettre une plante à l’influence de divers sels minéraux, pour observer les variations qu’elle subit au double point de vue que nous venons d’indiquer.
MM. Charabot et Hébert ont expérimenté sur la Menthe poivrée ( Mentha piper ita L.), qui, nous l’avons dit déjà, renferme un alcool terpénique, ses éthers et la cétone correspondante en proportions assez notables pour permettre de saisir les variations susceptibles de se produire. Leurs recherches ont trait à l’étude de l’influence des sels minéraux (chlorures, sulfates, nitrates, phosphays disodique) : i° sur la marche générale de la végétation ; 2° sur la composition de la plante aux principaux stades de son développement ; 3° sur l’acidité végétale; 4° sur la formation et l’évolution des composés terpéniques.
Avant d’entreprendre l’exposé des résultats de ces diverses études, il importe de faire connaître les conditions dans lesquelles ont été effectuées les recherches.